Samedi in Albis

Samedi in Albis

La Punchline du Saint-Esprit (Prv 13, 10)
L’orgueil ne produit que des querelles; mais la sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller.
Note concernant le précepte de la communion pascale
En ce Temps pascal et dans cette période de confinement nécessaire pour la santé publique, certains catholiques ont peur de ne pas satisfaire au précepte de la communion pascale. Ce cas de conscience, de soi légitime, doit être considéré à la lumière de la Morale catholique, non selon des vues passionnelles.

Le précepte (cf. Code de Droit Canonique de 1917)

Canon 859 § 1. Tous les fidèles des deux sexes, après être parvenus aux années de discrétion, c’est-à-dire à l’usage de la raison, doivent une fois par an, au moins à Pâques, recevoir le sacrement de l’eucharistie, à moins que sur le conseil du propre prêtre, pour quelque motif raisonnable, ils estiment devoir s’en abstenir pour un temps.

Commentaire : Ce précepte est un précepte positif, c’est-à-dire qu’il oblige à poser une action. Un précepte négatif interdit de poser une action. Par exemple : le précepte dominical contient un précepte positif (il faut aller à la Messe le dimanche) et un précepte négatif (il ne faut pas travailler le dimanche).

Canon 859 § 2. La communion pascale se fera du dimanche des Rameaux au dimanche in Albis ; mais il est permis aux Ordinaires de lieu, selon que l’exigent les circonstances de personnes et de lieux, d’anticiper ce temps pour tous leurs fidèles, pas cependant avant le quatrième dimanche de carême ou de le proroger, mais pas au delà de la fête de la Sainte-Trinité.

Commentaire : Dans la plupart des diocèses de France, le précepte de la communion pascale peut être accompli depuis le 1er dimanche de la Passion jusqu’au 2ème dimanche après Pâques. Hors crise dans l’Église, on remarquera que, dans les circonstances de pandémie, les évêques auraient sans aucun doute prorogé la date limite pour accomplir ce précepte.

Canon 859 § 4. Le précepte de la communion pascale urge toujours, si quelqu’un, pour quelque motif que ce soit, ne l’a pas accompli au temps prescrit.

Commentaire : « Urge » cela signifie qu’on reste tenu d’accomplir ce précepte même si on ne l’a pas accompli dans le temps imparti, peu importent les raisons pour lesquelles on ne l’a pas accompli.

Canon 860. L’obligation du précepte de communier, qui incombe aux impubères, retombe également principalement sur ceux qui doivent avoir charge d’eux, à savoir les parents, les tuteurs, le confesseur, les instituteurs et le curé.

Commentaire : Si, pour un temps, cette obligation cesse pour les fidèles, cela signifie aussi qu’elle cesse pour ceux qui en ont la charge.

Principes moraux

Une loi positive n’oblige pas lorsqu’il y a un inconvénient grave.
À l’impossible nul n’est tenu.

L’impossibilité est physique : quand fait défaut la possibilité de poser un acte (par exemple : défaut de liberté, coaction extérieure, maladie grave, impossibilité d’obéir à la loi sans violer une loi supérieure, etc.).
L’impossibilité est morale : quand il y a un danger de dommage corporel ou spirituel conjoint accidentellement à l’accomplissement de la loi (par exemple : risque de nuisance à la santé, à la fortune, occasion de scandale, etc.).

Conclusion

Vu que l’esprit de cette loi ecclésiastique est que les fidèles communient au moins une fois par an, cela signifie, pour ce qui me concerne personnellement, que la grande majorité des fidèles qui fréquentent le Prieuré, ont déjà satisfait à l’esprit de la loi (pas à la lettre) puisqu’ils communient tous très régulièrement.

Vu que le confinement ne va pas durer indéfiniment, et vu que de véritables autorités ecclésiastiques, dans une situation similaire à celle que nous vivons, auraient prolongé le délai pour faire ses Pâques.

Pour ces motifs, l’accomplissement de ce précepte peut être différé. D’ailleurs selon le §1 de ce canon : même le curé (=propre prêtre) ou le confesseur peuvent en toute légitimité retarder l’accomplissement de ce précepte pour une personne particulière.

Vu que le précepte de la communion pascale est un précepte positif qui n’oblige pas lorsqu’il y a de graves inconvénients à l’accomplir.

Vu que ces inconvénients graves existent, et sont même nombreux (liste non-exhaustive) : restriction de la libre circulation en raison du confinement, risque de péché contre la Charité en ne respectant pas le confinement ou au minimum les gestes barrières, risque de péché contre la Charité en exposant nos chapelles (et nos prêtres) à des amendes et à des poursuites judiciaires, risque pour la fortune (amende multipliée par le nombre de personnes dans la voiture, majorée pour les récidivistes), etc.

Il ressort de tous ces éléments que les fidèles non seulement ne sont pas tenus de prendre tous les moyens et tous les risques pour accomplir ce précepte, mais encore, dans un grand nombre de cas particuliers, sont tenus par la Charité de surseoir à l’accomplissement de ce précepte.

Dans la pratique, je conseille aux fidèles de se rapprocher du prêtre chez qui ils vont habituellement, de rester soumis à ses avis, de ne pas chercher à opposer les prêtres entre eux (les contextes peuvent être différents et les fidèles n’ont pas tous les éléments pour en juger prudemment et selon l’esprit de Foi). La situation actuelle est très pénible, et nous devrions particulièrement nous serrer les coudes dans l’esprit de Charité des premiers chrétiens.

Pour finir, je ne suis pas prêtre pour inciter les gens à la révolte mais plutôt à la vertu :

  • Foi dans la Providence divine qui permet cette situation pour notre plus grand bien.
  • Espérance dans la Providence divine qui nous donne toutes les grâces nécessaires pour survivre spirituellement à cette situation temporaire.
  • Charité, c’est-à-dire amour de Dieu qui s’exprime dans la soumission à SA volonté, et le renoncement à notre volonté propre; et amour du prochain en veillant, a minima, à ne pas propager le virus, et en veillant à la pérennité de nos chapelles.
  • Prudence surnaturelle : le chrétien ne s’expose pas aux persécutions réelles ou supposées.
  • Patience : le chrétien supporte les situations inconfortables qui lui permettent d’être plus conformes au Christ crucifié.
P-S aux personnes qui fréquentent habituellement le Prieuré : Même quand le déconfinement commencera, je vous prie de ne prendre aucune initiative sans en discuter au préalable avec moi. Merci d’avoir ce soucis du Bien commun du Prieuré. †P. J-MM
Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Mon Dieu, vous êtes toute tendresse pour moi. Je vous le demande par votre Fils bien-aimé, accordez-moi de me laisser emplir de miséricorde et d’aimer tout ce que vous m’inspirez. Donnez-moi de compatir à ceux qui sont dans l’affliction, et d’aller au secours de ceux qui sont dans le besoin, de consoler les affligés, d’encourager les opprimés. Donnez-moi de pardonner à celui qui m’aura offensé, d’aimer ceux qui me haïssent, de rendre toujours le bien pour le mal, de n’avoir de mépris pour personne, et d’honorer tous les hommes. Donnez-moi d’imiter les bons, de renoncer à la fréquentation des méchants, de pratiquer les vertus et d’éviter les vices. Donnez-moi, Seigneur la patience quand tout va mal et la modération quand tout va bien. Donnez-moi de savoir maîtriser ma langue, et de poser, au besoin, une garde à ma bouche. Enfin, mon Dieu, donnez-moi le mépris des choses qui passent et la soif des biens éternels. Ainsi soit-il.

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui festa paschália venerándo égimus, per hæc contíngere ad gaudia ætérna mereámur. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous qu’après avoir célébré religieusement les Fêtes pascales, nous méritions d’arriver, grâce à elles, aux joies de l’éternité.

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Vendredi dans l’octave de Pâques

Vendredi dans l’octave de Pâques

Vendredi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Saint Benoît

Haïr sa volonté propre.

Jésus ressuscité donne sa mission à l’Autorité de l’Église (Mt 28, 16-20) : commentaire de Dom Paul Delatte

Les onze apôtres s’étaient rendus en Galilée ; ils vinrent, selon saint Matthieu, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. On ne nous dit pas le nom de cette montagne du rendez-vous ; elle fut sans doute désignée aux apôtres au cours d’une entrevue que les évangélistes n’ont pas racontée. Or cette entrevue ne saurait être confondue, ni avec la scène décrite au chapitre 21 de saint Jean, ni avec l’entrevue qui se termina par l’Ascension ; mais peut-être faut-il l’identifier avec la réunion plénière mentionnée par saint Paul : Visus est plus quam quingentis fratribus simul (1 Cor 15, 6). On s’expliquerait, dans cette hypothèse, que « quelques-uns », parmi les cinq cents disciples, aient encore douté de la Résurrection ; à cette date, les apôtres, eux, ne doutaient plus. « En le voyant, poursuit saint Matthieu, ils se prosternèrent ; mais quelques-uns doutèrent. Et s’approchant, Jésus leur parla en ces termes : Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez les hommes de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. »

Il n’est personne qui méconnaisse l’importance souveraine de chacune de ces paroles. Le Seigneur est roi ; l’univers entier lui a été donné par son Père en héritage ; il l’a acquis de son sang. Bientôt, à l’Ascension, il va prendre possession du ciel ; puis, par ses envoyés, par ses apôtres, il prendra possession de la terre. Les apôtres n’attendront point qu’on vienne chercher la vérité auprès d’eux ; ils iront la porter à ceux qui ne la cherchent pas. Leur premier office sera de rendre un témoignage, et la réponse du croyant consistera dans une adhésion de son intelligence à des vérités proposées par Dieu. Le second office des apôtres sera de baptiser, c’est-à-dire de pardonner, de sanctifier, de donner une vie nouvelle in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Et le Seigneur fait allusion ici non seulement à la confession, à la profession de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qui sera impliquée dans le baptême : mais encore au caractère de cette vie même communiquée au baptême, laquelle est essentiellement, et par Jésus-Christ, la vie avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cependant, il ne suffit pas d’avoir, par le baptême, commencé à appartenir au Seigneur ; il faut encore maintenir, dans tous les domaines de notre activité, les conditions de cette union première, la docilité aux vouloirs de Dieu ; les apôtres sont chargés d’y veiller : Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis. Il y a donc ici-bas des hommes accrédités par Dieu, munis par lui de pleins pouvoirs, dispensateurs pour le monde entier de la doctrine, de la grâce, de la direction surnaturelle. Organe d’enseignement, organe de sanctification, organe de gouvernement : telle est l’Église, dans sa hiérarchie.

Le séjour permanent dont nous parle ensuite le Seigneur n’est pas la permanence de l’Eucharistie, ni celle de la vie surnaturelle en chaque âme fidèle ; mais une forme d’assistance spéciale, d’une absolue fermeté, soustraite aux conditions du temps : et ecce ego vobiscum sum : «Je suis avec vous. – Mais nous mourrons. Seigneur? – Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Pour que cette promesse se réalise, il faut que les disciples à qui parle le Seigneur se succèdent jusqu’à la fin du monde ; dans ce passage, il ne s’adresse donc pas aux seuls apôtres présents. « Je suis avec vous tous les jours » : c’est la continuité parfaite. Et nous voyons bien à quel dessein se rapporte la présence ainsi promise : assurer l’efficacité du ministère apostolique, soutenir perpétuellement ceux, présents ou futurs, qui enseignent, qui baptisent, qui gouvernent en son nom.

Dans la crise que traverse actuellement l’Église, on complètera le commentaire de Dom Delatte par la lecture de cet article.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Ne m’abandonnez pas, Seigneur, à ma volonté, ni à l’ignorance ou à la faiblesse humaine, ni à mes propres mérites, ni à tout autre conseil qu’aux saintes dispositions de votre sagesse. Mais dans votre bonté gouvernez ma personne, mes pensées et mes actions selon votre bon plaisir, afin que votre volonté seule s’accomplisse par moi, en moi et sur moi. Délivrez-moi de tout mal et conduisez-moi à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui paschále sacraméntum in reconciliatiónis humánæ fœdere contulísti : da méntibus nostris ; ut, quod professióne celebrámus, imitémur efféctu. Per Dóminum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui, par le mystère pascal, avez formé un pacte de réconciliation avec l’humanité : donnez à nos âmes de reproduire dans nos actes les vérités que nous professons en célébrant ce mystère.

Antiennes

Ã. Undecim discípuli in Galilǽam vidéntes Dóminum adoravérunt, allelúia.

Ã. Les onze disciples allèrent en Galilée, et voyant le Seigneur, ils l’adorèrent, alleluia.

Antienne grégorienne “Undecim discipuli”

Ã. Data est mihi omnis potéstas in cælo et in terra, allelúia.​
Ã. Il m’a été donné toute puissance dans le ciel et sur la terre, alleluia​.

Antienne grégorienne “Data est”

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Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Saint Benoît

Nul ne recherchera ce qu’il juge utile pour soi-même, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui

Jésus ressuscité apparaît à Marie-Madeleine (Io 20, 10-18) : commentaire de Dom Paul Delatte

Madeleine se tenait en pleurs près du tombeau. Au milieu de ses larmes, elle s’inclina pour regarder à l’intérieur de la salle funéraire. Et elle vit deux anges vêtus de blanc, l’un à la tête, l’autre aux pieds de l’endroit où avait été placé le corps de Jésus. Peut-être n’y a-t-il rien qui soit aussi extatique que la douleur : ni la joie, ni l’admiration, ni même la tendresse ne le sont au même degré. Il n’y avait au monde pour Marie-Madeleine que le Seigneur. Le Seigneur était mort et son corps avait disparu. Le reste ne compte pas. Elle n’éprouve aucun effroi en face des anges, alors que les autres saintes femmes s’étaient enfuies bouleversées. Que pourrait-il lui arriver, maintenant que le Seigneur n’est plus? Elle est inattentive : elle voit les anges, mais ce sont eux qui parlent les premiers. « Femme, disent-ils, pourquoi pleurez-vous? » La réponse est polie, mais sobre ; elle n’a rien de la verbosité familière au sexe : « C’est qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » C’est exactement ce qu’elle a dit aux apôtres ; on dirait qu’elle ne sait plus dire ni penser autre chose. La formule de réponse est presque indirecte, sans appellatif adressé aux anges ; elle pourrait être aussi bien une réflexion de Marie-Madeleine se parlant à elle-même… Il n’était pas possible que le Seigneur se dérobât à tant d’amour : il se rendit présent.

Comment Marie-Madeleine fut-elle avertie de sa présence? Y eut-il un bruit de pas? Les anges avaient-ils donné un signe d’attention ou de respect à celui qui venait d’apparaître ? Quoi qu’il en soit, Marie se retourna. Jésus était là, devant ses yeux : elle ne le reconnut pas. Même après sa Résurrection, le Seigneur n’était pas contraint de paraître avec l’auréole. Il demanda lui aussi, comme les anges : « Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? » Les larmes de Madeleine, ses réflexions, sa douleur, ne lui permettaient pas de bien voir ; elle crut que c’était le jardinier, le gardien de cette petite propriété où était le tombeau. Il est si régulier, lorsque le Seigneur se montre, que les âmes ne le reconnaissent pas ! C’est un fantôme ; c’est Élie ; c’est Jérémie ; c’est un prophète ; c’est le jardinier ; c’est un étranger, diront les disciples d’Emmaüs.

Le jardinier, du moins, doit savoir. C’est peut-être lui qui, pour éviter des allées et venues trop fréquentes dans son jardin, aura emporté le corps ailleurs. L’hypothèse est bien invraisemblable, en face surtout du suaire et des bandelettes ; mais ceux qui aiment et ceux qui souffrent songent-ils toujours à écarter l’invraisemblable? Madeleine suppose, en tout cas, que rien n’a pu se faire qu’avec le gardien et moyennant sa complicité. Il lui a demandé : « Qui cherchez-vous? » Elle est tellement préoccupée du seul Jésus, qu’elle ne songe même pas à prononcer son nom, et répond comme si le jardinier était sûrement au courant de tout. Puisqu’il a témoigné de la compassion, peut-être consentira-t-il à dire son secret : et alors que, tout à l’heure, Madeleine ne donnait aucun appellatif aux anges, voici maintenant qu’elle décerne le titre de seigneur au jardinier : «Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez déposé, et je l’emporterai ! » Ce mort était un ennui pour vous ; vous ne l’aimiez pas, vous ; mais moi qui l’aime, je l’emporterai, il ne vous gênera plus… O sainte folie de l’amour ! Le cœur du Seigneur n’y résiste point. Celle qu’il venait d’appeler d’un terme vague, il l’appelle maintenant de son nom : « Marie ! » Peut-être était-ce la coutume à Béthanie, dans l’intimité. Elle se retourne alors pour tout de bon, reconnaissant la voix, et répond : « Rabboni, mon Maître ! » Et elle tombe à ses pieds, son lieu d’élection pour le temps et l’éternité.

Le verset qui suit a été fort tourmenté par les exégètes et les maîtres de la vie spirituelle. Assez universellement, après saint Augustin, saint Jean de la Croix, Bossuet, on a considéré le Noli me tangere comme un mouvement de protestation contre des témoignages d’une tendresse trop extérieure. Le Seigneur, appartenant désormais à une vie nouvelle et plus haute, aurait écarté de lui des manifestations qui ne s’accordaient plus avec les conditions de sa vie ressuscitée. Ses paroles impliqueraient donc une injonction adressée à Marie-Madeleine de se tenir à distance, et l’invitation de s’élever à une charité plus spirituelle, plus affranchie des sens. Cette explication, nous l’avouons, nous a toujours paru très loin de l’évangile. Il nous semble, d’abord, que le Seigneur ne saurait être pour nous ni un danger, ni un piège, ni un obstacle. Il n’est pas de condition surnaturelle où nous puissions, où nous devions nous détourner de l’humanité du Seigneur, ni nous distraire de sa beauté. Sans doute, le Seigneur conduit chacun de nous par des voies diverses ; sans doute, il y a lieu, selon les différentes étapes de notre vie spirituelle et sous la direction de la grâce, de nous porter vers tels ou tels mystères, vers telle ou telle portion de la doctrine : mais exclure systématiquement et de parti pris, exclure de notre oraison et de notre contemplation soit la divinité, soit l’humanité du Seigneur, soit la Sainte Vierge, ceci est irrégulier et ne peut conduire qu’à l’illusion.

Nous savons bien ce qu’on répondra : « Le danger n’est pas dans l’objet, mais dans le sujet. C’est peut-être dans le procédé selon lequel sainte Madeleine était attachée au Seigneur qu’il y avait matière à correction. » Ceci non plus ne parvient pas à nous satisfaire. Est-il vrai qu’on puisse aimer mal le Seigneur? On peut l’aimer trop peu ; mais l’aimer mal? Dans les trois circonstances évangéliques où le Seigneur eut l’occasion d’apprécier l’amour de Madeleine, il l’a loué sans réserve. Le Seigneur aurait-il changé? Nous verrons bientôt qu’il n’en est rien. Quant à Marie- Madeleine, tout ce qui s’est passé ces derniers jours n’a fait qu’accroître jusqu’à l’extrême sa charité. Il faut donc renoncer à interpréter la parole de Jésus comme un reproche, même voilé : n’aurait-il pas, dans la circonstance, l’apparence d’une cruauté ? Aussi bien, le texte lui-même, s’il est lu attentivement, nous semble exclure cette interprétation. Au cours de toutes les apparitions, le Seigneur a eu le visible souci d’établir le fait de sa Résurrection ; et, dans ce dessein, il a invité les apôtres à s’assurer qu’ils n’étaient point en présence d’un fantôme. Ceci posé, le Noli me tangere, entendu au sens du mot-à-mot, devient inintelligible, — surtout pour celle dont il veut faire l’apôtre des apôtres eux-mêmes. Une interdiction de cette nature aurait facilement fait douter de la réalité de la Résurrection et suggéré l’erreur docétiste.

Mais ce qui nous paraît décisif contre l’explication courante, c’est ce qui suit : Nondum enim ascendi. La conjonction enim indique une liaison logique entre le premier membre et le second : « Ne me touchez pas, parce que, ou puisque je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Avec l’interprétation que nous écartons, on est conduit, logiquement, à ce raisonnement plutôt étrange : « Aujourd’hui que je suis avec vous, ne me touchez pas ; bientôt vous me toucherez, lorsque je n’y serai plus ; ajournez vos démonstrations jusqu’à l’heure où vous ne pourrez plus vous y livrer, puisque j’aurai disparu. « Il faut reconnaître, d’ailleurs, que les commentateurs nous répondent : le Seigneur sera alors vraiment touché, appréhendé, possédé « par la foi » !

Mais les vraisemblances, le caractère du texte et du contexte, tout nous invite à adopter une explication plus simple. Madeleine a retrouvé le Seigneur (Cant 3, 4). Dans l’effusion de sa tendresse et de sa joie, elle s’attache à lui, mais en quelque sorte désespérément, et semble ne plus vouloir quitter ces pieds bénis où elle a trouvé autrefois la conversion et le pardon, aujourd’hui la consolation souveraine. Le Seigneur ne s’y oppose pas ; silencieux, il laisse un instant toute liberté à l’amour de Madeleine. Et lorsqu’il reprend la parole, c’est pour lui indiquer, affectueusement, qu’il y a autre chose à faire : « Non, ne vous attachez pas à moi comme pour me retenir, comme si vous deviez me perdre aussitôt, comme si cette entrevue était la dernière. Nous aurons l’occasion de nous revoir, car l’heure n’est pas venue encore pour moi de remonter à mon Père. Mais elle viendra ; et au lieu de demeurer ici, allez dire à mes frères : Je monte vers mon Père, qui est votre Père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu. » Le Seigneur n’a donc pas changé : c’est toujours la même tendresse, la même intimité qu’au soir de la Cène.

Marie-Madeleine, comme tous ceux qui aiment, se prête aussitôt à sa volonté. Elle quitte le Seigneur et s’en va vers les disciples, non pas seulement vers les apôtres, mais vers tous ceux qui, avant la Passion, paraissaient attachés à Jésus ; et elle leur annonce : « J’ai vu le Seigneur et il m’a dit ceci. » — L’apparition à Marie-Madeleine est la première dont fassent mention les évangiles ; mais la piété chrétienne a deviné, dès l’antiquité (cf. Sedulius, Paschale carmen, livre V, vers 360-364), que le Seigneur s’était montré premièrement à sa Mère : Resurrexi, et adhuc tecum sum… Étant donné le caractère tout privé de cette rencontre, on s’explique que les évangélistes, qui rédigeaient un récit officiel et avec un dessein d’enseignement dogmatique, aient jugé superflu de la raconter.

Prières

Neuvaine à l’Enfant-Jésus (du 16 au 24 de chaque mois)

Comme de coutume au Prieuré Notre-Dame de Bethléem, nous commençons aujourd’hui la Neuvaine à l’Enfant-Jésus. Dans cette période particulière, nous demanderons : que la pandémie prenne fin, et que les chrétiens réagissent chrétiennement à cette épreuve.

Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.
Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.
Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.

Oratio

Deus, qui diversitátem géntium in confessióne tui nóminis adunásti : da, ut renátis fonte baptísmatis una sit fides méntium, et píetas actiónum. Per Dóminum.

Oraison

Dieu, qui avez réuni la diversité des nations dans la confession de votre nom : faites que, pour ceux qui ont eu la grâce de renaître dans la fontaine baptismale, la foi de l’esprit et la piété des œuvres soient une même chose.

Antiennes

Ã. María stabat ad monuméntum plorans, vidit Angelum in albis, sedéntem, et sudárium quod fúerat super caput Iesu, allelúia.

Ã. Marie se tenait près du sépulcre, pleurant, elle vit un Ange vêtu de blanc, assis, et le suaire qui avait été mis sur la tête de Jésus, alleluia​.

Antienne grégorienne “Maria stabat”

Ã. Tulérunt Dóminum meum, et néscio ubi posuérunt eum : si tu sustulísti eum, dícito mihi, allelúia : et ego eum tollam, allelúia.

Ã. Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis : si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, alleluia : et je l’emporterai, alleluia​.

Antienne grégorienne “Tulerunt”

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La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

Annonce du Martyrologe Romain

En ce jour que le Seigneur a fait, la solennité des solennités et notre Pâque : la Résurrection de Notre Sauveur Jésus-Christ selon la chair.

Le mot des Anges

Il est ressuscité : Il vous l’avait bien dit !

Sermon

Épître du jour commentée par Dom Paul Delatte

1 Cor 5, 7-8 — Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes; car notre Pâque, le Christ, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité.

La Pâque des chrétiens coïncidait alors comme date avec celle des Juifs. Un détail du rituel juif s’offrait de lui-même à la pensée de saint Paul pour appuyer et illustrer sa réprimande. Lorsque les Juifs avaient, sous la pression de l’Ange exterminateur, obtenu de sortir de l’Egypte, leur départ avait été si précipité, qu’ils n’emportèrent avec eux, comme vivres de voyage, qu’une pâte qu’ils n’eurent pas le loisir de faire fermenter ; tant l’Égypte, effrayée, mettait d’empressement à les congédier. Et c’est en souvenir de ce détail que la loi relative à l’Agneau Pascal (Ex 12, 15 et 19 ; Ex 13, 7), prescrivait qu’il fût mangé avec du pain azyme, et que durant les sept jours de fête pascale il ne se trouvât dans les maisons d’Israël aucun atome de pain fermenté.

L’enseignement de l’Apôtre se base tout entier sur cette circonstance liturgique. Certains chrétiens gardent quelque chose de leurs dispositions humaines et charnelles ; que ne renoncent-ils à ce vieux levain de l’Égypte, eux qui sont baptisés et ont traversé les eaux qui engloutirent leurs ennemis ? Que ne consentent-ils à devenir une pâte toute nouvelle, toute pure, sans aucun mélange d’un élément étranger, comme l’implique leur création qui les a renouvelés dans le Christ ? Car notre Agneau Pascal, l’Agneau de Dieu, le Christ a été immolé ; pour les chrétiens la fête pascale est de toute la vie. Nous la devons célébrer toujours, et, comme il convient à une fête pascale dont l’ancienne n’était qu’un symbole, non avec l’ancien levain, avec les dispositions troubles et grossières de l’homme adamique, avec le levain de la malice et de la perversité première, mais avec l’azyme de la pureté parfaite et de l’unité avec le Seigneur.

Évangile de la Résurrection du Sauveur : commentaire littéral de Dom Delatte

Les saintes femmes observèrent pieusement le repos sabbatique ; mais le lendemain, premier jour après le sabbat, premier jour de la semaine nouvelle, elles vinrent au tombeau, dès avant l’aurore, avec les parfums qu’elles avaient achetés, se proposant de les répandre sur le corps du Seigneur. C’étaient Marie de Magdala, l’autre Marie, mère de Jacques, Salomé, Jeanne, femme de Chusa, et d’autres encore (Lc 24, 10). Saint Marc et saint Luc en nomment trois, saint Matthieu deux, tandis que saint Jean, nous le verrons, ne s’occupe que de Marie-Madeleine. Il est bon d’avertir dès maintenant que pour tout ce qui concerne les apparitions du Seigneur ressuscité, aucun des évangélistes, non plus que saint Paul, au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens, n’a eu le souci d’être complet. Chacun dispose son récit selon le but qu’il poursuit en écrivant, sans doute aussi selon l’étendue des informations dont il dispose. Harmoniser ces différents textes pour en composer une histoire suivie est pour nous besogne en partie conjecturale. Nulle opposition, d’ailleurs, entre les évangélistes ; tout lecteur attentif reconnaîtra que leurs écrits se complètent l’un l’autre et ne s’excluent point. L’impression d’ensemble est au contraire qu’une tradition très ferme, touchant les derniers faits de la vie du Seigneur, était en possession dès l’origine de l’Église, et que nul événement historique ne se présente avec des garanties plus hautes que la Résurrection du Fils de Dieu, la base, selon l’Apôtre, de tout le christianisme.

Parties de Jérusalem de très bon matin, les saintes femmes arrivèrent près du tombeau au soleil levant : l’aube est brève à Jérusalem ; il pouvait être six heures environ. Pendant le trajet, elles se disaient entre elles : « Qui roulera pour nous la pierre hors de la porte du tombeau ? » Mais elles marchaient quand même, n’obéissant qu’à leur amour. Elles n’ont point de souci des gardes ; car cette précaution des pharisiens a été prise à leur insu. Le récit de saint Marc est très vivant et très précis, Celui de saint Matthieu pourrait faire croire, de prime abord, que les saintes femmes arrivèrent juste à point pour assister aux phénomènes qui accompagnèrent la Résurrection ; mais il doit être interprété en tenant compte des procédés littéraires habituels au premier évangéliste. Saint Matthieu veut simplement nous apprendre l’état des personnes et des choses lorsque parurent Madeleine et ses compagnes. Au lever du jour, le Seigneur était ressuscité d’entre les morts ; il était sorti invisiblement du tombeau. Une grande secousse avait ébranlé la région du sépulcre. L’ange du Seigneur, descendant du ciel, avait fait rouler la pierre qui fermait l’entrée, et s’était assis dessus. Son visage brillait comma l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. À sa vue, les gardes avaient tremblé d’épouvante et, terrifiés, avaient pris la fuite.

Les saintes femmes, en approchant, constatent que la pierre, qui était très lourde, avait été roulée à côté de la porte. Elles entrent dans la chambre sépulcrale, pensant y trouver le corps du Seigneur Jésus. Un instant, elles cherchent, avec anxiété. Soudain, elles aperçoivent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe resplendissante. (Saint Luc met en scène deux anges, comme saint Jean, 19, 12.) Éblouies, saisies de stupeur, les femmes baissent les yeux et n’osent regarder. Mais l’ange les rassure ; l’effroi n’est aujourd’hui que pour les ennemis de Dieu. « Ne craignez point, vous, leur dit-il. Je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié. Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici : il est ressuscité. Voyez la place où on l’avait déposé. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit jadis en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains d’hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et ressuscite le troisième jour. (Mt 17, 21-22; Mt 20, 18-19; Mc 9, 30; Lc 9, 44.) Allez promptement annoncer à ses disciples et à Pierre qu’il est ressuscité des morts, et qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a prédit » (Mt 26, 32 ; Mc, XIV, 28).

L’ange s’accréditait auprès des saintes femmes en leur parlant de la sorte ; il se montrait familier à ce qui concernait le Seigneur, bien renseigné sur les instructions qu’il avait laissées aux apôtres. Sa parole était lumineuse et simple. Pourtant, les femmes ne parviennent pas sur-le-champ à dominer leur émotion ; elles sortent aussitôt du tombeau, dit saint Marc, tremblantes et hors d’elles-mêmes ; elles ne disent rien aux personnes amies qu’elles rencontrent sur la route: car elles ont peur. Mais les déclarations angéliques s’étaient gravées dans leurs âmes ; elles y cheminaient peu à peu, substituant à la terreur une grande joie. Les prédictions du Seigneur leur revenaient à la mémoire et s’éclairaient à la lumière des événements. En hâte, elles s’acquittèrent de leur message auprès des disciples.

Évangile de la Résurrection du Sauveur : commentaire mystique de Saint Grégoire le Grand

Vous venez d’entendre lire, mes très chers frères, que les saintes femmes qui avaient suivi le Seigneur, vinrent au tombeau avec des parfums, ayant ainsi, dans leur zèle plein d’humanité, des égards, même après sa mort, pour celui qu’elles avaient aimé vivant. Or, l’action qu’elles accomplirent nous signale quelque chose qui doit se pratiquer dans la sainte Église. Il est donc nécessaire d’écouter le récit de ce qu’elles ont fait, afin de méditer sur ce que nous avons à faire à leur imitation. Nous aussi qui croyons en celui qui est mort, nous viendrons véritablement avec des parfums à son tombeau, si, embaumés de l’odeur des vertus, nous cherchons le Seigneur avec la recommandation des bonnes œuvres. Ces femmes qui voient les Anges, ce sont celles qui sont venues avec des aromates, car les âmes qui voient les habitants de la cité céleste, ce sont celles qui se dirigent vers le Seigneur par de saints désirs et avec le parfum des vertus.

Il faut remarquer de plus pourquoi l’Ange fut aperçu assis à droite. Que signifie la gauche, sinon la vie présente ? Que désigne la droite, sinon la vie éternelle ? De là vient qu’il est écrit dans le Cantique des cantiques : « Sa main gauche est sous ma tête et sa main droite m’embrassera. » Comme notre Rédempteur avait déjà dépassé la vie présente qui est corruptible, c’est avec raison que l’Ange ayant mission d’annoncer son entrée dans la vie éternelle, se montrait assis à droite. Il apparut couvert d’une robe blanche, parce qu’il venait proclamer la joie de notre grande fête. La blancheur de son vêtement exprime en effet la splendeur de notre solennité. L’appellerons-nous nôtre ou sienne ? Disons mieux : cette solennité est sienne et elle est nôtre. Car si la résurrection de notre Rédempteur a été notre bonheur, en ce qu’elle nous a ramenés à l’immortalité ; elle a fait aussi la joie des Anges, puisque, en nous rappelant au Ciel, elle complète leur nombre.

Dans cette fête dont l’allégresse est commune et à lui et à nous, l’Ange apparut donc avec des vêtements blancs, parce que la résurrection du Seigneur, en nous rouvrant l’entrée du Ciel, réparait les pertes éprouvées par la patrie céleste. Mais écoutons ce que l’Ange dit aux femmes qui arrivent au sépulcre. « Ne craignez point. » C’est comme s’il leur disait ouvertement : Qu’ils craignent, ceux qui n’aiment pas l’arrivée des habitants du Ciel ; qu’ils soient effrayés ceux qui, tout, appesantis par les désirs charnels, désespèrent de pouvoir parvenir à jouir de la société de ces esprits bienheureux. Mais pourquoi craindre, vous qui, dans les Anges, reconnaissez déjà vos concitoyens ? C’est pour cela que saint Matthieu, décrivant aussi l’arrivée de l’Ange, nous dit : « Son visage était comme un éclair, et son vêtement comme la neige. » L’éclair, il est vrai, inspire la terreur ; mais la blancheur de la neige suggère de douces pensées.

Prières

Prière de Conrad Boppert (1750-1811)

Salut, salut au très glorieux Jésus ! Mille fois salut au Rédempteur du genre humain ! Ah ! Que ne puis-je cent fois en un moment crier : Alleluia, Alleluia, Alleluia ! Louez Dieu, toutes les nations et tous les peuples ; louez Dieu, tous les anges ; louez Dieu, toutes les créatures ! Jésus, le Sauveur Jésus est ressuscité. Ô Jésus, qui sortez ainsi du sépulcre le troisième jour après votre Passion, où est donc la pâleur de votre front ? Où la trace des fouets ? Où les déchirures des épines ? Où la lividité de tout votre corps ? En un instant la splendeur de la gloire céleste a changé tout cela. vous voilà tout éclatant, ô mon Dieu, comme le soleil du matin quand il jaillit de la nue. Vous n’avez gardé sur votre corps que les cinq cicatrices de la Croix, comme un souvenir éternel de votre étonnante Charité. Oh ! Qu’elles sont belles, ces blessures sur votre corps glorieux ! Très-douces blessures, très-délicieux stigmates de l’Amour crucifié, que ne puis-je vous couvrir de mes baisers, vous inonder de mes larmes ! Ô Jésus, éternel soleil, qui recréez tout, échauffez tout et réjouissez tout ; qui, sortant du tombeau où vous avez vaincu la mort dont l’homme était l’auteur, nous avez ramené la vie, faites, je vous en supplie, que, véritablement ressuscités avec vous, nous ne fassions plus jamais les œuvres des ténèbres et que nous restions pour toujours dans le sein de votre charité, vivant dans la piété, dans la justice et dans la tempérance : en sorte qu’à la résurrection des morts, lorsque vous serez manifesté devant tous les hommes, ô notre Vie, nous ayons, nous aussi, notre manifestation dans la gloire ! Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui hodiérna die per Unigénitum tuum æternitátis nobis áditum, devícta morte, reserásti : vota nostra, quæ præveniéndo aspíras, étiam adiuvándo proséquere. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez en ce jour, par la victoire de votre Fils unique sur la mort, ouvert pour nous l’entrée de l’éternité : secondez de votre secours les vœux que vous nous inspirez, en nous prévenant au moyen de votre grâce.

Antiennes

Ã. Ángelus autem Dómini descéndit de cælo, et accédens revólvit lápidem, et sedébat super eum, allelúia, allelúia.

Ã. Un Ange du Seigneur descendit du ciel, et s’approchant, il renversa la pierre et s’assit dessus, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Angelus autem Domini”

Ã. Et ecce terræmótus factus est magnus : Angelus enim Dómini descéndit de cælo, allelúia.

Ã. Et voilà qu’un tremblement de terre très grand se produisit : car un Ange du Seigneur descendit du ciel, alleluia.

Antienne grégorienne “Et ecce terræmotus”

Ã. Erat enim aspéctus eius sicut fulgur, vestiménta eius cándida sicut nix, allelúia.

Ã. Car il avait l’aspect d’un éclair, et ses vêtements étaient purs comme la neige, alleluia.

Antienne grégorienne “Erat enim”

Ã. Præ timóre autem eius extérriti sunt custódes, et facti sunt velut mórtui, allelúia.

Ã. Par crainte de lui les gardes furent épouvantés, et ils devinrent comme morts, alléluia.

Antienne grégorienne “Præ timore”

Ã. Respóndens autem Angelus, dixit muliéribus : Nolíte timére : scio enim quod Iesum quǽritis, allelúia.

Ã. Et l’Ange répondant dit aux femmes : ne craignez point : je sais que vous cherchez Jésus, alleluia.

Antienne grégorienne “Respondens”

Sainte Fête de Pâques : cette page contient des « œufs de Pâques », des fichiers cachés. Bonne chasse!

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Sermon de saint Odilon sur la Résurrection du Sauveur

Sermon de saint Odilon sur la Résurrection du Sauveur

Saint Odilon est né en 961 ou 962 et il est mort dans la nuit du 31 décembre 1048 au 1er janvier 1049. Il fut béni Abbé de Cluny le 20 mai 994. Il est impossible de dater avec précision ses sermons qui ont dû être rédigés lorsqu’il était Abbé. Les plus anciens manuscrits des sermons que nous ayons datent du début du XIIème siècle.

Les chrétiens ont une confiance très sûre dans la divine promesse de la résurrection des morts. Car la Vérité l’a promise et la Vérité ne peut pas mentir. Elle est donc vraie la promesse de la vérité de la résurrection des corps, car tout ce que promet la Vérité qui ne connaît pas le mensonge, il est nécessaire qu’elle l’accomplisse dans son entier. Et pour que nous sachions avec la plus grande certitude qu’elle arrivera, le Seigneur lui-même a daigné nous montrer dans son propre corps cette résurrection des corps. Le Christ est ressuscité afin que le chrétien ne doute pas de sa résurrection à venir. Car ce qui est arrivé d’abord dans la tête suit dans le corps.

Mais nous devons savoir, frères très aimés, qu’il existe deux morts et deux résurrections. La première mort est même bipartite : l’une par laquelle l’âme pécheresse par la faute s’éloigne de son Créateur, et l’autre dans laquelle elle est rejetée de son corps par la peine après le jugement de Dieu. La deuxième mort quant à elle consiste dans la mort du corps et la punition éternelle de l’âme.

Note du traducteur : Le péché (originel) a pour conséquence la mort du corps : celle-ci est une peine infligée par Dieu à l’homme en raison du péché. Cette mort du corps est la première mort dont les deux parties sont : 1/ le péché, 2/ la mort du corps. La mort du corps entraîne à son tour la mort éternelle de l’âme en état de péché mortel (séparée de son corps, l’âme ne peut plus se repentir). Cette mort éternelle de l’âme est la deuxième mort qui consiste : 1/ dans la mort du corps, et 2/ dans la punition éternelle de l’âme.

Ainsi par la première mort, l’âme de l’homme bon comme celle du mauvais est séparée pour un temps de son corps. Mais par la seconde mort, l’âme du seul méchant est torturée éternellement avec son corps. Les deux morts tenaient l’homme enchaîné du fait que la transgression de nature tenait chacun infecté par la propagation du péché. Mais vint le Fils de Dieu, immortel et juste, qui, afin de mourir pour nous, reçu une chair mortelle de nous. Et dans cette chair mortelle, il supporta avec patience le supplice dû au péché sans être coupable, parce qu’aucun péché ne pouvait être trouvé en lui. C’est pourquoi le Fils de Dieu accepta pour nous la seconde partie de la première mort, la mort du seul corps, par laquelle il nous a lavés et de la domination du péché et de la peine de la punition éternelle. Avec miséricorde, le Christ opère maintenant dans le monde cette résurrection en ceux qu’il exhorte à une bonne vie, en leur donnant la Foi pour qu’ils croient justement, en leur accordant la Charité pour qu’ils s’adonnent volontiers aux bonnes œuvres. Au dernier jour, il daignera les ressusciter dans leurs corps pour leur prodiguer la béatitude éternelle.

Ainsi ressuscités dans l’âme par la Foi, frères très aimés, vivons avec justice afin de ressusciter aussi à la joie éternelle dans notre corps. Sentons ce don de la première résurrection que le Christ nous a accordé avec largesse, de sorte que, alors que notre corps ressuscitera, nous méritions de régner sans fin avec le Sauveur lui-même, quand la mort sera absorbée par la victoire et qu’aux fidèles sera donnée la vraie vie et la vraie joie, comme ce même Dieu Tout-Puissant donnera à ses fidèles les royaumes célestes pour les mérites de la Foi et des bonnes œuvres, Lui qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne, Dieu, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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