Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Annonce

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires de Messes des prochains dimanches (29 novembre et 6 décembre).

La Punchline de Saint Colomban

La mortification consiste donc en trois points : exclure de son esprit la discorde, ne pas laisser sa langue dire ce qui lui plaît, n’aller nulle part sans permission.

Les deux premiers points se comprennent aisément : mortifier notre esprit en renonçant à notre jugement propre, facteur de discorde ; mortifier notre langue… et nos doigts tapotant, trop souvent sans mesure, sur les claviers et écrans. Enfin, le 3ème point s’adresse surtout aux moines… ou aux confinés que nous sommes !

Saint Colomban, Abbé de Luxeuil

Vers la fin du 6ème siècle, un souffle puissant, venu d’Irlande, passa sur la Gaule mérovingienne. Après y avoir tourbillonné pendant une vingtaine d’années, il s’éloigna vers l’Est, passa les Alpes et descendit en Italie. Ce cyclone, qui remua bien des choses dans l’Église et dans la société, est celui du moine Colomban. À une chrétienté rongée par le péché et entourée de peuples encore païens, ce moine celte apportait les « remèdes de la pénitence », comprise de façon neuve, et le zèle missionnaire. La jeune foi de l’Irlande, un vigoureux idéal de renoncement, une observance monastique sans compromission faisaient la force de ce barbare cultivé, capable de bâtir autant que de prêcher. Intransigeant et obstiné, non moins attaché à son particularisme irlandais qu’à l’Évangile universel qu’il annonçait, il se heurta aux rois et aux évêques, subit persécution et bannissement, mais sa sainteté s’imposa à tous et son œuvre prospéra par l’épreuve.

Saint Colomban est né en Irlande vers 540. Tout jeune, il entendit l’appel de Dieu et entra à Cluain-Inis où il fut formé par Sinell, disciple de Saint Finian de Clonard, puis au monastère de Bangor que venait de fonder Saint Comgall. C’est pour participer, lui aussi, à la « peregrinatio pro Christo », chère aux Irlandais, qu’il quitta son pays pour débarquer en Gaule avec ses douze disciples.

Notre pays, dévasté et pillé un siècle plus tôt, présentait à tous égards un aspect pitoyable. La plupart des habitants avaient été massacrés et le paganisme régnait de nouveau presque partout. Les anciens monastères ou évêchés avaient survécus, mais que restait-il vraiment du souvenir de saint Jean de Réomé, Saint Honorat, Saint Germain ou Saint Martin ? La Règle de Saint Benoît, mort quelques années auparavant, n’avait pas encore pénétré en Gaule.

Il y avait alors un vaste désert nommé Vosges où se trouvait un poste militaire en ruine depuis longtemps, auquel une tradition ancienne donnait le nom d’Annegray. Arrivé là, le Saint s’y installa avec les siens. Il se contentait d’un peu de nourriture pour subsister, se souvenant de la parole de Notre Seigneur selon laquelle l’homme ne vit pas seulement de pain, mais se rassasie de la parole de Dieu. Le monastère d’Annegray devenant trop petit par suite de l’affluence des vocations, saint Colomban songea qu’il fallait chercher dans ce même désert un autre emplacement pour y construire un Monastère. Il obtint du roi Childebert la concession des ruines de Luxovium, situées alors à l’extrémité de l’épaisse forêt de la « Vôge », peuplées uniquement de bêtes sauvages. Plus tard encore, l’affluence des novices obligea Saint Colomban à une nouvelle fondation, celle de Fontaine, mais Luxeuil fut la résidence habituelle du saint Abbé. Luxeuil demeure le centre et l’âme de l’institut colombanien.

Gontran, roi de Bourgogne, avait attiré Saint Colomban dans ses terres, ce fut son petit neveu Thierry qui joua le rôle le plus important dans la vie de notre Saint. Les mœurs de Thierry, comme celles de la plupart des princes francs, étaient libres. Brunehaut, son aïeule, dont l’ambition redoutait une rivale, ne lui permit point de contracter un légitime mariage et encouragea les désordres du jeune prince. Saint Colomban ne put supporter cela, ce qui déplût très fort à Brunehaut qui en conçut une haine terrible pour l’apôtre et finalement obtint du roi sa condamnation à l’exil. Le dessein de Thierry avait été de renvoyer Saint Colomban en Irlande, d’où il était venu. Mais à Nantes, le vaisseau qui devait le rapatrier, lui et ses compagnons, fut rejeté pendant trois jours sur la plage: finalement, on laissa Saint Colomban en liberté. Il se rendit successivement à Soissons, puis à Metz. Colomban rêvait dès lors d’une vie de prédication tout apostolique : il s’embarqua sur le Rhin, pénétra en Suisse et demeura quelques temps dans la région de Bregenz sur le lac de Constance, où il établit une Abbaye. De là, il passa finalement les Alpes et entra en Lombardie où le roi Agilulfe lui donna les terres de Bobbio dans une gorge des Apennins. C’est là qu’il fit sa dernière fondation monastique et mourut le 21 ou le 23 novembre 615. Il est fêté le 27 novembre dans le diocèse de Besançon.

La Regula Monachorum nous dit, entre autre, que l’on doit « chaque jour prier, chaque jour jeûner, chaque jour travailler, chaque jour lire ». Cela nous donne une idée de la vie quotidienne de nos premiers moines, et il n’est pas douteux que Saint Colomban ait institué de véritables cours, destinés à enseigner la lecture, l’écriture, le dessin, les lettres, l’étude de la Bible et des Pères de l’Église. N’avait-il pas, lui-même, composé un Commentaire sur les Psaumes et plusieurs traités concernant le chant et l’enseignement ?

À cette école seront formés : Saint Cagnoald, qui deviendra évêque de Laon ; Saint Attale, qui succèdera au maître à Bobbio ; Saint Ermenfroy, futur évêque de Verdun ; Saint Potentin, le fondateur de Coutances ; Saint Desle, qui établira Lure ; Saint Gall qui donnera son nom au célèbre monastère suisse ; Saint Sigisbert, qui fondera Disentis dans les Alpes ; Saint Valéry, le premier abbé de Sithiu, et tant d’autres… Malgré l’exil forcé de Saint Colomban, en 612, ordonné par le roi Thierry et la reine Brunehaut, l’école fut maintenue, grâce à deux abbés remarquables : saint Eustaise (612-629) et surtout saint Valbert (629-670), qui introduisit la Règle Bénédictine. Nous y trouverons de nouveaux élèves : Saint Amé, fondateur de Remiremont ; Saint Donat, évêque de Besançon ; Saint Eloi, le célèbre orfèvre, fondateur de Solignac ; Saint Faron, évêques de Meaux ; saint Achaire à Noyon ; Saint Leudemond à Sion ; Saint Philibert à Jumièges ; Saint Germain, abbé de Moutier-Grandval ; Saint Ouen à Rouen, et toute une pléiade de saints, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Luxeuil s’est donc épanoui comme un chef d’ordre et fut véritablement, selon le mot de Dom Grappin, le dernier savant de l’Abbaye, « l’école de toutes les sciences, l’académie des grands hommes, le modèle de tous les monastères de France ».

Saint Colomban peut être regardé comme un des plus grands moines ; son œuvre fut immense. Tous les monastères colombaniens adoptèrent par la suite la Règle de Saint Benoît. Toute notre région, et même l’Europe entière lui doivent la Foi.

R. P. Valbert-Marie Verrier (†2011)

De la Discrétion ou juste mesure vertueuse : extrait de la Règle de Saint Colomban

Combien la discrétion est nécessaire, l’égarement de beaucoup le fait voir et la ruine de certains le démontre. Ils ont commencé sans discrétion et, faute de science pour les diriger, ils ont été incapables de mener jusqu’au bout une vie louable. Car, de même que l’erreur égare ceux qui marchent sans suivre un chemin, de même, pour ceux qui vivent sans discrétion, la démesure est inévitable, et celle-ci est toujours contraire aux vertus, qui se situent au milieu, entre deux excès contraires. Passer la mesure, c’est rencontrer fatalement le danger, puisque, le long du droit sentier de la discrétion, nos adversaires placent les pierres d’achoppement du mal et les embûches de toutes sortes d’erreurs. On doit donc prier Dieu continuellement qu’il dispense la lumière de la vraie discrétion pour illuminer ce chemin bordé de chaque côté des épaisses ténèbres du monde, de telle sorte que ses vrais adorateurs soient capables de traverser cette obscurité, sans s’égarer, jusqu’à lui.

La discrétion tire donc son nom de « discerner », car c’est elle qui discerne en nous entre bien et mal, et aussi entre moyens et fins. Depuis le début, après que le mal eut commencé d’exister, du fait du démon, par la corruption du bien, les deux catégories, à savoir les biens et les maux, ont été séparées comme la lumière et les ténèbres, mais Dieu, qui opéra la séparation, avait d’abord donné la lumière (Gn 1, 3-4). Ainsi le pieux Abel choisit le bien, tandis que l’impie Caïn tombait dans le mal (Gn 4, 1-8).

Dieu a fait bon tout ce qu’il a créé (Gn 1, 31), mais le diable est venu y semer le mal (Mt 13, 24-30), avec sa ruse perfide et la suggestion sournoise de sa périlleuse flatterie (Gn 3, 1-5). Quels sont donc ces biens ? Ceux qui sont restés inviolés et intacts, tels qu’ils avaient été créés. Dieu seul les a créés et « préparés », suivant l’Apôtre (Eph 2, 10), « pour que nous y marchions ; ce sont les œuvres bonnes dans lesquelles nous avons été créés dans le Christ Jésus » : bonté, pureté, piété, justice, vérité, miséricorde, charité, paix qui procure le salut, joie spirituelle, avec le fruit de l’Esprit (Ga 5, 22) — toutes ces choses, avec leurs fruits, sont bonnes.

Et voici les maux qui en sont le contraire : malice, corruption, impiété, injustice, mensonge, avarice, haine, discorde, amertume, avec les multiples fruits qui en proviennent. Innombrables, en effet, sont les rejetons engendrés par ces deux contraires, à savoir le bien et le mal. Ce qui s’écarte de la bonté et de l’intégrité de la création, voilà le premier mal, à savoir l’orgueil de la malice première. Son contraire est l’humble estimation d’une pieuse bonté, qui reconnaît son Créateur et le glorifie, ceci constituant le premier bien d’une créature raisonnable. C’est ainsi que tout le reste s’est développé peu à peu dans les deux sens en un immense foisonnement de noms.

Dans ces conditions, il faut s’en tenir fortement au bien, en recevant le secours de Dieu, qu’il faut sans cesse demander par la prière, tant dans le succès que dans l’adversité, afin d’éviter l’enivrement de la vanité dans le succès et la chute dans le découragement au sein de l’adversité. Il faut donc se garder sans cesse de ce double danger, c’est-à-dire de tout excès, par une noble tempérance et une véritable discrétion, qui se maintienne dans l’humilité chrétienne et ouvre le chemin de la perfection aux vrais soldats du Christ. Cela revient à toujours discerner avec rectitude dans les cas douteux et à savoir distinguer en toutes circonstances le bien du mal, soit entre biens et maux extérieurs à nous, soit en nous-mêmes entre corps et âme, soit entre actes et habitudes, entre activité et repos, entre vie publique et privée.

Quant aux maux, on doit pareillement s’en garder : orgueil, envie, mensonge, corruption, impiété, mauvaises mœurs, gourmandise, fornication, cupidité, colère, tristesse, instabilité, vaine gloire, élèvement, médisance. Et maintenant les biens des vertus qu’il faut rechercher : humilité, bienveillance, pureté, obéissance, abstinence, chasteté, libéralité, patience, joie, stabilité, ferveur, ardeur au travail, vigilance, silence. Tout cela, par la force d’âme qui fait supporter et la tempérance qui modère, est à mettre sur les plateaux de la discrétion comme dans une balance, pour y peser nos actes habituels selon les possibilités de nos efforts, dans la recherche continuelle de ce qui suffit. Si le suffisant ne suffit pas, il ne fait de doute pour personne que l’on a passé la mesure de la discrétion, et tout ce qui dépasse cette mesure est manifestement vicieux.

Entre le trop et le trop peu, la juste mesure se trouve donc au milieu. Sans cesse elle nous détourne de tout ce qui est superflu d’un côté ou de l’autre. Introduite en toute chose, elle procure partout le nécessaire et refuse les caprices déraisonnables d’une volonté superflue. Cette mesure de la vraie discrétion, en pesant tous nos actes à leur juste poids, ne nous permettra jamais de nous écarter de ce qui est juste, et si nous la suivons toujours tout droit, à la manière d’un guide, elle ne nous laissera pas nous égarer. Car s’il faut toujours se garder de part et d’autre, selon le mot de l’Écriture : « Gardez- vous à droite et à gauche » (Dt 5, 52), il faut toujours marcher droit par la discrétion, c’est-à-dire par la lumière de Dieu, en répétant souvent et en chantant le verset du Psalmiste victorieux : « Mon Dieu, illumine mes ténèbres, car c’est par toi que j’échapperai à la tentation » (Ps 17, 29-30). En effet, « la vie de l’homme sur terre est une tentation » (Jb 7, 1).

Prières

Oratio

Deus, qui Beáti Columbáni præcéptis et exémplis innúmeros ad perfectiónem evangélicam elevásti : accénde, quæsumus, in nobis ardens sanctitátis desidérium. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez élevé d’innombrables âmes à la perfection évangélique par les préceptes et les exemples du Bienheureux Colomban : nous prions d’allumer en nous un ardent désir de la sainteté. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Colomban (ca 540-615)

Seigneur Dieu, détruisez et déracinez tout ce que le Mauvais a planté en moi. Ces iniquités une fois détruites, mettez dans ma bouche et mon cœur de penser et d’agir bien, en sorte que mon action et ma volonté vous servent vous uniquement, que je comprenne vos commandements, que je vous cherche. Donnez-moi la mémoire. Donnez-moi la charité. Donnez-moi la chasteté. Donnez-moi la foi. Donnez-moi tout ce que vous savez utile à mon âme. Faites en moi le bien, accordez-moi ce qui me convient, vous qui règnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Invocations aux Saints de Luxeuil

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Vierge des Vierges, priez pour nous.

Saint Colomban, priez pour nous.
Saint Colomban le jeune, priez pour nous.
Saint Lua, priez pour nous.
Saint Sigisbert, priez pour nous.
Saint Léobard, priez pour nous.
Saint Ragnacaire, priez pour nous.
Saint Hermenfroi, priez pour nous.
Saint Waldolène, priez pour nous.
Saint Valéry, priez pour nous.
Saint Desles, priez pour nous.
Saint Colombin, priez pour nous.
Saint Gall, priez pour nous.
Saint Ursanne, priez pour nous.
Saint Bertulfe, priez pour nous.
Saint Attale, priez pour nous.
Saint Babolein, priez pour nous.
Saint Eustase, priez pour nous.
Saint Cagnoald, priez pour nous.
Saint Achaire, priez pour nous.
Saint Amé, priez pour nous.
Saint Romaric, priez pour nous.
Saint Waldalène, priez pour nous.

Saint Omer, priez pour nous.
Saint Mommolin, priez pour nous.
Saint Bertin, priez pour nous.
Saint Ebertramm, priez pour nous.
Saint Valbert, priez pour nous.
Saint Agile, priez pour nous.
Saint Chuane, priez pour nous.
Saint Ermenfroi, priez pour nous.
Saint Adelphe, priez pour nous.
Saint Frobert, priez pour nous.
Saint Théoffroy, priez pour nous.
Saint Berchaire, priez pour nous.
Saint Ingofroy, priez pour nous.
Saint Emmon, priez pour nous.
Saint Mellin, priez pour nous.
Saint Anségise, priez pour nous.
Saint Gibard, priez pour nous.
Saint Tételme, priez pour nous.
Saint Baltram, priez pour nous.
Saint Antoine de Froidemont, priez pour nous.
Bienheureux Angelôme, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Prions.
Par l’intercession de la Bienheureuse Marie toujours vierge et de tous nos Saints, nous vous prions, Seigneur, de préserver de toute adversité cette famille humblement prosternée à vos pieds, et de la défendre avec bonté contre toutes les embûches des ennemis du Salut. Par Jésus-Christ N-S. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Hic vir despiciens mundum et terrena triumphans divitias cælo condidit ore manu.

Ã. Cet homme, montrant du mépris pour le monde et triomphant des choses terrestres, a amassé des richesses au paradis à travers ses paroles et ses actes.

Antienne grégorienne “Hic vir”

Antienne Hic vir

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

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La Punchline des Pères du désert

On demanda à un vieillard : « Pourquoi n’es-tu jamais découragé ? » Et il répondit : « Parce que chaque jour je m’attends à mourir. »

Saints Bénédictins : Saint Silvestre Guzzolini, Abbé (1177-1267)

La sainte Église avait trouvé, pour stimuler au bien les hommes, vers le début du 13ème siècle, saint Dominique et saint François. Est-ce à dire que le vieil ordre monastique sommeillait ? Peut-être un peu. Mais un animateur comme saint Silvestre, dans les Marches, sut le galvaniser en le ramenant vigoureusement à ses origines.

Silvestre était né vers 1177 a Osimo (près d’Ancône et de Lorette) d’un juriste, Ghislerio di Jacopo, et de Bianca (Blanche) Ghislieri. L’adolescent, bon, bien doué, fut envoyé aux écoles de Bologne et de Pavie où il pourrait devenir l’émule de son père. Là il se prit d’amitié pour le futur évêque d’Ancône, Benvenuto Scatiroli, et, trouvant le droit sans intérêt, se voua à la théologie. Il buvait, buvait ardemment aux fontaines du Sauveur, et plus tard il ranimerait les hommes mourant de soif. Mais son père, très mécontent de ce changement d’étude, le rappela chez lui et le retint quasi-esclave pendant dix ans. Sous le boisseau, la douce lumière ne s’éteignit point. Le clergé local réussit à prendre Silvestre à son service : il devint prêtre, chanoine dévoré de zèle. La science de l’ancien étudiant rendait sa parole attrayante et victorieuse. On raconte que, venu au cimetière a l’occasion d’un enterrement, il aperçut dans la fosse le cadavre d’un parent jadis beau et admiré (1217?). Ce spectacle l’aurait bouleversé : il quitta de nuit sa demeure et, avec l’aide d’un ami, gagna le maquis effrayant de la Rossa, non loin de ce Val di Castro où était mort saint Romuald, le père des Camaldules, deux siècles avant. Un disciple lui vint. Bientôt la solitude de Silvestre à Grotta Fucile fut troublée par bien des pèlerins, voire des compagnons. Le saint se transporte en un lieu plus inhospitalier, à Monte Fano, non loin de Fabriano, dans les Marches. Dans une nouvelle grotte il vécut quelque temps sans autre société qu’un loup. Ses compagnons, cependant, le rejoignirent. En 1231, il érigea un petit monastère dont la population grandit très vite. Comme saint Benoît à Subiaco, Silvestre fonda douze monastères, entre 1231 et 1267, qui auraient compté 433 moines. Monte Fano était dédié à la reine du ciel et à saint Benoît. Innocent IV approuve cette nouvelle congrégation bénédictine en 1247. Érémitisme, cénobitisme rustique et pauvre, faisant la part belle au travail manuel : on était revenu au grand modèle, à saint Benoît de Subiaco et du Mont-Cassin. Idéal austère, capable de rivaliser avec celui des religieux mendiants, et qui connut un réel succès. Silvestre mourut à Monte Fano dans la nuit du 26 novembre 1267. Presque aussitôt, le pape Clément IV autorisa le premier procès diocésain. Le culte se développa dans les Marches dés le 13ème siècle. Léon XIII en 1890 étendit a toute l’Église l’office et la messe du saint. Silvestre fut introduit dans le martyrologe romain en 1598 et Paul V en 1617 lui consacrait une lettre élogieuse. Dès 1301, on parlait de « l’ordre de Saint-Silvestre ». En 1233 fut fondé le premier monastère de moniales silvestrines. Les silvestrins ont actuellement des missions à Ceylan, dans l’Amérique du Nord et en Australie.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Clementíssime Deus, qui sanctum Silvéstrum Abbátem, sǽculi huius vanitátem in apérto túmulo pie meditántem, ad erémum vocáre et præcláris vitæ méritis decoráre dignátus es : te súpplices exorámus ; ut, eius exémplo terréna despiciéntes, tui consórtio perfruámur ætérno. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu très clément, qui avez appelé à la solitude le bienheureux Abbé Sylvestre, tandis qu’il méditait devant un tombeau ouvert la vanité de ce monde, et qui avez daigné l’orner des mérites d’une vie très sainte ; nous vous supplions de faire que, méprisant à son exemple les biens de la terre, nous jouissions du bonheur de votre éternelle compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Claude Martin (1619-1696)

Mon Seigneur, mon Dieu, très adorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, souverain bien, infiniment aimable, mon principe et ma fin, en qui consiste ma vraie félicité, je vous adore, je vous loue et vous rends mes très humbles hommages en reconnaissance de mon entière dépendance de votre souverain domaine. J’offre à votre divine Majesté pour toujours et en particulier pour ce jour-ci mon corps, mon âme, ma vie, toutes mes pensées, mes paroles, mes actions, en union du corps, de l’âme, de la vie, des pensées, des paroles et des actions de votre très cher Fils, mon Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, et de tout ce qui a été fait en votre grâce depuis le commencement du monde, qui se fait à présent, et qui se fera ci-après. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Domine quinque talenta tradidisti mihi ecce alia quinque superlucratus sum.

Ã. Seigneur, vous m’avez confié cinq talents ; voici que j’en ai gagné de plus cinq autres.

Antienne grégorienne “Domine quinque talenta”

Antienne Domine quinque talenta

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

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La Punchline de Bossuet

Ne donner que la parole à la vérité, c’est donner l’ombre pour le corps, et une image imparfaite pour l’original. Il faut honorer la vérité par la vérité, en la faisant paraître en nous-mêmes par des effets dignes d’elle. Car sa solidité immuable n’est pas suffisamment reconnue par nos discours, qui ne sont que des ombres de nos pensées ; et il faut qu’elle soit gravée en nos mœurs par des marques effectives de notre affection.

Sainte Catherine d’Alexandrie Vierge et Martyr (3ème siècle)

Introduction par le Cardinal Schuster (Liber Sacramentorum)

Malheureusement, la légende de sainte Catherine, résumée dans les leçons du Bréviaire qui suivent, est dépourvue de toute autorité. Les anciens calendriers orientaux et égyptiens ne la nomment jamais. En Occident, le culte de sainte Catherine n’apparaît que vers le 11ème siècle. Ce furent les Croisades qui le rendirent si populaire que Catherine devint l’une des saintes les plus honorées à la fin du moyen âge. Il existe en effet un grand nombre d’églises, d’autels et d’images en l’honneur de cette martyre qui fut même choisie comme protectrice des philosophes. La critique n’a pas encore dit son dernier mot sur la personnalité de sainte Catherine ; cependant, autant nous ignorons les détails de sa biographie, autant Dieu a voulu glorifier sa Sainte sur le mont Sinaï où les pèlerins, aujourd’hui encore, vénèrent son tombeau.

Sainte Gertrude qui, dès son enfance, eut une grande dévotion à sainte Catherine, demanda un jour au Seigneur de lui montrer la gloire céleste de sa Patronne. Elle fut exaucée et vit la vierge d’Alexandrie sur un trône d’or, entourée des sages qu’elle avait attirés à la vraie foi et qui formaient dans le ciel sa couronne la plus brillante.

Rome médiévale éleva en l’honneur de sainte Catherine cinq églises au moins.

La Passion de Sainte Catherine (leçons du Bréviaire Romain)

L’illustre vierge Catherine naquit à Alexandrie au 3ème siècle. Ayant joint, dès sa jeunesse, l’étude des arts libéraux à l’ardeur de la foi, elle s’éleva en peu de temps à une haute perfection de doctrine et de sainteté, si bien qu’à l’âge de dix-huit ans, elle surpassait les plus érudits. Ayant vu traîner au supplice, par ordre de Maximin, beaucoup de Chrétiens qu’on avait déjà tourmentés diversement à cause de leur religion, Catherine ne craignit pas d’aller trouver ce tyran, et, lui reprochant son impie cruauté, elle lui prouva, par des raisons pleines de sagesse, que la foi en Jésus-Christ est nécessaire pour le salut.

Maximin, rempli d’admiration pour la science de Catherine, la fit garder ; et rassemblant de toutes parts les hommes les plus savants, il leur promit de magnifiques récompenses, s’ils pouvaient la faire passer avec conviction de la foi du Christ au culte des idoles. Le contraire arriva : car plusieurs de ces philosophes réunis pour la convaincre, furent, par la force et la précision de ses raisonnements, embrasés d’un si grand amour envers Jésus-Christ, qu’ils n’auraient point hésité à mourir pour lui. Maximin entreprend donc, par les flatteries et les promesses, d’amener Catherine à d’autres sentiments ; mais comprenant qu’on l’essaierait en vain, il la fait battre de verges, meurtrir à coups de fouets garnis de plomb, puis la retient onze jours en prison, sans nourriture ni boisson.

C’est alors que l’épouse de Maximin, et Porphyre, général de ses armées, entrèrent dans la prison pour voir la jeune vierge. Persuadés par ses discours, ils crurent en Jésus-Christ, et reçurent dans la suite la couronne du martyre. Cependant Catherine fut tirée du cachot ; on avait préparé une roue, où se trouvaient fixés de proche en proche des glaives aigus pour déchirer cruellement le corps de la vierge. Mais cet instrument de supplice fut bientôt mis en pièces à la prière de Catherine, et plusieurs, à la vue de ce miracle, embrassèrent la foi de Jésus-Christ. Maximin n’en étant que plus obstiné dans son impiété et sa cruauté, ordonna de décapiter Catherine. Elle présenta courageusement sa tête à la hache du bourreau, et s’envola au ciel, pour recevoir la double récompense de la virginité et du martyre. C’était le septième jour des calendes de décembre (25 novembre). Son corps fut miraculeusement transporté par les Anges sur le mont Sinaï, en Arabie (305?).

Du Panégyrique de Sainte Catherine par Bossuet 

Je n’ignore pas, chrétiens, que la science ne soit un présent du ciel, et qu’elle n’apporte au monde de grands avantages : je sais qu’elle est la lumière de l’entendement, la guide de la volonté, la nourrice de la vertu, l’âme de la vérité, la compagne de la sagesse, la mère des bons conseils ; en un mot l’âme de l’esprit, et la maîtresse de la vie humaine. Mais comme il est naturel à l’homme de corrompre les meilleures choses, cette science qui a mérité de si grands éloges, se gâte le plus souvent en nos mains par l’usage que nous en faisons. C’est elle qui s’est élevée contre la science de Dieu ; c’est elle qui, promettant de nous éclaircir, nous aveugle plutôt par l’orgueil ; c’est elle qui nous fait adorer nos propres pensées sous le nom auguste de la vérité ; qui, sous prétexte de nourrir l’esprit, étouffe les bonnes affections, et enfin qui fait succéder à la recherche du bien véritable, une curiosité vague et infinie, source inépuisable d’erreurs et d’égarements très pernicieux. Mais je n’aurais jamais fini, si je voulais raconter les maux que fait naître l’amour des sciences, et vous dire tous les périls dans lesquels il engage les enfants d’Adam, qu’un aveugle désir de savoir a rendu avec sa race justement maudite, le jouet de la vanité, aussi bien que le théâtre de la misère.

Un docteur inspiré de Dieu, et qui a puisé sa science dans l’oraison, en réduit tous les abus à trois chefs. Trois sortes d’hommes, dit saint Bernard, recherchent la science désordonnément. « Il y en a qui veulent savoir, mais seulement pour savoir ; » et c’est une mauvaise curiosité. « Il y en a qui veulent savoir, mais qui se proposent pour but de leurs grandes et vastes connaissances, de se faire connaître eux-mêmes, et de se rendre célèbres » ; et c’est une vanité dangereuse. « Enfin il y en a qui veulent savoir ; mais qui ne désirent avoir de science que pour en faire trafic, et pour amasser des richesses »; et c’est une honteuse avarice.

Il y en a donc, comme vous voyez, à qui la science ne sert que d’un vain spectacle ; d’autres à qui elle sert pour la montre et pour l’appareil ; d’autres à qui elle ne sert que pour le trafic, si je puis parler de la sorte. Tous trois corrompent la science, tous trois sont corrompus par la science. La science étant regardée en ces trois manières, qu’est-ce autre chose, mes Frères, qu’une «très pénible occupation qui travaille les enfants des hommes», comme parle l’Ecclésiaste (1, 13) ?

Curieux, qui vous repaissez d’ une spéculation stérile et oisive, sachez que cette vive lumière, qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas, et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Âmes intéressées, qui n’employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu’un trésor si divin n’est pas fait pour cet indigne trafic ; et que s’il entre dans le commerce, c’est d’une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c’est-à-dire, pour négocier le salut des âmes. C’est ainsi que la glorieuse sainte Catherine, que nous honorons, a usé de ce don du ciel. Elle a contemplé au-dedans la lumière de la science, non pour contenter son esprit, mais pour diriger ses affections : elle l’a répandue au dehors au milieu des philosophes et des grands du monde, non pour établir sa réputation, mais pour faire triompher l’Évangile : enfin elle l’a fait profiter, et l’a mise dans le commerce, non pour acquérir des biens temporels, mais pour gagner des âmes à Jésus Christ.

Prières

Oratio

Deus, qui dedísti legem Móysi in summitáte montis Sínai, et in eódem loco per sanctos Angelos tuos corpus beátæ Catharínæ Vírginis et Mártyris tuæ mirabíliter collocásti : præsta, quǽsumus ; ut, eius méritis et intercessióne, ad montem, qui Christus est, perveníre valeámus : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez donné la loi à Moïse sur le sommet du mont Sinaï, et qui avez fait miraculeusement transporter en ce même lieu, par vos saints Anges, le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; faites, nous vous en supplions, que par ses mérites et son intercession, nous puissions parvenir à la montagne qui est le Christ.

Prière à Sainte Catherine tirée de l’Année Liturgique

Bienheureuse Catherine, recevez-nous à votre école. Par vous la philosophie, justifiant son beau nom, conduit à la Sagesse éternelle, le vrai au bien, toute science au Christ, qui est la voie, la vérité, la vie. « Curieux qui vous repaissez d’une spéculation stérile et oisive, s’écrie Bossuet, sachez que cette vive lumière qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Âmes lâches et intéressées, qui n’employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu’un trésor si divin n’est pas fait pour cet indigne trafic ; et que s’il entre dans le commerce, c’est d’une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c’est-à-dire, pour négocier le salut des âmes. »

Ainsi, ô Catherine, n’employez-vous votre science que pour la vérité. Vous faites « paraître Jésus-Christ avec tant d’éclat que les erreurs que soutenait la philosophie sont dissipées par sa présence ; et les vérités qu’elle avait enlevées viennent se rendre à lui comme à leur maître, ou plutôt se réunir en lui comme en leur centre. Apprenons d’un si saint exemple à rendre témoignage à la vérité, à la faire triompher du monde, à faire servir toutes nos lumières à un si juste devoir, qu’elle nous impose. Ô sainte vérité ! je vous dois le témoignage de ma parole ; je vous dois le témoignage de ma vie ; je vous dois le témoignage de mon sang : car la vérité, c’est Dieu même. » L’Église, ô vierge magnanime, n’a pas d’autre pensée quand aujourd’hui elle formule ainsi pour nous sa prière : « Ô Dieu qui donnâtes la loi à Moïse sur le sommet du Mont Sinaï, et au même lieu par les saints Anges avez miraculeusement placé le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; exaucez nos supplications : faites que par ses mérites et son intercession nous parvenions à la montagne qui est le Christ, vivant et régnant avec vous dans les siècles des siècles. »

Antienne

Ã. Passionem gloriose virginis Katherine devote plebs celebret fidelis, que sui memores Christo commendet precibus et iuvat benefitiis.

Ã. Le peuple fidèle célébrera avec dévotion la Passion de la glorieuse vierge Catherine, qui recommande au Christ par ses prières ceux qui se souviennent d’elle, et qui les aide par des bienfaits.

Antienne grégorienne “Passionem gloriose”

Antienne Passionem gloriose

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

La Punchline de Saint Jean de la Croix

Ne faites aucun cas des petits sentiments de dévotion et des douceurs sensibles ; appliquez-vous plutôt à les repousser. Si, en effet, l’âme s’habitue à la dévotion sensible, elle n’arrivera jamais à posséder par le recueillement intérieur ces fortes suavités spirituelles qui se trouvent dans la nudité de l’esprit.

Saint Jean de la Croix (1542-1591) : leçons des Matines

Jean de la Croix, né de parents pieux, à Fontiveros en Espagne, le 24 juin 1542, fit voir clairement dès ses premières années, combien il devait plus tard être cher à la Vierge Mère de Dieu ; car, à l’âge de cinq ans, étant tombé dans un puits, il fut soutenu sur l’eau par la main de Marie, et il en sortit sain et sauf. Un tel désir de souffrir l’enflamma, que, dès sa neuvième année, il laissait un lit moëlleux pour s’étendre d’ordinaire sur une couche de sarments. Parvenu à l’adolescence il se consacra au service des pauvres malades, à l’hospice de Medina del Campo : la grande ardeur de sa charité le tenait toujours prêt à leur rendre les plus bas offices. Aussi les autres infirmiers, excités par son exemple, accomplissaient-ils avec un nouveau zèle les mêmes actes charitables. Mais appelé à une vocation plus sublime, Jean embrassa l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, où il reçut la prêtrise par obéissance et désireux d’une discipline très sévère, d’un genre de vie plus austère, obtint de ses supérieurs la permission de suivre la règle primitive de l’Ordre. Dès lors, à cause de son continuel souvenir de la passion du Seigneur, il se déclara la guerre à lui-même, comme à son ennemi le plus redoutable, et il eut bientôt, par les veilles, les jeûnes, les disciplines de fer et toutes sortes de macérations « crucifié sa chair avec ses vices et ses convoitises » ; aussi mérita-t-il pleinement que sainte Thérèse le comptât parmi les plus pures et les plus saintes âmes illustrant alors l’Église de Dieu.

Muni d’armes spirituelles par la singulière austérité de sa vie et l’exercice de toutes les vertus, livré à la contemplation assidue des choses divines, Jean de la Croix éprouva souvent de merveilleuses extases ; il brûlait d’un tel amour envers Dieu, que parfois ce feu divin, ne pouvant être contenu plus longtemps en lui-même et semblant rompre ses digues, on le voyait irradier le visage du saint. D’une extrême sollicitude pour le salut du prochain, Jean s’adonnait sans relâche à la prédication de la parole divine et à l’administration des sacrements. Orné de tant de mérites et embrasé du désir véhément de promouvoir une plus stricte discipline, il fut donné par Dieu comme aide à sainte Thérèse pour ramener parmi les Frères la primitive observance du Carmel, qu’elle avait établie chez les Sœurs de cet Ordre. Pour promouvoir cette œuvre divine, il supporta, ainsi que la servante de Dieu, des fatigues innombrables, visitant chacun des monastères élevés par les soins de cette même sainte vierge par toute l’Espagne, et cela sans se laisser effrayer par aucune privation, par aucun danger ; faisant fleurir en ces maisons et en celles qu’il fonda lui-même, la nouvelle observance, et affermissant cette observance par ses paroles et son exemple. Aussi est-il considéré à juste titre, comme ayant, après sainte Thérèse, le plus contribué à la réforme des Carmes déchaussés, qui a reçu ses enseignements et le nomme son père.

Jean garda toute sa vie la virginité, et des femmes impudentes s’efforçant de tendre des pièges à sa vertu, il ne se borna pas à les repousser, mais les gagna à Jésus-Christ. Pour l’explication des opérations mystérieuses de la grâce divine, il fut, au jugement du Saint-Siège, l’égal de sainte Thérèse, et c’est éclairé par les lumières d’en haut qu’il écrivit, sur la théologie mystique, des livres tout pleins d’une sagesse céleste. Le Christ lui ayant un jour demandé quelle récompense il souhaitait pour tant de travaux, il répondit : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous ». Bien que son pouvoir sur les démons, qu’il chassait souvent du corps des possédés, le discernement des esprits, le don de prophétie, l’éclat des miracles l’eussent rendu très célèbre, son humilité demeura constamment telle, que souvent il demandait au Seigneur de mourir en un lieu où il serait ignoré de tous. Son vœu fut exaucé : une cruelle maladie le saisit à Úbeda, et, pour combler son désir des souffrances, il lui survint à une jambe cinq plaies purulentes : toutes choses qu’il endura avec une constance admirable. Ayant reçu pieusement et saintement les sacrements de l’Église, dans l’embrassement de Jésus-Christ crucifié, qu’il avait toujours eu dans le cœur et sur les lèvres, et après avoir prononcé ces paroles : « Je remets mon âme entre vos mains », il s’endormit dans le Seigneur, au jour (14 décembre) et à l’heure qu’il avait prédits, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-onze, à l’âge de quarante-neuf ans. On vit un globe de feu tout éblouissant venir en quelque sorte au devant de son âme pour la recevoir ; son corps exhala un très suave parfum. Des miracles éclatants ayant précédé et suivi la mort de Jean de la Croix, le Souverain Pontife Benoît XIII l’a inscrit au nombre des saints (26 décembre 1726), et Pie XI, sur l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle (24 août 1926).

Prières

Oratio

Deus, qui sanctum Ioánnem Confessórem tuum atque Doctorem perféctæ sui abnegatiónis et Crucis amatórem exímium effecísti : concéde ; ut, eius imitatióni iúgiter inhæréntes, glóriam assequámur ætérnam. Per Dóminum nostrum. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez inspiré à saint Jean, votre Confesseur et Docteur, un amour sublime de la parfaite abnégation de soi et de la Croix : faites que, nous attachant toujours à l’imiter, nous obtenions la gloire éternelle. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Seigneur, Dieu, mon Bien-Aimé ! Si le souvenir de mes péchés vous empêche de m’accorder la grâce que je sollicite, accomplissez votre volonté, car c’est là ce que je préfère. Et cependant, j’ose vous en supplier, donnez lieu à votre bonté, à votre miséricorde, de resplendir dans le pardon que vous m’accorderez. Si ce sont mes œuvres que vous attendez pour m’accorder l’objet de ma requête, donnez-les-moi en les opérant vous-même en moi. Joignez-y les peines que vous voudrez bien accepter, et qu’elles viennent. Et si ce ne sont pas mes œuvres que vous attendez, qu’attendez-vous, mon très aimant Seigneur ? Pourquoi tardez-vous ? Si ce que je vous demande au nom de votre Fils est un don de grâce et de miséricorde, daignez prendre ma pauvre obole, puisque vous la désirez et donnez-moi le trésor que je sollicite, puisque votre volonté est aussi de me le donner.

Qui pourra, mon Dieu, s’affranchir des modes et des termes vulgaires, si vous ne l’élevez vous-même jusqu’à vous en pureté d’amour ? Comment montera jusqu’à vous l’homme engendré, nourri dans les bassesses, si vous ne l’élevez, Seigneur, de cette même main qui l’a formé ? Vous ne me retirerez point, mon Dieu, ce que vous m’avez une fois donné en me donnant votre Fils unique, Jésus-Christ, en qui vous m’avez donné tout ce que je puis désirer. Aussi, je veux me réjouir, car vous ne tarderez pas, si j’espère véritablement en vous.

Et toi, mon âme, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur ? Les cieux sont à moi et la terre est à moi. À moi les nations, à moi les justes, à moi les pécheurs. Les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi. Tout est à moi. Dieu est à moi et pour moi, puisque le Christ est à moi et tout entier pour moi (cf. 1 Co 3, 22-23). Après cela, que demandes-tu et que cherches-tu, mon âme ? Tout est à toi et entièrement pour toi. Sois fière et ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père. Sors et glorifie-toi de ta gloire. Réjouis-toi, et tu obtiendras ce que ton cœur demande (Ps 36, 4). Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ioannes, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Jean, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Lundi 23 novembre (ReConfinement J25) : Saint Clément Ier, Pape et Martyr

Le mot du Pape Saint Clément

Prenez garde, bien-aimés, que les bienfaits de Dieu, si nombreux, ne soient pour nous tous un sujet de condamnation, si nous ne vivons d’une manière digne de lui, opérant dans la concorde ce qui est bien et agréable à ses yeux.

Saint Clément de Rome, Pape et Martyr : extrait de l’Année liturgique

La mémoire de Clément (Pape de 90 à 101) se présente entourée d’une auréole particulière dans les origines de l’Église de Rome. À ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Lin et Clet, qui cependant avaient reçu avant lui l’honneur de l’épiscopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Églises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d’honneur que l’Église latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel, et l’on sent déjà que l’Église tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d’écrits apocryphes, qu’il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s’accordent à le faire naître de race impériale.

Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent de l’intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines ; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l’évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l’égard de certains pasteurs avait suscitées. Ces divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens eux-mêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. À ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde, hors saint Jean qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèse, où résidait l’Apôtre, la distance n’était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.

Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas litteras. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n’y sent l’esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.

Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet : la paix se rétablit dans l’Église de Corinthe, et les messagers de l’Église romaine ne tardèrent pas à en rapporter l’heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Église envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.

Élevé à l’école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Épiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au 18ème siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d’Alep.

Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier : Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l’origine l’une des bases du christianisme, et l’un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrifice, et saint Paul, comparant les deux états de la femme, enseignait que la vierge est toute au Seigneur, tandis que l’épouse, malgré sa dignité, demeure divisée. Clément eut à développer cette doctrine, et c’est ce qu’il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, ces grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet si grave. « Celui ou celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d’une vie supérieure, doit vivre comme les Anges d’une existence divine et toute céleste. La vierge s’isole des attraits sensuels ; non seulement elle renonce au droit qu’elle aurait de les suivre en ce qu’ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu’ont les hommes d’avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »

Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l’Empire. Si le christianisme se fût contenté d’inviter les hommes à l’honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l’orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L’idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d’ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte. La corruption romaine s’étonna en entendant parler de la virginité, comme de l’objet du culte et de la pratique d’un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l’honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l’égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d’infliger à ces infidèles les pénalités antiques.

Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l’enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l’apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l’âge de soixante à soixante-dix ans ; mais élevés dès leur enfance sous la loi du Christ, ils ont persévéré jusqu’à cette heure dans l’état de virginité, et il n’est pas de pays dans lequel je n’en pourrais signaler de semblables. » Athénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèle peu d’années après, pouvait dire à son tour : « Vous trouverez parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu’à la vieillesse dans l’état de virginité, n’ayant d’autre but que de s’unir à Dieu plus intimement. »

Clément était prédestiné à la gloire du martyre ; une sentence d’exil le relégua dans la Chersonèse, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité ; nous n’avons pas à les discuter ici. Ils racontent que Clément trouva dans cette presqu’île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés à l’exploitation des carrières de marbre, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s’explique d’elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n’ont rien qui doive surprendre. Le miracle d’une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que l’on rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l’apparition d’un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d’où l’eau va jaillit, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le symbole de l’agneau debout sur un monticule verdoyant. Au 9ème siècle, Cyrille, l’apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome (868), et l’insigne église qui, selon l’expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle, posséda de lui désormais mieux qu’un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d’antiques traditions, cette église était bâtie sur l’emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l’aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques ont permis de retrouver, sous l’abside même de la basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d’hypogée, les chambres d’une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens.

De la Lettre de Saint Clément aux Corinthiens

IX. Obéissons à la volonté de Dieu, magnifique et glorieuse, prosternons-nous en suppliant sa pitié et sa bonté, recourons à sa compassion, quittons les activités vaines, les querelles, la jalousie qui mène à la mort.

XIII. Ayons donc, ô frères, des sentiments humbles, rejetons de nous toute vantardise, toute enflure, toute déraison, tous emportements, et accomplissons les choses qui sont écrites, car le Saint-Esprit a dit : « Que le sage ne se glorifie point de sa sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de sa richesse ; mais que celui qui se glorifie, se glorifie, dans le Seigneur, de le chercher et de pratiquer le droit et la justice. » Surtout rappelons-nous les paroles que le Seigneur Jésus nous a dites pour nous enseigner l’équité et la longanimité. Il a dit en effet : « Soyez miséricordieux afin d’obtenir miséricorde, pardonnez afin d’être pardonnés ; selon que vous agissez, on agira envers vous; selon que vous donnez, on vous donnera; selon que vous jugez, on vous jugera ; selon que vous exercez la bienveillance, on l’exercera envers vous ; la mesure dont vous vous servez sera celle dont on se servira pour vous. » Par ce commandement et par ces préceptes affermissons notre marche dans l’humble soumission à ses saintes paroles.

XIV. Il est juste et saint, mes frères, d’obéir à Dieu, plutôt que de suivre dans l’arrogance et l’agitation les instigateurs d’une détestable rivalité. Car ce n’est point un léger dommage, c’est un danger grave que nous subirons, si nous nous abandonnons témérairement aux caprices de ces hommes qui se lancent dans les querelles et les séditions pour nous rendre étrangers au bien. Soyons bons les uns pour les autres, à l’exemple de notre miséricordieux et doux Créateur, car il est écrit : « Les doux habiteront la terre, les innocents y seront laissés, mais les pécheurs en seront exterminés. » Il est dit aussi : « J’ai vu l’impie exalté, élevé comme les cèdres du Liban ; j’ai passé; voyez, il n’était déjà plus; j’ai cherché sa place et ne l’ai pas trouvée. Garde l’innocence et observe la droiture : car il y a une postérité pour l’homme pacifique. »

XV. Adhérons à ceux qui cultivent pieusement la paix non à ceux qui feignent de la vouloir. Il est dit en effet quelque part : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Et puis : « Leur bouche bénissait, mais leur cœur maudissait. » Et encore : « Ils l’ont chéri de bouche et leur langue lui a menti ; leur cœur n’était pas droit avec lui et ils ne sont pas restés fidèles à son pacte. Aussi puissent-elles devenir muettes, les lèvres trompeuses qui parlent injustement contre le juste. » Il est dit également : « Puisse le Seigneur perdre toutes les lèvres trompeuses, la langue aux propos orgueilleux, ceux qui disent : Nous rendrons puissante notre langue, nos lèvres sont en notre pouvoir, qui serait notre maître ? »

XXIII. Le Père tout compatissant et bienfaisant, se sent des entrailles pour ceux qui le craignent; il répand ses grâces avec douceur et bonté sur ceux qui s’approchent de lui avec un cœur simple. Aussi, défaisons-nous de la duplicité, et que notre âme ne s’enfle point à cause de ses dons incomparables et magnifiques !

LVI. Intercédons pour ceux qui sont coupables de quelque faute, que la douceur et l’humilité leur soient accordées, afin qu’ils cèdent, non pas à nous certes, mais à la volonté de Dieu. De la sorte, le souvenir compatissant que nous avons d’eux devant Dieu et les saints, sera plein de fruit pour eux et de perfection.

Prières

Oratio

Gregem tuum, Pastor ætérne, placátus inténde : et, per beátum Cleméntem Mártyrem tuum atque Summum Pontíficem, perpétua protectióne custódi ; quem totíus Ecclésiæ præstitísti esse pastórem. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Pasteur éternel de l’Eglise, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Pape Clément votre Martyr que vous avez placé comme pasteur à la tête de l’Eglise. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Clément

Que le Créateur de l’univers conserve intact le nombre compté de ses élus dans le monde entier, par son fils bien-aimé Jésus-Christ, par qui il nous a appelés des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la pleine connaissance de la gloire de son nom, à l’espérance en ton nom, principe d’où procède toute créature.

Vous avez ouvert les yeux de nos cœurs afin qu’ils vous connaissent,
vous le seul Très-haut au plus haut des cieux,
Le Saint qui reposez au milieu des Saints,
Vous qui abaissez l’insolence des orgueilleux,
Qui déroutez les calculs des peuples,
Qui exaltez les humbles
Et qui abaissez les grands ;
Vous qui enrichissez et qui appauvrissez,
Qui tuez, et qui sauvez, et qui vivifiez,
Unique Bienfaiteur des esprits,
Et Dieu de toute chair ;
Contemplateur des abîmes,
Scrutateur des œuvres des hommes,
Secours des hommes dans les dangers
Et leur Sauveur dans le désespoir,
Créateur et Surveillant de tous les esprits !
Vous qui multipliez les peuples sur la terre
Et qui avez choisi au milieu d’eux ceux qui vous aiment
Par Jésus-Christ votre Fils bien-aimé,
Par qui vous nous avez instruits, sanctifiés, honorés.

Nous vous en prions, ô Maître !
Soyez notre secours et notre soutien,
Soyez le salut de nos opprimés,
Prenez pitié des humbles,
Relevez ceux qui sont tombés,
Montrez-vous à ceux qui sont dans le besoin,
Guérissez les malades,
Ramenez les égarés de votre peuple,
Rassasiez ceux qui ont faim,
Délivrez nos prisonniers,
Faites lever ceux qui languissent,
Consolez les pusillanimes,
Que tous les peuples reconnaissent
que vous êtes le seul Dieu,
Que Jésus-Christ est votre fils,
Que nous sommes votre peuple et les brebis de vos pâturages.

Vous, qui par vos œuvres,
Avez manifesté l’immortelle ordonnance du monde,
Vous, Seigneur, qui avez créé la terre,
Vous qui demeurez fidèle dans toutes les générations,
Juste dans vos jugements,
Admirable dans votre force et votre magnificence,
Sage dans la création,
Avisé à affermir les choses créées,
Bon dans les choses visibles,
Fidèle envers ceux qui ont confiance en vous,
Miséricordieux et compatissant,
Remettez-nous nos fautes et nos injustices,
Nos chutes et nos aberrations.
Ne comptez pas les péchés de vos serviteurs et de vos servantes,
Mais purifiez-nous par votre vérité,
Et dirigez nos pas
Pour que nous marchions dans la sainteté du cœur
Et que nous fassions ce qui est bon et agréable
À vos yeux et aux yeux de nos princes.

Oui, Maître, faites luire sur nous votre visage.
Pour (nous faire jouir) des biens en paix,
Nous protéger de votre main puissante,
Nous libérer de tout péché par votre bras très fort,
Nous sauver de ceux qui nous haïssent injustement.

Donnez la concorde et la paix,
À nous et à tous les habitants de la terre,
Comme vous l’avez donnée à nos pères
Lorsqu’ils vous invoquaient saintement dans la foi et la vérité.
Rendez-nous soumis
À votre Nom très puissant et très excellent,
À nos princes et à ceux qui nous gouvernent sur la terre.

C’est vous, maître, qui leur avez donné le pouvoir de la royauté,
Par votre magnifique et indicible puissance,
Afin que, connaissant la gloire et l’honneur que vous leur avez départis,
Nous leur soyons soumis
Et ne contredisions pas votre volonté.
Accordez-leur, Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la stabilité,
Pour qu’ils exercent sans heurt la souveraineté que vous leur avez remise.

Car c’est vous, Maître, céleste roi des siècles,
Qui donnez aux fils des hommes
Gloire, honneur, pouvoir sur les choses de la terre.
Dirigez, Seigneur, leur conseil, suivant ce qui est bien,
Suivant ce qui est agréable à vos yeux,
Afin qu’en exerçant avec piété
Dans la paix et la mansuétude,
Le pouvoir que vous leur avez donné,
Ils vous trouvent propice.

Vous seul avez la puissance de faire cela
Et de nous procurer de plus grands biens encore.
Nous vous remercions par le grand-prêtre
Et le patron de nos âmes, Jésus-Christ,
Par qui soit à vous la gloire et la grandeur,
Et maintenant
Et de génération en génération
Et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il

Antienne

Ã. Dedisti, Domine, habitaculum martyri tuo Clementi in mari, in modum templi marmorei, angelicis manibus praeparatum : iter praebens populo terræ, ut enarrent mirabilia tua.

Ã. Vous avez donné, Seigneur, une demeure dans la mer à votre Martyr Clément, à la façon d’un temple de marbre, préparé par la main des Anges : procurant passage au peuple de la terre, afin que l’on fasse récit de vos merveilles.

Antienne grégorienne “Dedisti Domine”

Antienne Dedisti Domine

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

La Punchline de Sainte Mechtilde

Ne te défie jamais de la miséricorde de Dieu,
même s’il permet à la tribulation de t’approcher ou s’il te soustrait les consolations de sa grâce.

Saints Bénédictins : Sainte Mechtilde de Hackeborn, moniale d’Helfta

Elle est, avec Sœur Mechtilde de Magdebourg (1207-1282?) et sainte Gertrude la Grande (1256-1302?), la gloire du monastère saxon de Helfta et l’un des principaux auteurs spirituels et mystiques de l’Allemagne médiévale.

Née vers 1241, elle appartenait à une des premières familles de Thuringe, et avait pour sœur aînée cette Gertrude de Hackeborn qui, en 1251, à dix-neuf ans, devint abbesse, et devait rester quarante ans en fonction. Mechtilde la rejoignit à sept ans, vers 1248. L’abbesse confia à sa cadette le soin de diriger les études, sacrées et profanes. Elle avait une réelle culture, connaissait Origène et Trajan, Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Au chœur, secondée par sainte Gertrude, elle présidait le chant. Elle aida et encouragea Sœur Mechtilde de Magdebourg, attaquée et calomniée à cause de certains propos contre les mauvais chrétiens; la Lumière de la divinité, recueil des dires de la sœur, nous donne un écho de ces propos.

Sainte Mechtilde atteignait la cinquantaine lorsqu’elle tombe malade, pour l’avent de 1290. Sa sœur l’abbesse, malade également, mourut bientôt. Dans l’émoi de sa faiblesse physique, Mechtilde livra son grand secret : les merveilles que la grâce opérait en son âme, tout ce que Dieu lui montrait… Deux sœurs notèrent ces confidences. L’une d’elle fut, semble-t-il, Gertrude la Grande. Le Hérault d’amour divin, recueil gertrudien, nomme plus d’une fois sainte Mechtilde, tandis que le volume mechtildien, le Livre de grâce spéciale, ne mentionne pas Gertrude, ce qui est, croyons-nous, un indice de la part prise par Gertrude dans la rédaction du Livre. Le crédit de Mechtilde était grand à Helfta : la nouvelle abbesse s’adressait à elle pour connaître le sort de son père défunt. Les deux rédactrices travaillèrent de 1291 à 1298 environ. Leur besogne touchait à sa fin quand Mechtilde tremble : Dieu ne serait-il pas trahi dans ces textes forcément déficients? Le Seigneur la rassura. Elle trépassa un 19 novembre, en 1298 ou 1299. La date de 1310 est moins probable.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Extraits du Livre de la grâce spéciale de Sainte Mechtilde de Hackeborn

Fidélité de la glorieuse Vierge Marie (1ère partie, ch. 44)

Une autre fois, comme elle s’accusait devant Dieu de n’avoir jamais aimé sa Mère autant qu’elle l’aurait dû, et de ne l’avoir pas assez honorée et servie, le Seigneur lui dit : « Pour réparer cette négligence, loue ma Mère de l’incomparable fidélité qu’elle m’a gardée durant sa vie, préférant en toutes ses actions ma volonté à la sienne. Exalte secondement la fidélité avec laquelle ma Mère s’est toujours trouvée présente lorsque j’avais besoin de son secours. Vois : elle a été jusqu’à ressentir en son âme tout ce que mon corps a souffert. Proclame en troisième lieu la grandeur de cette fidélité qu’elle me conserve dans le ciel, où elle travaille encore pour moi par la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes. Ses mérites ont ramené d’innombrables pécheurs ; des âmes que ma justice équitable destinait aux peines éternelles en ont été sauvées par sa miséricorde ; d’autres ont été retirées des feux du purgatoire. »

Du jardin et des arbres des vertus (3ème partie, ch. 50)

Une fois, après s’être confessée et avoir accompli sa pénitence, elle pria la glorieuse Vierge d’intercéder pour elle auprès du Seigneur. Il lui parut alors que la Vierge Marie la conduisait-elle même dans un jardin délicieux, planté de beaux arbres, transparents et brillants comme le cristal qui reflète le soleil. Elle demanda à être conduite vers l’arbre de la miséricorde, dont Adam avait été privé si longtemps. Or cet arbre immense, aux rameaux élevés, avait ses racines dans un sol d’or, ses fleurs et ses fruits étaient d’or, et trois ruisseaux prenaient en lui leur source. Le premier était destiné à purifier, le second à polir, le troisième à désaltérer. Sous cet arbre était prosternée la bienheureuse Marie-Madeleine, et auprès d’elle Zachée, agenouillé, adorait Dieu. Elle se prosterna entre ces deux personnages, pour adorer aussi et demander pardon.

Elle vit ensuite un bel arbre dont la hauteur signifiait la longue patience de Dieu. Ses feuilles étaient d’argent ; et ses fruits rouges, renfermés dans une écorce dure et amère, ressemblaient à une amande très douce. Il y avait aussi là un arbre assez bas pour être à la portée de toutes les mains ; sous le souffle de l’auster, il s’inclinait vers tous les hommes et figurait ainsi la mansuétude du Seigneur. II ne portait point de fruits, parce que ses feuilles, d’un vert plus accentué que celles des autres arbres, possédaient la même vertu que les fruits.

Elle vit alors un arbre d’un aspect attrayant, délicieux, semblable au pur cristal. Ses feuilles d’or portaient toutes un anneau incrusté, et ses fruits, couleur de neige, étaient aussi agréables au toucher qu’au goût. Il signifiait la très brillante pureté de la nature divine que le Seigneur désire communiquer à tous. Cet arbre s’entrouvrit, et le Seigneur y entra, s’unissant à cette âme dans une intimité qui lui sembla réaliser cette parole du Psaume : « Je l’ai dit : vous êtes des dieux » (Ps. 71, 6). Sous cet arbre germait la rose, la violette, le crocus, l’herbe appelée benoîte. Le Seigneur prenait ses délices parmi ces fleurs, c’est-à-dire dans la charité, l’humilité, l’abaissement, et l’action de grâces qui tient la créature prête à dire en tout ce qui lui advient : « Béni soit le nom du Seigneur, » et à remercier et bénir Dieu en tout temps.

Du libre arbitre de l’homme (4ème partie, ch. 20)

Elle vit un jour le Seigneur Jésus ; en face de lui, un homme se tenait debout. Dans le Cœur divin elle aperçut une roue qui tournait sans cesse et une longue corde qui se dirigeait vers le cœur de l’homme, où il y avait aussi une roue en mouvement. Cet homme figurait tous les humains, et la roue signifiait que Dieu a communiqué de son libre arbitre aux hommes, la libre volonté de se tourner vers le bien et vers le mal. La corde, c’est la volonté de Dieu, qui attire toujours au bien et non au mal. Cette corde va donc du cœur de Dieu à celui de l’homme ; et plus la roue tourne rapidement, plus l’homme se rapproche de Dieu. Mais si la créature choisit le mal, la roue se met aussitôt à tourner en sens inverse et l’homme s’éloigne de Dieu. S il persévère dans le mal jusqu’à sa mort, la corde se rompt et il tombe dans la damnation éternelle. S’il se relève par la pénitence, Dieu, qui est toujours prêt à pardonner, le reçoit de nouveau en sa grâce ; la roue tourne alors dans le même sens qu’auparavant, et l’homme recommence à se rapprocher de Dieu.

Prières

Prières de Sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1298)

Ô mon Unique, je vous offre mon cœur comme une rose printanière ; que sa grâce, tout le jour, charme vos yeux, que son parfum ravisse votre Cœur divin. Je vous offre mon cœur, pour que vous en usiez comme d’une coupe, où vous pourrez goûter votre propre douceur en tout ce que vous daigneriez opérer en moi pendant cette journée. Je vous offre mon cœur comme une grenade exquise, digne de votre table royale. Veuillez le prendre entièrement et que lui-même, à son tour, se délecte en vous seul. Faites, je vous en supplie, qu’aujourd’hui toutes mes pensées, toutes mes paroles, toutes mes actions et ma volonté même se règlent sur le bon plaisir de votre bénigne volonté. Ainsi soit-il.

À l’occasion d’une grâce

Seigneur, je vous offre cette épreuve (cette joie, ce succès…) à votre éternelle louange et gloire, vous priant, si elle ne vient pas de vous, qu’elle ne me soit plus accordée, car, Seigneur, à cause de vous, je préférerais me voir privé de toute douceur et consolation.

Dans l’épreuve

Seigneur, je vous offre mon cœur et ma volonté, et je suis prêt à supporter de bonne grâce, pour votre amour, non seulement ce qui m’arrive présentement, mais toute adversité qui pourrait survenir.

Antienne

Ã. Ad dandam scientiam plebi tuae, Domine, in remissionem peccatorum eorum.​

Ã. Afin de donner connaissance à votre peuple, Seigneur, pour la rémission de leurs péchés.​

Antienne grégorienne “Ad dandam scientiam"

Antienne Ad dandam scientiam