Mardi 21 avril (Confinement J36) : Saint Anselme

La Punchline de Dom Delatte

Il viendra une heure, où des demi-chrétiens regarderont comme importune la doctrine saine, celle qui corrige, qui guérit, qui nourrit, qui fortifie.

Saint Anselme, Archevêque de Cantorbéry, Docteur de l’Église, Bénédictin (1033-1109)

Anselme naquit à Aoste en 1033. Sa pieuse mère Ermengarde lui apprit de bonne heure à aimer Dieu et la Très Sainte Vierge; mais, privé du soutien maternel vers l’âge de quinze ans, poursuivi dans sa vocation religieuse par un père mondain et intraitable, il se laissa entraîner par le monde.

Las d’être la victime de son père, il s’enfuit en France, et se fixa comme étudiant à l’abbaye du Bec, en Normandie. Là il dit à Lafranc, chef de cette célèbre école: « Trois chemins me sont ouverts: être religieux au Bec, vivre en ermite, ou rester dans le monde pour soulager les pauvres avec mes richesses: parlez, je vous obéis. » Lafranc se prononça pour la vie religieuse. Ce jour-là, l’abbaye du Bec fit la plus brillante de ses conquêtes. Anselme avait vingt-sept ans.

Quand bientôt Lafranc prit possession du siège archiépiscopal de Cantorbéry, il fut élu prieur de l’abbaye, malgré toutes ses résistances; il était déjà non seulement un savant, mais un Saint. De prieur, il devint abbé, et dut encore accepter par force ce fardeau, dont lui seul se croyait indigne.

Sa vertu croissait avec la grandeur de ses charges. Le temps que lui laissait libre la conduite du couvent, il le passait dans l’étude de l’Écriture Sainte et la composition d’ouvrages pieux ou philosophiques. La prière toutefois passait avant tout le reste; l’aube le retrouvait fréquemment à genoux. Un jour le frère excitateur, allant réveiller ses frères pour le chant des Matines, aperçut dans la salle du chapitre, une vive lumière; c’était le saint abbé en prière, environné d’une auréole de feu.

Forcé par la voix du Ciel, le roi d’Angleterre, Guillaume, le nomme archevêque de Cantorbéry; Anselme refuse obstinément; mais, malgré lui, il est porté en triomphe sur le trône des Pontifes. Huit mois après, il n’était pas sacré; c’est qu’il exigeait comme condition la restitution des biens enlevés par le roi à l’Église de Cantorbéry. Le roi promit; mais il manqua à sa parole, et dès lors Anselme, inébranlable dans le maintien de ses droits, ne fut plus qu’un grand persécuté.

Obligé de fuir, il traversa triomphalement la France, et alla visiter le Pape, qui le proclama hautement « héros de doctrine et de vertu; intrépide dans les combats de la foi. » Quand Anselme apprit la mort tragique de Guillaume dans une partie de chasse, il s’écria en fondant en larmes: « Hélas! J’eusse donné ma vie pour lui épargner cette mort terrible! » Anselme put revenir en Angleterre, vivre quelques années en paix sur son siège, et il vit refleurir la religion dans son Église.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.

Commentaire de l’épître de la Messe des Docteurs de l’Église (2Tim 4, 1-8) par Dom Paul Delatte.

On a dit souvent, et nous avons dit avec beaucoup d’autres, que cette seconde lettre à Timothée formait le testament de l’Apôtre. C’est de ce dernier chapitre qu’il faut le dire surtout. Ce qui a précédé demeurait empreint de calme et de tranquillité : l’exhortation ne cessait pas d’être affectueuse et confiante. La pensée de l’Apôtre s’étendait avec liberté sur les devoirs de l’ouvrier évangélique. Un événement est-il survenu qui lui a fait pressentir la mort prochaine ? Un avertissement divin lui a-t-il laissé voir que les portes de l’éternité vont bientôt s’ouvrir devant lui ? Toujours est-il que le ton subitement s’élève et que l’accent devient pressant, solennel et grave.

Devant Dieu, devant Jésus-Christ le juge des vivants et des morts, au nom de sa révélation future et de son éternelle royauté, je vous conjure et vous prescris de faire entendre la parole sainte, d’insister à temps, et à contretemps ; affirmez, reprenez, corrigez, avec une persévérance infatigable dans la doctrine. Il viendra une heure, où des demi-chrétiens regarderont comme importune la doctrine saine, celle qui corrige, qui guérit, qui nourrit, qui fortifie, et, au gré de leurs convoitises, réclameront des docteurs qui leur chatouillent les oreilles, prendront en haine la vérité, et n’auront de goût qu’à des fables. Vous, soyez vigilant et toujours attentif, laborieux, dévoué à votre œuvre d’évangéliste, empressé à en remplir tous les devoirs. L’intérêt de l’Église, maintenant, repose sur vous. Pour moi, c’est fini : l’oblation est prête. L’heure de ma délivrance est proche. Aussi longtemps qu’il m’a été donné, j’ai combattu le bon combat, j’ai fourni ma course, j’ai gardé la foi.

Dans la pensée de l’Apôtre, garder la foi ne consiste pas seulement à garder en notre cœur, et en son intégrité, la vérité surnaturelle. Pour lui, la foi est un trésor divin que tout chrétien doit, non seulement protéger en son cœur, mais aussi défendre contre les assauts du doute, maintenir contre le travail sournois de l’immoralité, affirmer devant l’effort de la négation, accroître par la réflexion et l’étude, développer par l’exercice. La foi n’est pas un talent dont on ne fait rien : qui l’enfouit s’expose à tout perdre. La foi est surtout un dépôt sacré constitué aux mains des ouvriers évangéliques, à la garde des chefs de l’Église, pour être dispensé aux âmes dans sa plénitude. La doctrine de l’Évangile ne saurait ni se taire, ni s’amoindrir. Son efficacité même se mesure à son intégrité. Là où elle se diminue par un motif d’habileté, elle se fait humaine et se trahit. Les âmes peu à peu désaccoutumées de la source vivifiante, se creusent péniblement, selon la parole du prophète, des réserves trompeuses où l’eau ne tient pas. Et les mécréants eux-mêmes s’irritent comme d’une nouveauté, lorsque reparaît au grand jour la vérité importune dont les accents se sont fait oublier.

Mais ce n’est plus maintenant pour moi, achève l’Apôtre, l’heure de combattre et de courir. Ce qui me reste et à quoi je songe, c’est à recueillir des mains de mon Dieu la couronne de justice, celle méritée par les justes, celle que Dieu, le juste juge, prépare et réserve à ceux qui avec moi et après moi désirent son avènement.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Mon Dieu et mon Seigneur, mon espoir et la joie de mon cœur, dites à mon âme si sa joie est celle dont vous nous dites par votre Fils : « Demandez et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie ». J’ai trouvé, en effet, une joie pleine et plus que pleine, car le cœur, l’esprit, l’âme, tout mon être étant rempli de cette joie, elle abondera encore sans mesure. Ce n’est pas elle qui entrera en ceux qui se réjouissent ; ce seront plutôt eux qui entreront de tout leur être en elle. Parlez, Seigneur ! Dites à votre serviteur, au fond de son cœur, si ce que j’éprouve est bien la joie dans laquelle entreront ceux qui goûteront la joie même de leur Maître (Mt 25, 21). Mais cette joie dont jouiront vos serviteurs, « nul œil ne l’a vue, nulle oreille ne l’a entendue, le cœur de l’homme ne l’a pas sentie s’élever en lui » (l Co 2, 9). Je vous prie donc, mon Dieu, de me donner de vous connaître, de vous aimer, pour qu’en vous je sois dans la joie. Et si je ne le peux pas pleinement en cette vie, faites-moi avancer maintenant jusqu’à ce que j’y entre pleinement un jour. Que ma connaissance de vous ici-bas grandisse, pour qu’elle puisse arriver à la plénitude où vous êtes. Que mon amour pour vous croisse ici pour être total là-haut. Que maintenant ma joie soit immense en espérance, pour être alors totale en réalité. Seigneur, vous ordonnez par votre Fils que nous demandions, et vous promettez que nous recevrons, afin que notre joie soit parfaite. Faites grandir ma faim de cette joie, afin que j’y entre !

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Ansélmum minístrum tribuísti : præsta, quǽsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Anselme, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Oratio

Pro libertáte sanctæ Ecclesiæ tuæ múnera nostra súscipe, omnípotens Deus : qui beáto Ansélmo Confessóri tuo atque Pontífici sponsæ tuæ honórem zeláre, et pro ea decertáre ac triumpháre tribuísti : Qui vivis.

Oraison

Recevez nos offrandes pour la liberté de votre Sainte Église, Dieu tout-puissant et éternel, qui avez donné au Bienheureux Anselme, votre Confesseur et Pontife, d’être jaloux de l’honneur de votre Épouse, de lutter pour elle et de triompher.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Anselme, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Anselme, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.