Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Le mot d’Aelred de Rievaulx

Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus, sur la Croix, est suspendu entre ciel et terre, trait d’union d’ici-bas et d’en-haut, pour joindre les réalités terrestres aux célestes.

L’Invention ou découverte de la Sainte Croix

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait une grande dévotion pour les lieux saints ; ce fut pour la satisfaire qu’elle passa dans la Palestine en 326, quoiqu’elle fut âgée de près de quatre-vingts ans. À son arrivée à Jérusalem, elle se sentit animée d’un désir ardent de trouver la croix sur laquelle Jésus-Christ avait souffert pour nos péchés, mais rien ne désignait où elle pouvait être. Les païens, en haine du Christianisme, avaient mis tout en œuvre pour dérober la connaissance du lieu où le corps du Sauveur avait été enseveli. Non contents d’y avoir amassé une grande quantité de pierres et de décombres, ils y avaient encore bâti un temple à Vénus, afin qu’il parût que les fidèles venaient honorer cette fausse divinité, lorsqu’ils allaient rendre leurs adorations à Jésus-Christ. Ils avaient aussi profané le lieu où s’était accompli le mystère de la Résurrection, en y élevant une statue de Jupiter, qui subsista depuis le règne d’Adrien jusqu’à celui de Constantin.

Hélène, résolue de ne rien épargner pour réussir dans son pieux dessein, consulta les habitants de Jérusalem, et tous ceux dont elle pouvait tirer quelques lumières. On lui répondit que si elle pouvait découvrir le sépulcre du Sauveur, elle ne manquerait pas de trouver les instruments de son supplice. En effet, c’était la coutume chez les Juifs de creuser une fosse auprès du lieu où le corps des personnes condamnées à mort était enterré, et d’y jeter tout ce qui avait servi à leur exécution; ces sortes de choses étaient devenues un objet d’horreur, et l’on se hâtait d’en dérober la vue pour toujours. La pieuse impératrice fit aussitôt démolir le temple et abattre la statue de Vénus, ainsi que celle de Jupiter. On nettoya la place, et on se mit à creuser. Enfin l’on trouva le saint sépulcre. Il y avait auprès trois croix, avec les clous qui avaient percé le corps du Sauveur, et le titre qui avait été attaché au haut de sa croix. Il fut aisé de connaître qu’une de ces croix était celle que l’on cherchait, et que les autres étaient celles des malfaiteurs au milieu desquels Jésus-Christ avait expiré. Mais on ne savait pas comment les distinguer, d’autant plus que le titre était séparé et ne tenait à aucune des trois. Saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, fit porter les trois croix chez une dame de qualité, qui était à l’extrémité, puis s’étant adressé à Dieu par une prière fervente, il appliqua séparément les croix sur la malade, qui ne ressentit aucun effet des deux premières, mais qui se trouva parfaitement guérie dès qu’elle eut touché la troisième.

L’impératrice témoigna une grande joie à l’occasion du miracle qui faisait connaître la vraie croix. Elle fonda une église à l’endroit où ce précieux trésor avait été découvert, et l’y déposa avec une grande vénération, après l’avoir fait renfermer dans un étui d’un très grand prix.

Elle en donna une partie à l’empereur son fils, qui la reçut à Constantinople avec beaucoup de respect. Elle en envoya une autre partie à l’église qu’elle fonda à Rome, et qui est connue sous le nom de la Sainte Croix de Jérusalem. Elle fit présent à la même église du titre de la croix du Sauveur. On le mit sur le haut d’une arcade, où il fut trouvé en 1492 renfermé dans une boîte de plomb: l’inscription qui est en hébreu, en grec et en latin, est en lettres rouges et sur du bois blanchi. Les mots « Iesus » et « Iudæorum » sont effacés.

Sainte Hélène fit enfermer dans un étui d’argent la plus considérable portion de la croix, et la laissa à Jérusalem sous la garde du saint évêque Macaire, pour la conserver à la postérité. On la déposa dans la magnifique église que l’impératrice et son fils avaient fait bâtir. On accourait de toutes parts pour la vénérer.

La fête de l’Invention de la Sainte Croix est très ancienne. On la célèbre dans l’Église Latine depuis le cinquième ou le sixième siècle. Ce fut en 327 que sainte Hélène découvrit le bois sacré sur lequel s’était opéré le mystère de notre rédemption.

Pratique. En honorant la Croix, nous renouvelons le souvenir de la mort de Jésus-Christ. Nous professons que nous le regardons comme notre Rédempteur; nous nous excitons à espérer en ses mérites; nous allumons dans nos cœurs le feu sacré de l’amour divin.

Prière. Puisse, Seigneur, la vue de l’image de la croix de notre divin Sauveur crucifié pour nos péchés, nous pénétrer des sentiments de la plus vive reconnaissance, pour ce qu’il a daigné faire en notre faveur, et nous porter efficacement à pratiquer les vertus dont il nous a donné l’exemple, afin de mériter le bonheur de lui être réunis dans le ciel pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

Alban Butler, Abrégé des vies des Pères, des Martyrs et autres principaux Saints

« Il fallait que le Fils de l’homme soit élevé sur la Croix » (Io 3, 14) : commentaire de Dom Delatte

Comme Nicodème l’avait reconnu, Jésus était venu de Dieu : mais il en venait mieux que les prophètes, à un titre infiniment supérieur. Il vit dans la pleine lumière ; il est lui-même la lumière. Qui est jamais allé puiser la vérité à sa source? qui est descendu de ce sanctuaire pour nous apporter la vie? Il n’en est qu’un seul au monde qui possède l’autorité absolue : c’est le Fils de l’homme, celui qui est descendu du ciel, qui y est remonté, qui y règne aujourd’hui. Il est le vrai docteur de l’humanité. Et il faut qu’il soit élevé sur le monde, montré au monde, vu de lui. Il faut que l’évangélisation porte son nom partout. S’il a été élevé en croix, c’est pour que sa croix même lui fût une chaire d’où il parlât au monde, pour le salut de ceux qui ont foi en lui. Les choses se passent comme jadis au désert (Nm 21, 6-9). Lorsque le peuple des murmurateurs fut atteint par la plaie des serpents de feu. Moïse fit dresser sur une croix un serpent d’airain : il suffisait de le regarder pour être guéri. Il en va de même dans l’économie nouvelle : tout homme qui lève les yeux avec foi vers le Seigneur crucifié, qui croit à la doctrine du Seigneur crucifié, échappera à la mort éternelle. L’efficacité de cette seconde naissance dont il a été parlé à Nicodème se puise au sacrifice du Calvaire. Tout homme, Juif ou gentil, qui croit « en lui », c’est-à-dire qui a foi, qui est baptisé et qui demeure en lui, possède la vie éternelle. On ne peut puiser la vie que là où elle est.

Prières

Oratio

Deus, qui in præclára salutíferæ Crucis Inventióne passiónis tuæ mirácula suscitásti : concéde ; ut, vitális ligni prétio, ætérnæ vitæ suffrágia consequámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui lors de la glorieuse Découverte de la Croix, instrument de notre salut, avez renouvelé les miracles de votre passion : faites qu’au prix de cet arbre de vie, nous méritions d’obtenir la vie éternelle.

Oratio

Deus, qui errántibus, ut in viam possint redíre iustítiæ, veritátis tuæ lumen osténdis : da cunctis, qui christiána professióne censéntur, et illa respúere, quæ huic inimíca sunt nómini ; et ea, quæ sunt apta, sectári. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient.

Prière de Thomas a Kempis (1380-1471)

Louange et gloire vous soient rendues à jamais, Seigneur Jésus, qui, pour un pécheur tel que moi, avez daigné descendre des cieux, et monter sur l’arbre de la Croix, afin de satisfaire à la divine justice pour mes péchés ! Là, dépouillé de vos vêtements, et couvert de blessures en tout votre corps, vous avez été suspendu entre deux larrons, comme le plus infâme voleur, vous le plus beau des enfants des hommes, vous le vrai Fils de Dieu, vous le Roi des rois et le Seigneur des anges ! Soyez environné de bénédictions, de splendeurs, d’actions de grâces, et de cantiques de louanges, ô Agneau de Dieu, modèle de douceur ! Car il n’y a pas d’honneurs que vous n’ayez mérités par votre Passion et votre Mort, et par les ignominies de toutes sortes que vous avez endurées sur la Croix. Recevez donc cet humble tribut de louanges, ces dévotes actions de grâces, ces adorations de mon esprit, ces pieux hommages de ma bouche, pour la souveraine charité, l’immense charité que vous m’avez témoignée en votre Passion. Oh ! Combien donc m’avez-vous estimé, pour me racheter à si haut prix ? Vous avez donné certes ce que vous aviez de plus précieux, car est-il rien de plus précieux que votre personne sacrée ? Et vous vous êtes livré tout entier pour moi ! C’est pourquoi, je vous en conjure, ô doux Jésus, source de bonté, de charité, ne permettez pas que j’en perde jamais le souvenir ; faites que l’image de votre corps attaché à la Croix brille sans cesse à mes yeux, et que chacune de vos cicatrices imprime profondément votre Amour en mon cœur. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Ildefonse de Tolède (606-667) à la Très Sainte Vierge

Ô douce Vierge, Illuminatrice des cœurs, guérissez mon aveuglement, illuminez ma foi, fortifiez mon espérance, allumez en moi la charité. Comme l’aurore brillante, vous avez précédé la course du Soleil éternel, vous éclairez le monde de la lumière de la grâce, vous illustrez l’Église par l’éclat de vos vertus. Ô glorieuse Souveraine, vous êtes Celle dont parle l’Écriture en ces termes : Dieu dit : « que la lumière soit », et la lumière fut. Ô Lumière pure, Lumière ravissante, Lumière illuminant le ciel, éclairant le ciel, faisant trembler l’enfer ! Lumière ramenant les égarés, fortifiant ceux qui languissent, réjouissant les Anges et tous les saints de la Cour céleste ! Ô Lumière révélant les Mystères, découvrant les choses cachées, dissipant les ténèbres ! Faites-nous voir nos souillures ; relevez nos ruines, dissipez nos ténèbres, guérissez les malades, éclairez les pécheurs dans la voie de la pénitence. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. O Crux splendídior cunctis astris, mundo célebris, homínibus multum amábilis, sánctior univérsis, quæ sola fuísti digna portáre taléntum mundi : dulce lignum, dulces clavos, dúlcia ferens póndera ; salva præséntem catérvam in tuis hódie láudibus congregátam, allelúia.

Ã. Ô Croix plus brillante que tous les astres, célèbre dans le monde, vraiment aimable aux hommes, plus sainte que toutes choses, seule tu as été digne de porter la rançon du monde : doux bois, doux clous, portant un doux fardeau ; sauve ce peuple assemblé aujourd’hui pour chanter tes louanges, alleluia.

Antienne grégorienne “O Crux splendidior”

Antienne O Crux splendidior

Ã. Módicum, et non vidébitis me, dicit Dóminus : íterum módicum, et vidébitis me, quia vado ad Patrem, allelúia, allelúia.

Ã. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur, et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais à mon Père, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Modicum”

Antienne Modicum

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

La Punchline de Saint Athanase

Pour obtenir la vie éternelle, en plus de la vraie Foi, il faut avoir une vie bonne, une âme pure, et la vertu selon le Christ.

Saint Athanase, Évêque et Docteur de l’Église (ca295-373)

Nous sommes en présence d’un héros de la foi, né vers 295. Sans doute il ne fut pas martyr, mais sa vie fut un martyre au vrai sens du mot. Athanase le Grand, le père de l’orthodoxie (de la vraie foi), mena le combat de l’Église contre l’arianisme — une hérésie qui niait la divinité du Christ. Jeune diacre, il avait déjà été, au Concile de Nicée (325), le « plus intrépide champion contre les Ariens et le principal soutien de la foi de l’Église ». À la mort de son évêque (328), « tout le peuple de l’Église catholique se réunit comme un corps et une âme et cria, à mainte reprise, qu’Athanase devait être évêque. C’était d’ailleurs le désir de l’évêque Alexandre, à son lit de mort. Tout le monde appelait Athanase un homme vertueux et saint, un chrétien, un ascète, un véritable évêque » ; Ce fut alors un combat de 50 ans. Sous cinq empereurs différents, le saint évêque fut exilé cinq fois. Au prix de ces épreuves incessantes, il rendit témoignage à la vérité de la foi catholique. Jamais son attachement à l’Église ne fut ébranlé ; jamais son courage ne faiblit. Au milieu des horribles calomnies et des terribles persécutions dont il était l’objet, il trouva sa principale consolation dans l’amour indéfectible du peuple catholique. Mais la haine des Ariens était implacable. Pour échapper à leur rage et au péril continuel de mort, il dut se cacher pendant cinq ans dans une citerne desséchée. Seul un ami fidèle connaissait sa retraite et lui apportait de la nourriture. Mais quand il fuyait devant ses persécuteurs, Dieu le protégeait visiblement. Un jour que les satellites de l’empereur le poursuivaient pour le tuer, il tourna son bateau, lui fit remonter le courant et alla ainsi à la rencontre de ceux qui le poursuivaient. Les soldats lui demandèrent si Athanase était loin. Il répondit bravement : « Il n’est pas loin d’ici ». Les soldats continuèrent la poursuite dans le sens opposé et le saint gagna du temps pour se mettre en sûreté. Il échappa ainsi à plusieurs dangers par la protection divine. Il mourut enfin à Alexandrie, dans son lit, sous le règne de l’empereur Valens (373). Saint Athanase laissa plusieurs écrits remarquables tant pour l’édification des fidèles que pour la défense de la foi catholique. Il avait gouverné l’Église d’Alexandrie pendant 46 ans. —  Tombeau : Actuellement dans l’église de Sainte-Croix, à Venise. Image : On le représente en évêque grec, avec un livre à la main.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’Année liturgique

Sur la question des rapports entre Saint Athanase et le Pape Libère lors de la crise arienne, on lira avec profit cet article de la revue Sodalitium.

Commentaire de l’épître du jour (2 Cor 4, 5-15) par dom Paul Delatte

​Non, dit saint Paul, je ne me prêche pas moi-même ; je ne sais rien que Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne parle que de lui : je ne suis, moi, et les apôtres ne sont que vos serviteurs pour vous conduire à lui (cf. 1 Cor 3, 22-23). Nous ne sommes personnellement que ténèbres et n’avons rien de nous-mêmes; mais le même Dieu qui, au jour de la création, a fait des ténèbres jaillir la lumière, s’est révélé dans nos cœurs afin de répandre partout la connaissance de la gloire de Dieu, qui resplendit toute sur la face du Christ. Moïse ne possède qu’un reflet lointain, le Christ est toute la gloire de Dieu. Et comme Dieu s’est versé dans le Christ, c’est dans l’âme et l’intelligence des apôtres que le Seigneur a d’abord formé son Église ; c’est à eux qu’a été primitivement confié le trésor de la foi et de la sanctification.

Il n’y a pas de grand homme, a-t-on dit, ou équivalemment, pour ceux qui vivent très près de lui ; on admire peu ceux qu’on coudoie. La dignité apostolique était éminente, sans doute ; mais la personne extérieure de celui qui en était revêtu, était humainement si peu en harmonie avec cette dignité. « Un homme de trois coudées, dit saint Jean Chrysostome, sans apparence, avec des yeux brûlés par la fièvre, une parole sans art, une phrase sans éclat, et pour couronner le tout, des inimitiés acharnées contre lui : quel prédicateur pour tant de nations ! » Mais voici que l’Apôtre se réjouit de tous ces désavantages humains. Cette éminence de la vocation apostolique, dit-il, nous la portons dans des vases fragiles et sans beauté : c’est afin que la grandeur de l’œuvre soit toute attribuée à Dieu, et non à la faiblesse de l’instrument.

Seuls les effets naturels requièrent des causes visibles qui leur soient proportionnées. Mais plus l’Apôtre est chétif, plus l’action de Dieu se manifeste en lui. Aussi que nul ne se scandalise, ni de notre petitesse, ni des épreuves qui sembleraient devoir nous accabler : toujours traqués, jamais écrasés, toujours inquiétés, jamais abandonnés, toujours poursuivis par les hommes, jamais oubliés de Dieu, toujours frappés, jamais abattus, communiant dans notre corps à la souffrance du Seigneur, afin que sa vie se manifeste aussi en nous. L’Apôtre est ainsi un motif de crédibilité vivant, une traduction du Seigneur. Là est le motif, le sens, et aussi l’efficacité de sa souffrance. Sa vie est un problème, car sans cesse il est livré à la mort pour le Seigneur ; mais c’est afin que la vie du Seigneur éclate en sa chair mortelle, et de là se répande en tous les fidèles. Celui qui dira un jour aux Colossiens qu’il achève en son corps les souffrances du Seigneur, dans l’intérêt de l’Église ; le disciple de celui qui nous a enseigné que le grain de blé demeure infécond s’il ne consent à mourir, nous révèle ici le dessein de ses souffrances, en même temps qu’il défend les fidèles contre le scandale qu’ils en pourraient concevoir. Il ne souffre et n’est livré à la mort, dans la pensée de Dieu, que pour que les Corinthiens vivent et recueillent le bénéfice surnaturel de ses souffrances : comment y pourraient-ils trouver un sujet d’étonnement et de scandale ?

La vie de l’Apôtre n’est donc aucunement guidée par des vues humaines, mais seulement par ce même esprit de foi auquel obéissait le Psalmiste lorsqu’il disait : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ». Nous aussi, Paul, Timothée, Tite, nous croyons ; et c’est pour cela, dans le seul esprit de foi, que nous parlons, passant outre à la souffrance, puisque cette souffrance vous est utile, et sachant bien d’ailleurs que le père céleste, qui a éveillé le Seigneur Jésus d’entre les morts, nous accordera la même indemnité, nous ressuscitera avec lui et nous réunira à vous. Alors tout est bien, et la douleur même est un bienfait si elle doit vous servir. Toute la théorie de la souffrance apostolique et chrétienne est renfermée dans ces courageuses paroles. Comment la souffrance elle-même ne serait-elle pas aimée lorsque les Corinthiens, lorsque Dieu, lorsque l’Apôtre lui-même y trouvent ensemble leur avantage: les Corinthiens, puisqu’ils puisent la vie aux épreuves mêmes de l’Apôtre et que tout est pour eux ; Dieu, puisqu’il recueille gloire et honneur de cette abondance de vie surnaturelle déversée sur les Corinthiens reconnaissants ; et l’Apôtre lui-même, par l’accroissement de la récompense espérée ?

Prières

Prières de Saint Athanase à la Très Sainte Vierge Marie

Ô très heureuse Fille de David et d’Abraham, écoutez nos prières et rendez-vous favorable à nos demandes, et n’oubliez pas votre peuple : car il est de notre devoir de vous reconnaître et de vous appeler notre Mère, notre Dame et notre souveraine Princesse ; parce que de vous est né Celui que nous adorons pour notre Dieu et notre souverain Seigneur. Nous recourons à vous, à ce qu’il vous plaise de vous souvenir de nous, ô Très Sainte Vierge, qui êtes toujours restée très parfaitement Vierge, même après votre divin Enfantement. Et puisque vous êtes pleine de grâce, faites-nous part avec largesse de ces trésors immenses que vous possédez en considération de ces chétives louanges que nous tachons de vous donner. C’est un archange qui a dressé le premier panégyrique de vos louanges, et qui vous a porté cet honorable salut, disant : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; et toutes les hiérarchies des anges vous bénissent et vous déclarent Bienheureuse, et disent que vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le Fruit de votre ventre ». C’est de ces hiérarchies célestes que nous, qui vivons sur terre, avons appris à vous louer et exalter ; c’est de ces bienheureux esprits que nous empruntons ces paroles : « Soyez à jamais bénie, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; intercédez pour nous, ô très chère Maîtresse ! Notre Dame, notre Reine et la très digne Mère de notre Dieu, d’autant que vous avez pris naissance parmi nous, et que Celui qui s’est revêtu de notre faible nature en vos chastes entrailles est notre vrai Dieu, auquel est dû toute Gloire, Louange et Honneur. Ainsi soit-il.

Ô Très Sainte Vierge, écoutez nos prières, distribuez-nous les dons de vos tendresses, et donnez-nous part à l’abondance des grâces dont vous êtes remplie ! L’archange vous salue et vous appelle pleine de grâce : toutes les nations vous nomment Bienheureuse ; toutes les célestes hiérarchies vous bénissent, et nous qui sommes relégués dans la sphère terrestre, nous vous disons aussi : « Salut, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; priez pour nous, ô Mère de Dieu ! Notre puissante Reine et notre auguste Souveraine ». Ainsi soit-il.

Oratio

Exáudi, quǽsumus, Dómine, preces nostras, quas in beáti Athanásii Confessóris tui atque Pontíficis sollemnitáte deférimus : et, qui tibi digne méruit famulári, eius intercedéntibus méritis, ab ómnibus nos absólve peccátis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Athanase, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Athanasi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Athanase, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Le mot de Saint Bernardin de Sienne

Si vous considérez saint Joseph par rapport à toute l’Église du Christ, n’est-il point cet homme choisi et doué d’une prérogative unique, sous la garde duquel le Christ a été placé à son entrée dans le monde, et dont Dieu s’est servi pour sauvegarder l’ordre et l’honneur de cette naissance divine ? Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c’est par Marie qu’elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph.

Encyclique «Quamquam pluries » (15 août 1889) du Pape Léon XIII (1810-1903)

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Invitation à la prière

Bien que, plusieurs fois déjà, Nous ayons ordonné que des prières spéciales fussent faites dans le monde entier, et que les intérêts catholiques fussent avec plus d’instances recommandés à Dieu, personne, néanmoins, ne s’étonnera que Nous jugions opportun, au temps présent, d’inculquer de nouveau ce même devoir.

Aux époques de difficultés et d’épreuves, surtout lorsque la licence de tout oser pour la ruine de la religion chrétienne semble laissée à la puissance des ténèbres, l’Eglise a toujours eu la coutume d’implorer avec plus de ferveur et de persévérance Dieu, son auteur et son défenseur, en recourant aussi à l’intercession des saints – et principalement de l’auguste Vierge, Mère de Dieu, dont le patronage lui paraît devoir être le plus efficace. Le fruit de ces pieuses supplications et de la confiance mise dans la bonté divine apparaît tôt ou tard.

Or, Vous connaissez les temps où nous vivons, Vénérables Frères ; ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de calamités. Nous voyons s’éteindre dans un grand nombre d’âmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi ; la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l’Église de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l’astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le Souverain Pontificat ; les fondements mêmes de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. À quel degré on en est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c’est trop connu pour qu’il soit besoin de le dire. Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants, et le seul recours est de solliciter de la puissance divine la guérison.

C’est pourquoi Nous avons jugé devoir Nous adresser à la piété du peuple chrétien pour l’exciter à implorer avec plus de zèle et de constance le secours de Dieu tout-puissant. À l’approche donc du mois d’octobre, que Nous avons précédemment prescrit de consacrer à la Vierge Marie sous le titre de Notre-Dame du Rosaire, Nous exhortons vivement les fidèles à accomplir les exercices de ce mois avec le plus de religion, de piété et d’assiduité possible. [Nous entrons aujourd’hui dans le mois de mai spécialement consacré à la dévotion envers Notre-Dame]

La dévotion à la Vierge

Nous savons qu’un refuge est prêt dans la bonté maternelle de la Vierge, et Nous avons la certitude de ne point placer vainement en elle Nos espérances. Si cent fois elle a manifesté son assistance dans les époques critiques du monde chrétien, pourquoi douter qu’elle ne renouvelle les exemples de sa puissance et de sa faveur, si d’humbles et constantes prières lui sont partout adressées ? Bien plus, Nous croyons que son intervention sera d’autant plus merveilleuse qu’elle aura voulu se laisser implorer plus longtemps.

La dévotion à saint Joseph

Mais Nous avons un autre dessein que, selon Votre coutume, Vénérables Frères, Vous seconderez avec zèle. Afin que Dieu se montre plus favorable à Nos prières et que, les intercesseurs étant nombreux, il vienne plus promptement et plus largement au secours de son Église, Nous jugeons très utile que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge, Mère de Dieu, son très chaste Époux, le bienheureux Joseph : ce que Nous estimons de science certaine être, pour la Vierge elle-même, désiré et agréable.

Au sujet de cette dévotion, dont nous parlons publiquement pour la première fois aujourd’hui, Nous savons sans doute que, non seulement le peuple y est incliné, mais qu’elle est déjà établie et en progrès. Nous avons vu, en effet, le culte de saint Joseph que, dans les siècles passés, les Pontifes Romains s’étaient appliqués à développer peu à peu et à propager, croître et se répandre à notre époque, surtout après que Pie IX, d’heureuse mémoire, Notre prédécesseur, eut proclamé, sur la demande d’un grand nombre d’évêques, le très saint patriarche patron de l’Église catholique. Toutefois, comme il est d’une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s’enracine dans les mœurs et dans les institutions catholiques, Nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par Notre parole et par Notre autorité.

Les motifs qui font de Joseph le patron de l’Église

Les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église et qui font que l’Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage, sont que Joseph fut l’époux de Marie et qu’il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire.

Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la Bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il n’ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la société et l’union de toutes la plus intime, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.

Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu’il lui obéissait et qu’il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.

De cette double dignité découlaient d’elles-mêmes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. Il s’appliqua à protéger avec un souverain amour et une sollicitude quotidienne son Épouse et le divin Enfant ; il gagna régulièrement par son travail ce qui était nécessaire à l’un et à l’autre pour la nourriture et le vêtement ; il préserva de la mort l’Enfant menacé par la jalousie d’un roi, en lui procurant un refuge ; dans les incommodités des voyages et les amertumes de l’exil, il fut constamment le compagnon, l’aide et le soutien de la Vierge et de Jésus.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Eglise naissante. De même que la Très Sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens qu’elle a enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des souffrances suprêmes du Rédempteur ; Jésus-Christ aussi est comme le premier-né des chrétiens, qui, par l’adoption et la rédemption, sont ses frères.

Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l’Eglise, c’est-à-dire cette immense famille répandue par toute la terre, sur laquelle, parce qu’il est l’époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle. Il est donc naturel et très digne du bienheureux Joseph que, de même qu’il subvenait autrefois à tous les besoins de la famille de Nazareth et l’entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende l’Église de Jésus-Christ.

Vous comprenez facilement, Vénérables Frères, que ces considérations sont confirmées par l’opinion qu’un grand nombre de Pères de l’Église ont admise et à laquelle acquiesce la sainte liturgie elle-même, que ce Joseph des temps anciens, fils du patriarche Jacob, fut la figure du nôtre, et, par son éclat, témoigna de la grandeur du futur gardien de la divine famille.

Et, en effet, outre que le même nom, point dénué de signification, fut donné à l’un et à l’autre, vous connaissez parfaitement les similitudes évidentes qui existent entre eux : celle-ci d’abord, que le premier Joseph obtint la faveur et la particulière bienveillance de son maître, et que, étant préposé par lui à l’administration de sa maison, il arriva que la prospérité et l’abondance affluèrent, grâce à Joseph, dans la maison du maître ; celle-ci ensuite, plus importante, que, par l’ordre du roi, il présida avec une grande puissance au royaume, et en un temps où la disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Égyptiens et de leurs voisins, que le roi décréta qu’on l’appellerait le Sauveur du monde.

C’est ainsi que, dans cet ancien patriarche, il est permis de reconnaître la figure du nouveau. De même que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l’Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre.

 

Il existe des raisons pour que les hommes de toute condition et de tout pays se recommandent et se confient à la foi et à la garde du bienheureux Joseph.

Les pères de famille trouvent en Joseph la plus belle personnification de la vigilance et de la sollicitude paternelle ; les époux, un parfait exemple d’amour, d’accord et de fidélité conjugale, les vierges ont en lui, en même temps que le modèle, le protecteur de l’intégrité virginale. Que les nobles de naissance apprennent de Joseph à garder, même dans l’infortune, leur dignité ; que les riches comprennent par ses leçons, quels sont les biens qu’il faut désirer et acquérir au prix de tous ses efforts.

Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à recourir à Joseph et à se proposer son imitation. Joseph, en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus grande et à la plus sainte des femmes, regardé comme le père du Fils de Dieu, passe néanmoins sa vie à travailler et demande à son labeur d’artisan tout ce qui est nécessaire à l’entretien de sa famille.

Il est donc vrai que la condition des humbles n’a rien d’abject, et non seulement le travail de l’ouvrier n’est pas déshonorant, mais il peut, si la vertu vient s’y joindre, être grandement ennobli. Joseph, content du peu qu’il possédait, supporta les difficultés inhérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur d’âme, à l’imitation de son Fils qui, après avoir accepté la forme d’esclave, lui, le Seigneur de toutes choses, s’assujettit volontairement à l’indigence et au manque de tout.

Au moyen de ces considérations, les pauvres et tout ceux qui vivent du travail de leurs mains doivent relever leur courage et penser juste. S’ils ont le droit de sortir de la pauvreté et d’acquérir une meilleure situation par des moyens légitimes, la raison et la justice leur défendent de renverser l’ordre établi par la Providence de Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives par voie de sédition et de violence sont des moyens insensés, qui aggravent la plupart du temps les maux pour la suppression desquels on les entreprend. Que les pauvres, donc, s’ils veulent être sages, ne se fient pas aux promesses des hommes de désordre, mais à l’exemple et au patronage du bienheureux Joseph, et aussi à la maternelle charité de l’Eglise, qui prend chaque jour de plus en plus souci de leur sort.

Conclusion

C’est pourquoi nous promettant beaucoup de Votre autorité et de Votre zèle épiscopal, Vénérables Frères, et ne doutant pas que les pieux et bons fidèles ne fassent volontairement plus encore qu’il ne sera ordonné, Nous prescrivons que, pendant tout le mois d’octobre, à la récitation du Rosaire, au sujet duquel il a été précédemment statué, on ajoute une prière à saint Joseph, dont la formule vous sera transmise en même temps que cette Lettre ; il sera ainsi fait chaque année à perpétuité. A ceux qui réciteront dévotement cette prière, Nous accordons pour chaque fois une indulgence de sept ans et sept quarantaines.

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra pas être facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l’église principale de chaque lieu, un triduum de prières soit célébré.

Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n’est pas fête de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l’honneur de leur céleste patron, comme si c’était une fête de précepte.

En attendant, comme présage des dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérables Frères, à Votre clergé et à Votre peuple, la Bénédiction apostolique.

Prières

Prière du Pape Pie XII (1876-1958)

Ô glorieux Patriarche saint Joseph, humble et juste artisan de Nazareth, qui avez donné à tous les chrétiens, mais spécialement à nous, l’exemple d’une vie parfaite dans le travail constant et dans l’admirable union à Marie et à Jésus, assistez-nous dans notre tâche quotidienne, afin que, nous aussi, artisans catholiques, nous puissions trouver en elle le moyen efficace de glorifier le Seigneur, de nous sanctifier et d’être utiles à la société dans laquelle nous vivons, idéals suprêmes de toutes nos actions. Obtenez-nous du Seigneur, ô notre très aimé protecteur, humilité et simplicité de cœur, goût du travail et bienveillance envers ceux qui sont nos compagnons de labeur, conformité aux divines volontés dans les peines inévitables de cette vie et joie dans leur support, conscience de notre mission sociale particulière, et sentiment de notre responsabilité, esprit de discipline et de prière, docilité et respect à l’égard de nos supérieurs, fraternité envers les égaux, charité et indulgence pour nos subordonnés. Soyez avec nous dans nos moments de prospérité, quand tout nous invite à goûter honnêtement les fruits de nos fatigues ; mais soutenez-nous dans les heures de tristesse, alors que le ciel semble se fermer pour nous et que les instruments du travail eux-mêmes paraissent se rebeller dans nos mains. Faites que, à votre exemple, nous tenions les yeux fixés sur notre Mère Marie, votre très douce épouse, qui, dans un coin de votre modeste atelier, filait silencieusement, laissant errer sur ses lèvres le plus gracieux sourire ; faites aussi que nous n’éloignions pas notre regard de Jésus, qui peinait à votre établi de menuisier, afin que nous puissions ainsi mener sur terre une vie pacifique et sainte, prélude de celle éternellement heureuse qui nous attend dans le ciel, durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui ineffábili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quæsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis.

Oraison

Ô Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.

Prière des copistes et enlumineurs du haut Moyen-Age, sans doute d’origine anglaise

Apprenez-moi, Seigneur, à bien user du temps que vous me donnez pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprenez-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprenez-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprenez-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aidez-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aidez-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comblez vous-même les vides de mon œuvre, Seigneur!
Dans tout le labeur de mes mains laissez une grâce de vous pour parler aux autres, et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
Gardez en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur. Gardez-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.
Purifiez mon regard: quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.
Seigneur, ne me laissez jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a du labeur, et que tout labeur est vain sauf là où il y a amour, et que tout amour est vain qui ne me lie à moi-même, aux autres et à vous, Seigneur!
Enseignez-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.
Rappelez-moi que l’ouvrage de mes mains vous appartient et qu’il m’appartient de vous le rendre en le donnant ; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne ; que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir ; mais si je le fais pour l’amour du Bien, je demeurerai dans le Bien ; et le temps de faire bien et à votre Gloire, c’est tout de suite. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Antienne Ioseph fili David

Ã. Fili, quid fecísti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego doléntes quærebámus te, allelúia.

Ã. Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voici que votre père et moi, fort affligés, nous vous cherchions, alléluia.

Antienne grégorienne “Fili, quid fecisti”

Jeudi 30 avril (Confinement J45)

Jeudi 30 avril (Confinement J45)

Jeudi 30 avril (Confinement J45)

La Punchline du R.P. Garrigou-Lagrange O.P.

L’abandon à la volonté divine est une des formes les plus belles de l’espérance unie à l’amour de Dieu.

Sainte Catherine de Sienne : Extrait du Dialogue avec Notre-Seigneur

La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut. – Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d’espérer en Dieu. (Rép. IV, ch. VII [141])

Vois comment ma Providence a réparé la ruine de l’homme, j’ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l’homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l’ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l’homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu’il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son cœur du monde et l’élever vers moi. Et cependant l’homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu’il y rencontre, il ne voudrait jamais s’en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, ce que ferait l’homme malheureux s’il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce Providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance ; c’est le moyen d’éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu’il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma Providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse.

J’ai donné beaucoup à l’homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu’un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême ; si quelqu’un désire la bonté, je suis l’éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j’accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m’appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l’âme qui s’est revêtue de ma volonté. Je suis cette Providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi ; je leur accorde tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, qui est dans l’éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? Ne les ai-je pas faites pour vous, et n’ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu’il devait ouvrir à son prochain, n’a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu’il n’en suit pas les traces ; et c’est pour cela qu’il se rend insupportable à lui-même, tout son mal vient de ce qu’il espère en lui, au lieu d’espérer en moi.

Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m’appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma Providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu’il a placé toute son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L’amour de lui-même l’aveugle au point qu’il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d’une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l’enfer.

Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j’ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil (Mt 5, 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l’âme du juste, qui par amour pour moi s’est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur cœur dans l’abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d’eux-mêmes ; ils ne se tourmentent plus des choses du monde ; et renoncent à tout ce qui les regarde ; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j’ai pour eux une providence particulière. L’Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

L’Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité ; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l’amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l’eau de l’amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l’Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné ; il revêt l’âme, il l’enivre, l’inonde de douceur et la comble de richesses.

Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l’humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l’élève au dessus du monde et des sens, parce qu’il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d’une lumière parfaite, parce qu’il n’espère pas en lui. Une ferme espérance et une foi vive l’attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu’il trouve en tout ma volonté, et qu’il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n’altère sa patience. En toutes choses il est calme et inébranlable, parce qu’il est affermi sur la pierre vivante, et qu’il voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l’unique but de son salut.

C’est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu’à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive ; c’est pour cela que je lui donne tout ce qu’il reçoit. Ceci est évident pour l’âme qui se dépouille d’elle-même, qui se réjouit de tout ce qu’elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les choses grandes et difficiles, la foi lui montre toujours ma Providence? Oh qu’elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l’âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d’abord donnée !

Prières

Prières de Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

Ô Dieu d’amour, que puis-je dire de votre Vérité? Parlez de la vérité, vous qui êtes la Vérité. Moi je vous ignore, et je ne puis parler que des ténèbres. Je n’ai pas suivi le Fruit de votre croix, et j’ai marché dans les ténèbres sans les connaître ; car celui qui connaît les ténèbres connaît la lumière. Mais moi j’ai suivi les ténèbres, et je ne les ai pas approfondies.

Dites-moi, Seigneur, la vérité sur votre Croix, et j’écouterai. Vous me dites que certains persécutent le Fruit de votre Croix, et c’est vous qui êtes le Fruit de votre croix. Ô Verbe, Fils unique de Dieu, qui, par l’excès de votre amour pour nous, vous êtes placé comme un fruit sur deux arbres : sur l’arbre de la nature humaine d’abord, pour nous révéler la vérité de votre Père invisible, que vous représentez ; sur l’arbre de la Croix ensuite, où ce ne sont pas les clous qui vous ont attaché, mais les seules forces de votre amour, et cela pour nous montrer la vérité de la volonté de votre Père qui voulait notre salut.

Les hommes ne le savent et ne le comprennent que par la lumière dont vous éclairez leur intelligence, la partie la plus noble de notre âme. Et cette lumière est la lumière de la foi, que vous accordez à tout chrétien dans le baptême, où votre grâce coule pour effacer la tache originelle et nous donner la lumière suffisante pour nous conduire à la béatitude.

Hélas ! nous pouvons, par la corruption de l’amour-propre, obscurcir nos yeux, que votre grâce a illuminés dans le baptême. Nous pouvons nous aveugler par les nuages de la tiédeur et les vapeurs de l’amour-propre ; et alors nous vous méconnaissons, vous, le véritable bien. Nous appelons mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal, et nous devenons, par cet abus de la vérité, plus ingrats et plus mauvais que si nous n’avions pas reçu la lumière ; car un chrétien qui s’égare est pire qu’un infidèle ; il peut seulement recourir plus facilement au remède qui doit le guérir, à cause des lueurs de la foi qui reste encore en lui.

Ô Vérité, qui suis-je donc pour que vous me donniez la vérité ? Je suis celle qui ne suis pas, et votre Vérité est celle qui agit, parle, et fait toute chose. Votre Vérité est celle qui donne la vérité, et c’est par votre Vérité que je dis la vérité. Votre Vérité éternelle se communique de différentes manières à toutes les créatures ; mais elle ne s’épuise pas et ne change jamais. Vous, Dieu éternel, Fils de Dieu, ô Jésus, vous êtes venu de Dieu pour accomplir la volonté de votre Père. Sans vous personne ne peut avoir la vérité, et si quelqu’un veut avoir votre vérité, il ne doit l’affaiblir par aucune erreur : il faut la posséder sans mélange, et c’est ainsi que les bienheureux en jouissent dans votre éternelle contemplation.

Ô Dieu éternel, délivrez-moi donc des chaînes de mon corps, afin que je puisse voir votre Vérité ; car maintenant la mémoire ne peut vous saisir, l’intelligence vous comprendre, et la volonté vous aimer comme vous le méritez. Ainsi soit-il.

Oratio

Da, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui beátæ Catharínæ Vírginis tuæ natalítia cólimus ; et ánnua sollemnitáte lætámur, et tantæ virtútis proficiámus exémplo. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que célébrant la naissance au ciel de la bienheureuse Catherine, votre Vierge, nous retirions une sainte joie de cette fête annuelle, et profitions de l’exemple que nous donne sa si grande vertu.

Antiennes

Ã. Veni, sponsa Christi, accipe coronam quam tibi Dominus praeparavit in aeternum, allelúia.

Ã. Venez, épouse du Christ, recevez la couronne que le Seigneur vous a préparée dans l’éternité, alleluia.

Antienne grégorienne “Veni sponsa Christi”

Antienne Veni sponsa 7

Ã. Tu solus peregrínus es, et non audísti de Iesu, quómodo tradidérunt eum in damnatiónem mortis ? Allelúia.

Ã. Vous êtes bien le seul étranger à n’avoir rien entendu au sujet de Jésus, et de quelle manière ils l’ont livré pour être condamné à mort ! Alleluia!

Antienne grégorienne “Tu solus peregrinus”

Antienne Tu solus peregrinus

Ã. Álias oves hábeo, quæ non sunt ex hoc ovíli : et illas opórtet me addúcere, et vocem meam áudient : et fiet unum ovíle, et unus pastor, allelúia.

Ã. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, et un seul pasteur, alleluia.

Antienne grégorienne “Alias oves”

Antienne Alias oves

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

La Punchline de Saint Benoît

Confesser chaque jour à Dieu dans la prière avec larmes et gémissements ses fautes passées, et, de plus, se corriger de ses fautes.

Saint Hugues et l’Ordre de Cluny : extrait des Fleurs monastiques de Maxime de Mont-Rond

Si l’esprit d’association se produisit de bonne heure au sein de Cluny, il fut néanmoins très lent à se réaliser d’une manière solide et durable. Sous saint Odon, au milieu du 10ème siècle, la Congrégation de Cluny apparut vaste et belle. De nombreux monastères que le pieux abbé avait été appelé à réformer, jusqu’au sein de Rome, avaient accepté les mêmes règles de conduite et de discipline, mais sans d’autres liens communs que leur vénération et leur confiance envers le saint abbé. À la mort d’Odon, l’œuvre d’unité fut encore une fois ébranlée et dissoute. L’idée féconde d’association germait cependant, et, au jour marqué par la Providence, elle arriva enfin à sa maturité. Saint Hugues doit être regardé comme le vrai fondateur de la Congrégation de Cluny : c’est lui qui l’est en effet. Il sut faire accepter, aimer, ces liens d’émulation, de vigilance, d’activité et d’humble subordination qui l’ont rendue si forte et si puissante. Sous le gouvernement de saint Hugues, qui remplit plus de la seconde moitié du 11ème siècle (1049-1109), Cluny prit des développements inconnus jusqu’alors et qu’il n’a plus surpassés depuis. Si le 11ème siècle tout entier est le grand siècle de Cluny, sa seconde moitié cependant l’emporte sur la première sous le rapport de l’éclat, de l’influence et des services rendus à l’Église et à la société. Concentrons donc nos regards sur cette brillante époque de Cluny. Elle se personnifie dans l’histoire du plus illustre de ses abbés, celui que les chroniques contemporaines appellent Hugues le Grand.

En l’an 1024, naquit au château de Semur-en-Brionnais, du comte Dalmace et d’Aremburge de Vergy, sa femme, un fils qu’on nomma Hugues. On rapporte que cet enfant, destiné à de grands desseins, fut montré quelques jours avant sa naissance à un prêtre de haute renommée, dans l’action même du saint Sacrifice offert aux intentions de sa pieuse mère. La gracieuse image apparaissant au-dessus du calice, semblait puiser son éclat, et retremper, par avance, sa force et sa vertu dans le vin mystique qui fait germer les vierges. Cet enfant grandit. Heureusement inhabile au métier des armes, auquel le désir de son père l’appelait, il ouvrit de préférence son âme aux vertueuses et pacifiques influences de sa mère, et se donna de bonne heure tout entier à Jésus-Christ. Il aimait à visiter l’Église et à fréquenter la maison des Clercs de Sémur. Avant sa quinzième année, on le vit s’envoler, à l’insu des siens, vers la bienheureuse solitude de Cluny. A vingt-cinq ans à peine, il était élu par acclamation abbé général de l’ordre de Cluny (1049). Le gouvernement des vieillards était remis aux mains d’un jeune homme. Dieu abrégeait les temps; il avait hâte de délivrer son Église.

À côté de Hugues croissait comme lui en âge et en sagesse un jeune Frère, Toscan d’origine : c’était Hildebrand (futur Pape Saint Grégoire VII), d’abord chanoine régulier à Rome, et qu’avait attiré à Cluny la renommée de ferveur du monastère bourguignon. Hugues, assis sur la chaire abbatiale, vit Hildebrand lui succéder dans la seconde dignité, celle de grand prieur de Cluny. Les deux jeunes élus, sentinelles vigilantes dans ce paisible camp, unissaient leurs vœux ardents et leurs ferventes prières, dans l’attente du grand combat qu’ils allaient bientôt engager pour le salut et l’affranchissement de l’Église.

Hugues, comme avant lui saint Colomban, et après lui saint Bernard, possédait cette beauté corporelle dont Dieu se plaît à revêtir souvent ses grands serviteurs, afin de leur rendre plus facile, au milieu d’un monde grossier, l’accomplissement de ses desseins providentiels. Mais sa vertu et sa sagesse l’emportaient encore sur les grâces angéliques de sa figure. À l’aide de trois moyens puissants, il vint à bout d’assurer la solidité de son œuvre mieux que n’avaient su faire ses illustres prédécesseurs, et de la transmettre à ses successeurs dans toute sa force de cohésion. Le premier fut un redoublement de vigilance, et de fréquentes visites aux monastères agrégés, pour les conserver dans la ferveur ou les ramener dans les sentiers de la paix et de la régularité, ou les réconcilier avec de redoutables voisins. Le second moyen fut la réduction des statuts et des Coutumes de Cluny, par Bernard et Udalric, deux disciples de saint Hugues. Ces Coutumes de Cluny, qui, comme la règle de saint Benoit, n’avaient rien d’absolu, devaient être cependant un puissant lien de centralisation, et concourir grandement à conserver dans son unité la Congrégation de Cluny. Enfin ce lien fut fortifié encore par la grande institution des Chapitres généraux, qui surgit en ce siècle au sein de cette même Congrégation. À des époques rapprochées et périodiques, on allait donc voir de l’Europe entière accourir à la voix de l’abbé les supérieurs ou les délégués des monastères, pour venir discuter au chapitre général les intérêts et les besoins spirituels du cloître. Pour mettre le sceau à toutes ces sages précautions, saint Hugues, avec ce don de persuasion qu’il avait reçu du ciel, saura faire agréer partout l’abolition du titre abbatial, conservé jusqu’à lui aux monastères soumis à la discipline de Cluny. Les chefs de tous ces prieurés substitueront humblement le titre subalterne de prieur à celui d’abbé ou de pro-abbé. Le glorieux travail de l’unité est dès lors consommé. On peut dire justement, en empruntant les paroles d’un écrivain anglais : « Au temps de saint Hugues, Cluny était un grand et magnifique royaume : sa domination s’étendait sur 314 monastères et églises; son abbé était un prince temporel, qui, pour le spirituel, ne dépendait que du Saint-Siège; il battait monnaie sur le territoire même de Cluny, aussi bien que le roi de France dans sa royale cité de Paris. Ce royaume spirituel s’étendait jusqu’à Constantinople, et même jusqu’à la Terre-Sainte ».

Le saint abbé mourut le 29 avril 1109, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Le pape Calixte II le mit au nombre des saints en 1121.

Saint Robert de Molesme et la fondation des Cisterciens (Petin, Dictionnaire hagiographique)

Saint Robert, abbé de Molesme et fondateur de l’ordre de Cîteaux, naquit vers l’an 1029, d’une illustre famille de Champagne, qui l’éleva dans la piété. À l’âge de quinze ans il quitta le monde pour entrer dans l’abbaye de Montier-la-Celle, près de Troyes, où, après avoir pris l’habit, il fut bientôt élu prieur, malgré sa grande jeunesse. Il fut ensuite chargé du gouvernement de l’abbaye de Saint-Michel de Tonnerre, où il s’efforça de rétablir la régularité; mais le relâchement y avait jeté de si profondes racines, qu’il ne trouva dans la plupart de ses religieux que des esprits rebelles et des cœurs endurcis.

Désespérant de les ramener à l’exacte observance de la règle, il les quitta pour aller vivre avec quelques anachorètes qui l’avaient demandé pour supérieur, et qui vivaient dans le désert de Collan, près de Tonnerre. Comme le lieu de leur retraite était malsain, Robert les établit à Molesme en 1075, dans de petites cellules construites avec des branches d’arbres, près desquelles il fit bâtir un petit oratoire en l’honneur de la sainte Trinité. Dans les commencements, leur vie était très austère, parce qu’ils manquaient de tout; mais des dons charitables ayant fait succéder l’abondance à la pauvreté, la communauté se relâcha peu à peu et dégénéra de sa première ferveur. Robert voulut arrêter les progrès du mal, mais, voyant que ses efforts étaient impuissants, il se retira dans le désert de Hauz, parmi des religieux qui vivaient du travail de leurs mains et édifiaient tout le pays par leurs vertus. Ceux de Molesme, rentrant en eux-mêmes, lui firent ordonner par le Pape de revenir au milieu d’eux, lui promettant d’être à l’avenir entièrement soumis à son autorité. Robert se vit donc obligé de retourner à Molesme, mais les choses n’allèrent guère mieux qu’auparavant.

Quelques religieux, cependant, mieux disposés que les autres, lui demandèrent la permission de s’établir dans quelque lieu solitaire, afin de pouvoir en liberté observer la règle sous laquelle ils étaient engagés. Le saint abbé leur accorda ce qu’ils désiraient et leur promit d’aller bientôt se réunir à eux; ce qu’il fit, en effet, après en avoir obtenu l’autorisation de Hugues, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège. Il emmena de Molesme tous les religieux qui voulaient observer dans son intégrité la règle de saint Benoît, et ils allèrent s’établir, au nombre de vingt-deux, dans la forêt de Cîteaux. Ayant obtenu l’agrément de l’évêque de Châlons et du vicomte de Beaune, seigneur du pays, ils défrichèrent une certaine étendue de terrain et y bâtirent des cellules. Eudes, duc de Bourgogne, fit achever à ses frais les bâtiments du monastère, et bâtit une église qui fut dédiée sous l’invocation de la sainte Vierge, comme toutes les églises des Cisterciens l’ont été dans la suite. Il fournit aussi aux moines, pendant quelque temps, toutes les choses dont ils avaient besoin, et leur assigna ensuite des revenus suffisants pour leur entretien. L’évêque de Châlons plaça Robert à la tête du monastère qu’il érigea en abbaye; lorsque tout fut terminé, le nouvel abbé et ses religieux, parmi lesquels on comptait le bienheureux Albéric et saint Étienne Harding, qui devinrent abbés après lui, renouvelèrent, le 21 mars 1098, jour de la fête de saint Benoît, leur profession monastique et leurs vœux de religion, s’engageant de nouveau à suivre la règle de leur saint patriarche dans toute sa sévérité. Rien n’était plus édifiant que leur conduite : ils pratiquaient des austérités extraordinaires, ne dormaient que quatre heures chaque nuit, en consacraient quatre autres à chanter les louanges de Dieu, et quatre, dans la matinée, au travail des mains; puis ils lisaient jusqu’à none et ne mangeaient que des herbes et des racines.

L’année qui suivit la fondation de Cîteaux, les moines de Molesme s’adressèrent de nouveau au Pape pour solliciter le retour de Robert, alléguant que son départ avait beaucoup nui à la discipline de leur maison, et que sa présence était le seul moyen d’y rétablir l’ordre et la régularité. Ils reconnaissaient leurs anciens torts et promettaient de se conduire de manière à ce que le saint n’eût plus à se plaindre d’eux. Urbain II chargea l’archevêque de Lyon, son légat, d’examiner cette affaire, et de renvoyer le saint à Molesme, si cette mesure devait y produire un effet salutaire. Le légat, après une mûre délibération, ordonna à Robert de se rendre aux désirs de ses anciens religieux, et l’évêque de Langres le rétablit dans sa dignité d’abbé de Molesme. Cette fois il eut la consolation de voir la communauté rentrer dans le devoir; il l’y maintint jusqu’à sa mort, arrivée le 17 avril 1111, à l’âge d’environ quatre-vingt-six ans. Les miracles opérés à son tombeau le firent mettre au nombre des saints par le Pape Honorius III, l’an 1222.

Prières

Prière d’Isaac de l’Étoile (1110-1178)

Seigneur, ne vous taisez pas en face de moi. Si je frappe à votre porte par ma méditation, ouvrez-moi ; si je vous interroge, répondez-moi ; si je vous implore, exaucez-moi ! Oui, vous le ferez dans votre grande bonté, vous le ferez largement, pourvu que, lorsque vous parlez, moi-même je ne détourne pas mon oreille. Car si on vous écoute, vous écoutez ; si on accueille vos avis, vous accueillez nos demandes. Parlez donc, Seigneur, votre serviteur écoute, répondez à celui qui parle. Pendant que nous naviguons l’un vers l’autre – comme jadis Pierre et les apôtres – que ni l’un ni l’autre ne s’endorme. Car si vous dormez pour moi votre serviteur, la mer, elle, ne dormira pas, pas plus que chez moi le souvenir du monde. Et si je dors pour vous, la chair, elle, ne dormira pas pour moi. Dressez-vous, Seigneur, qu’au-dedans et au-dehors se fasse un grand calme… Je crierai toujours vers vous, Seigneur, ne gardez pas avec moi le silence. Ainsi soit-il.

Oratio

Pérfice, quæsumus, Dómine, pium in nobis sanctæ religiónis afféctum : et ad obtinéndam tuæ grátiæ largitátem ; beátus Hugo Abbas suis apud te semper pro nobis et méritis, et précibus intercédat. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Seigneur, développez en nous l’esprit de piété de notre sainte Religion : et, pour obtenir l’abondance de votre grâce, que votre bienheureux Abbé Hugues intercède près de vous par ses mérites et ses prières.

Oratio

Deus, qui pro te relinquéntibus ómnia, céntuplum in hoc sǽculo, et in futúro vitam ætérnam promisísti : da nobis, intercedénte beáto Robérto Abbáte, sic a mundánis desidériis abstinére, ut plenam a te mercédem suscípere mereámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui avez promis à ceux qui pour vous ont quitté le monde, le centuple dès ce monde et la vie éternelle dans l’autre, accordez-nous, par l’intercession du bienheureux Abbé Robert, de nous abstenir tellement des désirs mondains que nous méritions de recevoir de vos mains une pleine récompense.

Antiennes

Ã. Cum in die magni Sábbati beátus Hugo sacris interésset, colúmnam novæ lucis salutábat, crebris exórans suspíriis, ut ad terram promissiónis felíci gressu perveníret, allelúia.

Ã. Comme le Samedi-Saint, le bienheureux Hugues assistait aux saints mystères, il saluait la colonne de nouvelle lumière; par de fréquents soupirs, il demandait de parvenir à la Terre promise, alleluia.

Antienne grégorienne “Cum in die magni Sábbati”

Antienne Cum in die
Antienne Extensi sunt

Ã. Exténsi sunt pálmites eius usque ad mare, et usque ad flumen propágines eius, allelúia.

Ã. Il étendit ses rameaux jusqu’à la mer, et ses pousses jusqu’au fleuve, alleluia.

Antienne grégorienne “Exténsi sunt”