Lundi 4 mai (Confinement J49)

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

L’âme compliquée est celle qui juge de tout selon les impressions variables de sa sensibilité et qui veut les choses par égoïsme selon la variété de ses caprices, dans lesquels parfois elle s’obstine ou qui au contraire changent avec l’humeur, le temps et les circonstances.

Mère Cécile Bruyère : Sur ceux qui avancent rapidement dans la vie spirituelle #2

Suite de l’article du 28 avril.

Abandon

Ceux-là encore avancent plus rapidement dans les voies de Dieu, qui bannissent les inquiétudes et les prévisions indéfinies, selon la leçon de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Vous vous inquiétez et vous agitez pour beaucoup de choses : une seule pourtant est nécessaire » (Lc 10, 41-42). Ou encore : « Ne vous mettez donc point en peine, disant : Que mangerons-nous ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous? C’est de tout cela en effet que les païens sont en quête… N’ayez donc point de souci du lendemain… à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 31-34). Saint Paul insiste et apprend aux chrétiens par quelle voie il est facile de couper court à toute inquiétude : « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce » (Phil 4, 6). Et dans un autre endroit : « Je veux que vous soyez sans inquiétude » (1 Cor 7, 32). C’est aussi la recommandation de saint Pierre : « Déchargez-vous sur lui de toutes vos sollicitudes, car lui-même prend soin de vous » (1 Pt 5, 7). Il serait superflu de rechercher les passages sans nombre dans lesquels le Saint-Esprit nous enseigne que l’inquiétude et la prévoyance exagérées sont ennemies de la vie spirituelle ; Notre-Seigneur a lui-même signalé cette disposition nuisible, comme une des causes qui étouffent la bonne semence : « Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais vont et se laissent étouffer par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit » (Lc 8, 14).

Confiance

Ceux-là progressent rapidement qui ont une confiance aveugle en la bonté de Dieu ; ils compromettent ainsi le Père céleste et lui ravissent ses faveurs les plus excellentes : « Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui lui demandent » (Lc 11, 13). Ce spiritus bonus, quel est-il, si ce n’est le plein épanouissement de la charité et la consommation de l’union divine ? « N’abandonnez donc pas votre confiance; une grande récompense y est attachée » (Hbr 10, 35).

Seulement il ne s’agit pas dans ces paroles d’une confiance qui hésite et qui tremble, mais de celle-là même qui faisait dire au saint homme Job : « Même si Dieu me tuait, j’espérerais en lui » (Iob 13, 15) ; ou encore de celle indiquée au psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai jamais confondu » (Ps 30, 2). David va même jusqu’à dire que l’abondance des suavités célestes est réservée à cette confiance : « Qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de Votre douceur envers ceux qui espèrent en vous,  à la vue des enfants des hommes » (Ps 30, 20). Ce que confirme Jérémie, quand il dit : « Le Seigneur est bon avec ceux qui espèrent en lui » (Ier 3, 25). C’est encore la voie de la pleine sécurité, car David assure que Dieu se fait le bouclier de ceux qui espèrent en lui (2 Sm 22, 31). Isaïe attribue aux âmes confiantes les privilèges surnaturels du plus haut prix : « Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leur force; ils prendront des ailes comme l’aigle, ils courront sans se fatiguer, et ils marcheront sans se lasser » (Is 40, 31). N’est-ce pas assurer à la confiance en Dieu, avec la victoire définitive, le vol le plus puissant dans la contemplation ?

Il est certain que rien n’est plus odieux et plus injuste que la méfiance servile qui nous fait douter de l’infinie bonté de Dieu. Nous devons tout attendre de la générosité divine, selon ces paroles de l’Apôtre : « S’il n’a pas épargné son propre Fils, mais qu’il l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (Rm 8, 32) Ces pensées sont aussi anciennes que le monde. Dieu disait déjà par la bouche d’Ezéchiel : « Je chercherai ce qui était perdu, je ramènerai ce qui était égaré, je panserai ce qui était blessé, je fortifierai ce qui était faible, et je conserverai ce qui était gras et fort, et je les ferai paître avec justice » (Ez 34, 16). N’est-ce donc pas faire à Dieu une sanglante injure que méconnaître ses intentions miséricordieuses et s’obstiner à craindre en dépit de cette loi de la confiance ? N’est-ce pas blesser au vif le Seigneur ? Et peut-on s’étonner que saint Benoît ait donné comme conclusion de l’art spirituel ces deux admirables sentences : « Mettre en Dieu son espérance… Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » (RB 4, 41 et 72) ?

Prières

Élévation d’Adam de Perseigne (1145-1221)

Pour nous, c’est elle le port, c’est elle l’ancre de notre espérance ; c’est elle cette femme forte, féconde et puissante, à laquelle il nous faut recourir, nous qui sommes indigents et infirmes. Sa richesse suffit à combler la pauvreté de ses enfants, sa force à délivrer ceux qui n’ont pas la moindre confiance dans leurs propres forces. À celui qui navigue sur cet océan peu sûr, Marie est l’Étoile indispensable. Elle est le port de toute miséricorde pour le pauvre monde naufragé. Que le coupable ne perde pas l’espérance ; elle, notre mère, elle qui, pour nous, a mis au monde notre Juge, a fait aussi de notre Juge notre défenseur. Si tu désires le pardon de tes fautes, lève les yeux avec confiance vers Marie, et tu obtiendras miséricorde. Si, au milieu d’une épreuve, tu te sens chavirer dans ta faiblesse, un mouvement du cœur, tu te réfugies près de Marie et tu trouveras la force et la patience. Si l’amour du monde auquel tu as renoncé vient à te poursuivre, recours à Marie, la Souveraine du monde, et tu pourras piétiner comme du fumier tout ce qui est du monde. Si l’attrait de la chair t’aiguillonne, une invocation à la Vierge, une invocation à Marie et, sous l’ombrage que la vertu du Tout-Puissant a établi en elle, l’ardeur mauvaise qui s’était allumée en toi se refroidira. Chaque fois que le démon te livre combat, réfugie-toi près de la Reine des anges : au seul signe de celle qui commande, l’astuce du tentateur s’évanouira. Oui, car elle est l’aurore qui, dès qu’elle se lève, chasse les ténèbres, met un terme aux maux, une borne à l’erreur, et fait brûler les rayons de la véritable lumière. Marie est en effet la mère de la grâce, la mère de la miséricorde, le chemin qui mène à la vie, le moule de la sainteté, le remède du repentir, l’enseignement de la patience, la joie de l’Église, le terme des misères, la porte du paradis en même temps que son port, auquel Jésus Christ daigne nous conduire ! Ainsi soit-il.

Prière de Saint Odilon de Cluny (962-1049)​

Ô très tendre Vierge et Mère du Sauveur de tous les siècles, à partir d’aujourd’hui et pour toujours, prenez-moi à votre service. Désormais, en toutes circonstances, soyez ma très miséricordieuse avocate ; venez sans cesse à mon aide. Après Dieu, en effet, je ne veux plus préférer personne à vous et, de mon plein gré, pour l’éternité, comme votre propre serviteur, je me livre à votre domination. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, mæréntium consolátor et in te sperántium salus, qui beátæ Mónicæ pias lácrimas in conversióne fílii sui Augustíni misericórditer suscepísti : da nobis utriúsque intervéntu ; peccáta nostra deploráre, et grátiæ tuæ indulgéntiam inveníre. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, consolateur des affligés et salut de ceux qui mettent en vous leur espérance, vous qui avez miséricordieusement agréé les pieuses larmes que répandait la bienheureuse Monique pour la conversion de son fils Augustin, donnez-nous, à la pieuse intercession de l’un et de l’autre, la grâce de déplorer nos péchés et d’en trouver le pardon en votre indulgence.

Antienne

Ã. Tristítia vestra vertétur in gáudium, et gáudium vestrum nemo tollet a vobis, allelúia, allelúia.​

Ã. Votre tristesse se changera en joie, et votre joie, personne ne vous l’enlèvera, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Tristitia vestra vertetur”

Antienne Tristitia vestra vertetur