Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Annonces

Mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 décembre : jours de jeûne et d’abstinence pour les Quatre-Temps.
En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Dom Delatte

Aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre.

Commentaire de l’épître du jour (Phil 4, 4-9) par Dom Paul Delatte

D’après le Docteur Angélique la joie vient ou d’un bonheur possédé par nous, ou d’un bonheur assuré à ce que nous aimons. En effet, aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre. Et Dieu étant avec nous, et Dieu étant heureux, la joie doit être au centre même de toute vie chrétienne. Elle est assurée si nous prenons notre foi au sérieux. La joie n’est pas une vertu, parce qu’elle n’est pas une disposition directement opérative ; mais elle est l’atmosphère de la vertu, l’indice, le fruit, la cause, la mesure, la condition de la charité. Elle en est aussi le rayonnement comme elle est le premier fruit de l’Esprit. Aucun précepte, plus que ce précepte de la joie qui vient de la charité, n’était de nature à effacer toutes les dissonances qui affligeaient la communauté de Philippes : mais le précepte de la joie va plus loin, et dessine une attitude de la vie chrétienne. La joie est la condition de tout bien. Nous l’avons dit déjà, nous ne sommes fidèles, nous ne sommes aimants, nous ne sommes délicats, nous ne sommes reconnaissants, nous ne sommes persévérants que dans la joie. Nous puisons la joie aux sources mêmes de la vie chrétienne. Une religion se traduit par le caractère de ses préceptes. Et en même temps qu’il révèle toute la religion, le précepte de la joie révèle Dieu, comme le précepte de l’abnégation, comme le précepte de la paix, comme le précepte de la prière, comme le précepte de la charité : en même temps qu’ils sont la norme de notre vie, tous ces éléments nous définissent la religion, et Dieu même. Dieu seul et le christianisme prescrivent la joie, parce que seuls ils la motivent.

Mais nous n’avons pas le droit de nous écarter du texte. Le Seigneur avait dit déjà : Nolite fieri sicut hypocritae, tristes. On ne sert pas Dieu avec un air maussade. L’Apôtre ajoute : Réjouissez-vous. C’est l’objet du précepte : la joie ; puis la qualité de cette joie, son motif : Réjouissez-vous dans le Seigneur. Quand faut-il se réjouir ? Toujours. Et après, que faut-il faire ? Il semble qu’après avoir prescrit la joie, il y avait place pour un autre devoir et une autre prescription; mais l’Apôtre a foi dans la suffisance de la joie seule : Je vous le dis de nouveau : réjouissez-vous. Cela suffit. Lorsque l’âme est joyeuse, elle est bienveillante aussi. La charité s’exerce spontanément et d’elle-même. Même elle est contagieuse, la joie. Ceux qui ont de la joie en donnent tout autour d’eux. Il n’y a plus alors de dissidences possibles. S’il en est autrement, le bruit des discussions s’entend à l’extérieur, et crée contre nous un préjugé ; les païens se disent alors : Ils nous ressemblent, ils ont leurs divisions et leurs rivalités, eux aussi. Qu’un sage esprit de mesure et de douceur, répandu sur toute notre vie, se laisse donc apercevoir de tous les hommes. L’effacement de l’égoïsme, la charité mutuelle sont un motif de crédibilité, les âmes vont si volontiers là où on s’aime. Mais le motif de cette douceur et de cette mesure est plus profond que l’édification elle-même : le Seigneur est proche. Il est tout près. Il est intime. Il vit en nous. Nous vivons dans un sanctuaire vivant et incréé, où les attitudes et les mouvements doivent être mesurés et définis par le respect.

N’ayez pas l’âme divisée par des soucis et des inquiétudes, par toutes les anxiétés ou préoccupations du lendemain (Mt 6, 25). En toute chose, nous dit l’Apôtre, en toute circonstance, que vos prières et vos demandes exposent à Dieu vos besoins : et que votre prière soit toujours mêlée de reconnaissance pour les bienfaits obtenus. Ainsi votre âme cessera d’être partagée et déchirée par des soucis que vous aurez confiés à Dieu. Ainsi au milieu même des épreuves et des anxiétés d’ici-bas, la paix de Dieu régnera sur toute votre vie, la paix qui surpasse tout sentiment.

Peut-être le commentaire, d’ailleurs très vrai et très aimable, habituellement donné à ce passage trahit-il quelque peu le sens littéral. La pensée de l’Apôtre nous semble celle-ci : en face des problèmes qui s’offrent à nous, notre premier mouvement, et il est très légitime, est de faire appel aux ressources de notre esprit pratique, d’étudier les voies, moyens et combinaisons qui pourront nous tirer d’affaire. Sans blâmer aucunement cette disposition naturelle, et de peur qu’elle ne devienne naturaliste, l’Apôtre nous avertit qu’il y a quelque chose qui l’emporte sur la sagesse de nos réflexions et sur nos combinaisons les plus profondes : c’est le repos en Dieu, l’attachement à Dieu, en un mot la paix de Dieu.

Ayons donc moins confiance en nous qu’en elle. C’est elle qui gardera nos cœurs et nos pensées à l’abri de l’anxiété, et formera autour de notre vie comme une sorte de clôture divine d’où nous ne sortirons jamais. Nous y sommes avec Dieu. C’est parce qu’il craint d’oublier un conseil utile à ses chers Philippiens que l’Apôtre résume rapidement (8 et 9) tout l’ensemble pratique des devoirs du christianisme toujours menacés dans les divisions, petites et grandes : Que tout ce qui est vrai et saint, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est aimable et digne d’éloges, tout ce qui est vertu et objet de louange, soit l’objet habituel de vos pensées. Et si ce programme abstrait vous semble trop peu précis, songez à tout ce que vous avez appris et reçu de moi, à tout ce que votre souvenir vous rappellera de mes paroles et de mes actes ; mettez-le en pratique, et le Dieu de la paix, de cette paix chrétienne un instant menacée, sera toujours avec vous.

Saint Lucie, Vierge et Martyre († ca 304) : leçons des Matines

Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »

Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » À ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Prières

Oratio

Aurem tuam, quǽsumus, Dómine, précibus nostris accómmoda : et mentis nostræ ténebras, grátia tuæ visitatiónis illústra : Qui vivis.

Oraison

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Oratio

Exáudi nos, Deus, salutáris noster : ut, sicut de beátæ Lúciæ Vírginis tuæ festivitáte gaudémus ; ita piæ devotiónis erudiámur affectu. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. Ô lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Iuste et pie vivamus exspectantes beatam spem et adventum Domini.
Ã. Vivons avec justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

Antienne grégorienne “Iuste et pie”

Antienne Iuste et pie
Ã. Tanto pondere eam fixit Spiritus Sanctus ut virgo Domini immobilis permaneret.
Ã. L’Esprit-Saint rendit Lucie si pesante, que la Vierge du Seigneur demeura sans pouvoir être déplacée.

Antienne grégorienne “Tanto pondere”

Antienne Tanto pondere

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Annonces

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La Punchline de Saint Ambroise

En vérité, il est juste d’appeler courageux celui qui se vainc soi-même, contient la colère, n’est amolli et fléchi par aucune séduction, n’est pas troublé par l’adversité, n’est pas exalté par la prospérité, et n’est pas entraîné par le tourbillon du changement et de la variété des choses.

Saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l’Église (340-397)

Ambroise, Évêque de Milan, fils d’Ambroise citoyen romain, vint au monde tandis que son père était préfet des Gaules. On dit qu’en son enfance un essaim d’abeilles se posa sur ses lèvres : présage de la divine éloquence qu’il devait montrer un jour. On l’instruisit dans les arts libéraux, et bientôt le préfet Probus le préposa au gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Il se rendit à Milan par l’ordre du même Probus, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension touchant le choix de son successeur. Ambroise se rendit donc à l’église selon le devoir de sa charge, pour calmer la sédition. Quand il eut, à cette fin, parlé avec éloquence de la paix et de la tranquillité publique, un enfant s’écria tout à coup : « Ambroise Évêque ! » Tout le peuple répéta cette acclamation, demandant Ambroise pour son Évêque.

Comme Ambroise refusait d’accepter et résistait aux prières de la multitude, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir qu’on demandait pour le sacerdoce ceux qu’il avait choisis pour magistrats. Cette élection ne satisfit pas moins le préfet Probus qui, au départ d’Ambroise pour Milan, lui avait dit comme par inspiration divine : « Allez et agissez, non pas en juge mais en Évêque. » La volonté impériale s’accordant avec le désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était encore catéchumène), initié aux mystères sacrés, et, ayant passé par tous les degrés des Ordres de l’Église, il reçut la charge épiscopale huit jours après son élection, le sept des ides de décembre. Devenu Évêque, il défendit résolument la foi catholique et la discipline ecclésiastique, convertit à la vraie foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, et parmi ceux-ci il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, cette lumière éclatante de l’Église.

Quand l’empereur Gratien eut été tué, Ambroise se rendit deux fois en députation auprès de Maxime, son meurtrier ; mais celui-ci refusant de faire pénitence, il cessa toute relation avec lui. Il interdit à l’empereur Théodose l’entrée de l’église, à cause du massacre des Thessaloniciens ; comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans sa pénitence. » C’est pourquoi Théodose accomplit humblement la pénitence publique que lui avait imposée Ambroise. Le saint Évêque s’étant donc acquitté de sa charge en multipliant pour l’Église de Dieu ses travaux et ses soins, et ayant écrit beaucoup de livres remarquables, prédit le jour de sa mort, avant de tomber malade. Honorat, Évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut auprès de lui, et lui donna le corps sacré du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, pria, les mains étendues en forme de croix, puis il rendit son âme à Dieu. C’était la veille des nones d’avril, l’an de Jésus-Christ trois cent quatre-vingt-dix-sept.

Sur la Virginité de Marie (Lc 1, 26) : commentaire de Saint Ambroise

« En ce même temps l’ange Gabriel fut envoyé par le Seigneur dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge qu’avait épousée un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et la vierge se nommait Marie. » Sans doute les mystères divins sont cachés et, comme l’a dit le prophète, il n’est pas facile à l’homme, quel qu’il soit, d’arriver à connaître les desseins de Dieu (Is 40, 13). Pourtant l’ensemble des actions et des enseignements de notre Seigneur et Sauveur nous donne à entendre qu’un dessein bien arrêté a fait choisir de préférence, pour enfanter le Seigneur, celle qui avait épousé un homme. Mais pourquoi ne fut-elle pas rendue mère avant ses épousailles ? Peut-être pour qu’on ne pût dire qu’elle avait conçu dans l’adultère. Et l’Écriture, fort à propos, a indiqué ces deux choses ; elle était épouse et vierge ; vierge, ce qui la montre exempte de tout rapport avec un homme ; épouse, pour soustraire au stigmate infamant d’une virginité perdue celle dont la grossesse eût semblé manifester la déchéance. Et le Seigneur a mieux aimé laisser certains mettre en doute son origine plutôt que la pureté de sa Mère : il savait combien délicat est l’honneur d’une vierge, combien fragile son renom de pureté ; et il n’a pas jugé à propos d’établir la vérité de son origine aux dépens de sa Mère. Ainsi fut préservée la virginité de sainte Marie, sans détriment pour sa pureté, sans atteinte à sa réputation ; car les saints doivent avoir bonne réputation même auprès des gens du dehors (1 Tim 3, 7), et il ne convenait pas de laisser aux vierges dont la conduite est en fâcheux renom le couvert et l’excuse de voir diffamée jusqu’à la Mère du Seigneur. Puis, que reprocher aux Juifs, à Hérode, s’ils avaient semblé poursuivre l’enfant d’un adultère ? Et comment lui-même eut-il dit : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17), s’il avait paru commencer par une atteinte à la Loi, puisque l’enfantement hors mariage est condamné par la Loi ? Mieux encore, la pureté trouve un témoin de toute sûreté : un mari, en mesure et de ressentir l’injure et de venger l’affront, s’il n’avait reconnu un mystère. Ajoutons encore que cela donne plus de crédit aux paroles de Marie et lui épargne tout sujet de mentir : car elle eût semblé vouloir couvrir sa faute par un mensonge, si sans mariage elle eût été enceinte ; elle aurait eu sujet de mentir, n’étant pas épouse ; épouse, elle n’en avait pas, puisque la récompense du mariage et le bienfait des noces, c’est, pour les femmes, la fécondité.

Autre raison, qui n’est pas négligeable : la virginité de Marie devait tromper le prince du monde, qui, la voyant unie à un époux, n’a pu se méfier de son enfantement. Qu’il y ait eu intention de tromper le prince du monde, les paroles mêmes du Seigneur le proclament, quand il commande aux Apôtres de ne pas parler du Christ (Mt 16, 20), interdit à ceux qu’il guérit de publier leur guérison (Mt 8, 4), ordonne aux démons de ne point parler du Fils de Dieu (Lc 4, 35). Qu’il y ait eu, comme je l’ai dit, intention de tromper le prince du monde, l’Apôtre à son tour l’a proclamé : « Nous prêchons, dit-il, la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, que nul des princes de ce monde n’a connue ; car, s’ils l’avaient connue, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté » (1 Cor 2, 7 sqq.) : autrement dit, jamais ils n’auraient fait que je sois racheté par la mort du Seigneur. Il l’a donc trompé pour nous, il l’a trompé pour le vaincre ; il a trompé le diable quand celui-ci le tentait, quand il le priait, quand il l’appelait Fils de Dieu, ne convenant jamais de sa propre divinité. Pourtant il a plus encore trompé le prince de ce monde : car le diable, malgré un moment d’incertitude, quand il disait : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Mt 4, 6), a du moins fini par le reconnaître et s’est retiré de lui ; les démons aussi l’ont connu, puisqu’ils disaient : « Nous savons qui tu es, Jésus, le Fils de Dieu ; pourquoi es-tu venu avant le temps nous torturer ? » (Mt 8, 29) ; et ils ont reconnu sa venue précisément parce qu’ils savaient d’avance qu’il viendrait. Mais les princes de ce monde ne l’ont pas connu ; quelle meilleure preuve pouvons-nous alléguer que le texte de l’Apôtre : « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté ? » En effet, la malice des démons arrive à pénétrer même les choses cachées, mais ceux qu’absorbent les vanités du monde ne sauraient connaître les choses de Dieu.

Il y a eu répartition heureuse entre les évangélistes. S. Matthieu nous montre Joseph averti par l’ange de ne pas renvoyer Marie, l’évangéliste Luc témoigne par ailleurs qu’ils ne s’étaient pas unis (Lc 1, 27) et Marie elle-même le reconnaît ici, quand elle dit à l’ange : « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » mais de plus S. Luc même la proclame vierge en disant : « Et la vierge se nommait Marie », et le prophète nous l’avait appris par ces paroles : « Voici qu’une vierge va concevoir » (Is 7, 14) ; Joseph aussi l’a montré, puisque, voyant la grossesse de celle qu’il n’avait pas connue, il s’apprêtait à la congédier ; et le Seigneur lui-même, sur la croix, l’a rendu manifeste en disant à sa Mère : « Femme, voici votre fils », puis au disciple : « Voici votre mère » ; même l’un et l’autre, le disciple et la mère, en sont témoins, puisqu’ « à partir de cette heure le disciple la prit chez lui» (Io 19, 26 sqq.). S’il y avait eu union, jamais à coup sûr elle n’eût quitté son époux, et cet homme juste n’aurait pas souffert qu’elle s’éloignât. Comment d’ailleurs le Seigneur aurait-il prescrit ce divorce, ayant lui-même prononcé que nul ne doit répudier son épouse sauf le cas de fornication ?

Quant à S. Matthieu, il montre bien ce que doit faire un juste qui constate la faute de son épouse, pour se garder innocent d’un homicide, pur d’un adultère ; car « qui s’unit à une débauchée n’est qu’un corps avec elle» (1 Cor 6, 16). Ainsi, en toute circonstance, Joseph garde le mérite et fait figure de juste, ce qui relève son témoignage ; car la bouche du juste ignore le mensonge et sa langue parle justice, son jugement profère la vérité.

Ne soyez pas ému si l’Écriture l’appelle souvent épouse : elle n’exprime pas la perte de sa virginité, mais témoigne des épousailles et de la célébration des noces ; aussi bien nul ne répudie celle qu’il n’a pas prise pour épouse : donc vouloir la répudier, c’est reconnaître qu’il l’avait épousée. Il ne faut pas davantage s’émouvoir des paroles de l’évangéliste : « il n’eut pas de rapports avec elle jusqu’à ce qu’elle mit au monde un fils » (Mt 1, 25). Ou bien c’est là une locution scripturaire que vous rencontrez ailleurs : « Jusqu’à votre vieillesse, je suis » (Is 46, 4) ; est-ce qu’après leur vieillesse Dieu a cessé d’être ? Et dans le psaume : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds » (Ps. 109, 1) ; serait-ce qu’après cela il ne sera plus assis ? Ou bien encore, c’est qu’en plaidant une cause on estime suffisant de dire ce qui a trait à la cause et on ne s’enquiert pas du surplus ; il suffit en effet de traiter la cause dont on s’est chargé, en ajournant l’incident. Ayant donc entrepris de montrer que le mystère de l’Incarnation fut exempt de tout commerce charnel, on n’a pas cru devoir pousser plus loin l’attestation de la virginité de Marie, pour ne point sembler défendre la Vierge plus qu’affirmer le mystère. Certes, en nous apprenant que Joseph était juste, on indique suffisamment qu’il n’a pu profaner le Temple de l’Esprit Saint, la Mère du Seigneur, le sein consacré par le mystère.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Ambrósium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez accordé à votre peuple le bienheureux Ambroise pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui fut sur cette terre Docteur de la vie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Guéranger (1805-1875) à Saint Ambroise

Nous vous louerons, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël ; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Épouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ambrosi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Ã. Ecce rex veniet Dominus terræ et ipse auferet iugum captivitatis nostræ.

Ã. Voici venir le Roi, le Seigneur de la terre, et lui-même ôtera le joug de notre captivité.

Antienne grégorienne “Ecce Rex veniet"

Antienne Ecce Rex veniet

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Annonces

Demain, lundi 7 décembre : jour de jeûne et d’abstinence pour la Vigile de l’Immaculée Conception.

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Saint Alphonse

Prenez l’habitude de vous entretenir seul à seul avec Dieu, familièrement, avec confiance et amour, comme avec l’ami le plus cher que vous ayez, et le plus affectueux.

Sermon

Message de Saint Jean-Baptiste au Christ (Mt 11, 2-6) : commentaire de Dom Delatte

Depuis de longs mois, saint Jean-Baptiste était incarcéré à Machéronte. Hérode Antipas lui témoignait quelque déférence et s’entretenait avec lui volontiers (Mc 6, 20). La captivité de Jean n’était pas tellement rigoureuse que ses disciples n’eussent accès auprès de lui. Ils lui racontèrent ce qui se passait dans la Galilée : comment Jésus de Nazareth accomplissait de grands prodiges, entraînait des foules à sa suite, accueillait les pécheurs, faisait bon marché de la casuistique des pharisiens et entrait en conflit avec eux. Les récits qui passent par beaucoup de bouches se teignent, en chemin, des dispositions variées de chacun et, finalement, sont de moins en moins d’accord avec la réalité. N’oublions pas les sentiments de rivalité qui animaient certains disciples de Jean à l’égard des disciples du Seigneur, et un peu à l’égard du Seigneur lui-même (Io 3, 25-26) ; ces dispositions n’avaient pu que s’accentuer après l’emprisonnement du Précurseur. On conçoit bien que les rapports qui parvenaient à celui-ci fussent très divers. Quoi qu’il en soit, saint Jean manda un jour deux de ses disciples et les députa vers Jésus, avec mission de lui demander : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

La question est reproduite dans les mêmes termes par les deux évangélistes. Elle crée une difficulté réelle et les solutions sont diverses. Écartons d’abord celle de Tertullien, pour qui la foi de saint Jean-Baptiste aurait subi une réelle éclipse, par soustraction de la lumière du Saint-Esprit. Si Jean-Baptiste n’avait pas cru au Seigneur, il ne lui aurait pas envoyé d’ambassade ; il eût été puéril d’aller demander à un homme de qui l’on doute un témoignage sur son propre cas ! Et quelle démonstration aurait pu convaincre celui que ni la voix céleste, ni la vue de la colombe, ni la parole intérieure n’avaient pu persuader ? — L’explication qui a rallié le plus de suffrages, et celui notamment de saint Jean Chrysostome, veut que l’intention de saint Jean ait été d’éclairer ses disciples, et non lui-même ; de rendre ainsi sous une forme détournée un nouveau témoignage au Seigneur. Ils étaient étonnés, scandalisés, et ne reconnaissaient point en Jésus le signalement du Messie. « Allez donc le voir, aurait dit saint Jean, rendez-vous compte par vous-mêmes, et demandez-lui la lumière. » Mais ici encore le texte de l’évangile semble contraire : c’est bien de Jean-Baptiste que vient la question, c’est à lui que la réponse est adressée. D’ailleurs, étant donné l’état d’esprit des disciples de Jean, son autorité était plus efficace que toute autre pour les convaincre.

Cherchons encore. Sans doute, la foi de saint Jean demeure intacte ; il ne peut démentir, lui, le saint incomparable, l’acte de foi si complet qui a commencé son ministère ; mais il est encore un homme. Il touche à la fin de sa vie : c’est l’heure des tentations suprêmes, de celles qui éprouvent et couronnent la sainteté. Il advient parfois aux meilleurs ouvriers de Dieu d’être visités, vers la dernière heure de leur vie, par une tentation redoutable : une sorte de vision du néant : « Si je m’étais trompé! Si ma vie était vaine! S’il n’y avait ni Dieu, ni âme, ni éternité… » Ainsi leur est demandé un acte de foi qui scelle définitivement leur persévérance et leur fidélité. Or, la captivité de Jean-Baptiste se prolonge; le roi impudique auquel il a rappelé la loi divine n’a pas obéi à ses réclamations ; celui-là même dont il connaît bien et la personne et la mission, cet Agneau de Dieu qu’il a désigné du doigt comme étant le Sauveur d’Israël, pourquoi tarde-t-il? pourquoi s’est-il retiré dans l’obscurité de la Galilée? pourquoi consent-il à entrer dans toutes ces contestations avec la Synagogue, au lieu de fonder le Royaume de Dieu?… Ce ne serait qu’une tentation, très compatible avec la fidélité profonde du Précurseur. Et la preuve de cette fidélité demeure impliquée dans la démarche même qu’il provoque : il s’adresse directement au Seigneur, à celui-là seul qui peut dissiper les ombres et à qui l’âme de Jean est attachée pour l’éternité. Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas éprouvé quelque chose de cette angoisse dernière : « Maintenant, mon âme est troublée ; et que dirai-je? Père, sauvez- moi de cette heure » (Io 12, 27). Et dans son agonie, il disait : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26, 39) : il savait bien, pourtant, que le programme de son Père et le sien exigeaient son sang et sa mort. Dans le cas de saint Jean-Baptiste, il s’agit moins, peut-être, d’une tentation que d’une pieuse impatience, d’un vif désir de voir en lui la vraie lumière se donner au monde : « Pourquoi ne venez-vous pas au plus tôt? Pourquoi cette lenteur et cette discrétion calculées? Devons-nous donc espérer en un autre qu’en vous? » Ce qui signifie : Vous êtes l’unique Sauveur et Seigneur, les âmes vous attendent : Veni, Domine Jesu !

Les disciples de saint Jean viennent donc au Seigneur et s’acquittent fidèlement de leur message : « Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, et vous demande : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Et le Seigneur commence par leur donner une leçon de choses. À l’heure même, il multiplie les miracles et les bienfaits ; il guérit les malades et les infirmes, chasse les esprits mauvais ; à nombre d’aveugles il rend la vue. Puis, s‘adressant aux deux disciples : « Allez, leur dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux humbles. » Tout cela était l’accomplissement d’une prophétie d’Isaïe (35, 5-6). Les temps messianiques sont donc ouverts. Et ce qui est surtout caractéristique, ce qui est l’œuvre spéciale du Messie, c’est la sollicitude qu’il témoigne aux petits, aux humbles, aux méprisés, à ceux dont la vie ne compte que devant Dieu : Pauperes evangelizantur (cf. Is 61, 1). Les disciples de saint Jean, sinon saint Jean lui-même, peuvent trouver, dans cette réponse aimable et symbolique, la solution de toutes leurs difficultés. Non, le Messie n’est pas éloigné ; non, il ne faut pas attendre un autre Sauveur que Jésus de Nazareth ; non, l’Agneau ne se dérobe pas à sa mission, il poursuit doucement la longue série de miracles et d’enseignements qui doit lui concilier les âmes de bonne volonté. Mais il en est qui ne consentiront point à l’accueillir, et qui, trompés par leur fausse conception du Messie, trouveront occasion de ruine dans cela même qui était ménagé pour leur salut. « Heureux, dit le Seigneur, celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Voyons dans cette remarque non pas une leçon voilée à l’adresse du Précurseur, mais plutôt une allusion à tous ceux pour qui Jésus sera « une pierre d’achoppement » et de scandale, à la Synagogue notamment.

Saint Nicolas de Myre, évêque et confesseur († ca 350) : leçons des Matines

Nicolas naquit d’une famille illustre, à Patara, ville de Lycie. Ses parents avaient obtenu de Dieu cet enfant par leurs prières. Dès le berceau il fit présager l’éminente sainteté qu’il devait faire paraître dans la suite. On le vit, en effet, les mercredis et vendredis ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fît fréquemment les autres jours. Il conserva toute sa vie l’habitude de jeûner la quatrième et la sixième férie. Orphelin dès l’adolescence, il distribua ses biens aux pauvres. On raconte de lui ce bel exemple de charité chrétienne : un indigent, ne parvenant point à marier ses trois filles, pensait a les abandonner au vice ; Nicolas l’ayant su jeta, la nuit, par une fenêtre, dans la maison de cet homme, autant d’argent qu’il en fallait pour doter une de ces jeunes filles. Ayant réitéré une seconde et une troisième fois cet acte de générosité, toutes trouvèrent d’honorables partis.

Le Saint s’étant entièrement consacré à Dieu, partit pour la Palestine, afin de visiter et de vénérer les lieux saints. Durant son voyage, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer tranquille, l’approche d’une horrible tempête. Elle s’éleva bientôt, et tous les passagers coururent un grand danger : mais il l’apaisa miraculeusement par ses prières. De retour dans sa patrie, il donna à tous les exemples d’une grande sainteté ; et, par un avertissement de Dieu, il se rendit à Myre, métropole de la Lycie. Cette ville venait de perdre son Évêque, et tous les Évêques de la province étaient rassemblés afin de pourvoir à l’élection d’un successeur. Pendant leur délibération ils furent divinement avertis de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et se nommerait Nicolas. Cet ordre du ciel fut exécuté, et Nicolas, trouvé à la porte de l’église, fut créé Évêque de Myre à la grande satisfaction de tous. Durant son épiscopat on vit constamment briller en lui la chasteté, qu’il avait toujours gardée, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité et l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Il ne cessa d’assister les veuves et les orphelins de ses aumônes, de ses conseils et de ses services, il s’employa avec tant d’ardeur à soulager les opprimés, que trois tribuns, condamnés sur une calomnie par l’empereur Constantin, encouragés par le bruit des miracles du Saint, s’étant recommandés à lui dans leurs prières, malgré la distance, Nicolas, encore vivant, apparut à l’empereur avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites impériaux, emmené au loin et jeté en prison. Il y resta jusqu’à l’avènement de l’empereur Constantin, par l’ordre duquel il fut délivré de captivité, revint à Myre, puis se rendit au concile de Nicée, et, avec les trois cent dix-huit Pères de cette assemblée, y condamna l’hérésie arienne. De Nicée, il retourna dans sa ville épiscopale, où, peu de temps après, il sentit sa mort approcher ; élevant les yeux au ciel il vit les Anges venir à sa rencontre, et commença le Psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré. » Arrivé à ce verset : « En vos mains, je remets mon âme », il s’en alla dans la patrie céleste. Son corps fut transporté à Bari dans les Pouilles, où il est honoré par une grande affluence de peuple et avec la plus profonde vénération.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum.

Oraison

Excitez, Seigneur, nos cœurs pour préparer la route à votre Fils unique, afin que sa venue nous permette de vous servir avec une âme plus pure.

Oratio

Deus, qui beátum Nicoláum Pontíficem innúmeris decorásti miráculis : tríbue, quæsumus ; ut eius méritis et précibus a gehénnæ incéndiis liberémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez rendu illustre par d’innombrables miracles, le bienheureux Pontife Nicolas, accordez-nous, s’il vous plaît, par ses mérites et ses prières d’être préservés des feux de l’enfer.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Venez, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais daignez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâtissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : « Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. » Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : « Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus ! »

Prière d’Adam de Saint-Victor († vers 1140) à Saint Nicolas

Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire. Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ; cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse. Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ; et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ecce in nubibus cæli Dominus veniet cum potestate magna, alleluia.

Ã. Voici que dans les nuées du ciel le Seigneur viendra avec une grande puissance, alleluia.

Antienne grégorienne “Ecce in nubibus”

Antienne Ecce in nubibus

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

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Bossuet sur la Règle de Saint Benoît

Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien.

Le culte de Saint Benoît

Le culte rendu à saint Benoît eut d’abord un caractère privé et domestique. La catastrophe de 580 et la destruction du monastère par les barbares avec l’évasion des religieux ajoutèrent à la gloire du fondateur du Mont-Cassin, en réalisant à la lettre ce qu’il avait annoncé. Ce fut pour saint Grégoire le Grand l’occasion de glorifier celui qu’il appela « l’homme de Dieu, le serviteur du Christ, rempli de l’esprit de tous les justes » : sorte de canonisation anticipée. Cependant le nom n’était pas encore entré dans les martyrologes : il fallut, pour franchir cette étape, un fait important qui a donné lieu à de longues contestations, savoir :

1°. La translation des reliques. — Tradition de France. — Vers le milieu du 7ème siècle fut fondé non loin d’Orléans le monastère de Fleury-sur-Loire. Un de ses premiers abbés, apprenant l’état de ruines où se trouvait le Mont-Cassin après la destruction par les Lombards, et sachant que dans leur fuite, les religieux n’avaient pu emporter les corps de Benoît et de Scholastique, conçut le projet d’enlever ces deux corps ; à son entreprise se trouva mêlé le diocèse du Mans. En 703, un religieux prêtre, avec quelques moines de Fleury, partit en pèlerinage et fut rejoint par une députation de l’évêque du Mans. Ils arrivèrent sans encombre au pied du Mont-Cassin, puis montèrent jusqu’aux ruines. Après des prières, des jeûnes et des veilles, ils découvrirent l’emplacement de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste où reposaient les deux corps. Le terrain déblayé en grande hâte et la dalle funéraire brisée, ils se trouvèrent en face des deux corps dont les ossements furent mis à part, enveloppés soigneusement dans des linceuls. Le retour s’opéra heureux et rapide : le 4 décembre, les deux corps furent solennellement reçus à l’abbaye de Fleury-sur-Loire. Le trésor fut déposé dans l’église de Saint-Pierre : on décida d’aménager une sépulture plus noble dans l’église Sainte-Marie. Le corps de sainte Scholastique fut remis aux députés du Mans ; celui de saint Benoît fut solennellement transféré le 11 juillet. Pendant cinquante ans, l’abbaye de Fleury s’abstint d’ébruiter l’événement : le moine de Lorsch, qui écrivit la première chronique de son abbaye, inscrivit comme première date, l’an 703 pour la première translation de saint Benoît du Mont-Cassin à Fleury-sur-Loire.

Au Mont-Cassin, le pape Grégoire II voulant entreprendre la restauration, trouva pour cette tâche Pétronax de Brescia qui partit de Rome avec quelques moines du Latran. Ce Pétronax soutenu par Grégoire II, puis par Zacharie put relever l’église de Saint-Martin, puis construire une église dite de Saint-Benoît en place de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste : les restes de saint Benoît ne furent point retrouvés. Sollicité par l’abbé Optat, le pape Zacharie (vers 750) adresse aux évêques francs une lettre demandant la restitution des reliques de saint Benoît. Par une transaction, les moines de Fleury cédèrent quelques ossements ; le corps de saint Benoît resta à Fleury.

Ce récit a été contesté par les moines du Mont-Cassin. Mais dom L’Huillier (Le patriarche saint Benoît, appendice V) résume les arguments en sa faveur. Ce sont quatre faits d’histoire bien avérés : a) Durant cinq siècles, la fête de la translation de saint Benoît s’est trouvée admise universellement dans l’Europe chrétienne. Le Mont-Cassin a imaginé d’y substituer la fête du patronage de saint Benoît, le 11 juillet. — b) Au Mont-Cassin, il n’y a jamais eu d’élévation solennelle des reliques de saint Benoît. Les chroniques y parlent, il est vrai, de plusieurs inventions du tombeau, à partir de 1066, mais les récits sont inconciliables dans leurs détails. En 1659, Angello della Noce, abbé du Mont-Cassin, constate dans le tombeau la présence de quelques ossement sans aucune inscription : tout ce que l’on peut montrer c’est un ossement jadis reçu de Fleury, puis donné à l’abbaye de Léno, près Brescia. — c) Le défunt-Cassin a cru à la translation pendant trois siècles et plus (de 703 a 1066) : durant ce temps, il n’y a de sa part aucune réclamation, et qui plus est des faits positifs attestent sa créance comme la lettre du Pape Zacharie, la concession de quelques reliques par l’abbaye de Fleury, etc. — d) Le témoignage de la Chronique de Léno impuissant à infirmer le récit de l’enlèvement des reliques.

2°. Les fêtes de saint Benoît. À trois dates différentes dans les documents anciens, on trouve une mention de saint Benoît, 21 mars, 11 juillet, 4 décembre. Le martyrologe de Bède a les deux mentions suivantes : 21 mars, Sancti Benedicti abbatis ; 11 juillet, Depositio sancti Benedicti abbatis. La plus ancienne mention que l’on ait du 4 décembre, porte ces mots : a partibus Romæ, adventus corporis sancti Benedicti. Ce fut pour Fleury, la première déposition du corps de saint Benoît dans une des deux églises de l’abbaye, Saint-Pierre ou Sainte-Marie : les chroniqueurs l’appelèrent translatio, puis (il)latio. Adrevald croyant que le corps était arrivé le 11 juillet intervertit les deux fêtes, se mettant ainsi en contradiction avec les martyrologes antérieurs. La confusion devint complète au 11ème siècle, quand un moine allemand, ayant séjourné à Fleury, imagina de baser la fête du 4 décembre sur une prétendue reversion des reliques d’Orléans. Les deux autres fêtes du 21 mars et du 11 juillet furent adoptées universellement.

Les cassiniens se sont toujours refusés à faire l’ouverture liturgique du tombeau dans lequel ils paraissaient affirmer la présence du corps de saint Benoît. À partir du 17ème siècle, ils s’efforcèrent de démontrer la fausseté des prétentions françaises ; de la fête du 11 juillet qui subsistait, ils ont fait la commémoration ou le patronage de saint Benoît. Les moines français sont seuls demeurés fidèles à la fête antique de la translation du 11 juillet.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître (Prv 1, 8), et prête l’oreille de ton cœur (Prv 4, 20). Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.

D’abord, en tout bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut, en effet, lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’en maître redoutable, irrité par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.

Levons-nous donc enfin à cette exhortation de l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cette voix de Dieu qui nous crie : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez vos cœurs ! » (Ps 94, 8)  ; et encore : « Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! » (Apc 2, 7) Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. (Io 12, 35)

Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : « Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33, 13) Que si, à cette parole, tu réponds : « C’est moi ! » , Dieu te dit alors : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et agis bien ; cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 14-15). Et lorsque vous aurez fait ces choses, « mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières » (Ps 33, 16), et « avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici » (Is 58, 9). Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.

Nos reins ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvres (Is 11, 5 ; Eph 6, 14), sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeure, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n’y parvient pas.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, in Ecclésia tua Spíritum, cui beátus Pater noster Benedíctus Abbas servívit : ut eódem nos repléti, studeámus amáre quod amávit, et ópere exercére quod dócuit. Per Dóminum… in unitáte eiúsdem.

Oraison

Manifestez, Seigneur, dans votre Église, l’Esprit auquel a obéi notre Bienheureux Père Benoît : afin que, en étant remplis, nous nous appliquions à aimer ce qu’il a aimé et à pratiquer ce qu’il a enseigné. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prières de Dom Joseph Mège (1625-1691)

Je vous rends grâces, mon Dieu, de tous les avantages que vous avez faits au Corps du grand Saint Benoît, et des merveilles dont vous avez bien voulu l’honorer. Je vous rends grâces aussi de ce que vous en avez enrichi la France. Faites, mon Dieu, que ce précieux trésor ne me soit pas inutile, mais que j’en tire cet avantage, qu’à l’exemple de ce Saint je mortifie ma chair, afin qu’elle vous soit parfaitement soumise , et que par votre puissant secours j’anéantisse si bien le péché dans mon corps mortel, qu’il mérite de jouir de l’immortalité bienheureuse. Ainsi soit-il

Antiennes

Antiennes Expectabo et Benedicta tu
Ã. O cæléstis norma vitæ, pastor et dux, Benedícte ! cuius cum Christo spíritus exsúltat in cæléstibus : gregem, Pastor alme, serva, sancta prece corróbora ; via cælos clarescénte fac te duce penetráre.
Ã. Ô norme de vie céleste, notre pasteur et chef, Benoît : avec le Christ votre âme exulte dans les cieux ; pasteur saint, conservez votre troupeau, aidez-le de votre sainte prière, et par une voie lumineuse, faites-le entrer au ciel sous votre égide.

Antienne grégorienne “O cælestis norma vitæ”

Ã. Ex Ægypto vocavi Filium meum : veniet, ut salvet populum suum.

Ã. D’Égypte j’ai rappelé mon Fils : il va venir pour sauver son peuple.

Antienne grégorienne “Ex Ægypto"

Antienne Ex Ægypto

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

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La Punchline de Saint François Xavier

Manquer de confiance en la miséricorde de Dieu et en son pouvoir au milieu des périls dans lesquels nous pouvons tomber pour son service est un danger incomparablement plus grand que les maux que peuvent nous susciter tous les ennemis de Dieu.

Saint François Xavier, missionnaire jésuite (1506-1552)

L’Église doit faire connaître partout le message de son fondateur, le Christ. Dynamisme, expansion, propagande sont pour elle des devoirs impérieux. Au temps des conquistadores, nul ne fit plus que le jésuite François Xavier pour étendre le royaume de Jésus. En une douzaine d’années, avec les moyens pauvres de son temps, il réussit à parcourir près de cent mille kilomètres, implantant le christianisme dans l’Inde, l’Indonésie, le Japon. Il mourut quand il allait attaquer la Chine. Une telle œuvre, au temporel, est comparable à celle d’Alexandre ou de Colomb; au spirituel, elle rappelle un peu saint Paul.

Xavier, compatriote d’Ignace de Loyola, naquit en 1506 à Xavier, dans cette partie de la Navarre qui est de nos jours pays basque espagnol, auprès de l’Aragon, en un fier castel. Il était hidalgo, hijo de algo, « fils de quelque chose » : son père, le docteur don Jean de Jassu — Jassu se trouve en France, au nord de Saint-Jean-Pied-de-Port — conseiller du roi de Navarre et seigneur de Xavier (Xavier signifie « maison neuve »), mourut en 1512, alors que la Navarre venait d’être envahie par les Castillans. Il s’était opposé à ce coup de force, et cela valut bien des avanies aux siens et à leurs domaines. Les deux grands frères de François luttèrent vaillamment, en liaison avec les Français, contre les Espagnols. Ces alliés prirent Pampelune, que défendait Iñigo de Loyola. Mais le dernier mot resta aux gens de Charles-Quint. Après une résistance plus qu’honorable, les Xavier se soumirent.

François serait-il guerrier comme ses aînés? Juriste et administrateur comme son père? En septembre 1525, il partit pour l’université de Paris, âgé de dix-neuf ans. Là, il étudia au collège Sainte-Barbe. Le moment était périlleux pour un jeune : « ceux qui grécisaient luthéranisaient » a écrit un contemporain, le jésuite Bobadilla. La Providence permit que François se liât d’amitié avec un garçon de haute valeur morale, Pierre Favre (Le Fèvre), puis, après 1529, avec un vieil étudiant nouveau venu, Ignace de Loyola. En 1530, Xavier commençait à enseigner la philosophie au collège parisien de Dormans-Beauvais. Le 15 août 1534, dans une petite chapelle de Montmartre, Favre, ordonné prêtre au printemps de cette année, célébra une messe au cours de laquelle Ignace, François et quelques amis offriront à Dieu leur bonne volonté. On suivrait les désirs du Pape; on irait à Jérusalem, si possible. On était disposé à prêcher l’évangile par toute la terre, même chez les ennemis de la foi chrétienne.

En novembre 1536, Xavier, ayant renoncé à être chanoine de Pampelune, partait de Paris pour Venise avec quelques compagnons. Voyage pédestre de sept semaines, souvent dans la neige, un rosaire au cou, une bible et un bréviaire dans la besace. Venise entrait en guerre contre le Turc. Adieu le pèlerinage à Jérusalem! À Rome, Paul III bénit les projets des compagnons. Ignace et François furent ordonnés prêtres à Venise le 24 juin 1537. François voulut se préparer longuement à célébrer le saint sacrifice. Il s’offrit à Dieu le Père avec l’hostie sainte, pour la première fois, au cours de l’été, dans Vicence. Vers la fin de l’année, il travailla, et fut malade, à Bologne. Ces années italiennes furent surtout occupées par la prédication et par des soins aux pauvres des hôpitaux : pour vivre, il mendiait. Son italien assez grotesque faisait sourire : mais sa sincérité poignante s’imposait vite, quand il parlait de Dieu.

En 1539, le roi de Portugal Jean III demanda quelques apôtres pour des peuples des Indes. Ignace choisit Rodriguez, un Portugais; Bobadilla, un Espagnol assez âpre et entreprenant, qui semblait tout désigné pour affronter des barbares; et un humble volontaire, Paul, originaire de Camerino, dans les Marches. Certes, Xavier était lui aussi volontaire, mais il ne voulait pas forcer la main à son chef. Une bienheureuse sciatique rendit Bobadilla inapte à l’essor. Ignace manda Xavier : « Maître François, vous savez que nous avions choisi pour l’Inde maître Bobadilla. Son infirmité le retient… Voilà qui est pour vous. » La réponse jaillit : « Eh bien! Allons! Me voici! » Pues, sus! Heme aqui (cf. Is 6, 8).

Vingt-quatre heures pour se préparer. Xavier ravauda ses vieilles nippes, caleçons, tunique, prit son crucifix, son bréviaire, et un livre de Marcus Marulus, publié à Cologne en 1531, Opus de religiose vivendi institutione per exampla : de bons exemples de bonne vie, bibliques et patristiques, puisés entre autres chez saint Jérôme.

À Lisbonne, Xavier pria dans cette église de Bethléem où Vasco de Gama avait invoqué le Créateur avant de partir pour son illustre périple (1497-1503). Albuquerque également, qui avait ôté à l’Islam la maîtrise des mers indiennes en prenant Ormuz en 1507, Goa en 1510, Malacca en 1511, s’était recueilli en ce lieu sacré. Le jésuite, du haut d’une chaire mobile posée sur la plage, exhorte ses compagnons au zèle apostolique.

Le voyage fut très pénible, sur le Santiago, une grosse et lourde caraque qui tenait mal la mer. On était parti le 7 avril 1541 (un peu tard, mais le mauvais temps s’était prolongé outre mesure) : Xavier avait exactement trente-cinq ans. On arriva à Goa le 6 mai 1542. Xavier écrivait de Mozambique le 1er janvier 1542 : « J’ai eu le mal de mer pendant deux mois. » Pour faire passer son mal, il se mit au service des malades. Sa cabine devint une infirmerie. Peu à peu sa bonté amena l’amélioration morale de ses compagnons de souffrance. Le marais nautique, aux bas-fonds pestilentiels du navire, où pourrissaient les rats crevés, n’était rien auprès des sentines du vice que le Santiago emportait dans ses flancs. Xavier organisa la propreté matérielle et spirituelle.

À Mélinde, sur la côte d’Afrique, Xavier put admirer une croix érigée par Vasco de Gama. Il y avait là dix-sept mosquées, dont trois seulement servaient encore.

Goa était la capitale des Indes. Xavier y commença son apostolat. Était-il bien secondé pour ses débuts? Il jugeait son collaborateur « d’une très suffisante simplicité ». Les Portugais n’avaient guère rendu le Christ aimable et attirant aux indigènes. Voire, leur domination se faisait trop souvent dure et cruelle. Ces bons colons comptaient les coups de la bastonnade sur leur rosaire. Celui que l’on appela bientôt « le saint Père », ou le « grand Père », essaya de répandre partout la charité du Christ. Il visita les malades, les lépreux, entra dans les prisons, chez les pauvres. Il instruisait les enfants, qu’il récoltait en passant dans les ruelles, une clochette à la main. Des cantiques faisaient connaître les vérités chrétiennes, et bientôt ils retentirent dans les rizières et sous les cocotiers. Des enfants, des esclaves, ces enseignements remontaient — ou descendaient … aux parents et aux maîtres. Les enfants se montraient féroces pour les idoles. Ils portaient la croix du saint Père aux malades. L’évêque de Goa et le roi de Portugal se déclarèrent contents : ils souhaitaient partout des écoles catéchétiques à la Xavier.

Les pluies une fois tombées, l’apôtre se rendit vers le cap Comorin, au sud de l’Inde, chez les pêcheurs de perles. Quelque 20 000 Papavers peuplaient ces côtes. lls avaient été baptisés, huit ans auparavant, mais non instruits. Xavier les évangélisa (1542-1543), les défendit contre les exactions des Portugais, ou de leurs employés païens, et contre les sauvages du Maduré (1544). Il combattit avec succès l’alcoolisme par l’arak, le vin de palme. Xavier eut bien entendu l’occasion de causer avec des brames. Il les a jugés sans indulgence : des gens qui ne disent pas la vérité, pour qui l’idole n’est qu’un gagne-pain.

De dures pénitences étaient la rançon de ses avantages spirituels. On raconte l’histoire d’un matelot qui jurait et blasphémait parce qu’il perdait au jeu. Xavier lui fait parvenir quelque argent : qu’il persévère (à jouer), la chance tournera. De fait, le matelot regagne tout, et sort du jeu décidé à virer de bord spirituellement : à-Dieu-va! Peu après, Xavier le confesse à l’escale. L’homme termine sa pénitence dans la chapelle où il avait vidé son sac lourd de sept ans de péchés, et sort. Dans un bois voisin, il trouve le Père qui se flagelle. « Laissez-moi, dit Xavier, faire un peu pénitence pour vous. » Si quelqu’un méritait la garcette, si quelqu’un n’avait pas volé son « chat à neuf queues », assurément ce n’était pas le Père. Notre homme empoigna la discipline, et vlan! vlan! sur sa peau hâlée par bien des soleils et salée par les embruns ! Et désormais il suivit droit la coursive qui mène au ciel.

Xavier, comme son maître le Christ (Lc 6, 12), aimait les longues prières nocturnes. Sur mer, il priait de minuit à l’aurore : les matelots le considéraient comme un porte-bonheur. Dans sa cellule, ce qui frappait l’œil, c’était le crucifix. On notait aussi une autre croix, voilée, et le bréviaire. Le lit avait une pierre comme oreiller.

En 1544-1545, Xavier travailla surtout pour Ceylan, sans succès, car les Portugais le contrecarraient à cause d’intérêts commerciaux, puis, en 1545-1547, pour les Moluques — entre les Célèbes (Macassar) et la Nouvelle-Guinée. Prenez une carte de l’Insulinde pour constater le bond prodigieux de l’apôtre, le formidable mouvement tournant, d’immense envergure, vers l’Extrême-Orient. L’amour du Christ le presse (2 Cor 5, 14). Malheur à lui, s’il ne prêche pas l’Évangile! (1 Cor 9, 16). Que l’on ne dise pas qu’il ferait mieux de s’occuper de sa mission hindoue. Il est créé pour amorcer les mouvements, risquer le premier les lointaines expériences dangereuses, mourir sur la brèche.

C’est au cours de cette expédition aux Moluques, dans la région d’Amboine, que se place un miracle assez controversé. Xavier était en mer. Son crucifix lui échappa. Il atterrit peu après. Il marchait sur la plage, accompagné d’un rustre nommé Fausto Rodriguez, quand il vit un crabe sortir de l’eau et venir à lui tenant dans ses pinces le crucifix. Le bon crustacé le remit en mains propres, puis rentra dans son élément. Rodriguez semble la seule source du récit : tardive et bien contestable, estimait le bollandiste Peeters en 1928. Le P. Delahaye suggérait qu’on avait là une adaptation d’un conte oriental. Cependant le P. Schurhammer, qui est actuellement peut-être le meilleur connaisseur de l’histoire de Xavier, s’est déclaré en 1953 partisan de l’historicité.

Étrange gibier que le chasseur d’âme trouva dans ces îles! Les cannibales ne manquaient pas. Il y avait des collectionneurs de têtes humaines, comme les Alfoures. Comment aborder ces enfants terribles? apprivoiser ces bêtes féroces? Xavier réinventait les incantations de l’oiseleur, les charmes caressants de la tendresse maternelle. Il voulut visiter l’île du More, au nord des Moluques. Là, on servait aux hôtes des mets empoisonnés. Baptisés douze ans auparavant, les habitants avaient tué leur prêtre. Un nouveau pasteur les avait domptés un instant par les armes; mais il n’osa rester. Et Xavier irait chez ces monstres! On lui refusa un bateau. « J’irai donc à la nage. » Au moins, qu’il emporte des antidotes. « La confiance en Dieu est bon contre-poison. » Il y alla, et voici ce qu’il en écrivait le 20 janvier 1548 : « Ces îles sont faites et disposées à souhait pour qu’on y perde la vue en peu d’années par l’abondance des larmes de consolation… Cependant je circulais habituellement dans des îles environnées d’ennemis et peuplées d’amis peu sûrs, à travers des terres dépourvues de tout remède pour les maladies, et comme dénuées de tout secours pour conserver la vie. Mieux vaudrait appeler ces îles de l’espoir en Dieu que du More. »

Dans l’île de Ternate, le « roi » musulman, assez tolérant, fit bon accueil au missionnaire. Mais il avait « une centaine de femmes principales, sans parler des autres ». Pour sa part, il se serait accommodé d’une entente entre l’Islam et le Christianisme. Plus tard, les Hollandais (protestants) aidèrent les musulmans à chasser ou à tuer les catholiques. Plus d’un Moluquois resta fidèle à la foi de François.

Nommé à son départ d’Europe nonce apostolique par le Pape, Xavier fut supérieur des jésuites de l’Inde de 1542 à 1551. D’octobre 1549 à 1552, il fut « provincial » de l’Inde. En 1518, il pouvait admirer à juste titre le développement de la Compagnie de Jésus, approuvée par Rome en 1540. Mais déjà, après un an de séjour dans l’Inde, en 1548, il rêvait d’entreprendre, à l’extrémité du monde, la conquête du Japon. Il notait, le 20 janvier de cette année : « Je prie Dieu de me prescrire clairement ce qui lui tient le plus à cœur. » Mais Ignace n’avait-il pas son mot à dire sur cette petite entreprise? Assurément ; toutefois il fallait compter avec les lenteurs de la correspondance. En dix ans, seulement cinq courriers de Rome : 1543, 1545, 1547 (deux), 1551, plus deux courriers supplémentaires du Portugal (1544, 1548), ce qui fait deux ans huit mois de silence (1541-1543), puis environ deux ans (1543-1545), ensuite deux ans moins trois mois (1545-1547), enfin quatre ans deux mois (1547-1551). François expose en 1548 qu’un échange de lettres entre Moluques et Rome exige au minimum trois ans neuf mois. Et il y a des occasions qu’on ne peut laisser échapper, sauf à s’en expliquer plus tard.

Justement, vers la fin de 1547, à Malacca, un Japonais nommé Yajiro était venu lui demander le baptême. Il avait fui son pays, peut-être à la suite d’un crime passionnel. C’était un homme doux, poli, ouvert, qui posait des questions intelligentes. Jamais Xavier n’avait vu un païen aussi séduisant. Ce qu’il entendait dire du Japon lui donnait une envie extrême d’évangéliser ce pays.

Ayant donc réglé de son mieux l’organisation du collège Saint-Paul de Goa, de l’Inde et des postes de l’ Indonésie, Xavier s’embarqua pour la grande île mystérieuse en juin 1549. Sinistre voyage, sur une jonque où régnait une idole chinoise. Sans cesse, le patron de la nef consultait les sorts, et Satan prenait plaisir à rendre la navigation d’une lenteur mortelle. Enfin, un coup de vent du Saint-Esprit jeta la nef dans Kagohsima, port de l’île Kyūshū, le 15 août 1549.

Au bout d’un long mois, il fut reçu, avec une politesse froide, par le prince local. Xavier aurait voulu une audience de l’empereur. On le fit attendre. Il visita des bonzes. Essayant de se faire comprendre, Xavier compara la vie humaine à une navigation. « Je vous entends, répondit son interlocuteur. Mais je ne sais vers quoi je navigue. J’ignore où et comment j’aborderai. » Le baptême lui parut souhaitable; mais le respect humain le lui rendait impossible. Xavier resta un an à Kagoshima et convertit une centaine d’âmes. Il écrivait en Europe : « Les Japonais sont le meilleur des peuples. » Il aurait voulu se rendre à la capitale, au grand centre de tout, à Heian-kyō (Kyōto). Il y arriva, enfin. Mais là c’était la guerre civile à l’état endémique. L’empereur était en fuite. Après onze jours passés dans cette capitale fantôme, il repartit pour la province. Il passa quelques mois à Yamaguchi, où il obtint des conversions. Seulement le vocabulaire le trahissait. Le mot deos, qu’il prétendait offrir à ses auditeurs pour signifier Dieu, sonnait à leurs oreilles comme le japonais « grand mensonge ». Il les conviait à aimer Dieu. Mais aimer n’avait dans leur langue qu’un sens strictement charnel. Les samouraï ou seigneurs recevaient quelquefois Xavier et ses compagnons, un peu comme ils auraient fait venir des boufffons. L’apôtre le sentait; il eût aimé les cravacher d’insultes cinglantes.

Il réussit cependant à créer dans Yamaguchi une petite chrétienté qui fut « les délices de son âme ». La grâce du Christ inspirait à la vieille politesse japonaise des prévenances, des délicatesses, qui enchantaient Xavier, bien peu gâté jusqu’ici sur ce chapitre : n’avait-il pas fui les Portugais de l’Inde, dont le christianisme de façade lui avait semblé parfois odieux comme un baiser de Judas, pour tomber sur les quasi-hôtes féroces des Moluques?

Enfin, après un séjour à Bungo, dans Kyūshū, il revint dans l’Inde (fin 1551-début 1552). Les fatigues avaient blanchi ses cheveux : que de fois, par exemple, il avait marché les pieds nus, et bientôt ensanglantés ! Mais ce retour n’était que provisoire. Une objection japonaise l’avait frappé : si le christianisme était si excellent., pourquoi la Chine, qui avait exporté au Japon tant d’excellentes idées, n’avait-elle pas adopté cette doctrine? Eh bien! François créerait, à l’usage de ses chers Japonais, un catholicisme chinois! Et il disait à un confrère de la Compagnie : « Demandez à Dieu notre Seigneur qu’il me donne la grâce d’ouvrir le chemin aux autres, puisque moi je ne fais rien » Cela évoque le Baptiste au début des évangiles : « Préparez le chemin du Seigneur. » Une fois de plus on leva l’ancre. Une fois de plus l’éléphant océan le porta sur son dos houleux. François revit Malacca; à Singapour il écrivit plusieurs lettres. En août il arrivait dans l’île Shangchuan (les Anglais disent St John) à quelque 150 kilomètres du grand port chinois de Canton (Guangzhou). Là, sur cette terre, il attendrait l’occasion favorable pour entrer dans l’immense empire.

Elle ne vint pas. Déjà il tirait de nouveaux plans : si provisoirement la Chine est impossible, il se tournera vers le Siam. La solitude grandissait. Il n’avait près de lui qu’un Malabar sur lequel il ne pouvait compter, et un jeune Chinois, Antoine. Des malaises le prirent. La visiteuse à qui on ne peut fermer sa porte était là. Vers la fin de novembre, il tombait malade. Il disait et redisait : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! (Mt 15, 22; Lc 18, 38). Ayez pitié de mes péchés! » Au bout de huit jours, il perdit la parole. Cela dura trois journées : il ne reconnaissait personne, ne mangeait rien. Puis le sentiment lui revint : il invoquait la sainte Trinité, implorait de nouveau « Jésus, fils de David ». Il s’adressait aussi à Notre-Dame : « Ô Vierge, mère de Dieu, souvenez-vous de moi ! » Parfois, des mots inconnus à Antoine lui venaient : peut-être le basque de son enfance. Peu avant l’aube du 3 décembre 1552, le Chinois, voyant qu‘il s’en allait, lui mit un cierge dans la main. Il mourut paisiblement, en invoquant Jésus.

Son corps fut porté à Goa. Une lettre d’Ignace, qui le rappelait — au moins provisoirement — en Europe, arrive après la mort de Xavier. Le grand missionnaire fut béatifié en 1619, canonisé en 1622 (la bulle est de 1623). Sa fête, fixée d’abord au 2 décembre, fut déplacée au 3 en 1663. Benoît XIV le proclame en 1748 patron des Indes; Pie X en 1904 plaça sous sa protection l’œuvre de la Propagande. En 1927, Pie XI déclara patrons des missions saint Xavier et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. — Dans le calendrier positiviste d’Auguste Comte, ou « tableau concret de la préparation humaine », notre saint est commémoré le 22 du sixième mois (qui est consacré aux plus grands hommes du christianisme).

Xavier était de taille moyenne. Il portait une soutane sans ceinture qu’il tenait habituellement des deux mains à hauteur de la poitrine, comme pour soutenir ses bras. Une iconographie un peu tardive n’a pas manqué de transformer cette attitude simple et familière en un geste conventionnel pour soulager un cœur par trop embrasé d’amour. Il avait le nez long, fort, des yeux gros, une barbe courte, mal fournie. Les hagiographes ont majoré ses voyages, ses miracles; le nombre des païens qu’il baptisa : 30 000 semble bien le chiffre maximum, d’ailleurs imposant. On lui a prêté le don des langues, alors qu‘il s‘est plaint souvent des terribles difficultés qu‘il avait à se faire comprendre. Risquerons-nous une esquisse spirituelle du grand homme? Il semble émancipé, si loin de son Père terrestre de Rome. Et cependant, il demeure affamé d’obéissance et d’humilité. Cette humilité n’est pas inconciliable avec une noble fierté d’être Navarrais et jésuite. Autoritaire et parfois sec, il a aussi des trésors de tendresses, de bontés, d’attentions. Du Basque, il a la manie des départs, des explorations. L’amour de Dieu lui donnait une grande souplesse d’adaptation aux usages indigènes, ce don irremplaçable chez le missionnaire. Il savait se faire tout à tous comme saint Paul. On l’a noté en 1555 : « il était lascar avec les lascars. » Ignace lui reprocha doucement de trop payer de sa personne; il l’aurait préféré administrant l’Inde et envoyant des frères à la découverte. Mais ce seigneur féodal voulait être le premier à sauter sur les brèches du château fort Asie. Comme la place à enlever était énorme, il avait fait de la guerre de siège une guerre de mouvement. Cette stratégie épuisante, presque toute en galopades de ses désirs sur les mers, ou en marches harassantes, l’a tué dès sa quarante-sixième année. Il reste que son rêve magnifique a commencé la réunion de la famille humaine autour du Père commun.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Deus, qui Indiárum gentes beáti Francísci prædicatióne et miráculis Ecclésiæ tuæ aggregáre voluísti : concéde propítius ; ut, cuius gloriósa mérita venerámur, virtútum quoque imitémur exémpla. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par la prédication et les miracles du bienheureux François, avez voulu faire entrer dans votre Église les peuples des Indes, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce d’imiter les exemples de vertu de celui dont nous honorons les glorieux mérites. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552)

Ô mon Dieu ! ce n’est ni la crainte de votre main qui lance la foudre, ni l’horreur du feu de l’enfer, qui dévore éternellement les pécheurs, qui me déterminent à vous servir. Vous m’y engagez par vous-même, ô mon Dieu ! Vous m’attirez, ô Jésus-Christ, percé d’une lance : votre croix me presse, et le sang, ô Jésus, qui s’écoule de vos plaies ! N’y eût-il plus d’enfer à craindre, n’y eut-il plus de gloire à espérer : néanmoins, ô mon Créateur, ravi de vos perfections infinies, vénérant votre Majesté divine, si sublime et si sainte, et votre ineffable Providence, je vous aimerais, sans attendre aucun prix de mon amour. Ô Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils d’une Vierge, plein de douceur, de force et d’innocence, qui avez daigné mourir pour nous, je vous aimerais sans récompense, avec tout l’amour dont vous êtes digne. Ainsi soit-il.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552) à la Très Saint Vierge

Ô sainte Souveraine, ô Marie, espérance des chrétiens, et reine des anges et de tous les saints et saintes qui sont dans le ciel en présence de Dieu, je me recommande à vous, ô ma Souveraine, et à tous les saints, dès à présent, et pour l’heure de ma mort, afin que vous me préserviez du monde, de la chair et du démon, qui sont mes ennemis, et qui tendent sans cesse des embûches à mon âme, aspirant uniquement à la précipiter dans les enfers, et y employant tous leurs artifices. Je vous prie et je vous conjure, ô Mère infiniment tendre, de me garder. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui.

Ã. Ô Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

Antienne grégorienne “Benedicta tu”

Ã. Exspectabo Dominum Salvatorem meum, et præstolabor eum dum prope est, alleluia.

Ã. J’attendrai le Seigneur, mon Sauveur, et je le guetterai tandis qu’il est proche, alleluia.

Antienne grégorienne “Expectabo Dominum"

Antiennes Expectabo et Benedicta tu

Mercredi 2 décembre (ReConfinement J34) : Saint Pierre Chrysologue

Mercredi 2 décembre (ReConfinement J34) : Saint Pierre Chrysologue

Mercredi 2 décembre (ReConfinement J34) : Saint Pierre Chrysologue

Annonces

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Saint Pierre Chrysologue

Tout le mal que les parents se donnent pour leurs enfants, Dieu qui est père de tous, le rendra aux parents.

Saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne et docteur de l’Église (380-451)

Évêque de Ravenne promue résidence impériale, Pierre fut un prélat considérable, avec qui Rome, Milan et Constantinople devaient compter. Éloquent, il reçut quelque temps après sa mort le surnom grec de chrysologue, « au verbe d’or », et en 1729 fut honoré du titre de docteur de l’Église. Sa fête fut alors inscrite au 4 décembre dans le martyrologe romain, l’éloge du saint restant au 2 (d’où sa fête au calendrier bénédictin).

Il naquit vers 405 sur le territoire de Forum Cornelii (Imola). L’évêque de cette ville, Cornelius, le forma comme un bon père à la vie sacerdotale (sermon 165 de Pierre, P. L., t. LH, col. 633. Désormais, nous indiquerons simplement le sermon et la colonne de Migne). Il fut élu évêque de Ravenne entre 425 et 429; son discours d’entrée fut prononcé entre 425 et 434 devant Galla Placidia, « mère de l’empereur (imperii) chrétien, éternel et fidèle,… qui a mérité de mettre au monde une auguste trinité » (130, 557 A), Théodose, Justa Grata Honoria, et Placide Valentinien III. Le sermon 136 en l’honneur de l’évêque Adelphe (très probablement le métropolite d’Aquilée) suggère que Pierre est alors — avant 431 — simple évêque de la VIIIème région, dépendant du patriarcat romain et sans prééminence spéciale. Mais en 431 Théodoret de Cyr et d’autres prélats orientaux, mécontents du concile d’Éphèse, adressaient une lettre aux évêques de Rome, de Milan, d’Aquilée et de Ravenne. Ravenne était donc devenue, en 431, un centre ecclésiastique prépondérant. Le sermon 175 nous apprend en effet que Pierre, tout en restant sufragant de Rome, comme les autres évêques de la Flaminie (Romagne), avait reçu par « édit du prince chrétien », Valentinien III, et par « décret du bienheureux Pierre », Célestin Ier (422-432), le droit de consacrer quelques évêques de l’Émilie. Ce droit appartenait précédemment à l’archevêque de Milan. Ce sermon 175 a été prononcé par notre Pierre lorsqu’il consacra l’évêque de Vicohabentia (Voghenza, quartier de Porto-maggiore, près de Ferrare), et le 165 quand il consacra l’évêque d’lmola. L’absence au synode milanais en 451 des prélats de Forli, Faenza, Bologne, Modène — sans parler de Voghenza et d’Imola — donne à croire que ces sièges furent soustraits à la juridiction milanaise. Rome aurait délégué à Pierre non pas un droit de métropolite sur les diocèses de la Basse-Émilie, mais une sorte de vicariat, pour donner une satisfaction à la cour de Ravenne, et prévenir un démembrement possible de la province ecclésiastique de Rome au profit de Ravenne; on restreignait aussi de cette manière les prérogatives de Milan. N’avait-on pas créé la métropole d’Aquilée et le vicariat d’Arles pour balancer la puissance de Milan? Le voyage d’Adelphe, avant 431, pourrait s’interpréter comme un prélude à cette manœuvre de résistance aux Milanais. Quant à la légende de l’origine apostolique du siège de Ravenne, qui a été considérée comme une invention antiromaine, ce pourrait être au contraire un biais pour hausser Ravenne devant Milan, en faire un bastion romain contre la capitale lombarde. Bref, la grandeur ecclésiastique, puis civile et politique, des prélats de Ravenne au Moyen Âge date du Chrysologue.

Entre 425 et 434, il consacra l’église Saint-Jean-Évangéliste, bâtie en raison d’un vœu formé par Galla Placidia en mer, alors qu’elle voguait de Constantinople à Ravenne. On figure dans l’abside un Chrysologue à la barbe imposante célébrant la messe, avec l’ange de l’épiclèse près de lui. Pierre fonda aussi la cathédrale de Classe (Petriana), et semble avoir consacré à Ravenne l’église des Saints-Jean-Baptiste-et-Berbatien. Ce qu’on appelle de nos jours la chapelle Saint-Chrysologue, au palais archiépiscopal, date en réalité de Pierre II. Notre saint accueillit avec honneur saint Germain d’Auxerre venu négocier une grâce à la cour.

Politique de grande valeur, Pierre a été également un épistolier heureux. Une lettre a suffi pour fonder supra firmam petram sa réputation de théologien et de canoniste. C’est une réponse à Eutychès, archimandrite byzantin, qui était combattu à Constantinople parce qu’il confondait les deux natures du Christ. Eutychès avait demandé appui à Ravenne et à Rome. Pierre lui écrivit, après juin 449, qu’il refusait de prendre parti sans connaître les arguments opposés à Eutychès ; il n’avait pas qualité pour trancher le débat : le jugement de l’affaire appartenait à Rome, « car le bienheureux Pierre, qui sur son propre siège vit et préside, fournit à ceux qui la cherchent la vérité en matière de foi. »

Selon Agnellus (vers 830), Pierre mourut à Imola et fut enseveli un 3 décembre dans la basilique suburbaine Saint-Cassien. Pour Testi-Rasponi, il serait mort un 31 juillet : on aurait échangé les dates de décès entre lui et Pierre II, qui vécut au début du 6ème siècle. Une allusion à sainte Euphémie (sermon 97, 472 D) n’est guère concevable avant Chalcédoine. Pierre serait donc mort après 451.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

D’un sermon de Saint Pierre Chrysologue « super Missus est »

Un ange a été envoyé par Dieu. Là où c’est un ange qui est le médiateur, l’homme doit cesser de se faire une opinion par lui-même. Là où l’envoyé vient du ciel, toute interprétation purement humaine doit être rejetée. La curiosité humaine entre en torpeur là où l’ambassadeur est céleste. L’ange a été envoyé par Dieu. Celui qui porte toute son attention sur le fait qu’il a été envoyé par Dieu s’interdit de scruter en profondeur le secret de la Déité. Ce que Dieu communique par l’intermédiaire de son ange, seul mérite de le savoir celui qui craint de le savoir. Écoute le Seigneur qui dit : Sur qui poserai-je mes yeux si ce n’est sur l’humble, le doux, et sur celui qui tremble en entendant ma parole ? L’humble et le doux. Autant il est docile celui qui obéit aux ordres, autant il est indocile celui qui les conteste.

« L’ange est envoyé à une vierge. » Parce que la virginité est toujours connue des anges. Vivre dans la chair en marge de la chair, ce n’est pas une vie terrestre, mais céleste. Et si vous voulez le savoir, acquérir la gloire angélique est une plus grande chose que la posséder. L’ange n’a que le bonheur de l’être, mais la virginité, c’est la vertu qui la fait. La virginité obtient par l’ascèse ce que l’ange possède par nature. L’ange et la vierge remplissent donc une fonction divine, non humaine. Après être entré, l’ange lui dit : « Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

« Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Vous voyez les présents qui sont donnés en gage à la vierge ? Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Salut, ce qui veut dire : recevez ! Quoi ? Les vertus en don, mais non la pudeur. Salut, pleine de grâce ! Voici la grâce qui a donné la gloire aux cieux, Dieu à la terre, la foi aux Gentils, un terme aux vices, une règle de vie, une discipline morale. Cette grâce que l’ange a apportée, la vierge l’a reçue pour rendre le salut aux siècles. Salut, pleine de grâce. Parce qu’à chacun, la grâce est donnée par bribes; mais à Marie, c’est toute la plénitude de la grâce qui s’est donnée à elle en entier. « Tous, dit l’évangéliste, nous avons reçu de sa plénitude. » David a dit lui aussi dans le même sens : « Elle descendit comme de la pluie dans une toison. » La laine, bien qu’elle appartienne au corps, ne connaît pas les passions du corps. Ainsi en va-t-il de la virginité. Bien qu’elle soit dans la chair, elle ignore les vices de la chair. La pluie céleste se répand donc dans la toison virginale en y pénétrant goutte par goutte. Et comme des gouttes qui s’infiltrent dans la terre. Pour que les temps qui sont dévolus à la foi, irriguent les semences avec des gouttes vivifiantes, au lieu de les tuer.

« Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » L’ange est envoyé par Dieu, et que dit-il ? « Le Seigneur est avec vous. » Dieu était donc déjà avec la vierge quand l’ange lui a été envoyé. Dieu a précédé son messager, sans s’éloigner de sa divinité. Il ne peut pas être contenu par les lieux Celui qui est présent dans tous les lieux. Et il est tout entier partout Celui sans lequel rien n’est.

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Elle est vraiment bénie la vierge qui a rempli jusqu’au bout la dignité de la maternité, sans perdre la gloire de la virginité. Oui, elle est vraiment bénie celle qui a mérité la grâce d’une conception céleste, tout en maintenant la couronne de l’intégrité. Elle est vraiment bénie celle qui a reçu la gloire d’un divin enfant, sans cesser d’être la reine de la chasteté dans toute sa plénitude. Vraiment bénie celle qui a été plus grande que le ciel, plus forte que la terre, plus élevée que tout ce qu’il y a dans la création. Car elle a été la seule à contenir Celui que le monde ne peut pas contenir. Elle a porté Celui qui porte l’univers. Elle a engendré son Géniteur. Elle a nourri Celui qui nourrit tous les vivants.

Prières

Oratio

Deus, qui beátum Petrum Chrysólogum Doctorem egrégium, divínitus præmonstrátum, ad regéndam et instruéndam Ecclésiam tuam éligi voluísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis.

Oraison

Ô Dieu, qui, par des prodiges divins, avez désigné et fait élire pour gouverner et enseigner votre Église l’illustre Docteur, le bienheureux Pierre Chrysologue, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière tirée du Missel Mozarabe par Dom Guéranger (1805-1875)

C’est une chose digne et juste, et vraiment avantageuse pour nous, de faire retentir sans relâche vos louanges, ô Père tout-puissant ! vous qui, nous ayant créés dans un état de sainteté et de noblesse, daignâtes, par une miséricorde insigne, après que nous eûmes été séduits par la fraude de l’ancien serpent, nous arracher à la mort. Vous annonçâtes longtemps à l’avance que votre Fils, que vous deviez nous envoyer dans la chair, viendrait sur cette terre et naîtrait d’une Vierge ; et vous chargeâtes vos Saints de proclamer d’une voix éclatante l’Avènement de ce Messie, afin que le monde, préparé par une longue attente, conçût une plus grande joie au jour où, la plénitude des temps étant accomplie, le Sauveur lui serait enfin donné. Donc, nous vous prions et supplions que, de même que, dans votre clémence et miséricorde, vous n’avez pas voulu souffrir que votre créature pérît entièrement, mais l’avez rappelée à la vie par l’humble Avènement de votre Fils notre Seigneur ; de même, aujourd’hui, vous daigniez protéger, conserver, guérir, défendre et délivrer ce qu’une première fois vous avez retrouvé, réparé, rappelé à la vie ; afin qu’en ce terrible Avènement où il doit reparaître pour juger ceux par lesquels et pour lesquels il a été jugé lui-même, il retrouve ceux qu’il a rachetés en tel état de fidélité, qu’il puisse les posséder éternellement, lui qui les a acquis au prix de son sang.

Prière de Saint Germain d’Auxerre (378-448)

Très Sainte Vierge, vous qui êtes la plus grande consolation que je reçoive de Dieu, vous qui êtes la rosée céleste qui soulage toutes mes douleurs, vous qui êtes la lumière de mon âme quand elle est enveloppée dans les ténèbres, vous qui êtes mon guide dans les chemins inconnus, l’appui de ma faiblesse, mon trésor dans la pauvreté, mon remède dans la maladie, ma consolation dans la détresse, mon refuge dans la misère, et l’espoir de mon salut, entendez mes supplications, ayez pitié de moi, comme il convient à la Mère d’un Dieu si bon, et obtenez pour moi un accueil favorable de toutes mes prières au Trône de la Miséricorde. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Petre Chrysologe, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Pierre Chrysologue, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Ã. De Sion exibit lex et verbum Domini de Hierusalem.

Ã. De Sion sortira la loi, et le Verbe du Seigneur de Jérusalem.

Antienne grégorienne “De Sion exibit"

Antienne De Sion exibit