Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

La Punchline de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Dieu n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît d’appeler.

Sermon de Mgr Geert Stuyver pour les ordinations sacerdotales du 5 novembre 2005 à Verrua Savoia

“Magnificat anima mea Dominum” : Mon âme exalte le Seigneur.

Par ces paroles, mes chers amis, je m’adresse à vous pour exprimer ma grande joie à l’occasion de cette ordination à la prêtrise de deux diacres. Cet événement heureux et encourageant n’aurait pas eu lieu si on n’avait pas pu fêter cette année le 20ème anniversaire de l’Institut Mater Boni Consilii.

En effet, dès sa fondation, l’Institut Mater Boni Consilii a comme finalité primaire l’offrande quotidienne sur les autels de “l’oblatio munda”, c’est-à-dire du Saint Sacrifice, de la Sainte Messe qui est vierge de toute allégeance à Benoît XVI (hier Jean-Paul II) afin qu’il ne soit pas profané ni souillé. Il me semble que l’ouverture du séminaire Saint Pierre Martyr pour les candidats au sacerdoce était une conséquence logique de cette finalité primaire. Soyons reconnaissants aux fondateurs de l’Institut (et n’oublions pas Mgr Guérard des Lauriers) d’avoir eu la foi, le courage et la persévérance de continuer ce séminaire. Aujourd’hui, Dieu soit loué, nous voyons le fruit de cette œuvre : l’ordination de deux prêtres.  Bien sûr, c’est le petit nombre par rapport au nombre des candidats les jours d’ordination dans les diocèses d’autrefois. Mais Dieu ne compte pas les nombres, Il regarde l’intensité de notre Foi, de notre Espérance et de notre Charité.

“Sacerdos alter Christus”

Par l’imposition des mains et la préface consécratoire, les paroles de l’ange adressées à la Vierge Marie se réalisent à nouveau : “l’Esprit-Saint viendra sur vous et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre » (Lc 1, 35). Tout à l’heure, le Saint-Esprit enveloppera les deux élus et opèrera entre le Christ et eux une éternelle ressemblance.  Après cette cérémonie, ils seront des hommes transformés : “Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 109, 4). Cette ressemblance au Christ est produite dans l’âme du prêtre par le caractère sacerdotal. Ce caractère marque l’âme de l’empreinte ineffaçable de Jésus, Pontife suprême : il demeurera en lui pour l’éternité. Ce caractère consacre le prêtre au Christ en qualité de ministre. Il lui donne un pouvoir surnaturel. Le Christ le revêt de son pouvoir. Jésus opère efficacement par le ministère du prêtre. Vous avez certainement remarqué que pendant la Sainte Messe le prêtre ne dit pas : “Ceci est le Corps… est le Sang du Christ”, mais qu’il dit : “Ceci est mon Corps… ceci est mon Sang…”. Pourquoi ose-t-il dire cela ? En raison de son identification avec le Christ, le Pontife éternel. Au confessionnal il dit : “Ego te absolvo : Je vous absous”. Il ne fait pas appel à Dieu, il commande : “Ego, Je vous absous”. L’Église, en mettant sur les lèvres du prêtre cette formule sacrée, sait qu’il est un avec “le Christ qui opère avec lui et par lui”. Le prêtre est l’intermédiaire sacré entre la terre et le ciel. “Car tout pontife pris d’entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde Dieu » (Hbr 5, 1). Il est chargé des dons sacrés. Au Père, il offre Jésus immolé sacramentellement ; aux hommes, il fait part des fruits de la Rédemption, c’est-à-dire qu’il leur apporte les grâces et le pardon divins. Bien sûr, Jésus Lui-même sanctifie les âmes des élus, mais Il le fait par l’intermédiaire de ses prêtres. Du berceau au lit de mort, on trouve le prêtre qui tient la place du Christ.  Il est là comme dispensateur autorisé des trésors et des miséricordes de Dieu.

“Sacerdos alter Christus”, “le prêtre est un autre Christ”, dit l’adage. Il est le reflet parmi les hommes du sacerdoce du Fils. Ici-bas : rien au-dessus de l’excellence du sacerdoce. Faisons-nous donc une très haute idée de la dignité sacerdotale. Un jour d’ordination, saint François de Sales s’apercevait qu’à la porte de l’église un nouvel ordonné s’arrêtait comme s’il disputait avec quelqu’un d’invisible à qui passerait le premier. Le jeune prêtre avouait qu’il avait le bonheur de voir son ange gardien. “Maintenant, disait-il, il ne veut plus passer avant moi”.

“Innova in visceribus eorum spiritum sanctitatis”

Chers ordinands, de cette dignité résulte pour vous une grave obligation de tendre vers la perfection. Vous devez vous convaincre de la réelle sainteté à laquelle vous êtes appelés. Le saint Pape Pie X, dans son exhortation au clergé catholique, dit qu’entre le prêtre et un honnête homme quelconque, il doit y avoir autant de différence qu’entre le ciel et la terre; et pour cette raison, le prêtre doit prendre garde que sa vertu soit exempte de tout reproche, non seulement en matière grave, mais encore en matière légère. Votre devoir de tendre à la sainteté est une exigence de votre pouvoir sur le Corps et le Sang du Fils de Dieu. Vous serez les intimes de Jésus, les ministres de son sacrifice. Pensez-y souvent. Vous aurez la fonction de dispensateurs de la grâce. A ce titre, ne devez-vous pas vous-même, les premiers, être sanctifiés par elle ? Et enfin, les fidèles attendent de vous une leçon d’exemple. Si le prêtre prêche aux autres la loi du Christ, peut-il par sa conduite démentir la vérité qu’il enseigne ? N’oubliez jamais que vous ne cessez pas d’être prêtres en descendant de l’autel. Vous le serez partout et toujours. Comme Jésus, vivez l’esprit tourné vers les intérêts de Dieu.

Ne perdez pas courage. Le poids de tant de gloire, de tant de grâces et de tant de responsabilité ne vous accablera pas, car le caractère sacerdotal est aussi un foyer d’où jaillit une grâce surabondante, force et lumière. “Dieu est assez puissant pour augmenter sa grâce en toi”. Et Saint Paul dit : “J’ai confiance que Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la perfectionnera » (Phi 1, 6). Mes chers ordinands, Jésus est prêtre en raison de l’union hypostatique. Sa conception dans le sein virginal de Marie était son ordination. Sur le Cœur Immaculé de la Vierge Marie est fondé le sacerdoce catholique. Alors, il est tout à fait naturel que le prêtre se consacre au Cœur Immaculé de Marie. La Vierge Marie est la “domus aurea”, est la “maison d’or” du prêtre, elle est la mère du prêtre. “Dans les périls, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie” (St Bernard).

Je termine avec un souhait tiré du pontifical : “que la bonne odeur de vos vertus réjouisse l’Eglise de Jésus-Christ; que votre prédication et votre exemple édifient la maison de Dieu, c’est-à-dire ses enfants, si bien que pour avoir conféré ou reçu la charge d’un tel ministère, Dieu ne nous punisse pas mais nous récompense plutôt”.

Que la Mère du bon Conseil vous conseille et vous protège.

Prières

Exhoration de Saint Irénée de Lyon (130-202)

Si tu es l’ouvrage de Dieu, attends tout de sa main : livre-toi à Celui qui peut te modeler et qui fait bien toutes choses et reçois en toi la forme que le Maître Ouvrier veut te donner. Garde en toi cette humilité qui vient de la grâce, de peur que ta rudesse n’empêche le Seigneur d’imprimer en toi la marque de son doigt. C’est en recevant cette empreinte que tu deviendras parfait, et seul le Seigneur pourra faire une œuvre d’art avec cette pauvre argile que tu es. En effet, faire est le propre de la bonté de Dieu et Le laisser faire, c’est le rôle qui convient à ta nature d’homme.

Prière de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus pour les prêtres (1873-1897)

Ô Jésus, Éternel souverain Prêtre, gardez vos prêtres sous la protection de votre Sacré-Cœur, où personne ne peut leur faire de mal. Gardez sans tache leurs mains consacrées, qui touchent chaque jour votre Corps sacré. Gardez pures leurs lèvres, qui sont empourprées de votre Précieux Sang. Gardez pur et détaché leur cœur, qui est marqué du sceau sublime de votre glorieux Sacerdoce. Faites-les grandir dans l’amour et la fidélité envers vous ; protégez-les de la contamination de l’esprit du monde. Donnez-leur avec le pouvoir de changer le pain et le vin, le pouvoir de changer les cœurs. Bénissez leurs travaux par des fruits abondants, donnez-leur un jour la couronne de la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Prière de Pie XII pour les vocations (6 novembre 1957)

Seigneur Jésus, Souverain Prêtre et Pasteur universel, qui nous avez enseigné à prier en disant :  » Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson « , écoutez avec bienveillance nos supplications et suscitez en grand nombre des âmes généreuses, qui, animées par votre exemple et soutenues par votre grâce, aspirent à être les ministres et les continuateurs de votre vrai et unique sacerdoce. Faites que les embûches et les calomnies de l’ennemi mauvais, aidé par l’esprit indifférent et matérialiste de ce siècle, n’obscurcissent pas chez les fidèles la sublime splendeur et la profonde estime reconnues à la mission de ceux qui, sans être du monde, vivent dans le monde pour être les dispensateurs des divins mystères.

Faites que pour préparer de bonnes vocations, on continue toujours à donner à la jeunesse l’instruction religieuse, une formation à une piété sincère, à la pureté des mœurs et au culte du plus haut idéal. Faites que pour collaborer à cette œuvre la famille chrétienne ne cesse jamais d’être une pépinière d’âmes pures et ferventes, consciente de l’honneur de donner au Seigneur quelques-uns de ses nombreux rejetons. Faites que votre Église ait dans toutes les parties du monde les moyens nécessaires pour accueillir, favoriser, former et conduire à terme les bonnes vocations qui s’offrent à elle. Et pour que tout cela devienne une réalité, ô Jésus, qui désirez tant le bien et le salut de tous, faites que la puissance irrésistible de votre grâce ne cesse de descendre du ciel jusqu’à être dans de nombreux esprits tout d’abord un appel silencieux, puis une généreuse réponse, et, enfin, une persévérance dans votre service.

Ne souffrez-vous pas, Seigneur, de voir tant de multitudes, telles des troupeaux sans pasteur, sans personne qui rompe pour elles le pain de votre parole, qui leur présente l’eau de votre grâce, risquer ainsi d’être à la merci des loups rapaces qui les menacent continuellement ? Ne souffrez-vous pas de contempler tant de champs où ne s’est pas encore enfoncé le soc de la charrue, où croissent, sans que quelqu’un leur dispute le terrain, les chardons et les ronces ? N’éprouvez-vous pas de la peine à considérer tant de vos jardins, hier verts et touffus, près de jaunir et devenir incultes ? Permettrez-vous que tant de moissons déjà mures s’égrènent et se perdent, faute de bras qui les récoltent ?

Ô Marie, Mère toute pure, dont les mains pleines de pitié nous ont donné le plus saint de tous les prêtres ; ô glorieux Patriarche saint Joseph, exemple parfait de réponse aux appels divins ; ô saints prêtres, qui formez au ciel autour de l’Agneau de Dieu un chœur privilégié, obtenez-nous en grand nombre de bonnes vocations, afin que le troupeau du Seigneur, soutenu et guidé par des pasteurs vigilants, puisse arriver aux très doux pâturages de la félicité éternelle. Ainsi soit-il.

Chants

In spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur ad te Domine, et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ut placeat tibi Domine Deus.

En esprit d’humilité, et le cœur contrit, que nous soyons reçus par vous, Seigneur : et tel s’accomplisse notre sacrifice, qu’il soit reçu de vous en ce jour, et qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu.

Motet “In spiritu humilitatis”

par Luca Ricossa © 2005

Ã. Sacerdotes Dei, benedicite domino ; servi Domini, hymnum dicite Deo, alleluia.

Ã. Prêtres de Dei, bénissez le Seigneur ; serviteurs du Seigneur, chantez une hymne à Dieu, alleluia.

Antienne grégorienne “Sacerdotes Dei”

Antienne Sacerdotes Dei

Lundi 2 novembre (ReConfinement J4) : Comm. de tous les fidèles défunts

Lundi 2 novembre (ReConfinement J4) : Comm. de tous les fidèles défunts

Lundi 2 novembre (ReConfinement J4) : Comm. de tous les fidèles défunts

Annonces

En raison des dernières mesures prises par le gouvernement français pour « cause de pandémie », à partir du mardi 3 novembre, nous ne serons plus en mesure d’assurer les Offices publiquement. Pour tout renseignement, utilisez le formulaire de contact sur cette page.

Indulgences à gagner pour les défunts pendant le mois de novembre.

Le mot de la Sainte Écriture (2 Mcc 12, 46)

C’est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés.

De l’Année liturgique de dom Guéranger

« Nous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soyez pas tristes comme ceux qui n’ont point d’espérance » (1 Th 4, 12). C’était le désir de l’Apôtre écrivant aux premiers chrétiens ; l’Église, aujourd’hui, n’en a pas d’autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l’accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu’elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu’un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi (Concile de Trente, Session 25) que nous pouvons leur venir en aide, il est théologiquement assuré que leur délivrance plus ou moins prompte est dans nos mains. Rappelons quelques principes de nature à éclairer ici la doctrine.

Tout péché cause un double dommage au pécheur, souillant son âme, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l’expiation ne dure qu’un temps ; souillure allant jusqu’à la difformité qui fait du coupable un objet d’abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l’homme n’en prévient en cette vie l’irrévocable sentence. Même alors cependant, l’effacement de la coulpe mortelle, en écartant la damnation, n’enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu’un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire disparaître jusqu’au derniers restes du péché, il est normal qu’en cette vie, ou par delà, une satisfaction soit donnée à la justice pour toute faute.

À contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique un double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce, et il satisfait pour la peine due aux fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d’un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite demeure personnel à qui l’acquiert, la satisfaction se prête comme valeur d’échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l’accepter pour acompte ou pour solde en faveur d’autrui, que le bénéficiaire soit de ce monde ou de l’autre, à la seule condition qu’il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité (1 Cor 12, 27).

C’est, comme l’explique Suarez en son beau traité des Suffrages (Section 6), la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l’autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions proposées depuis eux par plusieurs, l’illustre théologien n’hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulièrement les âmes souffrantes : « J’estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice, et qu’elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l’intention de celui qui l’applique , en sorte que, par exemple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l’âme pour laquelle il me plaît de l’offrir ».

On sait comment l’Église seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l’inépuisable trésor où, d’âge en âge, les surabondantes satisfactions des saints rejoignent celles des Martyrs, ainsi que de Notre-Dame et la réserve infinie des souffrances du Seigneur. Presque toujours, elle approuve et permet que ces remises de peine, accordées aux vivants par sa puissance, soient appliquées aux morts, qui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c’est-à-dire : en la manière où, comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui à Dieu, qui l’accepte, le suffrage ou secours de ses propres satisfactions. C’est toujours la doctrine de Suarez, et il enseigne que l’Indulgence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu’elle aurait eues pour nous qui militons encore. Or, c’est sous toutes formes et c’est partout que s’offrent à nous les Indulgences.

Sachons utiliser nos trésors, et pratiquer la miséricorde envers les pauvres âmes en peine. Est-il misère plus touchante que la leur ? si poignante, que n’en approche aucune détresse de la terre ; si digne pourtant, que nulle plainte ne trouble le silence de ce fleuve de feu qui, dans son cours imperceptible, les entraîne peu à peu à l’océan du paradis. Pour elles, le ciel est impuissant ; car on n’y mérite plus. Lui-même Dieu, très bon, mais très juste aussi, se doit de n’accorder leur délivrance qu’au paiement intégral de la dette qui les a suivies par delà le monde de l’épreuve. Dette contractée à cause de nous peut-être, en notre compagnie ; et c’est vers nous qu’elles se tournent, vers nous qui continuons de ne rêver que plaisirs, tandis qu’elles brûlent, et qu’il nous serait facile d’abréger leurs tourments ! « Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; car la main du Seigneur m’a touchée » (Iob 19, 21).

Mais si les suffrages du simple fidèle ont tant de prix, combien plus ceux de l’Église entière, dans la solennité de la prière publique et l’oblation du Sacrifice auguste où Dieu même satisfait à Dieu pour toute faute ! Ainsi qu’avant elle la Synagogue, l’Église dès son origine a toujours prié pour les morts. En la manière qu’elle honorait par des actions de grâces l’anniversaire de ses fils les Martyrs, elle célébrait par des supplications celui de ses autres enfants qui pouvaient n’être point encore au ciel. Quotidiennement, dans les Mystères sacrés, elle prononçait les noms des uns et des autres à cette double fin de louange et de prière ; et de même que ne pouvant néanmoins rappeler en toute église particulière chacun des bienheureux du monde entier, elle les comprenait tous en une commune mention, ainsi faisait-elle, à la suite des recommandations spéciales au lieu ou au jour, mémoire générale des morts. Ceux qui ne possédaient ni parents, ni amis, observe saint Augustin (Du soin porté aux morts, c. 4), n’étaient donc point dès lors cependant dépourvus de suffrages ; car ils avaient, pour obvier à leur abandon, la tendresse de la Mère commune.

L’Église ayant suivi dès le commencement, à l’égard de la mémoire des bienheureux et de celle des défunts, une marche identique, il était à prévoir que l’établissement d’une fête de tous les Saints au 9ème siècle appellerait bientôt la Commémoration présente des trépassés. En 998, selon la Chronique de Sigebert de Gembloux, l’Abbé de Cluny, saint Odilon, l’instituait dans tous les monastères de sa dépendance, pour être célébrée à perpétuité au lendemain même de la Toussaint ; c’était sa réponse aux récriminations de l’enfer le dénonçant, lui et ses moines, en des visions rapportées dans sa Vie, comme les plus intrépides secoureurs d’âmes qu’eussent à redouter, au lieu d’expiation, les puissances de l’abîme. Le monde applaudit au décret de saint Odilon, Rome l’adopta, et il devint la loi de l’Église latine entière.

Les Grecs font une première Commémoration générale des morts la veille de notre dimanche de Sexagésime, qui est pour eux celui de Carême prenant ou d’Apocreos, et dans lequel ils célèbrent le second avènement du Seigneur. Ils donnent le nom de samedi des âmes à ce jour, ainsi qu’au samedi d’avant la Pentecôte, où ils prient de nouveau solennellement pour tous les trépassés.

Prières

Oratio

Fidélium Deus, ómnium Cónditor et Redémptor : animábus famulórum, famularúmque tuárum remissiónem cunctórum tríbue peccatórum ; ut indulgéntiam quam semper optavérunt, piis supplicatiónibus consequántur : Qui vivis.

Oratio

Deus, indulgentiárum Dómine : da animábus famulórum famularúmque tuárum refrigérii sedem, quiétis beatitúdinem et lúminis claritátem. Per Dóminum.

Oratio

Deus, véniæ largítor, et humánæ salútis amátor : quæsumus cleméntiam tuam ; ut ánimas famulórum famularúmque tuárum, quæ ex hoc sæculo transiérunt, beáta María semper Vírgine intercedénte cum ómnibus Sanctis tuis, ad perpétuæ beatitúdinis consórtium perveníre concédas.

Oraison

Ô Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours désiré. Vous qui vivez.

Oraison

Ô Dieu, Seigneur des miséricordes, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, le lieu du rafraîchissement, la béatitude du repos et la splendeur de la lumière.

Oraison

Ô Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Père Éternel, j’offre le Très Précieux Sang de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes qui sont dites aujourd’hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs dans l’Église universelle, pour ceux de ma maison et de mes proches. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Bonaventure (1217-1274)

Sainte Marie, Mère de Dieu, consolatrice des affligés et secours des chrétiens ; douce Vierge, Mère de notre Sauveur Jésus et de tous les fidèles, ô vous qui êtes aussi la Mère de toutes les pauvres âmes qui souffrent tant dans le purgatoire, j’implore avec confiance l’immense bonté de votre Cœur, et je vous prie d’intercéder auprès de votre divin Fils, afin que, par les mérites de son saint Sacrifice, les âmes qui sont châtiées et purifiées par le feu de la souffrance, comme l’or dans la fournaise, obtiennent le soulagement et la délivrance auxquels elles aspirent. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ego sum resurrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; et omnis qui credit in me, non morietur in æternum.

Ã. C’est moi qui suis la résurrection et la vie : qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et qui croit en moi ne mourra pas pour toujours.

Antienne grégorienne “Ego sum resurrectio et vita”

Antienne Ego sum resurrectio et vita

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

La Punchline de Saint Athanase

Pour obtenir la vie éternelle, en plus de la vraie Foi, il faut avoir une vie bonne, une âme pure, et la vertu selon le Christ.

Saint Athanase, Évêque et Docteur de l’Église (ca295-373)

Nous sommes en présence d’un héros de la foi, né vers 295. Sans doute il ne fut pas martyr, mais sa vie fut un martyre au vrai sens du mot. Athanase le Grand, le père de l’orthodoxie (de la vraie foi), mena le combat de l’Église contre l’arianisme — une hérésie qui niait la divinité du Christ. Jeune diacre, il avait déjà été, au Concile de Nicée (325), le « plus intrépide champion contre les Ariens et le principal soutien de la foi de l’Église ». À la mort de son évêque (328), « tout le peuple de l’Église catholique se réunit comme un corps et une âme et cria, à mainte reprise, qu’Athanase devait être évêque. C’était d’ailleurs le désir de l’évêque Alexandre, à son lit de mort. Tout le monde appelait Athanase un homme vertueux et saint, un chrétien, un ascète, un véritable évêque » ; Ce fut alors un combat de 50 ans. Sous cinq empereurs différents, le saint évêque fut exilé cinq fois. Au prix de ces épreuves incessantes, il rendit témoignage à la vérité de la foi catholique. Jamais son attachement à l’Église ne fut ébranlé ; jamais son courage ne faiblit. Au milieu des horribles calomnies et des terribles persécutions dont il était l’objet, il trouva sa principale consolation dans l’amour indéfectible du peuple catholique. Mais la haine des Ariens était implacable. Pour échapper à leur rage et au péril continuel de mort, il dut se cacher pendant cinq ans dans une citerne desséchée. Seul un ami fidèle connaissait sa retraite et lui apportait de la nourriture. Mais quand il fuyait devant ses persécuteurs, Dieu le protégeait visiblement. Un jour que les satellites de l’empereur le poursuivaient pour le tuer, il tourna son bateau, lui fit remonter le courant et alla ainsi à la rencontre de ceux qui le poursuivaient. Les soldats lui demandèrent si Athanase était loin. Il répondit bravement : « Il n’est pas loin d’ici ». Les soldats continuèrent la poursuite dans le sens opposé et le saint gagna du temps pour se mettre en sûreté. Il échappa ainsi à plusieurs dangers par la protection divine. Il mourut enfin à Alexandrie, dans son lit, sous le règne de l’empereur Valens (373). Saint Athanase laissa plusieurs écrits remarquables tant pour l’édification des fidèles que pour la défense de la foi catholique. Il avait gouverné l’Église d’Alexandrie pendant 46 ans. —  Tombeau : Actuellement dans l’église de Sainte-Croix, à Venise. Image : On le représente en évêque grec, avec un livre à la main.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’Année liturgique

Sur la question des rapports entre Saint Athanase et le Pape Libère lors de la crise arienne, on lira avec profit cet article de la revue Sodalitium.

Commentaire de l’épître du jour (2 Cor 4, 5-15) par dom Paul Delatte

​Non, dit saint Paul, je ne me prêche pas moi-même ; je ne sais rien que Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne parle que de lui : je ne suis, moi, et les apôtres ne sont que vos serviteurs pour vous conduire à lui (cf. 1 Cor 3, 22-23). Nous ne sommes personnellement que ténèbres et n’avons rien de nous-mêmes; mais le même Dieu qui, au jour de la création, a fait des ténèbres jaillir la lumière, s’est révélé dans nos cœurs afin de répandre partout la connaissance de la gloire de Dieu, qui resplendit toute sur la face du Christ. Moïse ne possède qu’un reflet lointain, le Christ est toute la gloire de Dieu. Et comme Dieu s’est versé dans le Christ, c’est dans l’âme et l’intelligence des apôtres que le Seigneur a d’abord formé son Église ; c’est à eux qu’a été primitivement confié le trésor de la foi et de la sanctification.

Il n’y a pas de grand homme, a-t-on dit, ou équivalemment, pour ceux qui vivent très près de lui ; on admire peu ceux qu’on coudoie. La dignité apostolique était éminente, sans doute ; mais la personne extérieure de celui qui en était revêtu, était humainement si peu en harmonie avec cette dignité. « Un homme de trois coudées, dit saint Jean Chrysostome, sans apparence, avec des yeux brûlés par la fièvre, une parole sans art, une phrase sans éclat, et pour couronner le tout, des inimitiés acharnées contre lui : quel prédicateur pour tant de nations ! » Mais voici que l’Apôtre se réjouit de tous ces désavantages humains. Cette éminence de la vocation apostolique, dit-il, nous la portons dans des vases fragiles et sans beauté : c’est afin que la grandeur de l’œuvre soit toute attribuée à Dieu, et non à la faiblesse de l’instrument.

Seuls les effets naturels requièrent des causes visibles qui leur soient proportionnées. Mais plus l’Apôtre est chétif, plus l’action de Dieu se manifeste en lui. Aussi que nul ne se scandalise, ni de notre petitesse, ni des épreuves qui sembleraient devoir nous accabler : toujours traqués, jamais écrasés, toujours inquiétés, jamais abandonnés, toujours poursuivis par les hommes, jamais oubliés de Dieu, toujours frappés, jamais abattus, communiant dans notre corps à la souffrance du Seigneur, afin que sa vie se manifeste aussi en nous. L’Apôtre est ainsi un motif de crédibilité vivant, une traduction du Seigneur. Là est le motif, le sens, et aussi l’efficacité de sa souffrance. Sa vie est un problème, car sans cesse il est livré à la mort pour le Seigneur ; mais c’est afin que la vie du Seigneur éclate en sa chair mortelle, et de là se répande en tous les fidèles. Celui qui dira un jour aux Colossiens qu’il achève en son corps les souffrances du Seigneur, dans l’intérêt de l’Église ; le disciple de celui qui nous a enseigné que le grain de blé demeure infécond s’il ne consent à mourir, nous révèle ici le dessein de ses souffrances, en même temps qu’il défend les fidèles contre le scandale qu’ils en pourraient concevoir. Il ne souffre et n’est livré à la mort, dans la pensée de Dieu, que pour que les Corinthiens vivent et recueillent le bénéfice surnaturel de ses souffrances : comment y pourraient-ils trouver un sujet d’étonnement et de scandale ?

La vie de l’Apôtre n’est donc aucunement guidée par des vues humaines, mais seulement par ce même esprit de foi auquel obéissait le Psalmiste lorsqu’il disait : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ». Nous aussi, Paul, Timothée, Tite, nous croyons ; et c’est pour cela, dans le seul esprit de foi, que nous parlons, passant outre à la souffrance, puisque cette souffrance vous est utile, et sachant bien d’ailleurs que le père céleste, qui a éveillé le Seigneur Jésus d’entre les morts, nous accordera la même indemnité, nous ressuscitera avec lui et nous réunira à vous. Alors tout est bien, et la douleur même est un bienfait si elle doit vous servir. Toute la théorie de la souffrance apostolique et chrétienne est renfermée dans ces courageuses paroles. Comment la souffrance elle-même ne serait-elle pas aimée lorsque les Corinthiens, lorsque Dieu, lorsque l’Apôtre lui-même y trouvent ensemble leur avantage: les Corinthiens, puisqu’ils puisent la vie aux épreuves mêmes de l’Apôtre et que tout est pour eux ; Dieu, puisqu’il recueille gloire et honneur de cette abondance de vie surnaturelle déversée sur les Corinthiens reconnaissants ; et l’Apôtre lui-même, par l’accroissement de la récompense espérée ?

Prières

Prières de Saint Athanase à la Très Sainte Vierge Marie

Ô très heureuse Fille de David et d’Abraham, écoutez nos prières et rendez-vous favorable à nos demandes, et n’oubliez pas votre peuple : car il est de notre devoir de vous reconnaître et de vous appeler notre Mère, notre Dame et notre souveraine Princesse ; parce que de vous est né Celui que nous adorons pour notre Dieu et notre souverain Seigneur. Nous recourons à vous, à ce qu’il vous plaise de vous souvenir de nous, ô Très Sainte Vierge, qui êtes toujours restée très parfaitement Vierge, même après votre divin Enfantement. Et puisque vous êtes pleine de grâce, faites-nous part avec largesse de ces trésors immenses que vous possédez en considération de ces chétives louanges que nous tachons de vous donner. C’est un archange qui a dressé le premier panégyrique de vos louanges, et qui vous a porté cet honorable salut, disant : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; et toutes les hiérarchies des anges vous bénissent et vous déclarent Bienheureuse, et disent que vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le Fruit de votre ventre ». C’est de ces hiérarchies célestes que nous, qui vivons sur terre, avons appris à vous louer et exalter ; c’est de ces bienheureux esprits que nous empruntons ces paroles : « Soyez à jamais bénie, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; intercédez pour nous, ô très chère Maîtresse ! Notre Dame, notre Reine et la très digne Mère de notre Dieu, d’autant que vous avez pris naissance parmi nous, et que Celui qui s’est revêtu de notre faible nature en vos chastes entrailles est notre vrai Dieu, auquel est dû toute Gloire, Louange et Honneur. Ainsi soit-il.

Ô Très Sainte Vierge, écoutez nos prières, distribuez-nous les dons de vos tendresses, et donnez-nous part à l’abondance des grâces dont vous êtes remplie ! L’archange vous salue et vous appelle pleine de grâce : toutes les nations vous nomment Bienheureuse ; toutes les célestes hiérarchies vous bénissent, et nous qui sommes relégués dans la sphère terrestre, nous vous disons aussi : « Salut, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; priez pour nous, ô Mère de Dieu ! Notre puissante Reine et notre auguste Souveraine ». Ainsi soit-il.

Oratio

Exáudi, quǽsumus, Dómine, preces nostras, quas in beáti Athanásii Confessóris tui atque Pontíficis sollemnitáte deférimus : et, qui tibi digne méruit famulári, eius intercedéntibus méritis, ab ómnibus nos absólve peccátis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Athanase, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Athanasi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Athanase, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Le mot de Saint Bernardin de Sienne

Si vous considérez saint Joseph par rapport à toute l’Église du Christ, n’est-il point cet homme choisi et doué d’une prérogative unique, sous la garde duquel le Christ a été placé à son entrée dans le monde, et dont Dieu s’est servi pour sauvegarder l’ordre et l’honneur de cette naissance divine ? Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c’est par Marie qu’elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph.

Encyclique «Quamquam pluries » (15 août 1889) du Pape Léon XIII (1810-1903)

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Invitation à la prière

Bien que, plusieurs fois déjà, Nous ayons ordonné que des prières spéciales fussent faites dans le monde entier, et que les intérêts catholiques fussent avec plus d’instances recommandés à Dieu, personne, néanmoins, ne s’étonnera que Nous jugions opportun, au temps présent, d’inculquer de nouveau ce même devoir.

Aux époques de difficultés et d’épreuves, surtout lorsque la licence de tout oser pour la ruine de la religion chrétienne semble laissée à la puissance des ténèbres, l’Eglise a toujours eu la coutume d’implorer avec plus de ferveur et de persévérance Dieu, son auteur et son défenseur, en recourant aussi à l’intercession des saints – et principalement de l’auguste Vierge, Mère de Dieu, dont le patronage lui paraît devoir être le plus efficace. Le fruit de ces pieuses supplications et de la confiance mise dans la bonté divine apparaît tôt ou tard.

Or, Vous connaissez les temps où nous vivons, Vénérables Frères ; ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de calamités. Nous voyons s’éteindre dans un grand nombre d’âmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi ; la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l’Église de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l’astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le Souverain Pontificat ; les fondements mêmes de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. À quel degré on en est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c’est trop connu pour qu’il soit besoin de le dire. Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants, et le seul recours est de solliciter de la puissance divine la guérison.

C’est pourquoi Nous avons jugé devoir Nous adresser à la piété du peuple chrétien pour l’exciter à implorer avec plus de zèle et de constance le secours de Dieu tout-puissant. À l’approche donc du mois d’octobre, que Nous avons précédemment prescrit de consacrer à la Vierge Marie sous le titre de Notre-Dame du Rosaire, Nous exhortons vivement les fidèles à accomplir les exercices de ce mois avec le plus de religion, de piété et d’assiduité possible. [Nous entrons aujourd’hui dans le mois de mai spécialement consacré à la dévotion envers Notre-Dame]

La dévotion à la Vierge

Nous savons qu’un refuge est prêt dans la bonté maternelle de la Vierge, et Nous avons la certitude de ne point placer vainement en elle Nos espérances. Si cent fois elle a manifesté son assistance dans les époques critiques du monde chrétien, pourquoi douter qu’elle ne renouvelle les exemples de sa puissance et de sa faveur, si d’humbles et constantes prières lui sont partout adressées ? Bien plus, Nous croyons que son intervention sera d’autant plus merveilleuse qu’elle aura voulu se laisser implorer plus longtemps.

La dévotion à saint Joseph

Mais Nous avons un autre dessein que, selon Votre coutume, Vénérables Frères, Vous seconderez avec zèle. Afin que Dieu se montre plus favorable à Nos prières et que, les intercesseurs étant nombreux, il vienne plus promptement et plus largement au secours de son Église, Nous jugeons très utile que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge, Mère de Dieu, son très chaste Époux, le bienheureux Joseph : ce que Nous estimons de science certaine être, pour la Vierge elle-même, désiré et agréable.

Au sujet de cette dévotion, dont nous parlons publiquement pour la première fois aujourd’hui, Nous savons sans doute que, non seulement le peuple y est incliné, mais qu’elle est déjà établie et en progrès. Nous avons vu, en effet, le culte de saint Joseph que, dans les siècles passés, les Pontifes Romains s’étaient appliqués à développer peu à peu et à propager, croître et se répandre à notre époque, surtout après que Pie IX, d’heureuse mémoire, Notre prédécesseur, eut proclamé, sur la demande d’un grand nombre d’évêques, le très saint patriarche patron de l’Église catholique. Toutefois, comme il est d’une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s’enracine dans les mœurs et dans les institutions catholiques, Nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par Notre parole et par Notre autorité.

Les motifs qui font de Joseph le patron de l’Église

Les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église et qui font que l’Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage, sont que Joseph fut l’époux de Marie et qu’il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire.

Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la Bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il n’ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la société et l’union de toutes la plus intime, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.

Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu’il lui obéissait et qu’il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.

De cette double dignité découlaient d’elles-mêmes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. Il s’appliqua à protéger avec un souverain amour et une sollicitude quotidienne son Épouse et le divin Enfant ; il gagna régulièrement par son travail ce qui était nécessaire à l’un et à l’autre pour la nourriture et le vêtement ; il préserva de la mort l’Enfant menacé par la jalousie d’un roi, en lui procurant un refuge ; dans les incommodités des voyages et les amertumes de l’exil, il fut constamment le compagnon, l’aide et le soutien de la Vierge et de Jésus.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Eglise naissante. De même que la Très Sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens qu’elle a enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des souffrances suprêmes du Rédempteur ; Jésus-Christ aussi est comme le premier-né des chrétiens, qui, par l’adoption et la rédemption, sont ses frères.

Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l’Eglise, c’est-à-dire cette immense famille répandue par toute la terre, sur laquelle, parce qu’il est l’époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle. Il est donc naturel et très digne du bienheureux Joseph que, de même qu’il subvenait autrefois à tous les besoins de la famille de Nazareth et l’entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende l’Église de Jésus-Christ.

Vous comprenez facilement, Vénérables Frères, que ces considérations sont confirmées par l’opinion qu’un grand nombre de Pères de l’Église ont admise et à laquelle acquiesce la sainte liturgie elle-même, que ce Joseph des temps anciens, fils du patriarche Jacob, fut la figure du nôtre, et, par son éclat, témoigna de la grandeur du futur gardien de la divine famille.

Et, en effet, outre que le même nom, point dénué de signification, fut donné à l’un et à l’autre, vous connaissez parfaitement les similitudes évidentes qui existent entre eux : celle-ci d’abord, que le premier Joseph obtint la faveur et la particulière bienveillance de son maître, et que, étant préposé par lui à l’administration de sa maison, il arriva que la prospérité et l’abondance affluèrent, grâce à Joseph, dans la maison du maître ; celle-ci ensuite, plus importante, que, par l’ordre du roi, il présida avec une grande puissance au royaume, et en un temps où la disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Égyptiens et de leurs voisins, que le roi décréta qu’on l’appellerait le Sauveur du monde.

C’est ainsi que, dans cet ancien patriarche, il est permis de reconnaître la figure du nouveau. De même que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l’Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre.

 

Il existe des raisons pour que les hommes de toute condition et de tout pays se recommandent et se confient à la foi et à la garde du bienheureux Joseph.

Les pères de famille trouvent en Joseph la plus belle personnification de la vigilance et de la sollicitude paternelle ; les époux, un parfait exemple d’amour, d’accord et de fidélité conjugale, les vierges ont en lui, en même temps que le modèle, le protecteur de l’intégrité virginale. Que les nobles de naissance apprennent de Joseph à garder, même dans l’infortune, leur dignité ; que les riches comprennent par ses leçons, quels sont les biens qu’il faut désirer et acquérir au prix de tous ses efforts.

Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à recourir à Joseph et à se proposer son imitation. Joseph, en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus grande et à la plus sainte des femmes, regardé comme le père du Fils de Dieu, passe néanmoins sa vie à travailler et demande à son labeur d’artisan tout ce qui est nécessaire à l’entretien de sa famille.

Il est donc vrai que la condition des humbles n’a rien d’abject, et non seulement le travail de l’ouvrier n’est pas déshonorant, mais il peut, si la vertu vient s’y joindre, être grandement ennobli. Joseph, content du peu qu’il possédait, supporta les difficultés inhérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur d’âme, à l’imitation de son Fils qui, après avoir accepté la forme d’esclave, lui, le Seigneur de toutes choses, s’assujettit volontairement à l’indigence et au manque de tout.

Au moyen de ces considérations, les pauvres et tout ceux qui vivent du travail de leurs mains doivent relever leur courage et penser juste. S’ils ont le droit de sortir de la pauvreté et d’acquérir une meilleure situation par des moyens légitimes, la raison et la justice leur défendent de renverser l’ordre établi par la Providence de Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives par voie de sédition et de violence sont des moyens insensés, qui aggravent la plupart du temps les maux pour la suppression desquels on les entreprend. Que les pauvres, donc, s’ils veulent être sages, ne se fient pas aux promesses des hommes de désordre, mais à l’exemple et au patronage du bienheureux Joseph, et aussi à la maternelle charité de l’Eglise, qui prend chaque jour de plus en plus souci de leur sort.

Conclusion

C’est pourquoi nous promettant beaucoup de Votre autorité et de Votre zèle épiscopal, Vénérables Frères, et ne doutant pas que les pieux et bons fidèles ne fassent volontairement plus encore qu’il ne sera ordonné, Nous prescrivons que, pendant tout le mois d’octobre, à la récitation du Rosaire, au sujet duquel il a été précédemment statué, on ajoute une prière à saint Joseph, dont la formule vous sera transmise en même temps que cette Lettre ; il sera ainsi fait chaque année à perpétuité. A ceux qui réciteront dévotement cette prière, Nous accordons pour chaque fois une indulgence de sept ans et sept quarantaines.

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra pas être facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l’église principale de chaque lieu, un triduum de prières soit célébré.

Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n’est pas fête de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l’honneur de leur céleste patron, comme si c’était une fête de précepte.

En attendant, comme présage des dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérables Frères, à Votre clergé et à Votre peuple, la Bénédiction apostolique.

Prières

Prière du Pape Pie XII (1876-1958)

Ô glorieux Patriarche saint Joseph, humble et juste artisan de Nazareth, qui avez donné à tous les chrétiens, mais spécialement à nous, l’exemple d’une vie parfaite dans le travail constant et dans l’admirable union à Marie et à Jésus, assistez-nous dans notre tâche quotidienne, afin que, nous aussi, artisans catholiques, nous puissions trouver en elle le moyen efficace de glorifier le Seigneur, de nous sanctifier et d’être utiles à la société dans laquelle nous vivons, idéals suprêmes de toutes nos actions. Obtenez-nous du Seigneur, ô notre très aimé protecteur, humilité et simplicité de cœur, goût du travail et bienveillance envers ceux qui sont nos compagnons de labeur, conformité aux divines volontés dans les peines inévitables de cette vie et joie dans leur support, conscience de notre mission sociale particulière, et sentiment de notre responsabilité, esprit de discipline et de prière, docilité et respect à l’égard de nos supérieurs, fraternité envers les égaux, charité et indulgence pour nos subordonnés. Soyez avec nous dans nos moments de prospérité, quand tout nous invite à goûter honnêtement les fruits de nos fatigues ; mais soutenez-nous dans les heures de tristesse, alors que le ciel semble se fermer pour nous et que les instruments du travail eux-mêmes paraissent se rebeller dans nos mains. Faites que, à votre exemple, nous tenions les yeux fixés sur notre Mère Marie, votre très douce épouse, qui, dans un coin de votre modeste atelier, filait silencieusement, laissant errer sur ses lèvres le plus gracieux sourire ; faites aussi que nous n’éloignions pas notre regard de Jésus, qui peinait à votre établi de menuisier, afin que nous puissions ainsi mener sur terre une vie pacifique et sainte, prélude de celle éternellement heureuse qui nous attend dans le ciel, durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui ineffábili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quæsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis.

Oraison

Ô Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.

Prière des copistes et enlumineurs du haut Moyen-Age, sans doute d’origine anglaise

Apprenez-moi, Seigneur, à bien user du temps que vous me donnez pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprenez-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprenez-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprenez-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aidez-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aidez-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comblez vous-même les vides de mon œuvre, Seigneur!
Dans tout le labeur de mes mains laissez une grâce de vous pour parler aux autres, et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
Gardez en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur. Gardez-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.
Purifiez mon regard: quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.
Seigneur, ne me laissez jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a du labeur, et que tout labeur est vain sauf là où il y a amour, et que tout amour est vain qui ne me lie à moi-même, aux autres et à vous, Seigneur!
Enseignez-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.
Rappelez-moi que l’ouvrage de mes mains vous appartient et qu’il m’appartient de vous le rendre en le donnant ; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne ; que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir ; mais si je le fais pour l’amour du Bien, je demeurerai dans le Bien ; et le temps de faire bien et à votre Gloire, c’est tout de suite. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Antienne Ioseph fili David

Ã. Fili, quid fecísti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego doléntes quærebámus te, allelúia.

Ã. Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voici que votre père et moi, fort affligés, nous vous cherchions, alléluia.

Antienne grégorienne “Fili, quid fecisti”

Lundi 20 avril (Confinement J35)

Lundi 20 avril (Confinement J35)

Lundi 20 avril (Confinement J35)

La Punchline de Saint Pierre (1Pt 2, 15)

Comportez-vous comme des hommes libres, comme des serviteurs de Dieu, non pas comme des hommes qui se font de la liberté un manteau pour couvrir leur malice.

Saint Pierre et Saint Jean au tombeau (Io 20, 1-9) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le premier jour de la semaine, dit saint Jean, Marie de Magdala se rendit, avant l’aube, au tombeau. Sans doute on peut supposer que les saintes femmes n’y allèrent pas toutes ensemble, mais par petits groupes ou même isolément, et qu’il y eut, ce matin-là, bien des allées et venues de Jérusalem au sépulcre. Et il est vraisemblable que saint Jean met en scène la seule Marie-Madeleine parce qu’elle vint seule et la première au tombeau. Dès son arrivée, elle vit la pierre déplacée, et reconnut que le sépulcre était vide. Et tandis que les autres saintes femmes approchaient, à leur tour, Marie rebroussa chemin, afin de porter la nouvelle aux deux apôtres qui avaient un titre spécial à être avisés : Simon Pierre et le disciple que Jésus aimait. Marie vint leur dire : « On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons où on l’a mis ! » (Ce pluriel suppose peut-être la présence des autres saintes femmes.)

En toute hâte, les deux disciples se rendent au sépulcre. Ensemble ils courent, mais saint Jean, le plus jeune, devance Pierre et arrive le premier. Il s’incline pour observer l’intérieur du tombeau, voit les bandelettes déposées sur le sol, mais n’entre pas. Est-ce parce qu’il juge son inspection suffisante? ou bien veut-il réserver à Pierre, par une déférence affectueuse, l’honneur d’entrer le premier? On peut supposer aussi une part d’anxiété, selon cette disposition du cœur humain qui nous porte à retarder notre joie, à trembler devant notre bonheur : on craint qu’il n’y ait mécompte, et qu’il ne faille ensuite revenir en arrière. Saint Grégoire, fidèle à son point de vue allégorique, estime que saint Jean représentait la Synagogue et saint Pierre le peuple des gentils. Bientôt, Pierre arriva ; et il entra, lui : un simple coup d’œil ne lui suffisait pas. Il explora avec attention la demi-obscurité du sépulcre, il aperçut les bandelettes, et une conclusion lui vint tout naturellement à l’esprit. Ceux qui auraient voulu s’emparer du corps l’eussent à coup sûr pris tel quel, sans se donner la peine très superflue de dérouler les bandelettes et de les ranger avec soin. Bien plus : le suaire qui couvrait la tête du Seigneur était plié à part, dans un angle du sépulcre. Il n’y avait donc ni larcin, ni trace de précipitation quelconque. La main des anges, qui avait roulé la pierre, après la Résurrection, avait aussi recueilli et rangé avec respect les linges qui enveloppaient les membres sacrés du Sauveur. Sans doute saint Pierre fit observer à saint Jean tous ces détails. Le disciple bien-aimé entra à son tour ; il vit et il crut.

Jusqu’alors, dit l’évangile, ils n’avaient pas compris le sens de l’Écriture, là où elle nous apprend qu’il faut que le Christ ressuscite d’entre les morts. Ils savaient ce que c’est que résurrection : il y en avait des exemples dans l’Ancien Testament, et déjà, dans le Nouveau ; à plusieurs reprises, ils avaient entendu leur Maître annoncer sa Passion et sa Résurrection le troisième jour ; mais leur intelligence n’apercevait pas la liaison des souffrances et de la gloire, les souffrances comme condition de la gloire, l’héritage acquis au Fils de Dieu par ses douleurs. La trame de la pensée divine leur apparut alors. Sans peut-être comprendre le mystère comme saint Paul devait l’exposer dans la suite, ils donnèrent son vrai sens à un ensemble de paroles et d’événements inexpliqués pour eux jusqu’alors, et se reposèrent sur Dieu de l’accomplissement ultérieur. À vrai dire, saint Jean ne nous parle explicitement que de la lumière qui lui fut donnée : mais on peut conjecturer de son récit que saint Pierre commença dès lors à croire ; saint Luc (24, 12) nous le montre s’en retournant étonné et pensif.

Prières

Prière de Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

Seigneur, mettez de l’ordre dans ma vie, et ce que vous voulez que je fasse, donnez-moi de le connaître, donnez-moi de l’accomplir comme il faut et comme il est utile au salut de mon âme. Que j’aille vers vous, Seigneur, par un chemin sûr, droit, agréable et menant au terme, un chemin qui ne s’égare pas entre les prospérités et les adversités, en sorte que je vous rende grâce dans les choses prospères et que je garde la patience dans les choses adverses, ne me laissant ni exalter par les premières, ni abattre par les secondes. Seigneur, que toute joie me fatigue qui est sans vous, et que je ne désire rien en dehors de vous. Que tout travail, Seigneur, me soit agréable qui est pour vous et tout repos insupportable qui est sans vous. Donnez-moi souvent de porter mon cœur vers vous, et quand je faiblis, de reconnaître ma faute avec douleur, et avec un ferme propos de me corriger. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Pax vobis, ego sum, allelúia : nolíte timére, allelúia.

Ã. La paix soit sur vous, c’est moi, alleluia, n’ayez pas peur, alleluia.

Antienne grégorienne “Pax vobis”

Samedi in Albis

Samedi in Albis

La Punchline du Saint-Esprit (Prv 13, 10)
L’orgueil ne produit que des querelles; mais la sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller.
Note concernant le précepte de la communion pascale
En ce Temps pascal et dans cette période de confinement nécessaire pour la santé publique, certains catholiques ont peur de ne pas satisfaire au précepte de la communion pascale. Ce cas de conscience, de soi légitime, doit être considéré à la lumière de la Morale catholique, non selon des vues passionnelles.

Le précepte (cf. Code de Droit Canonique de 1917)

Canon 859 § 1. Tous les fidèles des deux sexes, après être parvenus aux années de discrétion, c’est-à-dire à l’usage de la raison, doivent une fois par an, au moins à Pâques, recevoir le sacrement de l’eucharistie, à moins que sur le conseil du propre prêtre, pour quelque motif raisonnable, ils estiment devoir s’en abstenir pour un temps.

Commentaire : Ce précepte est un précepte positif, c’est-à-dire qu’il oblige à poser une action. Un précepte négatif interdit de poser une action. Par exemple : le précepte dominical contient un précepte positif (il faut aller à la Messe le dimanche) et un précepte négatif (il ne faut pas travailler le dimanche).

Canon 859 § 2. La communion pascale se fera du dimanche des Rameaux au dimanche in Albis ; mais il est permis aux Ordinaires de lieu, selon que l’exigent les circonstances de personnes et de lieux, d’anticiper ce temps pour tous leurs fidèles, pas cependant avant le quatrième dimanche de carême ou de le proroger, mais pas au delà de la fête de la Sainte-Trinité.

Commentaire : Dans la plupart des diocèses de France, le précepte de la communion pascale peut être accompli depuis le 1er dimanche de la Passion jusqu’au 2ème dimanche après Pâques. Hors crise dans l’Église, on remarquera que, dans les circonstances de pandémie, les évêques auraient sans aucun doute prorogé la date limite pour accomplir ce précepte.

Canon 859 § 4. Le précepte de la communion pascale urge toujours, si quelqu’un, pour quelque motif que ce soit, ne l’a pas accompli au temps prescrit.

Commentaire : « Urge » cela signifie qu’on reste tenu d’accomplir ce précepte même si on ne l’a pas accompli dans le temps imparti, peu importent les raisons pour lesquelles on ne l’a pas accompli.

Canon 860. L’obligation du précepte de communier, qui incombe aux impubères, retombe également principalement sur ceux qui doivent avoir charge d’eux, à savoir les parents, les tuteurs, le confesseur, les instituteurs et le curé.

Commentaire : Si, pour un temps, cette obligation cesse pour les fidèles, cela signifie aussi qu’elle cesse pour ceux qui en ont la charge.

Principes moraux

Une loi positive n’oblige pas lorsqu’il y a un inconvénient grave.
À l’impossible nul n’est tenu.

L’impossibilité est physique : quand fait défaut la possibilité de poser un acte (par exemple : défaut de liberté, coaction extérieure, maladie grave, impossibilité d’obéir à la loi sans violer une loi supérieure, etc.).
L’impossibilité est morale : quand il y a un danger de dommage corporel ou spirituel conjoint accidentellement à l’accomplissement de la loi (par exemple : risque de nuisance à la santé, à la fortune, occasion de scandale, etc.).

Conclusion

Vu que l’esprit de cette loi ecclésiastique est que les fidèles communient au moins une fois par an, cela signifie, pour ce qui me concerne personnellement, que la grande majorité des fidèles qui fréquentent le Prieuré, ont déjà satisfait à l’esprit de la loi (pas à la lettre) puisqu’ils communient tous très régulièrement.

Vu que le confinement ne va pas durer indéfiniment, et vu que de véritables autorités ecclésiastiques, dans une situation similaire à celle que nous vivons, auraient prolongé le délai pour faire ses Pâques.

Pour ces motifs, l’accomplissement de ce précepte peut être différé. D’ailleurs selon le §1 de ce canon : même le curé (=propre prêtre) ou le confesseur peuvent en toute légitimité retarder l’accomplissement de ce précepte pour une personne particulière.

Vu que le précepte de la communion pascale est un précepte positif qui n’oblige pas lorsqu’il y a de graves inconvénients à l’accomplir.

Vu que ces inconvénients graves existent, et sont même nombreux (liste non-exhaustive) : restriction de la libre circulation en raison du confinement, risque de péché contre la Charité en ne respectant pas le confinement ou au minimum les gestes barrières, risque de péché contre la Charité en exposant nos chapelles (et nos prêtres) à des amendes et à des poursuites judiciaires, risque pour la fortune (amende multipliée par le nombre de personnes dans la voiture, majorée pour les récidivistes), etc.

Il ressort de tous ces éléments que les fidèles non seulement ne sont pas tenus de prendre tous les moyens et tous les risques pour accomplir ce précepte, mais encore, dans un grand nombre de cas particuliers, sont tenus par la Charité de surseoir à l’accomplissement de ce précepte.

Dans la pratique, je conseille aux fidèles de se rapprocher du prêtre chez qui ils vont habituellement, de rester soumis à ses avis, de ne pas chercher à opposer les prêtres entre eux (les contextes peuvent être différents et les fidèles n’ont pas tous les éléments pour en juger prudemment et selon l’esprit de Foi). La situation actuelle est très pénible, et nous devrions particulièrement nous serrer les coudes dans l’esprit de Charité des premiers chrétiens.

Pour finir, je ne suis pas prêtre pour inciter les gens à la révolte mais plutôt à la vertu :

  • Foi dans la Providence divine qui permet cette situation pour notre plus grand bien.
  • Espérance dans la Providence divine qui nous donne toutes les grâces nécessaires pour survivre spirituellement à cette situation temporaire.
  • Charité, c’est-à-dire amour de Dieu qui s’exprime dans la soumission à SA volonté, et le renoncement à notre volonté propre; et amour du prochain en veillant, a minima, à ne pas propager le virus, et en veillant à la pérennité de nos chapelles.
  • Prudence surnaturelle : le chrétien ne s’expose pas aux persécutions réelles ou supposées.
  • Patience : le chrétien supporte les situations inconfortables qui lui permettent d’être plus conformes au Christ crucifié.
P-S aux personnes qui fréquentent habituellement le Prieuré : Même quand le déconfinement commencera, je vous prie de ne prendre aucune initiative sans en discuter au préalable avec moi. Merci d’avoir ce soucis du Bien commun du Prieuré. †P. J-MM
Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Mon Dieu, vous êtes toute tendresse pour moi. Je vous le demande par votre Fils bien-aimé, accordez-moi de me laisser emplir de miséricorde et d’aimer tout ce que vous m’inspirez. Donnez-moi de compatir à ceux qui sont dans l’affliction, et d’aller au secours de ceux qui sont dans le besoin, de consoler les affligés, d’encourager les opprimés. Donnez-moi de pardonner à celui qui m’aura offensé, d’aimer ceux qui me haïssent, de rendre toujours le bien pour le mal, de n’avoir de mépris pour personne, et d’honorer tous les hommes. Donnez-moi d’imiter les bons, de renoncer à la fréquentation des méchants, de pratiquer les vertus et d’éviter les vices. Donnez-moi, Seigneur la patience quand tout va mal et la modération quand tout va bien. Donnez-moi de savoir maîtriser ma langue, et de poser, au besoin, une garde à ma bouche. Enfin, mon Dieu, donnez-moi le mépris des choses qui passent et la soif des biens éternels. Ainsi soit-il.

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui festa paschália venerándo égimus, per hæc contíngere ad gaudia ætérna mereámur. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous qu’après avoir célébré religieusement les Fêtes pascales, nous méritions d’arriver, grâce à elles, aux joies de l’éternité.

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