Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Le mot du Pape Saint Clément

Prenez garde, bien-aimés, que les bienfaits de Dieu, si nombreux, ne soient pour nous tous un sujet de condamnation, si nous ne vivons d’une manière digne de lui, opérant dans la concorde ce qui est bien et agréable à ses yeux.

Saint Clément de Rome, Pape et Martyr : extrait de l’Année liturgique

La mémoire de Clément (Pape de 90 à 101) se présente entourée d’une auréole particulière dans les origines de l’Église de Rome. À ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Lin et Clet, qui cependant avaient reçu avant lui l’honneur de l’épiscopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Églises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d’honneur que l’Église latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel, et l’on sent déjà que l’Église tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d’écrits apocryphes, qu’il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s’accordent à le faire naître de race impériale.

Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent de l’intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines ; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l’évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l’égard de certains pasteurs avait suscitées. Ces divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens eux-mêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. À ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde, hors saint Jean qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèse, où résidait l’Apôtre, la distance n’était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.

Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas litteras. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n’y sent l’esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.

Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet : la paix se rétablit dans l’Église de Corinthe, et les messagers de l’Église romaine ne tardèrent pas à en rapporter l’heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Église envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.

Élevé à l’école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Épiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au 18ème siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d’Alep.

Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier : Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l’origine l’une des bases du christianisme, et l’un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrifice, et saint Paul, comparant les deux états de la femme, enseignait que la vierge est toute au Seigneur, tandis que l’épouse, malgré sa dignité, demeure divisée. Clément eut à développer cette doctrine, et c’est ce qu’il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, ces grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet si grave. « Celui ou celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d’une vie supérieure, doit vivre comme les Anges d’une existence divine et toute céleste. La vierge s’isole des attraits sensuels ; non seulement elle renonce au droit qu’elle aurait de les suivre en ce qu’ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu’ont les hommes d’avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »

Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l’Empire. Si le christianisme se fût contenté d’inviter les hommes à l’honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l’orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L’idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d’ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte. La corruption romaine s’étonna en entendant parler de la virginité, comme de l’objet du culte et de la pratique d’un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l’honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l’égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d’infliger à ces infidèles les pénalités antiques.

Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l’enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l’apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l’âge de soixante à soixante-dix ans ; mais élevés dès leur enfance sous la loi du Christ, ils ont persévéré jusqu’à cette heure dans l’état de virginité, et il n’est pas de pays dans lequel je n’en pourrais signaler de semblables. » Athénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèle peu d’années après, pouvait dire à son tour : « Vous trouverez parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu’à la vieillesse dans l’état de virginité, n’ayant d’autre but que de s’unir à Dieu plus intimement. »

Clément était prédestiné à la gloire du martyre ; une sentence d’exil le relégua dans la Chersonèse, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité ; nous n’avons pas à les discuter ici. Ils racontent que Clément trouva dans cette presqu’île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés à l’exploitation des carrières de marbre, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s’explique d’elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n’ont rien qui doive surprendre. Le miracle d’une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que l’on rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l’apparition d’un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d’où l’eau va jaillit, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le symbole de l’agneau debout sur un monticule verdoyant. Au 9ème siècle, Cyrille, l’apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome (868), et l’insigne église qui, selon l’expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle, posséda de lui désormais mieux qu’un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d’antiques traditions, cette église était bâtie sur l’emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l’aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques ont permis de retrouver, sous l’abside même de la basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d’hypogée, les chambres d’une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens.

De la Lettre de Saint Clément aux Corinthiens

IX. Obéissons à la volonté de Dieu, magnifique et glorieuse, prosternons-nous en suppliant sa pitié et sa bonté, recourons à sa compassion, quittons les activités vaines, les querelles, la jalousie qui mène à la mort.

XIII. Ayons donc, ô frères, des sentiments humbles, rejetons de nous toute vantardise, toute enflure, toute déraison, tous emportements, et accomplissons les choses qui sont écrites, car le Saint-Esprit a dit : « Que le sage ne se glorifie point de sa sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de sa richesse ; mais que celui qui se glorifie, se glorifie, dans le Seigneur, de le chercher et de pratiquer le droit et la justice. » Surtout rappelons-nous les paroles que le Seigneur Jésus nous a dites pour nous enseigner l’équité et la longanimité. Il a dit en effet : « Soyez miséricordieux afin d’obtenir miséricorde, pardonnez afin d’être pardonnés ; selon que vous agissez, on agira envers vous; selon que vous donnez, on vous donnera; selon que vous jugez, on vous jugera ; selon que vous exercez la bienveillance, on l’exercera envers vous ; la mesure dont vous vous servez sera celle dont on se servira pour vous. » Par ce commandement et par ces préceptes affermissons notre marche dans l’humble soumission à ses saintes paroles.

XIV. Il est juste et saint, mes frères, d’obéir à Dieu, plutôt que de suivre dans l’arrogance et l’agitation les instigateurs d’une détestable rivalité. Car ce n’est point un léger dommage, c’est un danger grave que nous subirons, si nous nous abandonnons témérairement aux caprices de ces hommes qui se lancent dans les querelles et les séditions pour nous rendre étrangers au bien. Soyons bons les uns pour les autres, à l’exemple de notre miséricordieux et doux Créateur, car il est écrit : « Les doux habiteront la terre, les innocents y seront laissés, mais les pécheurs en seront exterminés. » Il est dit aussi : « J’ai vu l’impie exalté, élevé comme les cèdres du Liban ; j’ai passé; voyez, il n’était déjà plus; j’ai cherché sa place et ne l’ai pas trouvée. Garde l’innocence et observe la droiture : car il y a une postérité pour l’homme pacifique. »

XV. Adhérons à ceux qui cultivent pieusement la paix non à ceux qui feignent de la vouloir. Il est dit en effet quelque part : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Et puis : « Leur bouche bénissait, mais leur cœur maudissait. » Et encore : « Ils l’ont chéri de bouche et leur langue lui a menti ; leur cœur n’était pas droit avec lui et ils ne sont pas restés fidèles à son pacte. Aussi puissent-elles devenir muettes, les lèvres trompeuses qui parlent injustement contre le juste. » Il est dit également : « Puisse le Seigneur perdre toutes les lèvres trompeuses, la langue aux propos orgueilleux, ceux qui disent : Nous rendrons puissante notre langue, nos lèvres sont en notre pouvoir, qui serait notre maître ? »

XXIII. Le Père tout compatissant et bienfaisant, se sent des entrailles pour ceux qui le craignent; il répand ses grâces avec douceur et bonté sur ceux qui s’approchent de lui avec un cœur simple. Aussi, défaisons-nous de la duplicité, et que notre âme ne s’enfle point à cause de ses dons incomparables et magnifiques !

LVI. Intercédons pour ceux qui sont coupables de quelque faute, que la douceur et l’humilité leur soient accordées, afin qu’ils cèdent, non pas à nous certes, mais à la volonté de Dieu. De la sorte, le souvenir compatissant que nous avons d’eux devant Dieu et les saints, sera plein de fruit pour eux et de perfection.

Prières

Oratio

Gregem tuum, Pastor ætérne, placátus inténde : et, per beátum Cleméntem Mártyrem tuum atque Summum Pontíficem, perpétua protectióne custódi ; quem totíus Ecclésiæ præstitísti esse pastórem. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Pasteur éternel de l’Eglise, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Pape Clément votre Martyr que vous avez placé comme pasteur à la tête de l’Eglise. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Clément

Que le Créateur de l’univers conserve intact le nombre compté de ses élus dans le monde entier, par son fils bien-aimé Jésus-Christ, par qui il nous a appelés des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la pleine connaissance de la gloire de son nom, à l’espérance en ton nom, principe d’où procède toute créature.

Vous avez ouvert les yeux de nos cœurs afin qu’ils vous connaissent,
vous le seul Très-haut au plus haut des cieux,
Le Saint qui reposez au milieu des Saints,
Vous qui abaissez l’insolence des orgueilleux,
Qui déroutez les calculs des peuples,
Qui exaltez les humbles
Et qui abaissez les grands ;
Vous qui enrichissez et qui appauvrissez,
Qui tuez, et qui sauvez, et qui vivifiez,
Unique Bienfaiteur des esprits,
Et Dieu de toute chair ;
Contemplateur des abîmes,
Scrutateur des œuvres des hommes,
Secours des hommes dans les dangers
Et leur Sauveur dans le désespoir,
Créateur et Surveillant de tous les esprits !
Vous qui multipliez les peuples sur la terre
Et qui avez choisi au milieu d’eux ceux qui vous aiment
Par Jésus-Christ votre Fils bien-aimé,
Par qui vous nous avez instruits, sanctifiés, honorés.

Nous vous en prions, ô Maître !
Soyez notre secours et notre soutien,
Soyez le salut de nos opprimés,
Prenez pitié des humbles,
Relevez ceux qui sont tombés,
Montrez-vous à ceux qui sont dans le besoin,
Guérissez les malades,
Ramenez les égarés de votre peuple,
Rassasiez ceux qui ont faim,
Délivrez nos prisonniers,
Faites lever ceux qui languissent,
Consolez les pusillanimes,
Que tous les peuples reconnaissent
que vous êtes le seul Dieu,
Que Jésus-Christ est votre fils,
Que nous sommes votre peuple et les brebis de vos pâturages.

Vous, qui par vos œuvres,
Avez manifesté l’immortelle ordonnance du monde,
Vous, Seigneur, qui avez créé la terre,
Vous qui demeurez fidèle dans toutes les générations,
Juste dans vos jugements,
Admirable dans votre force et votre magnificence,
Sage dans la création,
Avisé à affermir les choses créées,
Bon dans les choses visibles,
Fidèle envers ceux qui ont confiance en vous,
Miséricordieux et compatissant,
Remettez-nous nos fautes et nos injustices,
Nos chutes et nos aberrations.
Ne comptez pas les péchés de vos serviteurs et de vos servantes,
Mais purifiez-nous par votre vérité,
Et dirigez nos pas
Pour que nous marchions dans la sainteté du cœur
Et que nous fassions ce qui est bon et agréable
À vos yeux et aux yeux de nos princes.

Oui, Maître, faites luire sur nous votre visage.
Pour (nous faire jouir) des biens en paix,
Nous protéger de votre main puissante,
Nous libérer de tout péché par votre bras très fort,
Nous sauver de ceux qui nous haïssent injustement.

Donnez la concorde et la paix,
À nous et à tous les habitants de la terre,
Comme vous l’avez donnée à nos pères
Lorsqu’ils vous invoquaient saintement dans la foi et la vérité.
Rendez-nous soumis
À votre Nom très puissant et très excellent,
À nos princes et à ceux qui nous gouvernent sur la terre.

C’est vous, maître, qui leur avez donné le pouvoir de la royauté,
Par votre magnifique et indicible puissance,
Afin que, connaissant la gloire et l’honneur que vous leur avez départis,
Nous leur soyons soumis
Et ne contredisions pas votre volonté.
Accordez-leur, Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la stabilité,
Pour qu’ils exercent sans heurt la souveraineté que vous leur avez remise.

Car c’est vous, Maître, céleste roi des siècles,
Qui donnez aux fils des hommes
Gloire, honneur, pouvoir sur les choses de la terre.
Dirigez, Seigneur, leur conseil, suivant ce qui est bien,
Suivant ce qui est agréable à vos yeux,
Afin qu’en exerçant avec piété
Dans la paix et la mansuétude,
Le pouvoir que vous leur avez donné,
Ils vous trouvent propice.

Vous seul avez la puissance de faire cela
Et de nous procurer de plus grands biens encore.
Nous vous remercions par le grand-prêtre
Et le patron de nos âmes, Jésus-Christ,
Par qui soit à vous la gloire et la grandeur,
Et maintenant
Et de génération en génération
Et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il

Antienne

Ã. Dedisti, Domine, habitaculum martyri tuo Clementi in mari, in modum templi marmorei, angelicis manibus praeparatum : iter praebens populo terræ, ut enarrent mirabilia tua.

Ã. Vous avez donné, Seigneur, une demeure dans la mer à votre Martyr Clément, à la façon d’un temple de marbre, préparé par la main des Anges : procurant passage au peuple de la terre, afin que l’on fasse récit de vos merveilles.

Antienne grégorienne “Dedisti Domine”

Antienne Dedisti Domine

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

La Punchline de Sainte Mechtilde

Ne te défie jamais de la miséricorde de Dieu,
même s’il permet à la tribulation de t’approcher ou s’il te soustrait les consolations de sa grâce.

Saints Bénédictins : Sainte Mechtilde de Hackeborn, moniale d’Helfta

Elle est, avec Sœur Mechtilde de Magdebourg (1207-1282?) et sainte Gertrude la Grande (1256-1302?), la gloire du monastère saxon de Helfta et l’un des principaux auteurs spirituels et mystiques de l’Allemagne médiévale.

Née vers 1241, elle appartenait à une des premières familles de Thuringe, et avait pour sœur aînée cette Gertrude de Hackeborn qui, en 1251, à dix-neuf ans, devint abbesse, et devait rester quarante ans en fonction. Mechtilde la rejoignit à sept ans, vers 1248. L’abbesse confia à sa cadette le soin de diriger les études, sacrées et profanes. Elle avait une réelle culture, connaissait Origène et Trajan, Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Au chœur, secondée par sainte Gertrude, elle présidait le chant. Elle aida et encouragea Sœur Mechtilde de Magdebourg, attaquée et calomniée à cause de certains propos contre les mauvais chrétiens; la Lumière de la divinité, recueil des dires de la sœur, nous donne un écho de ces propos.

Sainte Mechtilde atteignait la cinquantaine lorsqu’elle tombe malade, pour l’avent de 1290. Sa sœur l’abbesse, malade également, mourut bientôt. Dans l’émoi de sa faiblesse physique, Mechtilde livra son grand secret : les merveilles que la grâce opérait en son âme, tout ce que Dieu lui montrait… Deux sœurs notèrent ces confidences. L’une d’elle fut, semble-t-il, Gertrude la Grande. Le Hérault d’amour divin, recueil gertrudien, nomme plus d’une fois sainte Mechtilde, tandis que le volume mechtildien, le Livre de grâce spéciale, ne mentionne pas Gertrude, ce qui est, croyons-nous, un indice de la part prise par Gertrude dans la rédaction du Livre. Le crédit de Mechtilde était grand à Helfta : la nouvelle abbesse s’adressait à elle pour connaître le sort de son père défunt. Les deux rédactrices travaillèrent de 1291 à 1298 environ. Leur besogne touchait à sa fin quand Mechtilde tremble : Dieu ne serait-il pas trahi dans ces textes forcément déficients? Le Seigneur la rassura. Elle trépassa un 19 novembre, en 1298 ou 1299. La date de 1310 est moins probable.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Extraits du Livre de la grâce spéciale de Sainte Mechtilde de Hackeborn

Fidélité de la glorieuse Vierge Marie (1ère partie, ch. 44)

Une autre fois, comme elle s’accusait devant Dieu de n’avoir jamais aimé sa Mère autant qu’elle l’aurait dû, et de ne l’avoir pas assez honorée et servie, le Seigneur lui dit : « Pour réparer cette négligence, loue ma Mère de l’incomparable fidélité qu’elle m’a gardée durant sa vie, préférant en toutes ses actions ma volonté à la sienne. Exalte secondement la fidélité avec laquelle ma Mère s’est toujours trouvée présente lorsque j’avais besoin de son secours. Vois : elle a été jusqu’à ressentir en son âme tout ce que mon corps a souffert. Proclame en troisième lieu la grandeur de cette fidélité qu’elle me conserve dans le ciel, où elle travaille encore pour moi par la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes. Ses mérites ont ramené d’innombrables pécheurs ; des âmes que ma justice équitable destinait aux peines éternelles en ont été sauvées par sa miséricorde ; d’autres ont été retirées des feux du purgatoire. »

Du jardin et des arbres des vertus (3ème partie, ch. 50)

Une fois, après s’être confessée et avoir accompli sa pénitence, elle pria la glorieuse Vierge d’intercéder pour elle auprès du Seigneur. Il lui parut alors que la Vierge Marie la conduisait-elle même dans un jardin délicieux, planté de beaux arbres, transparents et brillants comme le cristal qui reflète le soleil. Elle demanda à être conduite vers l’arbre de la miséricorde, dont Adam avait été privé si longtemps. Or cet arbre immense, aux rameaux élevés, avait ses racines dans un sol d’or, ses fleurs et ses fruits étaient d’or, et trois ruisseaux prenaient en lui leur source. Le premier était destiné à purifier, le second à polir, le troisième à désaltérer. Sous cet arbre était prosternée la bienheureuse Marie-Madeleine, et auprès d’elle Zachée, agenouillé, adorait Dieu. Elle se prosterna entre ces deux personnages, pour adorer aussi et demander pardon.

Elle vit ensuite un bel arbre dont la hauteur signifiait la longue patience de Dieu. Ses feuilles étaient d’argent ; et ses fruits rouges, renfermés dans une écorce dure et amère, ressemblaient à une amande très douce. Il y avait aussi là un arbre assez bas pour être à la portée de toutes les mains ; sous le souffle de l’auster, il s’inclinait vers tous les hommes et figurait ainsi la mansuétude du Seigneur. II ne portait point de fruits, parce que ses feuilles, d’un vert plus accentué que celles des autres arbres, possédaient la même vertu que les fruits.

Elle vit alors un arbre d’un aspect attrayant, délicieux, semblable au pur cristal. Ses feuilles d’or portaient toutes un anneau incrusté, et ses fruits, couleur de neige, étaient aussi agréables au toucher qu’au goût. Il signifiait la très brillante pureté de la nature divine que le Seigneur désire communiquer à tous. Cet arbre s’entrouvrit, et le Seigneur y entra, s’unissant à cette âme dans une intimité qui lui sembla réaliser cette parole du Psaume : « Je l’ai dit : vous êtes des dieux » (Ps. 71, 6). Sous cet arbre germait la rose, la violette, le crocus, l’herbe appelée benoîte. Le Seigneur prenait ses délices parmi ces fleurs, c’est-à-dire dans la charité, l’humilité, l’abaissement, et l’action de grâces qui tient la créature prête à dire en tout ce qui lui advient : « Béni soit le nom du Seigneur, » et à remercier et bénir Dieu en tout temps.

Du libre arbitre de l’homme (4ème partie, ch. 20)

Elle vit un jour le Seigneur Jésus ; en face de lui, un homme se tenait debout. Dans le Cœur divin elle aperçut une roue qui tournait sans cesse et une longue corde qui se dirigeait vers le cœur de l’homme, où il y avait aussi une roue en mouvement. Cet homme figurait tous les humains, et la roue signifiait que Dieu a communiqué de son libre arbitre aux hommes, la libre volonté de se tourner vers le bien et vers le mal. La corde, c’est la volonté de Dieu, qui attire toujours au bien et non au mal. Cette corde va donc du cœur de Dieu à celui de l’homme ; et plus la roue tourne rapidement, plus l’homme se rapproche de Dieu. Mais si la créature choisit le mal, la roue se met aussitôt à tourner en sens inverse et l’homme s’éloigne de Dieu. S il persévère dans le mal jusqu’à sa mort, la corde se rompt et il tombe dans la damnation éternelle. S’il se relève par la pénitence, Dieu, qui est toujours prêt à pardonner, le reçoit de nouveau en sa grâce ; la roue tourne alors dans le même sens qu’auparavant, et l’homme recommence à se rapprocher de Dieu.

Prières

Prières de Sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1298)

Ô mon Unique, je vous offre mon cœur comme une rose printanière ; que sa grâce, tout le jour, charme vos yeux, que son parfum ravisse votre Cœur divin. Je vous offre mon cœur, pour que vous en usiez comme d’une coupe, où vous pourrez goûter votre propre douceur en tout ce que vous daigneriez opérer en moi pendant cette journée. Je vous offre mon cœur comme une grenade exquise, digne de votre table royale. Veuillez le prendre entièrement et que lui-même, à son tour, se délecte en vous seul. Faites, je vous en supplie, qu’aujourd’hui toutes mes pensées, toutes mes paroles, toutes mes actions et ma volonté même se règlent sur le bon plaisir de votre bénigne volonté. Ainsi soit-il.

À l’occasion d’une grâce

Seigneur, je vous offre cette épreuve (cette joie, ce succès…) à votre éternelle louange et gloire, vous priant, si elle ne vient pas de vous, qu’elle ne me soit plus accordée, car, Seigneur, à cause de vous, je préférerais me voir privé de toute douceur et consolation.

Dans l’épreuve

Seigneur, je vous offre mon cœur et ma volonté, et je suis prêt à supporter de bonne grâce, pour votre amour, non seulement ce qui m’arrive présentement, mais toute adversité qui pourrait survenir.

Antienne

Ã. Ad dandam scientiam plebi tuae, Domine, in remissionem peccatorum eorum.​

Ã. Afin de donner connaissance à votre peuple, Seigneur, pour la rémission de leurs péchés.​

Antienne grégorienne “Ad dandam scientiam"

Antienne Ad dandam scientiam

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Le mot de Saint Jean Climaque

Le silence est sage et prudent; il donne l’esprit d’oraison, délivre l’âme de la captivité, conserve le feu de l’amour divin, veille sur les pensées de l’esprit, observe attentivement les mouvements des ennemis du salut, soutient et nourrit la ferveur de la pénitence, se plaît dans les larmes, rappelle sans cesse l’image de la mort et le souvenir des supplices éternels, fait considérer les Jugements de Dieu avec une crainte salutaire, est très favorable à la sainte tristesse du cœur, combat l’esprit de présomption, favorise la tranquillité de l’âme, augmente la science du salut, nous forme à la contemplation des vérités surnaturelles, nous perfectionne dans les bonnes œuvres et nous fait monter jusqu’à Dieu.

Saints Bénédictins : Saint Odon, Abbé de Cluny

Odon, né dans la région de Tours vers 879, était fils d’Abbon, Seigneur de grande qualité. Il passa les premières années auprès de Foulques, Comte d’Anjou, et auprès de Guillaume, Comte d’Auvergne et Duc d’Aquitaine, qui fonda depuis l’Abbaye de Cluny. Il montra dès son enfance beaucoup d’amour pour la prière. Sa piété lui faisait regarder comme perdu le temps qu’il était forcé de donner à la chair et aux autres amusements du siècle. À l’âge de dix-neuf ans il reçut la tonsure, et fut nommé à un Canonicat de l’Église de Tours. Il renonça alors à l’étude des Auteurs profanes et ne voulut plus lire que l’Écriture et les livres propres à nourrir dans son cœur la componction, la ferveur et l’amour divin. Il vint passer quatre ans à Paris pour y faire un cours de Théologie. Étant retourné dans la ville de Tours, il se renferma dans une cellule, pour se livrer uniquement à la prière et à la méditation des Livres Saints.

La lecture de la Règle de Saint Benoît acheva de le détacher du monde. Voyant combien sa vie était éloignée des maximes de perfection qui y sont tracées, il résolut d’embrasser l’état monastique, mais le Comte d’Anjou refusa d’y consentir. Il resta donc encore près de trois ans dans sa cellule avec le compagnon qui suivait les mêmes exercices. Enfin, lassé des obstacles qu’il rencontrait, il se démit de son Canonicat, et se retira secrètement dans le Monastère de Baume au Diocèse de Besançon. Saint Bernon qui en était Abbé, lui donna l’habit en 909. Il n’avait emporté avec lui que sa Bibliothèque, qui consistait en une centaine de volumes.

L’Année suivante, l’Abbaye de Cluny, qui venait d’être fondée, fut mise sous la conduite de saint Bernon, qui eut à la fois le gouvernement de six Monastères. Après la mort de ce Saint Abbé, arrivée en 927, les Évêques du pays obligèrent saint Odon à prendre la conduite de trois de ces Monastères, savoir, Cluny, Massay et Déols. Il fit sa résidence dans le premier et y devint bientôt célèbre par la régularité qui s’y observait, et par la sainteté de ceux qui l’habitaient. Il y établit l’observance de la Règle de S. Benoit dans toute sa pureté. Il recommandait surtout le silence, et disait à ce sujet que c’était une condition nécessaire pour se soutenir dans la solitude intérieure et pour converser avec Dieu. Après le silence, il recommandait l’obéissance, l’humilité et le renoncement à soi-même. Plusieurs Monastères de différents pays embrassèrent sa réforme, et se soumirent à sa Juridiction ; en sorte que la Congrégation de Cluny devint bientôt aussi florissante que nombreuse.

Les Papes et les Princes avaient une grande confiance dans le saint Abbé. Ils le chargèrent de plusieurs négociations importantes, où sa prudence et sa piété lui assurèrent un heureux succès.

Odon avait une singulière dévotion à saint Martin : ce qui lui fit désirer de mourir à Tours. Ayant été attaqué d’une maladie dont il prévit qu’il ne guérirait point, il se fit porter dans cette ville ; où il mourut le 18 Novembre 942. Il fut enterré dans l’Église de Saint-Julien. Les Huguenots ont brûlé la plus grande partie de ses Reliques.

Prières

Oratio

Deus, qui beátum Odónem abbátem, ad monástici órdinis decórem renovándum, in Ecclésia tua suscitásti : eius méritis et précibus concéde ; ut conversiónis nostræ propósitum fidéliter exsequéntes, viam mandatórum tuórum dilatáto corde currámus. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez suscité en votre Église le bienheureux Abbé Odon pour renouveler l’éclat de l’ordre monastique, accordez à ses mérites et à ses prières d’obtenir qu’accomplissant fidèlement le bon propos de notre conversion, nous courions, le cœur dilaté, dans la voie de vos commandements. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de saint Odon de Cluny (879-942) à Notre-Dame

Ô Dame et Mère de Miséricorde, vous qui avez mis au monde le Sauveur, daignez dans votre bonté intercéder pour moi par vos Prières ; je me réfugie en votre glorieux et unique Enfantement, Mère très bonne. Inclinez aussi les oreilles de votre bonté vers mes prières. Je redoute tant que ma vie déplaise à votre Fils ! Et puisque c’est par vous, ma Dame, qu’Il s’est manifesté au monde, que grâce à vous aussi, je vous prie, Il me prenne en pitié sans tarder. Ainsi soit-il.

Prière d’Anne de Saint-Barthélémy (1549-1626)

Ô bienheureux silence ! C’est par ce silence, Seigneur, que vous criez et que vous faites retentir votre enseignement dans le monde entier, et c’est dans ce silence, plutôt que dans les livres et dans l’étude, que ceux qui vous aiment puisent la Sagesse. Le Seigneur s’est fait pour nous source d’eau vive pour que nous ne périssions pas dans cet océan d’épreuves. Sans la Foi nous ne pouvons pas avancer dans la voie royale des Mystères de Dieu. La Foi nous ouvre les yeux, elle nous guide. Là où il n’y a pas de Foi, il n’y a pas de lumière ni de chemin qui mène au Bien. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Domus Cluníaci, domus Dómini, fundáta est supra firmam petram.

Ã. La maison de Cluny, maison du Seigneur, a été fondé sur un roc solide.

Antienne grégorienne “Domus Cluniaci"

Ã. Iste est Odo quem régulæ sanctæ zelus ádeo illustrávit, ut abbas abbátum éffici mererétur.

Ã. C’est lui, Odon, que le zèle de la Sainte Règle a tellement illustré qu’il a mérité d’être Abbé des Abbés.

Antienne grégorienne “Iste est Odo"

Antiennes pour Saint Odon

Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

La Punchline du Père Faber

L’œil prompt à saisir les fautes d’autrui, l’oreille qui aime à écouter les critiques, et la langue d’un grand parleur, seront les marques d’une âme fervente quand l’arc-en-ciel deviendra l’emblème du désespoir.

Des leçons des Matines de la Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs à Rome

Parmi les sanctuaires vénérés autrefois des Chrétiens, les plus célèbres et les plus fréquentés étaient ceux dans lesquels des corps de Saints avaient été ensevelis, ou bien dans lesquels se trouvait quelque vestige ou quelque souvenir des Martyrs. Au nombre de ces lieux saints et au premier rang, l’on distingua toujours cette partie du Vatican appelée Confession de saint Pierre. Les Chrétiens, en effet, y accouraient de tous les points de l’univers, comme à la pierre ferme de la foi et au fondement de l’Église, et vénéraient avec une religion et une piété souveraines, l’emplacement consacré par le sépulcre du prince des Apôtres.

L’empereur Constantin le Grand vint là huit jours après avoir reçu le baptême ; il déposa le diadème, et, prosterné à terre, versa des larmes abondantes. Après quelques instants, ayant pris une houe et un hoyau, il se mit à creuser le sol. Il en tira douze corbeilles de terre, en l’honneur des douze Apôtres, désigna l’emplacement destiné à la basilique du prince des Apôtres et y fit commencer la construction d’une église. Le Pape saint Sylvestre la dédia le quatorze des calendes de décembre (18 novembre), en y observant les mêmes rites que pour la consécration de l’église du Latran, qui avait eu lieu le cinq des ides de novembre (9 novembre). Il y érigea un autel de pierre, qu’il oignit du saint chrême, et ordonna que dès lors on ne construirait plus que des autels en pierre. Saint Sylvestre dédia encore la basilique de l’Apôtre saint Paul, élevée à grands frais sur la route d’Ostie, par le même empereur Constantin. Cet empereur donna de grandes richesses à ces basiliques et les orna de splendides présents.

La basilique vaticane menaçant ruine par l’effet du temps, elle a été, grâce à la dévotion de beaucoup de Pontifes, totalement reconstruite sur un plan plus vaste et plus magnifique. Urbain VIII l’a solennellement consacrée l’an mil six cent vingt-six, en la date même où elle l’avait été lors de sa première érection. Quant à la basilique de la voie d’Ostie, un terrible incendie la consuma presque entièrement, en 1823. Par les soins infatigables de quatre Papes, elle a été plus splendidement réédifiée, et comme vengée de son désastre. Pour la consacrer, une occasion très favorable s’offrit à Pie IX : la proclamation récente du dogme de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie avait attiré à Rome, des régions les plus éloignées de l’univers catholique, un grand nombre de Cardinaux et d’Évêques. Il la dédia donc solennellement, entouré de cette magnifique couronne de membres du Sacré Collège et de Pontifes, le 10 décembre 1854, et fixa à ce jour (18 novembre) la mémoire de cette solennelle Dédicace.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #4

Depuis l’année 1000 jusqu’à l’année 1100.

Durant ce siècle comme durant les autres, l’Ordre de saint Benoît a produit des Apôtres zélés, des Martyrs généreux, des Docteurs très savants, beaucoup de Princes avec un nombre infini de grands Saints et de très-grands hommes.

Parmi tout ces illustres Solitaires le fameux S. Wolfgang si connu par toute l’Allemagne peut tenir le premier rang, ses grands et heureux travaux lui ont mérité le nom d’Apôtre de la Hongrie. Saint Adalbert le suivit de bien près et exerça son zèle dans la Bohême et dans beaucoup d’autres provinces, qu’il enrichit par ses vertus, et qu’il arrosa de ses sueurs. Saint Lubentius parut encore en ce temps dans l’Allemagne avec beaucoup de gloire. Il ne faut pas oublier saint Abbon Abbé de saint Benoît-sur-Loire, qui convertit les Gascons à la foi de Jésus-Christ, pour laquelle il souffrit après un glorieux martyre. Il ne faut pas non plus omettre saint Boniface, qu’on peut nommer le père des Huns, des Slavons, et des Rutènes ; puisque par ses Sermons et ses peines il les a engendrés en Jésus-Christ. La Religion Chrétienne fit en ce temps d’admirables progrès dans la Pologne, et dans la Bohême par le zèle et par les travaux de nos pères. L’Égypte même fut éclairée de la pure lumière de Jésus-Christ par les soins et par le zèle du saint Abbé Benon. La foi tant de fois plantée et cultivée dans la Hongrie par nos Religieux fut encore renouvelée en ce temps par leur zèle. Saint Gérard convertit toute la Silésie avec des peines infinies et avec un courage apostolique. Saint Humbert enflammé du même feu éclaira encore la Sicile et acquit de nouveau cette île à la Religion Chrétienne.

Le grand saint Adalbert, cet Apôtre si célèbre de la Pologne, de la Prusse, de la Bohême et de la Hongrie, reçut en ce temps la couronne du Martyre pour le juste prix de ses glorieux travaux. Saint Bruno reçut la même récompense après avoir converti la Sarmatie et la Lituanie à la foi de Jésus-Christ. La Pologne et la Bohême furent aussi embellies du sang des saints Martyrs, Benoît, Matthieu, Jean, Isaac, et de plusieurs autres de nos Moines. L’Angleterre fut aussi arrosée et rendue féconde en ce temps par le sang que nos Pères y répandirent pour la foi. Saint Colman enrichit aussi la Hongrie, la Silésie, et la Moravie par son Apostolat et par son Martyre. Enfin saint Gérard planta la Religion Chrétienne dans la Hongrie où elle avait tant de fois été plantée par le zèle de nos Pères et arrosée de leurs sueurs et de leur sang. Il l’anoblit aussi par son Martyre.

À peine la détestable hérésie de Bérenger avait été conçue, que nos Solitaires  savants et zélés la découvrirent, et la combattirent généreusement. Fulbert le maître excellent de ce disciple impie, fut un de ceux qui le réfuta avec plus de force et de succès. Paschase Radbert Moine de Corvey en France, et plusieurs de ses Confrères écrivirent contre cette même hérésie, avant même qu’elle eut paru, la providence de Dieu préparant ainsi par nos Confrères un antidote souverain à un mal qui n’était pas encore, mais qui devait bientôt paraître. Ce fut avec le même zèle et avec les mêmes armes que nos Pères s’opposèrent aux erreurs anciennes des Manichéens, qui renaissaient en France. Ce fut encore durant ce siècle que Dithmar parut avec éclat et que ce grand homme défendit la Foi Catholique, attaqua et surmonta les hérésies, qui s’élevaient de toutes parts. Gui y parut encore avec beaucoup d’honneur, et mérita le titre glorieux d’ennemi irréconciliable de toutes les erreurs. Roger et Alger deux  savants Moines de Corvey en Saxe, et plusieurs Bénédictins zélés s’opposèrent aussi courageusement à l’hérésie de Bérenger, qui faisait de grands ravages et de grands maux dans l’Église, Adalman disciple de Fulbert et Gui d’Arezzo furent du nombre de ceux qui par leur zèle étouffèrent ce monstre.

Tout le monde sait les maux que la simonie attira sur l’Église; on sait qu’elle l’aurait enfin entièrement désolée si le Pape Léon IX ne s’y fut opposé, et s’il ne l’eut condamnée dans trois Conciles qu’il assembla pour cet effet ; et si le Cardinal Pierre Damien n’eut puissamment réfuté l’erreur de ceux qui soutenaient, qu’il fallait ordonner de nouveau les simoniaques. Quels efforts ne fit pas saint Humbert pour étouffer le schisme, qui divisait et qui divise encore l’Église d’Orient de l’Église Romaine ? Enfin on peut dire que l’Église a triomphé de l’hérésie de Bérenger et de celle des simoniaques par le zèle et par la vigueur des enfants de saint Benoît, puisque ce fut sous la conduite et par l’autorité d’Hildebrand qu’on obligea cet hérésiarque trois fois relaps d’abjurer enfin et d’abandonner ses erreurs. Alberic fit aussi des merveilles dans cette occasion, et y mérita le nom glorieux de défenseur du très-saint Sacrement de l’Autel. Les Milanais qui avaient reçu les erreurs et le schisme et qui les avaient conservés si longtemps, les abandonnèrent par les soins et par les travaux de Pierre Damien, qui ne cessa jamais de combattre les hérétiques et les Schismatiques, qui divisaient l’unité de l’Église, et voulaient corrompre sa foi. Saint Pierre le Solitaire chassa la simonie de la Toscane, et Pierre Damien surmonta l’hérésie des incestueux. On peut ajouter, que saint Wolfhelm arrêta l’hérésie de Bérenger qui renaissait encore après avoir été tant de fois condamnée, et que saint Guidmond la réfuta solidement par ses écrits. Enfin que saint Bruno convainquit cet hérésiarque dans le Concile Romain. La simonie avait infecté tout le Diocèse de Mayance, mais Siegfrid l’en chassa par sa doctrine et par son zèle. Enfin le Cardinal Pierre Damien réunit les habitants de Ravenne à l’Église Catholique, que le schisme en avait séparés.

À tant d’Apôtres des nations, à tant de généreux Martyrs, à tant d’illustres Prélats et de  savants Docteurs, que l’Ordre a produits durant ce siècle, il faut ajouter les Princes et les Princesses qui ont abandonné les douceurs et les grandeurs du monde pour embrasser notre Institut. Je commencerai par sainte Édith Reine et Religieuse, qui mourut en ce temps après une très sainte vie ; par saint Vilbelme fils d’Arduin Roi d’Italie et Abbé de Fruttuaria, qui garantit la France d’une funeste guerre par une admirable prudence. Le Cardinal Baronius parle aussi en ce temps de la bienheureuse Thérèse fille du Roi Veremond. Pandulphe quitta la principauté de Salerne, fit profession au Mont-Cassin, et y passa le reste de sa vie avec une patience et une humilité admirable. Son exemple attira Athenulphe fils du Prince de Bénévent. Mais ce qu’on voit de plus grand dans ce siècle, c’est le courage de l’Impératrice sainte Cunégonde, qui méprisa toute la majesté de l’Empire, pour embrasser notre Institut. Guillaume Roi d’Italie en fit autant ; et Gisèle Reine de Hongrie femme de S. Étienne abandonna aussi le monde, entra dans l’Ordre, et suivit de bien près la sainteté de son mari. Le célèbre Monastère de Cluny rendit à la Pologne le Prince Casimir, après l’avoir rendu digne de régner sur la terre et de triompher dans le Ciel. Il ne faut pas oublier sainte Agnès épouse de l’Empereur Henri troisième, qui préféra l’obscurité du voile Bénédictin à tout l’éclat de la couronne impériale. Sancha Reine de Castille en fit autant. Et pour ne pas trop grossir cet abrégé, en rapportant un très grand nombre de Princes et de Princesses qui se sont cachés dans nos Monastères pour éviter la corruption du monde ; je n’y ajouterai que les Princesses filles de l’Empereur Henri troisième, qui par une générosité qu’on doit admirer, firent moins d’état du luxe de la Cour et des délices de l’Empire, que de la pauvreté et de l’austérité de la Religion.

L’Université de Magdebourg, fondée et gouvernée par nos Religieux, avait déjà paru avec beaucoup d’éclat par ses maîtres excellents dans toutes les sciences et dans tous les arts. Mais au commencement de ce siècle elle parut avec un éclat bien plus grand par les soins et par la doctrine éminente du grand Adalbert Évêque de Prague et Apôtre des Wendes. Éthard Moine de Lunebourg en Saxe après avoir éclairé l’Église par la doctrine, après l’avoir édifiée par sa sainteté, l’éclaire et l’édifie encore par les beaux Commentaires qu’il nous a laissés sur plusieurs Livres de la Sainte Écriture. Alger dont nous avons déjà parlé, Solitaire de Corbie en Saxe, parut encore en ce temps par sa rare doctrine. Le Royaume de Bohême aura cette obligation éternelle à l’Ordre de saint Benoît que ce fut par les soins et par la libéralité de Mlada fille du Duc de Bohême et Religieuse, que ses premiers Collèges furent fondés. Trithème parle avec beaucoup d’honneur de Rosweide Religieuse très sainte et très savante, dont il rapporte les écrits. Mais un des plus beaux ornements de l’Ordre et de toute l’Église dans ce siècle, c’est Burchard Évêque de Worms, qui écrivit avec tant de peine et d’érudition le Livre des Décrets. Tous les  savants et surtout ceux qui aiment l’histoire n’ont pas moins d’obligation au Moine Dithmar. Saint Osmar a été le premier qui a établi des écoles publiques en Flandre, et Gui d’Arezzo a inventé la méthode d’apprendre le plein chant et la musique, dont on se sert encore à présent. Marianus Scotus se fit aussi connaître en ce siècle par son bel esprit. Et saint Lanfranc Moine du Bec et puis Archevêque de Cantorbéry a donné à la Théologie Scolastique sa naissance et ses premiers progrès.

Vittegonius Abbé d’Auge se distingua durant ce siècle, et mérita d’être appelé la bouche et la main de son Prince, et la forte colonne de l’Église et de l’État. S. Maieul Abbé de Cluny n’éclata pas moins en ce temps, on le nomma l’oracle des Rois et le miracle. Saint Odilon le suivit de bien près ; ce fut lui qui rétablir l’observance de la Règle de saint Benoît, partout où elle s’était affaiblie. Ce fut encore ce saint Abbé qui procura le premier aux âmes du Purgatoire un soulagement qui durera toujours, en instituant la mémoire que l’Église en fait tous les ans. Nous ne devons pas oublier le célèbre Abbé saint Léon, qui assembla un Concile à Reims, et qui y présida au nom du Pape Jean XV non plus que le Pape Grégoire V qui institua les Princes Électeurs de l’Empire. Enfin nous ne devons pas oublier le Pape Silvestre, qui après avoir fait profession de notre Règle, fut élevé au Souverain Pontificat pour son rare mérite. Ce fut lui qui donna à la Hongrie le titre de Royaume, ce fut lui qui publia la première croisade, qui inventa les horloges, et qui défendit les droits de l’Église avec une fermeté invincible. Saint Fulbert Évêque ne combattit pas avec moins de zèle pour la cause de Dieu, et ne surmonta pas avec moins d’honneur, les usurpateurs des biens ecclésiastiques. Saint Sergius IV remplit très-dignement le Siège Apostolique, et l’embellit par sa rare sainteté. Saint Elphège éclaira toute l’Angleterre, il fut Archevêque de Cantorbéry; et il aima si fort ses ennemis, que par des pains sanctifiés par sa prière et bénis de sa main il chassa la peste de leur armée et en guérit tous les soldats. Ajoutons à tant d’admirables Bénédictins l’illustre Tognon Évêque de Magdebourg Chancelier de l’Empereur Henri. Et saint Jean Abbé du Mont-Cassin, qui remplit la Hongrie et l’Illyrie des colonies de parfaits Solitaires. Saint Poppon Abbé reprit hardiment l’Empereur Henri, et ce Prince reçut avec respect ses justes remontrances, et se corrigea de ses défauts. Durant ce siècle la terre perdit deux grands ornements par une mort précieuse devant Dieu. Le premier fut S. Romuald ce prodige de sainteté. La Congrégation de Camaldule, qu’il avait instituée, fit en ce temps de si grands progrès, qu’il semblait que tous les hommes voulaient abandonner le monde pour habiter les déserts. Le second fut saint Fulbert Évêque de Chartres, duquel nous avons déjà parlé plusieurs fois, il était si savant, qu’après sa mort on disait que toute la science du monde était ensevelie dans son tombeau. Saint Gérard rendit le Royaume de Hongrie tributaire à la Mère de Dieu. Le grand Conrad après avoir refusé l’Épiscopat, rétablit l’observance régulière dans un très grand nombre de Monastères, et remplit plusieurs provinces de Solitaires très parfaits. Nos Religieux portèrent en ce temps leur zèle et leur sainteté dans l’Arabie, ils s’établirent sur la montagne de Sinaï, où la foi fut donnée, et nourrirent toute l’Égypte par un miracle continuel. La seule Congrégation de Cluny produisit dans ce siècle un nombre innombrable de grands hommes en toutes façons. On ne peut assez louer le saint Pontife Grégoire VI qui par un amour incomparable, qu’il avait pour l’Église, et par une humilité, qui n’avait point encore eu d’exemple, quitta volontairement le Souverain Pontificat, et se retira dans un de nos Monastère, afin de finir un schisme qui divisait le Corps Mystique de Jésus-Christ. Léon IX mérite bien autant d’honneur, puisqu’il abandonna sans contrainte la même dignité, qu’il avait reçue de l’Empereur, et qu’il en laissa l’élection libre au Clergé et au peuple de Rome ; il bannit par un zèle digne de lui le vice infâme d’impureté, qui corrompait les Ecclésiastiques et qui souillait toute l’Église. Herman Contrat doit avoir une place parmi tant d’illustres et de Saints de l’Ordre : ce grand homme se distingua par ses vertus et par la tendre dévotion qu’il avait pour la Mère de Dieu. Il est l’Auteur (?) de cette Antienne si dévote que l’Église chante partout Salve Regina. Il faut finir l’abrégé de ce siècle par deux grands Papes enfants de saint Benoît. Saint Estienne, qui défendit la liberté de l’Église avec tant de générosité. Et Grégoire II qui a si bien servi l’Église et l’Empire ; il avait érigé en Royaumes la Dalmatie et la Croatie.

Prières

Oratio

Deus, qui nobis per síngulos annos huius sancti templi tui consecratiónis réparas diem, et sacris semper mystériis repæséntas incólumes : exáudi preces pópuli tui, et præsta ; ut, quisquis hoc templum benefícia petitúrus ingréditur, cuncta se impetrásse lætétur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Méditation du Père Frederick William Faber (1814-1863)

Ô douceur ineffable du mystère de la prière ! Laissez-moi le répéter : oui, l’une des fins pour lesquelles nous avons été mis sur la terre, c’est l’intercession. L’une des fins de notre adorable Sauveur, lorsqu’Il répandit jusqu’à la dernière goutte de son précieux sang, c’était de rendre notre intercession agréable à Dieu et efficace. L’un des tributs d’amour que Dieu attend de nous maintenant, c’est encore l’intercession. Cependant, combien de temps avons-nous coutume de consacrer au délicieux exercice de ce grand privilège ? Nous achetons à bon marché une réputation de piété, à force de parler de Dieu avec une aisance extraordinaire, et d’ennuyer les autres en leur présentant sans cesse de nouveaux plans pour réformer l’Église et faire prospérer les intérêts du Catholicisme. Parleurs intrépides, pour la plupart du temps nous nous arrêtons là ; et nous reculons quand il s’agit de se mettre à l’œuvre. Oh ! Oui, chacun de nous a son psaume, sa prophétie et sa doctrine : les Corinthiens étaient loin de posséder une sagesse égale à la nôtre, des dons aussi variés que nous ; que sont-ils en comparaison de nous ? Nous eussions étonné Saint Paul ; quels oracles ! Quels êtres utiles, nécessaires à Dieu ! Voilà, d’après nos discours, ce que nous sommes, ou plutôt ce que nous pensons être ! Maintenant, je voudrais bien savoir combien nous prions. J’aimerais voir quelle proportion existe entre l’intercession que nous formulons tout bas et les critiques que nous faisons tout haut. Je crains qu’elle ne soit bien faible ; car je ne puis m’empêcher de m’imaginer que si nous priions davantage, nous sentirions combien nous prions peu, et, par pudeur, nous n’oserions point parler. Je suis sûr que les gens qui prient se trouvent cachés parmi ceux qui ne nous disent point sans cesse tout l’intérêt qu’ils prennent dans les affaires Catholiques. L’œil prompt à saisir les fautes d’autrui, l’oreille qui aime à écouter les critiques, et la langue d’un grand parleur, seront les marques d’une âme fervente quand l’arc-en-ciel deviendra l’emblème du désespoir, jamais avant !

Antienne

Ã. Zachǽe, festínans descénde ; quia hódie in domo tua opórtet me manére. At ille festínans descéndit, et excépit illum gaudens in domum suam. Hódie huic dómui salus a Deo facta est, allelúia.

Ã. Zachée, descends vite, car aujourd’hui, il faut que je demeure dans ta maison. Et lui descendit bien vite, et le reçut avec joie dans sa maison. Aujourd’hui le salut a été accordé par Dieu à cette maison, alleluia.

Antienne grégorienne “Zachæe”

Antienne Zachaee

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

La Punchline de Sainte Gertrude

Je ne demande à Jésus qu’une seule chose : que jamais ma volonté ne soit en désaccord avec la sienne.

Saints Bénédictins : Sainte Gertrude d’Helfta, Vierge

Nous sommes à Helfta, monastère fondé par les comtes de Mansfeld, non loin de Eisleben, qui doit être la patrie de Luther. L’abbaye compte parmi ses religieuses une jeune fille de vingt-cinq ans, qui est notre Gertrude. L’abbesse était Gertrude de Hackeborn, née en 1232, abbesse en 1251, morte en 1291. Notre sainte n’est donc pas et ne sera jamais l’abbesse de cette maison, comme une similitude de nom l’a fait croire à des critiques peu sagaces. Mais elle en est le charme et l’exemple, et, si nous osions prononcer ce mot en parlant de religieuses ferventes, elle en est l’orgueil : aucune ne sait comme elle saisir les enseignements de l’école du monastère, et elle a fait de rapides progrès dans l’étude des arts libéraux, telle qu’on la comprend à cette époque. N’oublions pas que la culture des lettres était en faveur dans les monastères allemands du moyen âge, et qu’elle était regardée comme une partie essentielle du patrimoine des deux Ordres bénédictins. Ajoutons aussi que Gertrude s’applique surtout à la lecture de la Sainte Écriture, qui n’était pas délaissée comme les protestants ont voulu le faire croire, et qu’elle ne néglige rien pour chanter l’office comme il convient. Il y a vingt ans qu’elle est au monastère; car elle y est entrée à l’âge de cinq ans (1261). Or, c’est en ce moment qu’elle est convertie (27 janvier 1281), d’une de ces conversions dont parlent les saints quand ils pleurent leur vie passée, et qu’ils chantent les miséricordes de Dieu. Souvenons-nous, pour nous en faire une idée, de la conversion de sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Parmi les désordres dont Gertrude s’accusait plus tard, il faut noter un goût exagéré pour l’étude des lettres et des sciences.

Mais Jésus-Christ voulait devenir son seul maître, et il donna tant de charme et de puissance à ses exhortations, que la sainte en fut complètement transformée. Comme Marie, sœur de Marthe, elle oublia tout pour se mettre à ses pieds, et elle s’appliqua toute à l’écouter dans le silence des puissances de son âme et dans une entière docilité. L’action de la grâce s’affirma de plus en plus efficace. Elle produisit d’abord dans le cœur de la religieuse une sorte de trouble, qui lui inspira le dégoût de tout ce qui est terrestre. Puis elle lui fit voir que ce cœur n’était pas assez purifié pour être une demeure digne du céleste Époux. Elle la remplissait en même temps de courage et de confiance. Jésus-Christ lui disait : « Ton salut viendra bientôt  : pourquoi t’attrister à ce point? N’as-tu pas un conseiller, un ami, qui peut apaiser tes douleurs toujours renaissantes? » Et il ajoutait : « Je te sauverai et te délivrerai : ne crains rien… Avec mes ennemis, tu as léché la terre, sucé le miel adhérent aux épines. Reviens enfin à moi, et je te ferai bon accueil, et je t’enivrerai du torrent des joies divines. »

Gertrude répondit à cet appel, et, pour récompenser sa bonne volonté, le Maître voulut lui témoigner d’une manière sensible qu’il prenait possession de son cœur. Écoutons la voyante, quand elle nous raconte ce qui lui arriva à cette occasion : « Un jour, — c’était entre la Résurrection et l’Ascension, avant prime —, je m’assis près de l’étang, et je me mis à considérer la beauté de ce lieu. Il me plaisait à cause de la limpidité de l’eau courante, de la verdeur des ombrages, des oiseaux, et particulièrement des colombes, qui s’y ébattaient en toute liberté, mais surtout pour la profonde quiétude que je goûtais dans ce lieu retiré. Je me demandai ce que je voudrais ajouter aux charmes de cet endroit pour que mon bonheur fût parfait, et je souhaitai qu’il y eût quelqu’un pour s’entretenir avec moi dans cette solitude. Et vous, mon Dieu, qui savez procurer des joies inestimables, et qui, j’en ai la confiance, aviez dès le principe dirigé le cours de mes pensées, vous avez fait aussi aboutir vers vous la fin de cette méditation, en m’inspirant la réflexion suivante: si, à la manière d’un cours d’eau, je faisais retourner à vous, par une gratitude continuelle et appropriée, les grâces qui me sont venues de vous; si, croissant en vertus de même que les arbres grandissent, je m’ornais de bonnes œuvres comme ils se parent de feuillage; si, enfin, méprisant les choses terrestres, je volais comme une colombe vers les biens célestes, et si, imposant à mes sens corporels une rupture avec le tumulte des choses extérieures, j’occupais mon âme de vous seul, alors mon cœur deviendrait pour vous la plus délicieuse des demeures. » La sainte continue : « Tout le jour, j’eus l’esprit occupé de ces pensées. Le soir, avant de prendre mon repos, au moment où je venais de fléchir les genoux et de m’incliner pour faire ma prière, je me rappelai tout à coup ce passage de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »( Jean 4, 23). Et, au-dedans de moi-même, mon cœur de boue sentit d’une manière très intime votre arrivée en moi. Je voudrais mille et mille fois que la mer fût changée en sang, pour la faire passer sur ma tête, afin d’inonder cette sentine d’extrême misère que vous avez daigné choisir pour demeure, ô vous, qui êtes ce qu’il y a de plus parfait dans l’ineffable majesté ! Si, du moins, je pouvais avoir pendant une heure mon cœur entre les mains, pour le mettre en pièces, le purifier et en brûler toutes les scories, afin qu’il devienne pour vous une demeure, non pas digne, mais moins indigne de vous! »

Admirables accents! où l’amour le plus éprouvé est toujours accompagné de l’humilité la plus profonde et la plus sincère ! Nous les retrouvons, variés sans doute dans leur expression, mais au fond toujours les mêmes, dans les pages où Gertrude nous raconte les autres faveurs qu’elle reçut du Maître: quand, par exemple, il daigna imprimer ses plaies dans le cœur de sa docile épouse, ou quand il le transverbéra d’une blessure d’amour. Mais comment pourrions-nous rendre comme il faut ces récits admirables, pour lesquels le latin de Gertrude est lui-même insuffisant?

Nous ne pouvons toutefois résister au désir de traduire le passage où elle nous raconte un autre trait de la condescendance de Jésus-Christ à son égard : « C’était, nous dit-elle, en cette nuit sacrée où, grâce à la douceur apportée par la rosée de votre divinité, les cieux versèrent le miel. Mon âme, comme une toison exposée dans l’aire de la charité, essaya de se pénétrer de cette rosée par la méditation, et, par l’exercice de sa dévotion, elle essaya de remplir un office dans cet enfantement plus que céleste, par lequel la Vierge mit au monde son Fils, vrai Dieu et vrai homme, de même que l’astre émet son rayon. Il me sembla tout à coup que l’on me présentait et que je recevais dans un coin de mon cœur un tendre enfant, né à l’heure même, dans lequel était caché le don de la suprême perfection., un don vraiment excellent ! Pendant que mon âme le possédait en elle, il lui sembla qu’elle était tout à coup changée dans la même couleur que lui, si l’on peut appeler « couleur» ce qui n’est comparable à aucune espèce visible. Mon âme perçut encore une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur: « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28), alors qu’elle se sentait posséder son Bien-Aimé descendu dans son cœur, et qu’elle se réjouissait de l’heureuse présence d’un Époux si plein d’une suave douceur. C’est pourquoi elle buvait avec une insatiable avidité les paroles suivantes, qu’une main divine lui versait ainsi qu’un doux breuvage: « Comme je suis, dans ma divinité, la figure de la substance de Dieu le Père, ainsi tu seras l’image de ma substance du côté de l’humanité, en recevant dans ton âme déifiée des effluves de ma divinité, de même que l’air reçoit les rayons du soleil: pénétrée de ce principe unitif, tu seras disposée à une union plus intime avec moi. »

Par une faveur plus grande encore, elle fut marquée du sceau de la Sainte Trinité. Mais au lieu de nous arrêter à discuter la nature de ce miracle, nous aimons mieux parler de sa dévotion au Sacré Cœur. Elle avait reçu de Jésus-Christ saint Jean l’Évangéliste pour patron particulier. Or, un jour qu’elle avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ, elle demanda à l’apôtre ; « N’avez-vous pas ressenti, vous aussi, le bien-aimé de Dieu, la douceur de ces très suaves pulsations, quand vous avez reposé pendant la Cène sur cette même poitrine, dont la douceur cause encore maintenant un tel bonheur à mon âme? » ll répondit : « Oui, je le confesse, j’ai senti et ressenti cette douceur: la suavité de ces pulsations pénétra jusqu’à l’intime de mon âme, de même que la liqueur la plus suave donne de la douceur à une miette de pain frais. De plus, elles ont enflammé mon cœur d’une manière puissante, de même qu’une chaudière bouillante est échauffée par l’ardeur excessive du feu. » Alors la sainte: « Et pourquoi, reprit-elle, avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu, que vous n’en avez pas dit un seul mot qui le donnât à entendre pour notre progrès spirituel? » L’apôtre répondit: « Ma mission était autre. À l’Église récemment fondée, j’avais à faire connaître, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une seule parole, propre à satisfaire jusqu’à la fin du monde l’intelligence du genre humain tout entier, mais telle que personne ne peut la comprendre parfaitement. Mais la suave éloquence que possèdent ces pulsations a été réservée à notre temps, afin qu’à les entendre, le monde déjà vieux et tiède dans l’amour de Dieu se sente réchauffé. »

Il faudrait citer tout le livre; mais nous nous arrêterons ici. Aussi bien, ce que nous avons le plus admiré, ce ne sont pas ces dons extraordinaires dont nous venons de donner une faible idée, ni les miracles et les prophéties qui ont marqué la vie de Gertrude et montré le caractère divin de sa mission. C’est la théologie sublime qui apparaît dans tous ses écrits, et dont une synthèse suffisamment étudiée serait utile à bien des âmes. On a dit que sainte Gertrude était la théologienne du Sacré Cœur. Nous l’admettrons bien volontiers, pourvu que ce mot ne soit pas pris dans un sens trop exclusif: elle a parlé très souvent et très explicitement de ce divin Cœur, mais elle a traité aussi d’autres points très importants. Nous préférons dire que sainte Gertrude a enseigné d’une manière admirable la théologie de l’Incarnation.

Essayons de résumer sa doctrine : par là même nous caractériserons sa sainteté et sa direction spirituelle. Jésus-Christ est tout pour l’homme. La conséquence de ce principe, c’est que nous devons recourir à lui dans tous nos besoins, toutes nos détresses et toutes nos peines. Il est l’ami auquel nous devons nous confier, le refuge où nous devons nous retirer, le trésor où nous pouvons toujours puiser. Pour être conforme aux desseins de Dieu, notre vie sera toujours unie à la sienne, animée et vivifiée par elle. La sainte recourait à lui avec une entière confiance. Se sentait-elle insuffisamment préparée pour la communion, elle priait Jésus de suppléer à son indigence, et elle s’approchait sans crainte de la Sainte Table. Rien de ce qu’elle put lire n’eut assez de pouvoir pour lui faire omettre une seule de ses communions. Et, pour le dire en passant, nous ne saurions trop recommander ses écrits à ceux qui gardent au fond de leur cœur des objections contre la communion fréquente. Cette confiance apparaissait dans une foule de circonstances. Un jour qu’elle marchait dans un chemin escarpé, elle fit une chute dangereuse. Sa première pensée fut de s’écrier : « Quel bonheur pour moi, Seigneur bien-aimé, si cette chute avait précipité ma réunion avec vous ! » Les religieuses présentes, tout étonnées, lui demandèrent si elle ne craignait pas de mourir sans sacrements. « Je désire de tout mon cœur, reprit-elle, recevoir les sacrements de l’Église, si utiles à l’âme; mais je place au-dessus de toutes les préparations la providence et la volonté de mon Maître. Je suis certaine, quel que soit le genre de mort qui m’enlève de ce monde, de n’être pas privée de la miséricorde du Seigneur : seule elle peut me sauver, aussi bien dans une mort subite que dans une mort à laquelle je me serais longuement préparée. »

Par une conséquence naturelle et nécessaire, Gertrude sentait que pour répondre à tant d’amour et à des bienfaits si multiples, l’homme doit être tout à Dieu et ne rien se réserver. De là une pureté de cœur qui eut pour résultat non pas seulement de garder dans toute sa Splendeur le beau lis de sa virginité, non pas seulement de la préserver de tout péché volontaire, mais encore de la détacher de toute amitié naturelle, de toute propriété, de toute sollicitude inutile. Notre-Seigneur daigna témoigner un jour à sainte Mechtilde, la maîtresse de sainte Gertrude, combien il aimait dans la jeune religieuse ce désir de lui plaire en toutes choses: « Elle marche devant moi, disait-il, sans me perdre de vue un seul instant. Elle n’a qu’un désir: connaître le bon plaisir de mon cœur; et, dès qu’elle l’a appris, elle l’exécute avec un incroyable empressement. À peine a-t-elle accompli une de mes volontés qu’elle m’interroge pour en savoir une autre, et elle s’y conforme avec la même promptitude. Ainsi, toute sa vie est pour ma gloire.»

Est-il besoin d’ajouter que l’humilité de la sainte était profonde, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en passant? L’âme qui a conscience de ce que Dieu est pour elle, échappe plus facilement aux tentations de l’orgueil. Elle voit les bienfaits dont elle est comblée, et elle se rend compte du mauvais usage qu’elle en fait : comment pourrait-elle être impressionnée par les séductions de l’amour-propre? L’admirable voyante disait avec une profonde conviction : « Le plus grand de vos miracles à mes yeux, Seigneur, c’est que la terre puisse porter une pécheresse aussi indigne que je le suis. » Longtemps elle balaya seule la maison, et elle aimait à rendre aux plus petits les services les plus répugnants. Mais, d’autre part, elle ne jugeait pas à propos de cacher les grâces dont elle était l’objet. Profondément convaincue que personne plus qu’elle n’en était indigne, elle estimait que c’étaient des semences qui passaient dans son âme pour aller fructifier sur de meilleures terres. C’était donc déshonorer les dons de Dieu que de les laisser enfouis dans la sentine de son cœur, et elle devait les tirer de ce cœur pour les déposer dans d’autres cœurs, plus dignes de les recevoir et plus propres à en user pour la gloire de Dieu. C’était par une pensée semblable qu’elle repoussait les tentations de vaine gloire. Elle se disait alors : « Si quelqu’un, en te voyant, cherche à imiter ce qui lui paraît bon, sans imiter ton orgueil, tout sera pour le mieux : ce sera autant de gagné pour Dieu. »

Mais ce que nous croyons devoir signaler comme un trait particulier de la piété de sainte Gertrude, c’est ce que le P. Faber appelle « la liberté d’esprit ». Voici ce que l’éminent Oratorien écrit à ce sujet : « Où règne la loi de Dieu, où souffle l’esprit du Christ, là est la liberté. Nul ne peut lire les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d’exemplaires et de traductions de leurs œuvres. Sainte Gertrude en est un bel exemple : elle respire partout l’esprit de saint Benoît. » Et plus loin : « Il est assez difficile de parler de liberté d’esprit sans avoir l’air de recommander la négligence, ou de soutenir l’inexactitude, la paresse et le caprice. Mais nous pouvons en toute sécurité développer ce sujet d’après sainte Gertrude elle-même. » Un trait nous montrera comment elle pratiquait cette liberté d’esprit. Une nuit, se sentant défaillir, elle mange une grappe de raisin dans l’intention de soulager dans sa personne le Seigneur lui-même. Celui-ci daigna accepter cette intention, et il lui dit : « Maintenant, je puise à ton cœur un délicieux breuvage. Il compense, par sa douceur, l’amertume du fiel et du vinaigre que, pour l’amour de toi, je laissai exprimer sur mes lèvres, quand j’étais attaché à la Croix. »

Nous voudrions continuer, et parler, par exemple, de cette charité de Gertrude qui se portait vers le soulagement de toutes les misères, aussi bien dans le purgatoire que sur la terre. La sainte est encore, tous le savent, une des âmes favorisées des révélations que l’on consulte avec le plus de fruit pour savoir comment soulager les âmes des défunts. Toutefois, nous ne voulons pas la quitter sans signaler sa tendre dévotion à Marie, et rappeler un trait qui nous montre comment cette dévotion était récompensée. Le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Gertrude récitait le Salve Regina. Quand elle arriva à ces mots : « Illos tuos misericordes oculos ad nos converte », elle vit Marie tenant dans ses bras le divin Enfant. La Vierge toucha délicatement le menton de son Fils, et, dirigeant vers Gertrude et ses compagnes le visage et les yeux de Jésus : « Les voici, dit-elle, mes yeux très miséricordieux: ce sont les yeux de mon Fils, et je puis en tourner les regards vers tous ceux qui m’invoquent, pour le salut éternel et la sanctification des âmes. »

Insondables desseins de la Providence, nous nous étonnerions si nous ignorions que vous êtes voulus et dictés par l’infinie Sagesse! Quarante ans environ après la mort de sainte Gertrude survenue en 1302 ou 1303, le monastère de Helfta fut incendié, et le souvenir de la sainte ne put le défendre des horreurs de la guerre. Aujourd’hui, il ne reste plus de ce monastère que la petite chapelle où elle pria si souvent, et où elle fut favorisée bien des fois des apparitions de Notre-Seigneur : encore cette chapelle est-elle profanée, puisqu’elle sert de grenier à foin. Du moins, la sainte nous a laissé de sa sagesse et de sa piété deux monuments incomparables, que personne, il faut l’espérer, ne parviendra désormais à faire disparaître : le Héraut de l’amour divin et les Exercices spirituels. C’est devant ces livres que nous irons nous recueillir, comme dans un sanctuaire, pour écouter ce que Gertrude nous enseigne au nom du Maître qu’elle a choisi de préférence aux docteurs du siècle. À l’école de sainte Gertrude, nous rencontrerons sainte Thérèse, qui avait tant de dévotion pour elle, et aussi saint François de Sales, qui citait avec tendresse et avec bonheur les aspirations de la pieuse Bénédictine . Ceux qui ne la connaissent pas encore seront étonnés qu’une si admirable voyante ait pu leur demeurer jusqu’alors étrangère. Ils s’efforceront comme nous, sans aucun doute, de la signaler à l’admiration de leurs frères.

A. Lépître dans La Revue Universitaire, T. XXV, Lyon, 1897, pp. 228-236

Prières

Oratio

Deus, qui in corde beátæ Gertrudis Vírginis iucúndam tibi mansionem præparásti : ipsíus méritis et intercessióne ; cordis nostri máculas cleménter abstérge, et eiúsdem tríbue gaudére consórtio. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière à Sainte Gertrude

​Grâces soient rendues au Seigneur Dieu, source de tous les vrais biens, par tout ce qui est renfermé dans l’étendue des cieux, les limites de la terre et les profondeurs de l’abîme. Que tous les êtres chantent en son honneur cette louange éternelle, immense, immuable, qui, procédant de l’Amour incréé, ne s’achève parfaitement qu’en Lui. Louanges pour la plénitude débordante de cette tendresse divine qui, dirigeant son cours impétueux vers la vallée de notre humaine fragilité, a jeté sur Gertrude, parmi toutes les autres, un regard de prédilection, à cause de ses propres dons par lesquels le Seigneur l’avait attirée à Lui.

Seigneur, je vous loue et vous rends grâces pour tous les bienfaits dont vous avez comblé votre servante Gertrude, je vous loue par cet amour qui vous a fait la choisir de toute éternité pour une grâce si spéciale, l’attirer à vous si suavement, l’unir à vous par une telle familiarité, trouver en elle vos complaisances et vos joies, enfin consommer si heureusement sa vie.

Je vous offre, Seigneur, cette prière de dévotion en union avec l’amour qui vous a fait descendre du ciel sur la terre et accomplir toute votre œuvre de la rédemption des hommes ; en union aussi avec l’amour qui vous fit endurer la mort, puis offrir celle-ci au Père avec tout le fruit de votre très sainte Humanité. Ainsi soit-il.

Prière de Sainte Gertrude pour offrir à Dieu nos actions

Père, je vous confie ceci en union avec les œuvres très parfaites du Seigneur votre Fils, afin que vous l’ordonniez au salut de l’univers, selon votre volonté toujours digne de louanges.

Prière de Sainte Gertrude à Marie pour réparer nos négligences

Je vous offre, ô Mère sans tache, en réparation pour toutes mes négligences, le Cœur très noble et très doux de Jésus-Christ. Seul, en effet, ô Marie, ce Cœur si glorieux et qui renferme en lui tous les biens, peut vous présenter la somme de tout ce qui existe de plus désirable, de tout ce que la dévotion de chaque homme et l’ardeur de ses prières peuvent témoigner d’honneur à votre divine maternité.

Prière de Sainte Gertrude avant de s’endormir

Par la suavité tranquille avec laquelle, de toute éternité, vous avez reposé dans le sein du Père ; par le séjour délicieux qui fut votre repos; durant neuf mois, dans le sein de la Vierge ; par la délectation très agréable que vous daignez savourer en certaines âmes que vous chérissez davantage, je vous supplie, ô Dieu de toute miséricorde, veuillez m’accorder, non pour ma commodité, mais à votre éternelle louange, ce repos de la nuit, afin que mes membres fatigués retrouvent le libre exercice de leurs forces.

Antienne

Ã. Rogemus omnes beatam Gertrudim et humiliter supplicemus ut fiat nobis in caelo coram excelso supplicatrix quae pro Christi amore suam castitatem reservavit in terris.

Ã. Prions tous la bienheureuse Gertrude, et supplions-la avec humilité : qu’elle devienne pour nous dans le Ciel une médiatrice auprès du Très-Haut, elle qui, pour l’amour du Christ, a gardé sa chasteté sur la terre.

Antienne grégorienne “Rogemus omnes"

Antienne Rogemus omnes