Jeudi 30 avril (Confinement J45)

Jeudi 30 avril (Confinement J45)

Jeudi 30 avril (Confinement J45)

La Punchline du R.P. Garrigou-Lagrange O.P.

L’abandon à la volonté divine est une des formes les plus belles de l’espérance unie à l’amour de Dieu.

Sainte Catherine de Sienne : Extrait du Dialogue avec Notre-Seigneur

La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut. – Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d’espérer en Dieu. (Rép. IV, ch. VII [141])

Vois comment ma Providence a réparé la ruine de l’homme, j’ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l’homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l’ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l’homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu’il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son cœur du monde et l’élever vers moi. Et cependant l’homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu’il y rencontre, il ne voudrait jamais s’en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, ce que ferait l’homme malheureux s’il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce Providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance ; c’est le moyen d’éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu’il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma Providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse.

J’ai donné beaucoup à l’homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu’un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême ; si quelqu’un désire la bonté, je suis l’éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j’accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m’appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l’âme qui s’est revêtue de ma volonté. Je suis cette Providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi ; je leur accorde tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, qui est dans l’éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? Ne les ai-je pas faites pour vous, et n’ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu’il devait ouvrir à son prochain, n’a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu’il n’en suit pas les traces ; et c’est pour cela qu’il se rend insupportable à lui-même, tout son mal vient de ce qu’il espère en lui, au lieu d’espérer en moi.

Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m’appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma Providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu’il a placé toute son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L’amour de lui-même l’aveugle au point qu’il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d’une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l’enfer.

Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j’ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil (Mt 5, 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l’âme du juste, qui par amour pour moi s’est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur cœur dans l’abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d’eux-mêmes ; ils ne se tourmentent plus des choses du monde ; et renoncent à tout ce qui les regarde ; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j’ai pour eux une providence particulière. L’Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

L’Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité ; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l’amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l’eau de l’amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l’Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné ; il revêt l’âme, il l’enivre, l’inonde de douceur et la comble de richesses.

Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l’humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l’élève au dessus du monde et des sens, parce qu’il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d’une lumière parfaite, parce qu’il n’espère pas en lui. Une ferme espérance et une foi vive l’attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu’il trouve en tout ma volonté, et qu’il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n’altère sa patience. En toutes choses il est calme et inébranlable, parce qu’il est affermi sur la pierre vivante, et qu’il voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l’unique but de son salut.

C’est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu’à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive ; c’est pour cela que je lui donne tout ce qu’il reçoit. Ceci est évident pour l’âme qui se dépouille d’elle-même, qui se réjouit de tout ce qu’elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les choses grandes et difficiles, la foi lui montre toujours ma Providence? Oh qu’elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l’âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d’abord donnée !

Prières

Prières de Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

Ô Dieu d’amour, que puis-je dire de votre Vérité? Parlez de la vérité, vous qui êtes la Vérité. Moi je vous ignore, et je ne puis parler que des ténèbres. Je n’ai pas suivi le Fruit de votre croix, et j’ai marché dans les ténèbres sans les connaître ; car celui qui connaît les ténèbres connaît la lumière. Mais moi j’ai suivi les ténèbres, et je ne les ai pas approfondies.

Dites-moi, Seigneur, la vérité sur votre Croix, et j’écouterai. Vous me dites que certains persécutent le Fruit de votre Croix, et c’est vous qui êtes le Fruit de votre croix. Ô Verbe, Fils unique de Dieu, qui, par l’excès de votre amour pour nous, vous êtes placé comme un fruit sur deux arbres : sur l’arbre de la nature humaine d’abord, pour nous révéler la vérité de votre Père invisible, que vous représentez ; sur l’arbre de la Croix ensuite, où ce ne sont pas les clous qui vous ont attaché, mais les seules forces de votre amour, et cela pour nous montrer la vérité de la volonté de votre Père qui voulait notre salut.

Les hommes ne le savent et ne le comprennent que par la lumière dont vous éclairez leur intelligence, la partie la plus noble de notre âme. Et cette lumière est la lumière de la foi, que vous accordez à tout chrétien dans le baptême, où votre grâce coule pour effacer la tache originelle et nous donner la lumière suffisante pour nous conduire à la béatitude.

Hélas ! nous pouvons, par la corruption de l’amour-propre, obscurcir nos yeux, que votre grâce a illuminés dans le baptême. Nous pouvons nous aveugler par les nuages de la tiédeur et les vapeurs de l’amour-propre ; et alors nous vous méconnaissons, vous, le véritable bien. Nous appelons mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal, et nous devenons, par cet abus de la vérité, plus ingrats et plus mauvais que si nous n’avions pas reçu la lumière ; car un chrétien qui s’égare est pire qu’un infidèle ; il peut seulement recourir plus facilement au remède qui doit le guérir, à cause des lueurs de la foi qui reste encore en lui.

Ô Vérité, qui suis-je donc pour que vous me donniez la vérité ? Je suis celle qui ne suis pas, et votre Vérité est celle qui agit, parle, et fait toute chose. Votre Vérité est celle qui donne la vérité, et c’est par votre Vérité que je dis la vérité. Votre Vérité éternelle se communique de différentes manières à toutes les créatures ; mais elle ne s’épuise pas et ne change jamais. Vous, Dieu éternel, Fils de Dieu, ô Jésus, vous êtes venu de Dieu pour accomplir la volonté de votre Père. Sans vous personne ne peut avoir la vérité, et si quelqu’un veut avoir votre vérité, il ne doit l’affaiblir par aucune erreur : il faut la posséder sans mélange, et c’est ainsi que les bienheureux en jouissent dans votre éternelle contemplation.

Ô Dieu éternel, délivrez-moi donc des chaînes de mon corps, afin que je puisse voir votre Vérité ; car maintenant la mémoire ne peut vous saisir, l’intelligence vous comprendre, et la volonté vous aimer comme vous le méritez. Ainsi soit-il.

Oratio

Da, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui beátæ Catharínæ Vírginis tuæ natalítia cólimus ; et ánnua sollemnitáte lætámur, et tantæ virtútis proficiámus exémplo. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que célébrant la naissance au ciel de la bienheureuse Catherine, votre Vierge, nous retirions une sainte joie de cette fête annuelle, et profitions de l’exemple que nous donne sa si grande vertu.

Antiennes

Ã. Veni, sponsa Christi, accipe coronam quam tibi Dominus praeparavit in aeternum, allelúia.

Ã. Venez, épouse du Christ, recevez la couronne que le Seigneur vous a préparée dans l’éternité, alleluia.

Antienne grégorienne “Veni sponsa Christi”

Antienne Veni sponsa 7

Ã. Tu solus peregrínus es, et non audísti de Iesu, quómodo tradidérunt eum in damnatiónem mortis ? Allelúia.

Ã. Vous êtes bien le seul étranger à n’avoir rien entendu au sujet de Jésus, et de quelle manière ils l’ont livré pour être condamné à mort ! Alleluia!

Antienne grégorienne “Tu solus peregrinus”

Antienne Tu solus peregrinus

Ã. Álias oves hábeo, quæ non sunt ex hoc ovíli : et illas opórtet me addúcere, et vocem meam áudient : et fiet unum ovíle, et unus pastor, allelúia.

Ã. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, et un seul pasteur, alleluia.

Antienne grégorienne “Alias oves”

Antienne Alias oves

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

La Punchline de Saint Benoît

Confesser chaque jour à Dieu dans la prière avec larmes et gémissements ses fautes passées, et, de plus, se corriger de ses fautes.

Saint Hugues et l’Ordre de Cluny : extrait des Fleurs monastiques de Maxime de Mont-Rond

Si l’esprit d’association se produisit de bonne heure au sein de Cluny, il fut néanmoins très lent à se réaliser d’une manière solide et durable. Sous saint Odon, au milieu du 10ème siècle, la Congrégation de Cluny apparut vaste et belle. De nombreux monastères que le pieux abbé avait été appelé à réformer, jusqu’au sein de Rome, avaient accepté les mêmes règles de conduite et de discipline, mais sans d’autres liens communs que leur vénération et leur confiance envers le saint abbé. À la mort d’Odon, l’œuvre d’unité fut encore une fois ébranlée et dissoute. L’idée féconde d’association germait cependant, et, au jour marqué par la Providence, elle arriva enfin à sa maturité. Saint Hugues doit être regardé comme le vrai fondateur de la Congrégation de Cluny : c’est lui qui l’est en effet. Il sut faire accepter, aimer, ces liens d’émulation, de vigilance, d’activité et d’humble subordination qui l’ont rendue si forte et si puissante. Sous le gouvernement de saint Hugues, qui remplit plus de la seconde moitié du 11ème siècle (1049-1109), Cluny prit des développements inconnus jusqu’alors et qu’il n’a plus surpassés depuis. Si le 11ème siècle tout entier est le grand siècle de Cluny, sa seconde moitié cependant l’emporte sur la première sous le rapport de l’éclat, de l’influence et des services rendus à l’Église et à la société. Concentrons donc nos regards sur cette brillante époque de Cluny. Elle se personnifie dans l’histoire du plus illustre de ses abbés, celui que les chroniques contemporaines appellent Hugues le Grand.

En l’an 1024, naquit au château de Semur-en-Brionnais, du comte Dalmace et d’Aremburge de Vergy, sa femme, un fils qu’on nomma Hugues. On rapporte que cet enfant, destiné à de grands desseins, fut montré quelques jours avant sa naissance à un prêtre de haute renommée, dans l’action même du saint Sacrifice offert aux intentions de sa pieuse mère. La gracieuse image apparaissant au-dessus du calice, semblait puiser son éclat, et retremper, par avance, sa force et sa vertu dans le vin mystique qui fait germer les vierges. Cet enfant grandit. Heureusement inhabile au métier des armes, auquel le désir de son père l’appelait, il ouvrit de préférence son âme aux vertueuses et pacifiques influences de sa mère, et se donna de bonne heure tout entier à Jésus-Christ. Il aimait à visiter l’Église et à fréquenter la maison des Clercs de Sémur. Avant sa quinzième année, on le vit s’envoler, à l’insu des siens, vers la bienheureuse solitude de Cluny. A vingt-cinq ans à peine, il était élu par acclamation abbé général de l’ordre de Cluny (1049). Le gouvernement des vieillards était remis aux mains d’un jeune homme. Dieu abrégeait les temps; il avait hâte de délivrer son Église.

À côté de Hugues croissait comme lui en âge et en sagesse un jeune Frère, Toscan d’origine : c’était Hildebrand (futur Pape Saint Grégoire VII), d’abord chanoine régulier à Rome, et qu’avait attiré à Cluny la renommée de ferveur du monastère bourguignon. Hugues, assis sur la chaire abbatiale, vit Hildebrand lui succéder dans la seconde dignité, celle de grand prieur de Cluny. Les deux jeunes élus, sentinelles vigilantes dans ce paisible camp, unissaient leurs vœux ardents et leurs ferventes prières, dans l’attente du grand combat qu’ils allaient bientôt engager pour le salut et l’affranchissement de l’Église.

Hugues, comme avant lui saint Colomban, et après lui saint Bernard, possédait cette beauté corporelle dont Dieu se plaît à revêtir souvent ses grands serviteurs, afin de leur rendre plus facile, au milieu d’un monde grossier, l’accomplissement de ses desseins providentiels. Mais sa vertu et sa sagesse l’emportaient encore sur les grâces angéliques de sa figure. À l’aide de trois moyens puissants, il vint à bout d’assurer la solidité de son œuvre mieux que n’avaient su faire ses illustres prédécesseurs, et de la transmettre à ses successeurs dans toute sa force de cohésion. Le premier fut un redoublement de vigilance, et de fréquentes visites aux monastères agrégés, pour les conserver dans la ferveur ou les ramener dans les sentiers de la paix et de la régularité, ou les réconcilier avec de redoutables voisins. Le second moyen fut la réduction des statuts et des Coutumes de Cluny, par Bernard et Udalric, deux disciples de saint Hugues. Ces Coutumes de Cluny, qui, comme la règle de saint Benoit, n’avaient rien d’absolu, devaient être cependant un puissant lien de centralisation, et concourir grandement à conserver dans son unité la Congrégation de Cluny. Enfin ce lien fut fortifié encore par la grande institution des Chapitres généraux, qui surgit en ce siècle au sein de cette même Congrégation. À des époques rapprochées et périodiques, on allait donc voir de l’Europe entière accourir à la voix de l’abbé les supérieurs ou les délégués des monastères, pour venir discuter au chapitre général les intérêts et les besoins spirituels du cloître. Pour mettre le sceau à toutes ces sages précautions, saint Hugues, avec ce don de persuasion qu’il avait reçu du ciel, saura faire agréer partout l’abolition du titre abbatial, conservé jusqu’à lui aux monastères soumis à la discipline de Cluny. Les chefs de tous ces prieurés substitueront humblement le titre subalterne de prieur à celui d’abbé ou de pro-abbé. Le glorieux travail de l’unité est dès lors consommé. On peut dire justement, en empruntant les paroles d’un écrivain anglais : « Au temps de saint Hugues, Cluny était un grand et magnifique royaume : sa domination s’étendait sur 314 monastères et églises; son abbé était un prince temporel, qui, pour le spirituel, ne dépendait que du Saint-Siège; il battait monnaie sur le territoire même de Cluny, aussi bien que le roi de France dans sa royale cité de Paris. Ce royaume spirituel s’étendait jusqu’à Constantinople, et même jusqu’à la Terre-Sainte ».

Le saint abbé mourut le 29 avril 1109, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Le pape Calixte II le mit au nombre des saints en 1121.

Saint Robert de Molesme et la fondation des Cisterciens (Petin, Dictionnaire hagiographique)

Saint Robert, abbé de Molesme et fondateur de l’ordre de Cîteaux, naquit vers l’an 1029, d’une illustre famille de Champagne, qui l’éleva dans la piété. À l’âge de quinze ans il quitta le monde pour entrer dans l’abbaye de Montier-la-Celle, près de Troyes, où, après avoir pris l’habit, il fut bientôt élu prieur, malgré sa grande jeunesse. Il fut ensuite chargé du gouvernement de l’abbaye de Saint-Michel de Tonnerre, où il s’efforça de rétablir la régularité; mais le relâchement y avait jeté de si profondes racines, qu’il ne trouva dans la plupart de ses religieux que des esprits rebelles et des cœurs endurcis.

Désespérant de les ramener à l’exacte observance de la règle, il les quitta pour aller vivre avec quelques anachorètes qui l’avaient demandé pour supérieur, et qui vivaient dans le désert de Collan, près de Tonnerre. Comme le lieu de leur retraite était malsain, Robert les établit à Molesme en 1075, dans de petites cellules construites avec des branches d’arbres, près desquelles il fit bâtir un petit oratoire en l’honneur de la sainte Trinité. Dans les commencements, leur vie était très austère, parce qu’ils manquaient de tout; mais des dons charitables ayant fait succéder l’abondance à la pauvreté, la communauté se relâcha peu à peu et dégénéra de sa première ferveur. Robert voulut arrêter les progrès du mal, mais, voyant que ses efforts étaient impuissants, il se retira dans le désert de Hauz, parmi des religieux qui vivaient du travail de leurs mains et édifiaient tout le pays par leurs vertus. Ceux de Molesme, rentrant en eux-mêmes, lui firent ordonner par le Pape de revenir au milieu d’eux, lui promettant d’être à l’avenir entièrement soumis à son autorité. Robert se vit donc obligé de retourner à Molesme, mais les choses n’allèrent guère mieux qu’auparavant.

Quelques religieux, cependant, mieux disposés que les autres, lui demandèrent la permission de s’établir dans quelque lieu solitaire, afin de pouvoir en liberté observer la règle sous laquelle ils étaient engagés. Le saint abbé leur accorda ce qu’ils désiraient et leur promit d’aller bientôt se réunir à eux; ce qu’il fit, en effet, après en avoir obtenu l’autorisation de Hugues, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège. Il emmena de Molesme tous les religieux qui voulaient observer dans son intégrité la règle de saint Benoît, et ils allèrent s’établir, au nombre de vingt-deux, dans la forêt de Cîteaux. Ayant obtenu l’agrément de l’évêque de Châlons et du vicomte de Beaune, seigneur du pays, ils défrichèrent une certaine étendue de terrain et y bâtirent des cellules. Eudes, duc de Bourgogne, fit achever à ses frais les bâtiments du monastère, et bâtit une église qui fut dédiée sous l’invocation de la sainte Vierge, comme toutes les églises des Cisterciens l’ont été dans la suite. Il fournit aussi aux moines, pendant quelque temps, toutes les choses dont ils avaient besoin, et leur assigna ensuite des revenus suffisants pour leur entretien. L’évêque de Châlons plaça Robert à la tête du monastère qu’il érigea en abbaye; lorsque tout fut terminé, le nouvel abbé et ses religieux, parmi lesquels on comptait le bienheureux Albéric et saint Étienne Harding, qui devinrent abbés après lui, renouvelèrent, le 21 mars 1098, jour de la fête de saint Benoît, leur profession monastique et leurs vœux de religion, s’engageant de nouveau à suivre la règle de leur saint patriarche dans toute sa sévérité. Rien n’était plus édifiant que leur conduite : ils pratiquaient des austérités extraordinaires, ne dormaient que quatre heures chaque nuit, en consacraient quatre autres à chanter les louanges de Dieu, et quatre, dans la matinée, au travail des mains; puis ils lisaient jusqu’à none et ne mangeaient que des herbes et des racines.

L’année qui suivit la fondation de Cîteaux, les moines de Molesme s’adressèrent de nouveau au Pape pour solliciter le retour de Robert, alléguant que son départ avait beaucoup nui à la discipline de leur maison, et que sa présence était le seul moyen d’y rétablir l’ordre et la régularité. Ils reconnaissaient leurs anciens torts et promettaient de se conduire de manière à ce que le saint n’eût plus à se plaindre d’eux. Urbain II chargea l’archevêque de Lyon, son légat, d’examiner cette affaire, et de renvoyer le saint à Molesme, si cette mesure devait y produire un effet salutaire. Le légat, après une mûre délibération, ordonna à Robert de se rendre aux désirs de ses anciens religieux, et l’évêque de Langres le rétablit dans sa dignité d’abbé de Molesme. Cette fois il eut la consolation de voir la communauté rentrer dans le devoir; il l’y maintint jusqu’à sa mort, arrivée le 17 avril 1111, à l’âge d’environ quatre-vingt-six ans. Les miracles opérés à son tombeau le firent mettre au nombre des saints par le Pape Honorius III, l’an 1222.

Prières

Prière d’Isaac de l’Étoile (1110-1178)

Seigneur, ne vous taisez pas en face de moi. Si je frappe à votre porte par ma méditation, ouvrez-moi ; si je vous interroge, répondez-moi ; si je vous implore, exaucez-moi ! Oui, vous le ferez dans votre grande bonté, vous le ferez largement, pourvu que, lorsque vous parlez, moi-même je ne détourne pas mon oreille. Car si on vous écoute, vous écoutez ; si on accueille vos avis, vous accueillez nos demandes. Parlez donc, Seigneur, votre serviteur écoute, répondez à celui qui parle. Pendant que nous naviguons l’un vers l’autre – comme jadis Pierre et les apôtres – que ni l’un ni l’autre ne s’endorme. Car si vous dormez pour moi votre serviteur, la mer, elle, ne dormira pas, pas plus que chez moi le souvenir du monde. Et si je dors pour vous, la chair, elle, ne dormira pas pour moi. Dressez-vous, Seigneur, qu’au-dedans et au-dehors se fasse un grand calme… Je crierai toujours vers vous, Seigneur, ne gardez pas avec moi le silence. Ainsi soit-il.

Oratio

Pérfice, quæsumus, Dómine, pium in nobis sanctæ religiónis afféctum : et ad obtinéndam tuæ grátiæ largitátem ; beátus Hugo Abbas suis apud te semper pro nobis et méritis, et précibus intercédat. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Seigneur, développez en nous l’esprit de piété de notre sainte Religion : et, pour obtenir l’abondance de votre grâce, que votre bienheureux Abbé Hugues intercède près de vous par ses mérites et ses prières.

Oratio

Deus, qui pro te relinquéntibus ómnia, céntuplum in hoc sǽculo, et in futúro vitam ætérnam promisísti : da nobis, intercedénte beáto Robérto Abbáte, sic a mundánis desidériis abstinére, ut plenam a te mercédem suscípere mereámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui avez promis à ceux qui pour vous ont quitté le monde, le centuple dès ce monde et la vie éternelle dans l’autre, accordez-nous, par l’intercession du bienheureux Abbé Robert, de nous abstenir tellement des désirs mondains que nous méritions de recevoir de vos mains une pleine récompense.

Antiennes

Ã. Cum in die magni Sábbati beátus Hugo sacris interésset, colúmnam novæ lucis salutábat, crebris exórans suspíriis, ut ad terram promissiónis felíci gressu perveníret, allelúia.

Ã. Comme le Samedi-Saint, le bienheureux Hugues assistait aux saints mystères, il saluait la colonne de nouvelle lumière; par de fréquents soupirs, il demandait de parvenir à la Terre promise, alleluia.

Antienne grégorienne “Cum in die magni Sábbati”

Antienne Cum in die
Antienne Extensi sunt

Ã. Exténsi sunt pálmites eius usque ad mare, et usque ad flumen propágines eius, allelúia.

Ã. Il étendit ses rameaux jusqu’à la mer, et ses pousses jusqu’au fleuve, alleluia.

Antienne grégorienne “Exténsi sunt”

Mardi 28 avril (Confinement J43)

Mardi 28 avril (Confinement J43)

Mardi 28 avril (Confinement J43)

La Punchline de Saint Jean Climaque

Un cœur humble est éclairé de la lumière du Ciel.

Mère Cécile Bruyère : Sur ceux qui avancent rapidement dans la vie spirituelle #1

Quels sont ceux qui avancent plus rapidement dans la vie spirituelle ? Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de nous demander maintenant quelles sont les voies les plus rapides pour arriver à l’union intime avec Dieu, avant même que la mort nous donne l’entrée « à l’intérieur du voile » (Hbr 6, 19) ? C’est là une étude intéressante et fructueuse qu’il est facile d’aborder avec l’aide des saintes Écritures ; et, sans chercher à l’épuiser ici, nous nous bornerons à exposer notre pensée dans quelques considérations générales, qu’il sera loisible à chacun de s’appliquer.

Humilité et enfance spirituelle

Ceux-là arrivent plus promptement et plus sûrement que les autres, qui n’ont aucune idée de grandeur, qui ne visent point à faire figure, ni à avoir de la science, de l’esprit, du caractère, qui n’ont en un mot aucune prétention. Nous l’avons appris de notre adorable Maître : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits » (Mt 11, 25). Et encore : « Je vous le dis, en vérité, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3). On ne peut douter que très fréquemment, dans l’Écriture, le royaume des cieux signifie non point seulement la Jérusalem céleste, mais aussi le point culminant de la vie spirituelle.

Il y a un lien visible entre l’enfance spirituelle et la vertu d’humilité. Toutefois, parce que certaines âmes, fatiguées déjà par les chagrins et la lutte de la vie chrétienne, pourraient s’effrayer de ne plus sentir en elles-mêmes ni fraîcheur de sentiments, ni jeunesse spirituelle, Notre-Seigneur est allé au-devant de ces craintes ; et à ces âmes fatiguées, il donne le moyen de renouveler leur jeunesse. Il sait bien que, s’il en est qui débutent par cette gracieuse simplicité qui résout facilement les plus grands problèmes de la vie spirituelle, d’autres, au contraire, finissent par là, et ne recouvrent cette simplicité que dans la transformation totale de leur nature. Aussi leur dit-il : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug, et recevez mes leçons : je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30).

Ces textes sont bien connus sans doute, mais ils demandent à être étudiés avec soin. Le Seigneur s’adresse aux âmes lasses, usées par la lutte. Il leur montre qu’elles peuvent marcher comme les autres ; il leur promet de les soutenir; même il leur donne son propre exemple comme appui : « Ne vous effrayez pas de vos misères, leur dit-il, prenez mon joug ; faites ce que j’ai fait au milieu de mes travaux sur terre : j’ai été doux et humble de cœur. Si vous vous conformez à mon exemple, vous trouverez le repos de vos âmes, c’est-à-dire cette paix qui est la tranquillité de l’ordre, et qui même, lorsqu’elle s’établit définitivement dans l’âme humaine, est le ciel sur terre ».

Aussi les âmes qui s’appliquent à la douceur et à l’humilité de cœur, et prennent cette attitude envers Dieu, envers le prochain, envers elles-mêmes, marchent-elles à grands pas vers leur sanctification : « Bienheureux les doux car il posséderont la terre » (Mt 5, 4)., dit encore Notre-Seigneur. Les Psaumes proclament aussi la préférence de Dieu pour ceux qui sont doux : « Il enseignera ses voies aux doux » (Ps 24, 9). Les Proverbes renferment le même enseignement : « Mieux vaut être humble avec les petits que de partager le butin avec les orgueilleux » (Prv 16, 19). Enfin le grand contemplatif Moïse obtint cet éloge du Saint-Esprit : « Moïse était un homme fort doux, plus qu’aucun homme qui fût sur la face de la terre » (Nm 12, 3).

Componction

Mais la douceur et l’humilité ne sont pas les seules dispositions qui touchent le cœur de notre Dieu ; la vraie componction, un regret profond de ses fautes est encore un moyen d’avancer rapidement : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et envers toi; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » (Lc 15, 21). Et le cœur paternel n’y tient plus ; ce n’est pas un pardon seulement qu’il accorde, c’est la plénitude des biens qu’il semble vouloir conférer au repentir. David connaissait bien cette disposition divine, quand il disait : « Le sacrifice pour Dieu, c’est un esprit brisé; ô Dieu, vous ne dédaignez pas un cœur brisé et contrit » (Ps 50, 19).

Prières

Prière de Saint Robert Bellarmin (1542-1621)

Vous serez donc sage, ô mon âme, si vous vous placez toujours au dernier rang. Gardez-vous de jamais ravir la Gloire de Dieu ; descendez dans votre néant, qui seul vous appartient, et dès lors le monde entier ne saurait vous inspirer de l’orgueil. Mais parce que cette précieuse vertu d’humilité avait presque disparu de ce monde, et qu’elle ne se trouvait plus ni dans les livres des philosophes, ni dans les mœurs des nations, le Maître de toutes les vertus est descendu du Ciel ; et quoiqu’Il eût la nature de Dieu, quoiqu’Il fût égal à Dieu son Père; cependant Il s’est anéanti Lui-même en prenant la nature d’esclave, et Il s’est rabaissé, se rendant obéissant jusqu’à la mort, et Il a dit aux hommes : « Apprenez de, moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes » (Mt 11). Ô mon âme, si vous rougissez d’imiter l’humilité des hommes, au moins ne rougissez pas d’imiter celle d’un Dieu, qui ne peut tromper, ni être trompé ; qui résiste aux superbes, et donne sa grâce aux humbles.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Dieu de l’ancienne Alliance, que vous êtes grand, et qui ne tremblerait devant vous ! ô Dieu de la nouvelle Alliance, que vous vous êtes fait petit, et qui ne vous aimerait pas ! Guérissez mon orgueil, principe de toutes mes révoltes : apprenez-moi à estimer ce que vous avez estimé. Vous créez le monde une seconde fois par votre Incarnation, et dans cette création, plus excellente que la première, vous opérez par le silence, vous triomphez par l’anéantissement. Je veux m’humilier à votre exemple, et profiter des leçons qu’un Dieu est venu me donner de si haut. Abaissez donc, ô Jésus, toutes mes hauteurs ; c’est une des fins de votre Avènement. Je me prête à vous, comme à mon souverain Maître : faites en moi ce qu’il vous plaira. Ainsi soit-il.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui beáti Vitális Mártyris tui natalícia cólimus, intercessióne eius, in tui nóminis amóre roborémur. Per Dóminum.

Oraison

Accordez, Dieu tout-puissant, à nous qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux Vital, votre Martyr, la grâce d’être, par son intercession, fortifiés dans l’amour de votre nom.

Antiennes

Ã. Eúntes in mundum, docéte omnes gentes, baptizántes eos in nómine Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti, allelúia.

Ã. Parcourant le monde, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, alleluia.

Antienne grégorienne “Euntes in mundum”

Antienne Euntes in mundum

Ã. Mercennárius est, cuius non sunt oves própriæ, videt lupum veniéntem, et dimíttit oves, et fugit ; et lupus rapit, et dispérgit oves, allelúia.​

Ã. C’est un mercenaire, celui à qui les brebis n’appartiennent pas, il voit venir le loup, laisse là les brebis et prend la fuite; et le loup les ravit et les disperse, alleluia.

Antienne grégorienne “Mercennarius”

Antienne Mercennarius est

Lundi 27 avril (Confinement J42) : Saint Pierre Canisius

Lundi 27 avril (Confinement J42) : Saint Pierre Canisius

Lundi 27 avril (Confinement J42) : Saint Pierre Canisius

La Punchline de Saint Basile

La prudence doit être la directrice de toutes nos actions, puisque sans elle tout ce qui est bon par ailleurs devient un vice, quand on le fait à contre-temps et sans modération.

Saint Pierre Canisius, Confesseur et Docteur de l’Église (1521-1597) : Leçon historique du Bréviaire

Pierre Canisius naquit à Nimègue en Gueldre (Pays-Bas), l’année même où, en Allemagne, Luther rompait avec l’Église par une révolte ouverte, tandis qu’en Espagne, Ignace de Loyola abandonnait la milice terrestre et se consacrait à soutenir les combats du Seigneur : Dieu voulant sans doute annoncer par cette double coïncidence quels seraient dans la suite ses adversaires et sous quel chef il s’enrôlerait dans la sainte milice. À Cologne où l’avaient amené ses études, Pierre se lia à Dieu par le vœu de chasteté perpétuelle et s’enrôla, peu après, dans la Compagnie de Jésus. Revêtu du sacerdoce, il entreprit aussitôt, par ses missions, ses sermons et ses écrits, de défendre la foi catholique contre les attaques perfides des novateurs. Par deux fois il prit part au Concile de Trente où le désiraient vivement, à cause de sa rare sagesse et de son expérience des affaires, le Cardinal d’Augsbourg et les Pontifes Légats. De plus, sur l’autorité du Souverain Pontife Pie IV, il s’employa à en faire publier et appliquer comme il convenait les décrets en Allemagne. Envoyé par Paul IV au synode de Petrikan et chargé d’autres missions par Grégoire XIII, il y traita des plus graves affaires de la Religion avec un courage toujours ardent qu’aucune difficulté ne put abattre, et, à travers toutes les circonstances critiques de l’époque, les conduisit à une heureuse fin.

On peut à peine exprimer combien, durant plus de quarante ans, embrasé du feu de la divine charité que jadis, dans la basilique vaticane, il avait abondamment puisé au plus profond du Cœur de Jésus, et uniquement voué à l’augmentation de la gloire divine, le Bienheureux accomplit de travaux et endura de souffrances, soit pour préserver un grand nombre de villes et provinces d’Allemagne de la contagion de l’hérésie, soit pour les ramener à la foi lorsqu’elles s’en trouvaient infectées. Aux diètes de Ratisbonne et d’Augsbourg il sut animer les chefs de l’Empire à la défense des droits de l’Église et à la correction des mœurs populaires. En celle de Worms il réduisit au silence l’orgueil et l’impiété des magistrats de cette ville. Préposé par saint Ignace à la Province d’Allemagne il fonda en beaucoup de lieux des résidences et des collèges de la Compagnie, il apporta tous ses soins à promouvoir et développer le Collège germanique fondé à Rome; il remit en honneur dans les académies l’étude des sciences sacrées et des humanités regrettablement négligées. Il écrivit deux livres admirables contre les Centuriateurs de Magdebourg, enfin il composa une somme de doctrine chrétienne universellement et hautement approuvée tant par le jugement des théologiens que par l’usage public de trois siècles, et publia en langue vulgaire pour l’instruction du peuple de nombreux et très utiles ouvrages. Tant de services valurent au Saint le nom de marteau des hérétiques et de nouvel apôtre de la Germanie, et le firent à juste titre regarder comme suscité par Dieu pour être le défenseur de la religion en Allemagne.

Au milieu de tant de travaux, Pierre Canisius entretenait avec Dieu une union habituelle par de fréquentes prières, et la méditation assidue des choses surnaturelles, souvent inondé de larmes et parfois ravi en extase. Tenu en grande estime par les personnages les plus importants ou les plus renommés pour leur piété, grandement honoré par quatre Souverains Pontifes, il avait de si bas sentiments de lui-même qu’il se disait et se croyait le dernier de tous. Il refusa à trois reprises l’évêché de Vienne. D’une obéissance admirable envers ses supérieurs, on le voyait prêt, au moindre signe de leur part, à tout abandonner ou entreprendre, même au péril de sa santé et de sa vie. Les rigueurs volontaires qu’il exerçait contre lui-même furent sans cesse les protectrices de sa chasteté. Enfin le Saint, âgé de soixante dix-sept ans et se trouvant à Fribourg en Suisse où il avait passé les dernières années de sa vie à s’épuiser pour la gloire divine et le salut des âmes, s’en alla vers Dieu le 21 décembre 1597. Le Pape Pie IX a élevé aux honneurs de la béatification ce vaillant champion de la vérité catholique ; et, de nouveaux miracles l’ayant rendu illustre, le Souverain Pontife Pie XI, en l’année jubilaire, l’inscrivit au nombre des Saints en même temps qu’il le déclarait Docteur de l’Église universelle.

Extraits du Grand Catéchisme de Saint Pierre Canisius

Quelle est l’utilité du Signe de la Croix?

Cette pratique usitée constamment dans l’Église parmi tous les pieux fidèles, à partir même de l’origine du christianisme, se recommande fortement par cela seul à notre respect et à notre piété.

Et d’abord elle sert à réveiller en nous le sentiment de la reconnaissance pour le mystère qui s’est accompli en notre faveur sur la croix, et pour toutes les grâces dont ce mystère a été pour nous la source.

Elle nous excite en second lieu à mettre dans la croix du Sauveur toute notre gloire, comme toute l’espérance de notre salut. Elle est de plus, de notre part, une protestation continuelle que nous n’avons rien de commun avec les juifs ni avec les gentils, qui les uns et les autres sont ennemis de la croix de Jésus-Christ, et qu’en dépit de leurs mépris comme de leur haine, nous ne voulons pas avoir d’autre maître que Jésus, et Jésus crucifié.

Ce signe nous sert encore d’exhortation à la pratique de la patience, en nous offrant la perspective de la gloire éternelle à laquelle nous devons aspirer, et il nous est un avertissement muet d’embrasser sans répugnance la croix et les saintes voies de la croix, sous la conduite de Jésus-Christ notre divin chef.

Il nous fournit en même temps des armes victorieuses contre Satan, dont l’empire a été renversé par la vertu de la croix, et il nous rend forts en général contre tous les ennemis de notre salut.

Enfin nous prenons en main, pour ainsi parler, cet illustre trophée de la croix, pour commencer plus heureusement nos entreprises et les poursuivre avec plus de succès, assurés que nous sommes de vaincre par ce signe, et c’est pour tous ces motifs que nous répétons si fréquemment :

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Comment peut se résumer l’oraison dominicale (le Notre Père) ?

C’est une formule parfaite de prière, non seulement pour obtenir les biens qu’on espère, mais aussi pour détourner les maux que l’on craint.

Parmi les biens, le premier à demander, c’est que notre Père céleste soit glorifié partout et toujours par chacune de ses créatures ; le second, c’est que nous entrions nous-mêmes en participation de son royaume ; le troisième, c’est que nous ne manquions d’aucun des moyens nécessaires pour parvenir au royaume de Dieu. Or, ces moyens se réduisent, par rapport à l’âme, à nous conformer à la volonté de Dieu, et par rapport au corps, à avoir les choses indispensables à la vie.

Ce qui vient ensuite jusqu’à la fin de la prière entière, exprime le désir d’obtenir de la grâce et du secours de Dieu, ou qu’il éloigne de nous les maux, tels que sont les péchés, qui corrompraient tout le bien qu’il peut y avoir en nous, et amèneraient tous les autres maux à leur suite, ou du moins qu’il les tempère de manière à ce que leur violence ne soit pas un obstacle à notre salut. De ce dernier genre sont les tentations de toute espèce auxquelles nous sommes exposés ici-bas, et les diverses afflictions, tant de la vie présente que de la vie future.

Que renferme la troisième demande du Notre Père, « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel »?

Nous demandons la grâce d’obéir à Dieu sur la terre, malgré la faiblesse et les imperfections de notre nature , aussi parfaitement que les anges et tous les bienheureux le font dans le ciel, n’ayant rien plus à cœur que de nous conformer à la volonté divine dans l’adversité comme dans la prospérité, et de nous en remettre absolument à elle, en faisant volontiers le sacrifice de la nôtre, qui est malheureusement trop portée au mal.

Quelle est l’utilité de la récitation du « Je vous salue, Marie »?

Ces belles paroles servent en premier lieu à nous rappeler l’immense bienfait de notre rédemption, dont nous sommes redevables à Jésus-Christ, et auquel le Père éternel a préludé en voulant se servir de l’entremise de Marie.

Elles ont ensuite pour objet de recommander plus particulièrement à notre dévotion cette sainte et admirable Vierge, dans la personne de qui Dieu veut que nous honorions l’inventrice de la grâce et la mère de la vie.

Il est donc naturel, qu’après avoir exposé à Dieu nos pieux désirs dans l’oraison dominicale, reconnaissants de la grâce conférée aux hommes par Jésus-Christ, nous adressions nos louanges non seulement à la Mère de ce Dieu Sauveur, mais encore à Dieu le Père à l’occasion de cette Vierge incomparable, et que nous ne nous lassions point de répéter d’un cœur joyeux, de concert avec les anges, cette salutation respectueuse :

Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc.

Prières

Prière de Nicolas van Hesche (1507-1578), Chartreux, maître de Saint Pierre Canisius

Ô très doux seigneur Jésus-Christ, je vous en prie, par l’ardent amour de votre cœur divin, par votre cœur humain transpercé et par ses angoisses, imprimez mon cœur dans votre cœur transpercé, et remplissez-le de la charité parfaite qui déracine en moi tout amour personnel envers moi-même et les créatures. Que la flèche de votre amour ardent me blesse et m’enflamme, de sorte que je puisse vous aimer parfaitement, de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, purement pour votre bonté, sans vue aucune de retour. Puissé-je, par amour pour vous, beaucoup quitter, beaucoup agir et souffrir, sans jamais me relâcher ! Puissé-je, par mes désirs brûlants et sans bornes, par mes prières pour obtenir le parfait renoncement à moi-même et l’union amoureuse avec vous, aspirer sans cesse vers vous, crier, frapper à la porte. Puissé-je penser à vous, parler de vous, avoir faim et soif de vous, vous chercher et vous trouver, jusqu’à ce que, tout transformé en vous, je devienne un seul esprit avec vous, moi demeurant toujours en vous et vous en moi ! Donnez-moi aussi d’aimer du même amour mon prochain en vous et pour vous, comme moi-même ! Ainsi soit-il.

Prière après le travail, par Saint Pierre Canisius

Louange et gloire à vous, Dieu éternel, de ce que j’ai pu, par votre grâce, mener à bonne fin ce travail. Faites qu’il remplisse cette double condition de vous être agréable, ô mon Dieu, et de m’être salutaire. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui ad tuéndam cathólicam fidem beátum Petrum Confessórem tuum virtúte et doctrína roborásti : concéde propítius ; ut eius exémplis et mónitis errántes ad salútem resipíscant, et fidéles in veritátis confessióne persevérent. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui, pour la défense de la foi catholique, avez armé de force et de science le Bienheureux Pierre, votre Confesseur, daignez faire que ses exemples et ses avis ramènent les égarés dans la voie du salut et maintiennent les fidèles dans la confession de la vérité.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Petre, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Pierre, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Antienne grégorienne “O doctor”

Ã. Eúntes in mundum universum, allelúia : docéte omnes gentes, allelúia.

Ã. Parcourant le monde entier, alleluia, enseignez toutes les nations, alleluia.

Antienne grégorienne “Euntes in mundum universum”

Antienne Euntes in mundum

Ã. Pastor bonus ánimam suam ponit pro óvibus suis, allelúia.

Ã. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, alleluia.

Antienne grégorienne “Pastor bonus”

Antienne Pastor bonus

2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

La Punchline de Dom Delatte

La liberté ne consiste ni dans l’absence de précepte, ni dans l’affranchissement de toute autorité, ni dans la faculté de se soustraire à l’ordre.

Sermon

"Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent"

Jésus est le Bon Pasteur (Io 10, 1-18) : commentaire de Dom Delatte

L’allégorie dont se sert ici l’évangile était familière à la pensée juive (Ier 23; Ez 24; Ps 22); même, cette figure de diction est si naturelle que, dans la langue d’Homère, les rois s’appellent les pasteurs des peuples. À première vue, on n’aperçoit que les traits, vulgaires, d’une scène pastorale sans éclat ; et notre pensée y demeurerait inattentive si, dès le premier instant, le Seigneur n’usait de la formule solennelle : « En vérité, en vérité, je vous le dis », pour nous avertir des mystères voilés par les emblèmes : la Synagogue infidèle, rejetée, abolie ; l’Église, qui lui succède ; le Pasteur de cette société nouvelle qui embrasse toute l’humanité.

Le thème de l’allégorie est d’une simplicité extrême : une bergerie, en pleine campagne. Autour du bercail où reposent les brebis, une muraille continue, couronnée d’épines. En un seul point, la clôture s’interrompt, coupée par une porte étroite donnant accès au pasteur, aux brebis, mais solidement fermée contre les voleurs de nuit. Car les maraudeurs ne sont pas rares : loups et chacals rôdent autour de l’enceinte, y cherchant un défaut, et irrités par le bêlement des brebis. Un gardien veille à l’intérieur, non loin de la porte, qui ne s’ouvre qu’à bon escient. De cette donnée toute pastorale s’inspire l’ensemble que nous étudions.

Nous ne le comprendrons bien qu’à la condition de l’analyser et d’y reconnaître, non pas une seule parabole, mais trois petits tableaux paraboliques différents, formant triptyque : le premier, de 1 à 6, décrivant le mode régulier de l’accès au bercail ; le second, de 7 à 10, relatif à la porte du bercail ; le troisième, de 11 à 18, tout entier consacré à dessiner le vrai et unique Pasteur.

1er tableau : Pasteur vs voleurs et étrangers 

Il est possible d’entrer dans un bercail soit par escalade, soit à la faveur d’une brèche pratiquée à la muraille de clôture. Celui qui entre de la sorte se trahit par son procédé même : c’est un voleur ; il ne vient que pour nuire. Le pasteur, lui, n’a nul besoin des voies furtives et détournées : tout est préparé pour lui. Il est désigné, prophétisé, connu d’avance ; le gardien de la porte, — que ce soit Moïse, que ce soit Jean-Baptiste, il n’importe, — lui ouvre dès qu’il se présente, le matin. Il est reconnaissable à ce premier indice qu’il entre par la voie normale, frayée pour lui. Tout l’Ancien Testament l’a préparé, l’a attendu, a donné son signalement. Encore, entrer par la porte n’est-il qu’un premier indice qui le désigne : il en est d’autres qui appartiennent à l’intimité du bercail. Sa voix est connue du gardien, elle est connue des brebis. Il leur parle, et appelle par leur nom, car il les connaît individuellement, les brebis que son Père lui a données. Les ténèbres sont dissipées, on va vivre, marcher, boire et manger. Le pasteur se met à la tête des brebis et les conduit aux pâturages. Elles le suivent, elles marchent quand il marche, elles s’arrêtent où il s’arrête. Sa voix leur est connue : loin de les effarer, elle les rassemble. Mais que ce soit un étranger qui leur parle, les brebis ne l’écoutent pas : sa parole n’est pour elles que du bruit ; ou bien même elles s’enfuient, effrayées, dans toutes les directions. Telle fut l’allégorie proposée aux Juifs ; mais elle leur demeura incomprise : ils n’en virent pas l’application à l’heure présente.

2ème tableau : Jésus est la porte du bercail

Une autre fois, le Seigneur leur dit, empruntant au même thème de vie pastorale une parabole nouvelle, proposée avec la même solennité : En vérité, en vérité, je vous le dis, de ce bercail nouveau, l’Église succédant à la Synagogue, c’est moi qui suis la porte, par où entrent, par où sortent les brebis (7, 9). Le péril des brebis ne vient pas seulement de ceux qui s’introduisent dans le bercail par escalade, la nuit ; mais aussi de ceux qui, le soir, lorsque le troupeau rentre au bercail, se tiennent devant la porte pour en détourner les brebis, les appeler à eux, les emmener dans les fourrés et les égorger. La pensée du Seigneur n’est pas que tous ceux qui, avant lui, sont venus parler aux âmes n’ont été que des voleurs et des brigands : les patriarches et les prophètes ont parlé au nom de Dieu ; mais que ceux, comme les Juifs de la Synagogue, qui s’efforcent de détourner de la porte, qui est le Seigneur, ne veulent que conduire les brebis à la mort. Au lieu que les brebis fidèles, entrant par la porte, sortant par la porte qui est le Christ, trouvent les gras pâturages et, grâce à lui, l’abondance de la vie.

Tableau principal : Jésus est LE bon Pasteur

Le troisième tableau (11-18) est consacré tout entier à dessiner le vrai, le parfait, l’unique pasteur. L’opposition qui, au premier tableau, s’est établie entre l’escalade et l’entrée normale ; au second tableau, entre la porte et ceux qui détournent de la porte, s’accuse maintenant entre le mercenaire et le pasteur. Mais ce pasteur est vraiment unique, il est le Pasteur. Il en est qui vivent de leur troupeau : lui donne sa vie pour ses brebis. Ne cherchons pas outre mesure ce qui est représenté par le mercenaire. Après tout, le mercenaire fait son métier : le troupeau n’est pas à lui, on ne saurait lui demander un excès de dévouement, ni le sacrifice de lui-même. Il fuit, parce qu’il est mercenaire. A la vue du péril, il songe naturellement à se mettre à l’abri : et le loup a tout le loisir de ravir et de disperser. Quant au vrai et unique pasteur, il connaît ses brebis, ses brebis le connaissent. Connaissance implique ici possession, intimité affectueuse. Le Seigneur connaît, il guide, il aime, il défend, il garde ce qui est à lui, ce qui est acheté au prix de son sang ; et les brebis, qui connaissent, aiment à leur tour, et se rangent, et obéissent, et bénissent, et remercient le pasteur. C’est trop peu encore. Car tout ce qui vient d’être dit n’a pas cessé, dans son expression, d’appartenir à l’ordre humain. On a dit : connaître. Encore faudrait-il préciser davantage le système de relations qui unissent le pasteur aux brebis, les brebis au pasteur. C’est à la vie de Dieu même qu’en est emprunté le dessin ; les choses se passent comme dans la grande famille incréée ; tous autres termes de comparaison sont chétifs et insuffisants pour décrire ce que nous sommes à Notre- Seigneur Jésus-Christ et ce qu’il est pour nous. Il est avec nous comme son Père est avec lui, grâce à notre nature qui est devenue la sienne. Je connais, dit-il, mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et comme je connais mon Père. On appartient tous, pasteur et brebis, à ce monde divin, on n’a qu’un même cœur, une même vie. On se connaît bien, on s’aime, on est sûr l’un de l’autre ; on vit ensemble, dans la joie, dans la paix, dans la tendresse, dans la sérénité. Le pasteur n’a d’autre intérêt que ses brebis, les brebis d’autre souci que le pasteur.

Le Seigneur ajoute cette marque distinctive du bon pasteur : le dévouement jusqu’à la mort pour ses brebis. On ne lui arrachera pas sa vie : il la donne, librement, par amour ; il la dépose, il s’en dépouille aisément, doucement, comme d’un manteau ; on dirait que c’est un jeu pour lui, tant il en parle avec assurance et tranquillité. Et après avoir jeté ce regard prophétique sur sa Passion prochaine, le Seigneur contemple les brebis qui, dans sa mort,, trouveront la vie. Sans doute, le monde s’écarte de lui, mais il est quand même assuré de l’avenir. Il discerne, dans cette foule mêlée, les âmes qui sont à lui ; le judaïsme, en dépit de sa réprobation globale, lui donnera des élus. Mais il songe surtout à la foule immense qui lui viendra d’ailleurs, de la gentilité. J’ai d’autres brebis, dit-il, qui ne sont pas de ce bercail… Elles lui appartiennent de toute éternité, en vertu de la prédestination divine ; il les possède, non par anticipation, mais réellement, comme déjà présentes à lui ; et la trame historique de leur vie ne fera que traduire la pensée de Dieu et réaliser son dessein. — Il me faut les aller chercher, elles aussi; elles écouteront ma voix ; et, toutes ensemble, brebis d’Israël, brebis de la gentilité, formeront un seul troupeau sous un seul pasteur. Il n’y aura plus, par Jésus-Christ et en lui, qu’union et unité parfaite, comme dans l’exemplaire incréé : « qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux, et vous en moi, afin qu’ils soient parfaitement un » (Io 17, 22-23). Toute la Jérusalem céleste, toute la société des rachetés puisera une même et éternelle vie aux sources du Sauveur ; et saint Jean, dans l’Apocalypse, la voit groupée, en une même fonction liturgique, autour de son Pasteur, autour de l’Agneau immolé et toujours vivant.

Le verset 17 peut être considéré comme une parenthèse, après laquelle le Seigneur revient à l’indice caractéristique du bon pasteur. Le Père aime le Fils, à cause de son sacrifice, qui est volontaire, spontané, souverainement libre, et l’acte suprême de l’obéissance. Si le Père m’aime, c’est parce que je donne ma vie, pour la reprendre ensuite. Nul ne me la ravit, mais je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre. Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. —Mais comment concilier ce précepte, ce mandat paternel avec la pleine liberté du Fils, revendiquée sous une forme si catégorique? Les théologiens s’y emploient : contentons-nous ici de remarquer non pas seulement que c’est une même volonté, commune au Père et au Fils, qui a conçu toute l’œuvre de la Rédemption ; mais aussi que, dans la volonté humaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la liberté ne consiste ni dans l’absence de précepte, ni dans l’affranchissement de toute autorité, ni dans une indécision première, ni dans la faculté de se soustraire à l’ordre, mais dans l’affranchissement de toute détermination qui ne serait pas d’ordre intellectuel ou divin. Une détermination à base d’intelligence n’est aucunement incompatible avec la vraie liberté. Mais ce n’est pas le lieu de traiter cette question avec les développements qu’elle mérite.

Prières

Oratio

Deus, qui in Fílii tui humilitáte iacéntem mundum erexísti : fidélibus tuis perpétuam concéde lætítiam ; ut, quos perpétuæ mortis eripuísti cásibus, gáudiis fácias pérfrui sempitérnis. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’humilité de votre Fils, avez relevé le monde abattu : accordez à vos fidèles une allégresse constante, et faites jouir des joies éternelles ceux que vous avez arrachés aux dangers d’une mort sans fin.

Oratio

Gregem tuum, Pastor ætérne, placátus inténde : et, per beátum Cletum Mártyrem tuum atque Summum Pontíficem, perpétua protectióne custódi ; quem totíus Ecclésiæ præstitísti esse pastórem. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Pasteur éternel de l’Église, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Clet votre Martyr et souverain Pontife que vous avez placé comme berger à la tête de l’Église.

Notre-Dame du Bon Conseil

L’apparition de Notre-Dame du Bon Conseil est si célèbre, Son image si répandue et si honorée dans l’Église, qu’il convient de donner place à cette forme de dévotion. La petite ville de Gennazano, à dix lieues environ de Rome, sur les montagnes de la Sabine, honora, dès le Vème siècle, la Sainte Vierge sous le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil. Au XVème siècle, l’église menaçait ruine. Une pieuse femme, nommée Petruccia, entreprit de la reconstruire, malgré ses quatre-vingts ans; elle y employa sa fortune, qui ne suffit pas à l’achever. Petruccia prédit que la Sainte Vierge achèverait l’œuvre. Or, le 25 avril 1467, à l’heure des vêpres, une céleste harmonie se fit entendre dans les airs, la foule vit descendre une nuée brillante qui alla se reposer sur l’autel de la chapelle de Saint-Blaise, par où avait commencé la restauration de l’église. Au même moment, toutes les cloches du pays sonnèrent leurs plus joyeuses volées. La nuée disparue, la foule émerveillée aperçut une image de Marie portant l’Enfant Jésus, peinte sur enduit et se tenant au fond de l’autel, près du mur, sans appui naturel. Il fut dûment constaté que cette peinture avait été transportée miraculeusement d’une église de Scutari, ville d’Albanie. La Providence avait voulu la soustraire aux profanations des Turcs, maîtres de ce pays, et l’envoyer comme récompense de la foi de Petruccia et des habitants de Gennazano. L’histoire des merveilles de tous genres accomplies, depuis ce temps, autour de l’image miraculeuse, demanderait des volumes entiers. Souvent on a vu l’image changer d’aspect, et les yeux de la Sainte Vierge prendre un air de vie exprimant la joie ou la douleur. Que de maladies et d’infirmités guéries! Que de grâces spirituelles obtenues! Gennazano est toujours un lieu de pèlerinage vénéré et très fréquenté, et beaucoup de pieux pèlerins même étrangers à l’Italie, si le temps le leur permet, tiennent à visiter ce sanctuaire béni. Les souverains Pontifes ont comblé d’indulgences la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil, et Léon XIII a inséré dans les Litanies de la Sainte Vierge le titre de Mère du Bon Conseil.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année (Mame, 1950)

Notre-Dame du Bon Conseil (Genazzano)

Petites litanies de Notre-Dame du Bon Conseil

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Vierge Marie, notre Mère, conseillez-nous et protégez-nous.
Fille bien-aimée du Père Eternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Auguste Mère du Fils de Dieu, conseillez-nous et protégez-nous.
Divine Epouse du Saint-Esprit, conseillez-nous et protégez-nous.
Temple de la Très Sainte Trinité, conseillez-nous et protégez-nous.
Reine du Ciel et de la terre, conseillez-nous et protégez-nous.
Siège de la Divine Sagesse, conseillez-nous et protégez-nous.
Dépositaire des secrets du Très-Haut, conseillez-nous et protégez-nous.
Vierge très prudente, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos perplexités et dans nos doutes, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos angoisses et nos tribulations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos affaires et nos entreprises, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les périls et les tentations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les combats contre le démon, le monde et la chair, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos découragements, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans tous nos besoins, conseillez-nous et protégez-nous.
A l’heure de notre mort, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Immaculée Conception, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Bienheureuse Nativité, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Admirable Présentation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Glorieuse Annonciation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Visitation Bénie, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Maternité Divine, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Sainte Purification, conseillez-nous et protégez-nous.
Par les Douleurs de votre Cœur Ma­ternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Précieuse Dormition, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Triomphale Assomption, conseillez-nous et protégez-nous.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/. Priez pour nous Notre-Dame du Bon Conseil,
R/. Et obtenez-nous le don du Bon Conseil.

Prions

Dieu, qui nous avez donné pour Mère celle qui mit au monde votre Fils bien aimé, et qui avez daigné glorifier sa merveilleuse image par une admirable apparition, daignez nous accorder que, suivant sans cesse ses Conseils, nous vivions selon votre Cœur et nous puissions heureusement parvenir à la gloire éternelle. Par le même Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ego sum pastor óvium : ego sum via, véritas, et vita : ego sum pastor bonus, et cognósco meas, et cognóscunt me meæ, allelúia, allelúia.

Ã. C’est moi le pasteur des brebis : moi, qui suis la voie, la vérité et la vie : c’est moi le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor ovium”

Antienne Ego sum Pastor ovium

Ã. Ego sum pastor bonus, allelúia, qui pasco oves meas, allelúia.

Ã. C’est moi le bon pasteur, alleluia, qui pais mes brebis, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor bonus, alleluia”

Antienne Ego sum Pastor bonus aeua

Ã. Ego sum pastor bonus, qui pasco oves meas, et pro óvibus meis pono ánimam meam, allelúia.​

Ã. C’est moi le bon pasteur, qui fais paître mes brebis, et je donne ma vie pour mes brebis, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor bonus”

Antienne Ego sum Pastor bonus

Samedi 25 avril (Confinement J40) : Saint Marc – Litanies Majeures

Samedi 25 avril (Confinement J40) : Saint Marc – Litanies Majeures

Samedi 25 avril (Confinement J40) : Saint Marc – Litanies Majeures

Le mot de Mère Cécile Bruyère (1ère abbesse de Solesmes)

Ceux-là progressent rapidement qui ont une confiance aveugle dans la bonté de Dieu.

Extrait du livre sur les écrivains ecclésiastiques de Saint Jérôme (De viris illustribus, c. 8)

Marc, disciple et interprète de Pierre, appelé à Rome par ses frères, écrivit un court Évangile, d’après ce qu’il avait entendu rapporter par Pierre. Celui-ci en ayant écouté la lecture, l’approuva, et le donna, par son autorité, pour être lu dans l’Église. Prenant l’Évangile qu’il avait composé, Marc partit pour l’Égypte, et, le premier, annonça le Christ à Alexandrie, où il établit une Église. Telle était sa doctrine et la pureté de sa vie, qu’il amenait tous les Chrétiens à suivre son exemple.

Philon, l’un des Juifs les plus éloquents de son temps, voyant l’Église naissante d’Alexandrie encore judaïsante, écrivit, comme à l’éloge de sa nation, un livre sur la vie de ces premiers Chrétiens. Et, à l’imitation de saint Luc, qui rapporte que les fidèles de Jérusalem mettaient tout en commun, Philon, qui voyait cette coutume observée à Alexandrie, sous la conduite et selon les instructions de Marc, en a transmis le récit à la postérité. Le saint Évangéliste mourut la huitième année du règne de Néron (62), et fut enseveli à Alexandrie. Anianus lui succéda.

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » (Lc 10, 3) : commentaire de Saint Ambroise

Jésus dit : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups ». Voilà des animaux ennemis, les uns dévorant les autres ; mais le bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau : alors ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce ; car la sollicitude du bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre les agneaux. Il envoie donc les agneaux parmi les loups, pour que se réalise cette parole : « Alors loups et agneaux seront ensemble au pâturage » (Is 65, 27).

Nous devons considérer ce que peuvent signifier les loups. Ce sont des fauves qui s’en prennent aux bergeries, rôdent près des cabanes des pâtres, n’osent pas entrer dans les lieux habités, guettent le sommeil des chiens, l’absence ou la négligence du berger, sautent à la gorge des brebis pour les étrangler net. Sauvages et rapaces, leur corps est raide par nature, si bien qu’ils ne peuvent facilement se retourner ; leur élan les emporte, aussi sont-ils souvent déjoués. De plus, s’ils sont les premiers à voir l’homme, on dit qu’ils ont par nature le pouvoir de lui ôter la voix (Cf. Virgile, Buc., IX, 54 : lupi Mœrim videre priores) ; si l’homme au contraire les voit le premier, on rapporte qu’il les met en fuite. Alors il me faut prendre garde : si dans le discours d’aujourd’hui la grâce des mystères célestes ne peut jeter son éclat, on va croire que les loups m’ont vu les premiers et m’ont enlevé la ressource habituelle de la parole.

Ne faut-il pas comparer à ces loups les hérétiques, qui guettent les brebis du Christ, qui grondent autour des parcs de nuit plutôt que de jour ? Car il fait toujours nuit pour les perfides qui, par les nuées d’une interprétation erronée, s’efforcent de voiler la lumière du Christ, et, autant qu’il est en eux, de l’obscurcir. Ils rôdent donc autour des parcs, mais n’osent entrer dans les caravansérails du Christ. Ils guettent l’absence du pasteur : aussi tâchent-ils de mettre à mort ou d’envoyer en exil les pasteurs des églises, parce que, les pasteurs présents, ils ne peuvent attaquer les brebis du Christ. Ces pillards essaient donc de ravager le troupeau du Seigneur ; et leur esprit dur et rigide tel un corps raidi ne se détourne jamais de leur égarement. C’est pourquoi l’Apôtre dit : «Après un avertissement, évitez l’hérétique » (Tit 3, 10), sachant que ce genre d’hommes est perdu.

Le Christ, véritable interprète de l’Écriture, déjoue ces loups, afin qu’ils dépensent leurs vains élans dans le vide et ne puissent nuire. S’ils devancent et circonviennent quelqu’un par leurs discussions astucieuses, ils le rendent muet : car c’est être muet que ne pas proclamer la gloire du Verbe de Dieu telle qu’il la possède. Prenez donc garde que l’hérétique ne vous ôte la parole si vous ne le découvrez le premier. Il se glisse, tant que sa mauvaise foi est cachée ; mais si vous reconnaissez les inventions de son impiété, vous ne sauriez craindre de perdre la parole pieuse. Prenez donc garde au venin de la discussion astucieuse : ils en veulent à l’âme, ils sautent à la gorge, ils s’accrochent aux parties vitales. Les morsures des hérétiques sont cruelles : plus cruels et plus rapaces que les fauves, leur avidité et leur impiété ne connaissent pas de limites. Et ne soyez pas surpris qu’ils semblent présenter une apparence humaine : extérieurement sans doute on voit un homme, au-dedans gronde la bête. Il n’est donc pas douteux que ce sont des loups, conformément à la parole divine du Seigneur Jésus, qui a dit : « Tenez-vous en garde contre les faux prophètes, qui viennent à vous sous des peaux de brebis, mais au-dedans sont des loups dévorants : vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Mt 7, 15 ssq.).

Prières

Oratio

Deus, qui beátum Marcum Evangelístam tuum evangélicæ prædicatiónis grátia sublimásti : tríbue, quæsumus ; eius nos semper et eruditióne profícere et oratióne deféndi. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez glorifié le bienheureux Marc, votre Évangéliste, en l’appelant à la dignité de prédicateur de l’Évangile, faites, nous vous en supplions, que nous profitions toujours de ses enseignements, et que, eu égard à ses prières, nous soyons défendus.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui in afflictióne nostra de tua pietáte confídimus ; contra advérsa ómnia, tua semper protectióne muniámur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Faites, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant : que, plein de confiance en votre bonté dans notre affliction ; nous soyons constamment fortifiés contre toutes les adversités.

Les Litanies Majeures

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Lève-toi, Seigneur, aide-nous et délivre-nous à cause, de ton nom.

L’Église romaine compte encore aujourd’hui quatre jours de prières : les grandes litanies, le 25 avril (procession de la Saint-Marc), et les petites litanies, les trois jours qui précèdent l’Ascension (les Rogations). Ce sont des jours que l’Église consacre à la prière ininterrompue, afin d’implorer la miséricorde de Dieu dans tous les besoins temporels et spirituels, et particulièrement pour obtenir sa bénédiction sur les fruits de la terre.

Dans l’ancienne Église, ces jours de prière étaient souvent prescrits. Tantôt, ils étaient réguliers et revenaient tous les ans ; tantôt, ils étaient extraordinaires et on les prescrivait pour des besoins particuliers, par exemple pour détourner la peste. Les grandes litanies remontent à l’époque qui précéda saint Grégoire 1er (vers 600). Ce pape en fixe la date au 25 avril, jour qui, d’après la tradition, était celui où saint Pierre vint pour la première fois à Rome. Il institua l’église de Saint-Pierre comme église de station. La Rome païenne célébrait ce jour-là les robigalia, processions en l’honneur du dieu Rubigus, invoqué contre la rouille des blés. Les litanies se substituèrent à ces fêtes. La fête de saint Marc n’a aucune relation avec les grandes litanies ; elle ne fut assignée que plus tard au 25 avril. C’est pourquoi la procession a lieu le 25 avril, même quand la fête de saint Marc doit être transférée à un autre jour.

La cérémonie consiste dans la procession des litanies et l’office de station qui suit. Dans la procession, nous avons un dernier reste des processions de station que les chrétiens de jadis aimaient tant et qu’ils faisaient presque quotidiennement pendant le Carême et la semaine de Pâque. Ils se rassemblaient dans une église, dite église de réunion (ecclesia collecta ; c’est de là que vient le nom de l’oraison dite collecte). De là, ils se rendaient en procession avec l’évêque et le clergé dans une autre église ; en chemin, ils récitaient les litanies des saints avec le Kyrie eleison. La seconde église s’appelait église de station (statio). C’est là qu’on célébrait la sainte messe. Les quatre jours de litanies nous ont conservé cet usage vénérable qui doit nous être cher. En effet, nous ne devons pas seulement prier instamment, mais en communauté. A cette prière instante et commune le Christ a promis la force et le succès. À la procession, on chante les antiques litanies des saints dans lesquelles nous implorons pour tous nos besoins l’intercession de toute l’Église triomphante. Les oraisons terminales des litanies sont très belles et très édifiantes.

Télécharger le texte des Litanies des Saints (Version bénédictine et « sede vacante »)

Antiennes

Ã. Sancti tui, Dómine, florébunt sicut lílium, allelúia : et sicut odor bálsami erunt ante te, allelúia.

Ã. Vos Saints, Seigneur, fleuriront comme le lis, alleluia : et ils seront en votre présence comme le parfum du baume, alleluia.

Antienne grégorienne “Sancti tui”

Ã. Sancti et iusti, in Dómino gaudéte, allelúia : vos elégit Deus in hereditátem sibi, allelúia.​

Ã. Saints et justes dans le Seigneur réjouissez-vous, alleluia : Dieu vous a choisis pour son héritage, alleluia.

Antienne grégorienne “Sancti et iusti

Ã. In velaménto clamábunt Sancti tui, Dómine, allelúia, allelúia, allelúia.

Ã. À l’abri de votre ombre, les saints crieront, Seigneur : alleluia, alleluia, alleluia.​

Antienne grégorienne “In velamento”

Antienne Sancti tui ++