Vendredi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Saint Benoît

Haïr sa volonté propre.

Jésus ressuscité donne sa mission à l’Autorité de l’Église (Mt 28, 16-20) : commentaire de Dom Paul Delatte

Les onze apôtres s’étaient rendus en Galilée ; ils vinrent, selon saint Matthieu, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. On ne nous dit pas le nom de cette montagne du rendez-vous ; elle fut sans doute désignée aux apôtres au cours d’une entrevue que les évangélistes n’ont pas racontée. Or cette entrevue ne saurait être confondue, ni avec la scène décrite au chapitre 21 de saint Jean, ni avec l’entrevue qui se termina par l’Ascension ; mais peut-être faut-il l’identifier avec la réunion plénière mentionnée par saint Paul : Visus est plus quam quingentis fratribus simul (1 Cor 15, 6). On s’expliquerait, dans cette hypothèse, que « quelques-uns », parmi les cinq cents disciples, aient encore douté de la Résurrection ; à cette date, les apôtres, eux, ne doutaient plus. « En le voyant, poursuit saint Matthieu, ils se prosternèrent ; mais quelques-uns doutèrent. Et s’approchant, Jésus leur parla en ces termes : Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez les hommes de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. »

Il n’est personne qui méconnaisse l’importance souveraine de chacune de ces paroles. Le Seigneur est roi ; l’univers entier lui a été donné par son Père en héritage ; il l’a acquis de son sang. Bientôt, à l’Ascension, il va prendre possession du ciel ; puis, par ses envoyés, par ses apôtres, il prendra possession de la terre. Les apôtres n’attendront point qu’on vienne chercher la vérité auprès d’eux ; ils iront la porter à ceux qui ne la cherchent pas. Leur premier office sera de rendre un témoignage, et la réponse du croyant consistera dans une adhésion de son intelligence à des vérités proposées par Dieu. Le second office des apôtres sera de baptiser, c’est-à-dire de pardonner, de sanctifier, de donner une vie nouvelle in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Et le Seigneur fait allusion ici non seulement à la confession, à la profession de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qui sera impliquée dans le baptême : mais encore au caractère de cette vie même communiquée au baptême, laquelle est essentiellement, et par Jésus-Christ, la vie avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cependant, il ne suffit pas d’avoir, par le baptême, commencé à appartenir au Seigneur ; il faut encore maintenir, dans tous les domaines de notre activité, les conditions de cette union première, la docilité aux vouloirs de Dieu ; les apôtres sont chargés d’y veiller : Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis. Il y a donc ici-bas des hommes accrédités par Dieu, munis par lui de pleins pouvoirs, dispensateurs pour le monde entier de la doctrine, de la grâce, de la direction surnaturelle. Organe d’enseignement, organe de sanctification, organe de gouvernement : telle est l’Église, dans sa hiérarchie.

Le séjour permanent dont nous parle ensuite le Seigneur n’est pas la permanence de l’Eucharistie, ni celle de la vie surnaturelle en chaque âme fidèle ; mais une forme d’assistance spéciale, d’une absolue fermeté, soustraite aux conditions du temps : et ecce ego vobiscum sum : «Je suis avec vous. – Mais nous mourrons. Seigneur? – Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Pour que cette promesse se réalise, il faut que les disciples à qui parle le Seigneur se succèdent jusqu’à la fin du monde ; dans ce passage, il ne s’adresse donc pas aux seuls apôtres présents. « Je suis avec vous tous les jours » : c’est la continuité parfaite. Et nous voyons bien à quel dessein se rapporte la présence ainsi promise : assurer l’efficacité du ministère apostolique, soutenir perpétuellement ceux, présents ou futurs, qui enseignent, qui baptisent, qui gouvernent en son nom.

Dans la crise que traverse actuellement l’Église, on complètera le commentaire de Dom Delatte par la lecture de cet article.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Ne m’abandonnez pas, Seigneur, à ma volonté, ni à l’ignorance ou à la faiblesse humaine, ni à mes propres mérites, ni à tout autre conseil qu’aux saintes dispositions de votre sagesse. Mais dans votre bonté gouvernez ma personne, mes pensées et mes actions selon votre bon plaisir, afin que votre volonté seule s’accomplisse par moi, en moi et sur moi. Délivrez-moi de tout mal et conduisez-moi à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui paschále sacraméntum in reconciliatiónis humánæ fœdere contulísti : da méntibus nostris ; ut, quod professióne celebrámus, imitémur efféctu. Per Dóminum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui, par le mystère pascal, avez formé un pacte de réconciliation avec l’humanité : donnez à nos âmes de reproduire dans nos actes les vérités que nous professons en célébrant ce mystère.

Antiennes

Ã. Undecim discípuli in Galilǽam vidéntes Dóminum adoravérunt, allelúia.

Ã. Les onze disciples allèrent en Galilée, et voyant le Seigneur, ils l’adorèrent, alleluia.

Antienne grégorienne “Undecim discipuli”

Ã. Data est mihi omnis potéstas in cælo et in terra, allelúia.​
Ã. Il m’a été donné toute puissance dans le ciel et sur la terre, alleluia​.

Antienne grégorienne “Data est”

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