Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

Malgré les tristesses parfois accablantes de la vie présente, nous avons trouvé le vrai bonheur ou la paix, du moins au sommet de l’âme, lorsque nous aimons Dieu par-dessus tout, car la paix est la tranquillité de l’ordre, et nous sommes alors unis au principe même de tout ordre et de toute vie.

Saint Jean devant la Porte Latine (Vies des Pères, etc. par Alban Butler et Godescard)

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne connaissaient encore ni le mystère de la croix, ni la nature du royaume de Jésus-Christ, lorsque, par l’organe de leur mère, ils le priaient de les faire asseoir l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche, c’est-à-dire, de leur donner les deux premières places de son royaume. Pouvez-vous, leur dit le Sauveur, boire le calice que je dois boire ? Pouvez-vous participer à mes opprobres et à mes souffrances ? Les deux disciples répondirent affirmativement, et protestèrent à leur divin maître qu’ils étaient dans la résolution de tout endurer pour lui. Alors Jésus leur prédit qu’ils boiraient son calice, et qu’ils auraient beaucoup à souffrir pour la vérité de son évangile. Cette prédiction fut littéralement accomplie dans saint Jacques, lorsque Hérode le fit mourir à cause de la religion qu’il professait.

Quant à saint Jean, qui aimait si tendrement son divin maître, et qui en était si tendrement aimé, on peut dire, sans faire violence au texte sacré, qu’il but du calice du Sauveur, et qu’il en partagea l’amertume lorsqu’il assista à son crucifiement. En effet, son cœur était déchiré par le sentiment des douleurs qu’il lui voyait souffrir ; mais ce n’était encore là qu’un prélude de ses peines. Après la descente du Saint-Esprit, il se vit condamné, avec les autres apôtres, à la prison, aux fouets, aux opprobres. Enfin la prédiction de Jésus-Christ eut son entier accomplissement, lorsqu’il mérita, sous le règne de Domitien (81-96), la couronne du martyre.

L’empereur Domitien, auteur de la seconde persécution générale suscitée à l’église, était universellement haï pour sa cruauté, son orgueil et ses impudicités. Il fut, au rapport de Tacite, encore plus cruel que Néron, et il prenait plaisir à repaître ses yeux du spectacle des exécutions barbares dont l’autre au moins se dérobait ordinairement la vue. Sous son règne, Rome fut inondée du sang de ses plus illustres habitants. Ennemi de tout bien, il bannit ceux qui avaient la réputation d’hommes vertueux, entre autres Dion Chrysostome et le philosophe Epictète; mais ce fut sur les Chrétiens que tombèrent ses principaux coups. Outre qu’il ne pouvait souffrir la sainteté de leur doctrine et de leur vie, qui lui était un reproche tacite de ses crimes, il était encore animé contre eux par cette haine que leur portaient tous les païens.

Saint Jean l’évangéliste vivait encore. Il était chargé du gouvernement de toutes les églises d’Asie, et jouissait d’une grande réputation tant à cause de cette éminente dignité que pour ses vertus et ses miracles. Ayant été arrêté à Éphèse, il fut conduit à Rome l’an 95 de Jésus-Christ. Il parut devant l’empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d’ordonner qu’on le jetât dans une chaudière remplie d’huile bouillante. Il y a toute apparence que le saint apôtre souffrit d’abord une cruelle flagellation, conformément à ce qui se pratiquait à l’égard des criminels qui n’avaient point le droit de bourgeoisie romaine. Quoiqu’il en soit, on ne peut au moins douter qu’il n’ait été jeté dans l’huile bouillante : Tertullien, Eusèbe et saint Jérôme le disent expressément.

Nous ne craignons point d’assurer que le Saint fit éclater une grande joie lorsqu’il entendit prononcer su sentence ; il brûlait d’un ardent désir d’aller rejoindre son divin maître, de lui rendre amour pour amour, et de se sacrifier pour celui qui nous a tous sauvés par l’effusion de son sang. Mais Dieu se contenta de ses dispositions, en lui accordant toutefois le mérite et l’honneur du martyre ; il suspendit l’activité du feu, et lui conserva la vie, comme il l’avait conservée aux trois enfants qui furent jetés dans la fournaise de Babylone. L’huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu’il n’y était entré.

L’empereur fut très frappé, ainsi que la plupart des païens, de cet événement ; mais il l’attribua au pouvoir de la magie. Ce que l’on publiait des prétendus prodiges opérés par le fameux Apollonius de Tyane, qu’il avait fait venir à Rome, ne contribua pas peu à le confirmer dans cette opinion. La délivrance miraculeuse de l’apôtre ne fit donc sur lui aucune impression, ou plutôt elle ne servit qu’à augmenter son endurcissement dans le crime. Il se contenta toutefois de bannir le Saint dans l’île de Pathmos. Ce mauvais prince ayant été assassiné l’année suivante, Nerva, rempli de bonnes qualités, et d’un caractère naturellement pacifique, fut élevé à l’empire. Saint Jean eut la liberté de sortir du lieu de son exil, et de retourner à Éphèse.

Ce fut auprès de la porte appelée Latine par les Romains, qu’il remporta ce glorieux triomphe. Pour conserver la mémoire du miracle, on consacra une église dans cet endroit sous les premiers empereurs chrétiens. On dit qu’il y avait un temple de Diane, dont on changea la destination pour le faire servir au culte du vrai Dieu. Cette église fut rebâtie en 772 par le pape Adrien I. La fête de saint Jean devant la porte Latine a été longtemps chômée en plusieurs églises. Elle a été d’obligation en Angleterre, au moins depuis le douzième siècle jusqu’à la prétendue réforme; mais on la mettait seulement au nombre des fêtes du second rang, auxquelles toute œuvre servile était défendue, excepté le labour des terres. Les Saxons qui s’établirent dans la Grande-Bretagne avaient une dévotion singulière à saint Pierre et à saint Jean l’évangéliste.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia nos úndique mala nostra pertúrbant : præsta, quǽsumus ; ut beáti Ioánnis Apóstoli tui et Evangelístæ intercéssio gloriósa nos prótegat. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui nous voyez troublés par les maux qui nous arrivent de toutes parts, faites, nous vous en prions, que la glorieuse intercession du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, nous serve de protection.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

Ô Marie, pour moi, vous êtes l’ancre au milieu du ballottement des flots, le port dans le naufrage, le secours dans la tribulation, la consolation dans la douleur. Vous êtes le soulagement dans l’angoisse, le secours dans les moments où tout va mal, la juste modération quand cela va trop bien, la joie dans l’attente, le rafraîchissement dans le labeur. Tout ce que je puis gazouiller de vos louanges, ne parvient pas à être de vous une digne louange, ô digne de toute louange ! Quand même je parlerais les langues des hommes et des anges, quand même je m’épuiserais totalement, non, ce serait encore trop peu ! Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In fervéntis ólei dólium missus beátus Ioánnes Apóstolus, divína se protegénte grátia, intactus exívit, allelúia.

Ã. Jeté dans une chaudière d’huile bouillante, le bienheureux Apôtre Jean, protégé par la grâce divine, en sortit sain et sauf, alleluia.

Antienne grégorienne “In ferventis”

Antienne In ferventis