Voici le mandement de Monseigneur de Rye qui déclare l’authenticité du miracle de Faverney. L’orthographe et la syntaxe de l’époque ont été conservées, le texte reste néanmoins bien compréhensible pour un esprit normalement cultivé.

 MANDEMENT DE MONSEIGNEUR DE RYE
ARCHEVÊQUE DE BESANÇON
10 juillet 1608
DECLARATION
AVTHENTIQVE D’VN
Insigne miracle du Très-sainct et
TRES-AUGUSTE SACREMENT
Aduenu le 25 May de la presente année 1608
en l’Eglise Abbatiale de Nostre Dame de
Fauerney, au Comte de Bourgongne.
Faicte par Monseigneur l’Illustrissime et
Reuerendis. Archeuesque de Besançon
Prince du S. Empire.

FERDINAND DE LONGVY, dict de Rye, par la grace de Dieu et du sainct siège Apostolique, Archevesque de Besançon, Prince du sainct Empire, etc. A tout le Clergé et peuple de nostre Diocese salut et benediction.

La diuine Prouidence, qui dispose toutes choses sagement, preuoyant qu’aux derniers siecles plusieurs seducteurs se leueroient, et l’iniquité abonderoit, selon que l’arrogance et la superbe des ennemis de Dieu (dit le Psalmiste) va tousiours en montant, et que l’impieté des modernes heretiques s’eslanceroit, jusqu’au Throsne du fils de Dieu, pour nous vouloir arracher de son siege au Sainct Sacrement de l’Autel, sa reelle presence. Ceste Sagesse diuine a voulu contre la furie de ces Geants modernes, et enfans de la terre, qui ne s’arrestent qu’à leurs sens, et propre iugement, munir son Eglise, qui est la Tour mystique de Dauid, de mille targues, et boucliers ainsi qu’il est dit aux Cantiques. Entre lesquels sont les Miracles et œuvres surnaturelles, que le Tout-puissant a produit pour la defence de la realité du Corps et Sang de Iesus-Christ en la saincte Eucharistie et comme de fraische memoire sur ce subiect, ce grand Dieu en a produit vn sollennel en cestuy nostre Diocese de Besancon, à la veuë d’vn grand nombre de Fideles :

Nous, pendant qu’il estoit encore recent, et auant que la presomption humaine le vint a desguiser, ou supposer en son lieu vne chose pour vne autre, pour nostre charge Pastorale, et pour ne point cacher la gloire des œuures de Dieu, l’auons voulu faire recognoistre, et à ces fins auons incontinent ordonné à nos Procureur general et premier Aduocat Fiscal, auec le Secretaire de nostre Conseil Archiepiscopal, de se transporter sur le lieu, et informer à plein de tout ce qui s’en seroit passé observant les formalitez en tel cas requises. Ce qu’ayans faict ils nous auroient rapporté leur besoigne et procedure, auec la deposition de cinquante deux tesmoins irreprochables, par lesquels il auroit suffisamment apparu,

Qu’en l’ancienne Eglise Abbatiale de Nostre Dame de Fauerney dez quelques annees ont esté concedees Indulgences par le S. Siege Apostolique, à tous ceux qui deuotement la visitent et frequentent ès iours de festes de Pentecoste. A raison de quoy pour y exciter dauantage la deuotion du peuple, le vingt quatriesme May de l’an present mil six cens et huict, veille de ladicte feste de Pentecoste, auroit esté dressé, selon la coustume des annees precedentes, près des treilliz de fer qui separent le Presbyteral du Choeur, vne table de bois en forme d’Autel, parée et reuestuë tant par les costez, que par le derriere de cortines et autres ornemens, et couuerte par le haut du daiz ou poille de la dicte Eglise. Sur laquelle table a vn palme près desditz treilliz auroit esté mis vn Tabernacle orné de draps de soye sur vn petit degré de bois, et dans ledit Tabernacle sur vn marbre sacré couuert d’vn corporal, auroit esté posé vn Reliquaire d’argent pesant plus d’vn marc, au milieu duquel y a vne branche et tuyau de cristal couché de sa longueur et en trauers, dans lequel est un doigt de Sainct Agathe martyre, et sur ledit corps de cristal est enté vn cercle d’argent, comprenant les deux vitres, dans lesquels estoit proposé le Sainct Sacrement en deux hosties, consacrées ledit jour. Ce qu’ayant esté fait, seroit arriué que la nuict du jour de Pentecoste vingt cinquiesme dudit mois de May, le feu se print, et attacha tellement ausdits ornemens, et nappes, que non seulement il brusla les cortines et le poille dessus (hormis toutefois la partie d’iceluy, qui couuroit la Saincte Eucharistie) mais aussi le tabernacle, et le degré de bois, sur lequel il estoit posé, et la partie de la table de bois, qui touchoit lesdits treilliz, et soustenoit le tout, mesmes le marbre Sacré, sur lequel reposoit le sainct Sacrement et reliquaire, tomba, et fut trouué rompu en trois pièces, et l’enchasseure d’iceluy bruslee, auec la partie de ladite table, en vn brasier sur le paué. Au milieu duquel feu, et embrasement ledit reliquaire, dans lequel reposoit le sainct Sacrement, auroit esté non seulement conserué sans lesion, mais encore s’estant retiré de sa place d’enuiron un palme en deuers lesdits treilliz de fer, seroit demeuré de la mesme hauteur suspendu en l’air sans aucun soustien. Et bien que lesdits treilliz fussent branslants, et à tout coup rudement agitez pour estre mal retenus, à cause mesmes que la base de bois qui les supporte, et l’vn des poteaux, dans lesquels ils sont enclauez, furent en partie bruslez. Neantmoins ledit reliquaire, et sainct Sacrement nonobstant tout mouuement desdicts treilliz, demeura immobile, suspendu en l’air, tout estant consommé desoubs, sans estre supporté d’aucune chose, que de la vertu diuine. Et fut ledict reliquaire ainsi suspendu par l’espace de trente trois heures, ou enuiron, et en ceste sorte veu de tout le peuple, tant de Fauerney, qui se trouua aussi tost en ladite Eglise, que des lieux circonuoisins qui y accoururent par milliers. Et persista ainsi iusqu’aux dix heures ou enuiron, du matin du Mardy troisiesme feste de ladite Pentecoste, lors qu’vn sieur Curé voisin venu en procession avec son Peuple, sur le bruit espars de ceste nouuelle celebroit la saincte Messe au grand Autel de ladite Eglise, en presence de grand nombre de Personnes deuotement assemblées. Pendant laquelle celebration vn cierge posé auec autres deuant ledit reliquaire, s’esteignit par trois fois sans aucune cause apparente. Et a l’instant de la premiere elevation du S. Sacrement, et a mesure que le dit sieur d’Eglise celebrant la Messe le rabaissoit, ledit reliquaire descendit de soy mesme doucement, et se posa proprement sur un Missel, couuert d’vn corporal, mis sur vn aix, qu’on auoit adjancé de quelque distance sous iceluy, a l’effect de le receuoir auec plus de reuerence s’il venoit à tomber. Ce qui fut visiblement apperceu de plusieurs, tant Hommes, que Femmes, et enfans. De quoy nous estants veritablement et plainement informez, Ayants en nostre conseil Archiepiscopal exactement pesé le tout, et y appellé bon nombre de Theologiens, Canonistes, et examiné serieusement, et meurement le besoigné de nosdits Procureur General, et Aduocat fiscal, tant en secrette information, que procedure faite par eux en presence de graues et idoines personnes, mesmement Ecclesiastiques. Et ayants recogneu que ce faict surpassoit le cours ordinaire de nature, pour ne celer les merveilles de Dieu, et qui touchent au bien de toute l’Eglise Catholique, et consolation des fideles, vous auons voulu asseurer, et tous autres, de la verité de ce Miracle, afin de considerer deuotement, et prendre garde à ce, que par iceluy nostre Dieu demande de nous en ceste saison, pour son honneur, et gloire. Et a ceste occasion, et pour le debuoir de nostre charge exhortons tous, et vn chascun de l’vn et l’autre sexe de nostre Diocese de benir, et loüer Dieu en toutes ses œuures, particulierement en ceste cy tant miraculeuse et se confirmer dauantage en la Foy et reuerence de ce sainct Sacrement, se rendre dignes des graces et faueurs, qui se communiquent ordinairement a ceux qui le frequentent auec les preparations requises. Recommandans du surplus à tous Prelats, Pasteurs des ames, et autres Ecclesiastiques, tant seculieres que regulieres, de nostre Diocese, d’estre fort vigilants à ce qui concerne le culte et pieté de ce S. Sacrement. Que les Eglises, Autels, Calices, Ciboires, Tabernacles, et autres ornements soient propres et bien seans, comme ce tant haut mystere le requiert. Et quand la necessité sera de le porter aux malades, qu’il soit faict auec le respect deu à la majesté diuine, et qu’il soit conuenablement suiuy et accompagné. Exhortans encore à cet office les Confreries dressees à l’honneur de ce Saint Sacrement, Sur tout enjoignons quand il sera exposé publiquement sur l’autel, qu’il y aye continuellement quelqu’vn en l’église, tant pour faire prieres, que pour remedier aux accidents qui pourroient suruenir. Priants Dieu de tout nostre coeur qu’il luy plaise tourner ce Miracle à sa plus grande gloire, à la conuersion des heretiques, au bien uniuersel de son Eglise, et deffence de la verité, et particulierement au bien de ce nostre Diocese, au repos, et bon heur de tous les Princes Chrestiens, nommement de leurs Altesses Serenissimes (ès terres et villes desquelles ce tant signalé Miracle est arrivé) à la consolation et edification de tout son peuple, et à l’augmentation de grace, vertu, et deuotion à vn chascun de nous.

Donné à Besançon en nostre conseil Archiepiscopal, le dixiesme Iuillet, l’an de grace Mil Six cens et huict.

Par ordonnance de mondit Seigneur L’illustrissime et Reuerendissime Archeuesque,

B. CRETENET.