2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

2ème Dimanche après Pâques (Confinement J41)

La Punchline de Dom Delatte

La liberté ne consiste ni dans l’absence de précepte, ni dans l’affranchissement de toute autorité, ni dans la faculté de se soustraire à l’ordre.

Sermon

"Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent"

Jésus est le Bon Pasteur (Io 10, 1-18) : commentaire de Dom Delatte

L’allégorie dont se sert ici l’évangile était familière à la pensée juive (Ier 23; Ez 24; Ps 22); même, cette figure de diction est si naturelle que, dans la langue d’Homère, les rois s’appellent les pasteurs des peuples. À première vue, on n’aperçoit que les traits, vulgaires, d’une scène pastorale sans éclat ; et notre pensée y demeurerait inattentive si, dès le premier instant, le Seigneur n’usait de la formule solennelle : « En vérité, en vérité, je vous le dis », pour nous avertir des mystères voilés par les emblèmes : la Synagogue infidèle, rejetée, abolie ; l’Église, qui lui succède ; le Pasteur de cette société nouvelle qui embrasse toute l’humanité.

Le thème de l’allégorie est d’une simplicité extrême : une bergerie, en pleine campagne. Autour du bercail où reposent les brebis, une muraille continue, couronnée d’épines. En un seul point, la clôture s’interrompt, coupée par une porte étroite donnant accès au pasteur, aux brebis, mais solidement fermée contre les voleurs de nuit. Car les maraudeurs ne sont pas rares : loups et chacals rôdent autour de l’enceinte, y cherchant un défaut, et irrités par le bêlement des brebis. Un gardien veille à l’intérieur, non loin de la porte, qui ne s’ouvre qu’à bon escient. De cette donnée toute pastorale s’inspire l’ensemble que nous étudions.

Nous ne le comprendrons bien qu’à la condition de l’analyser et d’y reconnaître, non pas une seule parabole, mais trois petits tableaux paraboliques différents, formant triptyque : le premier, de 1 à 6, décrivant le mode régulier de l’accès au bercail ; le second, de 7 à 10, relatif à la porte du bercail ; le troisième, de 11 à 18, tout entier consacré à dessiner le vrai et unique Pasteur.

1er tableau : Pasteur vs voleurs et étrangers 

Il est possible d’entrer dans un bercail soit par escalade, soit à la faveur d’une brèche pratiquée à la muraille de clôture. Celui qui entre de la sorte se trahit par son procédé même : c’est un voleur ; il ne vient que pour nuire. Le pasteur, lui, n’a nul besoin des voies furtives et détournées : tout est préparé pour lui. Il est désigné, prophétisé, connu d’avance ; le gardien de la porte, — que ce soit Moïse, que ce soit Jean-Baptiste, il n’importe, — lui ouvre dès qu’il se présente, le matin. Il est reconnaissable à ce premier indice qu’il entre par la voie normale, frayée pour lui. Tout l’Ancien Testament l’a préparé, l’a attendu, a donné son signalement. Encore, entrer par la porte n’est-il qu’un premier indice qui le désigne : il en est d’autres qui appartiennent à l’intimité du bercail. Sa voix est connue du gardien, elle est connue des brebis. Il leur parle, et appelle par leur nom, car il les connaît individuellement, les brebis que son Père lui a données. Les ténèbres sont dissipées, on va vivre, marcher, boire et manger. Le pasteur se met à la tête des brebis et les conduit aux pâturages. Elles le suivent, elles marchent quand il marche, elles s’arrêtent où il s’arrête. Sa voix leur est connue : loin de les effarer, elle les rassemble. Mais que ce soit un étranger qui leur parle, les brebis ne l’écoutent pas : sa parole n’est pour elles que du bruit ; ou bien même elles s’enfuient, effrayées, dans toutes les directions. Telle fut l’allégorie proposée aux Juifs ; mais elle leur demeura incomprise : ils n’en virent pas l’application à l’heure présente.

2ème tableau : Jésus est la porte du bercail

Une autre fois, le Seigneur leur dit, empruntant au même thème de vie pastorale une parabole nouvelle, proposée avec la même solennité : En vérité, en vérité, je vous le dis, de ce bercail nouveau, l’Église succédant à la Synagogue, c’est moi qui suis la porte, par où entrent, par où sortent les brebis (7, 9). Le péril des brebis ne vient pas seulement de ceux qui s’introduisent dans le bercail par escalade, la nuit ; mais aussi de ceux qui, le soir, lorsque le troupeau rentre au bercail, se tiennent devant la porte pour en détourner les brebis, les appeler à eux, les emmener dans les fourrés et les égorger. La pensée du Seigneur n’est pas que tous ceux qui, avant lui, sont venus parler aux âmes n’ont été que des voleurs et des brigands : les patriarches et les prophètes ont parlé au nom de Dieu ; mais que ceux, comme les Juifs de la Synagogue, qui s’efforcent de détourner de la porte, qui est le Seigneur, ne veulent que conduire les brebis à la mort. Au lieu que les brebis fidèles, entrant par la porte, sortant par la porte qui est le Christ, trouvent les gras pâturages et, grâce à lui, l’abondance de la vie.

Tableau principal : Jésus est LE bon Pasteur

Le troisième tableau (11-18) est consacré tout entier à dessiner le vrai, le parfait, l’unique pasteur. L’opposition qui, au premier tableau, s’est établie entre l’escalade et l’entrée normale ; au second tableau, entre la porte et ceux qui détournent de la porte, s’accuse maintenant entre le mercenaire et le pasteur. Mais ce pasteur est vraiment unique, il est le Pasteur. Il en est qui vivent de leur troupeau : lui donne sa vie pour ses brebis. Ne cherchons pas outre mesure ce qui est représenté par le mercenaire. Après tout, le mercenaire fait son métier : le troupeau n’est pas à lui, on ne saurait lui demander un excès de dévouement, ni le sacrifice de lui-même. Il fuit, parce qu’il est mercenaire. A la vue du péril, il songe naturellement à se mettre à l’abri : et le loup a tout le loisir de ravir et de disperser. Quant au vrai et unique pasteur, il connaît ses brebis, ses brebis le connaissent. Connaissance implique ici possession, intimité affectueuse. Le Seigneur connaît, il guide, il aime, il défend, il garde ce qui est à lui, ce qui est acheté au prix de son sang ; et les brebis, qui connaissent, aiment à leur tour, et se rangent, et obéissent, et bénissent, et remercient le pasteur. C’est trop peu encore. Car tout ce qui vient d’être dit n’a pas cessé, dans son expression, d’appartenir à l’ordre humain. On a dit : connaître. Encore faudrait-il préciser davantage le système de relations qui unissent le pasteur aux brebis, les brebis au pasteur. C’est à la vie de Dieu même qu’en est emprunté le dessin ; les choses se passent comme dans la grande famille incréée ; tous autres termes de comparaison sont chétifs et insuffisants pour décrire ce que nous sommes à Notre- Seigneur Jésus-Christ et ce qu’il est pour nous. Il est avec nous comme son Père est avec lui, grâce à notre nature qui est devenue la sienne. Je connais, dit-il, mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et comme je connais mon Père. On appartient tous, pasteur et brebis, à ce monde divin, on n’a qu’un même cœur, une même vie. On se connaît bien, on s’aime, on est sûr l’un de l’autre ; on vit ensemble, dans la joie, dans la paix, dans la tendresse, dans la sérénité. Le pasteur n’a d’autre intérêt que ses brebis, les brebis d’autre souci que le pasteur.

Le Seigneur ajoute cette marque distinctive du bon pasteur : le dévouement jusqu’à la mort pour ses brebis. On ne lui arrachera pas sa vie : il la donne, librement, par amour ; il la dépose, il s’en dépouille aisément, doucement, comme d’un manteau ; on dirait que c’est un jeu pour lui, tant il en parle avec assurance et tranquillité. Et après avoir jeté ce regard prophétique sur sa Passion prochaine, le Seigneur contemple les brebis qui, dans sa mort,, trouveront la vie. Sans doute, le monde s’écarte de lui, mais il est quand même assuré de l’avenir. Il discerne, dans cette foule mêlée, les âmes qui sont à lui ; le judaïsme, en dépit de sa réprobation globale, lui donnera des élus. Mais il songe surtout à la foule immense qui lui viendra d’ailleurs, de la gentilité. J’ai d’autres brebis, dit-il, qui ne sont pas de ce bercail… Elles lui appartiennent de toute éternité, en vertu de la prédestination divine ; il les possède, non par anticipation, mais réellement, comme déjà présentes à lui ; et la trame historique de leur vie ne fera que traduire la pensée de Dieu et réaliser son dessein. — Il me faut les aller chercher, elles aussi; elles écouteront ma voix ; et, toutes ensemble, brebis d’Israël, brebis de la gentilité, formeront un seul troupeau sous un seul pasteur. Il n’y aura plus, par Jésus-Christ et en lui, qu’union et unité parfaite, comme dans l’exemplaire incréé : « qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux, et vous en moi, afin qu’ils soient parfaitement un » (Io 17, 22-23). Toute la Jérusalem céleste, toute la société des rachetés puisera une même et éternelle vie aux sources du Sauveur ; et saint Jean, dans l’Apocalypse, la voit groupée, en une même fonction liturgique, autour de son Pasteur, autour de l’Agneau immolé et toujours vivant.

Le verset 17 peut être considéré comme une parenthèse, après laquelle le Seigneur revient à l’indice caractéristique du bon pasteur. Le Père aime le Fils, à cause de son sacrifice, qui est volontaire, spontané, souverainement libre, et l’acte suprême de l’obéissance. Si le Père m’aime, c’est parce que je donne ma vie, pour la reprendre ensuite. Nul ne me la ravit, mais je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre. Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. —Mais comment concilier ce précepte, ce mandat paternel avec la pleine liberté du Fils, revendiquée sous une forme si catégorique? Les théologiens s’y emploient : contentons-nous ici de remarquer non pas seulement que c’est une même volonté, commune au Père et au Fils, qui a conçu toute l’œuvre de la Rédemption ; mais aussi que, dans la volonté humaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la liberté ne consiste ni dans l’absence de précepte, ni dans l’affranchissement de toute autorité, ni dans une indécision première, ni dans la faculté de se soustraire à l’ordre, mais dans l’affranchissement de toute détermination qui ne serait pas d’ordre intellectuel ou divin. Une détermination à base d’intelligence n’est aucunement incompatible avec la vraie liberté. Mais ce n’est pas le lieu de traiter cette question avec les développements qu’elle mérite.

Prières

Oratio

Deus, qui in Fílii tui humilitáte iacéntem mundum erexísti : fidélibus tuis perpétuam concéde lætítiam ; ut, quos perpétuæ mortis eripuísti cásibus, gáudiis fácias pérfrui sempitérnis. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’humilité de votre Fils, avez relevé le monde abattu : accordez à vos fidèles une allégresse constante, et faites jouir des joies éternelles ceux que vous avez arrachés aux dangers d’une mort sans fin.

Oratio

Gregem tuum, Pastor ætérne, placátus inténde : et, per beátum Cletum Mártyrem tuum atque Summum Pontíficem, perpétua protectióne custódi ; quem totíus Ecclésiæ præstitísti esse pastórem. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Pasteur éternel de l’Église, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Clet votre Martyr et souverain Pontife que vous avez placé comme berger à la tête de l’Église.

Notre-Dame du Bon Conseil

L’apparition de Notre-Dame du Bon Conseil est si célèbre, Son image si répandue et si honorée dans l’Église, qu’il convient de donner place à cette forme de dévotion. La petite ville de Gennazano, à dix lieues environ de Rome, sur les montagnes de la Sabine, honora, dès le Vème siècle, la Sainte Vierge sous le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil. Au XVème siècle, l’église menaçait ruine. Une pieuse femme, nommée Petruccia, entreprit de la reconstruire, malgré ses quatre-vingts ans; elle y employa sa fortune, qui ne suffit pas à l’achever. Petruccia prédit que la Sainte Vierge achèverait l’œuvre. Or, le 25 avril 1467, à l’heure des vêpres, une céleste harmonie se fit entendre dans les airs, la foule vit descendre une nuée brillante qui alla se reposer sur l’autel de la chapelle de Saint-Blaise, par où avait commencé la restauration de l’église. Au même moment, toutes les cloches du pays sonnèrent leurs plus joyeuses volées. La nuée disparue, la foule émerveillée aperçut une image de Marie portant l’Enfant Jésus, peinte sur enduit et se tenant au fond de l’autel, près du mur, sans appui naturel. Il fut dûment constaté que cette peinture avait été transportée miraculeusement d’une église de Scutari, ville d’Albanie. La Providence avait voulu la soustraire aux profanations des Turcs, maîtres de ce pays, et l’envoyer comme récompense de la foi de Petruccia et des habitants de Gennazano. L’histoire des merveilles de tous genres accomplies, depuis ce temps, autour de l’image miraculeuse, demanderait des volumes entiers. Souvent on a vu l’image changer d’aspect, et les yeux de la Sainte Vierge prendre un air de vie exprimant la joie ou la douleur. Que de maladies et d’infirmités guéries! Que de grâces spirituelles obtenues! Gennazano est toujours un lieu de pèlerinage vénéré et très fréquenté, et beaucoup de pieux pèlerins même étrangers à l’Italie, si le temps le leur permet, tiennent à visiter ce sanctuaire béni. Les souverains Pontifes ont comblé d’indulgences la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil, et Léon XIII a inséré dans les Litanies de la Sainte Vierge le titre de Mère du Bon Conseil.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année (Mame, 1950)

Notre-Dame du Bon Conseil (Genazzano)

Petites litanies de Notre-Dame du Bon Conseil

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Vierge Marie, notre Mère, conseillez-nous et protégez-nous.
Fille bien-aimée du Père Eternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Auguste Mère du Fils de Dieu, conseillez-nous et protégez-nous.
Divine Epouse du Saint-Esprit, conseillez-nous et protégez-nous.
Temple de la Très Sainte Trinité, conseillez-nous et protégez-nous.
Reine du Ciel et de la terre, conseillez-nous et protégez-nous.
Siège de la Divine Sagesse, conseillez-nous et protégez-nous.
Dépositaire des secrets du Très-Haut, conseillez-nous et protégez-nous.
Vierge très prudente, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos perplexités et dans nos doutes, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos angoisses et nos tribulations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos affaires et nos entreprises, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les périls et les tentations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les combats contre le démon, le monde et la chair, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos découragements, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans tous nos besoins, conseillez-nous et protégez-nous.
A l’heure de notre mort, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Immaculée Conception, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Bienheureuse Nativité, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Admirable Présentation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Glorieuse Annonciation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Visitation Bénie, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Maternité Divine, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Sainte Purification, conseillez-nous et protégez-nous.
Par les Douleurs de votre Cœur Ma­ternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Précieuse Dormition, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Triomphale Assomption, conseillez-nous et protégez-nous.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/. Priez pour nous Notre-Dame du Bon Conseil,
R/. Et obtenez-nous le don du Bon Conseil.

Prions

Dieu, qui nous avez donné pour Mère celle qui mit au monde votre Fils bien aimé, et qui avez daigné glorifier sa merveilleuse image par une admirable apparition, daignez nous accorder que, suivant sans cesse ses Conseils, nous vivions selon votre Cœur et nous puissions heureusement parvenir à la gloire éternelle. Par le même Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ego sum pastor óvium : ego sum via, véritas, et vita : ego sum pastor bonus, et cognósco meas, et cognóscunt me meæ, allelúia, allelúia.

Ã. C’est moi le pasteur des brebis : moi, qui suis la voie, la vérité et la vie : c’est moi le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor ovium”

Antienne Ego sum Pastor ovium

Ã. Ego sum pastor bonus, allelúia, qui pasco oves meas, allelúia.

Ã. C’est moi le bon pasteur, alleluia, qui pais mes brebis, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor bonus, alleluia”

Antienne Ego sum Pastor bonus aeua

Ã. Ego sum pastor bonus, qui pasco oves meas, et pro óvibus meis pono ánimam meam, allelúia.​

Ã. C’est moi le bon pasteur, qui fais paître mes brebis, et je donne ma vie pour mes brebis, alleluia.

Antienne grégorienne “Ego sum Pastor bonus”

Antienne Ego sum Pastor bonus

Dimanche in albis

Dimanche in albis

Dimanche in albis

Le mot de Notre-Seigneur

Bienheureux ceux qui auront cru sans avoir vu.

Apparitions de Jésus ressuscité à ses Apôtres au cénacle : commentaire de Dom Delatte

Le soir de la Résurrection : le pouvoir de remettre les péchés (Lc 24, 33-43 et Io 20, 19-23)

Sans perdre un instant, les pèlerins quittent Emmaüs et rentrent à Jérusalem. Ils trouvent assemblés les onze apôtres, avec les disciples, leurs compagnons habituels. Saint Luc dit «les onze » pour désigner, en son ensemble, le collège apostolique ; mais nous savons par saint Jean que Thomas était absent. Peut-être est-ce la première réunion des apôtres depuis le soir du Jeudi saint, sans doute au Cénacle. L’heure est tardive. Silencieusement, les portes se referment sur les arrivants, par crainte des Juifs. La rumeur de la Résurrection avait peut-être circulé déjà ; nul ne savait à quels excès se porterait la Synagogue ; la persécution, après s’être exercée contre le Maître, ne s’étendrait-elle pas aux disciples? Ils n’ont pas encore reçu le don de force et prennent toutes leurs sécurités. Pourtant, la foi s’est réveillée chez le plus grand nombre ; et les pèlerins d’Emmaüs sont accueillis par une exclamation joyeuse : « Oui, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » A leur tour, ils racontent les incidents de leur voyage et comment Jésus s’est fait reconnaître d’eux dans la fraction du pain.

Ils parlaient encore, lorsque Jésus se présenta soudain au milieu de l’assemblée, les portes closes. « La paix soit avec vous ! » dit-il (les mots ego sum, nolite timere paraissent une glose). Saisis de stupeur et épouvantés, les disciples se crurent en face d’un fantôme, d’un « esprit ». Mais le Seigneur leur dit : « Pourquoi vous troubler? Pourquoi ces anxiétés, ces pensées de doute qui s’élèvent dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds. (Saint Jean écrit : mes mains et mon côté, faisant allusion à la blessure du côté, dont, seul, il a parlé.) C’est bien moi ! Touchez- moi et voyez ; un esprit n’a ni chair ni os , et vous les pouvez constater en moi ! » Et ce disant, il leur montrait ses mains et ses pieds. Quod vidimus oculis nostris, écrira saint Jean, quod perspeximus et manus nostrae contrectaverunt de verbo vitae (1 Io 1, 1).

Quelques-uns ne semblaient pas persuadés encore ; peut-être n’osaient-ils pas croire à tant de bonheur; ils demeuraient muets d’étonnement, tandis que la joie envahissait leurs âmes. Et le Seigneur s’applique à fournir toutes les preuves qui peuvent les convaincre de la réalité de sa vie physique : « Avez-vous ici, leur dit-il, quelque chose à manger? » Le repas du soir était terminé, mais il restait un peu de poisson grillé et des rayons de miel. On les présenta au Seigneur, qui accepta et mangea devant eux, montrant par là que le corps ressuscité est un vrai corps ; bien que manger ne lui soit pas nécessaire pour réparer une usure qui n’existe plus, manger lui demeure possible. (Les éditions critiques ne portent pas que le Seigneur distribua les restes aux disciples, et elles omettent aussi la mention des rayons de miel.)

Si nous avions ici autre chose à donner qu’une glose rapide, nous devrions observer que les œuvres de Dieu réussissent par des procédés qui ne sont pas les nôtres. Au point de vue humain, tout l’effort du Seigneur a échoué ; la pensée d’un royaume spirituel, qui n’a jamais été comprise par les Juifs, a succombé au Calvaire ; ses apôtres eux-mêmes et ses premiers disciples l’ont abandonné : ce grand travail divin s’est donc dépensé en pure perte ! Or, c’est à l’heure même où il semble que tout soit perdu que tout commence ; les conquérants que le Seigneur choisit pour se soumettre son royaume spirituel, et s’emparer de toute l’humanité, sont les mêmes qui ont fui il y a trois jours et qui maintenant se sont enfermés et verrouillés, de peur, dans le Cénacle. « La paix soit avec vous ! » répète le Seigneur. Dans cette première entrevue, il ne fait aucune allusion à la défaillance des siens. Aujourd’hui que toutes choses sont nouvelles, il n’y a de place que pour la paix et la joie. Son souhait : Pax vobis! n’a rien de la banalité du salut ordinaire ; il contient l’effusion d’une paix surabondante en vue de l’investiture qui va suivre. « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Le Fils a l’autorité du Père, et l’œuvre à laquelle il convie ses apôtres est celle-là même à laquelle il a consacré sa vie ; c’est la même mission, la même autorité, la même doctrine, le même dessein : l’alliance avec Dieu de toutes les âmes baptisées.

Ayant parlé ainsi, il souffla sur eux. Les apôtres pouvaient interpréter ce symbole en se rappelant la création : « Dieu souffla sur la face de l’homme un souffle de vie, et l’homme reçut une âme vivante » (Gn 2, 7). C’était par un souffle de sa bouche que le Seigneur avait autrefois donné à l’homme la vie naturelle : un rite divin analogue établissait les apôtres dans une vie plus haute. Lorsque saint Paul décrit les différences qui existent entre le premier et le second Adam, il nous dit que le premier a été doué d’une âme vivante, mais le second Adam, le Seigneur, est en possession de l’Esprit vivifiant (1 Cor 15, 45). L’Esprit-Saint est l’Esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il procède de lui comme du Père. Et il est communiqué par le Seigneur aux apôtres : « Recevez l’Esprit-Saint, » Le dessein de Dieu étant de composer une humanité nouvelle, le « Corps du Christ », à la fois mystique et réel, il faut bien que ce Corps soit animé de l’Esprit même du Seigneur. Toute œuvre de sanctification est, en effet, appropriée à la troisième Personne, expliquent les théologiens ; et la Personne divine qui est le lien de la Sainte Trinité devient aussi le lien de tout ce qui est uni à Dieu.

Mais on se demandera peut-être si cette effusion du Saint-Esprit ne fait pas double emploi avec celle de la Pentecôte. Autant qu’il est possible de ramener à des catégories précises les œuvres surnaturelles, il semble que l’effusion du jour de Pâques soit tout à la fois et personnelle aux apôtres, et partielle quant à son objet, — réelle néanmoins et actuelle : il ne faudrait pas traduire accipite comme s’il y avait accipietis, dans le sens d’une promesse. Mais enfin, ce n’est pas encore l’effusion opulente de la Pentecôte, avec les manifestations charismatiques variées ; ce n’est pas encore l’animation, par l’Esprit de Dieu, de tout le corps de l’Église, la création de tout l’Adam nouveau : ce n’en est que la préparation, infiniment considérable d’ailleurs, puisqu’elle a pour objet la rémission des péchés.

« Recevez l’Esprit-Saint. Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, retenus à qui vous les retiendrez. » Il n’y avait, et il n’y a jamais entre Dieu et l’homme, d’autre obstacle à l’union que le péché ; c’est pour cela que l’expiation et la réconciliation doivent être antérieures à l’alliance, comme l’explique l’épître aux Hébreux. Mais dès que la rançon de notre Rédemption a été fournie, dès que le sang qui purifie les consciences a été versé, rien ne s’oppose plus à l’application de sa vertu. Aussi les apôtres sont-ils investis du pouvoir de remettre les péchés, c’est-à-dire de les effacer, — et du pouvoir de les retenir, s’ils s’abstiennent de leur appliquer la vertu du sang rédempteur. On peut remarquer, au sujet de ce texte, d’abord que le péché, étant une dette contractée envers Dieu et une souillure intérieure, ne peut, de soi, être remis que par Dieu seul ; les Juifs l’avaient proclamé jadis devant le Seigneur : Quis potest dimittere peccata, nisi solus Deus (Mc 2, 7) ? C’est donc un pouvoir essentiellement divin qui est conféré aux apôtres. — Il est conféré avec une telle plénitude que Dieu regarde comme sienne toute sentence prononcée par les apôtres et leurs successeurs. Et parce que cette autorité s’exerce avec discernement, et non d’une façon arbitraire ou inconditionnée, il y aura jugement, appréciation, sentence juridique. Ces paroles du Seigneur contiennent l’institution même du sacrement de pénitence, selon l’interprétation formelle du concile de Trente (Sess. XIV, can. 3).

« Post dies octo » : l’incrédule saint Thomas (Io 20, 24-31)

L’un des Douze, Thomas, appelé aussi Didyme, n’était pas avec ses frères la première fois que leur apparut le Seigneur. Il serait superflu, dans le silence de l’évangile, de rechercher quel fut le motif de cette absence. Les apôtres lui dirent à son retour : « Nous avons vu le Seigneur ! » Jadis, la foi et le dévouement de saint Thomas avaient mérité des éloges; c’est lui qui, au moment où Jésus, voulant ressusciter Lazare, proposa de retourner en Judée où tout était à craindre, s’était écrié : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui » (Io 11, 16) ! Mais, depuis lors, sa foi avait été mise à une trop rude épreuve. Le témoignage, même consolant, même concordant de ses frères, se heurte à une disposition d’esprit faite de désillusion et de découragement. En vain les apôtres lui rapportent leurs expériences. Non, ce n’était pas un esprit, un fantôme ; ce n’était pas davantage un personnage qui lui ressemblât, puisqu’ils avaient pu constater chez leur Maître les traces, gardées miraculeusement, de ses blessures. Même ce trait d’évidence ne parvient pas à satisfaire le disciple incrédule. Et il formule, pour croire, de hautaines exigences : « Si je ne vois dans ses mains la trace des clous, et si je ne mets mon doigt à l’endroit des clous, et si je ne place ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Quelle est la mesure de l’infidélité de saint Thomas? Il est équitable de remarquer qu’il ne résiste ni au témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ni à celui de l’Église, car les apôtres parlaient alors comme simples témoins, et non comme apôtres. Observons de plus que le Seigneur a déféré lui-même aux exigences de saint Thomas. N’y a-t-il pas, nous ne dirons point ù son incrédulité, mais plutôt à la lenteur de sa foi, une large part d’excuse dans la force même que la foi de tous devait retirer de sa contestation? A voir l’empressement avec lequel le Seigneur se prête au contrôle des apôtres : C’est à eux aussi qu’après sa passion il se montra vivant, avec force preuves, leur apparaissant pendant quarante jours (Act 1, 3) ; à reconnaître aussi l’indispensable nécessité, pour le miracle, d’être surabondamment démontré, nous n’avons pas à nous élever outre mesure contre des prétentions qui avaient, somme toute, un côté très justifié. Car il ne s’agit pas ici d’un miracle quelconque : c’est un miracle prédit, nécessaire, un miracle qui, pour fonder la foi de tout le genre humain, devait être entouré de garanties irrécusables. Quel a donc été le tort réel de saint Thomas? Peut-être d’avoir porté en lui une disposition critique et boudeuse ; surtout d’avoir lui-même déterminé à Dieu les conditions moyennant lesquelles il donnerait sa foi, obligeant par conséquent le Seigneur à passer sous le joug de ses vouloirs personnels.

Quoi qu’il en soit, huit jours après, nouvelle réunion des apôtres, mais complète, cette fois, et nouvelle apparition du Seigneur. Il n’est aucunement probable que cette réunion ait eu lieu en Galilée ; elle se tint à Jérusalem, sans doute au Cénacle, alors que les fêtes de Pâque touchaient à leur fin et que les apôtres étaient sur le point de partir. Les choses se passent comme le dimanche précédent : les portes demeurant fermées, Jésus paraît au milieu des siens et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saint Thomas avait eu le temps de se ressaisir un peu, dans la société des apôtres, et peut-être son âme était-elle devenue plus accueillante. Le Seigneur l’aborde aussitôt. C’était trop déjà d’avoir perdu un apôtre ; il s’applique, affectueusement, à reconquérir celui-ci. Il se prête aux exigences précédemment formulées par Thomas : «Mettez votre doigt ici et voyez mes mains; approchez votre main et mettez-la dans mon côté, et ne soyez plus incrédule, mais croyant. » Le Seigneur veut amener une intelligence inquiète à cette disposition de simplicité et de confiance, qui n’est aucunement la naïveté, ni l’étourderie, mais qui trahit l’absence de tout égoïsme et procure la libre et joyeuse adhésion de l’âme à la vérité. Omnia credit, dira saint Paul de la charité.

La profession de foi de saint Thomas s’était fait attendre, mais enfin elle vient, très complète, semblable à celle de saint Pierre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ce n’est pas, comme on l’a prétendu, une simple interjection, mais, sous la forme d’une exclamation ardente, une formule assertive et qui s’adresse directement à Jésus lui-même. Le Seigneur en rendra témoignage dans un instant. Même, cette profession de la divinité du Sauveur prépare la conclusion doctrinale sur laquelle s’achèvera l’avant-dernier chapitre de saint Jean, il faut noter aussi que l’apôtre semble avoir renoncé à toute son enquête, et que l’aspect et la parole du Seigneur ont obtenu, sans le moindre retard, l’acte de foi plénier. Aussi le Seigneur ajoute-t-il une béatitude à celles qui ont ouvert la prédication évangélique : « Parce que vous m’avez vu, dit-il à Thomas, vous avez cru : bienheureux ceux qui, sans avoir vu, croiront. » Ce n’est pas que saint Thomas ne soit heureux, lui aussi, et ne soit même félicité ; mais le Seigneur semble attacher plus de prix encore à une foi qui n’a été obtenue que par la grâce intérieure et par le témoignage des apôtres. La déférence à Dieu semble alors plus complète, plus large, n’ayant été sollicitée que par des procédés d’ordre surnaturel.

Après l’épisode de saint Thomas, vient une première conclusion de l’évangile de saint Jean. « Jésus opéra, dit-il, sous les yeux de ses disciples, beaucoup d’autres miracles encore qui ne sont pas écrits dans ce livre. » Le terme grec que nous traduisons par miracles ne désigne pas simplement les preuves de la Résurrection, et les miracles proprement dits, mais bien les événements notables, tous les actes du Seigneur capables de lui concilier l’autorité, de servir de « signes » à sa personne et à sa mission. Nous sommes donc avertis de ne point chercher dans le quatrième évangile une biographie complète du Seigneur. Bien des faits merveilleux se sont accomplis en présence des disciples, et par conséquent de saint Jean lui-même, qu’il n’a pas jugé nécessaire de raconter. Il s’est borné à recueillir ce qu’il y avait de plus conforme à son dessein, dessein défini maintenant en termes très nets : « Ce qui a été raconté dans ce livre l’a été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que cette foi vous procure la vie dans son nom. »

Si l’évangéliste avait dit simplement qu’il a écrit pour obtenir notre foi : ut credatis, peut-être quelqu’un aurait-il pu supposer, avec des rêveurs modernes, que notre foi n’est qu’une sorte d’élan aveugle, un mouvement spontané et instinctif, une vague tendance vers Dieu, ou même un tressaillement poétique, comme celui que nous éprouvons devant le ciel étoilé. Mais non : notre foi a un objet précis, un contenu nettement défini ; c’est la foi à une personne et la foi à une doctrine. Nous croyons que Jésus (c’est la désignation individuelle du Seigneur, son nom comme homme), que Jésus est le Christ, le Messie, le Législateur, le Rédempteur promis par Dieu, le Pontife et la Victime de la nouvelle loi, celui en qui se sont accomplies les prophéties anciennes sur la consolation d’Israël ; et nous croyons aussi qu’il est le Fils de Dieu, selon l’affirmation de saint Pierre et de saint Thomas. La croyance à la divinité et à l’humanité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, c’est le christianisme tout entier. Et saint Jean nous apprend ensuite la condition personnelle où nous établit notre foi : afin que croyant vous ayez la vie éternelle en son Nom. C’est un abrégé de l’enseignement de saint Jean et de saint Paul. Lorsque nous aurons reconnu que Jésus est le Christ, le Médiateur unique entre Dieu et nous, nous entrerons dans sa vie, par le Baptême, et serons, grâce à lui, et « en son nom », mis en possession de la vie, de la vie qui est toute en lui, de la vie surnaturelle, de la vie qui est éternelle et qui consiste « à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu’il a envoyé. »

Prières

Prière de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897)

Je remercie mon Jésus, de me faire marcher dans les ténèbres ; j’y suis dans une paix profonde. Volontiers je consens à rester toute ma vie dans ce souterrain obscur où Il m’a fait entrer ; je désire seulement que mes ténèbres obtiennent la lumière aux pécheurs. Je suis heureuse, oui bien heureuse de n’avoir aucune consolation. Ainsi soit-il.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui paschália festa perégimus, hæc, te largiénte, móribus et vita teneámus. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, de faire qu’après avoir achevé la célébration des fêtes pascales, nous retenions, au moyen de votre grâce, l’esprit de ces fêtes dans nos habitudes et dans notre vie.

Antienne

Ã. Post dies octo iánuis clausis ingréssus Dóminus et dixit eis : Pax vobis, allelúia, allelúia.​

Ã. Huit jours après, le Seigneur entra, les portes étant fermées, et dit à ses disciples : Paix à vous, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Post dies octo”

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La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

Annonce du Martyrologe Romain

En ce jour que le Seigneur a fait, la solennité des solennités et notre Pâque : la Résurrection de Notre Sauveur Jésus-Christ selon la chair.

Le mot des Anges

Il est ressuscité : Il vous l’avait bien dit !

Sermon

Épître du jour commentée par Dom Paul Delatte

1 Cor 5, 7-8 — Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes; car notre Pâque, le Christ, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité.

La Pâque des chrétiens coïncidait alors comme date avec celle des Juifs. Un détail du rituel juif s’offrait de lui-même à la pensée de saint Paul pour appuyer et illustrer sa réprimande. Lorsque les Juifs avaient, sous la pression de l’Ange exterminateur, obtenu de sortir de l’Egypte, leur départ avait été si précipité, qu’ils n’emportèrent avec eux, comme vivres de voyage, qu’une pâte qu’ils n’eurent pas le loisir de faire fermenter ; tant l’Égypte, effrayée, mettait d’empressement à les congédier. Et c’est en souvenir de ce détail que la loi relative à l’Agneau Pascal (Ex 12, 15 et 19 ; Ex 13, 7), prescrivait qu’il fût mangé avec du pain azyme, et que durant les sept jours de fête pascale il ne se trouvât dans les maisons d’Israël aucun atome de pain fermenté.

L’enseignement de l’Apôtre se base tout entier sur cette circonstance liturgique. Certains chrétiens gardent quelque chose de leurs dispositions humaines et charnelles ; que ne renoncent-ils à ce vieux levain de l’Égypte, eux qui sont baptisés et ont traversé les eaux qui engloutirent leurs ennemis ? Que ne consentent-ils à devenir une pâte toute nouvelle, toute pure, sans aucun mélange d’un élément étranger, comme l’implique leur création qui les a renouvelés dans le Christ ? Car notre Agneau Pascal, l’Agneau de Dieu, le Christ a été immolé ; pour les chrétiens la fête pascale est de toute la vie. Nous la devons célébrer toujours, et, comme il convient à une fête pascale dont l’ancienne n’était qu’un symbole, non avec l’ancien levain, avec les dispositions troubles et grossières de l’homme adamique, avec le levain de la malice et de la perversité première, mais avec l’azyme de la pureté parfaite et de l’unité avec le Seigneur.

Évangile de la Résurrection du Sauveur : commentaire littéral de Dom Delatte

Les saintes femmes observèrent pieusement le repos sabbatique ; mais le lendemain, premier jour après le sabbat, premier jour de la semaine nouvelle, elles vinrent au tombeau, dès avant l’aurore, avec les parfums qu’elles avaient achetés, se proposant de les répandre sur le corps du Seigneur. C’étaient Marie de Magdala, l’autre Marie, mère de Jacques, Salomé, Jeanne, femme de Chusa, et d’autres encore (Lc 24, 10). Saint Marc et saint Luc en nomment trois, saint Matthieu deux, tandis que saint Jean, nous le verrons, ne s’occupe que de Marie-Madeleine. Il est bon d’avertir dès maintenant que pour tout ce qui concerne les apparitions du Seigneur ressuscité, aucun des évangélistes, non plus que saint Paul, au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens, n’a eu le souci d’être complet. Chacun dispose son récit selon le but qu’il poursuit en écrivant, sans doute aussi selon l’étendue des informations dont il dispose. Harmoniser ces différents textes pour en composer une histoire suivie est pour nous besogne en partie conjecturale. Nulle opposition, d’ailleurs, entre les évangélistes ; tout lecteur attentif reconnaîtra que leurs écrits se complètent l’un l’autre et ne s’excluent point. L’impression d’ensemble est au contraire qu’une tradition très ferme, touchant les derniers faits de la vie du Seigneur, était en possession dès l’origine de l’Église, et que nul événement historique ne se présente avec des garanties plus hautes que la Résurrection du Fils de Dieu, la base, selon l’Apôtre, de tout le christianisme.

Parties de Jérusalem de très bon matin, les saintes femmes arrivèrent près du tombeau au soleil levant : l’aube est brève à Jérusalem ; il pouvait être six heures environ. Pendant le trajet, elles se disaient entre elles : « Qui roulera pour nous la pierre hors de la porte du tombeau ? » Mais elles marchaient quand même, n’obéissant qu’à leur amour. Elles n’ont point de souci des gardes ; car cette précaution des pharisiens a été prise à leur insu. Le récit de saint Marc est très vivant et très précis, Celui de saint Matthieu pourrait faire croire, de prime abord, que les saintes femmes arrivèrent juste à point pour assister aux phénomènes qui accompagnèrent la Résurrection ; mais il doit être interprété en tenant compte des procédés littéraires habituels au premier évangéliste. Saint Matthieu veut simplement nous apprendre l’état des personnes et des choses lorsque parurent Madeleine et ses compagnes. Au lever du jour, le Seigneur était ressuscité d’entre les morts ; il était sorti invisiblement du tombeau. Une grande secousse avait ébranlé la région du sépulcre. L’ange du Seigneur, descendant du ciel, avait fait rouler la pierre qui fermait l’entrée, et s’était assis dessus. Son visage brillait comma l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. À sa vue, les gardes avaient tremblé d’épouvante et, terrifiés, avaient pris la fuite.

Les saintes femmes, en approchant, constatent que la pierre, qui était très lourde, avait été roulée à côté de la porte. Elles entrent dans la chambre sépulcrale, pensant y trouver le corps du Seigneur Jésus. Un instant, elles cherchent, avec anxiété. Soudain, elles aperçoivent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe resplendissante. (Saint Luc met en scène deux anges, comme saint Jean, 19, 12.) Éblouies, saisies de stupeur, les femmes baissent les yeux et n’osent regarder. Mais l’ange les rassure ; l’effroi n’est aujourd’hui que pour les ennemis de Dieu. « Ne craignez point, vous, leur dit-il. Je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié. Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici : il est ressuscité. Voyez la place où on l’avait déposé. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit jadis en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains d’hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et ressuscite le troisième jour. (Mt 17, 21-22; Mt 20, 18-19; Mc 9, 30; Lc 9, 44.) Allez promptement annoncer à ses disciples et à Pierre qu’il est ressuscité des morts, et qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a prédit » (Mt 26, 32 ; Mc, XIV, 28).

L’ange s’accréditait auprès des saintes femmes en leur parlant de la sorte ; il se montrait familier à ce qui concernait le Seigneur, bien renseigné sur les instructions qu’il avait laissées aux apôtres. Sa parole était lumineuse et simple. Pourtant, les femmes ne parviennent pas sur-le-champ à dominer leur émotion ; elles sortent aussitôt du tombeau, dit saint Marc, tremblantes et hors d’elles-mêmes ; elles ne disent rien aux personnes amies qu’elles rencontrent sur la route: car elles ont peur. Mais les déclarations angéliques s’étaient gravées dans leurs âmes ; elles y cheminaient peu à peu, substituant à la terreur une grande joie. Les prédictions du Seigneur leur revenaient à la mémoire et s’éclairaient à la lumière des événements. En hâte, elles s’acquittèrent de leur message auprès des disciples.

Évangile de la Résurrection du Sauveur : commentaire mystique de Saint Grégoire le Grand

Vous venez d’entendre lire, mes très chers frères, que les saintes femmes qui avaient suivi le Seigneur, vinrent au tombeau avec des parfums, ayant ainsi, dans leur zèle plein d’humanité, des égards, même après sa mort, pour celui qu’elles avaient aimé vivant. Or, l’action qu’elles accomplirent nous signale quelque chose qui doit se pratiquer dans la sainte Église. Il est donc nécessaire d’écouter le récit de ce qu’elles ont fait, afin de méditer sur ce que nous avons à faire à leur imitation. Nous aussi qui croyons en celui qui est mort, nous viendrons véritablement avec des parfums à son tombeau, si, embaumés de l’odeur des vertus, nous cherchons le Seigneur avec la recommandation des bonnes œuvres. Ces femmes qui voient les Anges, ce sont celles qui sont venues avec des aromates, car les âmes qui voient les habitants de la cité céleste, ce sont celles qui se dirigent vers le Seigneur par de saints désirs et avec le parfum des vertus.

Il faut remarquer de plus pourquoi l’Ange fut aperçu assis à droite. Que signifie la gauche, sinon la vie présente ? Que désigne la droite, sinon la vie éternelle ? De là vient qu’il est écrit dans le Cantique des cantiques : « Sa main gauche est sous ma tête et sa main droite m’embrassera. » Comme notre Rédempteur avait déjà dépassé la vie présente qui est corruptible, c’est avec raison que l’Ange ayant mission d’annoncer son entrée dans la vie éternelle, se montrait assis à droite. Il apparut couvert d’une robe blanche, parce qu’il venait proclamer la joie de notre grande fête. La blancheur de son vêtement exprime en effet la splendeur de notre solennité. L’appellerons-nous nôtre ou sienne ? Disons mieux : cette solennité est sienne et elle est nôtre. Car si la résurrection de notre Rédempteur a été notre bonheur, en ce qu’elle nous a ramenés à l’immortalité ; elle a fait aussi la joie des Anges, puisque, en nous rappelant au Ciel, elle complète leur nombre.

Dans cette fête dont l’allégresse est commune et à lui et à nous, l’Ange apparut donc avec des vêtements blancs, parce que la résurrection du Seigneur, en nous rouvrant l’entrée du Ciel, réparait les pertes éprouvées par la patrie céleste. Mais écoutons ce que l’Ange dit aux femmes qui arrivent au sépulcre. « Ne craignez point. » C’est comme s’il leur disait ouvertement : Qu’ils craignent, ceux qui n’aiment pas l’arrivée des habitants du Ciel ; qu’ils soient effrayés ceux qui, tout, appesantis par les désirs charnels, désespèrent de pouvoir parvenir à jouir de la société de ces esprits bienheureux. Mais pourquoi craindre, vous qui, dans les Anges, reconnaissez déjà vos concitoyens ? C’est pour cela que saint Matthieu, décrivant aussi l’arrivée de l’Ange, nous dit : « Son visage était comme un éclair, et son vêtement comme la neige. » L’éclair, il est vrai, inspire la terreur ; mais la blancheur de la neige suggère de douces pensées.

Prières

Prière de Conrad Boppert (1750-1811)

Salut, salut au très glorieux Jésus ! Mille fois salut au Rédempteur du genre humain ! Ah ! Que ne puis-je cent fois en un moment crier : Alleluia, Alleluia, Alleluia ! Louez Dieu, toutes les nations et tous les peuples ; louez Dieu, tous les anges ; louez Dieu, toutes les créatures ! Jésus, le Sauveur Jésus est ressuscité. Ô Jésus, qui sortez ainsi du sépulcre le troisième jour après votre Passion, où est donc la pâleur de votre front ? Où la trace des fouets ? Où les déchirures des épines ? Où la lividité de tout votre corps ? En un instant la splendeur de la gloire céleste a changé tout cela. vous voilà tout éclatant, ô mon Dieu, comme le soleil du matin quand il jaillit de la nue. Vous n’avez gardé sur votre corps que les cinq cicatrices de la Croix, comme un souvenir éternel de votre étonnante Charité. Oh ! Qu’elles sont belles, ces blessures sur votre corps glorieux ! Très-douces blessures, très-délicieux stigmates de l’Amour crucifié, que ne puis-je vous couvrir de mes baisers, vous inonder de mes larmes ! Ô Jésus, éternel soleil, qui recréez tout, échauffez tout et réjouissez tout ; qui, sortant du tombeau où vous avez vaincu la mort dont l’homme était l’auteur, nous avez ramené la vie, faites, je vous en supplie, que, véritablement ressuscités avec vous, nous ne fassions plus jamais les œuvres des ténèbres et que nous restions pour toujours dans le sein de votre charité, vivant dans la piété, dans la justice et dans la tempérance : en sorte qu’à la résurrection des morts, lorsque vous serez manifesté devant tous les hommes, ô notre Vie, nous ayons, nous aussi, notre manifestation dans la gloire ! Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui hodiérna die per Unigénitum tuum æternitátis nobis áditum, devícta morte, reserásti : vota nostra, quæ præveniéndo aspíras, étiam adiuvándo proséquere. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez en ce jour, par la victoire de votre Fils unique sur la mort, ouvert pour nous l’entrée de l’éternité : secondez de votre secours les vœux que vous nous inspirez, en nous prévenant au moyen de votre grâce.

Antiennes

Ã. Ángelus autem Dómini descéndit de cælo, et accédens revólvit lápidem, et sedébat super eum, allelúia, allelúia.

Ã. Un Ange du Seigneur descendit du ciel, et s’approchant, il renversa la pierre et s’assit dessus, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Angelus autem Domini”

Ã. Et ecce terræmótus factus est magnus : Angelus enim Dómini descéndit de cælo, allelúia.

Ã. Et voilà qu’un tremblement de terre très grand se produisit : car un Ange du Seigneur descendit du ciel, alleluia.

Antienne grégorienne “Et ecce terræmotus”

Ã. Erat enim aspéctus eius sicut fulgur, vestiménta eius cándida sicut nix, allelúia.

Ã. Car il avait l’aspect d’un éclair, et ses vêtements étaient purs comme la neige, alleluia.

Antienne grégorienne “Erat enim”

Ã. Præ timóre autem eius extérriti sunt custódes, et facti sunt velut mórtui, allelúia.

Ã. Par crainte de lui les gardes furent épouvantés, et ils devinrent comme morts, alléluia.

Antienne grégorienne “Præ timore”

Ã. Respóndens autem Angelus, dixit muliéribus : Nolíte timére : scio enim quod Iesum quǽritis, allelúia.

Ã. Et l’Ange répondant dit aux femmes : ne craignez point : je sais que vous cherchez Jésus, alleluia.

Antienne grégorienne “Respondens”

Sainte Fête de Pâques : cette page contient des « œufs de Pâques », des fichiers cachés. Bonne chasse!

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Samedi Saint

Samedi Saint

Samedi Saint

Le mot de Saint Benoît
Avoir tous les jours la mort présente devant les yeux.
Veiller à toute heure sur les actions de sa vie.
La sépulture du Seigneur : commentaire de Dom Paul Delatte

Soir du Vendredi Saint

Un riche personnage, membre du Sanhédrin, mais qui n’avait pris aucune part à la décision et aux menées de ses collègues, Joseph d’Arimathie, homme juste et bon, attendant lui aussi, comme Siméon, le Royaume de Dieu, disciple de Jésus, mais discrètement et en cachette, à cause des menaces des Juifs, se présenta devant Pilate, à qui appartenait le corps du Seigneur, et le lui demanda. C’était une exception qu’il sollicitait, car l’excommunié dans la vie devait demeurer excommunié dans la mort. Saint Marc observe qu’il y avait un acte de courage et une réelle intrépidité à se déclarer ainsi l’ami de Jésus ; mais à cette heure bien des timidités s’évanouissent. Pilate accueillit la requête de Joseph aussi favorablement qu’il avait accueilli, un instant auparavant, la requête des Juifs : toute cette affaire l’excédait et il avait hâte de conclure. Il s’étonna seulement que le Seigneur eût déjà succombé. Mais le centurion, de garde au Calvaire et qui venait de rentrer, fit son rapport et confirma l’attestation de Joseph. Alors Pilate donna des ordres pour que le corps fût abandonné à ce dernier.

Saint Jean complète ici la narration des synoptiques et nous montre Nicodème collaborant avec Joseph d’Arimathie. Nicodème était sanhédrite, lui aussi : jadis il était venu s’entretenir avec le Seigneur, mais pendant la nuit. Il semble que Joseph eut l’initiative, et qu’ensuite les deux disciples se concertèrent : tandis que Joseph se rendait chez Pilate, Nicodème achetait les aromates nécessaires à l’embaumement. Il fit les emplettes avec une libéralité magnifique et prépara cent livres environ d’une mixture de myrrhe et d’aloès. Joseph se réserva d’acheter le suaire ; et c’est dans le tombeau construit pour sa famille, mais où personne encore n’avait trouvé place, qu’il voulut déposer son Maître. On revint au Calvaire. Le corps fut détaché de la croix, avec un respect infini, et reçu dans les bras de la Sainte Vierge. Elle devint l’autel de la divine Victime. Pour un instant, Bethléem recommença. C’était bien lui ; mais inanimé, défiguré, le fils prodigue de sa vie, de son sang, de sa beauté, qui s’en revenait dormir son dernier sommeil là où il avait reposé à l’aurore de sa vie. Il fallut l’ensevelir en hâte, car la nuit était proche. On procéda selon les coutumes juives : des bandelettes, imprégnées de la composition aromatique, enveloppèrent les membres sacrés ; la tête fut cachée dans un voile ou suaire, et un grand linceul recouvrit le corps entier.

Le tombeau de Joseph d’Arimathie se trouvait dans un jardin très proche. C’était, non pas une fosse, mais une chambre spacieuse creusée latéralement dans le roc. Il fut possible à Joseph et à Nicodème d’y déposer leur précieux fardeau avant le commencement du sabbat solennel. Peut-être, dans la pensée des deux disciples, le lieu choisi ne devait-il pas être le tombeau définitif de Jésus : on l’eût transporté ailleurs après le sabbat. Mais le Seigneur allait devancer tous les empressements. Avant de se retirer, Joseph et Nicodème roulèrent une grosse pierre à l’entrée du tombeau : très probablement un disque de pierre, se mouvant dans une rainure du rocher. Tout était fini. La Sainte Vierge descendit du Calvaire, avec Jean.

Les saintes femmes avaient contemplé les derniers soins rendus au Seigneur, et examiné comment son corps avait été placé. Elles ne pouvaient se résoudre à quitter le sépulcre ; et saint Matthieu nous montre Marie-Madeleine et Marie mère de Joseph assises en face de la lourde porte. Elles finirent par s’éloigner pourtant, mais résolues à revenir, le sabbat terminé, avec des aromates et des parfums. Déjà le sabbat commençait (Lv 54) ; elles le gardèrent religieusement.

Samedi Saint

Le lendemain, qui était le jour après la Parascève, les Princes des prêtres et les pharisiens se rendirent auprès de Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu’il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. Ordonnez donc de garder le sépulcre jusqu’à la fin du troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent, n’enlèvent son corps et ne disent ensuite au peuple : Il est ressuscité des morts ! Car cette imposture suprême serait pire que les précédentes. » C’était la troisième requête adressée au gouverneur depuis le crucifiement. La réponse de Pilate révèle l’ennui. Il semble ne se soucier aucunement de concourir plus longtemps à l’oeuvre inique des pharisiens. Ils avaient, pour garder le Seigneur mort, la même escorte qui avait arrêté le Seigneur vivant : Pilate leur répond d’en user. Il les sait assez haineux pour s’en bien servir. « Vous avez une garde, dit-il : allez, organisez la surveillance comme vous l’entendrez. » Les princes des prêtres vinrent au tombeau, scellèrent la pierre et y apostèrent des gardiens.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Oh ! Que Jésus est doux quand il incline sa tête sur la Croix ! C’est alors qu’il dit à notre âme comme à sa bien-aimée : « Viens, ô ma bien-aimée, puisque tu avais tant de désir de baiser mon image ; viens, je suis prêt, j’incline la tête, je tends le front, embrasse-moi tant que tu voudras ». Mais, ô mon Dieu, ce n’est pas ce baiser que je désire, dira notre âme. Ce n’est pas de ce visage pâle et sans beauté que je veux : c’est de ce visage glorieux et beau qui fait l’admiration des Anges. Et Jésus nous répond : « Vous vous trompez ; celui qui n’aura pas déposé un baiser sur le visage pâle et défait ne verra jamais le visage glorieux ». Ô mon Dieu, faites que je comprenne cette réponse, et que j’aime un peu la Croix, si je veux arriver à la gloire. Ainsi soit-il.

Préface ambrosienne de bénédiction du Cierge pascal

​Il est digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions de continuelles actions de grâces, ici et en tout lieu, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez consacré la Pâque à laquelle vous conviez tous les peuples, non par le sang et la graisse des agneaux, mais par le sang et par le corps de votre Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur. En abolissant le rite d’une nation ingrate, vous avez fait succéder la grâce à la loi ; et une victime unique offerte une seule fois et par elle-même à votre Majesté, a suffi à la réparation des offenses du monde entier.

C’est là cet Agneau figuré sur les tables de pierre ; non tiré d’un troupeau, mais venu du ciel ; non conduit par un pasteur, mais lui-même le bon et unique Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui l’a reprise de nouveau ; la bonté divine nous donnant en lui la leçon de l’humilité et l’espérance de la résurrection pour nos corps. Cet agneau ne fit point entendre son bêlement plaintif à celui qui le tondait ; mais il prononça alors cet oracle évangélique : Un jour vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Majesté divine. Qu’il daigne donc nous réconcilier avec vous, Père tout-puissant ; et qu’il nous soit propice lui-même dans sa Majesté égale à la vôtre.

Voici maintenant que s’accomplit pour nous en réalité ce qui arriva en figure à nos pères. Déjà resplendit la colonne de feu qui guida, durant la nuit sacrée, le peuple du Seigneur vers les eaux dans lesquelles il devait trouver son salut ; vers ces eaux qui engloutissent le persécuteur, et du sein desquelles le peuple du Christ remonte délivré. Conçu de nouveau dans l’eau fécondée par le Saint-Esprit, le fils d’Adam, né pour la mort, renaît à la vie par le Christ. Hâtons-nous donc de rompre notre jeûne solennel ; car le Christ notre Pâque a été immolé. Non seulement nous sommes conviés au festin du corps de l’Agneau, mais nous devons encore nous enivrer de son sang. Ce breuvage n’est point imputé à crime pour ceux qui le boivent, mais il est en eux le principe du salut. Nourrissons-nous aussi de celui qui est l’Azyme ; car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. Le Christ est le pain descendu du ciel, bien supérieur à celui qui pleuvait du ciel dans la manne, et dont Israël fit son festin pour mourir ensuite. Celui dont ce corps sacré est l’aliment devient possesseur de l’éternelle vie.

Les choses anciennes ont disparu, tout est devenu nouveau : le couteau de la circoncision mosaïque est émoussé, et le rude tranchant de la pierre employée par Josué est hors d’usage. C’est au front et non en secret, que le peuple du Christ reçoit sa marque glorieuse ; c’est par un bain et non par une blessure, par le Chrême et non par le sang.

Il convient donc, en cette nuit de la résurrection de notre Seigneur et Sauveur, d’allumer un flambeau dont la blancheur flatte les regards, dont le parfum réjouisse l’odorat, dont l’éclat illumine, dont la matière ne cause pas de dégoût, dont la flamme n’exhale pas une noire fumée. Quoi, en effet, de plus convenable, de plus joyeux, que de célébrer les veilles de la nuit en l’honneur de celui qui est la fleur de Jessé, avec des torches dont la matière est empruntée aux fleurs ? La Sagesse a chanté, parlant d’elle-même : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons. La cire n’est point une sueur arrachée au pin par le feu ; elle n’est point une larme enlevée au cèdre par les coups répétés de la hache ; sa source est mystérieuse et virginale ; et si elle éprouve une transformation, c’est en prenant la blancheur de la neige. Devenue liquide par la fusion, sa surface est unie comme le papyrus ; pareille à l’âme innocente, aucune division ne vient la briser, et sa substance, toujours pure, descend en ruisseaux pour devenir l’aliment de la flamme.

Il convient que l’Église attende l’arrivée de son Époux à la lueur de si doux flambeaux, et qu’elle reconnaisse par ses démonstrations le don si abondant de sainteté qu’elle en a reçu. Il convient que les ténèbres n’aient aucune part dans une si sainte veille, et que cette Vierge sage prépare son flambeau, pour préluder à l’éternelle lumière ; de peur que si nous avions encore à verser l’huile dans nos lampes, nous ne fussions tardifs dans nos hommages, à l’avènement du Seigneur qui doit arriver en un clin d’œil, et semblable à l’éclair.

Le soir de ce jour recueille à lui seul la plénitude des plus augustes mystères. Tout ce qui fut figuré ou accompli en divers temps est rassemblé dans la solennité de la nuit qui va suivre. Ce flambeau du soir ouvre d’abord la fête, semblable à l’étoile qui conduisit les Mages. La fontaine mystérieuse de régénération parait ensuite, semblable au Jourdain, théâtre de la miséricorde du Seigneur. Vient après la voix apostolique du prêtre, annonçant la Résurrection du Christ. Enfin, pour complément du mystère tout entier, la foule des fidèles se nourrit de la chair du Sauveur.

Antiennes
Ã. Plangent eum quasi unigénitum, quia ínnocens Dóminus occísus est.

Ã. Ils le pleureront comme un fils unique, car le Seigneur innocent a été mis à mort.

Antienne grégorienne “Plangent eum”

Ã. Vidébunt in quem transfixérunt, et plangent super eum omnes tribus terræ.

Ã. Ils verront celui qu’ils ont transpercé, et sur lui pleureront toutes les tribus de la terre

Antienne grégorienne “Videbunt”

Ã. In pace in idípsum dórmiam et requiéscam.
Ã. En paix, tout aussitôt, je me coucherai et dormirai.

Antienne grégorienne “In pace”

Ã. Sepúlto Dómino signátum est monuméntum, ponéntes mílites qui custodírent eum.

Ã. Le Seigneur ayant été mis au tombeau, le monument fut scellé, des soldats furent affectés à sa garde.

Antienne grégorienne “Sepulto Domino”

Ã. O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, inférne.

Ã. Ô mort, je serai ta mort ; ta ruine je serai, enfer.

Antienne grégorienne “O mors”

Jeudi Saint

Jeudi Saint

Jeudi Saint

Annonce du Martyrologe Romain

La Cène du Seigneur, en laquelle le Christ Jésus, la veille du jour où il allait être crucifié pour notre salut, confia aux Disciples les mystères de son Corps et de son Sang, avec mission de les célébrer, eux aussi.

Le mot de Saint Benoît

Ne rien préférer à l’amour du Christ.

Le lavement des pieds (Io 13, 1-15) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le Seigneur sait que son heure est venue, l’heure où il doit monter de ce monde à son Père. Il semble qu’il n’y ait qu’une heure pour lui, que toute sa vie y est ordonnée, qu’il est essentiellement victime, premièrement Rédempteur. L’heure décisive étant donc venue, lui qui avait aimé les siens qu’il laissait dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. Les apôtres étaient à lui ; avec une sollicitude infinie, il les avait initiés et préparés à leur oeuvre ; mais sa tendresse sembla s’accroître encore à la dernière heure et se manifester davantage. Il n’est rien en effet de plus affectueux que l’entretien de ces moments suprêmes. Bénissons l’apôtre bien-aimé de l’avoir conservé à l’Église. Ces cinq chapitres 13 à 17 de saint Jean appartiennent encore à la pensée mère de tout l’évangile : la manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais, cette fois, la manifestation privée et intime qu’il donne de lui-même à ses apôtres.

Les Douze sont réunis, y compris Judas, fils de Simon l’Iscariote, à qui le diable a suggéré de livrer Jésus. L’agneau pascal consommé, la Cène commune se poursuit ou s’achève. Il est assez naturel de considérer le lavement des pieds, dans la pensée du Seigneur, comme une préparation à l’Eucharistie : nous ne pouvons pourtant échapper à l’idée que l’institution de l’Eucharistie se place entre le chapitre 14 et le chapitre 15. Nous lisons le récit d’un témoin oculaire, attentif aux détails menus et vivants, jaloux de reproduire l’aspect de toute l’auguste cérémonie et de noter chacun des gestes du Seigneur. Le Seigneur agit à bon escient ; il sait, dit saint Jean, que son Père lui a remis en mains toutes choses, qu’il est venu de Dieu, qu’il va vers Dieu. Et voici comment il use de cette connaissance de ce qu’il sait et de ce qu’il est. Il se lève de table, se dépouille de son manteau, se ceint lui-même d’un linge : extérieurement, il prend l’attitude de l’esclave. Puis il verse de l’eau dans un bassin, et se met en devoir de laver les pieds des disciples et de les essuyer avec le linge dont il est ceint. Il leur apprend ainsi que la pureté vulgaire suffisait pour les deux Cènes qui avaient précédé, mais qu’il faut une pureté éminente pour le festin auquel ils sont maintenant conviés.

Et Jésus vint à Simon-Pierre. L’Apôtre fut saisi d’effarement et comme de terreur à la vue du Fils de Dieu vivant, prosterné devant lui. Il se récria : Seigneur, vous me lavez les pieds, vous ? Le Seigneur répondit : Ce que je fais, vous ne le comprenez pas maintenant, mais vous le comprendrez dans la suite, — lorsque je vous donnerai l’Eucharistie, lorsque je vous donnerai l’Église et les âmes. Inclinez-vous devant ce que vous ne comprenez pas encore. Le Seigneur avait parlé gravement, mais aussi avec sa douceur habituelle. Il faisait office de serviteur : songeait-il vraiment à exiger comme un maître ? Saint Pierre s’y méprit ; il crut que ce n’était qu’une cérémonie, suggérée au Sauveur par son humilité, mais à laquelle on pouvait se dérober encore ; sa foi et son esprit d’adoration lui firent répondre, pour échapper à l’épreuve : Jamais vous ne me laverez les pieds ! Alors, le Seigneur insiste, tant est grave la leçon qu’il veut donner à ses apôtres, tant est délicate la pureté qu’il attend des siens : Si je ne vous purifie, vous n’aurez pas de part avec moi. — Une fois encore, le caractère de saint Pierre le porte aux extrêmes. Dès qu’il s’agit d’être au Seigneur et avec lui, il prend son parti de tout. Même il dépasse les limites ; son empressement va au delà de ce qui lui est demandé : Non seulement les pieds, Seigneur, mais encore les mains et la tête ! — Cependant Jésus ramène son apôtre à la mesure : Celui qui a passé par le bain, dit-il, n’a besoin que de se laver les pieds, puisqu’il est purifié tout entier. Vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous. — Car le Seigneur, remarque l’évangéliste, connaissait celui qui le devait livrer ; c’est ce qui lui fit ajouter : Vous n’êtes pas tous purs. Mais Judas ne profita point de cet avertissement discret ; son âme demeura haineuse, tandis que, devant lui aussi, s’agenouillait le Seigneur.

Son œuvre terminée, Jésus reprend son manteau et se remet à table au milieu des apôtres. Puis il leur donne toute la moralité surnaturelle de l’acte qu’il vient d’accomplir. Déjà, il l’avait partiellement indiquée à saint Pierre en lui montrant les exigences de la pureté parfaite. Mais cette cérémonie avait un sens beaucoup plus étendu. L’avez-vous compris ? demande le Seigneur. Elle renfermait une leçon d’abnégation et d’effacement personnel, une leçon de charité aussi. Et de crainte que l’orgueil de l’homme ne se révoltât, en face de ces humbles et menus services à rendre au prochain, le Seigneur avait pris le procédé le plus efficace pour le réduire. Vous m’appelez, et à bon droit, dit-il. Maître et Seigneur, — Maître parce que j’enseigne. Seigneur parce que je gouverne. Dès lors, vous me regarderez comme juge et appréciateur souverain de ce qui constitue la beauté et la dignité morales. Vous placerez ma pensée au-dessus de vos chétives répugnances ; vous ne rougirez pas, ou mieux, vous vous réjouirez de faire ce que j’ai fait, moi, votre Maître et votre Seigneur. Vous agirez comme moi, vous vous rendrez le même service les uns aux autres. — Tout le christianisme est là, et jamais on ne nous a donné une leçon plus solennelle. L’Église et l’ordre monastique ont conservé le rite du lavement des pieds ; mais chacun voit qu’il ne s’agit pas simplement de la reproduction matérielle d’un geste du Seigneur, mais de tout un esprit de condescendance et de dévouement, qui inspirera notre vie.

N’écoutez pas les protestations de l’orgueil secret. Ce n’est pas lui qu’il faut croire, c’est moi, moi qui vous aime et ne trompe pas. Passez outre à toutes ses objections. L’orgueil vous dira que vous vous diminuez : n’en croyez rien. En vérité, en vérité, le serviteur n’est pas au-dessus du maître, ni l’apôtre supérieur à celui qui l’envoie. Mon exemple suffit à persuader ceux qui m’aiment. Bienheureux êtes-vous si vous comprenez ces choses, et si, les ayant comprises, vous les accomplissez. Est-ce que le bonheur de chacun, le bonheur de celui qui accorde le bienfait, le bonheur de celui qui recueille le bienfait, le bonheur individuel et la paix sociale ne seraient pas assurés par l’effusion de cet esprit de charité ? Le Seigneur songe toujours à son Église et à l’humanité nouvelle qu’il veut grouper en lui, dans une large et universelle fraternité.

Le Corps et le Sang de Jésus : commentaire de Saint Augustin

« Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage » (Io 6, 56). Les hommes, dans la nourriture et le breuvage, se proposent de n’avoir plus ni faim ni soif. Mais ils n’y peuvent parvenir dans la vérité que par cette unique nourriture et cet unique breuvage, qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les reçoivent. Et c’est là cette société des saints, où se trouve la paix et la parfaite unité. C’est pour cela, ainsi que l’ont entendu les hommes de Dieu qui nous ont précédés, que notre Seigneur Jésus-Christ, nous laissant son corps et son sang, a choisi dans ce but des matières dont l’unité est composée de beaucoup de parties. Car le pain se fait par la réunion d’un grand nombre de grains de froment, comme encore le vin se fait avec le jus de plusieurs raisins.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Io 6, 57). Manger cette nourriture et boire ce breuvage, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi. Et par suite, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas, celui-là sans nul doute ne mange pas sa chair et ne boit point spirituellement son sang, bien que selon la chair et visiblement il presse de ses dents le Sacrement du corps et du sang du Christ ; mais au contraire, c’est pour son jugement qu’il mange et boit un si grand mystère, ayant osé s’approcher avec une conscience souillée du Sacrement du Christ, qu’on ne peut recevoir dignement que si l’on est pur, et selon cette parole : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu » (Mt 5, 8).

Prières

Oratio

Deus, a quo et Iudas reatus sui pœnam, et confessiónis suæ latro prǽmium sumpsit, concéde nobis tuæ propitiatiónis efféctum : ut, sicut in passióne sua Iesus Christus, Dóminus noster, diversa utrísque íntulit stipéndia meritórum ; ita nobis, abláto vetustátis erróre, resurrectiónis suæ grátiam largiátur : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez puni la perfidie de Judas et récompensé la confession du larron, faites-nous ressentir l’effet de votre miséricorde, afin que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, dans sa Passion, les a traités tous deux selon leur mérite, détruise en nous les traces du vieil homme et nous accorde la grâce de sa résurrection.

Préface du Missel gothique (Traduction de Dom Guéranger)

Il est digne et juste, Seigneur saint, Père tout-puissant, que nous vous rendions grâces, à vous et à Jésus-Christ votre Fils, dont la bonté a recueilli notre misère, dont l’humilité a relève notre bassesse ; qui étant livré nous a libérés, étant condamné nous a rachetés, étant crucifié nous a sauvés ! Son sang nous purifie, sa chair nous nourrit. C’est aujourd’hui qu’il s’est livré pour nous, aujourd’hui qu’il a délié les liens de nos péchés. Pour signaler sa bonté et son humilité sublime aux yeux de ses fidèles, il n’a pas dédaigné de laver les pieds du traître, dont il voyait déjà la main engagée dans le crime. Mais quoi d’étonnant si, la veille de sa mort, remplissant l’office d’un serviteur, il dépose ses vêtements, lui qui, étant dans la nature même de Dieu, avait daigné s’anéantir lui-même ? Quoi d’étonnant, si nous le voyons ceint d’un linge, lui qui, prenant la forme d’esclave, a paru dans la nature humaine ? Quoi d’étonnant s’il verse de l’eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples, lui qui a répandu son sang sur la terre pour enlever les souillures des pécheurs ? Quoi d’étonnant si, avec le linge dont il était ceint, il essuya les pieds qu’il avait lavés, lui qui, revêtu de la chair, a affermi les pas de ceux qui devaient annoncer son Évangile ? Avant de s’entourer de ce linge, il déposa les vêtements qu’il avait ; lorsqu’il s’anéantit en prenant la nature d’esclave, il ne déposa pas ce qui était en lui, mais il prit ce qu’il n’avait pas. Quand on le crucifia, il fut dépouillé de ses vêtements ; mort, il fut enveloppé de linceuls ; et sa Passion tout entière a été la purification des croyants. Avant de souffrir la mort, il donna des marques de sa bonté, non seulement à ceux auxquels sa mort devait être utile, mais à celui même qui devait le livrer à la mort. Certes, l’humilité est utile à l’homme, puisque la majesté divine daigne la recommander par un tel exemple. L’homme superbe était perdu à jamais, si un Dieu humble ne se fût mis à sa recherche ; si celui qui avait péri en partageant l’orgueil de son séducteur, n’eût été sauvé par l’abaissement de son miséricordieux Rédempteur, à qui les Anges et les Archanges ne cessent de chanter chaque jour d’une même voix : Saint ! Saint ! Saint !

Prière du Cardinal Raphaël Merry del Val (1865-1930) pour la communion spirituelle

À vos pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je vous offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abîme dans son néant en votre sainte Présence. Je vous adore dans le Sacrement de votre Amour, l’Eucharistie. Je désire vous recevoir dans la pauvre demeure que vous offre mon cœur ; dans l’attente du bonheur de la Communion sacramentelle, je veux vous posséder en esprit. Venez à moi, ô mon Jésus, pour que je vienne à vous. Puisse votre Amour enflammer tout mon être pour la vie et pour la mort. Je crois en vous, j’espère en vous, je vous aime. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Exhortátus es in virtúte tua, et in refectióne sancta tua, Dómine.

Ã. Seigneur, vous nous avez encouragé par votre force et par votre saint banquet.

Antienne grégorienne “Exhortatus es”

Confinement, jour 23 : Mercredi Saint

Confinement, jour 23 : Mercredi Saint

Confinement, jour 23 : Mercredi Saint

La Punchline de Saint Benoît
Il nous faut prendre part aux souffrances du Christ par la patience, afin de mériter d’être associés à son règne.

Sur la Passion du Sauveur : sermon de Saint Bernard

Dans la Passion du Sauveur, il y a, mes frères, trois réalités en particulier à considérer : l’œuvre, la manière, la cause. Dans l’œuvre, nous remarquons, la patience du Sauveur, dans la manière brille son humilité, dans la cause éclate sa charité.

Dans l’œuvre se trouve la patience

Pour sa patience , elle fut unique; car, pendant que les pécheurs frappaient sur lui comme des forgerons frappent sur l’enclume, étendaient si cruellement ses membres sur le bois de la croix qu’on pouvait compter tous ses os, entamaient de tous côtés ce vaillant rempart d’Israël, et perçaient ses pieds et ses mains de clous, il fut comme l’agneau que l’on conduit à la boucherie, et semblable à la brebis entre les mains de celui qui la dépouille de sa toison, il n’ouvrit pas la bouche, il ne laissa pas échapper une plainte contre son Père qui l’avait envoyé sur la terre, pas un mot amer contre le genre humain dont il allait, dans son innocence, acquitter les dettes, pas un reproche à l’adresse de ce peuple qui était son peuple, et qui le payait de tous ses bienfaits par de si grands supplices. Des gens sont frappés pour leurs fautes et supportent leur châtiment avec humilité, et on leur fait un mérite de leur patience. D’autres subissent des épreuves, non pas tant pour être purifiés qu’éprouvés et couronnés, et leur patience est tenue pour plus grande et plus exemplaire. Quelle ne sera donc pas à nos yeux, la patience de Jésus-Christ qui est mis, on ne peut plus cruellement, à mort comme un voleur dans son propre héritage, par ceux-mêmes qu’il était venu sauver, quoiqu’il fut exempt de tout péché tant actuel qu’originel, et même de tout germe de péché ? Car en lui, habite la plénitude de la divinité, non pas en figure, mais en réalité; en lui, Dieu le Père se réconcilie le monde; je ne dis pas figurativement mais substantiellement, et il est plein de grâce et de vérité, non point par coopération, mais personnellement, pour accomplir son œuvre. Isaïe a dit quelque part : « Son œuvre, est loin d’être son œuvre (Is 28, 21 ). » C’est-à-dire cette œuvre était bien son œuvre, parce que c’est celle que son Père lui a donnée à faire, et, en même temps, c’était une œuvre étrangère à un tel être que de subir de tels outrages. Voilà donc comment il nous est donné de remarquer sa patience dans l’œuvre de sa Passion.

Dans la manière se trouve l’humilité

Mais, si vous jetez les yeux sur la manière dont il souffrit la Passion, ce n’est pas seulement doux, c’est encore humble de cœur que vous le trouverez. On peut dire que le jugement qu’on a porté de lui dans son abaissement est nul (Act 8, 33), puisqu’il ne répondit rien à tant de calomnies et à tous les faux témoignages dirigés contre lui. « Nous l’avons vu, dit le Prophète, et il n’avait plus ni éclat ni beauté. (Is 53, 2). » Ce n’était plus le plus beau des enfants des hommes, mais c’était un opprobre; une sorte de lépreux, le dernier des hommes, un homme de douleur, un homme touché de la main de Dieu et humilié aux yeux de tous; en sorte qu’il avait perdu toute apparence et toute beauté. Ô homme, en même temps, le dernier et le premier des hommes ! Le plus abaissé et le plus sublime ! L’opprobre des hommes et la gloire des anges ! Il n’y a personne de plus grand que lui, et personne non plus de plus abaissé. En un mot, couvert de crachats, abreuvé d’outrages, et condamné à la plus honteuse des morts, il est mis au rang des scélérats eux-mêmes. Une humilité qui atteint de pareilles proportions, ou plutôt, qui dépasse ainsi toutes proportions ne méritera-t-elle rien ? Si sa patience fut unique, son humilité fut admirable, et l’une et l’autre furent sans exemple.

Dans la cause se trouve la charité

Mais l’une et l’autre se trouvent admirablement complétées par la charité, qui fut la cause de sa passion. En effet, c’est parce que Dieu nous a aimés à l’excès que, pour nous racheter de notre esclavage, le Père n’a point épargné le Fils, et le Fils ne s’est point épargné lui-même. Oui, il nous a aimés à l’excès, puisque son amour a excédé toute mesure, dépassé toute mesure, et a été plus grand que tout. « Personne, a-t-il dit lui-même, personne ne peut avoir un amour plus grand que celui qui va jusqu’à lui faire donner sa vie pour ses amis (Io 15, 13), » et pourtant, Seigneur, vous en avez eu un plus grand encore, puisque vous êtes mort même pour vos ennemis. En effet, nous étions encore vos ennemis, lorsque, par votre mort, vous nous avez réconciliés avec vous et avec votre Père. Quel amour donc fut, est, ou sera jamais comparable à celui-là? C’est à peine s’il se trouve des hommes qui consentent à mourir pour un innocent, et vous, Seigneur, c’est pour des coupables que vous endurez la Passion, c’est pour nos péchés que vous mourez, c’est sans aucun mérite de leur part que vous venez justifier les pécheurs, prendre des esclaves pour frères, vous donner des captifs pour cohéritiers et appeler des exilés à monter sur des trônes. Évidemment, ce qui ajoute encore un lustre unique à son humilité et à sa patience, c’est que, non content de livrer son âme à la mort et de se charger des péchés des hommes, il va de plus jusqu’à prier pour les violateurs de sa loi, de peur qu’ils ne périssent. Voici une parole de foi, tout-à-fait digne d’être accueillie : il n’a été offert en sacrifice que parce qu’il l’a bien voulu! Ce n’est pas assez de dire : il a consenti à être immolé, mais il n’a été immolé que parce qu’il a voulu l’être; car nul ne pouvait lui enlever la vie malgré lui, aussi nul ne l’a lui a-t-il ôtée; ainsi, il l’a offerte de lui-même. À peine eut-il goûté au vinaigre qu’il s’écria : « Tout est consommé » (Io 19, 30). En effet, il ne restait plus rien à accomplir, n’attendez donc plus rien de lui à présent. « Et alors ayant penché la tête, » celui qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, « rendit l’esprit. » Quel homme s’endort ainsi à son gré, dans les bras de la mort? Assurément la mort est la plus grande défaillance de la nature, mais mourir ainsi c’est le comble même de la force, c’est que ce qui semble une défaillance en Dieu, est encore plus fort que ce qui parait le comble de la force dans les hommes (1 Cor 1, 25). Un homme peut porter la folie jusqu’à porter sur lui-même une main criminelle. Mais ce n’est pas là déposer la vie comme un vêtement, c’est se l’arracher avec précipitation et violence bien plutôt que la quitter par volonté. Déposer ainsi la vie, comme tu as eu le triste pouvoir de le faire, ô impie Judas, c’est moins la déposer que se pendre; ce n’est point la tirer soi-même du fond de ses entrailles, c’est l’arracher avec un lacet, enfin ce n’est point rendre, mais c’est perdre la vie. Il n’y a que celui qui a pu, par sa propre vertu, revenir à la vie, qui a pu aussi la quitter parce qu’il l’a voulu. Seul il a eu le pouvoir de la déposer et de la reprendre ensuite, comme on dépose et comme on reprend un vêtement, parce que seul il a le pouvoir de la vie et de la mort.

Triple vertu contre triple péché

Dignes donc une charité si inestimable, une humilité si admirable, une patience si invincible! Oui, une hostie aussi sainte, aussi immaculée, aussi agréable était digne d’être agréée. Oui, l’agneau qui a été immolé est digne vraiment de recevoir la puissance (Apc 5, 12), de faire ce pourquoi il est venu, d’ôter les péchés du monde, contre ce triple péché qui a établi son règne sur la terre : concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. En effet, comment le souvenir de sa patience n’éloignerait-il point de notre âme la volupté? Comment celui de son humilité n’écraserait-il point tout sentiment d’orgueil? Quant à la charité, elle est telle que la pensée seule en accapare notre esprit, et s’empare si complètement de notre âme, qu’elle en éloigne, d’un souffle, toute pensée de curiosité. Oui, contre ces vices puissante est la Passion du Sauveur.

Prières

Prière de Saint Bernard (1090-1153)

Loin de moi la pensée de me glorifier ailleurs que dans la croix de mon Seigneur Jésus-Christ (Ga 6, 14). La croix est votre gloire, la croix est votre souveraineté. Voici votre souveraineté sur vos épaules (Is 9, 5). Ceux qui portent votre croix, portent votre gloire. C’est pourquoi la croix, qui fait peur aux infidèles, est pour les fidèles plus belle que tous les arbres du paradis.

Le Christ a-t-il craint la croix ? Et Pierre ? Et André ? Au contraire, ils l’ont désirée. Le Christ s’est avancé vers elle « comme un champion joyeux de prendre sa course » (Ps 18, 6) : « j’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de mourir » (Lc 22, 15). Il a mangé la Pâque en souffrant sa Passion, lorsqu’il est passé de ce monde à son Père. Sur la croix il a mangé et il a bu, il s’est enivré et s’est endormi. Qui pourrait désormais craindre la croix ?

Je peux, Seigneur, faire le tour du ciel et de la terre, de la mer et des plaines, jamais je ne vous trouverai sinon sur la croix. Là vous dormez, là vous paissez le troupeau, là vous reposez à l’heure de midi (Ct 1, 7). Sur cette croix celui qui est uni à son Seigneur chante avec douceur : « Vous, Seigneur, bouclier qui m’entourez, ma gloire, vous me relevez la tête » (Ps 3, 4). Personne ne vous cherche, personne ne vous trouve, sinon sur la croix. Croix de gloire, enracine-toi en moi, pour que je sois trouvé en toi. Ainsi soit-il.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui nostris excéssibus incessánter afflígimur, per unigéniti Fílii tui passiónem liberémur : Qui tecum vivit.

Oraison

Faites, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que sans cesse affligés par nos excès, nous soyons libérés par la Passion de votre Fils.

Antiennes

Ã. Ipsi vero in vanum quæsiérunt ánimam meam, introíbunt in inferióra terræ.

Ã. Mais eux, c’est en vain qu’ils en ont voulu à ma vie ; ils entreront dans les profondeurs de la terre.

Antienne grégorienne “Ipsi vero”

Ã. Ancílla dixit Petro : Vere tu ex illis es : nam et loquéla tua maniféstum te facit.

Ã. Une servante dit à Pierre : Certainement, toi aussi, tu es de ces gens-là : car ton accent te trahit.

Antienne grégorienne “Ancilla dixit”