Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Dom Delatte

Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier.

Saint Grégoire de Nazianze, Évêque et Docteur de l’Église (329-390)

Grégoire le Théologien (c’est ainsi que les Grecs le nomment) naquit en 329. à Nazianze, en Cappadoce. Il fut une des « trois lumières » de Cappadoce. Sa mère, sainte Nonna, posa les assises de sa sainteté future. Pour sa formation intellectuelle, il visita les écoles les plus célèbres de son temps, celles de Césarée, d’Alexandrie et d’Athènes. Dans cette dernière ville, il noua avec saint Basile une amitié devenue historique. En 381, il célébrait encore cette amitié avec un enthousiasme juvénile. En 360, il reçut le baptême et vécut ensuite pendant quelque temps dans la solitude. En 372, il reçut la consécration épiscopale des mains de saint Basile. Son père, Grégoire, évêque de Nazianze, insista pour qu’il l’aidât dans le ministère des âmes. En 379, il fut appelé au siège de Constantinople. Mais, en raison des nombreuses difficultés qu’il rencontra, il retourna à la solitude tant désirée. Il se consacra entièrement à la vie contemplative. Sa vie se caractérise par une alternance entre la vie contemplative et le ministère des âmes. Tous nos désirs vont vers la solitude, mais les besoins du temps le rappellent sans cesse à la vie active ; il doit prendre part au mouvement religieux d’alors. Ce qui lui valut ses succès, ce fut son éloquence entraînante. Il fut, sans conteste, l’un des meilleurs orateurs de l’antiquité chrétienne. Ses écrits lui ont valu le titre d’honneur de docteur de l’Église. Il rendit son âme à Dieu le 9 mai 390.

Pratique : Nous devons, nous aussi, concilier harmonieusement les deux aspects de la vie religieuse ; la vie de piété et de contemplation qui recherche la solitude, et la vie active, adonnée à la charité et au zèle des âmes, qui convient aux besoins de notre temps. La messe est tirée du commun des docteurs (In medio). Saint Grégoire est vraiment « la lumière placée sur le chandelier, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison (l’Église) » (Évangile). Il fut rempli de « l’Esprit de sagesse et de science » (Int. Ép.). La leçon (Iustus) convient : mieux au caractère contemplatif du saint que celle du commun.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5, 13-16) : commentaire de Dom Delatte

Au moyen de deux comparaisons, le Seigneur détermine la fonction des apôtres et des disciples, et, en eux, de toute l’Église dont ils sont le noyau. Cette fonction est toujours considérée comme universelle dans son exercice : sal terrae, lumen mundi ; le règne de Dieu doit grouper l’humanité entière. Ce qui a déterminé saint Matthieu à placer ici des éléments de doctrine que saint Luc (Lc 8, 16 ; 11, 33 ; 14, 34-35) et saint Marc (Mc 4, 21 ; 9, 49) ont rapportés dans des conditions historiques différentes, c’est peut-être le rapport qui existe entre les persécutions qui viennent d’être prophétisées et l’affadissement qu’elles produisent trop souvent chez les persécutés. La persécution est déprimante ; seules les trempes courageuses et surnaturellement soutenues de Dieu sont capables de dire « quand même ! » à tout danger et à toute menace. La tentation, alors, c’est le libéralisme, la disposition d’esprit qui nous fait composer avec la persécution, la faiblesse secrète qui nous fait réduire la vérité à cette proportion chétive où elle cessera d’être un scandale pour le monde et un péril pour nous. Or, la doctrine et la fonction des apôtres ne sont pas des biens personnels, sur lesquels ils aient qualité pour consentir des concessions. On laisse conclure au monde qu’une doctrine n’est point divine lorsqu’il semble loisible aux hommes de la réduire, de l’humilier à leur gré. Apôtres et chrétiens, vous êtes le sel de la terre ; gardez-vous de vous affadir ! Dès lors que vous n’agirez plus sur le monde pour en limiter la corruption, ce sera le monde qui agira sur vous. Le sel s’affadit dans l’eau ; il se souille dans la poussière.

Et la conséquence est double ; elle atteint Dieu, elle atteint l’apôtre lui-même ou le chrétien. Elle atteint Dieu, qui avait eu confiance, qui comptait sur son ministre pour transformer le monde. In quo salietur? Nous ne traduisons pas : « Avec quoi salera-t-on ? » au sens impersonnel ; mais bien : « Qui lui rendra sa saveur? » Comment guérir, s’il est volontairement malade, celui-là même, celui-là seul à qui l’on avait confié l’office de guérir? Le plan divin est comme déconcerté. Et il y a déchéance pour celui qui se dérobe à Dieu. Le Seigneur lui avait donné action sur le monde : en désertant son œuvre, il perd sa raison d’être ; il n’a plus de titre à exister. On ne sait plus qu’en faire. Ce n’est plus qu’un être de rebut, inutile, encombrant. Il est nuisible même ; gardez-vous de le répandre sur une terre féconde ; il la rendrait stérile. Les anciens semaient du sel sur les villes maudites, afin de signifier qu’elles ne se relèveraient jamais. Celui qui s’est dérobé à Dieu n’est bon qu’à être jeté sur les chemins, comme un sel affadi, pour être foulé aux pieds des hommes et des bêtes.

« Vous êtes la lumière du monde. » C’est le Seigneur qui est la Vie et la Lumière ; mais c’est le Seigneur encore qui donne aux siens d’être, par la communion avec lui, vie et lumière. Observons la nature des métaphores employées pour dessiner la mission des apôtres et des chrétiens. On ne leur dit pas : Vous êtes la foudre ! On leur dit : Vous êtes le sel, une substance active, qui fait le bien sans violence ; vous êtes la lumière, une puissance bienfaisante, mais douce, aimable, et qui agit silencieusement. — « Une ville ne peut demeurer cachée, lorsqu’elle est située sur une montagne. » Des commentateurs, qui aiment à voir le Seigneur puiser dans les circonstances extérieures, dans le spectacle de la nature environnante, la matière et l’occasion de son enseignement, ont supposé que, de la montagne des Béatitudes, on apercevait, sur un des contreforts de l’Antiliban, soit la ville de Séphet, soit la bourgade de Thabor. L’hypothèse n’est pas invraisemblable. On peut croire, pourtant, que la pensée du Sauveur se porte plutôt vers la prophétie d’Isaïe (Is 2, 2) et de Michée (Mich 4, 1) : « Et il arrivera, dans les derniers jours, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes, élevée au-dessus des collines, et tous les peuples afflueront vers elle. » La cité que Dieu a placée à dessein sur la montagne, afin qu’elle fût visible de partout, ne saurait échapper aux yeux. Sa fonction, sa raison d’exister, c’est d’être visible, nécessairement visible, et d’attirer vers elle, vers sa grande clarté, les hommes égarés hors de leur chemin. Le rôle de la lumière est d’appeler à soi ; et c’est pour cela que, dans une maison, lorsqu’on allume une lampe, on ne la met pas sous le boisseau, on ne la coiffe pas sottement d’un vase opaque ; mais on la place sur le chandelier, de sorte qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la demeure. La fonction des apôtres et des fidèles, en d’autres termes, la fonction de l’Église, vraie théophanie, est d’agir sur ceux qui sont dehors et sur ceux qui sont dedans.

De même donc, poursuit le Seigneur, que la lumière avertit et guide ceux qui sont dans la maison ; de même, la lumière de votre doctrine, appuyée par une vie conforme à vos enseignements, doit briller aux yeux des hommes. Non pas que nous devions briller dans le dessein que les hommes nous admirent, ni que nous agissions jamais comme en spectacle et sur la scène, pour être vus. Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier. Notre vie est ordonnée par notre conscience et par le devoir d’être, dans la pratique, ce que nous sommes en réalité. La traduction exacte de ce passage, comme le remarquait autrefois déjà saint Grégoire le Grand, est celle-ci : Que la lumière que vous êtes brille aux yeux des hommes, de telle sorte que, voyant vos bonnes œuvres, ils rendent hommage à celui qui en est le principe, l’agent principal, et le terme : votre Père céleste. C’est lui qui remporte les victoires ; même en nous couronnant, Dieu ne couronne que ses dons.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Gregórium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Grégoire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

C’est par vos entrailles innocentes et toutes pures, par vos entrailles ruisselantes de miséricorde, qu’est descendu le Fleuve des miséricordes, véritable déluge de grâces inondant le monde, et le purifiant de ses souillures. Par vos paroles qui distillaient un miel d’une incomparable douceur, notre Tout-Petit a grandi jusqu’à devenir homme parfait, il a pu supporter, dans la force de sa patience, la charge de notre faiblesse : « vraiment il a pris sur lui nos langueurs, il a porté lui-même toutes nos douleurs ». C’est vous qui lui avez donné des épaules pour les porter, puisque c’est de votre chair qu’il a reçu un corps capable de sacrifice. Par vous il est descendu, par vous le Tout-Petit est venu jusqu’aux petits misérables, lui qui, dans notre procès, vous a établie notre Avocate ; lui qui vous a donnée au monde comme un merveilleux présent. C’est vous qu’il a choisie comme chemin pour venir jusqu’à nous, c’est vous qu’il a disposée comme voie à suivre pour regagner notre Patrie. Oh ! Chemin exempt d’obstacles et de dureté, exempt d’ignorance et d’erreur. Oh ! Voie de salut ouverte à tous, voie où ne se rencontre ni le péché, ni la malice, ni l’ennui, ni le labeur. Vous êtes toute suave, toute lumineuse, toute douce, toute droite, tendre et pleine de paix, vous qui faites parvenir jusqu’à nos cœurs la Lumière émanée du cœur du Père céleste, et qui, nous parlant au cœur, attirez en vous les cœurs des fidèles. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Gregori, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Grégoire, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.