Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

Mercredi 29 avril (Confinement J44) : Saint Hugues, Abbé de Cluny

La Punchline de Saint Benoît

Confesser chaque jour à Dieu dans la prière avec larmes et gémissements ses fautes passées, et, de plus, se corriger de ses fautes.

Saint Hugues et l’Ordre de Cluny : extrait des Fleurs monastiques de Maxime de Mont-Rond

Si l’esprit d’association se produisit de bonne heure au sein de Cluny, il fut néanmoins très lent à se réaliser d’une manière solide et durable. Sous saint Odon, au milieu du 10ème siècle, la Congrégation de Cluny apparut vaste et belle. De nombreux monastères que le pieux abbé avait été appelé à réformer, jusqu’au sein de Rome, avaient accepté les mêmes règles de conduite et de discipline, mais sans d’autres liens communs que leur vénération et leur confiance envers le saint abbé. À la mort d’Odon, l’œuvre d’unité fut encore une fois ébranlée et dissoute. L’idée féconde d’association germait cependant, et, au jour marqué par la Providence, elle arriva enfin à sa maturité. Saint Hugues doit être regardé comme le vrai fondateur de la Congrégation de Cluny : c’est lui qui l’est en effet. Il sut faire accepter, aimer, ces liens d’émulation, de vigilance, d’activité et d’humble subordination qui l’ont rendue si forte et si puissante. Sous le gouvernement de saint Hugues, qui remplit plus de la seconde moitié du 11ème siècle (1049-1109), Cluny prit des développements inconnus jusqu’alors et qu’il n’a plus surpassés depuis. Si le 11ème siècle tout entier est le grand siècle de Cluny, sa seconde moitié cependant l’emporte sur la première sous le rapport de l’éclat, de l’influence et des services rendus à l’Église et à la société. Concentrons donc nos regards sur cette brillante époque de Cluny. Elle se personnifie dans l’histoire du plus illustre de ses abbés, celui que les chroniques contemporaines appellent Hugues le Grand.

En l’an 1024, naquit au château de Semur-en-Brionnais, du comte Dalmace et d’Aremburge de Vergy, sa femme, un fils qu’on nomma Hugues. On rapporte que cet enfant, destiné à de grands desseins, fut montré quelques jours avant sa naissance à un prêtre de haute renommée, dans l’action même du saint Sacrifice offert aux intentions de sa pieuse mère. La gracieuse image apparaissant au-dessus du calice, semblait puiser son éclat, et retremper, par avance, sa force et sa vertu dans le vin mystique qui fait germer les vierges. Cet enfant grandit. Heureusement inhabile au métier des armes, auquel le désir de son père l’appelait, il ouvrit de préférence son âme aux vertueuses et pacifiques influences de sa mère, et se donna de bonne heure tout entier à Jésus-Christ. Il aimait à visiter l’Église et à fréquenter la maison des Clercs de Sémur. Avant sa quinzième année, on le vit s’envoler, à l’insu des siens, vers la bienheureuse solitude de Cluny. A vingt-cinq ans à peine, il était élu par acclamation abbé général de l’ordre de Cluny (1049). Le gouvernement des vieillards était remis aux mains d’un jeune homme. Dieu abrégeait les temps; il avait hâte de délivrer son Église.

À côté de Hugues croissait comme lui en âge et en sagesse un jeune Frère, Toscan d’origine : c’était Hildebrand (futur Pape Saint Grégoire VII), d’abord chanoine régulier à Rome, et qu’avait attiré à Cluny la renommée de ferveur du monastère bourguignon. Hugues, assis sur la chaire abbatiale, vit Hildebrand lui succéder dans la seconde dignité, celle de grand prieur de Cluny. Les deux jeunes élus, sentinelles vigilantes dans ce paisible camp, unissaient leurs vœux ardents et leurs ferventes prières, dans l’attente du grand combat qu’ils allaient bientôt engager pour le salut et l’affranchissement de l’Église.

Hugues, comme avant lui saint Colomban, et après lui saint Bernard, possédait cette beauté corporelle dont Dieu se plaît à revêtir souvent ses grands serviteurs, afin de leur rendre plus facile, au milieu d’un monde grossier, l’accomplissement de ses desseins providentiels. Mais sa vertu et sa sagesse l’emportaient encore sur les grâces angéliques de sa figure. À l’aide de trois moyens puissants, il vint à bout d’assurer la solidité de son œuvre mieux que n’avaient su faire ses illustres prédécesseurs, et de la transmettre à ses successeurs dans toute sa force de cohésion. Le premier fut un redoublement de vigilance, et de fréquentes visites aux monastères agrégés, pour les conserver dans la ferveur ou les ramener dans les sentiers de la paix et de la régularité, ou les réconcilier avec de redoutables voisins. Le second moyen fut la réduction des statuts et des Coutumes de Cluny, par Bernard et Udalric, deux disciples de saint Hugues. Ces Coutumes de Cluny, qui, comme la règle de saint Benoit, n’avaient rien d’absolu, devaient être cependant un puissant lien de centralisation, et concourir grandement à conserver dans son unité la Congrégation de Cluny. Enfin ce lien fut fortifié encore par la grande institution des Chapitres généraux, qui surgit en ce siècle au sein de cette même Congrégation. À des époques rapprochées et périodiques, on allait donc voir de l’Europe entière accourir à la voix de l’abbé les supérieurs ou les délégués des monastères, pour venir discuter au chapitre général les intérêts et les besoins spirituels du cloître. Pour mettre le sceau à toutes ces sages précautions, saint Hugues, avec ce don de persuasion qu’il avait reçu du ciel, saura faire agréer partout l’abolition du titre abbatial, conservé jusqu’à lui aux monastères soumis à la discipline de Cluny. Les chefs de tous ces prieurés substitueront humblement le titre subalterne de prieur à celui d’abbé ou de pro-abbé. Le glorieux travail de l’unité est dès lors consommé. On peut dire justement, en empruntant les paroles d’un écrivain anglais : « Au temps de saint Hugues, Cluny était un grand et magnifique royaume : sa domination s’étendait sur 314 monastères et églises; son abbé était un prince temporel, qui, pour le spirituel, ne dépendait que du Saint-Siège; il battait monnaie sur le territoire même de Cluny, aussi bien que le roi de France dans sa royale cité de Paris. Ce royaume spirituel s’étendait jusqu’à Constantinople, et même jusqu’à la Terre-Sainte ».

Le saint abbé mourut le 29 avril 1109, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Le pape Calixte II le mit au nombre des saints en 1121.

Saint Robert de Molesme et la fondation des Cisterciens (Petin, Dictionnaire hagiographique)

Saint Robert, abbé de Molesme et fondateur de l’ordre de Cîteaux, naquit vers l’an 1029, d’une illustre famille de Champagne, qui l’éleva dans la piété. À l’âge de quinze ans il quitta le monde pour entrer dans l’abbaye de Montier-la-Celle, près de Troyes, où, après avoir pris l’habit, il fut bientôt élu prieur, malgré sa grande jeunesse. Il fut ensuite chargé du gouvernement de l’abbaye de Saint-Michel de Tonnerre, où il s’efforça de rétablir la régularité; mais le relâchement y avait jeté de si profondes racines, qu’il ne trouva dans la plupart de ses religieux que des esprits rebelles et des cœurs endurcis.

Désespérant de les ramener à l’exacte observance de la règle, il les quitta pour aller vivre avec quelques anachorètes qui l’avaient demandé pour supérieur, et qui vivaient dans le désert de Collan, près de Tonnerre. Comme le lieu de leur retraite était malsain, Robert les établit à Molesme en 1075, dans de petites cellules construites avec des branches d’arbres, près desquelles il fit bâtir un petit oratoire en l’honneur de la sainte Trinité. Dans les commencements, leur vie était très austère, parce qu’ils manquaient de tout; mais des dons charitables ayant fait succéder l’abondance à la pauvreté, la communauté se relâcha peu à peu et dégénéra de sa première ferveur. Robert voulut arrêter les progrès du mal, mais, voyant que ses efforts étaient impuissants, il se retira dans le désert de Hauz, parmi des religieux qui vivaient du travail de leurs mains et édifiaient tout le pays par leurs vertus. Ceux de Molesme, rentrant en eux-mêmes, lui firent ordonner par le Pape de revenir au milieu d’eux, lui promettant d’être à l’avenir entièrement soumis à son autorité. Robert se vit donc obligé de retourner à Molesme, mais les choses n’allèrent guère mieux qu’auparavant.

Quelques religieux, cependant, mieux disposés que les autres, lui demandèrent la permission de s’établir dans quelque lieu solitaire, afin de pouvoir en liberté observer la règle sous laquelle ils étaient engagés. Le saint abbé leur accorda ce qu’ils désiraient et leur promit d’aller bientôt se réunir à eux; ce qu’il fit, en effet, après en avoir obtenu l’autorisation de Hugues, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège. Il emmena de Molesme tous les religieux qui voulaient observer dans son intégrité la règle de saint Benoît, et ils allèrent s’établir, au nombre de vingt-deux, dans la forêt de Cîteaux. Ayant obtenu l’agrément de l’évêque de Châlons et du vicomte de Beaune, seigneur du pays, ils défrichèrent une certaine étendue de terrain et y bâtirent des cellules. Eudes, duc de Bourgogne, fit achever à ses frais les bâtiments du monastère, et bâtit une église qui fut dédiée sous l’invocation de la sainte Vierge, comme toutes les églises des Cisterciens l’ont été dans la suite. Il fournit aussi aux moines, pendant quelque temps, toutes les choses dont ils avaient besoin, et leur assigna ensuite des revenus suffisants pour leur entretien. L’évêque de Châlons plaça Robert à la tête du monastère qu’il érigea en abbaye; lorsque tout fut terminé, le nouvel abbé et ses religieux, parmi lesquels on comptait le bienheureux Albéric et saint Étienne Harding, qui devinrent abbés après lui, renouvelèrent, le 21 mars 1098, jour de la fête de saint Benoît, leur profession monastique et leurs vœux de religion, s’engageant de nouveau à suivre la règle de leur saint patriarche dans toute sa sévérité. Rien n’était plus édifiant que leur conduite : ils pratiquaient des austérités extraordinaires, ne dormaient que quatre heures chaque nuit, en consacraient quatre autres à chanter les louanges de Dieu, et quatre, dans la matinée, au travail des mains; puis ils lisaient jusqu’à none et ne mangeaient que des herbes et des racines.

L’année qui suivit la fondation de Cîteaux, les moines de Molesme s’adressèrent de nouveau au Pape pour solliciter le retour de Robert, alléguant que son départ avait beaucoup nui à la discipline de leur maison, et que sa présence était le seul moyen d’y rétablir l’ordre et la régularité. Ils reconnaissaient leurs anciens torts et promettaient de se conduire de manière à ce que le saint n’eût plus à se plaindre d’eux. Urbain II chargea l’archevêque de Lyon, son légat, d’examiner cette affaire, et de renvoyer le saint à Molesme, si cette mesure devait y produire un effet salutaire. Le légat, après une mûre délibération, ordonna à Robert de se rendre aux désirs de ses anciens religieux, et l’évêque de Langres le rétablit dans sa dignité d’abbé de Molesme. Cette fois il eut la consolation de voir la communauté rentrer dans le devoir; il l’y maintint jusqu’à sa mort, arrivée le 17 avril 1111, à l’âge d’environ quatre-vingt-six ans. Les miracles opérés à son tombeau le firent mettre au nombre des saints par le Pape Honorius III, l’an 1222.

Prières

Prière d’Isaac de l’Étoile (1110-1178)

Seigneur, ne vous taisez pas en face de moi. Si je frappe à votre porte par ma méditation, ouvrez-moi ; si je vous interroge, répondez-moi ; si je vous implore, exaucez-moi ! Oui, vous le ferez dans votre grande bonté, vous le ferez largement, pourvu que, lorsque vous parlez, moi-même je ne détourne pas mon oreille. Car si on vous écoute, vous écoutez ; si on accueille vos avis, vous accueillez nos demandes. Parlez donc, Seigneur, votre serviteur écoute, répondez à celui qui parle. Pendant que nous naviguons l’un vers l’autre – comme jadis Pierre et les apôtres – que ni l’un ni l’autre ne s’endorme. Car si vous dormez pour moi votre serviteur, la mer, elle, ne dormira pas, pas plus que chez moi le souvenir du monde. Et si je dors pour vous, la chair, elle, ne dormira pas pour moi. Dressez-vous, Seigneur, qu’au-dedans et au-dehors se fasse un grand calme… Je crierai toujours vers vous, Seigneur, ne gardez pas avec moi le silence. Ainsi soit-il.

Oratio

Pérfice, quæsumus, Dómine, pium in nobis sanctæ religiónis afféctum : et ad obtinéndam tuæ grátiæ largitátem ; beátus Hugo Abbas suis apud te semper pro nobis et méritis, et précibus intercédat. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Seigneur, développez en nous l’esprit de piété de notre sainte Religion : et, pour obtenir l’abondance de votre grâce, que votre bienheureux Abbé Hugues intercède près de vous par ses mérites et ses prières.

Oratio

Deus, qui pro te relinquéntibus ómnia, céntuplum in hoc sǽculo, et in futúro vitam ætérnam promisísti : da nobis, intercedénte beáto Robérto Abbáte, sic a mundánis desidériis abstinére, ut plenam a te mercédem suscípere mereámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui avez promis à ceux qui pour vous ont quitté le monde, le centuple dès ce monde et la vie éternelle dans l’autre, accordez-nous, par l’intercession du bienheureux Abbé Robert, de nous abstenir tellement des désirs mondains que nous méritions de recevoir de vos mains une pleine récompense.

Antiennes

Ã. Cum in die magni Sábbati beátus Hugo sacris interésset, colúmnam novæ lucis salutábat, crebris exórans suspíriis, ut ad terram promissiónis felíci gressu perveníret, allelúia.

Ã. Comme le Samedi-Saint, le bienheureux Hugues assistait aux saints mystères, il saluait la colonne de nouvelle lumière; par de fréquents soupirs, il demandait de parvenir à la Terre promise, alleluia.

Antienne grégorienne “Cum in die magni Sábbati”

Antienne Cum in die
Antienne Extensi sunt

Ã. Exténsi sunt pálmites eius usque ad mare, et usque ad flumen propágines eius, allelúia.

Ã. Il étendit ses rameaux jusqu’à la mer, et ses pousses jusqu’au fleuve, alleluia.

Antienne grégorienne “Exténsi sunt”

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Sermon pour la fête de saint Benoît

Saint Benoît, Patriarche des moines d'occident (extrait d'un sermon du 11 juillet 2010)

Chronologie de Saint Benoît

  • ca 480 (491 ?) : Naissance à Norcia
  • ca 498 : études à Rome
  • ca 500 : vie érémitique au sacro speco à Subiaco
  • ca 503 : abbé à Vicovaro
  • ca 506 : retour à la vie érémitique puis fondation du monastère de Subiaco selon le modèle de saint Pacôme (12 maisons de 12 moines)
  • ca 529 : Fondation du Mont-Cassin
  • ca 534 : début de la composition de la Règle avec pour base la Règle du Maître
  • ca 539 : fondation de Terracine
  • ca 547 : Mort (21 mars) au Mont-Cassin

De l’Année liturgique de Dom Prosper Guéranger 

Avec quelle vénération profonde nous devons approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le VIIe siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, et jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Prière de Dom Prosper Guéranger à saint Benoît

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

Ô Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

Ô Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Élevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.

Autres prières

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez en ce jour tiré votre Confesseur, le Bienheureux Benoît, de la prison de son corps pour l’élever au ciel, daignez accorder à vos serviteurs qui célèbrent cette Fête le pardon de toutes leurs fautes, afin que, prenant part dans la joie de leur âme à sa gloire et à son bonheur, ils soient, grâce à son intercession, associés à ses mérites. Par Notre-Seigneur.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Neuvaine à Saint Benoît pour obtenir la grâce d’une bonne mort

Antienne. Benoît, aimé du Seigneur, s’étant fortifié par la réception du Corps et du Sang de Jésus-Christ, était debout dans l’église, appuyant ses membres défaillants sur les bras de ses disciples. Les mains élevées vers le ciel, il exhala son âme dans les paroles de la prière; et on le vit monter au ciel par une voie couverte de riches tapis et resplendissante de l’éclat d’innombrables flambeaux.
V/. Vous avez apparu plein de gloire en la présence du Seigneur.
R/. Et c’est pour cela que le Seigneur vous a revêtu de beauté.
Oraison
Ô Dieu, qui avez honoré de tant et de si glorieux, privilèges la précieuse mort de notre très saint Père Benoît, daignez accorder à nous qui honorons sa mémoire, la grâce d’être protégés contre les embûches de nos ennemis, à l’heure de notre mort, par sa bienheureuse présence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui hodiérna die carnis edúctum ergástulo sanctíssimum Confessórem tuum Benedíctum sublevásti ad cælum :  concéde, quæsumus, hæc festa tuis fámulis celebrántibus cunctórum véniam delictórum ; ut, qui exsultántibus ánimis eius claritáti congáudent, ipso apud te interveniénte, consociéntur et méritis. Per Dóminum.

Oratio

Omnípotens, sempitérne Deus, qui per gloriósa exémpla humilitátis, triúmphum nobis ostendísti ætérnum ; da quæsumus, ut viam tibi plácitæ obœdiéntiæ, qua venerábilis Pater illésus antecedébat Benedíctus, nos, præclaris eius mentis adiúti, sine erróre subsequámur.

Preces (novemdiales) in honorem S.P.N. Benedicti ad postulandam gratiam bene moriendi

Antiphona. Stans in oratório diléctus Dómini Benedíctus, Córpore et Sánguine Domínico munítus, inter discipulórum manus imbecíllia membra susténtans, eréctis in cælum mánibus, inter verba oratiónis spíritum efflávit : qui per viam stratam pálliis, et innúmeris corúscam lampádibus cælum ascéndere visus est.
V/. Gloriósus apparuísti in conspéctu Dómini.
R/. Proptérea decórem índuit te Dóminus.
Oratio
Deus, qui pretiósam mortem sanctíssimi Patris nostri Benedícti tot tantísque privilégiis decorásti : † concéde, quæsumus, nobis : ut cuius memóriam recólimus, * eius in óbitu nostro beáta præséntia ab hóstium muniámur insídiis. Per Christum Dóminum nostrum. Amen.

Extraits de la Règle de Saint Benoît

Chapitre 36, Des frères malades

On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout. On les servira comme s’ils étaient le Christ en personne, puisqu’il a dit : « J’ai été malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36), et « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40) De leur côté, les malades considéreront que c’est en l’honneur de Dieu qu’on les sert. Aussi ils ne contristeront pas par des exigences superflues les frères qui les servent. Éventuellement, il faudrait cependant les supporter avec patience, parce qu’il en revient plus de mérite. L’abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les malades ne souffrent d’aucune négligence.

Chapitre 49, De l’observance du Carême

Nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême, et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences des autres temps. Nous le ferons dignement, si nous nous préservons alors de tous les vices, si nous nous appliquons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement. En ces jours donc, ajoutons quelque chose à la tâche accoutumée de notre service : oraisons particulières, restriction dans les aliments et la boisson. Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque pratique surérogatoire; (1 Th 1, 6) il retranchera à son corps sur la nourriture, la boisson, le sommeil, les entretiens; et il attendra la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel. Chacun cependant soumettra à son abbé ce qu’il se propose d’offrir à Dieu et n’agira qu’avec sa prière et son approbation : car tout ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera imputé à présomption et à vaine gloire, non à mérite. Partant, tout doit se faire avec l’assentiment de l’abbé.

Antienne

Ã. Hódie * sanctus Benedíctus per viam Oriéntis trámitis vidéntibus discípulis cælos ascéndit : hódie eréctis mánibus inter verba oratiónis migrirávit : hódie in glória ab Ángelis suscéptus est.

Ã. Aujourd’hui Saint Benoît, par la voie de l’Orient, sous les yeux de ses disciples, s’est dirigé rapidement vers les cieux. Aujourd’hui, les mains levées dans des paroles d’oraison, il s’en est allé. Aujourd’hui, dans la gloire il a été reçu par les Anges.

Antienne grégorienne “Hodie Sanctus Benedictus”

Pour le samedi de la 3ème semaine de Carême

Réflexion de Saint Augustin sur les paroles de Notre-Seigneur : « Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre sur cette femme ».

Consideret se unusquisque vestrum, intret in semetipsum, ascendat tribunal mentis suae, constituat se ante conscientiam suam, cogat se confiteri. Scit enim qui sit: quia nemo scit hominum quae sunt hominis, nisi spiritus hominis, qui in ipso est. Unusquisque in se intendens, peccatorem se invenit.

Que chacun d’entre vous se considère lui-même, qu’il rentre au dedans de lui; qu’il s’assoie au tribunal de son esprit; qu’il comparaisse devant sa conscience; qu’il s’oblige à passer aux aveux. Car il sait qui il est, et personne, parmi les hommes, ne sait ce qui est dans l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui. Chaque homme qui se regarde lui-même se trouve pécheur.

Præténde, Dómine, fidélibus tuis déxteram cæléstis auxílii : ut te toto corde perquírant ; et, quæ digne póstulant, cónsequi mereántur. Per Dóminum.

Étendez, Seigneur, la main droite de votre céleste secours sur vos fidèles, afin que de tout leur cœur ils vous recherchent, et que, ce qu’ils demandent convenablement, ils méritent de l’obtenir. Par N.-S.

Ã. Nemo te condemnávit, * múlier ? Nemo, Dómine. Nec ego te condemnábo : iam ámplius noli peccáre.

Ã. – Personne ne t’a condamnée, femme? – Personne, Seigneur. – Alors moi non plus je ne te condamnerai pas : mais ne pèche plus à l’avenir.

Antienne grégorienne “Nemo te”

La Règle de Saint Benoît

La Règle de Saint Benoît

“Il écrivit une règle des moines remarquable par sa discrétion et dans un langage élégant”. Ces paroles tirées de la vie d’un saint abbé nommé Benoît, auquel le Pape saint Grégoire le Grand consacre tout le livre 2 de ses Dialogues, nous permet d’identifier l’auteur  d’une Règle des moines écrite peu après l’an 530. Cette Règle de saint Benoît (désormais RB) est bien connue de nom, mais sa doctrine spirituelle, son contenu restent souvent ignorés ou mal connus. Généralement on résume la RB par l’adage célèbre : “Prie et travaille” (ora et labora). Or, cette sentence, qui d’ailleurs ne se trouve pas dans notre Règle, est certainement réductrice par rapport à toute la richesse de notre texte. C’est pourquoi nous voudrions présenter dans cet article comme un sommaire, parcourir page après page la RB afin que cette règle de notre vie, et par là notre vie même, soit mieux connue.
La RB se présente donc comme un ensemble de 73 chapitres précédés d’un prologue ; ces chapitres eux-mêmes peuvent être regroupés en trois parties : la première (ch. 1 à 7) pose des principes spirituels pour la vie monastique, la seconde (ch. 8 à 67) règle la vie monastique dans les divers domaines (emploi du temps, hiérarchie, etc.), enfin la troisième (ch. 68 à 73) est comme une conclusion spirituelle sur la charité fraternelle avec un épilogue ouvrant sur d’autres horizons textuels.

Le Prologue
Il consiste en une invitation à la conversion, c’est-à-dire à se détourner de la désobéissance à la loi de Dieu (le péché) pour se tourner (se convertere en latin) vers Dieu (RB Pr. 2-3). Pour cela, saint Benoît, père et maître (RB Pr. 1), nous invite à écouter les paroles du Seigneur et à les mettre en pratique en se mettant à son service dans le monastère, “école du service du Seigneur” (RB Pr. 45), le but étant de “mériter de prendre place dans le royaume du Christ après avoir partagé ses souffrances par la patience” (RB Pr. 50).

Principes de la vie monastique (ch. 1 à 7)
Cette première partie nous présente d’abord le cadre de la vie monastique : le chapitre 1 nous dit que saint Benoît s’adresse à des cénobites, c’est-à-dire à des moines qui vivent « dans un monastère, sous une règle et un abbé », et justement le chapitre 2 nous présente ce que doit être l’abbé, père du monastère qui tient la place du Christ (RB 2, 2) et qui doit conduire ses disciples au ciel par le double enseignement de ses paroles et du bon exemple de sa vie (RB 2, 12); enfin saint Benoît détermine au chapitre 3 les relations entre l’abbé et sa communauté quant à la gestion temporelle du monastère, l’abbé doit prendre conseil des frères même si ultimement toutes les décisions lui reviennent.
Les chapitres suivants nous exposent les principes de la vie spirituelle du moine. Ainsi le chapitre 4 nous propose 74 sentences spirituelles, faciles à retenir et se présentant comme des « instruments de l’art spirituel » (RB 4, 75), elles nous invitent à l’obéissance aux commandements de Dieu (RB 4, 1-9), au renoncement et à la mortification (RB 4, 10-13 et 20), à la pratique des oeuvres de miséricorde (RB 4, 14-19) et des vertus (RB 4, 21-43 et 59-74), à la considération de nos fins dernières (RB 4, 44-46), à la garde de nos actions, pensées et paroles (RB 4, 47-54), aux lectures saintes, à la prière, à la componction (RB 4, 55-58).
Le chapitre 5 est un développement sur la vertu d’obéissance, dont l’acte doit être accompli promptement (RB 5, 4-9) par amour et à l’exemple du Christ (RB 5, 2 et 10-13).
Le chapitre 6 traite du silence nécessaire pour éviter le péché (RB 6, 1-2 et 4-5).
Enfin, le chapitre 7, le plus long de notre Règle, est consacré à l’humilité. Saint Benoît nous présente une échelle de l’humilité composée de douze degrés qui, en fait, « sont moins des échelons à gravir l’un après l’autre que des signes de vertu qui peuvent et doivent se montrer simultanément ». Avec saint Thomas d’Aquin, nous ordonnerons ces différents échelons comme suit : le premier degré, la révérence envers Dieu, le sens de la présence de Dieu (RB 7, 10-30), est comme le fondement de l’humilité; les quatre degrés suivants régleront la volonté humaine, le deuxième nous invite à ne pas suivre notre volonté propre (RB 7, 31-33), le troisième à se régler d’après le sentiment des supérieurs (RB 7, 34), le quatrième à obéir même dans les contrariétés (RB 7, 35-43); l’humilité doit aussi régler notre intellect, ainsi nous devons reconnaître nos défauts (5è degré, RB 7, 44-48), nous considérer d’indignes et mauvais serviteurs (6è degré, RB 7, 49-50) et mettre les autres avant nous (7è degré, RB 7, 51-54); enfin l’humilité doit s’étendre à nos attitudes extérieures : chercher à ne pas se distinguer des autres (8è degré, RB 7, 55), à se modérer dans ses paroles (9è et 10è degrés, RB 7, 56-59) et dans toutes ses actions (11è et 12è degrés, RB 7, 60-66).

Législation (ch. 8 à 67)

Après avoir posé les principes spirituels de la vie monastique, il s’agit maintenant de l’organiser. Cette section comprendra trois parties : dans la première est réglée la prière monastique (ch. 8 à 20), la deuxième traite en détail du bon ordre de la communauté (ch. 21 à 57), la troisième du recrutement et de la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67).

La prière monastique (ch. 8 à 20)

Après le traité de l’humilité, saint Benoît, sans aucun préambule, enchaîne avec l’organisation de l’office communautaire de nuit, ce qu’il appelle « vigiles » et que nous appelons actuellement « matines » (ch. 8 à 11). Ensuite est réglé le premier des sept offices du jour, pour saint Benoît les « matines » que nous appelons aujourd’hui « laudes » (ch. 12 et 13). Le chapitre 14 est consacré à l’office des fêtes des saints, le 15 au temps où il faut chanter « alleluia ». Au chapitre 16 nous trouvons une justification à cette organisation de l’Office divin par saint Benoît dans l’application des paroles de la Sainte Ecriture « sept fois le jour je vous ai loué » (Psaume 118, 164) et « au milieu de la nuit je me levais pour vous rendre grâces » (Psaume 118, 62) à cette prière communautaire. Cette section se poursuit avec l’ordonnancement des heures du jour : Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies destinées à sanctifier toute la journée, à revenir sans cesse à Dieu (ch. 17). Enfin cette organisation de la prière communautaire se termine avec la distribution des psaumes entre ces différentes heures.
Saint Benoît termine cette section par deux chapitres qui concernent l’attitude spirituelle à avoir non seulement dans la prière communautaire (ch. 19), « notre pensée doit être en accord avec notre voix » (RB 19, 7), mais aussi dans la prière personnelle (ch. 20), humilité, pureté du coeur et componction.

Le bon ordre de la vie communautaire (ch. 21 à 57)

Cette section commence par un chapitre (ch. 21) sur les doyens qui doivent assister l’abbé dans sa charge, ayant chacun sous leur surveillance un groupe d’une dizaine de moines. Cette surveillance concerne particulièrement le bon ordre dans les dortoirs, spécialement lors du lever (ch. 22).
La Règle se poursuit avec un code pénitentiel pour les fautes graves (ch. 24 à 30). Les punitions (ch. 24-26 et 30) sont de deux ordres : dans l’ordre spirituel, l’excommunication, c’est-à-dire la séparation de la communauté soit quant à la prière commune de l’Office divin, soit quant à la table commune; dans l’ordre corporel, pour ceux qui ne comprenaient pas les peines spirituelles, on procédait au châtiment des coups de bâton. Enfin après ces peines, après les efforts miséricordieux de l’abbé pour le ramener dans la bonne voie (ch. 27), après les prières spéciales de toute la communauté pour sa conversion, le moine qui persévère dans son attitude sera expulsé (ch. 28), mais non sans espoir de retour (ch. 29).
Saint Benoît s’occupe ensuite de l’administration temporelle du monastère (ch. 31 à 34). Il nous décrit la fonction et les vertus du cellérier (économe), le père temporel de la communauté (ch. 31) qui sera aidé par d’autres frères si ses charges sont trop prenantes (ch. 32). Les deux chapitres suivants concernent la pauvreté du moine qui ne possède rien de propre (ch. 33) mais qui reçoit de la miséricorde de l’abbé ce dont il a besoin et selon ses propres besoins (ch. 34).
Ensuite il faut traiter de la vie quotidienne des moines (ch. 35 à 41) et d’abord de leur nourriture (ch.35-41). Ainsi le chapitre 35 traite du cuisinier ou plutôt des cuisiniers, puisque tous les moines, en principe, doivent se succéder dans cette tâche « parce qu’elle nous apporte une grande récompense et qu’elle est un moyen de pratiquer la Charité » (RB 35, 2). Ensuite il faut déterminer le régime particulier des malades (ch. 36), des enfants et des vieillards (ch. 37), ainsi que l’attitude de miséricorde et d’attention qu’on doit avoir à leur égard. Enfin est expliqué le déroulement des repas à l’écoute d’une lecture édifiante (ch. 38), ce qu’on y mange (ch. 39), ce qu’on y boit (ch. 40), et à quelle heure (ch. 41).
Les chapitres suivants poursuivent cette réglementation de la vie quotidienne du moine. Le chapitre 42 nous parle du rituel des Complies et du « grand silence » à respecter la nuit, après cet office. Les trois chapitres suivants reviennent sur les fautes et les peines : le chapitre 43 traite des retardataires à l’Office divin ou à la table; le chapitre 44 de la manière de réintégrer la communauté après l’excommunication; le chapitre 45 des fautes commises pendant l’Office divin et le chapitre 46 de toutes les autres fautes légères. Saint benoît poursuit avec l’emploi du temps de la journée dans le chapitre 47 qui traite de la charge d’annoncer les heures des offices qui en ponctuent le cours, le chapitre 48 qui règle la répartition des différentes activités selon les périodes de l’année, ce sont, à part l’Office divin : le travail manuel et la lecture spirituelle (11). Le chapitre 49 s’occupe de l’observance du Carême, les pénitences personnelles devant toujours être soumises au jugement de l’abbé, non moins qu’au secours de sa prière (RB 49, 8). Puis il faut penser aux frères qui ne peuvent chanter l’Office divin dans l’oratoire du monastère – on voit toujours l’importance donnée par saint Benoît à la prière liturgique – soit qu’ils travaillent dans les champs (ch. 50), soit qu’ils sont en voyage (ch. 51). Enfin le chapitre 52 est un magnifique petit paragraphe sur l’oratoire du monastère, lieu de rencontre avec Dieu dans la prière liturgique mais aussi personnelle, c’est de cette prière personnelle dont il s’agit ici.
Pour finir nous avons cinq chapitres qui s’occupent de circonstances particulières de la vie quotidienne comme l’accueil des hôtes (ch. 53) qu’on devra « recevoir comme le Christ lui-même » (RB 53, 1-2), comme la réception de cadeaux (ch. 54); qui traitent tour à tour de la garde-robe du moine (RB 55), de la table de l’abbé qui, à l’époque, mangeait avec les hôtes (RB 56), ou enfin de l’exercice de métiers dans le monastère et de la vente de ce qui est produit par ces métiers (RB 57).

Le recrutement et la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67)

Le chapitre 58 s’occupe donc de l’accueil de ceux qui veulent « se convertir » (RB 58, 1), c’est-à-dire entrer dans la vie religieuse. C’est l’occasion de parler du maître des novices qui doit veiller sur les dispositions des candidats à la vie monastique en observant « attentivement s’ils cherchent Dieu véritablement, s’ils s’appliquent avec soin à l’OEuvre de Dieu, à l’obéissance et aux opprobres » (RB 58, 7). Nous tenons dans ces quelques mots l’essentiel de la vie monastique : la recherche de Dieu, le moine cherchant Dieu parce que Dieu lui-même le cherche comme le notait saint Benoît dans son Prologue (RB Pr., 14), d’une part; et d’autre part, les signes de cette recherche de Dieu, les trois « o », Opus Dei, Obedientia, Obprobria, c’est-à-dire la prière liturgique, fondamentale pour saint Benoît, l’obéissance et les pratiques d’humilité. Ce chapitre ce termine sur le cérémonial de l’admission dans la communauté.
Les trois chapitres suivants ont trait à trois types de vocations particulières : les enfants qui étaient offerts au monastère par leurs parents (ch. 59), les prêtres ou autres clercs qui désireraient se faire moines (ch. 60), les moines d’un autre monastère qui voudraient intégrer la communauté (ch. 61). Dans la continuité du chapitre 60, le chapitre 62 traite des prêtres que l’abbé pourrait faire ordonner.
On entre ensuite au coeur de la communauté avec un petit code de politesse monastique et même tout simplement chrétienne (ch. 63), suivi de chapitres sur l’élection de l’abbé (ch. 64), sur le choix d’un prieur par l’abbé (ch. 65) afin de l’assister et non de le contredire (RB 65, 2 et 7), sur le portier du monastère qui a pour charge d’accueillir les hôtes (ch. 66), sur la prière pour les frères qui partent en voyage ou qui en reviennent (ch. 67).

La Charité fraternelle (ch. 68 à 72) et Epilogue (ch. 73)

Cette Charité s’exprimera d’abord vis à vis de Dieu, dans l’exercice de l’obéissance à l’abbé, qui représente le Christ, dans les choses difficiles ou même impossibles (ch. 68). Cette Charité s’exprimera vis à vis des autres frères dans le fait de les laisser à l’autorité parternelle de l’abbé sans les défendre (ch. 69) ni les frapper (ch. 70) quand ils commettent des fautes, et dans l’obéissance mutuelle des uns aux autres selon la place de chacun au sein la communauté (ch. 71). Enfin le chapitre 72 qui serait à citer dans son entier résume l’ordre et le mode de notre Charité : « Absolument rien ne devra être préféré au Christ; qu’il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle » (RB 72, 12).
Dans son épilogue saint Benoît fait profession d’humilité : sa Règle « n’est qu’une règle pour débutants », que les moines s’appliquent donc à l’étude de la Sainte Ecriture, des Vies et Conférences des Pères, de la Règle de saint Basile (RB 73, 3-5), « c’est ainsi qu’ils pourront parvenir, grâce à la protection de Dieu, aux sommets les plus élevés de la doctrine et de la vertu » (RB 73, 9).

Conclusion

Au terme de cette présentation de notre sainte Règle, nous aimons à rappeler l’actualité de ce texte du VIè siècle, ce texte est en effet actuel pour inviter les âmes à chercher l’essentiel c’est-à-dire Dieu, actuel pour conduire les âmes à la vie éternelle, la seule chose nécessaire. Nous sommes inquiets de constater le désintérêt des jeunes gens et jeunes filles pour la vie religieuse : on pense à se faire une place dans le monde, on pense aux études, on pense à s’amuser, mais on oublie l’éternité, on oublie les choses spirituelles, on oublie de tendre à Dieu. La vocation n’est pas une possibilité envisagée sérieusement, si, même, elle est envisagée. La vie elle-même n’est pas envisagée dans son ensemble car on oublie que la fin de la vie c’est la mort et que nous n’entrerons pas au ciel selon notre place dans le monde économique, mais selon notre place dans le monde spirituel, place qui s’acquiert par la pratique des bonnes oeuvres.

La vie bénédictine

La vie bénédictine

Notre vie monastique tient tout entière comme dans son germe, dans le propos de saint Benoît quittant Rome et l’étude des Belles Lettres pour vivre seul avec Dieu dans la grotte de Subiaco. Des disciples étant venus se placer sous sa conduite, saint Benoît les répartit dans des monastères et leur donna une Règle.

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