Samedi Saint

Le mot de Saint Benoît
Avoir tous les jours la mort présente devant les yeux.
Veiller à toute heure sur les actions de sa vie.
La sépulture du Seigneur : commentaire de Dom Paul Delatte

Soir du Vendredi Saint

Un riche personnage, membre du Sanhédrin, mais qui n’avait pris aucune part à la décision et aux menées de ses collègues, Joseph d’Arimathie, homme juste et bon, attendant lui aussi, comme Siméon, le Royaume de Dieu, disciple de Jésus, mais discrètement et en cachette, à cause des menaces des Juifs, se présenta devant Pilate, à qui appartenait le corps du Seigneur, et le lui demanda. C’était une exception qu’il sollicitait, car l’excommunié dans la vie devait demeurer excommunié dans la mort. Saint Marc observe qu’il y avait un acte de courage et une réelle intrépidité à se déclarer ainsi l’ami de Jésus ; mais à cette heure bien des timidités s’évanouissent. Pilate accueillit la requête de Joseph aussi favorablement qu’il avait accueilli, un instant auparavant, la requête des Juifs : toute cette affaire l’excédait et il avait hâte de conclure. Il s’étonna seulement que le Seigneur eût déjà succombé. Mais le centurion, de garde au Calvaire et qui venait de rentrer, fit son rapport et confirma l’attestation de Joseph. Alors Pilate donna des ordres pour que le corps fût abandonné à ce dernier.

Saint Jean complète ici la narration des synoptiques et nous montre Nicodème collaborant avec Joseph d’Arimathie. Nicodème était sanhédrite, lui aussi : jadis il était venu s’entretenir avec le Seigneur, mais pendant la nuit. Il semble que Joseph eut l’initiative, et qu’ensuite les deux disciples se concertèrent : tandis que Joseph se rendait chez Pilate, Nicodème achetait les aromates nécessaires à l’embaumement. Il fit les emplettes avec une libéralité magnifique et prépara cent livres environ d’une mixture de myrrhe et d’aloès. Joseph se réserva d’acheter le suaire ; et c’est dans le tombeau construit pour sa famille, mais où personne encore n’avait trouvé place, qu’il voulut déposer son Maître. On revint au Calvaire. Le corps fut détaché de la croix, avec un respect infini, et reçu dans les bras de la Sainte Vierge. Elle devint l’autel de la divine Victime. Pour un instant, Bethléem recommença. C’était bien lui ; mais inanimé, défiguré, le fils prodigue de sa vie, de son sang, de sa beauté, qui s’en revenait dormir son dernier sommeil là où il avait reposé à l’aurore de sa vie. Il fallut l’ensevelir en hâte, car la nuit était proche. On procéda selon les coutumes juives : des bandelettes, imprégnées de la composition aromatique, enveloppèrent les membres sacrés ; la tête fut cachée dans un voile ou suaire, et un grand linceul recouvrit le corps entier.

Le tombeau de Joseph d’Arimathie se trouvait dans un jardin très proche. C’était, non pas une fosse, mais une chambre spacieuse creusée latéralement dans le roc. Il fut possible à Joseph et à Nicodème d’y déposer leur précieux fardeau avant le commencement du sabbat solennel. Peut-être, dans la pensée des deux disciples, le lieu choisi ne devait-il pas être le tombeau définitif de Jésus : on l’eût transporté ailleurs après le sabbat. Mais le Seigneur allait devancer tous les empressements. Avant de se retirer, Joseph et Nicodème roulèrent une grosse pierre à l’entrée du tombeau : très probablement un disque de pierre, se mouvant dans une rainure du rocher. Tout était fini. La Sainte Vierge descendit du Calvaire, avec Jean.

Les saintes femmes avaient contemplé les derniers soins rendus au Seigneur, et examiné comment son corps avait été placé. Elles ne pouvaient se résoudre à quitter le sépulcre ; et saint Matthieu nous montre Marie-Madeleine et Marie mère de Joseph assises en face de la lourde porte. Elles finirent par s’éloigner pourtant, mais résolues à revenir, le sabbat terminé, avec des aromates et des parfums. Déjà le sabbat commençait (Lv 54) ; elles le gardèrent religieusement.

Samedi Saint

Le lendemain, qui était le jour après la Parascève, les Princes des prêtres et les pharisiens se rendirent auprès de Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu’il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. Ordonnez donc de garder le sépulcre jusqu’à la fin du troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent, n’enlèvent son corps et ne disent ensuite au peuple : Il est ressuscité des morts ! Car cette imposture suprême serait pire que les précédentes. » C’était la troisième requête adressée au gouverneur depuis le crucifiement. La réponse de Pilate révèle l’ennui. Il semble ne se soucier aucunement de concourir plus longtemps à l’oeuvre inique des pharisiens. Ils avaient, pour garder le Seigneur mort, la même escorte qui avait arrêté le Seigneur vivant : Pilate leur répond d’en user. Il les sait assez haineux pour s’en bien servir. « Vous avez une garde, dit-il : allez, organisez la surveillance comme vous l’entendrez. » Les princes des prêtres vinrent au tombeau, scellèrent la pierre et y apostèrent des gardiens.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Oh ! Que Jésus est doux quand il incline sa tête sur la Croix ! C’est alors qu’il dit à notre âme comme à sa bien-aimée : « Viens, ô ma bien-aimée, puisque tu avais tant de désir de baiser mon image ; viens, je suis prêt, j’incline la tête, je tends le front, embrasse-moi tant que tu voudras ». Mais, ô mon Dieu, ce n’est pas ce baiser que je désire, dira notre âme. Ce n’est pas de ce visage pâle et sans beauté que je veux : c’est de ce visage glorieux et beau qui fait l’admiration des Anges. Et Jésus nous répond : « Vous vous trompez ; celui qui n’aura pas déposé un baiser sur le visage pâle et défait ne verra jamais le visage glorieux ». Ô mon Dieu, faites que je comprenne cette réponse, et que j’aime un peu la Croix, si je veux arriver à la gloire. Ainsi soit-il.

Préface ambrosienne de bénédiction du Cierge pascal

​Il est digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions de continuelles actions de grâces, ici et en tout lieu, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez consacré la Pâque à laquelle vous conviez tous les peuples, non par le sang et la graisse des agneaux, mais par le sang et par le corps de votre Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur. En abolissant le rite d’une nation ingrate, vous avez fait succéder la grâce à la loi ; et une victime unique offerte une seule fois et par elle-même à votre Majesté, a suffi à la réparation des offenses du monde entier.

C’est là cet Agneau figuré sur les tables de pierre ; non tiré d’un troupeau, mais venu du ciel ; non conduit par un pasteur, mais lui-même le bon et unique Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui l’a reprise de nouveau ; la bonté divine nous donnant en lui la leçon de l’humilité et l’espérance de la résurrection pour nos corps. Cet agneau ne fit point entendre son bêlement plaintif à celui qui le tondait ; mais il prononça alors cet oracle évangélique : Un jour vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Majesté divine. Qu’il daigne donc nous réconcilier avec vous, Père tout-puissant ; et qu’il nous soit propice lui-même dans sa Majesté égale à la vôtre.

Voici maintenant que s’accomplit pour nous en réalité ce qui arriva en figure à nos pères. Déjà resplendit la colonne de feu qui guida, durant la nuit sacrée, le peuple du Seigneur vers les eaux dans lesquelles il devait trouver son salut ; vers ces eaux qui engloutissent le persécuteur, et du sein desquelles le peuple du Christ remonte délivré. Conçu de nouveau dans l’eau fécondée par le Saint-Esprit, le fils d’Adam, né pour la mort, renaît à la vie par le Christ. Hâtons-nous donc de rompre notre jeûne solennel ; car le Christ notre Pâque a été immolé. Non seulement nous sommes conviés au festin du corps de l’Agneau, mais nous devons encore nous enivrer de son sang. Ce breuvage n’est point imputé à crime pour ceux qui le boivent, mais il est en eux le principe du salut. Nourrissons-nous aussi de celui qui est l’Azyme ; car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. Le Christ est le pain descendu du ciel, bien supérieur à celui qui pleuvait du ciel dans la manne, et dont Israël fit son festin pour mourir ensuite. Celui dont ce corps sacré est l’aliment devient possesseur de l’éternelle vie.

Les choses anciennes ont disparu, tout est devenu nouveau : le couteau de la circoncision mosaïque est émoussé, et le rude tranchant de la pierre employée par Josué est hors d’usage. C’est au front et non en secret, que le peuple du Christ reçoit sa marque glorieuse ; c’est par un bain et non par une blessure, par le Chrême et non par le sang.

Il convient donc, en cette nuit de la résurrection de notre Seigneur et Sauveur, d’allumer un flambeau dont la blancheur flatte les regards, dont le parfum réjouisse l’odorat, dont l’éclat illumine, dont la matière ne cause pas de dégoût, dont la flamme n’exhale pas une noire fumée. Quoi, en effet, de plus convenable, de plus joyeux, que de célébrer les veilles de la nuit en l’honneur de celui qui est la fleur de Jessé, avec des torches dont la matière est empruntée aux fleurs ? La Sagesse a chanté, parlant d’elle-même : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons. La cire n’est point une sueur arrachée au pin par le feu ; elle n’est point une larme enlevée au cèdre par les coups répétés de la hache ; sa source est mystérieuse et virginale ; et si elle éprouve une transformation, c’est en prenant la blancheur de la neige. Devenue liquide par la fusion, sa surface est unie comme le papyrus ; pareille à l’âme innocente, aucune division ne vient la briser, et sa substance, toujours pure, descend en ruisseaux pour devenir l’aliment de la flamme.

Il convient que l’Église attende l’arrivée de son Époux à la lueur de si doux flambeaux, et qu’elle reconnaisse par ses démonstrations le don si abondant de sainteté qu’elle en a reçu. Il convient que les ténèbres n’aient aucune part dans une si sainte veille, et que cette Vierge sage prépare son flambeau, pour préluder à l’éternelle lumière ; de peur que si nous avions encore à verser l’huile dans nos lampes, nous ne fussions tardifs dans nos hommages, à l’avènement du Seigneur qui doit arriver en un clin d’œil, et semblable à l’éclair.

Le soir de ce jour recueille à lui seul la plénitude des plus augustes mystères. Tout ce qui fut figuré ou accompli en divers temps est rassemblé dans la solennité de la nuit qui va suivre. Ce flambeau du soir ouvre d’abord la fête, semblable à l’étoile qui conduisit les Mages. La fontaine mystérieuse de régénération parait ensuite, semblable au Jourdain, théâtre de la miséricorde du Seigneur. Vient après la voix apostolique du prêtre, annonçant la Résurrection du Christ. Enfin, pour complément du mystère tout entier, la foule des fidèles se nourrit de la chair du Sauveur.

Antiennes
Ã. Plangent eum quasi unigénitum, quia ínnocens Dóminus occísus est.

Ã. Ils le pleureront comme un fils unique, car le Seigneur innocent a été mis à mort.

Antienne grégorienne “Plangent eum”

Ã. Vidébunt in quem transfixérunt, et plangent super eum omnes tribus terræ.

Ã. Ils verront celui qu’ils ont transpercé, et sur lui pleureront toutes les tribus de la terre

Antienne grégorienne “Videbunt”

Ã. In pace in idípsum dórmiam et requiéscam.
Ã. En paix, tout aussitôt, je me coucherai et dormirai.

Antienne grégorienne “In pace”

Ã. Sepúlto Dómino signátum est monuméntum, ponéntes mílites qui custodírent eum.

Ã. Le Seigneur ayant été mis au tombeau, le monument fut scellé, des soldats furent affectés à sa garde.

Antienne grégorienne “Sepulto Domino”

Ã. O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, inférne.

Ã. Ô mort, je serai ta mort ; ta ruine je serai, enfer.

Antienne grégorienne “O mors”