Jeudi Saint

Annonce du Martyrologe Romain

La Cène du Seigneur, en laquelle le Christ Jésus, la veille du jour où il allait être crucifié pour notre salut, confia aux Disciples les mystères de son Corps et de son Sang, avec mission de les célébrer, eux aussi.

Le mot de Saint Benoît

Ne rien préférer à l’amour du Christ.

Le lavement des pieds (Io 13, 1-15) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le Seigneur sait que son heure est venue, l’heure où il doit monter de ce monde à son Père. Il semble qu’il n’y ait qu’une heure pour lui, que toute sa vie y est ordonnée, qu’il est essentiellement victime, premièrement Rédempteur. L’heure décisive étant donc venue, lui qui avait aimé les siens qu’il laissait dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. Les apôtres étaient à lui ; avec une sollicitude infinie, il les avait initiés et préparés à leur oeuvre ; mais sa tendresse sembla s’accroître encore à la dernière heure et se manifester davantage. Il n’est rien en effet de plus affectueux que l’entretien de ces moments suprêmes. Bénissons l’apôtre bien-aimé de l’avoir conservé à l’Église. Ces cinq chapitres 13 à 17 de saint Jean appartiennent encore à la pensée mère de tout l’évangile : la manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais, cette fois, la manifestation privée et intime qu’il donne de lui-même à ses apôtres.

Les Douze sont réunis, y compris Judas, fils de Simon l’Iscariote, à qui le diable a suggéré de livrer Jésus. L’agneau pascal consommé, la Cène commune se poursuit ou s’achève. Il est assez naturel de considérer le lavement des pieds, dans la pensée du Seigneur, comme une préparation à l’Eucharistie : nous ne pouvons pourtant échapper à l’idée que l’institution de l’Eucharistie se place entre le chapitre 14 et le chapitre 15. Nous lisons le récit d’un témoin oculaire, attentif aux détails menus et vivants, jaloux de reproduire l’aspect de toute l’auguste cérémonie et de noter chacun des gestes du Seigneur. Le Seigneur agit à bon escient ; il sait, dit saint Jean, que son Père lui a remis en mains toutes choses, qu’il est venu de Dieu, qu’il va vers Dieu. Et voici comment il use de cette connaissance de ce qu’il sait et de ce qu’il est. Il se lève de table, se dépouille de son manteau, se ceint lui-même d’un linge : extérieurement, il prend l’attitude de l’esclave. Puis il verse de l’eau dans un bassin, et se met en devoir de laver les pieds des disciples et de les essuyer avec le linge dont il est ceint. Il leur apprend ainsi que la pureté vulgaire suffisait pour les deux Cènes qui avaient précédé, mais qu’il faut une pureté éminente pour le festin auquel ils sont maintenant conviés.

Et Jésus vint à Simon-Pierre. L’Apôtre fut saisi d’effarement et comme de terreur à la vue du Fils de Dieu vivant, prosterné devant lui. Il se récria : Seigneur, vous me lavez les pieds, vous ? Le Seigneur répondit : Ce que je fais, vous ne le comprenez pas maintenant, mais vous le comprendrez dans la suite, — lorsque je vous donnerai l’Eucharistie, lorsque je vous donnerai l’Église et les âmes. Inclinez-vous devant ce que vous ne comprenez pas encore. Le Seigneur avait parlé gravement, mais aussi avec sa douceur habituelle. Il faisait office de serviteur : songeait-il vraiment à exiger comme un maître ? Saint Pierre s’y méprit ; il crut que ce n’était qu’une cérémonie, suggérée au Sauveur par son humilité, mais à laquelle on pouvait se dérober encore ; sa foi et son esprit d’adoration lui firent répondre, pour échapper à l’épreuve : Jamais vous ne me laverez les pieds ! Alors, le Seigneur insiste, tant est grave la leçon qu’il veut donner à ses apôtres, tant est délicate la pureté qu’il attend des siens : Si je ne vous purifie, vous n’aurez pas de part avec moi. — Une fois encore, le caractère de saint Pierre le porte aux extrêmes. Dès qu’il s’agit d’être au Seigneur et avec lui, il prend son parti de tout. Même il dépasse les limites ; son empressement va au delà de ce qui lui est demandé : Non seulement les pieds, Seigneur, mais encore les mains et la tête ! — Cependant Jésus ramène son apôtre à la mesure : Celui qui a passé par le bain, dit-il, n’a besoin que de se laver les pieds, puisqu’il est purifié tout entier. Vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous. — Car le Seigneur, remarque l’évangéliste, connaissait celui qui le devait livrer ; c’est ce qui lui fit ajouter : Vous n’êtes pas tous purs. Mais Judas ne profita point de cet avertissement discret ; son âme demeura haineuse, tandis que, devant lui aussi, s’agenouillait le Seigneur.

Son œuvre terminée, Jésus reprend son manteau et se remet à table au milieu des apôtres. Puis il leur donne toute la moralité surnaturelle de l’acte qu’il vient d’accomplir. Déjà, il l’avait partiellement indiquée à saint Pierre en lui montrant les exigences de la pureté parfaite. Mais cette cérémonie avait un sens beaucoup plus étendu. L’avez-vous compris ? demande le Seigneur. Elle renfermait une leçon d’abnégation et d’effacement personnel, une leçon de charité aussi. Et de crainte que l’orgueil de l’homme ne se révoltât, en face de ces humbles et menus services à rendre au prochain, le Seigneur avait pris le procédé le plus efficace pour le réduire. Vous m’appelez, et à bon droit, dit-il. Maître et Seigneur, — Maître parce que j’enseigne. Seigneur parce que je gouverne. Dès lors, vous me regarderez comme juge et appréciateur souverain de ce qui constitue la beauté et la dignité morales. Vous placerez ma pensée au-dessus de vos chétives répugnances ; vous ne rougirez pas, ou mieux, vous vous réjouirez de faire ce que j’ai fait, moi, votre Maître et votre Seigneur. Vous agirez comme moi, vous vous rendrez le même service les uns aux autres. — Tout le christianisme est là, et jamais on ne nous a donné une leçon plus solennelle. L’Église et l’ordre monastique ont conservé le rite du lavement des pieds ; mais chacun voit qu’il ne s’agit pas simplement de la reproduction matérielle d’un geste du Seigneur, mais de tout un esprit de condescendance et de dévouement, qui inspirera notre vie.

N’écoutez pas les protestations de l’orgueil secret. Ce n’est pas lui qu’il faut croire, c’est moi, moi qui vous aime et ne trompe pas. Passez outre à toutes ses objections. L’orgueil vous dira que vous vous diminuez : n’en croyez rien. En vérité, en vérité, le serviteur n’est pas au-dessus du maître, ni l’apôtre supérieur à celui qui l’envoie. Mon exemple suffit à persuader ceux qui m’aiment. Bienheureux êtes-vous si vous comprenez ces choses, et si, les ayant comprises, vous les accomplissez. Est-ce que le bonheur de chacun, le bonheur de celui qui accorde le bienfait, le bonheur de celui qui recueille le bienfait, le bonheur individuel et la paix sociale ne seraient pas assurés par l’effusion de cet esprit de charité ? Le Seigneur songe toujours à son Église et à l’humanité nouvelle qu’il veut grouper en lui, dans une large et universelle fraternité.

Le Corps et le Sang de Jésus : commentaire de Saint Augustin

« Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage » (Io 6, 56). Les hommes, dans la nourriture et le breuvage, se proposent de n’avoir plus ni faim ni soif. Mais ils n’y peuvent parvenir dans la vérité que par cette unique nourriture et cet unique breuvage, qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les reçoivent. Et c’est là cette société des saints, où se trouve la paix et la parfaite unité. C’est pour cela, ainsi que l’ont entendu les hommes de Dieu qui nous ont précédés, que notre Seigneur Jésus-Christ, nous laissant son corps et son sang, a choisi dans ce but des matières dont l’unité est composée de beaucoup de parties. Car le pain se fait par la réunion d’un grand nombre de grains de froment, comme encore le vin se fait avec le jus de plusieurs raisins.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Io 6, 57). Manger cette nourriture et boire ce breuvage, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi. Et par suite, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas, celui-là sans nul doute ne mange pas sa chair et ne boit point spirituellement son sang, bien que selon la chair et visiblement il presse de ses dents le Sacrement du corps et du sang du Christ ; mais au contraire, c’est pour son jugement qu’il mange et boit un si grand mystère, ayant osé s’approcher avec une conscience souillée du Sacrement du Christ, qu’on ne peut recevoir dignement que si l’on est pur, et selon cette parole : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu » (Mt 5, 8).

Prières

Oratio

Deus, a quo et Iudas reatus sui pœnam, et confessiónis suæ latro prǽmium sumpsit, concéde nobis tuæ propitiatiónis efféctum : ut, sicut in passióne sua Iesus Christus, Dóminus noster, diversa utrísque íntulit stipéndia meritórum ; ita nobis, abláto vetustátis erróre, resurrectiónis suæ grátiam largiátur : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez puni la perfidie de Judas et récompensé la confession du larron, faites-nous ressentir l’effet de votre miséricorde, afin que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, dans sa Passion, les a traités tous deux selon leur mérite, détruise en nous les traces du vieil homme et nous accorde la grâce de sa résurrection.

Préface du Missel gothique (Traduction de Dom Guéranger)

Il est digne et juste, Seigneur saint, Père tout-puissant, que nous vous rendions grâces, à vous et à Jésus-Christ votre Fils, dont la bonté a recueilli notre misère, dont l’humilité a relève notre bassesse ; qui étant livré nous a libérés, étant condamné nous a rachetés, étant crucifié nous a sauvés ! Son sang nous purifie, sa chair nous nourrit. C’est aujourd’hui qu’il s’est livré pour nous, aujourd’hui qu’il a délié les liens de nos péchés. Pour signaler sa bonté et son humilité sublime aux yeux de ses fidèles, il n’a pas dédaigné de laver les pieds du traître, dont il voyait déjà la main engagée dans le crime. Mais quoi d’étonnant si, la veille de sa mort, remplissant l’office d’un serviteur, il dépose ses vêtements, lui qui, étant dans la nature même de Dieu, avait daigné s’anéantir lui-même ? Quoi d’étonnant, si nous le voyons ceint d’un linge, lui qui, prenant la forme d’esclave, a paru dans la nature humaine ? Quoi d’étonnant s’il verse de l’eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples, lui qui a répandu son sang sur la terre pour enlever les souillures des pécheurs ? Quoi d’étonnant si, avec le linge dont il était ceint, il essuya les pieds qu’il avait lavés, lui qui, revêtu de la chair, a affermi les pas de ceux qui devaient annoncer son Évangile ? Avant de s’entourer de ce linge, il déposa les vêtements qu’il avait ; lorsqu’il s’anéantit en prenant la nature d’esclave, il ne déposa pas ce qui était en lui, mais il prit ce qu’il n’avait pas. Quand on le crucifia, il fut dépouillé de ses vêtements ; mort, il fut enveloppé de linceuls ; et sa Passion tout entière a été la purification des croyants. Avant de souffrir la mort, il donna des marques de sa bonté, non seulement à ceux auxquels sa mort devait être utile, mais à celui même qui devait le livrer à la mort. Certes, l’humilité est utile à l’homme, puisque la majesté divine daigne la recommander par un tel exemple. L’homme superbe était perdu à jamais, si un Dieu humble ne se fût mis à sa recherche ; si celui qui avait péri en partageant l’orgueil de son séducteur, n’eût été sauvé par l’abaissement de son miséricordieux Rédempteur, à qui les Anges et les Archanges ne cessent de chanter chaque jour d’une même voix : Saint ! Saint ! Saint !

Prière du Cardinal Raphaël Merry del Val (1865-1930) pour la communion spirituelle

À vos pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je vous offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abîme dans son néant en votre sainte Présence. Je vous adore dans le Sacrement de votre Amour, l’Eucharistie. Je désire vous recevoir dans la pauvre demeure que vous offre mon cœur ; dans l’attente du bonheur de la Communion sacramentelle, je veux vous posséder en esprit. Venez à moi, ô mon Jésus, pour que je vienne à vous. Puisse votre Amour enflammer tout mon être pour la vie et pour la mort. Je crois en vous, j’espère en vous, je vous aime. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Exhortátus es in virtúte tua, et in refectióne sancta tua, Dómine.

Ã. Seigneur, vous nous avez encouragé par votre force et par votre saint banquet.

Antienne grégorienne “Exhortatus es”