Confinement jour 8 : Mardi de la 4ème semaine de Carême

Nous basculons aujourd’hui dans la deuxième semaine de confinement. Depuis huit jours j’essaie de vous accompagner spirituellement dans votre confinement. Je tiens à remercier particulièrement les personnes qui m’encouragent, les fidèles du Prieuré qui ont la gentillesse de donner de leurs nouvelles et d’en prendre des nôtres. Tout le monde se porte bien ici, les bêtes comme les gens, dirait-on ! Vous êtes tous particulièrement présents dans mes pensées et prières, très spécialement à l’autel. Je souhaite que cette épreuve et cet éloignement physique les uns des autres nous rapprochent surnaturellement. Maintenant quelques réflexions pour que nous continuions à profiter spirituellement de la situation.

En France, cela fait une semaine que nous sommes confinés entre quatre murs, ou avec un balcon, ou encore un jardin (le grand luxe !) pour les plus chanceux d’entre nous. La tentation de l’impatience, si elle n’est déjà là, doit commencer à se manifester. C’est humain, c’est naturel. La tentation également de trouver des responsables, des boucs émissaires à cette situation. C’est humain, c’est naturel. Sauf que le chrétien n’est pas simplement humain, naturel, il est divin par la grâce, il est surnaturel par la grâce. Il aura donc un point de vue divin et surnaturel.

Quel est ce point de vue surnaturel ? L’épidémie et le confinement qui s’ensuit sont des épreuves. Les épreuves sont voulues par Dieu pour nous révéler. Certains se révéleront mauvais, ne profitant pas de cette épreuve pour se convertir, soit qu’ils persévéreront dans leur incroyance, leur athéisme, leur mauvaise vie, leurs blasphèmes, soit, pour les chrétiens, qu’ils chercheront un responsable en dehors d’eux-mêmes (le diable, les politiques, les autres hommes qui sont pécheurs…). Ne cédons pas à ces tentations : regardons au dedans de nous-mêmes. Combien de fois avons-nous abusé des grâces des sacrements (communion, confession en particulier) ? ou au moins en avons-nous sous-estimé la valeur ? N’est-il pas juste que nous en soyons privés au moins pour un temps ? Cela afin de nous rappeler leur importance. Cela afin de nous rappeler que les sacrements ne sont pas des passeports pour le salut. Les sacrements sont des moyens institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour produire et augmenter en nous la vie surnaturelle de la grâce, encore faut-il que nous vivions effectivement de cette grâce par une vie vraiment chrétienne, vertueuse, obéissante aux commandements de Dieu, aimante envers Dieu et envers le prochain pour l’amour de Dieu. Cette épreuve nous invite à vivre plus chrétiennement, avec plus de ferveur : elle nous sera profitable ou nuisible, selon notre réaction.

Ne nous laissons donc pas vaincre par le démon de l’impatience, de l’orgueil. Humilions-nous devant la toute-puissance divine. Reconnaissons nos fautes, nos négligences, notre manque de ferveur, notre manque de reconnaissance. Dieu se laissera toucher.

La Punchline des Pères du désert

L’homme a besoin de ceci : craindre le jugement de Dieu, haïr le péché, aimer la vertu et supplier Dieu.

Commentaire de Saint Augustin sur les paroles : « Ma doctrine n’est pas de moi. » (Io 7, 16)

Jésus parlait en public, et personne ne mettait la main sur lui. Il ne se faisait pas connaître, afin de nous servir d’exemple ; et si personne ne s’emparait de lui, c’était l’effet de sa puissance. Quand il enseignait, « les Juifs s’étonnaient ». A mon avis, tous s’étonnaient ; mais tous ne se convertissaient pas. D’où venait leur étonnement ? Le voici. Beaucoup savaient où il était né, comment il avait été élevé ; jamais ils ne l’avaient vu apprendre les Écritures ; pourtant, ils l’entendaient disserter sur la loi, citer à l’appui des passages de la loi, que personne ne pouvait citer sans les avoir lus, et que personne ne pouvait lire sans avoir appris la lecture. Ils s’étonnaient donc. Leur étonnement fut, pour le divin Maître, l’occasion de leur insinuer des vérités plus hautes. Le Sauveur prit occasion de leur étonnement et de leurs paroles, pour leur adresser des paroles profondes et dignes d’être étudiées et discutées avec le soin le plus minutieux. C’est pourquoi je demande instamment à votre charité deux faveurs : l’une pour vous, c’est de nous écouter ; l’autre pour nous, c’est de nous aider de vos prières.

Que répond le Sauveur à ces hommes qui se demandaient avec étonnement comment il pouvait savoir lire sans avoir appris à le faire ? « Ma doctrine » , leur dit-il, « ne vient pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé ». Voici le premier mystère que je rencontre dans ces paroles, c’est que dans ce peu de mots sortis de la bouche de Jésus, il semble se trouver une contradiction ; car il ne dit pas : « Cette doctrine n’est pas la mienne » ; mais il dit : « Ma doctrine ne vient pas de moi ». Si cette doctrine ne vient pas de vous, comment est-elle la vôtre ? Et si elle est la vôtre, comment se fait-il qu’elle ne vienne pas de vous ? Vous dites pourtant l’un et l’autre : « C’est ma doctrine, elle ne vient pas de moi ». Si Jésus avait dit : Cette doctrine n’est pas la mienne, il n’y aurait aucune difficulté. Mais, mes frères, examinez d’abord la difficulté, puis attendez-en la solution raisonnée ; car celui qui ne comprend pas bien l’état de la question, est-il à même d’en bien saisir la solution ? Voici donc l’état de la question. Le Sauveur dit : « Ma doctrine ne vient pas de moi » ; ces mots : « Ma doctrine », semblent être en contradiction avec ces autres : « Ne vient pas de moi ». Rappelons-nous bien ce que l’écrivain sacré dit au commencement de son Évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». De là sort la solution de la difficulté. Quelle est la doctrine du Père, sinon son Verbe ? Le Christ est donc la doctrine du Père, s’il en est le Verbe ; mais parce que le Verbe est la propriété de quelqu’un, parce qu’il est impossible qu’il n’appartienne à personne, il s’est appelé lui-même sa doctrine, et il a dit qu’elle ne vient pas de lui ; car il est le Verbe du Père. Y a-t-il, en effet, quelque chose qui t’appartienne plus que toi-même ? Y a-t-il rien qui t’appartienne moins que toi-même, si tu tiens d’un autre ce que tu es ?

Le Verbe est donc Dieu ; il est aussi le Verbe, l’expression d’une doctrine stable, qui ne passe point et ne s’évanouit nullement avec des mots, mais qui demeure avec le Père. Puissent des paroles qui passent nous instruire de cette doctrine ! Puissions-nous en subir la bienfaisante influence ! Ces sons passagers ne frappent point nos oreilles pour nous appeler à des choses transitoires ; elles nous engagent à aimer Dieu. Toutes les paroles que je viens de vous adresser sont des mots : elles ont frappé et fait vibrer l’air, pour arriver jusqu’à vous par le sens de l’ouïe ; elles ont passé en faisant du bruit ; mais ce que je vous ai dit, par leur intermédiaire, ne doit point passer ; car celui que je vous ai recommandé d’aimer, ne passe pas ; et quand, excités par des sons d’un moment vous vous serez portés vers lui, vous ne passerez pas non plus, car vous serez unis d’une manière permanente à Celui qui demeure toujours. Dans un enseignement, ce qui est grand, élevé et éternel, c’est ce qui dure ; voilà où nous appelle tout ce qui passe dans le temps, pourvu qu’il s’y attache un sens vrai, et non une signification menteuse. Tout ce que nous donnons à entendre par les sons de notre voix a une signification distincte de ces sons matériels. Ainsi, les deux syllabes dont se compose le mot Dieu, Deus, ne sont pas Dieu ; nous ne rendons aucun culte à ces deux syllabes, nous ne les adorons pas ; ce n’est pas jusqu’à elles que nous désirons parvenir : on a fini de les entendre, pour ainsi dire, avant d’avoir commencé, et il n’y a place pour la seconde que quand la première est passée. Le son de voix par lequel nous disons : Dieu, ne dure pas, mais il y a, pour demeurer toujours, quelque chose de grand, c’est le Dieu dont on fait retentir le nom. Tel est le point de vue sous lequel vous devez envisager la doctrine du Christ ; ainsi parviendrez. vous jusqu’au Verbe de Dieu ; et quand vous y serez parvenus, rappelez-vous que «le Verbe était Dieu », et vous verrez que cette parole : « Ma doctrine », est vraie. Rappelez-vous aussi de qui le Christ est le Verbe, et vous comprendrez toute la justesse de cette autre parole : « Ne vient pas de moi ».

Prières

Prière du Père Lamy à Saint Gabriel

Saint Archange Gabriel, messager de la miséricorde de Dieu en faveur des pauvres humains, vous qui avez salué la très Sainte Vierge par ces paroles : « Je vous salue Marie, pleine de grâce », et qui en avez reçu une réponse d’une si grande humilité, protecteur des âmes, aidez-nous à devenir les imitateurs de son humilité et de son obéissance.

Oratio

Miserére, Dómine, pópulo tuo : et contínuis tribulatiónibus laborántem propítius respiráre concéde. Per Dóminum.

Hymnus

Ex more docti mystico
Servemus hoc ieiunium,
Deno dierum circulo
Ducto quater notissimo.

Vitemus autem pessima
Quæ subruunt mentes vagas,
Nullumque demus callidi
Hostis locum tyrannidi.

Dicamus omnes cernui,
Clamemus atque singuli,
Ploremus ante iudicem,
Flectamus iram vindicem:

Nostris malis offendimus
Tuam, Deus, clementiam;
Effunde nobis desuper,
Remissor, indulgentiam.

Memento quod sumus tui,
Licet caduci, plasmatis;
Ne des honorem nominis
Tui, precamur, alteri.

Laxa malum quod fecimus,
Auge bonum quod poscimus,
Placere quo tandem tibi
Possimus hic et perpetim.

Præsta, beata Trinitas,
Concede, simplex Unitas,
Ut fructuosa sint tuis
Ieiuniorum munera. Amen.

Oraison

Ayez pitié de votre peuple, Seigneur, et dans votre miséricorde, donnez-lui quelque relâche, car c’est au milieu de continuelles tribulations qu’il poursuit ses efforts. Par Notre-Seigneur.

Hymne du Carême

Instruits par une coutume vénérable,
observons le jeûne
durant cette célèbre quarantaine.

Évitons les embûches
qui surprennent les âmes inattentives ;
ne donnons pas prise
à notre tyrannique et astucieux ennemi.

Prosternons-nous et prions,
crions d’une voix suppliante,
et pleurons devant notre Juge,
apaisons sa juste colère.

Nous avons offensé par nos fautes,
ô Dieu, votre clémence :
répandez sur nous, d’en haut,
votre indulgence, vous qui pardonnez.

Souvenez-vous que nous sommes,
quoique bien faibles, l’œuvre de vos mains :
nous vous en supplions,
ne cédez pas à un autre l’honneur de votre Nom.

Pardonnez-nous le mal que nous avons fait,
augmentez le bien que nous demandons d’accomplir ;
afin que nous puissions vous plaire
ici-bas et à jamais.

Ô Bienheureuse Trinité,
ô Unité parfaite,
faites que vos serviteurs
profitent du jeûne qu’ils vous offrent. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Quid me quǽritis * interfícere, hóminem qui vera locútus sum vobis ?

Ã. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir, moi, l’homme qui vous ai dit la vérité ?

Antienne grégorienne “Quid me quæritis”