Jeudi 7 mai (Confinement J52)

Jeudi 7 mai (Confinement J52)

Jeudi 7 mai (Confinement J52)

La Punchline de Saint Jean Climaque

J’appelle « chrétien » le fidèle qui, de toutes ses forces, tâche dans ses paroles, dans ses actions et dans toute sa conduite, de marcher sous les étendards de Jésus Christ, et qui, par une foi pure, sincère et ardente, par une vie sainte, et par une charité enflammée, est tout dévoué à la très sainte Trinité.

Mère Cécile Bruyère : Sur ceux qui avancent rapidement dans la vie spirituelle #3

Suite des articles du 28 avril et du 4 mai.

Charité fraternelle

Ceux qui ambitionnent les faveurs divines doivent aussi se montrer larges et généreux envers le prochain. Nous fournissons à Dieu plus que nous ne pensons, la mesure de ses grâces ; et souvent sa conduite à notre égard est calquée sur ce que nous sommes pour nos frères : « La même mesure avec laquelle vous aurez mesuré servira de mesure pour vous » (Lc 6, 38). La sévérité, la sécheresse, la personnalité nous méritent, de la part de Dieu, un juste retour de rigueur. Nous en avons la preuve dans cette parole du Seigneur Jésus qui semble déterminer la matière du divin jugement : « En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Et ceux-ci iront au supplice éternel » (Mt 25, 45-46). Tandis que la charité est la marque distinctive des vrais disciples du Christ, qui l’enseignait à ses Apôtres, en leur disant : « Je vous donne un commandement nouveau: que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimé,  afin que vous vous aimiez les uns les autres. C’est en ceci que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Io 13, 34-35). C’est même aux œuvres de miséricorde que le prophète attribue la rémission des péchés : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, assistez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. Et venez et discutons ensemble, dit le Seigneur; et si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; et s’ils sont rouges comme le vermillon, ils seront blancs comme la laine » (Is 1, 17-18).

L’amour du prochain est aussi la marque de la vraie vie : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères » (1 Io 3, 14) ; « Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et aucun sujet de chute n’est en lui » (1 Io 2, 10). Saint Paul veut que cette charité s’exerce aux dépens de soi-même : « Portez les fardeaux les uns des autres, et ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Gal 6 , 2). Mais ce qui donne une plus vive lumière à toute cette doctrine, c’est la parole même du Sauveur : « Ce n’est pas seulement pour eux (les Apôtres) que je prie, mais aussi pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi, et moi en vous, afin qu’ils soient, eux aussi, un en nous » (Io 17, 20-21). Comment donc celui qui rompt l’unité bénéficierait-il de cette prière, source unique de toute sanctification ?

Détachement

Ceux qui marchent d’un pas plus rapide sont encore ceux qui se dépouillent volontiers et persévéramment de ce qu’ils ont ou de ce qu’ils sont : « Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple » (Lc 14, 33). Ce que Notre-Seigneur exprime encore ainsi : « Et si quelqu’un veut t’appeler en jugement pour te prendre ta tunique, abandonne-lui encore ton manteau » (Mt 5, 40). Cette facilité à abandonner ce que l’on possède marque le détachement indispensable à celui qui veut s’élever sur les ailes de l’esprit. C’est encore la loi de l’athlète : « Tous ceux qui combattent dans l’arène s’abstiennent de tout » (1 Cor 9, 25).

Vaillance

Enfin, ceux-là fournissent une course prompte, qui s’arment de courage et qui bravent l’obstacle : Qui donc nous séparera de l’amour du Christ? la tribulation ? ou l’angoisse ? ou la faim ? ou la nudité ? ou le danger ? ou la persécution ? ou le glaive?… Mais en tout cela nous demeurons victorieux, par celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Ces violents emportent d’assaut le royaume des cieux ; à eux s’applique de droit cette parole : « Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc ; sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit » (Apc 2, 17). Cette nourriture mystérieuse et ce nom inconnu, n’est-ce pas ce grand secret que Dieu dit à l’âme, lorsqu’elle atteint la parfaite charité et la consommation de son union avec l’Epoux céleste ?

Prières

Exhortation de Sainte Catherine de Bologne (1413-1463) à ses sœurs clarisses

Mes très chères sœurs et filles, il faut que je vous quitte sans retour ; Dieu le veut ainsi. Sachez cependant que je vous serai plus utile après ma mort que pendant ma vie, pourvu, toutefois, que vous soyez fidèles à remplir vos devoirs, et que vous n’oubliiez pas mes recommandations sur la charité mutuelle. Je vous l’ai dit souvent, et vous le répète encore : « Aimez la concorde, chérissez la paix ». La paix est le précieux héritage que Jésus-Christ, prêt à monter au ciel, laissa par testament, non seulement à ses apôtres, mais à tous les chrétiens, et par conséquent à vous. Jésus-Christ aime tant cette paix, et il a tant à cœur que les siens la conservent, que si vous la conservez avec soin, comme il est juste, je vous assure, et vous pouvez m’en croire, que tout vous prospérera. Oui, certainement il vous bénira, si vous supportez patiemment les défauts de vos sœurs, si vous avez pitié de leur faiblesse, si tout ce qui peut semer parmi vous la zizanie et la discorde vous est en horreur. Craignez Dieu, mes très chères filles, et rendez-lui toujours le respect et l’amour qu’il a droit d’attendre de vous ; préférant subir toutes sortes de maux que de violer un seul de ses préceptes. Conservez avec le plus grand soin votre réputation, comme vous l’avez fait jusqu’ici, pour le contentement de Dieu et l’édification du prochain.

Prière de Guillaume de Saint-Thierry (1070-1148)

Ô Amour, venez en nous ! Que disparaissent en nous devant votre face toutes les formes de maux qui, des désirs de la chair et de l’orgueil, y naissent à foison, corrompant l’amour dans l’âme créé par vous et pour vous. Car celui qui cherche quelque chose d’autre que vous, comme étant meilleur que vous, cherche ce qui n’est rien. Il se réduit à rien en s’éloignant de vous, qui seul devez être aimé vraiment. Père infiniment bon, je vous offre par le cœur douloureux et immaculé de Marie, le corps, le sang, les plaies et les mérites infinis de Jésus votre Fils bien-aimé, pour expier, purifier, suppléer pour tout ce qui nous manque ; enfin pour vous remercier. Ainsi soit-il.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221)

Toute notre espérance, toute notre consolation se trouve dans Celui qu’a mis au monde notre Vierge, dans cette fleur au parfum incomparable. Oh ! Fleur qui s’épanouit dans un éternel printemps, fleur riche de grâce, toute pleine de gloire, belle de toute beauté ! Quelle suavité inestimable a son odeur, quel charme sans pareil a sa beauté, quelle douceur inépuisable a son goût ! Ô mon âme, si toujours tu pouvais respirer ce parfum ! Oh ! Si mon cœur pouvait toujours se délecter dans une telle suavité ! Tige sortie de la racine de Jessé, ô Vierge digne de toute louange, qui sans vous flétrir, avez poussé cette fleur et avez comblé ainsi de délices les cœurs et des anges et des hommes ! Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Iterum vidébo vos, allelúia, et gaudébit cor vestrum, allelúia, allelúia, allelúia.​

Ã. Je vous verrai de nouveau, alleluia, et votre coeur se réjouira, alleluia, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Iterum videbo”

Antienne Iterum videbo

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

Malgré les tristesses parfois accablantes de la vie présente, nous avons trouvé le vrai bonheur ou la paix, du moins au sommet de l’âme, lorsque nous aimons Dieu par-dessus tout, car la paix est la tranquillité de l’ordre, et nous sommes alors unis au principe même de tout ordre et de toute vie.

Saint Jean devant la Porte Latine (Vies des Pères, etc. par Alban Butler et Godescard)

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne connaissaient encore ni le mystère de la croix, ni la nature du royaume de Jésus-Christ, lorsque, par l’organe de leur mère, ils le priaient de les faire asseoir l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche, c’est-à-dire, de leur donner les deux premières places de son royaume. Pouvez-vous, leur dit le Sauveur, boire le calice que je dois boire ? Pouvez-vous participer à mes opprobres et à mes souffrances ? Les deux disciples répondirent affirmativement, et protestèrent à leur divin maître qu’ils étaient dans la résolution de tout endurer pour lui. Alors Jésus leur prédit qu’ils boiraient son calice, et qu’ils auraient beaucoup à souffrir pour la vérité de son évangile. Cette prédiction fut littéralement accomplie dans saint Jacques, lorsque Hérode le fit mourir à cause de la religion qu’il professait.

Quant à saint Jean, qui aimait si tendrement son divin maître, et qui en était si tendrement aimé, on peut dire, sans faire violence au texte sacré, qu’il but du calice du Sauveur, et qu’il en partagea l’amertume lorsqu’il assista à son crucifiement. En effet, son cœur était déchiré par le sentiment des douleurs qu’il lui voyait souffrir ; mais ce n’était encore là qu’un prélude de ses peines. Après la descente du Saint-Esprit, il se vit condamné, avec les autres apôtres, à la prison, aux fouets, aux opprobres. Enfin la prédiction de Jésus-Christ eut son entier accomplissement, lorsqu’il mérita, sous le règne de Domitien (81-96), la couronne du martyre.

L’empereur Domitien, auteur de la seconde persécution générale suscitée à l’église, était universellement haï pour sa cruauté, son orgueil et ses impudicités. Il fut, au rapport de Tacite, encore plus cruel que Néron, et il prenait plaisir à repaître ses yeux du spectacle des exécutions barbares dont l’autre au moins se dérobait ordinairement la vue. Sous son règne, Rome fut inondée du sang de ses plus illustres habitants. Ennemi de tout bien, il bannit ceux qui avaient la réputation d’hommes vertueux, entre autres Dion Chrysostome et le philosophe Epictète; mais ce fut sur les Chrétiens que tombèrent ses principaux coups. Outre qu’il ne pouvait souffrir la sainteté de leur doctrine et de leur vie, qui lui était un reproche tacite de ses crimes, il était encore animé contre eux par cette haine que leur portaient tous les païens.

Saint Jean l’évangéliste vivait encore. Il était chargé du gouvernement de toutes les églises d’Asie, et jouissait d’une grande réputation tant à cause de cette éminente dignité que pour ses vertus et ses miracles. Ayant été arrêté à Éphèse, il fut conduit à Rome l’an 95 de Jésus-Christ. Il parut devant l’empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d’ordonner qu’on le jetât dans une chaudière remplie d’huile bouillante. Il y a toute apparence que le saint apôtre souffrit d’abord une cruelle flagellation, conformément à ce qui se pratiquait à l’égard des criminels qui n’avaient point le droit de bourgeoisie romaine. Quoiqu’il en soit, on ne peut au moins douter qu’il n’ait été jeté dans l’huile bouillante : Tertullien, Eusèbe et saint Jérôme le disent expressément.

Nous ne craignons point d’assurer que le Saint fit éclater une grande joie lorsqu’il entendit prononcer su sentence ; il brûlait d’un ardent désir d’aller rejoindre son divin maître, de lui rendre amour pour amour, et de se sacrifier pour celui qui nous a tous sauvés par l’effusion de son sang. Mais Dieu se contenta de ses dispositions, en lui accordant toutefois le mérite et l’honneur du martyre ; il suspendit l’activité du feu, et lui conserva la vie, comme il l’avait conservée aux trois enfants qui furent jetés dans la fournaise de Babylone. L’huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu’il n’y était entré.

L’empereur fut très frappé, ainsi que la plupart des païens, de cet événement ; mais il l’attribua au pouvoir de la magie. Ce que l’on publiait des prétendus prodiges opérés par le fameux Apollonius de Tyane, qu’il avait fait venir à Rome, ne contribua pas peu à le confirmer dans cette opinion. La délivrance miraculeuse de l’apôtre ne fit donc sur lui aucune impression, ou plutôt elle ne servit qu’à augmenter son endurcissement dans le crime. Il se contenta toutefois de bannir le Saint dans l’île de Pathmos. Ce mauvais prince ayant été assassiné l’année suivante, Nerva, rempli de bonnes qualités, et d’un caractère naturellement pacifique, fut élevé à l’empire. Saint Jean eut la liberté de sortir du lieu de son exil, et de retourner à Éphèse.

Ce fut auprès de la porte appelée Latine par les Romains, qu’il remporta ce glorieux triomphe. Pour conserver la mémoire du miracle, on consacra une église dans cet endroit sous les premiers empereurs chrétiens. On dit qu’il y avait un temple de Diane, dont on changea la destination pour le faire servir au culte du vrai Dieu. Cette église fut rebâtie en 772 par le pape Adrien I. La fête de saint Jean devant la porte Latine a été longtemps chômée en plusieurs églises. Elle a été d’obligation en Angleterre, au moins depuis le douzième siècle jusqu’à la prétendue réforme; mais on la mettait seulement au nombre des fêtes du second rang, auxquelles toute œuvre servile était défendue, excepté le labour des terres. Les Saxons qui s’établirent dans la Grande-Bretagne avaient une dévotion singulière à saint Pierre et à saint Jean l’évangéliste.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia nos úndique mala nostra pertúrbant : præsta, quǽsumus ; ut beáti Ioánnis Apóstoli tui et Evangelístæ intercéssio gloriósa nos prótegat. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui nous voyez troublés par les maux qui nous arrivent de toutes parts, faites, nous vous en prions, que la glorieuse intercession du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, nous serve de protection.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

Ô Marie, pour moi, vous êtes l’ancre au milieu du ballottement des flots, le port dans le naufrage, le secours dans la tribulation, la consolation dans la douleur. Vous êtes le soulagement dans l’angoisse, le secours dans les moments où tout va mal, la juste modération quand cela va trop bien, la joie dans l’attente, le rafraîchissement dans le labeur. Tout ce que je puis gazouiller de vos louanges, ne parvient pas à être de vous une digne louange, ô digne de toute louange ! Quand même je parlerais les langues des hommes et des anges, quand même je m’épuiserais totalement, non, ce serait encore trop peu ! Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In fervéntis ólei dólium missus beátus Ioánnes Apóstolus, divína se protegénte grátia, intactus exívit, allelúia.

Ã. Jeté dans une chaudière d’huile bouillante, le bienheureux Apôtre Jean, protégé par la grâce divine, en sortit sain et sauf, alleluia.

Antienne grégorienne “In ferventis”

Antienne In ferventis

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

La Punchline du P. Garrigou-Lagrange

Dans les choses de ce monde, qui contiennent du bien et du mal intimement mêlés et sont pour cela très complexes, celui qui veut être simple, manque de pénétration, reste naïf, ingénu et superficiel.

Sermon

Sur la Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Sur la Dédicace des églises (texte de Dom Gaspard Lefebvre)

De tous temps Dieu a voulu qu’on lui érigeât des autels et qu’on lui consacrât des endroits où le peuple se réunirait pour lui rendre le culte qui lui est dû (All.) et pour y recevoir plus abondamment ses grâces (Or.). Comme autrefois Salomon pour le temple de Jérusalem, l’Église s’est toujours plu à employer toutes les ressources du génie humain et toutes les richesses de la nature pour qu’elles fissent retour à Dieu dans la construction de sanctuaires dignes de Lui.

La cérémonie de la Dédicace du Temple de Jérusalem dura huit jours et les Juifs en renouvelaient solennellement la mémoire chaque année. L’Église consacre de même ses temples par une fête qui avait autrefois presque l’éclat de Pâques et de l’Epiphanie, et dont les rites se ramènent à trois chefs principaux : consécration de l’église, consécration de l’autel et translation des reliques. Par sa dédicace à Dieu, l’église est revêtue d’un caractère qui commande le respect et la confiance. C’est là en effet, comme chez Zachée, que Jésus descend (Évang.). L’église est « la maison de Dieu, la porte du ciel, on l’appelle le palais divin » (Intr.). Elle est « le tabernacle de Dieu parmi les hommes » (Ép.) et c’est là que s’établissent les relations officielles qui relient l’homme à son Créateur, car c’est là que se déroulent les cérémonies du culte liturgique prescrites par l’Église et par lesquelles on honore les trois personnes divines. « Soyez ici présent, dit l’Évêque au jour de la Consécration, ô Dieu éternel, un en nature et trois en personnes : Père, Fils, Esprit-Saint. » La pierre ferme sur laquelle est solidement bâtie la maison du Seigneur (All.), c’est l’autel où descend Jésus et qui est le centre où tout converge dans l’église. Le Christ est en effet la pierre d’angle de l’édifice spirituel dont le temple matériel n’est que l’emblème et qui est formé par la réunion de tous les chrétiens, « ces pierres vivantes taillées par le ciseau des épreuves et polies par le marteau des souffrances, pour devenir le temple divin où honneur et gloire sont rendus en tous lieux au Père, au Fils et au Saint-Esprit » (Hymne de Mat., Postc.). Et ce symbole est d’autant plus réel que, comme l’église et l’autel qui sont d’abord lavés, puis oints de l’huile sainte, et qui reçoivent Jésus-Hostie, chaque chrétien est lavé dans les eaux du Baptême, oint du chrême de la Confirmation et reçoit l’Eucharistie dans son cœur. Le temple matériel est enfin le symbole de la Jérusalem céleste où retentissent continuellement les chants d’allégresse des élus. Un jour en effet l’Église glorifiée entrera à tout jamais dans le vrai sanctuaire de Dieu qui est le ciel (Ép.).

Jésus s’invite chez Zachée (Lc 19, 1-10) : Commentaire de Dom Delatte

L’histoire de Zachée est propre à saint Luc. L’enseignement qu’elle contient nous sera révélé dans la conclusion de l’épisode : l’évangile est universel ; tout le monde peut devenir fils d’Abraham, moyennant une conversion sincère et la foi ; le Royaume des cieux n’est fermé ni aux riches, ni aux publicains, ni aux pécheurs. — Le Seigneur était entré dans Jéricho et traversait la ville. Et voici qu’un homme, nommé Zachée, cherchait à voir qui était Jésus. C’était un chef des publicains, de la corporation détestée. Les fonctionnaires qui prélevaient les impôts au nom de Rome étaient considérés comme des pécheurs publics, et leurs exactions achevaient de les rendre impopulaires. Zachée était riche : il reconnaîtra lui-même que sa gestion n’avait pas toujours été sans reproche; mais une curiosité éveillée par la grâce lui faisait désirer de voir le Seigneur. Il n’y parvenait point, car la foule était dense et lui de petite taille. Alors il devança le cortège, courut dans la direction que Jésus devait prendre, monta sur un sycomore, et attendit. Le Seigneur n’ignorait pas le dessein du publicain, puisqu’il l’avait intérieurement inspiré ; et, arrivé sous le sycomore, il leva les yeux et interpella Zachée par son nom : « Zachée, hâtez-vous de descendre, car aujourd’hui c’est dans votre maison que je dois demeurer. » Le Seigneur s’invite lui-même, familièrement ; il donne au publicain beaucoup plus que celui-ci n’avait espéré. Et Zachée, en hâte, descendit et le reçut chez lui, tout heureux.

Mais en constatant quel gîte s’était choisi le Seigneur, tous, c’est-à-dire la portion pharisienne de la cité, les nombreux prêtres de Jéricho, tous s’étonnent, murmurent, selon leur habitude, et se disent l’un à l’autre : «Il a pris son logement chez un pécheur! » Cependant la bonté du Seigneur fut justifiée par son fruit même. La conversion de Zachée, en effet, fut immédiate, et la seule présence de Jésus accomplit en un instant ce que toute la hauteur pharisienne eût été bien incapable d’obtenir. À l’entrée de sa maison, ou un peu plus tard, le chef des publicains, debout, dit au Seigneur sa résolution généreuse et bien arrêtée : « La moitié de mes biens. Seigneur, je la donne aux pauvres ; et si j’ai nui à quelqu’un, je lui restitue le quadruple. » Il parle comme si la chose était déjà faite. Et le Seigneur affirme qu’en cette heure même le salut a été accordé à la maison de Zachée, et qu’il est, lui aussi, un vrai fils d’Abraham. En dépit du mépris qu’affectait la Synagogue pour les collecteurs de l’impôt étranger, la grâce de Dieu a prévenu ce publicain. Car le Fils de l’homme est venu en ce monde à dessein de chercher et de sauver ce qui était perdu (Mt 25, 24 ; Lc 5, 32). En vérité, dira bientôt le Seigneur aux pharisiens, les publicains et les pécheresses vous précéderont dans le Royaume de Dieu (Mt 21, 31).

Saint Pie V (1504-1572) : extrait du Liber Sacramentorum du Cardinal Schuster O.S.B.

Le nom de Frère Michel Ghislieri — Pie V — orne le frontispice du Missel et du Bréviaire romains, parce que c’est sous son autorité que s’acheva la révision des livres liturgiques expressément réservée au Saint-Siège par le Concile de Trente. Outre ces mérites dans le domaine de la liturgie, saint Pie V a la gloire d’avoir été le Pape de la réforme que depuis deux siècles déjà, appelaient en vain les Pontifes ses prédécesseurs, les conciles, un grand nombre d’évêques et de saints de cette époque si complexe qu’on appelle communément la Renaissance.

Saint Pie V est donc le Pape de la réforme ecclésiastique ; non pas en ce sens qu’il fût le premier à la vouloir et à l’inaugurer, puisque, quand il monta sur le trône de saint Pierre, le Concile de Trente était déjà terminé depuis un certain temps. Mais il fut le Pape de la réforme en tant que, par son autorité et par son exemple, il mit définitivement la Curie romaine et l’épiscopat tout entier sur la voie de ce réveil salutaire de l’esprit ecclésiastique, que plusieurs de ses prédécesseurs, tout en le désirant dans leur cœur, n’avaient pas su soutenir, faute de courage et de constance.

On s’étonne que saint Pie V, de famille modeste, et pauvre religieux dominicain, ait pu s’élever si haut pour le bien de l’Église. Mais c’était un saint, et les instruments de sa puissance étaient la recherche de la seule gloire de Dieu et la prière assidue. Par celle-ci surtout il triompha de l’insolence des Turcs, et il sanctifia le peuple confié à ses soins.

Le saint Pontife sortit pour la dernière fois du Vatican le 21 avril 1572, huit jours avant sa mort, et ce fut une scène admirable.

Quoique malade, il voulut en ce jour visiter pour la dernière fois les sept basiliques principales de Rome, dans l’espérance, disait-il, d’en revoir sous peu les martyrs au ciel. De la basilique de Saint-Paul, il parcourut à pied presque tout le long et mauvais chemin qui conduit à Saint-Sébastien. Arrivé enfin, à bout de forces, à Saint-Jean, ses familiers le supplièrent de monter en litière, ou de remettre le reste du pèlerinage au lendemain. Il répondit en latin : Qui fecit totum, Ipse perficiat opus, et continua sa route.

Il arriva le soir seulement au Vatican, où, s’étant reposé quelque peu, il se fit lire les sept psaumes de la pénitence et le récit de la Passion du Seigneur, n’ayant même plus la force d’enlever son camauro quand il entendait prononcer le saint Nom de Jésus.

Le 28 avril, il essaya de célébrer la messe mais n’y parvint pas. Muni des sacrements, il rendit sa sainte âme à. Dieu le soir du 1er mai, et ses dernières paroles furent une invocation liturgique du Bréviaire :

Quaesumus, Auctor omnium,
In hoc Paschali gaudio,
Ab omni mortis impetu
Tuum defende populum.

« Daignez, Auteur de toutes choses, En cette joie de Pâques, contre tout retour de la mort, défendre votre peule »
.Sixte-Quint transporta son corps dans une chapelle de Sainte-Marie-Majeure, où on le vénère encore aujourd’hui.

Prières

Oratio

Deus, qui nobis per síngulos annos huius sancti templi tui consecratiónis réparas diem, et sacris semper mystériis repæséntas incólumes : exáudi preces pópuli tui, et præsta ; ut, quisquis hoc templum benefícia petitúrus ingréditur, cuncta se impetrásse lætétur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues.

Oratio

Deus, qui, ad conteréndos Ecclésiæ tuæ hostes et ad divínum cultum reparándum, beátum Pium Pontíficem Máximum elígere dignátus es : fac nos ipsíus deféndi præsídiis et ita tuis inhærére obséquiis ; ut, ómnium hóstium superátis insídiis, perpétua pace lætémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui, afin d’écraser les ennemis de votre Église, et de réformer le culte divin, avez daigné choisir pour Pontife suprême le bienheureux Pie, faites que nous ressentions le secours de sa protection, et que nous nous attachions à votre service de telle sorte qu’après avoir triomphé de toutes les embûches de nos ennemis, nous goûtions les joies de l’éternelle paix.

Prière de Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) à la Très Sainte Vierge

Ô glorieuse Marie, qui pourra mesurer la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur de votre miséricordieuse bonté ? Sa longueur s’étend jusqu’aux derniers jours du monde, où vous exaucerez encore ceux qui vous invoqueront ; sa largeur enveloppe l’univers entier, et toute la terre est remplie de votre clémence ; sa hauteur s’élève jusque dans la céleste Jérusalem, dont elle a réparé les ruines ; sa profondeur est descendue jusqu’aux régions des ténèbres ; elle a porté la rédemption à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort. Ô Marie, par votre douce miséricorde, vous compatissez avec tendresse à nos misères, et par votre charité puissante, vous les soulagez avec efficacité. Ô Vierge bénie, faites-nous sentir la douceur de votre grâce ; obtenez, par vos saintes prières, aux pécheurs leur pardon, aux malades leur guérison, aux faibles le courage, aux affligés la consolation, à tous ceux qui sont dans le danger le secours et la délivrance. Que tous ceux, ô Vierge clémente, que tous ceux qui invoqueront avec confiance le nom si doux de Marie, reçoivent en récompense la grâce de Jésus-Christ, votre Fils et Notre Seigneur, qui est le Dieu béni sur toutes choses dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Prière de Pierre de Celle (1115-1187) à la Très Sainte Vierge

Attirez-moi sur vos pas, ô Vierge Marie, afin que je cours à l’odeur de vos parfums ; attirez-moi, retenu que je suis par le poids de mes péchés et par la malice de mes ennemis. De même que nul ne va à votre Fils si le Père ne l’attire, ainsi, j’ose le dire, en quelque manière, nul ne va à lui si vous ne l’attirez par vos saintes prières. C’est vous qui enseignez la véritable sagesse, c’est vous qui obtenez la grâce aux pécheurs parce que vous êtes leur avocate, c’est vous qui promettez la gloire à quiconque vous honore parce que vous êtes la trésorière des grâces. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Zachǽe, festínans descénde ; quia hódie in domo tua opórtet me manére. At ille festínans descéndit, et excépit illum gaudens in domum suam. Hódie huic dómui salus a Deo facta est, allelúia.

Ã. Zachée, descends vite, car aujourd’hui, il faut que je demeure dans ta maison. Et lui descendit bien vite, et le reçut avec joie dans sa maison. Aujourd’hui le salut a été accordé par Dieu à cette maison, alleluia.

Antienne grégorienne “Zachæe”

Antienne Zachaee

Lundi 4 mai (Confinement J49)

Lundi 4 mai (Confinement J49)

Lundi 4 mai (Confinement J49)

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

L’âme compliquée est celle qui juge de tout selon les impressions variables de sa sensibilité et qui veut les choses par égoïsme selon la variété de ses caprices, dans lesquels parfois elle s’obstine ou qui au contraire changent avec l’humeur, le temps et les circonstances.

Mère Cécile Bruyère : Sur ceux qui avancent rapidement dans la vie spirituelle #2

Suite de l’article du 28 avril.

Abandon

Ceux-là encore avancent plus rapidement dans les voies de Dieu, qui bannissent les inquiétudes et les prévisions indéfinies, selon la leçon de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Vous vous inquiétez et vous agitez pour beaucoup de choses : une seule pourtant est nécessaire » (Lc 10, 41-42). Ou encore : « Ne vous mettez donc point en peine, disant : Que mangerons-nous ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous? C’est de tout cela en effet que les païens sont en quête… N’ayez donc point de souci du lendemain… à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 31-34). Saint Paul insiste et apprend aux chrétiens par quelle voie il est facile de couper court à toute inquiétude : « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce » (Phil 4, 6). Et dans un autre endroit : « Je veux que vous soyez sans inquiétude » (1 Cor 7, 32). C’est aussi la recommandation de saint Pierre : « Déchargez-vous sur lui de toutes vos sollicitudes, car lui-même prend soin de vous » (1 Pt 5, 7). Il serait superflu de rechercher les passages sans nombre dans lesquels le Saint-Esprit nous enseigne que l’inquiétude et la prévoyance exagérées sont ennemies de la vie spirituelle ; Notre-Seigneur a lui-même signalé cette disposition nuisible, comme une des causes qui étouffent la bonne semence : « Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais vont et se laissent étouffer par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit » (Lc 8, 14).

Confiance

Ceux-là progressent rapidement qui ont une confiance aveugle en la bonté de Dieu ; ils compromettent ainsi le Père céleste et lui ravissent ses faveurs les plus excellentes : « Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui lui demandent » (Lc 11, 13). Ce spiritus bonus, quel est-il, si ce n’est le plein épanouissement de la charité et la consommation de l’union divine ? « N’abandonnez donc pas votre confiance; une grande récompense y est attachée » (Hbr 10, 35).

Seulement il ne s’agit pas dans ces paroles d’une confiance qui hésite et qui tremble, mais de celle-là même qui faisait dire au saint homme Job : « Même si Dieu me tuait, j’espérerais en lui » (Iob 13, 15) ; ou encore de celle indiquée au psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai jamais confondu » (Ps 30, 2). David va même jusqu’à dire que l’abondance des suavités célestes est réservée à cette confiance : « Qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de Votre douceur envers ceux qui espèrent en vous,  à la vue des enfants des hommes » (Ps 30, 20). Ce que confirme Jérémie, quand il dit : « Le Seigneur est bon avec ceux qui espèrent en lui » (Ier 3, 25). C’est encore la voie de la pleine sécurité, car David assure que Dieu se fait le bouclier de ceux qui espèrent en lui (2 Sm 22, 31). Isaïe attribue aux âmes confiantes les privilèges surnaturels du plus haut prix : « Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leur force; ils prendront des ailes comme l’aigle, ils courront sans se fatiguer, et ils marcheront sans se lasser » (Is 40, 31). N’est-ce pas assurer à la confiance en Dieu, avec la victoire définitive, le vol le plus puissant dans la contemplation ?

Il est certain que rien n’est plus odieux et plus injuste que la méfiance servile qui nous fait douter de l’infinie bonté de Dieu. Nous devons tout attendre de la générosité divine, selon ces paroles de l’Apôtre : « S’il n’a pas épargné son propre Fils, mais qu’il l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (Rm 8, 32) Ces pensées sont aussi anciennes que le monde. Dieu disait déjà par la bouche d’Ezéchiel : « Je chercherai ce qui était perdu, je ramènerai ce qui était égaré, je panserai ce qui était blessé, je fortifierai ce qui était faible, et je conserverai ce qui était gras et fort, et je les ferai paître avec justice » (Ez 34, 16). N’est-ce donc pas faire à Dieu une sanglante injure que méconnaître ses intentions miséricordieuses et s’obstiner à craindre en dépit de cette loi de la confiance ? N’est-ce pas blesser au vif le Seigneur ? Et peut-on s’étonner que saint Benoît ait donné comme conclusion de l’art spirituel ces deux admirables sentences : « Mettre en Dieu son espérance… Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » (RB 4, 41 et 72) ?

Prières

Élévation d’Adam de Perseigne (1145-1221)

Pour nous, c’est elle le port, c’est elle l’ancre de notre espérance ; c’est elle cette femme forte, féconde et puissante, à laquelle il nous faut recourir, nous qui sommes indigents et infirmes. Sa richesse suffit à combler la pauvreté de ses enfants, sa force à délivrer ceux qui n’ont pas la moindre confiance dans leurs propres forces. À celui qui navigue sur cet océan peu sûr, Marie est l’Étoile indispensable. Elle est le port de toute miséricorde pour le pauvre monde naufragé. Que le coupable ne perde pas l’espérance ; elle, notre mère, elle qui, pour nous, a mis au monde notre Juge, a fait aussi de notre Juge notre défenseur. Si tu désires le pardon de tes fautes, lève les yeux avec confiance vers Marie, et tu obtiendras miséricorde. Si, au milieu d’une épreuve, tu te sens chavirer dans ta faiblesse, un mouvement du cœur, tu te réfugies près de Marie et tu trouveras la force et la patience. Si l’amour du monde auquel tu as renoncé vient à te poursuivre, recours à Marie, la Souveraine du monde, et tu pourras piétiner comme du fumier tout ce qui est du monde. Si l’attrait de la chair t’aiguillonne, une invocation à la Vierge, une invocation à Marie et, sous l’ombrage que la vertu du Tout-Puissant a établi en elle, l’ardeur mauvaise qui s’était allumée en toi se refroidira. Chaque fois que le démon te livre combat, réfugie-toi près de la Reine des anges : au seul signe de celle qui commande, l’astuce du tentateur s’évanouira. Oui, car elle est l’aurore qui, dès qu’elle se lève, chasse les ténèbres, met un terme aux maux, une borne à l’erreur, et fait brûler les rayons de la véritable lumière. Marie est en effet la mère de la grâce, la mère de la miséricorde, le chemin qui mène à la vie, le moule de la sainteté, le remède du repentir, l’enseignement de la patience, la joie de l’Église, le terme des misères, la porte du paradis en même temps que son port, auquel Jésus Christ daigne nous conduire ! Ainsi soit-il.

Prière de Saint Odilon de Cluny (962-1049)​

Ô très tendre Vierge et Mère du Sauveur de tous les siècles, à partir d’aujourd’hui et pour toujours, prenez-moi à votre service. Désormais, en toutes circonstances, soyez ma très miséricordieuse avocate ; venez sans cesse à mon aide. Après Dieu, en effet, je ne veux plus préférer personne à vous et, de mon plein gré, pour l’éternité, comme votre propre serviteur, je me livre à votre domination. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, mæréntium consolátor et in te sperántium salus, qui beátæ Mónicæ pias lácrimas in conversióne fílii sui Augustíni misericórditer suscepísti : da nobis utriúsque intervéntu ; peccáta nostra deploráre, et grátiæ tuæ indulgéntiam inveníre. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, consolateur des affligés et salut de ceux qui mettent en vous leur espérance, vous qui avez miséricordieusement agréé les pieuses larmes que répandait la bienheureuse Monique pour la conversion de son fils Augustin, donnez-nous, à la pieuse intercession de l’un et de l’autre, la grâce de déplorer nos péchés et d’en trouver le pardon en votre indulgence.

Antienne

Ã. Tristítia vestra vertétur in gáudium, et gáudium vestrum nemo tollet a vobis, allelúia, allelúia.​

Ã. Votre tristesse se changera en joie, et votre joie, personne ne vous l’enlèvera, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Tristitia vestra vertetur”

Antienne Tristitia vestra vertetur

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Le mot d’Aelred de Rievaulx

Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus, sur la Croix, est suspendu entre ciel et terre, trait d’union d’ici-bas et d’en-haut, pour joindre les réalités terrestres aux célestes.

L’Invention ou découverte de la Sainte Croix

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait une grande dévotion pour les lieux saints ; ce fut pour la satisfaire qu’elle passa dans la Palestine en 326, quoiqu’elle fut âgée de près de quatre-vingts ans. À son arrivée à Jérusalem, elle se sentit animée d’un désir ardent de trouver la croix sur laquelle Jésus-Christ avait souffert pour nos péchés, mais rien ne désignait où elle pouvait être. Les païens, en haine du Christianisme, avaient mis tout en œuvre pour dérober la connaissance du lieu où le corps du Sauveur avait été enseveli. Non contents d’y avoir amassé une grande quantité de pierres et de décombres, ils y avaient encore bâti un temple à Vénus, afin qu’il parût que les fidèles venaient honorer cette fausse divinité, lorsqu’ils allaient rendre leurs adorations à Jésus-Christ. Ils avaient aussi profané le lieu où s’était accompli le mystère de la Résurrection, en y élevant une statue de Jupiter, qui subsista depuis le règne d’Adrien jusqu’à celui de Constantin.

Hélène, résolue de ne rien épargner pour réussir dans son pieux dessein, consulta les habitants de Jérusalem, et tous ceux dont elle pouvait tirer quelques lumières. On lui répondit que si elle pouvait découvrir le sépulcre du Sauveur, elle ne manquerait pas de trouver les instruments de son supplice. En effet, c’était la coutume chez les Juifs de creuser une fosse auprès du lieu où le corps des personnes condamnées à mort était enterré, et d’y jeter tout ce qui avait servi à leur exécution; ces sortes de choses étaient devenues un objet d’horreur, et l’on se hâtait d’en dérober la vue pour toujours. La pieuse impératrice fit aussitôt démolir le temple et abattre la statue de Vénus, ainsi que celle de Jupiter. On nettoya la place, et on se mit à creuser. Enfin l’on trouva le saint sépulcre. Il y avait auprès trois croix, avec les clous qui avaient percé le corps du Sauveur, et le titre qui avait été attaché au haut de sa croix. Il fut aisé de connaître qu’une de ces croix était celle que l’on cherchait, et que les autres étaient celles des malfaiteurs au milieu desquels Jésus-Christ avait expiré. Mais on ne savait pas comment les distinguer, d’autant plus que le titre était séparé et ne tenait à aucune des trois. Saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, fit porter les trois croix chez une dame de qualité, qui était à l’extrémité, puis s’étant adressé à Dieu par une prière fervente, il appliqua séparément les croix sur la malade, qui ne ressentit aucun effet des deux premières, mais qui se trouva parfaitement guérie dès qu’elle eut touché la troisième.

L’impératrice témoigna une grande joie à l’occasion du miracle qui faisait connaître la vraie croix. Elle fonda une église à l’endroit où ce précieux trésor avait été découvert, et l’y déposa avec une grande vénération, après l’avoir fait renfermer dans un étui d’un très grand prix.

Elle en donna une partie à l’empereur son fils, qui la reçut à Constantinople avec beaucoup de respect. Elle en envoya une autre partie à l’église qu’elle fonda à Rome, et qui est connue sous le nom de la Sainte Croix de Jérusalem. Elle fit présent à la même église du titre de la croix du Sauveur. On le mit sur le haut d’une arcade, où il fut trouvé en 1492 renfermé dans une boîte de plomb: l’inscription qui est en hébreu, en grec et en latin, est en lettres rouges et sur du bois blanchi. Les mots « Iesus » et « Iudæorum » sont effacés.

Sainte Hélène fit enfermer dans un étui d’argent la plus considérable portion de la croix, et la laissa à Jérusalem sous la garde du saint évêque Macaire, pour la conserver à la postérité. On la déposa dans la magnifique église que l’impératrice et son fils avaient fait bâtir. On accourait de toutes parts pour la vénérer.

La fête de l’Invention de la Sainte Croix est très ancienne. On la célèbre dans l’Église Latine depuis le cinquième ou le sixième siècle. Ce fut en 327 que sainte Hélène découvrit le bois sacré sur lequel s’était opéré le mystère de notre rédemption.

Pratique. En honorant la Croix, nous renouvelons le souvenir de la mort de Jésus-Christ. Nous professons que nous le regardons comme notre Rédempteur; nous nous excitons à espérer en ses mérites; nous allumons dans nos cœurs le feu sacré de l’amour divin.

Prière. Puisse, Seigneur, la vue de l’image de la croix de notre divin Sauveur crucifié pour nos péchés, nous pénétrer des sentiments de la plus vive reconnaissance, pour ce qu’il a daigné faire en notre faveur, et nous porter efficacement à pratiquer les vertus dont il nous a donné l’exemple, afin de mériter le bonheur de lui être réunis dans le ciel pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

Alban Butler, Abrégé des vies des Pères, des Martyrs et autres principaux Saints

« Il fallait que le Fils de l’homme soit élevé sur la Croix » (Io 3, 14) : commentaire de Dom Delatte

Comme Nicodème l’avait reconnu, Jésus était venu de Dieu : mais il en venait mieux que les prophètes, à un titre infiniment supérieur. Il vit dans la pleine lumière ; il est lui-même la lumière. Qui est jamais allé puiser la vérité à sa source? qui est descendu de ce sanctuaire pour nous apporter la vie? Il n’en est qu’un seul au monde qui possède l’autorité absolue : c’est le Fils de l’homme, celui qui est descendu du ciel, qui y est remonté, qui y règne aujourd’hui. Il est le vrai docteur de l’humanité. Et il faut qu’il soit élevé sur le monde, montré au monde, vu de lui. Il faut que l’évangélisation porte son nom partout. S’il a été élevé en croix, c’est pour que sa croix même lui fût une chaire d’où il parlât au monde, pour le salut de ceux qui ont foi en lui. Les choses se passent comme jadis au désert (Nm 21, 6-9). Lorsque le peuple des murmurateurs fut atteint par la plaie des serpents de feu. Moïse fit dresser sur une croix un serpent d’airain : il suffisait de le regarder pour être guéri. Il en va de même dans l’économie nouvelle : tout homme qui lève les yeux avec foi vers le Seigneur crucifié, qui croit à la doctrine du Seigneur crucifié, échappera à la mort éternelle. L’efficacité de cette seconde naissance dont il a été parlé à Nicodème se puise au sacrifice du Calvaire. Tout homme, Juif ou gentil, qui croit « en lui », c’est-à-dire qui a foi, qui est baptisé et qui demeure en lui, possède la vie éternelle. On ne peut puiser la vie que là où elle est.

Prières

Oratio

Deus, qui in præclára salutíferæ Crucis Inventióne passiónis tuæ mirácula suscitásti : concéde ; ut, vitális ligni prétio, ætérnæ vitæ suffrágia consequámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui lors de la glorieuse Découverte de la Croix, instrument de notre salut, avez renouvelé les miracles de votre passion : faites qu’au prix de cet arbre de vie, nous méritions d’obtenir la vie éternelle.

Oratio

Deus, qui errántibus, ut in viam possint redíre iustítiæ, veritátis tuæ lumen osténdis : da cunctis, qui christiána professióne censéntur, et illa respúere, quæ huic inimíca sunt nómini ; et ea, quæ sunt apta, sectári. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient.

Prière de Thomas a Kempis (1380-1471)

Louange et gloire vous soient rendues à jamais, Seigneur Jésus, qui, pour un pécheur tel que moi, avez daigné descendre des cieux, et monter sur l’arbre de la Croix, afin de satisfaire à la divine justice pour mes péchés ! Là, dépouillé de vos vêtements, et couvert de blessures en tout votre corps, vous avez été suspendu entre deux larrons, comme le plus infâme voleur, vous le plus beau des enfants des hommes, vous le vrai Fils de Dieu, vous le Roi des rois et le Seigneur des anges ! Soyez environné de bénédictions, de splendeurs, d’actions de grâces, et de cantiques de louanges, ô Agneau de Dieu, modèle de douceur ! Car il n’y a pas d’honneurs que vous n’ayez mérités par votre Passion et votre Mort, et par les ignominies de toutes sortes que vous avez endurées sur la Croix. Recevez donc cet humble tribut de louanges, ces dévotes actions de grâces, ces adorations de mon esprit, ces pieux hommages de ma bouche, pour la souveraine charité, l’immense charité que vous m’avez témoignée en votre Passion. Oh ! Combien donc m’avez-vous estimé, pour me racheter à si haut prix ? Vous avez donné certes ce que vous aviez de plus précieux, car est-il rien de plus précieux que votre personne sacrée ? Et vous vous êtes livré tout entier pour moi ! C’est pourquoi, je vous en conjure, ô doux Jésus, source de bonté, de charité, ne permettez pas que j’en perde jamais le souvenir ; faites que l’image de votre corps attaché à la Croix brille sans cesse à mes yeux, et que chacune de vos cicatrices imprime profondément votre Amour en mon cœur. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Ildefonse de Tolède (606-667) à la Très Sainte Vierge

Ô douce Vierge, Illuminatrice des cœurs, guérissez mon aveuglement, illuminez ma foi, fortifiez mon espérance, allumez en moi la charité. Comme l’aurore brillante, vous avez précédé la course du Soleil éternel, vous éclairez le monde de la lumière de la grâce, vous illustrez l’Église par l’éclat de vos vertus. Ô glorieuse Souveraine, vous êtes Celle dont parle l’Écriture en ces termes : Dieu dit : « que la lumière soit », et la lumière fut. Ô Lumière pure, Lumière ravissante, Lumière illuminant le ciel, éclairant le ciel, faisant trembler l’enfer ! Lumière ramenant les égarés, fortifiant ceux qui languissent, réjouissant les Anges et tous les saints de la Cour céleste ! Ô Lumière révélant les Mystères, découvrant les choses cachées, dissipant les ténèbres ! Faites-nous voir nos souillures ; relevez nos ruines, dissipez nos ténèbres, guérissez les malades, éclairez les pécheurs dans la voie de la pénitence. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. O Crux splendídior cunctis astris, mundo célebris, homínibus multum amábilis, sánctior univérsis, quæ sola fuísti digna portáre taléntum mundi : dulce lignum, dulces clavos, dúlcia ferens póndera ; salva præséntem catérvam in tuis hódie láudibus congregátam, allelúia.

Ã. Ô Croix plus brillante que tous les astres, célèbre dans le monde, vraiment aimable aux hommes, plus sainte que toutes choses, seule tu as été digne de porter la rançon du monde : doux bois, doux clous, portant un doux fardeau ; sauve ce peuple assemblé aujourd’hui pour chanter tes louanges, alleluia.

Antienne grégorienne “O Crux splendidior”

Antienne O Crux splendidior

Ã. Módicum, et non vidébitis me, dicit Dóminus : íterum módicum, et vidébitis me, quia vado ad Patrem, allelúia, allelúia.

Ã. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur, et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais à mon Père, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Modicum”

Antienne Modicum

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

La Punchline de Saint Athanase

Pour obtenir la vie éternelle, en plus de la vraie Foi, il faut avoir une vie bonne, une âme pure, et la vertu selon le Christ.

Saint Athanase, Évêque et Docteur de l’Église (ca295-373)

Nous sommes en présence d’un héros de la foi, né vers 295. Sans doute il ne fut pas martyr, mais sa vie fut un martyre au vrai sens du mot. Athanase le Grand, le père de l’orthodoxie (de la vraie foi), mena le combat de l’Église contre l’arianisme — une hérésie qui niait la divinité du Christ. Jeune diacre, il avait déjà été, au Concile de Nicée (325), le « plus intrépide champion contre les Ariens et le principal soutien de la foi de l’Église ». À la mort de son évêque (328), « tout le peuple de l’Église catholique se réunit comme un corps et une âme et cria, à mainte reprise, qu’Athanase devait être évêque. C’était d’ailleurs le désir de l’évêque Alexandre, à son lit de mort. Tout le monde appelait Athanase un homme vertueux et saint, un chrétien, un ascète, un véritable évêque » ; Ce fut alors un combat de 50 ans. Sous cinq empereurs différents, le saint évêque fut exilé cinq fois. Au prix de ces épreuves incessantes, il rendit témoignage à la vérité de la foi catholique. Jamais son attachement à l’Église ne fut ébranlé ; jamais son courage ne faiblit. Au milieu des horribles calomnies et des terribles persécutions dont il était l’objet, il trouva sa principale consolation dans l’amour indéfectible du peuple catholique. Mais la haine des Ariens était implacable. Pour échapper à leur rage et au péril continuel de mort, il dut se cacher pendant cinq ans dans une citerne desséchée. Seul un ami fidèle connaissait sa retraite et lui apportait de la nourriture. Mais quand il fuyait devant ses persécuteurs, Dieu le protégeait visiblement. Un jour que les satellites de l’empereur le poursuivaient pour le tuer, il tourna son bateau, lui fit remonter le courant et alla ainsi à la rencontre de ceux qui le poursuivaient. Les soldats lui demandèrent si Athanase était loin. Il répondit bravement : « Il n’est pas loin d’ici ». Les soldats continuèrent la poursuite dans le sens opposé et le saint gagna du temps pour se mettre en sûreté. Il échappa ainsi à plusieurs dangers par la protection divine. Il mourut enfin à Alexandrie, dans son lit, sous le règne de l’empereur Valens (373). Saint Athanase laissa plusieurs écrits remarquables tant pour l’édification des fidèles que pour la défense de la foi catholique. Il avait gouverné l’Église d’Alexandrie pendant 46 ans. —  Tombeau : Actuellement dans l’église de Sainte-Croix, à Venise. Image : On le représente en évêque grec, avec un livre à la main.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’Année liturgique

Sur la question des rapports entre Saint Athanase et le Pape Libère lors de la crise arienne, on lira avec profit cet article de la revue Sodalitium.

Commentaire de l’épître du jour (2 Cor 4, 5-15) par dom Paul Delatte

​Non, dit saint Paul, je ne me prêche pas moi-même ; je ne sais rien que Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne parle que de lui : je ne suis, moi, et les apôtres ne sont que vos serviteurs pour vous conduire à lui (cf. 1 Cor 3, 22-23). Nous ne sommes personnellement que ténèbres et n’avons rien de nous-mêmes; mais le même Dieu qui, au jour de la création, a fait des ténèbres jaillir la lumière, s’est révélé dans nos cœurs afin de répandre partout la connaissance de la gloire de Dieu, qui resplendit toute sur la face du Christ. Moïse ne possède qu’un reflet lointain, le Christ est toute la gloire de Dieu. Et comme Dieu s’est versé dans le Christ, c’est dans l’âme et l’intelligence des apôtres que le Seigneur a d’abord formé son Église ; c’est à eux qu’a été primitivement confié le trésor de la foi et de la sanctification.

Il n’y a pas de grand homme, a-t-on dit, ou équivalemment, pour ceux qui vivent très près de lui ; on admire peu ceux qu’on coudoie. La dignité apostolique était éminente, sans doute ; mais la personne extérieure de celui qui en était revêtu, était humainement si peu en harmonie avec cette dignité. « Un homme de trois coudées, dit saint Jean Chrysostome, sans apparence, avec des yeux brûlés par la fièvre, une parole sans art, une phrase sans éclat, et pour couronner le tout, des inimitiés acharnées contre lui : quel prédicateur pour tant de nations ! » Mais voici que l’Apôtre se réjouit de tous ces désavantages humains. Cette éminence de la vocation apostolique, dit-il, nous la portons dans des vases fragiles et sans beauté : c’est afin que la grandeur de l’œuvre soit toute attribuée à Dieu, et non à la faiblesse de l’instrument.

Seuls les effets naturels requièrent des causes visibles qui leur soient proportionnées. Mais plus l’Apôtre est chétif, plus l’action de Dieu se manifeste en lui. Aussi que nul ne se scandalise, ni de notre petitesse, ni des épreuves qui sembleraient devoir nous accabler : toujours traqués, jamais écrasés, toujours inquiétés, jamais abandonnés, toujours poursuivis par les hommes, jamais oubliés de Dieu, toujours frappés, jamais abattus, communiant dans notre corps à la souffrance du Seigneur, afin que sa vie se manifeste aussi en nous. L’Apôtre est ainsi un motif de crédibilité vivant, une traduction du Seigneur. Là est le motif, le sens, et aussi l’efficacité de sa souffrance. Sa vie est un problème, car sans cesse il est livré à la mort pour le Seigneur ; mais c’est afin que la vie du Seigneur éclate en sa chair mortelle, et de là se répande en tous les fidèles. Celui qui dira un jour aux Colossiens qu’il achève en son corps les souffrances du Seigneur, dans l’intérêt de l’Église ; le disciple de celui qui nous a enseigné que le grain de blé demeure infécond s’il ne consent à mourir, nous révèle ici le dessein de ses souffrances, en même temps qu’il défend les fidèles contre le scandale qu’ils en pourraient concevoir. Il ne souffre et n’est livré à la mort, dans la pensée de Dieu, que pour que les Corinthiens vivent et recueillent le bénéfice surnaturel de ses souffrances : comment y pourraient-ils trouver un sujet d’étonnement et de scandale ?

La vie de l’Apôtre n’est donc aucunement guidée par des vues humaines, mais seulement par ce même esprit de foi auquel obéissait le Psalmiste lorsqu’il disait : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ». Nous aussi, Paul, Timothée, Tite, nous croyons ; et c’est pour cela, dans le seul esprit de foi, que nous parlons, passant outre à la souffrance, puisque cette souffrance vous est utile, et sachant bien d’ailleurs que le père céleste, qui a éveillé le Seigneur Jésus d’entre les morts, nous accordera la même indemnité, nous ressuscitera avec lui et nous réunira à vous. Alors tout est bien, et la douleur même est un bienfait si elle doit vous servir. Toute la théorie de la souffrance apostolique et chrétienne est renfermée dans ces courageuses paroles. Comment la souffrance elle-même ne serait-elle pas aimée lorsque les Corinthiens, lorsque Dieu, lorsque l’Apôtre lui-même y trouvent ensemble leur avantage: les Corinthiens, puisqu’ils puisent la vie aux épreuves mêmes de l’Apôtre et que tout est pour eux ; Dieu, puisqu’il recueille gloire et honneur de cette abondance de vie surnaturelle déversée sur les Corinthiens reconnaissants ; et l’Apôtre lui-même, par l’accroissement de la récompense espérée ?

Prières

Prières de Saint Athanase à la Très Sainte Vierge Marie

Ô très heureuse Fille de David et d’Abraham, écoutez nos prières et rendez-vous favorable à nos demandes, et n’oubliez pas votre peuple : car il est de notre devoir de vous reconnaître et de vous appeler notre Mère, notre Dame et notre souveraine Princesse ; parce que de vous est né Celui que nous adorons pour notre Dieu et notre souverain Seigneur. Nous recourons à vous, à ce qu’il vous plaise de vous souvenir de nous, ô Très Sainte Vierge, qui êtes toujours restée très parfaitement Vierge, même après votre divin Enfantement. Et puisque vous êtes pleine de grâce, faites-nous part avec largesse de ces trésors immenses que vous possédez en considération de ces chétives louanges que nous tachons de vous donner. C’est un archange qui a dressé le premier panégyrique de vos louanges, et qui vous a porté cet honorable salut, disant : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; et toutes les hiérarchies des anges vous bénissent et vous déclarent Bienheureuse, et disent que vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le Fruit de votre ventre ». C’est de ces hiérarchies célestes que nous, qui vivons sur terre, avons appris à vous louer et exalter ; c’est de ces bienheureux esprits que nous empruntons ces paroles : « Soyez à jamais bénie, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; intercédez pour nous, ô très chère Maîtresse ! Notre Dame, notre Reine et la très digne Mère de notre Dieu, d’autant que vous avez pris naissance parmi nous, et que Celui qui s’est revêtu de notre faible nature en vos chastes entrailles est notre vrai Dieu, auquel est dû toute Gloire, Louange et Honneur. Ainsi soit-il.

Ô Très Sainte Vierge, écoutez nos prières, distribuez-nous les dons de vos tendresses, et donnez-nous part à l’abondance des grâces dont vous êtes remplie ! L’archange vous salue et vous appelle pleine de grâce : toutes les nations vous nomment Bienheureuse ; toutes les célestes hiérarchies vous bénissent, et nous qui sommes relégués dans la sphère terrestre, nous vous disons aussi : « Salut, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; priez pour nous, ô Mère de Dieu ! Notre puissante Reine et notre auguste Souveraine ». Ainsi soit-il.

Oratio

Exáudi, quǽsumus, Dómine, preces nostras, quas in beáti Athanásii Confessóris tui atque Pontíficis sollemnitáte deférimus : et, qui tibi digne méruit famulári, eius intercedéntibus méritis, ab ómnibus nos absólve peccátis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Athanase, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Athanasi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Athanase, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.