Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Le mot d’Aelred de Rievaulx

Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus, sur la Croix, est suspendu entre ciel et terre, trait d’union d’ici-bas et d’en-haut, pour joindre les réalités terrestres aux célestes.

L’Invention ou découverte de la Sainte Croix

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait une grande dévotion pour les lieux saints ; ce fut pour la satisfaire qu’elle passa dans la Palestine en 326, quoiqu’elle fut âgée de près de quatre-vingts ans. À son arrivée à Jérusalem, elle se sentit animée d’un désir ardent de trouver la croix sur laquelle Jésus-Christ avait souffert pour nos péchés, mais rien ne désignait où elle pouvait être. Les païens, en haine du Christianisme, avaient mis tout en œuvre pour dérober la connaissance du lieu où le corps du Sauveur avait été enseveli. Non contents d’y avoir amassé une grande quantité de pierres et de décombres, ils y avaient encore bâti un temple à Vénus, afin qu’il parût que les fidèles venaient honorer cette fausse divinité, lorsqu’ils allaient rendre leurs adorations à Jésus-Christ. Ils avaient aussi profané le lieu où s’était accompli le mystère de la Résurrection, en y élevant une statue de Jupiter, qui subsista depuis le règne d’Adrien jusqu’à celui de Constantin.

Hélène, résolue de ne rien épargner pour réussir dans son pieux dessein, consulta les habitants de Jérusalem, et tous ceux dont elle pouvait tirer quelques lumières. On lui répondit que si elle pouvait découvrir le sépulcre du Sauveur, elle ne manquerait pas de trouver les instruments de son supplice. En effet, c’était la coutume chez les Juifs de creuser une fosse auprès du lieu où le corps des personnes condamnées à mort était enterré, et d’y jeter tout ce qui avait servi à leur exécution; ces sortes de choses étaient devenues un objet d’horreur, et l’on se hâtait d’en dérober la vue pour toujours. La pieuse impératrice fit aussitôt démolir le temple et abattre la statue de Vénus, ainsi que celle de Jupiter. On nettoya la place, et on se mit à creuser. Enfin l’on trouva le saint sépulcre. Il y avait auprès trois croix, avec les clous qui avaient percé le corps du Sauveur, et le titre qui avait été attaché au haut de sa croix. Il fut aisé de connaître qu’une de ces croix était celle que l’on cherchait, et que les autres étaient celles des malfaiteurs au milieu desquels Jésus-Christ avait expiré. Mais on ne savait pas comment les distinguer, d’autant plus que le titre était séparé et ne tenait à aucune des trois. Saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, fit porter les trois croix chez une dame de qualité, qui était à l’extrémité, puis s’étant adressé à Dieu par une prière fervente, il appliqua séparément les croix sur la malade, qui ne ressentit aucun effet des deux premières, mais qui se trouva parfaitement guérie dès qu’elle eut touché la troisième.

L’impératrice témoigna une grande joie à l’occasion du miracle qui faisait connaître la vraie croix. Elle fonda une église à l’endroit où ce précieux trésor avait été découvert, et l’y déposa avec une grande vénération, après l’avoir fait renfermer dans un étui d’un très grand prix.

Elle en donna une partie à l’empereur son fils, qui la reçut à Constantinople avec beaucoup de respect. Elle en envoya une autre partie à l’église qu’elle fonda à Rome, et qui est connue sous le nom de la Sainte Croix de Jérusalem. Elle fit présent à la même église du titre de la croix du Sauveur. On le mit sur le haut d’une arcade, où il fut trouvé en 1492 renfermé dans une boîte de plomb: l’inscription qui est en hébreu, en grec et en latin, est en lettres rouges et sur du bois blanchi. Les mots « Iesus » et « Iudæorum » sont effacés.

Sainte Hélène fit enfermer dans un étui d’argent la plus considérable portion de la croix, et la laissa à Jérusalem sous la garde du saint évêque Macaire, pour la conserver à la postérité. On la déposa dans la magnifique église que l’impératrice et son fils avaient fait bâtir. On accourait de toutes parts pour la vénérer.

La fête de l’Invention de la Sainte Croix est très ancienne. On la célèbre dans l’Église Latine depuis le cinquième ou le sixième siècle. Ce fut en 327 que sainte Hélène découvrit le bois sacré sur lequel s’était opéré le mystère de notre rédemption.

Pratique. En honorant la Croix, nous renouvelons le souvenir de la mort de Jésus-Christ. Nous professons que nous le regardons comme notre Rédempteur; nous nous excitons à espérer en ses mérites; nous allumons dans nos cœurs le feu sacré de l’amour divin.

Prière. Puisse, Seigneur, la vue de l’image de la croix de notre divin Sauveur crucifié pour nos péchés, nous pénétrer des sentiments de la plus vive reconnaissance, pour ce qu’il a daigné faire en notre faveur, et nous porter efficacement à pratiquer les vertus dont il nous a donné l’exemple, afin de mériter le bonheur de lui être réunis dans le ciel pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

Alban Butler, Abrégé des vies des Pères, des Martyrs et autres principaux Saints

« Il fallait que le Fils de l’homme soit élevé sur la Croix » (Io 3, 14) : commentaire de Dom Delatte

Comme Nicodème l’avait reconnu, Jésus était venu de Dieu : mais il en venait mieux que les prophètes, à un titre infiniment supérieur. Il vit dans la pleine lumière ; il est lui-même la lumière. Qui est jamais allé puiser la vérité à sa source? qui est descendu de ce sanctuaire pour nous apporter la vie? Il n’en est qu’un seul au monde qui possède l’autorité absolue : c’est le Fils de l’homme, celui qui est descendu du ciel, qui y est remonté, qui y règne aujourd’hui. Il est le vrai docteur de l’humanité. Et il faut qu’il soit élevé sur le monde, montré au monde, vu de lui. Il faut que l’évangélisation porte son nom partout. S’il a été élevé en croix, c’est pour que sa croix même lui fût une chaire d’où il parlât au monde, pour le salut de ceux qui ont foi en lui. Les choses se passent comme jadis au désert (Nm 21, 6-9). Lorsque le peuple des murmurateurs fut atteint par la plaie des serpents de feu. Moïse fit dresser sur une croix un serpent d’airain : il suffisait de le regarder pour être guéri. Il en va de même dans l’économie nouvelle : tout homme qui lève les yeux avec foi vers le Seigneur crucifié, qui croit à la doctrine du Seigneur crucifié, échappera à la mort éternelle. L’efficacité de cette seconde naissance dont il a été parlé à Nicodème se puise au sacrifice du Calvaire. Tout homme, Juif ou gentil, qui croit « en lui », c’est-à-dire qui a foi, qui est baptisé et qui demeure en lui, possède la vie éternelle. On ne peut puiser la vie que là où elle est.

Prières

Oratio

Deus, qui in præclára salutíferæ Crucis Inventióne passiónis tuæ mirácula suscitásti : concéde ; ut, vitális ligni prétio, ætérnæ vitæ suffrágia consequámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui lors de la glorieuse Découverte de la Croix, instrument de notre salut, avez renouvelé les miracles de votre passion : faites qu’au prix de cet arbre de vie, nous méritions d’obtenir la vie éternelle.

Oratio

Deus, qui errántibus, ut in viam possint redíre iustítiæ, veritátis tuæ lumen osténdis : da cunctis, qui christiána professióne censéntur, et illa respúere, quæ huic inimíca sunt nómini ; et ea, quæ sunt apta, sectári. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient.

Prière de Thomas a Kempis (1380-1471)

Louange et gloire vous soient rendues à jamais, Seigneur Jésus, qui, pour un pécheur tel que moi, avez daigné descendre des cieux, et monter sur l’arbre de la Croix, afin de satisfaire à la divine justice pour mes péchés ! Là, dépouillé de vos vêtements, et couvert de blessures en tout votre corps, vous avez été suspendu entre deux larrons, comme le plus infâme voleur, vous le plus beau des enfants des hommes, vous le vrai Fils de Dieu, vous le Roi des rois et le Seigneur des anges ! Soyez environné de bénédictions, de splendeurs, d’actions de grâces, et de cantiques de louanges, ô Agneau de Dieu, modèle de douceur ! Car il n’y a pas d’honneurs que vous n’ayez mérités par votre Passion et votre Mort, et par les ignominies de toutes sortes que vous avez endurées sur la Croix. Recevez donc cet humble tribut de louanges, ces dévotes actions de grâces, ces adorations de mon esprit, ces pieux hommages de ma bouche, pour la souveraine charité, l’immense charité que vous m’avez témoignée en votre Passion. Oh ! Combien donc m’avez-vous estimé, pour me racheter à si haut prix ? Vous avez donné certes ce que vous aviez de plus précieux, car est-il rien de plus précieux que votre personne sacrée ? Et vous vous êtes livré tout entier pour moi ! C’est pourquoi, je vous en conjure, ô doux Jésus, source de bonté, de charité, ne permettez pas que j’en perde jamais le souvenir ; faites que l’image de votre corps attaché à la Croix brille sans cesse à mes yeux, et que chacune de vos cicatrices imprime profondément votre Amour en mon cœur. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Ildefonse de Tolède (606-667) à la Très Sainte Vierge

Ô douce Vierge, Illuminatrice des cœurs, guérissez mon aveuglement, illuminez ma foi, fortifiez mon espérance, allumez en moi la charité. Comme l’aurore brillante, vous avez précédé la course du Soleil éternel, vous éclairez le monde de la lumière de la grâce, vous illustrez l’Église par l’éclat de vos vertus. Ô glorieuse Souveraine, vous êtes Celle dont parle l’Écriture en ces termes : Dieu dit : « que la lumière soit », et la lumière fut. Ô Lumière pure, Lumière ravissante, Lumière illuminant le ciel, éclairant le ciel, faisant trembler l’enfer ! Lumière ramenant les égarés, fortifiant ceux qui languissent, réjouissant les Anges et tous les saints de la Cour céleste ! Ô Lumière révélant les Mystères, découvrant les choses cachées, dissipant les ténèbres ! Faites-nous voir nos souillures ; relevez nos ruines, dissipez nos ténèbres, guérissez les malades, éclairez les pécheurs dans la voie de la pénitence. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. O Crux splendídior cunctis astris, mundo célebris, homínibus multum amábilis, sánctior univérsis, quæ sola fuísti digna portáre taléntum mundi : dulce lignum, dulces clavos, dúlcia ferens póndera ; salva præséntem catérvam in tuis hódie láudibus congregátam, allelúia.

Ã. Ô Croix plus brillante que tous les astres, célèbre dans le monde, vraiment aimable aux hommes, plus sainte que toutes choses, seule tu as été digne de porter la rançon du monde : doux bois, doux clous, portant un doux fardeau ; sauve ce peuple assemblé aujourd’hui pour chanter tes louanges, alleluia.

Antienne grégorienne “O Crux splendidior”

Antienne O Crux splendidior

Ã. Módicum, et non vidébitis me, dicit Dóminus : íterum módicum, et vidébitis me, quia vado ad Patrem, allelúia, allelúia.

Ã. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur, et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais à mon Père, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Modicum”

Antienne Modicum