Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

La Punchline de Sainte Mechtilde

Ne te défie jamais de la miséricorde de Dieu,
même s’il permet à la tribulation de t’approcher ou s’il te soustrait les consolations de sa grâce.

Saints Bénédictins : Sainte Mechtilde de Hackeborn, moniale d’Helfta

Elle est, avec Sœur Mechtilde de Magdebourg (1207-1282?) et sainte Gertrude la Grande (1256-1302?), la gloire du monastère saxon de Helfta et l’un des principaux auteurs spirituels et mystiques de l’Allemagne médiévale.

Née vers 1241, elle appartenait à une des premières familles de Thuringe, et avait pour sœur aînée cette Gertrude de Hackeborn qui, en 1251, à dix-neuf ans, devint abbesse, et devait rester quarante ans en fonction. Mechtilde la rejoignit à sept ans, vers 1248. L’abbesse confia à sa cadette le soin de diriger les études, sacrées et profanes. Elle avait une réelle culture, connaissait Origène et Trajan, Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Au chœur, secondée par sainte Gertrude, elle présidait le chant. Elle aida et encouragea Sœur Mechtilde de Magdebourg, attaquée et calomniée à cause de certains propos contre les mauvais chrétiens; la Lumière de la divinité, recueil des dires de la sœur, nous donne un écho de ces propos.

Sainte Mechtilde atteignait la cinquantaine lorsqu’elle tombe malade, pour l’avent de 1290. Sa sœur l’abbesse, malade également, mourut bientôt. Dans l’émoi de sa faiblesse physique, Mechtilde livra son grand secret : les merveilles que la grâce opérait en son âme, tout ce que Dieu lui montrait… Deux sœurs notèrent ces confidences. L’une d’elle fut, semble-t-il, Gertrude la Grande. Le Hérault d’amour divin, recueil gertrudien, nomme plus d’une fois sainte Mechtilde, tandis que le volume mechtildien, le Livre de grâce spéciale, ne mentionne pas Gertrude, ce qui est, croyons-nous, un indice de la part prise par Gertrude dans la rédaction du Livre. Le crédit de Mechtilde était grand à Helfta : la nouvelle abbesse s’adressait à elle pour connaître le sort de son père défunt. Les deux rédactrices travaillèrent de 1291 à 1298 environ. Leur besogne touchait à sa fin quand Mechtilde tremble : Dieu ne serait-il pas trahi dans ces textes forcément déficients? Le Seigneur la rassura. Elle trépassa un 19 novembre, en 1298 ou 1299. La date de 1310 est moins probable.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Extraits du Livre de la grâce spéciale de Sainte Mechtilde de Hackeborn

Fidélité de la glorieuse Vierge Marie (1ère partie, ch. 44)

Une autre fois, comme elle s’accusait devant Dieu de n’avoir jamais aimé sa Mère autant qu’elle l’aurait dû, et de ne l’avoir pas assez honorée et servie, le Seigneur lui dit : « Pour réparer cette négligence, loue ma Mère de l’incomparable fidélité qu’elle m’a gardée durant sa vie, préférant en toutes ses actions ma volonté à la sienne. Exalte secondement la fidélité avec laquelle ma Mère s’est toujours trouvée présente lorsque j’avais besoin de son secours. Vois : elle a été jusqu’à ressentir en son âme tout ce que mon corps a souffert. Proclame en troisième lieu la grandeur de cette fidélité qu’elle me conserve dans le ciel, où elle travaille encore pour moi par la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes. Ses mérites ont ramené d’innombrables pécheurs ; des âmes que ma justice équitable destinait aux peines éternelles en ont été sauvées par sa miséricorde ; d’autres ont été retirées des feux du purgatoire. »

Du jardin et des arbres des vertus (3ème partie, ch. 50)

Une fois, après s’être confessée et avoir accompli sa pénitence, elle pria la glorieuse Vierge d’intercéder pour elle auprès du Seigneur. Il lui parut alors que la Vierge Marie la conduisait-elle même dans un jardin délicieux, planté de beaux arbres, transparents et brillants comme le cristal qui reflète le soleil. Elle demanda à être conduite vers l’arbre de la miséricorde, dont Adam avait été privé si longtemps. Or cet arbre immense, aux rameaux élevés, avait ses racines dans un sol d’or, ses fleurs et ses fruits étaient d’or, et trois ruisseaux prenaient en lui leur source. Le premier était destiné à purifier, le second à polir, le troisième à désaltérer. Sous cet arbre était prosternée la bienheureuse Marie-Madeleine, et auprès d’elle Zachée, agenouillé, adorait Dieu. Elle se prosterna entre ces deux personnages, pour adorer aussi et demander pardon.

Elle vit ensuite un bel arbre dont la hauteur signifiait la longue patience de Dieu. Ses feuilles étaient d’argent ; et ses fruits rouges, renfermés dans une écorce dure et amère, ressemblaient à une amande très douce. Il y avait aussi là un arbre assez bas pour être à la portée de toutes les mains ; sous le souffle de l’auster, il s’inclinait vers tous les hommes et figurait ainsi la mansuétude du Seigneur. II ne portait point de fruits, parce que ses feuilles, d’un vert plus accentué que celles des autres arbres, possédaient la même vertu que les fruits.

Elle vit alors un arbre d’un aspect attrayant, délicieux, semblable au pur cristal. Ses feuilles d’or portaient toutes un anneau incrusté, et ses fruits, couleur de neige, étaient aussi agréables au toucher qu’au goût. Il signifiait la très brillante pureté de la nature divine que le Seigneur désire communiquer à tous. Cet arbre s’entrouvrit, et le Seigneur y entra, s’unissant à cette âme dans une intimité qui lui sembla réaliser cette parole du Psaume : « Je l’ai dit : vous êtes des dieux » (Ps. 71, 6). Sous cet arbre germait la rose, la violette, le crocus, l’herbe appelée benoîte. Le Seigneur prenait ses délices parmi ces fleurs, c’est-à-dire dans la charité, l’humilité, l’abaissement, et l’action de grâces qui tient la créature prête à dire en tout ce qui lui advient : « Béni soit le nom du Seigneur, » et à remercier et bénir Dieu en tout temps.

Du libre arbitre de l’homme (4ème partie, ch. 20)

Elle vit un jour le Seigneur Jésus ; en face de lui, un homme se tenait debout. Dans le Cœur divin elle aperçut une roue qui tournait sans cesse et une longue corde qui se dirigeait vers le cœur de l’homme, où il y avait aussi une roue en mouvement. Cet homme figurait tous les humains, et la roue signifiait que Dieu a communiqué de son libre arbitre aux hommes, la libre volonté de se tourner vers le bien et vers le mal. La corde, c’est la volonté de Dieu, qui attire toujours au bien et non au mal. Cette corde va donc du cœur de Dieu à celui de l’homme ; et plus la roue tourne rapidement, plus l’homme se rapproche de Dieu. Mais si la créature choisit le mal, la roue se met aussitôt à tourner en sens inverse et l’homme s’éloigne de Dieu. S il persévère dans le mal jusqu’à sa mort, la corde se rompt et il tombe dans la damnation éternelle. S’il se relève par la pénitence, Dieu, qui est toujours prêt à pardonner, le reçoit de nouveau en sa grâce ; la roue tourne alors dans le même sens qu’auparavant, et l’homme recommence à se rapprocher de Dieu.

Prières

Prières de Sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1298)

Ô mon Unique, je vous offre mon cœur comme une rose printanière ; que sa grâce, tout le jour, charme vos yeux, que son parfum ravisse votre Cœur divin. Je vous offre mon cœur, pour que vous en usiez comme d’une coupe, où vous pourrez goûter votre propre douceur en tout ce que vous daigneriez opérer en moi pendant cette journée. Je vous offre mon cœur comme une grenade exquise, digne de votre table royale. Veuillez le prendre entièrement et que lui-même, à son tour, se délecte en vous seul. Faites, je vous en supplie, qu’aujourd’hui toutes mes pensées, toutes mes paroles, toutes mes actions et ma volonté même se règlent sur le bon plaisir de votre bénigne volonté. Ainsi soit-il.

À l’occasion d’une grâce

Seigneur, je vous offre cette épreuve (cette joie, ce succès…) à votre éternelle louange et gloire, vous priant, si elle ne vient pas de vous, qu’elle ne me soit plus accordée, car, Seigneur, à cause de vous, je préférerais me voir privé de toute douceur et consolation.

Dans l’épreuve

Seigneur, je vous offre mon cœur et ma volonté, et je suis prêt à supporter de bonne grâce, pour votre amour, non seulement ce qui m’arrive présentement, mais toute adversité qui pourrait survenir.

Antienne

Ã. Ad dandam scientiam plebi tuae, Domine, in remissionem peccatorum eorum.​

Ã. Afin de donner connaissance à votre peuple, Seigneur, pour la rémission de leurs péchés.​

Antienne grégorienne “Ad dandam scientiam"

Antienne Ad dandam scientiam

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Le mot de Saint Jean Climaque

Le silence est sage et prudent; il donne l’esprit d’oraison, délivre l’âme de la captivité, conserve le feu de l’amour divin, veille sur les pensées de l’esprit, observe attentivement les mouvements des ennemis du salut, soutient et nourrit la ferveur de la pénitence, se plaît dans les larmes, rappelle sans cesse l’image de la mort et le souvenir des supplices éternels, fait considérer les Jugements de Dieu avec une crainte salutaire, est très favorable à la sainte tristesse du cœur, combat l’esprit de présomption, favorise la tranquillité de l’âme, augmente la science du salut, nous forme à la contemplation des vérités surnaturelles, nous perfectionne dans les bonnes œuvres et nous fait monter jusqu’à Dieu.

Saints Bénédictins : Saint Odon, Abbé de Cluny

Odon, né dans la région de Tours vers 879, était fils d’Abbon, Seigneur de grande qualité. Il passa les premières années auprès de Foulques, Comte d’Anjou, et auprès de Guillaume, Comte d’Auvergne et Duc d’Aquitaine, qui fonda depuis l’Abbaye de Cluny. Il montra dès son enfance beaucoup d’amour pour la prière. Sa piété lui faisait regarder comme perdu le temps qu’il était forcé de donner à la chair et aux autres amusements du siècle. À l’âge de dix-neuf ans il reçut la tonsure, et fut nommé à un Canonicat de l’Église de Tours. Il renonça alors à l’étude des Auteurs profanes et ne voulut plus lire que l’Écriture et les livres propres à nourrir dans son cœur la componction, la ferveur et l’amour divin. Il vint passer quatre ans à Paris pour y faire un cours de Théologie. Étant retourné dans la ville de Tours, il se renferma dans une cellule, pour se livrer uniquement à la prière et à la méditation des Livres Saints.

La lecture de la Règle de Saint Benoît acheva de le détacher du monde. Voyant combien sa vie était éloignée des maximes de perfection qui y sont tracées, il résolut d’embrasser l’état monastique, mais le Comte d’Anjou refusa d’y consentir. Il resta donc encore près de trois ans dans sa cellule avec le compagnon qui suivait les mêmes exercices. Enfin, lassé des obstacles qu’il rencontrait, il se démit de son Canonicat, et se retira secrètement dans le Monastère de Baume au Diocèse de Besançon. Saint Bernon qui en était Abbé, lui donna l’habit en 909. Il n’avait emporté avec lui que sa Bibliothèque, qui consistait en une centaine de volumes.

L’Année suivante, l’Abbaye de Cluny, qui venait d’être fondée, fut mise sous la conduite de saint Bernon, qui eut à la fois le gouvernement de six Monastères. Après la mort de ce Saint Abbé, arrivée en 927, les Évêques du pays obligèrent saint Odon à prendre la conduite de trois de ces Monastères, savoir, Cluny, Massay et Déols. Il fit sa résidence dans le premier et y devint bientôt célèbre par la régularité qui s’y observait, et par la sainteté de ceux qui l’habitaient. Il y établit l’observance de la Règle de S. Benoit dans toute sa pureté. Il recommandait surtout le silence, et disait à ce sujet que c’était une condition nécessaire pour se soutenir dans la solitude intérieure et pour converser avec Dieu. Après le silence, il recommandait l’obéissance, l’humilité et le renoncement à soi-même. Plusieurs Monastères de différents pays embrassèrent sa réforme, et se soumirent à sa Juridiction ; en sorte que la Congrégation de Cluny devint bientôt aussi florissante que nombreuse.

Les Papes et les Princes avaient une grande confiance dans le saint Abbé. Ils le chargèrent de plusieurs négociations importantes, où sa prudence et sa piété lui assurèrent un heureux succès.

Odon avait une singulière dévotion à saint Martin : ce qui lui fit désirer de mourir à Tours. Ayant été attaqué d’une maladie dont il prévit qu’il ne guérirait point, il se fit porter dans cette ville ; où il mourut le 18 Novembre 942. Il fut enterré dans l’Église de Saint-Julien. Les Huguenots ont brûlé la plus grande partie de ses Reliques.

Prières

Oratio

Deus, qui beátum Odónem abbátem, ad monástici órdinis decórem renovándum, in Ecclésia tua suscitásti : eius méritis et précibus concéde ; ut conversiónis nostræ propósitum fidéliter exsequéntes, viam mandatórum tuórum dilatáto corde currámus. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez suscité en votre Église le bienheureux Abbé Odon pour renouveler l’éclat de l’ordre monastique, accordez à ses mérites et à ses prières d’obtenir qu’accomplissant fidèlement le bon propos de notre conversion, nous courions, le cœur dilaté, dans la voie de vos commandements. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de saint Odon de Cluny (879-942) à Notre-Dame

Ô Dame et Mère de Miséricorde, vous qui avez mis au monde le Sauveur, daignez dans votre bonté intercéder pour moi par vos Prières ; je me réfugie en votre glorieux et unique Enfantement, Mère très bonne. Inclinez aussi les oreilles de votre bonté vers mes prières. Je redoute tant que ma vie déplaise à votre Fils ! Et puisque c’est par vous, ma Dame, qu’Il s’est manifesté au monde, que grâce à vous aussi, je vous prie, Il me prenne en pitié sans tarder. Ainsi soit-il.

Prière d’Anne de Saint-Barthélémy (1549-1626)

Ô bienheureux silence ! C’est par ce silence, Seigneur, que vous criez et que vous faites retentir votre enseignement dans le monde entier, et c’est dans ce silence, plutôt que dans les livres et dans l’étude, que ceux qui vous aiment puisent la Sagesse. Le Seigneur s’est fait pour nous source d’eau vive pour que nous ne périssions pas dans cet océan d’épreuves. Sans la Foi nous ne pouvons pas avancer dans la voie royale des Mystères de Dieu. La Foi nous ouvre les yeux, elle nous guide. Là où il n’y a pas de Foi, il n’y a pas de lumière ni de chemin qui mène au Bien. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Domus Cluníaci, domus Dómini, fundáta est supra firmam petram.

Ã. La maison de Cluny, maison du Seigneur, a été fondé sur un roc solide.

Antienne grégorienne “Domus Cluniaci"

Ã. Iste est Odo quem régulæ sanctæ zelus ádeo illustrávit, ut abbas abbátum éffici mererétur.

Ã. C’est lui, Odon, que le zèle de la Sainte Règle a tellement illustré qu’il a mérité d’être Abbé des Abbés.

Antienne grégorienne “Iste est Odo"

Antiennes pour Saint Odon

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

La Punchline de Sainte Gertrude

Je ne demande à Jésus qu’une seule chose : que jamais ma volonté ne soit en désaccord avec la sienne.

Saints Bénédictins : Sainte Gertrude d’Helfta, Vierge

Nous sommes à Helfta, monastère fondé par les comtes de Mansfeld, non loin de Eisleben, qui doit être la patrie de Luther. L’abbaye compte parmi ses religieuses une jeune fille de vingt-cinq ans, qui est notre Gertrude. L’abbesse était Gertrude de Hackeborn, née en 1232, abbesse en 1251, morte en 1291. Notre sainte n’est donc pas et ne sera jamais l’abbesse de cette maison, comme une similitude de nom l’a fait croire à des critiques peu sagaces. Mais elle en est le charme et l’exemple, et, si nous osions prononcer ce mot en parlant de religieuses ferventes, elle en est l’orgueil : aucune ne sait comme elle saisir les enseignements de l’école du monastère, et elle a fait de rapides progrès dans l’étude des arts libéraux, telle qu’on la comprend à cette époque. N’oublions pas que la culture des lettres était en faveur dans les monastères allemands du moyen âge, et qu’elle était regardée comme une partie essentielle du patrimoine des deux Ordres bénédictins. Ajoutons aussi que Gertrude s’applique surtout à la lecture de la Sainte Écriture, qui n’était pas délaissée comme les protestants ont voulu le faire croire, et qu’elle ne néglige rien pour chanter l’office comme il convient. Il y a vingt ans qu’elle est au monastère; car elle y est entrée à l’âge de cinq ans (1261). Or, c’est en ce moment qu’elle est convertie (27 janvier 1281), d’une de ces conversions dont parlent les saints quand ils pleurent leur vie passée, et qu’ils chantent les miséricordes de Dieu. Souvenons-nous, pour nous en faire une idée, de la conversion de sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Parmi les désordres dont Gertrude s’accusait plus tard, il faut noter un goût exagéré pour l’étude des lettres et des sciences.

Mais Jésus-Christ voulait devenir son seul maître, et il donna tant de charme et de puissance à ses exhortations, que la sainte en fut complètement transformée. Comme Marie, sœur de Marthe, elle oublia tout pour se mettre à ses pieds, et elle s’appliqua toute à l’écouter dans le silence des puissances de son âme et dans une entière docilité. L’action de la grâce s’affirma de plus en plus efficace. Elle produisit d’abord dans le cœur de la religieuse une sorte de trouble, qui lui inspira le dégoût de tout ce qui est terrestre. Puis elle lui fit voir que ce cœur n’était pas assez purifié pour être une demeure digne du céleste Époux. Elle la remplissait en même temps de courage et de confiance. Jésus-Christ lui disait : « Ton salut viendra bientôt  : pourquoi t’attrister à ce point? N’as-tu pas un conseiller, un ami, qui peut apaiser tes douleurs toujours renaissantes? » Et il ajoutait : « Je te sauverai et te délivrerai : ne crains rien… Avec mes ennemis, tu as léché la terre, sucé le miel adhérent aux épines. Reviens enfin à moi, et je te ferai bon accueil, et je t’enivrerai du torrent des joies divines. »

Gertrude répondit à cet appel, et, pour récompenser sa bonne volonté, le Maître voulut lui témoigner d’une manière sensible qu’il prenait possession de son cœur. Écoutons la voyante, quand elle nous raconte ce qui lui arriva à cette occasion : « Un jour, — c’était entre la Résurrection et l’Ascension, avant prime —, je m’assis près de l’étang, et je me mis à considérer la beauté de ce lieu. Il me plaisait à cause de la limpidité de l’eau courante, de la verdeur des ombrages, des oiseaux, et particulièrement des colombes, qui s’y ébattaient en toute liberté, mais surtout pour la profonde quiétude que je goûtais dans ce lieu retiré. Je me demandai ce que je voudrais ajouter aux charmes de cet endroit pour que mon bonheur fût parfait, et je souhaitai qu’il y eût quelqu’un pour s’entretenir avec moi dans cette solitude. Et vous, mon Dieu, qui savez procurer des joies inestimables, et qui, j’en ai la confiance, aviez dès le principe dirigé le cours de mes pensées, vous avez fait aussi aboutir vers vous la fin de cette méditation, en m’inspirant la réflexion suivante: si, à la manière d’un cours d’eau, je faisais retourner à vous, par une gratitude continuelle et appropriée, les grâces qui me sont venues de vous; si, croissant en vertus de même que les arbres grandissent, je m’ornais de bonnes œuvres comme ils se parent de feuillage; si, enfin, méprisant les choses terrestres, je volais comme une colombe vers les biens célestes, et si, imposant à mes sens corporels une rupture avec le tumulte des choses extérieures, j’occupais mon âme de vous seul, alors mon cœur deviendrait pour vous la plus délicieuse des demeures. » La sainte continue : « Tout le jour, j’eus l’esprit occupé de ces pensées. Le soir, avant de prendre mon repos, au moment où je venais de fléchir les genoux et de m’incliner pour faire ma prière, je me rappelai tout à coup ce passage de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »( Jean 4, 23). Et, au-dedans de moi-même, mon cœur de boue sentit d’une manière très intime votre arrivée en moi. Je voudrais mille et mille fois que la mer fût changée en sang, pour la faire passer sur ma tête, afin d’inonder cette sentine d’extrême misère que vous avez daigné choisir pour demeure, ô vous, qui êtes ce qu’il y a de plus parfait dans l’ineffable majesté ! Si, du moins, je pouvais avoir pendant une heure mon cœur entre les mains, pour le mettre en pièces, le purifier et en brûler toutes les scories, afin qu’il devienne pour vous une demeure, non pas digne, mais moins indigne de vous! »

Admirables accents! où l’amour le plus éprouvé est toujours accompagné de l’humilité la plus profonde et la plus sincère ! Nous les retrouvons, variés sans doute dans leur expression, mais au fond toujours les mêmes, dans les pages où Gertrude nous raconte les autres faveurs qu’elle reçut du Maître: quand, par exemple, il daigna imprimer ses plaies dans le cœur de sa docile épouse, ou quand il le transverbéra d’une blessure d’amour. Mais comment pourrions-nous rendre comme il faut ces récits admirables, pour lesquels le latin de Gertrude est lui-même insuffisant?

Nous ne pouvons toutefois résister au désir de traduire le passage où elle nous raconte un autre trait de la condescendance de Jésus-Christ à son égard : « C’était, nous dit-elle, en cette nuit sacrée où, grâce à la douceur apportée par la rosée de votre divinité, les cieux versèrent le miel. Mon âme, comme une toison exposée dans l’aire de la charité, essaya de se pénétrer de cette rosée par la méditation, et, par l’exercice de sa dévotion, elle essaya de remplir un office dans cet enfantement plus que céleste, par lequel la Vierge mit au monde son Fils, vrai Dieu et vrai homme, de même que l’astre émet son rayon. Il me sembla tout à coup que l’on me présentait et que je recevais dans un coin de mon cœur un tendre enfant, né à l’heure même, dans lequel était caché le don de la suprême perfection., un don vraiment excellent ! Pendant que mon âme le possédait en elle, il lui sembla qu’elle était tout à coup changée dans la même couleur que lui, si l’on peut appeler « couleur» ce qui n’est comparable à aucune espèce visible. Mon âme perçut encore une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur: « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28), alors qu’elle se sentait posséder son Bien-Aimé descendu dans son cœur, et qu’elle se réjouissait de l’heureuse présence d’un Époux si plein d’une suave douceur. C’est pourquoi elle buvait avec une insatiable avidité les paroles suivantes, qu’une main divine lui versait ainsi qu’un doux breuvage: « Comme je suis, dans ma divinité, la figure de la substance de Dieu le Père, ainsi tu seras l’image de ma substance du côté de l’humanité, en recevant dans ton âme déifiée des effluves de ma divinité, de même que l’air reçoit les rayons du soleil: pénétrée de ce principe unitif, tu seras disposée à une union plus intime avec moi. »

Par une faveur plus grande encore, elle fut marquée du sceau de la Sainte Trinité. Mais au lieu de nous arrêter à discuter la nature de ce miracle, nous aimons mieux parler de sa dévotion au Sacré Cœur. Elle avait reçu de Jésus-Christ saint Jean l’Évangéliste pour patron particulier. Or, un jour qu’elle avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ, elle demanda à l’apôtre ; « N’avez-vous pas ressenti, vous aussi, le bien-aimé de Dieu, la douceur de ces très suaves pulsations, quand vous avez reposé pendant la Cène sur cette même poitrine, dont la douceur cause encore maintenant un tel bonheur à mon âme? » ll répondit : « Oui, je le confesse, j’ai senti et ressenti cette douceur: la suavité de ces pulsations pénétra jusqu’à l’intime de mon âme, de même que la liqueur la plus suave donne de la douceur à une miette de pain frais. De plus, elles ont enflammé mon cœur d’une manière puissante, de même qu’une chaudière bouillante est échauffée par l’ardeur excessive du feu. » Alors la sainte: « Et pourquoi, reprit-elle, avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu, que vous n’en avez pas dit un seul mot qui le donnât à entendre pour notre progrès spirituel? » L’apôtre répondit: « Ma mission était autre. À l’Église récemment fondée, j’avais à faire connaître, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une seule parole, propre à satisfaire jusqu’à la fin du monde l’intelligence du genre humain tout entier, mais telle que personne ne peut la comprendre parfaitement. Mais la suave éloquence que possèdent ces pulsations a été réservée à notre temps, afin qu’à les entendre, le monde déjà vieux et tiède dans l’amour de Dieu se sente réchauffé. »

Il faudrait citer tout le livre; mais nous nous arrêterons ici. Aussi bien, ce que nous avons le plus admiré, ce ne sont pas ces dons extraordinaires dont nous venons de donner une faible idée, ni les miracles et les prophéties qui ont marqué la vie de Gertrude et montré le caractère divin de sa mission. C’est la théologie sublime qui apparaît dans tous ses écrits, et dont une synthèse suffisamment étudiée serait utile à bien des âmes. On a dit que sainte Gertrude était la théologienne du Sacré Cœur. Nous l’admettrons bien volontiers, pourvu que ce mot ne soit pas pris dans un sens trop exclusif: elle a parlé très souvent et très explicitement de ce divin Cœur, mais elle a traité aussi d’autres points très importants. Nous préférons dire que sainte Gertrude a enseigné d’une manière admirable la théologie de l’Incarnation.

Essayons de résumer sa doctrine : par là même nous caractériserons sa sainteté et sa direction spirituelle. Jésus-Christ est tout pour l’homme. La conséquence de ce principe, c’est que nous devons recourir à lui dans tous nos besoins, toutes nos détresses et toutes nos peines. Il est l’ami auquel nous devons nous confier, le refuge où nous devons nous retirer, le trésor où nous pouvons toujours puiser. Pour être conforme aux desseins de Dieu, notre vie sera toujours unie à la sienne, animée et vivifiée par elle. La sainte recourait à lui avec une entière confiance. Se sentait-elle insuffisamment préparée pour la communion, elle priait Jésus de suppléer à son indigence, et elle s’approchait sans crainte de la Sainte Table. Rien de ce qu’elle put lire n’eut assez de pouvoir pour lui faire omettre une seule de ses communions. Et, pour le dire en passant, nous ne saurions trop recommander ses écrits à ceux qui gardent au fond de leur cœur des objections contre la communion fréquente. Cette confiance apparaissait dans une foule de circonstances. Un jour qu’elle marchait dans un chemin escarpé, elle fit une chute dangereuse. Sa première pensée fut de s’écrier : « Quel bonheur pour moi, Seigneur bien-aimé, si cette chute avait précipité ma réunion avec vous ! » Les religieuses présentes, tout étonnées, lui demandèrent si elle ne craignait pas de mourir sans sacrements. « Je désire de tout mon cœur, reprit-elle, recevoir les sacrements de l’Église, si utiles à l’âme; mais je place au-dessus de toutes les préparations la providence et la volonté de mon Maître. Je suis certaine, quel que soit le genre de mort qui m’enlève de ce monde, de n’être pas privée de la miséricorde du Seigneur : seule elle peut me sauver, aussi bien dans une mort subite que dans une mort à laquelle je me serais longuement préparée. »

Par une conséquence naturelle et nécessaire, Gertrude sentait que pour répondre à tant d’amour et à des bienfaits si multiples, l’homme doit être tout à Dieu et ne rien se réserver. De là une pureté de cœur qui eut pour résultat non pas seulement de garder dans toute sa Splendeur le beau lis de sa virginité, non pas seulement de la préserver de tout péché volontaire, mais encore de la détacher de toute amitié naturelle, de toute propriété, de toute sollicitude inutile. Notre-Seigneur daigna témoigner un jour à sainte Mechtilde, la maîtresse de sainte Gertrude, combien il aimait dans la jeune religieuse ce désir de lui plaire en toutes choses: « Elle marche devant moi, disait-il, sans me perdre de vue un seul instant. Elle n’a qu’un désir: connaître le bon plaisir de mon cœur; et, dès qu’elle l’a appris, elle l’exécute avec un incroyable empressement. À peine a-t-elle accompli une de mes volontés qu’elle m’interroge pour en savoir une autre, et elle s’y conforme avec la même promptitude. Ainsi, toute sa vie est pour ma gloire.»

Est-il besoin d’ajouter que l’humilité de la sainte était profonde, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en passant? L’âme qui a conscience de ce que Dieu est pour elle, échappe plus facilement aux tentations de l’orgueil. Elle voit les bienfaits dont elle est comblée, et elle se rend compte du mauvais usage qu’elle en fait : comment pourrait-elle être impressionnée par les séductions de l’amour-propre? L’admirable voyante disait avec une profonde conviction : « Le plus grand de vos miracles à mes yeux, Seigneur, c’est que la terre puisse porter une pécheresse aussi indigne que je le suis. » Longtemps elle balaya seule la maison, et elle aimait à rendre aux plus petits les services les plus répugnants. Mais, d’autre part, elle ne jugeait pas à propos de cacher les grâces dont elle était l’objet. Profondément convaincue que personne plus qu’elle n’en était indigne, elle estimait que c’étaient des semences qui passaient dans son âme pour aller fructifier sur de meilleures terres. C’était donc déshonorer les dons de Dieu que de les laisser enfouis dans la sentine de son cœur, et elle devait les tirer de ce cœur pour les déposer dans d’autres cœurs, plus dignes de les recevoir et plus propres à en user pour la gloire de Dieu. C’était par une pensée semblable qu’elle repoussait les tentations de vaine gloire. Elle se disait alors : « Si quelqu’un, en te voyant, cherche à imiter ce qui lui paraît bon, sans imiter ton orgueil, tout sera pour le mieux : ce sera autant de gagné pour Dieu. »

Mais ce que nous croyons devoir signaler comme un trait particulier de la piété de sainte Gertrude, c’est ce que le P. Faber appelle « la liberté d’esprit ». Voici ce que l’éminent Oratorien écrit à ce sujet : « Où règne la loi de Dieu, où souffle l’esprit du Christ, là est la liberté. Nul ne peut lire les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d’exemplaires et de traductions de leurs œuvres. Sainte Gertrude en est un bel exemple : elle respire partout l’esprit de saint Benoît. » Et plus loin : « Il est assez difficile de parler de liberté d’esprit sans avoir l’air de recommander la négligence, ou de soutenir l’inexactitude, la paresse et le caprice. Mais nous pouvons en toute sécurité développer ce sujet d’après sainte Gertrude elle-même. » Un trait nous montrera comment elle pratiquait cette liberté d’esprit. Une nuit, se sentant défaillir, elle mange une grappe de raisin dans l’intention de soulager dans sa personne le Seigneur lui-même. Celui-ci daigna accepter cette intention, et il lui dit : « Maintenant, je puise à ton cœur un délicieux breuvage. Il compense, par sa douceur, l’amertume du fiel et du vinaigre que, pour l’amour de toi, je laissai exprimer sur mes lèvres, quand j’étais attaché à la Croix. »

Nous voudrions continuer, et parler, par exemple, de cette charité de Gertrude qui se portait vers le soulagement de toutes les misères, aussi bien dans le purgatoire que sur la terre. La sainte est encore, tous le savent, une des âmes favorisées des révélations que l’on consulte avec le plus de fruit pour savoir comment soulager les âmes des défunts. Toutefois, nous ne voulons pas la quitter sans signaler sa tendre dévotion à Marie, et rappeler un trait qui nous montre comment cette dévotion était récompensée. Le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Gertrude récitait le Salve Regina. Quand elle arriva à ces mots : « Illos tuos misericordes oculos ad nos converte », elle vit Marie tenant dans ses bras le divin Enfant. La Vierge toucha délicatement le menton de son Fils, et, dirigeant vers Gertrude et ses compagnes le visage et les yeux de Jésus : « Les voici, dit-elle, mes yeux très miséricordieux: ce sont les yeux de mon Fils, et je puis en tourner les regards vers tous ceux qui m’invoquent, pour le salut éternel et la sanctification des âmes. »

Insondables desseins de la Providence, nous nous étonnerions si nous ignorions que vous êtes voulus et dictés par l’infinie Sagesse! Quarante ans environ après la mort de sainte Gertrude survenue en 1302 ou 1303, le monastère de Helfta fut incendié, et le souvenir de la sainte ne put le défendre des horreurs de la guerre. Aujourd’hui, il ne reste plus de ce monastère que la petite chapelle où elle pria si souvent, et où elle fut favorisée bien des fois des apparitions de Notre-Seigneur : encore cette chapelle est-elle profanée, puisqu’elle sert de grenier à foin. Du moins, la sainte nous a laissé de sa sagesse et de sa piété deux monuments incomparables, que personne, il faut l’espérer, ne parviendra désormais à faire disparaître : le Héraut de l’amour divin et les Exercices spirituels. C’est devant ces livres que nous irons nous recueillir, comme dans un sanctuaire, pour écouter ce que Gertrude nous enseigne au nom du Maître qu’elle a choisi de préférence aux docteurs du siècle. À l’école de sainte Gertrude, nous rencontrerons sainte Thérèse, qui avait tant de dévotion pour elle, et aussi saint François de Sales, qui citait avec tendresse et avec bonheur les aspirations de la pieuse Bénédictine . Ceux qui ne la connaissent pas encore seront étonnés qu’une si admirable voyante ait pu leur demeurer jusqu’alors étrangère. Ils s’efforceront comme nous, sans aucun doute, de la signaler à l’admiration de leurs frères.

A. Lépître dans La Revue Universitaire, T. XXV, Lyon, 1897, pp. 228-236

Prières

Oratio

Deus, qui in corde beátæ Gertrudis Vírginis iucúndam tibi mansionem præparásti : ipsíus méritis et intercessióne ; cordis nostri máculas cleménter abstérge, et eiúsdem tríbue gaudére consórtio. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière à Sainte Gertrude

​Grâces soient rendues au Seigneur Dieu, source de tous les vrais biens, par tout ce qui est renfermé dans l’étendue des cieux, les limites de la terre et les profondeurs de l’abîme. Que tous les êtres chantent en son honneur cette louange éternelle, immense, immuable, qui, procédant de l’Amour incréé, ne s’achève parfaitement qu’en Lui. Louanges pour la plénitude débordante de cette tendresse divine qui, dirigeant son cours impétueux vers la vallée de notre humaine fragilité, a jeté sur Gertrude, parmi toutes les autres, un regard de prédilection, à cause de ses propres dons par lesquels le Seigneur l’avait attirée à Lui.

Seigneur, je vous loue et vous rends grâces pour tous les bienfaits dont vous avez comblé votre servante Gertrude, je vous loue par cet amour qui vous a fait la choisir de toute éternité pour une grâce si spéciale, l’attirer à vous si suavement, l’unir à vous par une telle familiarité, trouver en elle vos complaisances et vos joies, enfin consommer si heureusement sa vie.

Je vous offre, Seigneur, cette prière de dévotion en union avec l’amour qui vous a fait descendre du ciel sur la terre et accomplir toute votre œuvre de la rédemption des hommes ; en union aussi avec l’amour qui vous fit endurer la mort, puis offrir celle-ci au Père avec tout le fruit de votre très sainte Humanité. Ainsi soit-il.

Prière de Sainte Gertrude pour offrir à Dieu nos actions

Père, je vous confie ceci en union avec les œuvres très parfaites du Seigneur votre Fils, afin que vous l’ordonniez au salut de l’univers, selon votre volonté toujours digne de louanges.

Prière de Sainte Gertrude à Marie pour réparer nos négligences

Je vous offre, ô Mère sans tache, en réparation pour toutes mes négligences, le Cœur très noble et très doux de Jésus-Christ. Seul, en effet, ô Marie, ce Cœur si glorieux et qui renferme en lui tous les biens, peut vous présenter la somme de tout ce qui existe de plus désirable, de tout ce que la dévotion de chaque homme et l’ardeur de ses prières peuvent témoigner d’honneur à votre divine maternité.

Prière de Sainte Gertrude avant de s’endormir

Par la suavité tranquille avec laquelle, de toute éternité, vous avez reposé dans le sein du Père ; par le séjour délicieux qui fut votre repos; durant neuf mois, dans le sein de la Vierge ; par la délectation très agréable que vous daignez savourer en certaines âmes que vous chérissez davantage, je vous supplie, ô Dieu de toute miséricorde, veuillez m’accorder, non pour ma commodité, mais à votre éternelle louange, ce repos de la nuit, afin que mes membres fatigués retrouvent le libre exercice de leurs forces.

Antienne

Ã. Rogemus omnes beatam Gertrudim et humiliter supplicemus ut fiat nobis in caelo coram excelso supplicatrix quae pro Christi amore suam castitatem reservavit in terris.

Ã. Prions tous la bienheureuse Gertrude, et supplions-la avec humilité : qu’elle devienne pour nous dans le Ciel une médiatrice auprès du Très-Haut, elle qui, pour l’amour du Christ, a gardé sa chasteté sur la terre.

Antienne grégorienne “Rogemus omnes"

Antienne Rogemus omnes

Lundi 16 novembre (ReConfinement J18)

Lundi 16 novembre (ReConfinement J18)

Les degrés de la douceur par Saint Jean Climaque

Le premier degré de la mansuétude consiste à souffrir les outrages et les humiliations, quelque amertume et quelque douleur que l’âme en ressente encore.

Le second degré consiste à les supporter avec calme et tranquillité.

Le troisième, qui est la perfection de la douceur, à recevoir les mépris et les injures avec plus de plaisir que les mondains ne reçoivent les louanges qu’on leur donne.

Saints Bénédictins : Saint Othmar de Saint-Gall (†759)

Walafrid Strabon, abbé de Reichenau (†849), s’intéressa à l’histoire de l’abbaye voisine de Saint-Gall; il écrivit la vie d’Othmar d’abord en appendice à celle de saint Gall, puis dans une biographie spéciale dont il reprit les éléments à celle qu’avait composée le diacre Gozbert vers 830. La valeur historique du récit de Walafrid Strabon est sujette à caution : il cherchait à dégager les moines de Saint-Gall de tous liens d’obéissance envers l’évêque de Constance, et il a sollicité l’histoire pour faire remonter l’immunité monastique à Othmar, sinon à saint Gall lui-même.

À vrai dire quand saint Gall, renonçant à suivre son maître saint Colomban dans sa vie errante, s’était fixé sur les bords de la Steinach, il ne désirait rien d’autre que de vivre la vie érémitique dans un cadre stable. Lors de sa mort survenue après 627, il fut enterré sur place. Sur son tombeau aussitôt vénéré comme celui d’un saint, on construisit une église autour de laquelle il y eut toujours quelques ermites qui suivaient peut-être la règle de saint Colomban.

Vers 720 Othmar devenu abbé imposa la Règle de saint Benoît, transformant ainsi la colonie d’ermites en une abbaye qui devait au siècle suivant prendre une importance considérable. D’après Walafrid Strabon, Othmar né en Thurgovie avait été élevé à la cour du comte de Coire Victor, et après son ordination sacerdotale, il avait été chargé du soin d’une église dédiée à saint Florinus. Le noble Waltram, qui revendiquait par droit héréditaire la propriété du domaine de Saint-Gall aurait prié le comte Victor d’autoriser Othmar à venir prendre la direction des ermites. Dans la Vie de saint Gall, Walafrid Strabon prétend que Charles Martel prit le monastère sous sa protection et lui fit d’amples donations; dans la Vie d’Othmar le même Walafrid Strabon attribue ces bienfaits au roi Pépin. Il ne faut voir dans ces épisodes qu’une invention destinée à faire croire que l’abbaye de Saint-Gall était de fondation royale. En réalité, bien que limités, les droits des évêques de Constance étaient réels au VIIIème siècle. Les moines n’obtinrent leur première charte d’immunité qu’en 818; celle de 854 consacra leur pleine indépendance. D’après les chroniqueurs de Saint-Gall, Pépin et Carloman auraient multiplié les donations généreuses; il faut en rabattre : au temps d’Othmar, les bâtiments étaient certainement modestes, puisque tous durent être reconstruits au début du siècle suivant, et les chartes conservées nous montrent que l’extension du domaine monastique est bien postérieure à Othmar. La pauvreté des débuts eut l’heureux résultat de donner aux moines une ardeur qui fit trop souvent défaut à leurs successeurs. Le moine Vinithar raconte qu’alors ses confrères n’hésitaient pas à mendier des feuilles de parchemin, ne serait-ce qu’une seule, pour constituer leur bibliothèque; quant à lui, il consentait à copier tout ce que l’on voulait en échange de quelques-unes de ces précieuses feuilles.

Walafrid Strabon se contente de vanter la charité et l’humilité d’Othmar en rapportant quelques anecdotes. Souvent Othmar rentrait nu au monastère, parce qu’il avait laissé tous ses vêtements aux pauvres. Un jour Pépin lui avait donné 70 marcs d’argent; il en fit part si largement aux pauvres rencontrés sur son chemin qu’il serait arrivé les mains vides si ses compagnons n’avaient modéré sa générosité. Il avait aménagé pour les lépreux un abri où il se rendait la nuit pour laver et panser leurs plaies.

Si Othmar dédaignait les richesses, il n’en était pas de même de ses voisins, les comtes Warin et Ruadhart, dont l’administration se transformait souvent en vols éhontés. Othmar alla porter plainte à Pépin qui ordonna aux comtes de restituer ce qu’ils avaient pris. Ils n’en firent rien et, quand Othmar voulut aller rendre compte de leur conduite, ils se saisirent de lui et subornèrent de mauvais moines qui l’accusèrent de crimes graves. D’abord emprisonné au palais, il fut relégué dans une île du Rhin en face de Stein (Argovie). Soumis à un régime très dur et en butte à des gardiens indiscrets et malveillants, il y mourut le 16 novembre 759.

Dès l’année 768 ou 769 le corps d’Othmar fut ramené à Saint-Gall et déposé dans l’église. Sa reconstruction ayant été entreprise en 830, le corps fut emmené dans l’église Saint-Pierre située dans le cimetière près du monastère. Le 25 octobre 864, on le rapporta dans la nouvelle église Saint-Gall. Enfin le 24 septembre 867, il fut transporté en présence des moines de Reichenau et de Kempten dans la nouvelle église Saint-Othmar. À partir de cette époque, on célébra à Saint-Gall, le 16 novembre, la fête principale de saint Othmar pourvue d’une vigile, et le 24 septembre la translation de ses reliques.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #3

Depuis l’année 900 jusqu’à l’année 1000.

Presqu’au commencement de ce siècle deux excellents Apôtres de l’Ordre, saint Rimbert et saint Étienne, couronnèrent leur Apostolat par une mort glorieuse; le premier fut le véritable père des Danois, et le second avait aussi engendré en Jésus-Christ les peuples de la Suède, de la Gothie (Götaland) et Heltingie. Saint Otger et saint Adalvard eurent le même sort et la même gloire dans ces mêmes provinces. Les saints Adalgar et Viggar suivirent leurs beaux exemples, et eurent part à leurs couronnes. Saint Radboud Évêque d’Utrecht eut le même zèle, et travailla avec le même succès dans la Frise. Les Goths et les Danois, peuples farouches, ayant encore abandonné la Religion Chrétienne, saint Unni Évêque de Brême les ramena à Jésus-Christ par la force de ses prédications. Saint Guibert animé d’une ferveur toute divine alla au devant de l’armée des Hongrois, et par son admirable éloquence en convertit les principaux Chefs. La corruption s’était glissée dans la Flandre, et en avait dérèglé les mœurs et la discipline Ecclésiastique; mais saint Gérard la rétablit par l’efficacité de ses discours et par la sainteté de sa vie. Dans ce même siècle toute la Bohême reçut la foi du Fils de Dieu par le ministère de nos Religieux. Et pour finir ici ce court et glorieux Catalogue de nos Apôtres, en supprimant un nombre bien plus grand ; il faut ajouter que saint Adalbert a mérité par ses travaux et par son zèle le beau nom d’Apôtre des Wendes (Sorabes).

En France, en Espagne et dans les Pays-Bas, on vit au commencement de ce siècle un très grand nombre de Moines, qui méritèrent par une mort glorieuse la couronne du martyre. Le Mont-Cassin déjà si glorieux par le séjour de notre saint Patriarche et par la vie pure de nos Pères, fut encore embelli en ce temps du sang de plusieurs de ses enfants répandu pour la gloire de Dieu. Saint Berthaire donna aussi sa vie pour soutenir la foi de Jésus-Christ, et le fameux Jean Scot, après avoir éclairé son Collège par ses savantes leçons, le rendit illustre par son glorieux martyre. Quelle gloire pour le Monastère de Jumièges d’avoir enrichi le Paradis de neuf cent Martyrs, qui donnèrent leur vie pour la Foi Chrétienne dans un seul jour ? S. Foulques et saint Grimbald méritèrent en même temps la vie éternelle par une glorieuse mort. Le sang de nos Religieux répandu en Sicile pour la foi de Jésus-Christ rendit toute cette île glorieuse et féconde en sainteté. L’Allemagne fut aussi arrosée et embellie du même sang. Enfin saint Venceslas Duc de Bohême mérita par une belle mort une couronne plus brillante, que celle de tous les Rois de la terre.

Nous avons parlé du grand Hincmar Archevêque de Reims à la fin du siècle précèdent, et il embellit encore celui-ci par sa doctrine et par son zèle pour la Foi Catholique. Saint Sanson montra durant ce siècle la force de son esprit et de sa grâce en combattant les impiété des Sarrazins et les rêveries de Mahomet. La France se vit aussi avec plaisir délivrée de la tyrannie des Normands par le zèle et par le courage de saint Foulques. Le Pape Jean XI répara avec avantage toutes les pertes de l’Église par trois Conciles qu’il célébra. Notre admirable Rather eut un zèle ardent pour la vérité, qui lui mérita la gloire d’être nommé la terreur des Princes et le fléau des hérétiques. Ce fut ce grand homme qui s’opposa avec un courage invincible aux erreurs des Antropomorphites et des Sacramentaires. L’Italie troublée par les dissensions reçut la paix et la tranquillité par le zèle et par les négociations de saint Odon. Ce fut dans ce même siècle que nos Pères découvrirent plusieurs hérésies, et qu’ils les combattirent heureusement. Saint Adalric accorda les différends des Princes et arrêta la fureur des armées sur le point de donner combat. Adalbert, excellent Solitaire, après mille travaux, planta la foi de Jésus-Christ dans la Russie. Enfin ce furent en ce temps que tant de savants Moines, qui veillaient sans cesse sur la Maison de Dieu, découvrirent les erreurs qui se glissaient de toutes parts contre la vérité du Sacrement de l’Eucharistie ; ils s’y opposèrent quand ils les eurent découvertes, les combattirent glorieusement, et soutinrent la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans cet adorable mystère.

Je ne sais pas s’il y a eu aucun siècle depuis la naissance du monde, qui ait été plus riche en grands hommes et en grands Saints que celui-ci. Et je sais que presque tous ont été Solitaires et enfants de Saint Benoît ; de cette multitude infinie en voici un petit nombre. Saint Sunderold Archevêque de Mayence, qui mourut glorieusement pour la défense de sa patrie. Le grand Otton son successeur à qui l’Allemagne et tout l’Empire ont tant d’obligation. Frédéric ce fameux Patriarche d’Aquilée, qui institua le premier la Fête de la Conception immaculée de la Mère de Dieu. Tutelon duquel l’Église a reçu ce qu’elle chante de plus beau. Hildebert qui couronna l’Empereur Othon, et qui l’aida par de sages conseils à gouverner l’Empire. Le célèbre saint Odon, Abbé de Cluny, qui par ses sages négociations fit la paix entre les Princes Chrétiens, et qui rétablir l’observance de la Règle de saint Benoît dans l’Italie et dans la France, où elle était fort affaiblie. Ce grand homme porta son zèle et sa réputation si loin, que plus de deux mille Monastères furent soumis à sa conduite dans toutes les parties du monde. Il ne faut pas oublier S. Dunstan, la lumière et la gloire de l’Angleterre, il fit plier sous sa fermeté les Grands, les Prélats, les Princes et les Rois. Il ne faut pas non plus oublier S. Ælphegle un illustre Prélat d’Angleterre, Arnauld Archevêque de Reims, et saint Mayeul Abbé si fameux par ses miracles et par sa sainteté. Saint Oswald le fléau des hérétiques et des pécheurs. Æthelwold le véritable père des pauvres. Eckard Précepteur du jeune Othon. Enfin il ne faut pas passer sous silence saint Romuald l’honneur de l’Église et la lumière du monde.

Ajoutons à tant de grands hommes, qui sont sortis de nos Cloîtres, qui ont servi l’Église et éclairé le monde ; un grand nombre de grands Seigneurs, de Princes généreux qui y sont entrés, après avoir méprisé leur grandeur et toute la douceur de cette vie, pour embrasser l’austérité de notre Règle. Je n’en rapporterai qu’un fort petit nombre d’un beaucoup plus grand que je laisserai, Il faut commencer par un Roi de Moravie nommé Svatopluk, qui peu après sa conversion conçut tant d’estime de nos Religieux, qui l’avaient instruit et converti avec tous ses Sujets, il eut tant d’amour pour notre Institut, qu’il quitta la pourpre, et sa couronne, pour se couvrir de notre habit, et passa le reste de sa vie dans un Monastère avec beaucoup d’austérité et de soumission. Une illustre Reine nommée Ethelswide et la Princesse sa sœur, suivirent cet admirable exemple. Le Monastère de Quedlinburg fut un Séminaire de Princesses, qui par une vie pure et régulière méritèrent la couronne du Paradis. Mathilde, fille de l’Empereur Henri fut la Fondatrice et la première Abbesse de cette illustre et sainte Maison. Æthelflæd, fille d’Alfred Roi d’Angleterre et la Princesse sa sœur abandonnèrent aussi le monde, et ce qu’il a de grand, pour faire profession de notre Règle. Constantin troisième Roi d’Écosse, et Hugues Roi d’Italie, se refugièrent dans notre Ordre pour assurer leur salut. Pour vaincre le monde et pour mériter la félicité éternelle, Gloire, épouse de Légion Roi d’Espagne, et la Princesse Elvire sa fille, changèrent le faste de la Cour avec l’humilité du Cloître. Willa Reine d’Italie femme de Berenger second passa une partie de sa vie sous le joug de la Règle de S. Benoît. Burchard neveu de Henri premier, désira notre habit avec ardeur, et le porta toute sa vie avec une grande sainteté. Mais ce siècle ne vit rien de plus grand et de plus beau, que l’exemple de deux Impératrices, qui après avoir généreusement foulé aux pieds la couronne et la pourpre impériale, vécurent dans notre Ordre avec une sainteté et une humilité qui les a rendues plus illustres et plus glorieuses, que tous les Empires du monde; la première est sainte Mathilde épouse de l’Empereur Henri premier et mère d’Othon, elle est connue dans l’Église par ses prophéties et par son admirable sainteté. La seconde est sainte Adelaïde femme d’Othon premier.

Après tant de grands Princes et de saintes Princesses, qui ont embelli nos Monastères et édifié le monde durant ce siècle; il faut nommer une partie de ceux qui l’ont éclairé par leur doctrine. Je commence par saint Neotus qui rétablit dans son premier éclat l’Université d’Oxford la plus célèbre d’Angleterre, que nos Moines avaient fondée, et qui avait perdu une partie de son lustre à la fin du siècle passé. Foulques Archevêque de Reims rétablit aussi et éclaira l’Université de cette Ville. Et nos Confrères composèrent en ce temps et transcrivirent tant de Livres, que dans la seule Bibliothèque du Monastère de Novalle on en compta six mille et six cents Volumes. Il n’y en avait pas moins dans la plupart de nos grands Monastères. C’est une obligation que l’Église et tous les savants ont à tant de saints et doctes Solitaires, qui ont composé, qui ont transcrit et qui ont conservé ces riches trésors à la postérité. En ce même temps parut le grand Osfride si habile dans les Lettres saintes et profanes, à qui l’Allemagne a tant d’obligation. Reginon vivait aussi durant ce siècle, ce grand homme, qui ramassa avec une si grande érudition ce qu’il y a de plus beau dans les écrits des Saints Pères et dans les Décrets des Conciles touchant la discipline de l’Église. Rudgar composa aussi le Livre des Décrets avec un travail extrême pour lui; mais avec une utilité infinie pour l’Église. Ce grand homme avait gouverné l’Église de Trêves avec beaucoup de prudence et de sainteté. Nos plus célèbres Abbayes n’étaient pas seulement durant ce siècle, des écoles de toutes les vertus, elles étaient encore des Universités, où l’on enseignait toutes les sciences et tous les arts. En voici quelques-unes des plus connues les Monastères de Fulda, de Saint-Gall, d’Auge, de Mayence, de Corvey, de Prüm, de Milan et de Saint-Denis, de Trêves, de Reims, d’Auxerre, de Fleuri et de Visbourg. Je ne parle pas des autres Universités, qui ont produit en ce temps et dans les siècles suivants, un nombre sans nombre de Solitaires très savants et très saints. Nous n’eussions rien su de l’histoire des Saxons ni des belles actions du grand Othon si Widukind Moine de Corvey en Saxe ne les eut écrites et laissées à la postérité ; et si Flodoard ne nous eut laissé son excellente Chronique, nous eussions été privés de la connaissance de quantité de choses remarquables de l’antiquité ; et l’on peut voir par là que nos Moines n’ont pas été des fardeaux inutiles à la terre et à l’État; puisque leur Solitude a été si utile à toute la République Chrétienne, et que de leurs cellules ils ont veillé pour découvrir les ennemis de l’Église, et qu’ils ont soutenu la foi et la piété.

Prières

Neuvaine à l’Enfant-Jésus (du 16 au 24 de chaque mois)

Comme de coutume au Prieuré Notre-Dame de Bethléem, nous commençons aujourd’hui la Neuvaine à l’Enfant-Jésus. Confions tous nos besoins à l’Enfant-Jésus.

Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.
Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.
Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.

Prière de Sainte Jeanne de Chantal (1572-1641)

Ô Bonté souveraine de la souveraine Providence de mon Dieu, je me délaisse pour jamais entre vos bras ; soit que vous me soyez douce ou rigoureuse, menez-moi désormais par où il vous plaira. Je ne regarderai point les chemins par où vous me ferez passer, mais vous, ô mon Dieu, qui me conduisez ; mon cœur ne trouve point de repos hors des bras et du sein de cette céleste Providence, ma vraie mère, ma force et mon rempart ; c’est pourquoi je me résous, moyennant votre aide divine, ô mon Sauveur, de suivre vos désirs et ordonnances sans jamais regarder ou éplucher les causes de pourquoi vous faites ceci plutôt que cela, mais à yeux clos je vous suivrai selon vos volontés divines sans rechercher mon propre goût ; c’est à quoi je me détermine de laisser tout faire à Dieu, ne me mêlant que de me tenir en repos entre vos bras, sans désirer chose quelconque, que selon qu’Il m’incitera à désirer, à vouloir et à souhaiter. Je vous offre ce désir, ô mon Dieu, vous suppliant de le bénir, entreprenant le tout appuyé sur votre bonté, libéralité et miséricorde, en la totale confiance en vous et défiance de moi et de mon infinie misère et infirmité. Ainsi soit-il.

Antienne par Luca Ricossa

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Le mot de Saint Benoît

Craindre le jour du jugement.
Redouter l’enfer.
Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de l’esprit.
Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.

Du livre de Saint Augustin : « Des devoirs à rendre aux morts »

Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.

Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décédés dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.

Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre le soin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #2

Depuis l’an 680 jusqu’à l’an 780.

Outre les Apôtres des nations que notre Ordre a produits au siècle précédent, que nous avons rapportés ; outre un plus grand nombre que nous avons omis, il ne faut pas oublier saint Kilian, qui convertit toute la Franconie à la foi de Jésus-Christ, après en avoir instruit et baptisé le Prince. Il ne faut pas oublier non plus plusieurs de nos Solitaires, qui plantèrent la foi chrétienne dans la Saxe Orientale, et qui en convertirent le Roi. Les glorieux saints Egbert, Wigbert et Théodore portèrent l’Évangile en diverses provinces avec un succès merveilleux. Saint Lambert gagna à Jésus-Christ la Champagne et le Brabant. La Westphalie, la Frise et la Hollande converties au Sauveur du monde furent les fruits des travaux de saint Wigbert. Saint Willibrord combattit et surmonta l’idolâtrie dans plusieurs provinces. De Moine Bénédictin il fut fait Évêque d’Utrecht. Saint Turmie prêcha la vérité chrétienne aux Saxons dans des lieux où elle n’avait jamais été connue. Le même S. Willibrord soumit à Jésus-Christ une grande partie des peuples du Septentrion; il fut l’Apôtre des Danois. S. Suitbert n’acquit pas moins de gloire et n’eut pas moins de succès en portant la parole de Dieu dans les provinces les plus farouches de l’Allemagne et de la Thrace; et en obligeant par son admirable éloquence les peuples du Brenzen et leurs voisins à adorer Jésus-Christ qu’ils avaient toujours méprisé. S. Marcellin établit la véritable Religion dans toute la Transylvanie, après en avoir entièrement banni l’idolâtrie. Il faut ajouter à ces Apôtres de tant de nations saint Boniface, que le Pape Grégoire II envoya en Allemagne; car ce Saint éclaira toutes ces grandes provinces des lumières du Saint-Esprit dont il était rempli. Le Cardinal Baronius parlant de lui, l’a justement nommé le fils du tonnerre ; puisqu’il exerça son apostolat avec tant de ferveur, de zèle et de succès, qu’après avoir entièrement ruiné l’idolâtrie, et dissipé les hérésies, il soumit encore à Jésus-Christ les pays de Hesse et de Thuringe. Nos Solitaires savants et zélés après avoir dissipé avec tant de gloire l’idolâtrie de presque toute l’Europe, eurent d’autres ennemis à combattre et une autre nuit à dissiper par la clarté de Jésus-Christ. Car ce siècle fut infecté d’un très grand nombre d’hérésiarques, et obscurci par une infinité d’hérésies. Mais tout cela ne servit qu’à donner à nos Solitaires une moisson plus ample de travaux, de combats, de victoires et de nouveaux triomphes. Saint Agathon, qui avait été tiré du Monastère pour être élevé sur le trône apostolique, s’opposa généreusement aux Monothélites et aux Iconoclastes ; il les combattit et les surmonta, assurant à Jésus-Christ ses deux volontés comme ses deux natures, et aux saintes images l’honneur qui leur est dû, et qu’on leur refusait. Ce fût pour ce sujet qu’il assembla ce Concile célèbre de Constantinople, qui est le sixième général. Le Pape Sergius son successeur au Siège de saint Pierre, qui avait été Moine comme lui, imita son courage et sa conduite. Il s’opposa avec une constance digne du Chef de l’Église à l’Empereur et au faux Concile qu’il avait assemblé dans la même ville impériale, Grégoire II, qui avait aussi ajouté à la profession monastique la première dignité de l’Église, a laissé à la postérité un exemple admirable de courage et de force, lors que pour soutenir l’honneur des saintes images et la pureté de la foi, il excommunia l’Empereur Léon et le priva de l’Empire d’Italie.

Les autres Prélats, qui avaient été tirés de nos Cloitres pour gouverner les Églises, imitèrent ces saints Pontifes. Ils attaquèrent et confondirent les mêmes hérésies avec un semblable succès, Saint Jean de Damas vainquit les ennemis des images. La Bavière était toute infectée d’hérésie, et saint Boniface l’en purgea. La simonie fut aussi combattue et surmontée par Othon un de nos Religieux. Enfin S. Étienne Pape assembla un Concile à Rome, dans lequel il abolit entièrement l’hérésie des ennemis des images, qui renaissait et qui s’augmentait sans cesse.

Qui pourrait expliquer les grands et importants services que nos Solitaires ont rendus à l’Église Romaine durant ce siècle, et les avantages qu’ils lui ont procurés. Benoît II lui a rendu et assuré sa liberté, et a fait reconnaitre au monde son autorité souveraine. La plus grande partie de son domaine temporel est un des soins et du courage du Pape Zacharie; et si en ce temps elle triompha des Schismatiques, qui étaient si puissants, ce fut par les travaux et par la générosité du Pape Sergius, de saint Anselme et de plusieurs autres savants et généreux Bénédictins. Le Pape Grégoire II rebâtit et embellit la ville de Rome, ce fut lui qui défendit même avec les armes les droits de son Église. Enfin le Pape saint Étienne réforma les mœurs du Clergé, et mourut plein de gloire et de mérite, après avoir banni de l’Église les vices et les erreurs.

Si un Ordre Monastique peut encore recevoir quelque gloire et quelque éclat des personnes de grande qualité qui en ont fait profession, celui de saint Benoît en doit avoir beaucoup ; car durant ces trois siècles il en a reçu et en a sanctifié un très grand nombre. Ce siècle nous en fournit plusieurs, même des Princes et des Rois, qui méprisèrent la couronne et la pourpre, pour assurer leur salut dans nos Monastères sous l’habit de saint Benoît. D’un très grand nombre, que je trouve dans de très bons Auteurs, je n’en rapporterai que fort peu. Wamba Roi d’Espagne, Ethelred, Cenred, Asta, et Chinesuinde, Alfrede, Winoc, Atroc, Ceolwulf, Ine, Ratchis, Tassia, Tatrude, Etheldrède (Audrey), et Carloman Roi d’Austrasie. Tous ces Princes et ces Princesses désabusés de la vanité du monde, lassés du bruit et des embarras de la Cour, pénétrés de la crainte de Dieu, éclairés de sa lumière, et embrasés du feu saint de son amour, se réfugièrent dans nos Cloitres, y vécurent saintement, et y moururent pour vivre dans l’éternité.

Nous ne parlons pas d’un nombre presque infini de glorieux Martyrs qui ont arrosé et embelli durant ce siècle toute l’Église de leur sang, qu’ils ont généreusement répandu pour l’amplifier et pour la défendre.

Mais je ne veux pas oublier un très grand nombre de beaux esprits, qui ont été élevés dans notre Ordre, qui se sont rendus admirables dans tous les arts et dans toutes les sciences, et qui ont fait l’ornement de ce siècle. Le vénérable Bède a éclairé l’Angleterre, et tant de Solitaires très célèbres qui ont établi et rendu si célèbre l’Université de Fulda, autrefois la plus savante d’Allemagne. Il ne faut pas oublier aussi le grand Egbert qui a fondé la belle Académie et la riche Bibliothèque d’York.

Un nombre qu’on ne peut pas compter de parfaits Religieux se sont sanctifiés dans l’Ordre par la pratique exacte de la Règle durant ce siècle, et ont mérité le Paradis par leurs vertus et par leur austérité.

Depuis l’an 800 jusqu’à l’an 900.

Nous ouvrirons ce siècle par les Apôtres de beaucoup de nations, qui n’avaient pas encore entendu parler de Jésus-Christ, ou qui après leur première conversion étaient retombées dans l’idolâtrie. Le premier sera saint Sturme excellent Abbé de Fulda qui prêcha l’Évangile dans la Thuringe et dans la Saxe ; et qui au commencement de ce siècle couronna ses glorieux travaux par une mort encore plus glorieuse, puisqu’il la souffrit pour la querelle de Jésus-Christ. Saint Willehad détruisit heureusement les restes du Paganisme dans plusieurs provinces d’Allemagne. Nos Historiens disent des merveilles de saint Ludger, qui après avoir abandonné l’Évêché de Trèves, qu’il gouvernait fort saintement, et où il vivait en repos et avec beaucoup d’honneur, souffrit des peines infinies pour la conversion des Frisons. Saint Burchard a mérité le nom de Père et d’Apôtre de la Franconie par ses invincibles travaux. Saint Ludger éclaira le Septentrion comme un astre nouveau. Il porta la chaleur de sa charité et la lumière de la doctrine dans les climats les plus écartés et les plus froids, et acquit à Jésus-Christ toute la Scandinavie. Saint Anschaire convertit à la foi toute la Gothie avec son Roi, la Suède et les nations voisines avec leurs Souverains. La Saxe que nos Bénédictins avaient éclairé tant de fois de la lumière de l’Évangile, et qui s’était pervertie tant de fois, fut encore éclairée durant ce siècle de la même clarté par les prédications de saint Kortilla un très savant Abbé. Saint Anschaire prêcha encore aux Danois, qui avaient repris l’idolâtrie, et les reconquit à Jésus-Christ. Saint Rembert travailla encore dans ce même Royaume à convertir les peuples à la foi et à racheter les captifs. Je n’oublierai pas ici l’admirable conversion des Bulgares, à laquelle nos Pères ont travaillé avec tant de succès. Trebellius leur Roi conçut tant de ferveur par les prédications et par la conversion de ses saints Apôtres ; qu’il abandonna le monde et ses États, prit l’habit de l’Ordre et en fit profession, Saint Adalbert fermera cette glorieuse troupe d’Apôtres des nations, il mourut après avoir glorieusement semé la parole de Dieu dans le Danemark, dans la Suède et dans la Gothie avec des travaux infinis. On y peut ajouter nos généreux et savants Moines de Corbie, qui prêchèrent Jésus-Christ dans la Slavonie et dans les provinces voisines avec un succès merveilleux.

Rien n’approche davantage de la gloire de l’Apostolat que la couronne du martyre; on ne saurait compter les généreux Martyrs de l’Ordre de saint Benoît, qui ont empourpré de leur sang durant ce siècle presque toutes les nations du monde. Le seul Danemark fut arrosé du sang précieux d’un grand nombre de nos Solitaires, qui y furent massacrés pour la foi de Jésus-Christ. L’Espagne fut consacrée par le martyre de saint Parfait et de plusieurs de nos pères. C’est encore là que Saint Pierre un Solitaire très zélé reçut une semblable couronne, pour le juste et magnifique fruit de ses travaux. Saint Hiéron mourut dans la Frise pour le même sujet et saint Ménard en Allemagne. L’Angleterre et l’Écosse furent toutes teintes et embellies des vertus et du sang de nos Religieux, répandu pour la foi de Jésus-Christ et pour couronner ce grand nombre de nos Martyrs, nous y ajouterons saint Salomon Roi de l’Armorique ou petite Bretagne, Religieux et Martyr.

Les Apôtres des nations sèment le grain précieux de la parole divine, les Martyrs cultivent cette sainte semence et l’arrosent de leur sang : et on peut dire, que ceux qui combattent les hérésies par leurs controverses, et les vices par leurs Sermons, ou qui apaisent les schismes qui naissent dans le champ de l’Église, contribuent beaucoup à nourrir ce grain sacré et à le multiplier au centuple.

C’est principalement durant ce siècle, que le zèle de nos Pères parut en réfutant les hérétiques par leurs discours éloquents, et par leurs doctes écrits, et en réunissant les esprits et les cœurs des fidèles, que divers intérêts avaient aigris et séparés. Saint Béat et saint Éthérée combattirent. généreusement la pernicieuse hérésie d’Élipante et l’anéantirent presque en même temps. Amaury travailla avec beaucoup de soin à traiter la paix de l’Église avec l’Empereur, et la conclut heureusement pour le bien et pour le repos de toute la République Chrétienne. Le Pape Grégoire vint en France pour apaiser les différends qui étaient entre l’Empereur et les Princes ses enfants. Raban et Hincmar étouffèrent les erreurs de Godescalc presque dans leur naissance.

À peine trouverez-vous une Église considérable durant ce siècle, qui n’ait été gouvernée par nos Bénédictins. Car l’Ordre a donné au Saint-Siège le grand et généreux saint Léon, qui par la fermeté de la foi, par la sainteté de ses mœurs, par la grandeur de son courage et par ses belles actions a mérité une gloire éternelle. C’est à ce grand Pontife que l’Occident a obligation de l’Empire. Il faut ajouter à ce Saint le Pape Étienne V célèbre par son éminente Sainteté; et Pascal premier, qui mérite beaucoup de gloire pour avoir augmenté le patrimoine de saint Pierre, et pour avoir vigoureusement soutenu l’élection libre des Évêques et des Souverains Pontifes. Grégoire IV délivra l’Italie de la tyrannie des Sarrasins. Et saint Léon IV soutint encore la liberté des élections, délivra la ville de Rome de la peste et d’un funeste embrasement. Il rendit encore toute l’Angleterre tributaire au Saint-Siège par la seule réputation de sa sainteté. Je ne parle pas d’une infinité d’autres Prélats que l’Ordre a donnés à toutes les Églises ; puisqu’on peut dire, que durant tout ce siècle il y en avait fort peu d’autres.

Si ce siècle a passé pour un des plus savants, et des plus riches en hommes excellents dans tous les arts et dans toutes les sciences, il en a l’obligation à l’Ordre de S. Benoît qui les lui a presque tous donnés. Je n’en marquerai qu’un petit nombre. Paul Diacre abandonna les plus glorieux emplois pour se faire Bénédictin, et fut après tendrement aimé de l’Empereur Charlemagne. Il composa et mit en ordre tout l’Office divin, et enrichit l’Église de beaucoup d’autres écrits. L’Université de Paris la plus célèbre et la plus savante du monde, doit à nos Pères sa naissance et son premier éclat; le grand Alcuin l’institua et l’éclaira de la doctrine. C’est à ce grand homme que nous devons aussi l’institution de la Fête de la Très-sainte Trinité ; il en composa l’Office, et en prêcha le culte. Il laissa encore plusieurs écrits, qui font connaitre la force de son esprit et la profondeur de sa doctrine. L’Université de Pavie, la plus illustre de l’Italie, a la même obligation à Jean Scot. Enfin on peut dire sans crainte que nos savants Solitaires ont éclairé toute l’Europe, en établissant durant ce siècle dans toutes les provinces des Collèges, où ils enseignaient toutes les sciences et tous les arts. Et ce fut par leur moyen que la France égala en ce temps, et même surpassa toute la science de la Grèce. L’Allemagne fut aussi si bien cultivée par nos Solitaires, que durant ce siècle elle produisit un très-grand nombre d’hommes excellents pour la sainteté de leur vie et pour l’éminence de leur doctrine, Et ce n’est pas une petite gloire pour nos Pères, que par des exemples de leurs vertus et par leurs savantes leçons ces peuples grossiers et farouches se soient rendus en ce temps si doctes et si saints. Le premier qui enseigna la Théologie, et qui établit des écoles de toutes les sciences dans Lyon fut le savant Solitaire Laidrad. Saint Anschaire porta dans le Danemark les sciences et les arts libéraux, qui jusqu’à lui y avaient été inconnues. Raban Maur porta le premier la langue grecque en Allemagne. Le très éloquent Aimon d’Alberstat parut encore dans ce siècle. Strabon y parut aussi ; c’est à lui que nous devons la glose ordinaire. Nous avons encore assez de marques de l’esprit et de la rare doctrine d’Hincmar Archevêque de Reims, comme aussi de l’Abbé Hilduin, qui vivait dans ce siècle. Anségise Abbé de Luxeuil, s’y distingua aussi avec un éclat merveilleux. Il ne faut pas oublier tant de grands hommes qui sortirent d’Irlande et qui passèrent par troupes en France et en Allemagne, et qui remplirent avec tant de gloire et de sainteté les sièges Épiscopaux et les principales chaires des Universités. Il nous serait bien facile d’ajouter encore ici un très grand nombre de Prélats, d’Empereurs, de Rois, de Princes, de Princesses, et d’autres personnes de la première qualité, qui méprisèrent durant ce siècle tout le lustre et tout l’éclat du monde, pour se cacher dans l’obscurité de nos Cloitres. Mais je les veux passer, parce que je fais un abrégé, et que je n’ai promis qu’une légère idée et un tableau raccourci de la gloire de l’Ordre de saint Benoît. Je ne dirai rien non plus de cette troupe, qu’on ne peut pas compter de Saints et de Saintes, que notre Ordre a envoyés en Paradis durant ce siècle.

Prières

Oratio

Deus, véniæ largítor, et humánæ salútis amátor : quæsumus cleméntiam tuam ; ut nostræ Congregatiónis Fratres, propínquos et benefactóres, qui ex hoc sæculo transiérunt, beáta María semper Vírgine intercedénte cum ómnibus Sanctis tuis, ad perpétuæ beatitúdinis consórtium perveníre concédas.

Oraison

Ô Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez à tous les Frères, les proches et les bienfaiteurs de notre Ordre, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Père Éternel, j’offre le Très Précieux Sang de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes qui sont dites aujourd’hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs dans l’Église universelle, pour ceux de ma maison et de mes proches. Ainsi soit-il.

Prière de Dom Edmond Martène (1654-1739)

Prions pour les âmes de ceux que nous aimons, pour ces âmes que Dieu a retirées des tristes et mortels filets de cette terre. Que le Dieu dont la Toute-Puissance s’étend à toutes choses et qui possède un trésor infini de richesses spirituelles, que ce Dieu vienne du haut du Ciel, au secours de ces chères âmes. Qu’il les préserve des ardeurs du feu qui ne s’éteint jamais, qu’il leur donne le rafraichissement de l’éternel Royaume. Que là-Haut ces âmes soient enivrées de félicité et de joie en présence du Roi, au milieu de tous les justes et de tous les élus qui les ont précédées dans la splendeur des Saints, sur un trône d’une incomparable majesté et dans la Lumière de la région des vivants. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ego sum resurrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; et omnis qui credit in me, non morietur in æternum.

Ã. C’est moi qui suis la résurrection et la vie : qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et qui croit en moi ne mourra pas pour toujours.

Antienne grégorienne “Ego sum resurrectio et vita”

Antienne Ego sum resurrectio et vita

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Annonce du Martyrologe Bénédictin

Fête de tous les Saints qui ont milité sous la Règle de Notre Saint Père Benoît, fête instituée par le Pape Paul V.

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d’éviter les peines de l’enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.

Sermon

Extrait d’un sermon de Saint Bernard sur Saint Benoît

Vous avez entendu aujourd’hui même les promesses que le Seigneur fait dans son Évangile à ses apôtres, à qui il disait: « Vous serez assis sur des trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël (Mt 19, 28). » Vous avez là le repos, « vous serez assis », et l’honneur, « vous jugerez. » Mais Notre-Seigneur lui-même n’a pas voulu arriver à ce repos et à cet honneur sans passer par le travail et par les abaissements. S’il fut condamné à la mort la plus honteuse, mis à l’épreuve des tourments et rassasié d’opprobres, ce ne fut que pour couvrir de confusion son ennemi, et quiconque l’imite et le suit dans ses égarements. Voilà, esprit inique, voilà celui qui doit aller s’asseoir sur le trône de sa majesté, parce qu’il est semblable au Très-Haut et le Très-Haut est avec lui. C’est à quoi ont pensé les saints anges qui ne voulurent point partager l’apostasie du Malin qu’ils ont vu précipité, et nous ont laissé ainsi un exemple, afin que, de même qu’ils ont mieux aimé se tenir au rang des serviteurs, nous fissions de même de notre côté. Quiconque fuit le labeur et aspire aux honneurs doit donc savoir qu’il marche sur les pas de l’ange qui a aspiré à s’élever et à aller s’asseoir, et si la faute de cet esprit ne l’épouvante point, que du moins son châtiment l’effraie; car tout a tourné pour lui différemment de ce qu’il avait pensé, en sorte qu’il devint un objet de risée et qu’un feu éternel fut préparé pour le recevoir. C’est pour éviter ces malheurs que les saints anges ont semé pour nous la semence de la prudence, dont ils ont commencé de faire preuve eux-mêmes au moment où les autres sont tombés.

C’est aussi la semence que les apôtres ont répandue pour nous, lorsqu’ils s’attachèrent au Seigneur au moment où tant d’autres qui, préférant la sagesse de ce monde qui n’est que folie auprès de Dieu, et la prudence de la chair qui opère la mort et est ennemie de Dieu, s’éloignaient de lui, scandalisés de ce qu’ils lui entendaient dire, du sacrement de la chair et de son sang; ils ne continuèrent pas davantage à marcher à sa suite. Les disciples, au contraire, à la demande que leur fit le Seigneur pour savoir s’ils voulaient, eux aussi, le quitter, répondirent: « Seigneur à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle (Io 6, 69). » Mes frères, il faut que nous imitions cette prudence, il y en a beaucoup encore qui marchent dans la société de Jésus jusqu’à ce que vienne le moment pour eux de manger sa chair et boire son sang, c’est-à-dire de prendre part à sa passion, car c’est ce que signifient ces paroles, c’est le sens même de ce sacrement, et qui alors se scandalisent aussi et retournent sur leurs pas, en disant : « C’est une parole dure à entendre (Ibid. 61). » Pour nous, partageons la prudence des apôtres et écrions-nous avec eux : « Seigneur, à qui irons-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. » Non, nous ne vous quitterons point; vous nous donnerez la vie. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui tombe de la bouche de Dieu (Dt 8, 3 et Mt 4, 4). Le monde n’est pas seul à avoir ses délices, il s’en trouve de plus grandes que les siennes dans vos paroles. C’est ce qui faisait dire au Prophète: « Que vos paroles semblent douces à mes lèvres ! elles le sont plus que ne le serait le rayon de miel (Ps 118, 103). » À qui donc pourrions-nous aller, Seigneur, puisque vous avez les paroles de la vie éternelle, c’est-à-dire, des paroles qui sont au dessus de toutes celles que le monde peut avoir ? Non-seulement, mes frères, il est la vie même, mais il en est aussi la promesse, il est l’attente des justes, il est leur joie, mais leur joie si grande que tout ce qu’on peut désirer ne lui pourrait être comparé. La prudence est donc la semence que les saints apôtres ont semée pour nous. Quant aux martyrs, il est clair que leur semence est une semence de force. Celle des confesseurs est la justice qu’ils n’ont cessé de poursuivre pendant toute leur vie ; car il y a la même différence entre les martyrs et les confesseurs qu’entre Pierre qui laisse tout, à la fois, et Abraham qui emploie les biens de ce monde à de bonnes œuvres. Les premiers ont, en effet, .vécu beaucoup de temps en quelques instants, et les seconds ont passé leur vie au milieu de longs martyres de toutes sortes. Pour ce qui est des vierges saintes, il est de toute évidence que leur semence est celle de la tempérance puisqu’elles ont su fouler la passion aux pieds.

Par sa doctrine Saint Benoît nous instruit et dirige nos pas dans les sentiers de la paix, et par la justice de sa vie, il nous donne des forces et du courage, et nous anime d’autant plus à faire ce qu’il nous a enseigné, que nous savons pertinemment qu’il ne nous a enseigné que ce qu’il a fait lui-même. Il n’est pas, en effet, d’exhortation si pleine de vie et d’efficacité que l’exemple, car celui qui fait ce qu’il conseille le rend facile à persuader, puisqu’il montre, par sa conduite, que ce qu’il conseille est praticable. Voilà donc comment la sainteté fortifie, la piété instruit, et la justice confirme. Quelle ne fut donc pas en effet la piété de cet homme, qui, non content d’être utile à ceux de son temps, se mit en peine de l’être aussi à ceux qui viendraient après lui? Non-seulement cet arbre a porté du fruit pour ceux qui vivaient alors, mais il en a produit qui dure et persévère jusqu’à nos jours. Il était, certes, bien aimé de Dieu et des hommes, celui dont la présence fut en bénédiction, comme nous voyons que le fut celle de bien des saints, qui, n’étaient aimés que de Dieu, parce qu’ils n’étaient connus que de lui, mais dont le souvenir, de plus, est encore en bénédiction maintenant. En effet, jusqu’à ce jour, par la triple confession de son amour de Dieu, il paît le troupeau du Seigneur de trois sortes de fruits à la fois. Il le paît par sa vie, par sa doctrine et par son intercession. Sans cesse aidés par elle, portez aussi des fruits à votre tour, mes très-chers frères, car c’est pour cela que vous avez été établis, c’est pour que vous alliez , et que vous produisiez du fruit (Io 15, 16). Mais d’où devez-vous sortir pour aller ? De vous mêmes, mes frères, selon ce mot de l’Écriture : « Détournez-vous de votre propre volonté (Eccl 18, 30). » Ne lisons-nous point aussi du Seigneur que « celui qui sème s’en alla semer » (Mt 13, 3)? Ainsi nous avons la semence, nous avons vu quels furent ses fruits; c’est à nous de l’imiter, mes frères, car il n’est venu que pour nous donner la forme, nous montrer la voie.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #1

Les progrès de l’Ordre de saint Benoît, après la mort de son saint Patriarche furent merveilleux, comme les grandes actions de ses enfants. J’aurais du plaisir à les écrire; mais comment pourrait-on enfermer dans un abrégé ce que tant de Solitaires si illustres et si parfaits ont fait et ont souffert dans toutes les parties du monde pour la gloire de Dieu, pour l’établissement, pour la défense et pour l’ornement de l’Église durant tant de siècles ? L’Ordre de S. Benoît a tant fait et de si grandes choses durant près de douze cens ans, il a porté la foi de Jésus-Christ et la sainteté des mœurs en tant de nations différentes, avec tant de gloire et de succès; qu’il faudrait écrire l’histoire de toute la Religion Chrétienne, ou plutôt l’histoire de tout le monde, pour faire exactement celle de ce Saint Institut.

Je ne dois pourtant pas passer sous silence tant de merveilles et tant de grands progrès ; il faut que j’en fasse ici un léger crayon: car il est important que tous nos Solitaires conçoivent une idée véritable de cet admirable Corps dont ils sont les membres ; afin de s’animer par cette vue à ne rien faire et à ne rien souffrir, qui soit indigne d’une profession si sainte et si glorieuse.

C’est cet Ordre qu’un écrivain fort éloquent a comparé à un ruisseau fort petit dans sa source; mais qui s’est si bien enflé dans son cours, qu’il est devenu un grand fleuve, duquel tant d’autres sont sortis et ont pris de sa plénitude; à cette petite pierre détachée sans le secours d’aucune main humaine, qui a renversé l’empire du démon, et qui est devenue une haute montagne. Enfin il le compare à ce petit grain de l’Évangile, qui est devenu un grand arbre, et qui a étendu ses branches dans toutes les parties du monde, qui a couvert sous son ombre les Prélats, les Rois, les Princes et les peuples, qui a fait l’ornement de l’Église et la joie du Paradis.

Mon dessein est de faire ici un petit Catalogue de quelques-uns de nos plus illustres Solitaires de l’un et de l’autre sexe, il sera assez court pour ne pas ennuyer le lecteur, et assez long pour former dans son esprit une magnifique idée de la sainteté et de la gloire d’un père, qui a produit tant d’illustres enfants. Il pourra aussi animer nos Solitaires, qui leur ont succédé; et qui vivent dans les mêmes Maisons et sous la même Règle, à pratiquer les mêmes vertus, et à s’éloigner de ce qui peut ternir la gloire et la sainteté d’un Ordre si glorieux et si saint.

Mais je suis obligé d’avertir, qu’en faisant ce Catalogue de nos illustres, je ne donnerai point dans le sentiment de quelques écrivains, qui par un zèle excessif ont donné à l’Ordre de saint Benoît des Saints qui ne lui appartiennent pas, et qui le parent sans nécessité d’ornements empruntés; car il est assez riche, il se contente de ses propres biens. Mais je ne donnerai pas non plus dans le sentiment de quelques nouveaux savants, qui par une critique trop sévère, rejettent comme supposé tout ce qu’ils ne trouvent pas appuyé par des Auteurs du même temps ; et qui sur des conjectures trop légères condamnent la tradition, et font cent injustices à la vérité, qu’ils prétendent défendre.

J’ai des Historiens plus anciens, plus célèbres, plus équitables, et qui méritent bien mieux d’être crus que ces nouveaux auteurs ; car ils nous ont laissé ce qu’ils avaient reçu de leurs pères, et nous devons recevoir leur tradition avec respect, et la laisser à ceux qui viendront après nous comme un précieux héritage. La plus grande partie des vérités de fait ne s’établit que de cette manière; et si on demandait toujours des témoins du même temps, où en serions-nous ? Les traditions les plus saintes seraient ébranlées.

Les premiers écrivains de notre Ordre ont eu, sans doute, plus de connaissance de ce qui s’est passé dans les premiers siècles, que ceux qui en écrivent à présent ; parce qu’ils étaient bien plus proches de la source. Les faits ne s’éclaircissent pas par la suite des temps, cet éloignement les obscurcit. Les anciens Auteurs ont vu très-assurément les écrits et les originaux que nous voyons, et ils en ont vu plusieurs que nous n’avons pas vus, et que nous ne verrons jamais. Car tout le monde sait qu’il s’en est perdu un très grand nombre par le malheur des temps, par la fureur de la guerre, par le saccagement des villes, par le pillage des Monastères les plus illustres, et par l’incendie des bibliothèques les plus nombreuses et les plus riches.

On ne peut donc pas sans témérité soupçonner seulement tant de savants historiens d’avoir manqué de lumière ou de sincérité. Et vouloir les accuser d’en avoir voulu imposer à la postérité en écrivant contre leur conscience et la bonne foi, c’est une grande injustice; car si ces écrivains qui ont composé leur histoire il y a trois cents, deux cents, ou même depuis cent ans, n’avaient point trouvé dans aucun Auteur plus ancien, ni dans aucune pièce authentique ce qu’ils ont avancé ; s’ils ne l’avaient appris d’aucune tradition, on aurait droit de les traiter de fourbes et de menteurs. Mais s’ils ne l’ont écrit qu’après s’en être assurés sur de bons mémoires, ou sur des témoignages dignes de foi; pourquoi est-ce que les nouveaux savants s’éloignent de leur sentiment, et les blâment d’ignorance ou d’infidélité ? pourquoi donnent-ils à ces grands hommes tant de démentis ?

Une possession si ancienne et si paisible dans laquelle nous sommes de tant de personnes illustres, et de tant de Saints du sixième et du septième siècle est trop bien établie, pour nous être ravie si légèrement. Il faut des titres et des titres incontestables pour nous la disputer. Tous les arguments négatifs et toutes les conjectures du monde sont des preuves trop légères pour affaiblir notre droit ; il est reçu dans l’Ordre et même dans toute l’Église, il est même reconnu par les écrivains étrangers.

[Certains saints de ces deux premiers siècles bénédictins ne sont pas au sens le plus strict « bénédictins ». En effet, à cette époque la plupart des monastères avaient leur propre règle de vie souvent composée de plusieurs règles écrites. La Règle de Saint Benoît va néanmoins s’imposer de plus en plus durant le 7ème siècle, notamment dans les monastères colombaniens semés à travers toute l’Europe.]

Les saints et les personnes illustres de l’Ordre de S. Benoît qui ont fleuri depuis l’année 480. jusqu’à l’année 580.

On ne doit marquer la naissance de l’Ordre de S. Benoît que presqu’à la fin du cinquième siècle de celle du Sauveur du monde. Et nous avons dit un mot de ses progrès jusqu’à la mort de son saint Patriarche. Nous avons dit aussi qu’en même temps notre Institut éclaira la France par les miracles et par la sainteté de saint Maur, et qu’il reçut aussi lui-même un éclat merveilleux dans ce grand Royaume. Car parmi un très-grand nombre de personnes de qualité qui abandonnèrent le monde et ce qu’il a de doux pour se donner à Dieu, Flore un des premiers Officiers de la Couronne et favori de son Prince, quitta tous ses avantages pour prendre notre habit. Ce fut encore en ce même temps qu’on bâtit en France et en Italie beaucoup de Monastères pour nos Religieux ; et que presque tous ceux qui étaient établis dans ces grandes provinces, quittèrent leurs Statuts et leurs manières de vivre, pour prendre la Règle de saint Benoît. Enfin ce fut durant ce premier siècle de notre Ordre et le sixième de Jésus-Christ, qu’un nombre infini de personnes de tous les âges, de tous les sexes et de toutes les conditions abandonnèrent le monde pour assurer leur salut en passant le reste de leur vie dans nos Monastères. Un des plus célèbres que je ne puis ne pas oublier, c’est le grand Cassiodore, lequel après avoir été Secrétaire d’état et pris tant de part au gouvernement de l’Empire sous trois divers Rois; après avoir été Consul et Sénateur, pour couronner sa vie par une heureuse fin, se soumit à la discipline de saint Benoît et fonda deux de nos Monastères : Hic primitus Consul, deinde Senator, ad postremum vero monachus extitit. Quelques Auteurs y ajoutent Denis le Petit, si célèbre pour le recueil qu’il a fait des Saints Canons. C’est tout ce que je dirai de ce premier siècle, qui a fourni assez de matière pour remplir plusieurs volumes. J’ai déjà parlé de la Mission de saint Placide et de nos premiers Martyrs.

Depuis l’année 580 jusqu’à l’année 680.

Ce second siècle de notre Ordre fut encore plus glorieux et bien plus utile à l’Église. Celui qui occupait dans son commencement la Chaire de saint Pierre et qui gouvernait toute l’Église était Pelage II. Ce grand pontife assembla plusieurs Conciles pour pourvoir aux présents besoins de la Religion. Des écrivains dignes de foi le font disciple de saint Benoît et Religieux de son Ordre: aussi eut-il un grand zèle pour notre Institut, qu’il favorisa à Rome et partout ailleurs. Il l’étendit et en multiplia les Maisons ; car quoique de son temps et même du vivant de saint Benoît, il y eut dans Rome des Monastères de l’Ordre, où nos Religieux vivaient avec une sainteté admirable; on y en bâtit encore d’autres de son temps : même les principales Églises de cette grande Ville furent données durant ce siècle à nos Solitaires, par la libéralité des Souverains Pontifes, du consentement du clergé.

Mais saint Grégoire le Grand surpassa tous ses prédécesseurs dans l’amour qu’il avait pour un Ordre, qu’il avait lui-même embrassé, et dans le zèle qu’il témoigna à le favoriser. Avant qu’il fut élevé au Souverain Pontificat, il fit de son propre Palais un Monastère, il y mit nos Religieux, et après cela il y entra lui-même et y fit profession. Rome servit d’exemple aux autres villes d’Italie, et à toutes les provinces de l’Empire. Car on bâtit partout de nouveaux Monastères, et on réforma les anciens, en y établissant l’observance de la Règle de saint Benoît: et dans tous ces saints lieux un nombre infini de Prélats, d’Abbés, d’Abbesses et de Solitaires très parfaits de l’un et l’autre sexe ont éclairé le monde par leur sainteté, par leur doctrine, par leurs miracles et par leurs grandes actions. Le Père Mabillon en rapporte une partie, après cent autres écrivains.

Je n’entreprends pas de nommer ici tous les grands Prédicateurs, que l’Ordre a produits durant ce siècle. Ce sont eux qui ont renversé l’idolâtrie et planté la foi de Jésus-Christ dans tant de nations et de provinces, qui les reconnaissent et qui les honorent comme leurs véritables Apôtres. D’un si grand nombre je ne nommerai que saint Omer et saint Amand, par qui les restes de la Gentilité furent arrachées en France et dans les Pays-bas. L’Angleterre fut éclairée par la lumière de l’Évangile, que saint Augustin, Saint Laurent, Saint Mélice, Saint Wilfried, et Cuthbert y répandirent. Et plusieurs provinces d’Allemagne reçurent la véritable Religion par les prédications de Winefride et de Rupert. Il ne faut pas douter que ces grands hommes, ces Solitaires zélés n’aient planté la profession monastique dans ces États avec la foi de Jésus-Christ. Car la France, qui avait déjà reçu dès le sixième siècle la vie religieuse par le ministère de S. Maur, fut dans celui-ci toute remplie et toute enrichie de Monastères de notre Institut dans toutes ses provinces par le zèle des saints Colomban, Eustase, Amand, Agile, et Philibert. Saint Fructueux et saint Ildefonse éclairèrent l’Église d’Espagne et étendirent notre Institut dans ce Royaume.

Prières

Oratio

Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut ad meliórem vitam sanctórum Monachórum exémpla nos próvocent ; quátenus, quorum solémnia ágimus, étiam actus imitémur. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, que les exemples des Saints Moines nous excitent à une vie meilleure, en sorte que nous imitions aussi les œuvres de ceux dont nous célébrons la fête. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prières de Dom Joseph Mège à Saint Benoît (1625-1691)

Pourquoi, Seigneur, avez-vous rendu Saint Benoît si admirable et si parfait ? Pourquoi l’avez-vous élevé au milieu de votre Église comme un astre brillant et comme un éclatant flambeau ? N’est-ce pas pour nous éclairer ? Et à quoi nous servira sa lumière, si vous ne nous donnez des yeux pour la voir et des forces pour faire le bien qu’il nous découvre ? Faites-nous donc, mon Dieu, cette faveur parfaite; et après nous avoir montré un modèle si accompli, faites que nous l’imitions parfaitement. Ainsi soit-il.

Esprit divin, Consolateur adorable, qui êtes la source infinie et féconde de toutes les grâces et de toutes les vertus, qui les possédez toutes dans votre indivisible unité, et qui les répandez et les partagez sans vous épuiser. C’est vous qui avez inspiré, et qui avez enrichi les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Prélats et les Vierges. C’est de votre plénitude que les Solitaires de tous les siècles, de toutes les nations et de tous les Ordres ont tiré leur esprit. Et c’est vous adorable Esprit du Père et du Fils, qui avez donné à Saint Benoît, par un privilège unique, l’esprit de tous les justes. Faites-moi part de cet Esprit de sainteté afin que je puisse partager la gloire des bienheureux dans le Ciel. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Exsúltet ómnium turba fidélium pro glória almi Patris Benedícti : læténtur præcípue catérvæ monachórum, celebrántes eius festa in terris, de cuius societáte Sancti congáudent in cælis.

Ã. Que toute l’assemblée des fidèles se réjouisse de la gloire accordée à notre auguste Père Benoît ; que les phalanges des moines surtout se livrent à la joie de célébrer sur terre la fête de celui que les saints sont heureux d’avoir pour compagnon dans le Ciel.

Antienne grégorienne “Exultet omnium”

Antienne Exultet omnium