21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

La Punchline de Saint Benoît

Qu’on ne préfère absolument rien à l’amour du Christ.

Sermon

Saint Benoît, Patriarche des moines d'occident (11 juillet 2010)

De l’Année liturgique de Dom Prosper Guéranger

Avec quelle vénération profonde nous devons nous approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le 7ème siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, et jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Vie de Saint Benoît (480-543) par les Bénédictins de Paris

Enfance, vie à Subiaco et premiers disciples

Vers 480 dans la ville de Norcia, au pays des Sabins, naissaient deux enfants jumeaux, Benoît et Scholastique. Les parents, Eutrope et Abundantia, étaient d’origine romaine ; on a même voulu les rattacher à la famille des Anicii. Saint Grégoire le Grand, sans préciser davantage, se contenta de dire que Benoît était de famille libre. Le nom de Benoît donné à l’enfant exprimait la bénédiction de Dieu sur lui. Dès sa jeunesse, il eut le cœur et la sagesse d’un vieillard ; il ne donnait rien au plaisir des sens, et, pouvant dans le monde jouir de ses biens passagers, il en méprisa les vanités.

Confié aux soins d’une nourrice dans la maison paternelle, il fut ensuite envoyé à Rome pour étudier les belles-lettres. Vers la quatorzième année, ou selon d’autres à vingt ans, ayant déjà fait l’expérience du monde, Benoît craignit qu’en acquérant un peu de science, il ne tombât comme tant d’autres dans l’abîme du vice, et dès lors, après avoir confié son projet à sa nourrice, il abandonna la maison et la fortune de son père, ne cherchant qu’à plaire à Dieu dans la solitude. Sa nourrice qui l’aimait tendrement voulut le suivre. Ils sortirent de Rome par la voie Nomentane, prirent la route de Tivoli, et, suivant la vallée de l’Anio, arrivèrent en un lieu nommé Enfide à deux milles environ de Subiaco. Ils s’arrêtèrent, reçurent l’hospitalité près de l’église Saint-Pierre, et Cyrilla, la nourrice se mit en devoir de préparer un repas. Il fallait d’abord faire le pain, et pour cela nettoyer le grain. La nourrice emprunta un crible de terre cuite qu’elle posa un moment sur la table, puis sortit un instant. Quand elle rentra, le crible tombé à terre était cassé net en deux morceaux : elle se mit à pleurer amèrement. Benoît, qui était bon et pieux, emporta les morceaux du crible et alla prier. À la fin de sa prière il se leva, trouva près de lui le crible si bien réparé qu’on n’y pouvait voir la trace de l’accident. Il courut aussitôt consoler sa nourrice et lui remettre l’instrument en son entier. Ce premier miracle donna aux habitants une haute idée de la perfection à laquelle Dieu élevait le jeune Benoît au début même de sa conversion.

Le jeune homme qui ne cherchait point l’admiration du monde voulut s’isoler complètement. Il abandonna sa nourrice et se retira en un lieu désert appelé Sublacum (aujourd’hui Subiaco) à quarante milles de Rome. Au cours de son exploration, un moine nommé Romain vint à sa rencontre. Celui-ci vivait dans un monastère voisin sous l’obéissance de l’abbé Théodat ; Benoît lui confia son dessein, sur lequel il demandait le secret, reçut de Romain, l’habit religieux avec l’indication d’une grotte étroite dans laquelle il pourrait vivre entièrement inconnu des hommes. Il y vécut pendant trois ans avec le pain que lui apportait le moine Romain. Après ce laps de temps, Dieu voulut faire connaître pour l’édification des hommes la vie que menait son serviteur Benoît. Assez loin de la grotte de Subiaco vivait· un prêtre auquel le Seigneur apparut pendant qu’il préparait son repas pour célébrer la fête de Pâques : « Tu te prépares un bon repas, lui dit-il, et pendant ce temps mon serviteur souffre de la faim dans sa retraite. » Le prêtre comprit la leçon, et se levant aussitôt, il prit les aliments qu’il avait préparés et courut à la recherche du serviteur de Dieu à travers les hautes montagnes et les gorges profondes. Il finit par le découvrir caché dans sa grotte, s’entretint avec lui des douceurs de la vie céleste, et finit par lui dire : « Levez-vous et prenons quelque nourriture, parce que c’est aujourd’hui la fête de Pâques. » — « Je sais, répondit Benoît, que c’est Pâques pour moi, puisque j’ai le bonheur de vous voir. » Comme il était séparé des hommes, il ignorait que ce fût en réalité la solennité de Pâques. Mais le bon prêtre lui en donna l’assurance, il ajouta : « C’est aujourd’hui véritablement le jour de Pâques, le jour de la résurrection du Seigneur ; vous ne devez pas prolonger votre jeûne, car je suis envoyé vers vous pour que nous goûtions ensemble le bienfaits du Tout-Puissant. » Ils bénirent donc le Seigneur et prirent leur repas. Quand il fut achevé, et qu’ils se furent encore entretenus ensemble, le prêtre retourna à son église.

À cette même époque, quelques bergers, qui menaient leurs troupeaux dans ces parages, découvrirent la grotte de Benoît ; l’ayant aperçu à travers les buissons revêtu de peaux, ils le prirent pour quelque bête sauvage. Mais s’étant approchés, ils le contemplèrent en face et furent pénétrés d’une douce vénération. Par eux, on connut dans les environs la présence de Benoît et un grand nombre de personnes vinrent le visiter ; en échange de la nourriture corporelle qu’ils lui apportaient, ces gens recevaient de sa bouche la nourriture de l’âme.

Un jour que Benoît était en contemplation, le tentateur lui apparut sous la forme d’un petit oiseau noir, vulgairement appelé merle ; il se mit à voltiger devant sa face avec tant d’importunité que le saint aurait pu le prendre avec la main s’il l’avait voulu, mais il fit le signe de la croix et l’oiseau disparut. Au même moment, Benoît fut saisi d’une tentation de la chair si violente qu’il n’en avait jamais ressenti de semblable. L’esprit-malin rappela à son souvenir une femme qu’il avait connue à Rome, et troubla tellement son cœur, qu’à moitié vaincu par la volupté, le serviteur de Dieu pensait presque à quitter le désert. Mais bientôt, touché de la grâce, Benoît rentra en lui­-même ; apercevant près de sa grotte un épais buisson de ronces et d’épines, il se dépouilla entièrement de ses vêtements, et se roula sur le buisson jusqu’à ce que son corps ne fût plus qu’une plaie. Les blessures de son corps guérirent alors celles de son âme ; la volupté céda à la douleur. (On raconte que saint François d’Assise vint plus tard visiter ce buisson, y planta des rosiers dont les feuilles paraissaient tachetées de sang. Lui­-même avait remporté une victoire semblable à Notre-Dame des Anges). À partir de ce moment, comme il l’avouait à ses disciples, les mouvements de la concupiscence furent tellement domptés en lui, qu’il n’en ressentit plus les atteintes. Beaucoup de personnes dans la suite quittèrent le monde et vinrent se mettre sous son obéissance ; affranchi de cette infirmité de la chair, il avait le droit d’enseigner les vertus.

La réputation de sainteté avait rendu célèbre le nom de Benoît. Dans les environs de sa grotte, il y avait un monastère (désigné sous le nom de Vicovaro) dont l’abbé vint à mourir : toute la communauté vint trouver Benoît, et le conjura de vouloir bien en prendre la direction. Il refusa longtemps, déclarant aux religieux qu’ils ne pourraient pas s’entendre. Puis vaincu par leurs prières, il finit par consentir. Lorsqu’il voulut faire observer la règle dans le monastère, ces religieux s’irritèrent, s’accusèrent les uns les autres de s’être donné un tel supérieur dont la sainte vie contrastait trop avec leur inconduite. Quelques-uns résolurent sa mort, et décidèrent d’empoisonner son vin. Lorsque le vase de verre qui contenait le poison fut présenté à la table de l’abbé, pour qu’il fût béni selon l’usage, Benoît étendit la main et fit le signe de la croix. Le vase que l’on tenait à une certaine distance se rompit à ce simple signe comme s’il se fût brisé contre une pierre. L’homme de Dieu reconnut aussitôt qu’on lui avait présenté un breuvage de mort qui n’avait pu recevoir le signe de vie. Il se leva, sur le champ, le visage calme et l’esprit tranquille et dit aux frères réunis : « Que le Dieu tout-puissant vous pardonne, mes frères. Pourquoi vouloir me traiter de la sorte ? Ne vous avais-je pas dit, dès le principe que nous ne pourrions pas vivre ensemble ? Cherchez un abbé qui puisse vous convenir, car désormais il ne faut plus compter sur moi. » Il retourna sur le champ dans sa chère solitude ; il y vécut seul avec lui-même, c’est-à-dire comme l’explique saint Grégoire, qu’il veillait toujours sur son âme, constamment en présence de son Créateur.

Mais dans cette solitude vinrent à lui de nombreux disciples qui désiraient servir Dieu : il bâtit alors douze monastères dans chacun desquels il plaça douze moines sous la direction d’un abbé. Il garda seulement près de lui quelques disciples pour les former sous ses yeux. Des habitants de Rome, distingués par leur noblesse et leur piété vinrent aussi le trouver et lui confièrent leurs enfants ; Equitius lui confia son fils Maur, et le patrice Tertullus, son fils Placide, deux enfants de grande espérance.

Le trait suivant n’est pas dans saint Grégoire. Benoît voyageait quelquefois, sans attirer sur lui l’attention : un soir il arriva à un village situé à quelques milles de Subiaco, dans la direction de Palestrine ; les habitants pour une raison quelconque ne voulurent pas le recevoir. Alors Benoît alla simplement s’étendre sur une roche et s’y endormit sous le ciel du bon Dieu. Depuis des siècles, cette roche bénie est signalée chaque année par le suintement d’une manne particulière. Le prodige tantôt commence le 20 mars au soir, tantôt, mais plus rarement le 19, tantôt le 21 seulement, et cesse le 22 mars.

Les divers miracles que raconte saint Grégoire, et qui se rattachent à cette époque de la vie de saint Benoît, révèlent son esprit de prière, sa sollicitude paternelle pour ses moines, son esprit d’obéissance et d’humilité : tels sont, la correction d’un moine qui ne pouvait rester à l’oraison, parce que le démon l’attirait au dehors, l’éruption d’une source d’eau au sommet d’un mont pour épargner la fatigue aux moines, le fer d’un outil remontant à la surface du lac pour s’adapter de lui-même au manche, le fait de Maur marchant sur les eaux du lac pour ramener au bord Placide qui se noyait, etc.

Mais Benoît n’échappa point à la condition des vrais amis de Dieu. Ses vertus et ses miracles lui suscitèrent des envieux. Le prêtre d’une église voisine de Subiaco, nommé Florentius, se laissant séduire par le démon, se mit à combattre les efforts du serviteur de Dieu et à dénigrer sa conduite. Ne réussissant point à détourner de lui ceux qui aspiraient à une vie parfaite, il tenta lui aussi de l’empoisonner : dans ce but il osa lui envoyer un pain dans lequel le poison se trouvait caché. Benoît reçut ce pain et remercia le donateur. Mais à l’heure du repas, un corbeau avait l’habitude de venir de la forêt voisine pour recevoir du pain de la main de Benoît. Quand il vint comme à l’ordinaire, Benoît prit le pain envoyé par le prêtre, le jeta devant le corbeau en lui disant : « Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, prends ce pain et va le jeter dans un lieu où personne ne pourra le trouver. » Le corbeau ouvrant le bec et battant des ailes, se mit à voltiger autour du pain et à croasser, comme pour faire entendre qu’il voulait bien obéir, mais qu’il ne pouvait pas. Benoît insista plusieurs fois, répétant : « Prends-­le sans crainte, et porte-le où personne ne pourra le trouver. » Le corbeau hésita longtemps, piqua enfin le pain, l’enleva et disparut. Il revint trois heures après sans le pain, et reçut de Benoît sa pitance accoutumée.

Florentius qui n’avait pu tuer le corps du maître, voulut perdre les âmes des disciples : il envoya dans le jardin du monastère sept jeunes filles nues, qui se tenant ensemble par les mains, dansèrent longtemps devant les religieux pour exciter dans leurs cœurs les ardeurs des mauvais désirs. Benoît les aperçut de sa cellule et craignit la chute de ses disciples : mais comme toute cette persécution était dirigée contre lui seul, il céda la place à l’ennemi. Il établit donc des prieurs et un certain nombre de frères dans tous ses oratoires et changea de résidence, emmenant seulement avec lui quelques religieux. Dieu frappa bientôt d’une manière terrible Florentius qui fut écrasé sous la galerie de sa maison. Maur, le disciple de Benoît, crut devoir lui annoncer cette nouvelle en disant : « Revenez, mon Père, car le prêtre qui vous persécutait est mort. » Mais l’homme de Dieu, entendant cela, s’affligea de la mort de son ennemi, et comme Maur avait osé s’en réjouir, il lui imposa une pénitence.

On place communément en l’an 529, l’abandon de Subiaco par Benoît : cet homme que tant de miracles faisaient paraître comme vraiment rempli de l’esprit de tous les Justes avait alors quarante-neuf ans. Il allait parfaire son œuvre sur un nouveau théâtre.

Fondation du Mont-Cassin

Benoît, en quittant Subiaco emmena donc un certain nombre de disciples, et parmi eux, Maur et Placide qu’il entourait d’une spéciale affection. Le poète Marc, un autre disciple immédiat du saint a attesté qu’au moment où le saint homme se mit en marche, trois corbeaux sortirent du bois et accompagnèrent le cortège à travers les sentiers de la montagne. Ces oiseaux apprivoisés, attachés d’ordinaire à leur retraite et à leur nid, montrèrent à leur façon que la stabilité, élément nécessaire de la vie bénédictine, doit pouvoir céder quand il le faut à l’appel de Dieu. Après la traversée des montagnes, Benoît, suivi de ses disciples, traversa la ville de Cassinum, et se mit à gravir le sentier rocailleux pour atteindre le sommet où se trouvait la forteresse : à mi-côte, il rencontra un bois sacré où les païens des montagnes venaient encore fêter Vénus. Près du bois, il s’agenouilla et fit sa prière, puis se relevant, il monta vers la forteresse où s’en trouvaient deux dédiés l’un à Apollon, l’autre à Jupiter. Arrivé dans l’enceinte il brisa l’idole, renversa l’autel, brûla les bois sacrés ; dans le temple d’Apollon, il établit un oratoire à Saint-Martin, en dédia un autre à l’endroit même où était l’autel de Jupiter, et se mit à prêcher la foi au peuple des environs.

Ce zèle apostolique excita la rage du démon qui, se montrant sous une forme visible, se plaignit à grands cris de la violence qu’on lui faisait. Les disciples de Benoît ne voyaient pas ces horribles apparitions, mais ils entendaient ce que le démon disait dans sa fureur : « Benoît ! Benoît ! Sois maudit et non béni ! Pourquoi me persécutes-tu ? » Ce fut pour le serviteur de Dieu l’occasion de nouvelles victoires. On se mit au travail pour la construction du nouveau monastère, au milieu d’entraves sans cesse renouvelées. Tantôt c’était une énorme pierre qu’on ne pouvait ébranler, le démon rendant tous les efforts inutiles, tantôt c’étaient des flammes paraissant dans la cuisine et menaçant de tout détruire parce qu’on y avait jeté une idole, tantôt c’était un mur renversé et écrasant un jeune moine.

Et Benoît, favorisé du don des miracles, combattait avec succès toutes ces ruses pernicieuses de l’esprit malin. Dieu lui donnait en même temps les lumières à l’aide desquelles il connaissait les secrets des cœurs, découvrait les événements qui se passaient à distance comme s’il les avait vus de ses yeux. Le roi Totila, entendant parler de l’esprit prophétique de Benoît, voulut en avoir la preuve. Ayant sollicité une audience, il envoya à sa place son écuyer Riggo, et lui fit prendre ses chaussures et ses ornements royaux. D’aussi loin que Benoît vit arriver ce messager et put se faire entendre de lui, il cria : « Quittez, mon fils, quittez tout ce que vous portez, cela ne vous appartient pas. » À ces mots Riggo tomba à terre, tout tremblant d’avoir osé se jouer d’un si grand homme, puis il alla rapporter le fait à Totila. Celui-ci arriva ensuite : apercevant l’homme de Dieu assis à une certaine distance, il se prosterna à terre. Par deux et trois fois Benoît lui dit : « Levez-vous ! » Et Totila n’osant le faire, Benoît s’approcha, le releva lui­-même : il lui reprocha ensuite ses actions, lui prédit en quelques mots ce qui devait lui arriver : « Vous faites beaucoup de mal, lui dit-il, vous en avez beaucoup fait, tâchez de modérer enfin vos iniquités. Vous entrerez dans Rome, vous passerez la mer, vous régnerez neuf années et vous mourrez la dixième. » Le roi, grandement effrayé, se recommanda aux prières du saint abbé dont la prédiction se réalisa de point en point. À l’évêque de Canuse, qui venait souvent le visiter, Benoît renouvela cette prédiction, et fit connaître les maux qui devaient fondre sur Rome : « Rome, dit-il, ne sera pas détruite par les étrangers, mais elle sera tellement ravagée par les tempêtes, les orages, les tremblements de terre qu’elle périra d’elle-même. » Ces prophéties se réalisèrent complètement : celles qui regardaient Rome s’accomplirent du vivant de saint Grégoire.

Un clerc de l’église d’Aquin tourmenté par le démon n’avait pu être guéri après de nombreuses visites aux sanctuaires des martyrs ; on l’amena à Benoît qui invoqua sur lui le nom de Jésus et chassa aussitôt le démon. Il dit alors au clerc délivré : « Allez, ne mangez pas de viande, et gardez-vous de vous faire ordonner, car le jour où vous aurez la témérité de recevoir les saints ordres, vous retomberez aussitôt sous le pouvoir du démon. Le clerc se retira ; la crainte que lui laissa le souvenir de sa possession le rendit d’abord fidèle aux prescriptions du serviteur de Dieu. Bien des années après, lorsque ses supérieurs furent morts, et qu’il vit de plus jeunes que lui recevoir les ordres sacrés, il ne tint plus compte des paroles de Benoît, il se présenta au sacerdoce, et aussitôt le démon s’empara de lui pour ne plus le quitter. Un noble, nommé Théoprobe, converti par les exhortations du saint et admis dans son intimité, entra un jour dans la cellule de Benoît et le trouva pleurant à chaudes larmes. Il attendit longtemps, et, comme les larmes ne tarissaient pas, il voulut savoir la cause d’une si grande affiiction. Benoît lui répondit : « Tout ce monastère que j’ai construit et que j’ai préparé pour mes frères, le jugement de Dieu le livre aux infidèles : c’est à peine si j’ai pu obtenir que la vie des religieux me fût accordée. » Cette prophétie entendue par Théoprobe se réalisa en effet lorsque en 583 les Lombards entrèrent au Mont-Cassin, pillèrent tout, mais ne purent s’emparer de personne : les religieux se réfugièrent à Rome et y bâtirent un monastère à Saint-Jean de Latran.

Trois exemples achèveront de montrer jusqu’à quel point Benoît savait découvrir les choses les plus cachées. Un converti du nom d’Exhilaratus fut envoyé par son maître porter à Benoît deux flacons de vin : il en porta un et cacha l’autre en chemin. Benoît reçut le flacon en remerciant, mais au serviteur qui prenait congé de lui il dit : « Prends garde, mon fils, de boire du flacon que tu as caché, penche-le avec précaution et tu verras ce qu’il contient. » Le jeune homme se retira tout confus, et voulut vérifier en retournant ce qui lui avait été dit. Il inclina le flacon et il en sortit aussitôt un serpent. Cette découverte lui inspira une vive horreur de sa faute. Un moine après avoir donné son instruction à des religieuses du voisinage, reçut de ces religieuses quelques mouchoirs qu’il cacha dans son sein. Au retour, après avoir reçu la bénédiction de son abbé, il s’entendit reprendre très amèrement : « Comment, mon fils, lui dit Benoît, l’iniquité est-elle entrée dans votre sein ? N’étais-je pas présent lorsque vous avez reçu des mouchoirs de ces servantes de Dieu et que vous les avez cachés dans votre sein ? » Alors le religieux se prosterna à ses pieds, avoua sa folle conduite et présenta les mouchoirs qu’il avait cachés. Au repas du soir, le vénérable Père avait un religieux qui tenait la lampe devant sa table. Cette fonction fut remplie un soir par un frère, fils d’un avocat, qui s’entretenait intérieurement de certaines pensées d’orgueil, inspirées par le démon : « Quel est celui que je sers à table ? se disait-il : je tiens sa lampe comme un esclave ; suis-je donc fait pour lui obéir ? » Tout à coup l’homme de Dieu le regarda et lui dit d’un ton sévère : « Faites le signe de la croix sur votre cœur, mon frère, que murmurez-vous en vous-même ? » Puis il appela un autre frère auquel il donna l’ordre de prendre la lampe des mains du frère ainsi réprimandé. Celui-ci raconta plus tard les pensées d’orgueil qu’il avait eues et ce qu’il avait dit intérieurement contre Benoît. Il fut évident pour tous qu’il n’y avait rien de caché pour ce saint homme.

Plusieurs traits touchants nous révèlent jusqu’où allaient en Benoît la confiance en Dieu et l’esprit de pauvreté. En 539 une grande disette désola l’Italie : les habitants de la Campanie eurent beaucoup à en souffrir. Le blé vint à manquer dans le monastère de Benoît : un jour il n’y eut plus que cinq pains pour le repas des frères. Le vénérable Père, voyant la tristesse sur leurs visages leur reprocha doucement leur manque de confiance : « Pourquoi, leur dit-il, vous attrister ainsi de ce manque de pain ? Aujourd’hui vous en avez bien peu, mais demain vous en aurez en abondance. » En effet, le jour suivant, on trouva devant la porte du monastère deux cents boisseaux de farine dans des sacs, sans qu’on ait jamais su par qui le Dieu tout­puissant les avait envoyés. Les frères remercièrent le Seigneur et apprirent ainsi à ne jamais douter de l’abondance même en temps de disette. Un brave homme, tourmenté par une dette pressante qu’il ne pouvait acquitter, vint déclarer à Benoît qu’il était poursuivi par un créancier pour douze sous d’or. Le vénérable abbé répondit qu’il n’avait point ces douze sous, puis il ajouta en manière de consolation : « Allez, et revenez dans deux jours, car je n’ai pas aujourd’hui ce qu’il faudrait vous donner. » Pendant ces deux jours, Benoît pria beaucoup ; le troisième jour quand le pauvre débiteur se présenta, on trouva sur le coffre qui renfermait le blé du monastère treize sous d’or. L’homme de Dieu ordonna de les remettre au pauvre débiteur et lui dit : « Payez votre dette avec les douze et gardez le treizième pour vos propres besoins. » Dans la grande disette dont il vient d’être question, il ne resta plus au cellier du monastère qu’un peu d’huile dans une bouteille de verre. Un sous-diacre nommé Agapit vint alors demander avec insistance qu’on lui procurât un peu d’huile. Benoît donna l’ordre de remettre au solliciteur le peu d’huile qui restait. Le cellérier entendit bien cet ordre, mais ne se pressa point de l’exécuter. Interrogé quelque temps après par Benoît, il répondit que s’il avait exécuté l’ordre, il ne serait rien resté pour les frères. Indigné de cette réponse, Benoît commanda à un autre religieux de jeter par la fenêtre la bouteille qui paraissait contenir encore un peu d’huile, pour qu’il ne restât rien au monastère qui fût le résultat de la désobéissance. Sous la fenêtre était un grand précipice hérissé de rochers : la bouteille y fut jetée et tomba au fond sans se briser. Benoît la fit ramasser et remettre au sous-diacre. Il réunit ensuite tous les frères, reprocha en leur présence au religieux qui lui avait désobéi son défaut de foi et son orgueil. À près cette réprimande, il se mit à prier avec les frères. Dans le lieu même où ils étaient réunis se trouvait un tonneau où il n’y avait pas d’huile et sur lequel était un couvercle. Au bout de quelque temps, le couvercle se souleva, et comme l’huile continuait de monter, elle finit par déborder et inonda le pavé. Lorsque Benoît s’en aperçut, il cessa de prier, et l’huile cessa de couler. Il reprit alors plus longuement le frère qui avait manqué de confiance et de soumission, lui recommandant d’avoir désormais plus de foi et d’humilité. Le frère rougit et profita de cette salutaire correction.

La charité de Benoît lui fit accomplir des prodiges dont les effets s’étendirent même au delà du tombeau. Un religieux inconstant ne voulait plus rester au monastère. Benoît, fatigué de lui donner des conseils pour résister à ce qu’il jugeait une tentation, finit par lui ordonner de partir. À peine sorti, le frère rencontra sur son chemin, un dragon qui menaçait de le dévorer : il rentra plus mort que vif au monastère et promit de n’en plus jamais sortir. Sous le roi Totila, un arien nommé Zalla, exerçait toutes sortes de cruautés sur ceux qui étaient fidèles à l’Église catholique. Un jour qu’il tourmentait un pauvre villageois, cet infortuné finit par lui déclarer qu’il avait confié tout son avoir au serviteur de Dieu Benoît. Le cruel Zalla cessa de torturer sa victime, mais lui attacha les bras avec de fortes courroies et le contraignit à marcher devant son cheval pour qu’il lui montrât ce Benoît qui avait son bien. Le villageois, ainsi enchaîné, conduisit son persécuteur jusqu’à la porte du monastère où Benoît se trouvait assis et occupé à la lecture. Zalla, pensant effrayer le saint homme, lui jeta un regard farouche et cria : « Allons, debout, debout, et rends à ce paysan ce que tu en as reçu ! » Benoît leva les yeux, et à peine eut-il jeté sa vue sur les courroies du villageois que celles-ci se délièrent d’elles­mêmes. Zalla épouvanté de la puissance de ce regard, se prosterna à terre et demanda humblement au saint abbé le secours de ses prières. Sans se lever ni quitter sa lecture, Benoît appela des frères, leur ordonna de faire entrer Zalla, pour lui rendre les devoirs de l’hospitalité. Quand les frères, après avoir exécuté ses ordres, lui ramenèrent Zalla, Benoît avertit doucement celui-ci de ne plus se livrer à ses cruautés insensées. Zalla vaincu n’osa plus rien demander au villageois.

Dans une autre circonstance, Benoît revenait du travail des champs, quand un paysan, égaré par la douleur, après avoir déposé à la porte du monastère le corps inanimé de son enfant, l’aborda en criant : « Rendez-moi mon fils ! Rendez-moi mon fils ! » L’homme de Dieu s’arrêta à ces paroles et dit : « Eh ! quoi, vous ai-je ôté votre fils ? » — « Il est mort, répondit le paysan, venez, ressuscitez-le. » Contristé d’entendre un pareil discours, il dit : « Retirez-vous, mes frères, retirez-vous ; ce n’est pas à nous, c’est aux saints apôtres à faire ces choses. Pourquoi vouloir nous imposer des fardeaux que nous ne pou­vons porter ? » Mais le malheureux père, poussé par la douleur, persistait dans sa demande, déclarant qu’il ne se retirerait pas sans son fils vivant. Alors Benoît lui dit : « Où est-il ? » Le paysan répondit : « Voici son corps étendu devant la porte du monastère. » L’homme de Dieu s’y rendit avec les frères, se mit à genoux, se pencha sur le petit corps de l’enfant. Se levant ensuite et tendant les mains vers le ciel, il dit : « Seigneur, ne considérez pas mes péchés, mais la foi de cet homme qui demande la résurrection de son fils ; rendez à ce petit corps l’âme que vous en avez retirée. » À peine eut-il terminé cette prière que l’âme revenant fit tressaillir le corps de l’enfant à la vue de tous les assistants. Benoît prit l’enfant par la main et le rendit à son père.

Les paroles même les plus simples semblaient avoir une vertu : des âmes l’éprouvèrent jusqu’au delà du tombeau, comme ces deux religieuses de bonne famille qui vivaient loin de son monastère. Pour ne pas retenir leur langue elles irritaient souvent l’homme qui pourvoyait à leurs besoins matériels. Cet homme vint s’en plaindre à Benoît qui pour les corriger leur fit dire qu’il les excommunierait. Ce n’était qu’une menace au cas où elles ne changeraient pas. Elles moururent peu après, sans avoir changé, et furent enterrées dans l’église. Quand on célébrait la messe dans cette église et que le diacre disait : « Si quelqu’un ne communie pas, qu’il se retire », la nourrice de ces religieuses les voyait sortir de leur tombeau et quitter l’église. Elle en prévint Benoît qui fit présenter pour elles une offrande à l’église, ajoutant qu’après cette offrande elles ne seraient séparées de la communion des fidèles : qui arriva.

On s’est demandé si Benoît était prêtre. Sûrement il était diacre puisque nous le voyons prêcher aux populations du Mont­-Cassin sans provoquer des réclamations de la part du clergé. Quant à la prêtrise, aucun des faits connus de sa vie n’autorise à affirmer qu’il l’ait reçue, et les prescriptions de sa règle relatives aux prêtres dans le monastère semblent indiquer qu’il ne l’était pas. Telle a été l’opinion établie dès le 12ème siècle. L’ opinion contraire s’est fait jour au 16ème siècle, mais elle a réuni peu d’adhésions. Cette dernière opinion a été reprise par dom E. Schmidt en 1901.

Nous ne répéterons pas ici le dernier entretien de Benoît avec sa sœur Scholastique (voir 10 février) : nous nous contenterons de signaler une dernière faveur qui fut accordée au saint abbé vers la fin de sa vie. Le diacre Servandus, abbé d’un monastère de la Campanie vint, selon sa coutume, rendre visite à Benoît pour un dernier entretien spirituel. Quand vint l’heure du repos, Benoît se retira dans la partie supérieure de la tour, et plaça Servandus dans une chambre inférieure qui communiquait facilement avec le haut par un escalier. Devant la tour était un bâtiment plus vaste où reposaient les disciples des deux abbés. Pendant que les frères dormaient encore, Benoît veillait. Soudain, de sa fenêtre, il vit une lumière descendre d’en haut et dissiper les ténèbres. Dans cette vision, comme il le raconta lui-même, le monde entier fut présenté à ses yeux comme ramassé dans un seul rayon de soleil. Et au même moment, Benoît vit l’âme de Germain, évêque de Capoue portée au ciel par les anges dans un globe de feu. Voulant avoir un autre témoin d’un si grand miracle, il appela deux ou trois fois le diacre Servandus. Celui-ci, troublé à cet appel, monta en toute hâte et vit encore un reste de lumière : Benoît lui raconta en détail tout ce qui venait de se passer. On envoya aussitôt le vertueux Théoprobe à Capoue qui constata que le vénérable Germain était mort, et que le trépas avait eu lieu juste au moment de la vision de Benoît.

Mort de Benoît

Quarante jours environ après que Benoît avait rendu les derniers devoirs à sa sœur Scholastique, le Saint homme annonça à quelques disciples, le jour de son prochain trépas. Il ne lui restait plus que six jours à vivre, et rien ne faisait présager une fin aussi proche. Il fit alors ouvrir son tombeau, voulant sans doute faire entendre par là que, pour dissiper l’horreur de la mort, le meilleur remède est de l’avoir toujours présente. Son intention était de revoir aussi le corps de sa sœur, et de mourir avec la certitude que ses os reposeraient à côté des siens. Aussitôt après il fut saisi d’une fièvre violente qui le consumait ; le sixième jour de sa maladie, il se fit porter par ses disciples dans l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste, il y reçut, comme viatique de départ, le corps et le sang de Notre-­Seigneur. Puis, soutenu par les bras de ses disciples, les mains étendues vers le ciel, et debout, il rendit le dernier soupir en murmurant une suprême prière. Tous ses disciples furent avec lui à la mort comme à la vie parce que tous voulaient le revoir au ciel.

Le jour même de la mort, deux moines dont l’un était au monastère et l’autre en pays lointain eurent la même vision, suivant ce qu’il avait prédit avant de mourir. Ils virent une échelle s’élever, du point où Benoît avait rendu son âme jusqu’au ciel : elle était couverte de riches draperies et éclairée par une multitude d’étoiles. Au sommet se tenait un homme d’un aspect vénérable, rayonnant d’une lumière divine, il leur dit : « C’est la voie par laquelle Benoît, le bien-aimé du Seigneur,  est monté au ciel. » Ceux qui étaient absents connurent alors au signe qui leur avait été prédit, la mort du saint homme en même temps que les frères qui en avaient été témoins. Les disciples déposèrent le corps de leur vénérable Père à côté de celui de sa sœur Scholastique dans le sépulcre qu’il s’était préparé sous l’autel de Saint-Jean-Baptiste, au lieu même de l’autel d’Apollon qu’il avait renversé (21 mars 543, d’après l’opinion la plus commune).

L’œuvre de Saint Benoît (Bénédictins de Paris)

Saint Grégoire le Grand, le biographe que nous avons suivi dans ses grandes lignes, parle en ces termes de la règle bénédictine : « L’homme qui a brillé dans le monde par tant de miracles, l’a éclairé grandement aussi par sa doctrine ; car il a écrit aussi pour les moines une règle remarquable par sa discrétion et par la clarté de son langage. Elle reflète à fond sa vie et ses mœurs, on retrouve dans l’institution de cette règle toutes les vertus du maître ; le saint homme n’a jamais pu enseigner autrement qu’il n’a vécu. » Après ce premier éloge, il y aurait à citer siècle par siècle, le témoignage des souverains pontifes, des conciles, des docteurs et des saints. Voici ce qu’écrivait en 1862 Dom Guéranger (Enchiridium benedictinum) : « Saint Thomas, sainte Hildegarde, saint Antonin, ont cru que cette règle était directement inspirée par l’Esprit-Saint. De Charlemagne à Côme de Médicis, elle a été regardée comme un admirable modèle de législation même civile ; presque tous les ordres militaires l’ont prise comme base de leurs constitutions. Pendant huit siècles, elle a prévalu seule en Occident ; elle a de plus exercé une influence bienfaisante sur la vie du clergé séculier ; la constitution de l’ordre bénédictin a servi de type aux chapitres des cathédrales. »

Et Bossuet (Panégyrique de saint Benoît) s’exprime ainsi « : « Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien, et toutefois, il l’appelle un commencement. »

Quant aux disciples de saint Benoît, le développement merveilleux de la famille bénédictine peut être considéré comme un événement providentiel et le fruit des bénédictions célestes répandues sur son œuvre à travers les siècles.

Extraits de la Règle de Saint Benoît

Du Prologue

Lorsque nous avons demandé au Seigneur, mes frères, qui habitera dans sa demeure, nous avons appris ce qu’il faut faire pour y demeurer. Puissions-nous accomplir ce qui est exigé de cet habitant ! Il nous faut donc préparer nos cœurs et nos corps aux combats de la sainte obéissance à ses commandements.
Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d’éviter les peines de l’enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.
C’est à cette fin que nous voulons fonder une école où l’on serve le Seigneur. Dans cette institution, nous espérons ne rien établir de rude ni de pesant. Si, toutefois, il s’y rencontrait quelque chose d’un peu rigoureux, qui fût imposé par l’équité pour corriger nos vices et sauvegarder la charité, garde-toi bien, sous l’effet d’une crainte subite, de quitter la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles.
En effet, à mesure que l’on progresse dans la voie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate, et l’on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l’amour. Ne nous écartons donc jamais de son enseignement, et persévérant jusqu’à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d’avoir part à son royaume. Amen.

Chapitre 72, Le bon zèle

Il est un mauvais zèle, un zèle amer, qui sépare de Dieu et mène à l’enfer. De même, il est un bon zèle qui sépare des vices et mène à Dieu et à la vie éternelle. C’est ce zèle que les moines pratiqueront avec un très ardent amour : ils s’honoreront mutuellement avec prévenance ; (cf. Rm 12, 10) ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d’autrui, tant physiques que morales ; ils s’obéiront à l’envi ; nul ne recherchera ce qu’il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui ; ils s’accorderont une chaste charité fraternelle ; ils craindront Dieu avec amour ; ils aimeront leur abbé avec une charité sincère et humble ; ils ne préfèreront absolument rien au Christ ; qu’Il nous amène tous ensemble à la vie éternelle !

Prières

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui hodiérna die carnis edúctum ergástulo sanctíssimum Confessórem tuum Benedíctum sublevásti ad cælum :  concéde, quæsumus, hæc festa tuis fámulis celebrántibus cunctórum véniam delictórum ; ut, qui exsultántibus ánimis eius claritáti congáudent, ipso apud te interveniénte, consociéntur et méritis. Per Dóminum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez en ce jour tiré votre Confesseur, le Bienheureux Benoît, de la prison de son corps pour l’élever au ciel, daignez accorder à vos serviteurs qui célèbrent cette Fête le pardon de toutes leurs fautes, afin que, prenant part dans la joie de leur âme à sa gloire et à son bonheur, ils soient, grâce à son intercession, associés à ses mérites.

Oratio

Omnípotens, sempitérne Deus, qui per gloriósa exémpla humilitátis, triúmphum nobis ostendísti ætérnum ; da quæsumus, ut viam tibi plácitæ obœdiéntiæ, qua venerábilis Pater illésus antecedébat Benedíctus, nos, præclaris eius mentis adiúti, sine erróre subsequámur.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875) à saint Benoît

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

Ô Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

Ô Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Élevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.

Antienne

Ã. Hódie sanctus Benedíctus per viam Oriéntis trámitis vidéntibus discípulis cælos ascéndit : hódie eréctis mánibus inter verba oratiónis migrirávit : hódie in glória ab Ángelis suscéptus est.

Ã. Aujourd’hui Saint Benoît, par la voie de l’Orient, sous les yeux de ses disciples, s’est dirigé rapidement vers les cieux. Aujourd’hui, les mains levées dans des paroles d’oraison, il s’en est allé. Aujourd’hui, dans la gloire il a été reçu par les Anges.

Antienne grégorienne “Hodie Sanctus Benedictus”

Antienne Hodie Sanctus Benedictus

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Annonces

Mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 décembre : jours de jeûne et d’abstinence pour les Quatre-Temps.
En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Dom Delatte

Aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre.

Commentaire de l’épître du jour (Phil 4, 4-9) par Dom Paul Delatte

D’après le Docteur Angélique la joie vient ou d’un bonheur possédé par nous, ou d’un bonheur assuré à ce que nous aimons. En effet, aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre. Et Dieu étant avec nous, et Dieu étant heureux, la joie doit être au centre même de toute vie chrétienne. Elle est assurée si nous prenons notre foi au sérieux. La joie n’est pas une vertu, parce qu’elle n’est pas une disposition directement opérative ; mais elle est l’atmosphère de la vertu, l’indice, le fruit, la cause, la mesure, la condition de la charité. Elle en est aussi le rayonnement comme elle est le premier fruit de l’Esprit. Aucun précepte, plus que ce précepte de la joie qui vient de la charité, n’était de nature à effacer toutes les dissonances qui affligeaient la communauté de Philippes : mais le précepte de la joie va plus loin, et dessine une attitude de la vie chrétienne. La joie est la condition de tout bien. Nous l’avons dit déjà, nous ne sommes fidèles, nous ne sommes aimants, nous ne sommes délicats, nous ne sommes reconnaissants, nous ne sommes persévérants que dans la joie. Nous puisons la joie aux sources mêmes de la vie chrétienne. Une religion se traduit par le caractère de ses préceptes. Et en même temps qu’il révèle toute la religion, le précepte de la joie révèle Dieu, comme le précepte de l’abnégation, comme le précepte de la paix, comme le précepte de la prière, comme le précepte de la charité : en même temps qu’ils sont la norme de notre vie, tous ces éléments nous définissent la religion, et Dieu même. Dieu seul et le christianisme prescrivent la joie, parce que seuls ils la motivent.

Mais nous n’avons pas le droit de nous écarter du texte. Le Seigneur avait dit déjà : Nolite fieri sicut hypocritae, tristes. On ne sert pas Dieu avec un air maussade. L’Apôtre ajoute : Réjouissez-vous. C’est l’objet du précepte : la joie ; puis la qualité de cette joie, son motif : Réjouissez-vous dans le Seigneur. Quand faut-il se réjouir ? Toujours. Et après, que faut-il faire ? Il semble qu’après avoir prescrit la joie, il y avait place pour un autre devoir et une autre prescription; mais l’Apôtre a foi dans la suffisance de la joie seule : Je vous le dis de nouveau : réjouissez-vous. Cela suffit. Lorsque l’âme est joyeuse, elle est bienveillante aussi. La charité s’exerce spontanément et d’elle-même. Même elle est contagieuse, la joie. Ceux qui ont de la joie en donnent tout autour d’eux. Il n’y a plus alors de dissidences possibles. S’il en est autrement, le bruit des discussions s’entend à l’extérieur, et crée contre nous un préjugé ; les païens se disent alors : Ils nous ressemblent, ils ont leurs divisions et leurs rivalités, eux aussi. Qu’un sage esprit de mesure et de douceur, répandu sur toute notre vie, se laisse donc apercevoir de tous les hommes. L’effacement de l’égoïsme, la charité mutuelle sont un motif de crédibilité, les âmes vont si volontiers là où on s’aime. Mais le motif de cette douceur et de cette mesure est plus profond que l’édification elle-même : le Seigneur est proche. Il est tout près. Il est intime. Il vit en nous. Nous vivons dans un sanctuaire vivant et incréé, où les attitudes et les mouvements doivent être mesurés et définis par le respect.

N’ayez pas l’âme divisée par des soucis et des inquiétudes, par toutes les anxiétés ou préoccupations du lendemain (Mt 6, 25). En toute chose, nous dit l’Apôtre, en toute circonstance, que vos prières et vos demandes exposent à Dieu vos besoins : et que votre prière soit toujours mêlée de reconnaissance pour les bienfaits obtenus. Ainsi votre âme cessera d’être partagée et déchirée par des soucis que vous aurez confiés à Dieu. Ainsi au milieu même des épreuves et des anxiétés d’ici-bas, la paix de Dieu régnera sur toute votre vie, la paix qui surpasse tout sentiment.

Peut-être le commentaire, d’ailleurs très vrai et très aimable, habituellement donné à ce passage trahit-il quelque peu le sens littéral. La pensée de l’Apôtre nous semble celle-ci : en face des problèmes qui s’offrent à nous, notre premier mouvement, et il est très légitime, est de faire appel aux ressources de notre esprit pratique, d’étudier les voies, moyens et combinaisons qui pourront nous tirer d’affaire. Sans blâmer aucunement cette disposition naturelle, et de peur qu’elle ne devienne naturaliste, l’Apôtre nous avertit qu’il y a quelque chose qui l’emporte sur la sagesse de nos réflexions et sur nos combinaisons les plus profondes : c’est le repos en Dieu, l’attachement à Dieu, en un mot la paix de Dieu.

Ayons donc moins confiance en nous qu’en elle. C’est elle qui gardera nos cœurs et nos pensées à l’abri de l’anxiété, et formera autour de notre vie comme une sorte de clôture divine d’où nous ne sortirons jamais. Nous y sommes avec Dieu. C’est parce qu’il craint d’oublier un conseil utile à ses chers Philippiens que l’Apôtre résume rapidement (8 et 9) tout l’ensemble pratique des devoirs du christianisme toujours menacés dans les divisions, petites et grandes : Que tout ce qui est vrai et saint, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est aimable et digne d’éloges, tout ce qui est vertu et objet de louange, soit l’objet habituel de vos pensées. Et si ce programme abstrait vous semble trop peu précis, songez à tout ce que vous avez appris et reçu de moi, à tout ce que votre souvenir vous rappellera de mes paroles et de mes actes ; mettez-le en pratique, et le Dieu de la paix, de cette paix chrétienne un instant menacée, sera toujours avec vous.

Saint Lucie, Vierge et Martyre († ca 304) : leçons des Matines

Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »

Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » À ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Prières

Oratio

Aurem tuam, quǽsumus, Dómine, précibus nostris accómmoda : et mentis nostræ ténebras, grátia tuæ visitatiónis illústra : Qui vivis.

Oraison

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Oratio

Exáudi nos, Deus, salutáris noster : ut, sicut de beátæ Lúciæ Vírginis tuæ festivitáte gaudémus ; ita piæ devotiónis erudiámur affectu. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. Ô lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Iuste et pie vivamus exspectantes beatam spem et adventum Domini.
Ã. Vivons avec justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

Antienne grégorienne “Iuste et pie”

Antienne Iuste et pie
Ã. Tanto pondere eam fixit Spiritus Sanctus ut virgo Domini immobilis permaneret.
Ã. L’Esprit-Saint rendit Lucie si pesante, que la Vierge du Seigneur demeura sans pouvoir être déplacée.

Antienne grégorienne “Tanto pondere”

Antienne Tanto pondere

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

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La Punchline de Saint Ambroise

En vérité, il est juste d’appeler courageux celui qui se vainc soi-même, contient la colère, n’est amolli et fléchi par aucune séduction, n’est pas troublé par l’adversité, n’est pas exalté par la prospérité, et n’est pas entraîné par le tourbillon du changement et de la variété des choses.

Saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l’Église (340-397)

Ambroise, Évêque de Milan, fils d’Ambroise citoyen romain, vint au monde tandis que son père était préfet des Gaules. On dit qu’en son enfance un essaim d’abeilles se posa sur ses lèvres : présage de la divine éloquence qu’il devait montrer un jour. On l’instruisit dans les arts libéraux, et bientôt le préfet Probus le préposa au gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Il se rendit à Milan par l’ordre du même Probus, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension touchant le choix de son successeur. Ambroise se rendit donc à l’église selon le devoir de sa charge, pour calmer la sédition. Quand il eut, à cette fin, parlé avec éloquence de la paix et de la tranquillité publique, un enfant s’écria tout à coup : « Ambroise Évêque ! » Tout le peuple répéta cette acclamation, demandant Ambroise pour son Évêque.

Comme Ambroise refusait d’accepter et résistait aux prières de la multitude, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir qu’on demandait pour le sacerdoce ceux qu’il avait choisis pour magistrats. Cette élection ne satisfit pas moins le préfet Probus qui, au départ d’Ambroise pour Milan, lui avait dit comme par inspiration divine : « Allez et agissez, non pas en juge mais en Évêque. » La volonté impériale s’accordant avec le désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était encore catéchumène), initié aux mystères sacrés, et, ayant passé par tous les degrés des Ordres de l’Église, il reçut la charge épiscopale huit jours après son élection, le sept des ides de décembre. Devenu Évêque, il défendit résolument la foi catholique et la discipline ecclésiastique, convertit à la vraie foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, et parmi ceux-ci il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, cette lumière éclatante de l’Église.

Quand l’empereur Gratien eut été tué, Ambroise se rendit deux fois en députation auprès de Maxime, son meurtrier ; mais celui-ci refusant de faire pénitence, il cessa toute relation avec lui. Il interdit à l’empereur Théodose l’entrée de l’église, à cause du massacre des Thessaloniciens ; comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans sa pénitence. » C’est pourquoi Théodose accomplit humblement la pénitence publique que lui avait imposée Ambroise. Le saint Évêque s’étant donc acquitté de sa charge en multipliant pour l’Église de Dieu ses travaux et ses soins, et ayant écrit beaucoup de livres remarquables, prédit le jour de sa mort, avant de tomber malade. Honorat, Évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut auprès de lui, et lui donna le corps sacré du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, pria, les mains étendues en forme de croix, puis il rendit son âme à Dieu. C’était la veille des nones d’avril, l’an de Jésus-Christ trois cent quatre-vingt-dix-sept.

Sur la Virginité de Marie (Lc 1, 26) : commentaire de Saint Ambroise

« En ce même temps l’ange Gabriel fut envoyé par le Seigneur dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge qu’avait épousée un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et la vierge se nommait Marie. » Sans doute les mystères divins sont cachés et, comme l’a dit le prophète, il n’est pas facile à l’homme, quel qu’il soit, d’arriver à connaître les desseins de Dieu (Is 40, 13). Pourtant l’ensemble des actions et des enseignements de notre Seigneur et Sauveur nous donne à entendre qu’un dessein bien arrêté a fait choisir de préférence, pour enfanter le Seigneur, celle qui avait épousé un homme. Mais pourquoi ne fut-elle pas rendue mère avant ses épousailles ? Peut-être pour qu’on ne pût dire qu’elle avait conçu dans l’adultère. Et l’Écriture, fort à propos, a indiqué ces deux choses ; elle était épouse et vierge ; vierge, ce qui la montre exempte de tout rapport avec un homme ; épouse, pour soustraire au stigmate infamant d’une virginité perdue celle dont la grossesse eût semblé manifester la déchéance. Et le Seigneur a mieux aimé laisser certains mettre en doute son origine plutôt que la pureté de sa Mère : il savait combien délicat est l’honneur d’une vierge, combien fragile son renom de pureté ; et il n’a pas jugé à propos d’établir la vérité de son origine aux dépens de sa Mère. Ainsi fut préservée la virginité de sainte Marie, sans détriment pour sa pureté, sans atteinte à sa réputation ; car les saints doivent avoir bonne réputation même auprès des gens du dehors (1 Tim 3, 7), et il ne convenait pas de laisser aux vierges dont la conduite est en fâcheux renom le couvert et l’excuse de voir diffamée jusqu’à la Mère du Seigneur. Puis, que reprocher aux Juifs, à Hérode, s’ils avaient semblé poursuivre l’enfant d’un adultère ? Et comment lui-même eut-il dit : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17), s’il avait paru commencer par une atteinte à la Loi, puisque l’enfantement hors mariage est condamné par la Loi ? Mieux encore, la pureté trouve un témoin de toute sûreté : un mari, en mesure et de ressentir l’injure et de venger l’affront, s’il n’avait reconnu un mystère. Ajoutons encore que cela donne plus de crédit aux paroles de Marie et lui épargne tout sujet de mentir : car elle eût semblé vouloir couvrir sa faute par un mensonge, si sans mariage elle eût été enceinte ; elle aurait eu sujet de mentir, n’étant pas épouse ; épouse, elle n’en avait pas, puisque la récompense du mariage et le bienfait des noces, c’est, pour les femmes, la fécondité.

Autre raison, qui n’est pas négligeable : la virginité de Marie devait tromper le prince du monde, qui, la voyant unie à un époux, n’a pu se méfier de son enfantement. Qu’il y ait eu intention de tromper le prince du monde, les paroles mêmes du Seigneur le proclament, quand il commande aux Apôtres de ne pas parler du Christ (Mt 16, 20), interdit à ceux qu’il guérit de publier leur guérison (Mt 8, 4), ordonne aux démons de ne point parler du Fils de Dieu (Lc 4, 35). Qu’il y ait eu, comme je l’ai dit, intention de tromper le prince du monde, l’Apôtre à son tour l’a proclamé : « Nous prêchons, dit-il, la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, que nul des princes de ce monde n’a connue ; car, s’ils l’avaient connue, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté » (1 Cor 2, 7 sqq.) : autrement dit, jamais ils n’auraient fait que je sois racheté par la mort du Seigneur. Il l’a donc trompé pour nous, il l’a trompé pour le vaincre ; il a trompé le diable quand celui-ci le tentait, quand il le priait, quand il l’appelait Fils de Dieu, ne convenant jamais de sa propre divinité. Pourtant il a plus encore trompé le prince de ce monde : car le diable, malgré un moment d’incertitude, quand il disait : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Mt 4, 6), a du moins fini par le reconnaître et s’est retiré de lui ; les démons aussi l’ont connu, puisqu’ils disaient : « Nous savons qui tu es, Jésus, le Fils de Dieu ; pourquoi es-tu venu avant le temps nous torturer ? » (Mt 8, 29) ; et ils ont reconnu sa venue précisément parce qu’ils savaient d’avance qu’il viendrait. Mais les princes de ce monde ne l’ont pas connu ; quelle meilleure preuve pouvons-nous alléguer que le texte de l’Apôtre : « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté ? » En effet, la malice des démons arrive à pénétrer même les choses cachées, mais ceux qu’absorbent les vanités du monde ne sauraient connaître les choses de Dieu.

Il y a eu répartition heureuse entre les évangélistes. S. Matthieu nous montre Joseph averti par l’ange de ne pas renvoyer Marie, l’évangéliste Luc témoigne par ailleurs qu’ils ne s’étaient pas unis (Lc 1, 27) et Marie elle-même le reconnaît ici, quand elle dit à l’ange : « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » mais de plus S. Luc même la proclame vierge en disant : « Et la vierge se nommait Marie », et le prophète nous l’avait appris par ces paroles : « Voici qu’une vierge va concevoir » (Is 7, 14) ; Joseph aussi l’a montré, puisque, voyant la grossesse de celle qu’il n’avait pas connue, il s’apprêtait à la congédier ; et le Seigneur lui-même, sur la croix, l’a rendu manifeste en disant à sa Mère : « Femme, voici votre fils », puis au disciple : « Voici votre mère » ; même l’un et l’autre, le disciple et la mère, en sont témoins, puisqu’ « à partir de cette heure le disciple la prit chez lui» (Io 19, 26 sqq.). S’il y avait eu union, jamais à coup sûr elle n’eût quitté son époux, et cet homme juste n’aurait pas souffert qu’elle s’éloignât. Comment d’ailleurs le Seigneur aurait-il prescrit ce divorce, ayant lui-même prononcé que nul ne doit répudier son épouse sauf le cas de fornication ?

Quant à S. Matthieu, il montre bien ce que doit faire un juste qui constate la faute de son épouse, pour se garder innocent d’un homicide, pur d’un adultère ; car « qui s’unit à une débauchée n’est qu’un corps avec elle» (1 Cor 6, 16). Ainsi, en toute circonstance, Joseph garde le mérite et fait figure de juste, ce qui relève son témoignage ; car la bouche du juste ignore le mensonge et sa langue parle justice, son jugement profère la vérité.

Ne soyez pas ému si l’Écriture l’appelle souvent épouse : elle n’exprime pas la perte de sa virginité, mais témoigne des épousailles et de la célébration des noces ; aussi bien nul ne répudie celle qu’il n’a pas prise pour épouse : donc vouloir la répudier, c’est reconnaître qu’il l’avait épousée. Il ne faut pas davantage s’émouvoir des paroles de l’évangéliste : « il n’eut pas de rapports avec elle jusqu’à ce qu’elle mit au monde un fils » (Mt 1, 25). Ou bien c’est là une locution scripturaire que vous rencontrez ailleurs : « Jusqu’à votre vieillesse, je suis » (Is 46, 4) ; est-ce qu’après leur vieillesse Dieu a cessé d’être ? Et dans le psaume : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds » (Ps. 109, 1) ; serait-ce qu’après cela il ne sera plus assis ? Ou bien encore, c’est qu’en plaidant une cause on estime suffisant de dire ce qui a trait à la cause et on ne s’enquiert pas du surplus ; il suffit en effet de traiter la cause dont on s’est chargé, en ajournant l’incident. Ayant donc entrepris de montrer que le mystère de l’Incarnation fut exempt de tout commerce charnel, on n’a pas cru devoir pousser plus loin l’attestation de la virginité de Marie, pour ne point sembler défendre la Vierge plus qu’affirmer le mystère. Certes, en nous apprenant que Joseph était juste, on indique suffisamment qu’il n’a pu profaner le Temple de l’Esprit Saint, la Mère du Seigneur, le sein consacré par le mystère.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Ambrósium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez accordé à votre peuple le bienheureux Ambroise pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui fut sur cette terre Docteur de la vie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Guéranger (1805-1875) à Saint Ambroise

Nous vous louerons, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël ; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Épouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ambrosi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Ã. Ecce rex veniet Dominus terræ et ipse auferet iugum captivitatis nostræ.

Ã. Voici venir le Roi, le Seigneur de la terre, et lui-même ôtera le joug de notre captivité.

Antienne grégorienne “Ecce Rex veniet"

Antienne Ecce Rex veniet

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Annonces

Demain, lundi 7 décembre : jour de jeûne et d’abstinence pour la Vigile de l’Immaculée Conception.

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Saint Alphonse

Prenez l’habitude de vous entretenir seul à seul avec Dieu, familièrement, avec confiance et amour, comme avec l’ami le plus cher que vous ayez, et le plus affectueux.

Sermon

Message de Saint Jean-Baptiste au Christ (Mt 11, 2-6) : commentaire de Dom Delatte

Depuis de longs mois, saint Jean-Baptiste était incarcéré à Machéronte. Hérode Antipas lui témoignait quelque déférence et s’entretenait avec lui volontiers (Mc 6, 20). La captivité de Jean n’était pas tellement rigoureuse que ses disciples n’eussent accès auprès de lui. Ils lui racontèrent ce qui se passait dans la Galilée : comment Jésus de Nazareth accomplissait de grands prodiges, entraînait des foules à sa suite, accueillait les pécheurs, faisait bon marché de la casuistique des pharisiens et entrait en conflit avec eux. Les récits qui passent par beaucoup de bouches se teignent, en chemin, des dispositions variées de chacun et, finalement, sont de moins en moins d’accord avec la réalité. N’oublions pas les sentiments de rivalité qui animaient certains disciples de Jean à l’égard des disciples du Seigneur, et un peu à l’égard du Seigneur lui-même (Io 3, 25-26) ; ces dispositions n’avaient pu que s’accentuer après l’emprisonnement du Précurseur. On conçoit bien que les rapports qui parvenaient à celui-ci fussent très divers. Quoi qu’il en soit, saint Jean manda un jour deux de ses disciples et les députa vers Jésus, avec mission de lui demander : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

La question est reproduite dans les mêmes termes par les deux évangélistes. Elle crée une difficulté réelle et les solutions sont diverses. Écartons d’abord celle de Tertullien, pour qui la foi de saint Jean-Baptiste aurait subi une réelle éclipse, par soustraction de la lumière du Saint-Esprit. Si Jean-Baptiste n’avait pas cru au Seigneur, il ne lui aurait pas envoyé d’ambassade ; il eût été puéril d’aller demander à un homme de qui l’on doute un témoignage sur son propre cas ! Et quelle démonstration aurait pu convaincre celui que ni la voix céleste, ni la vue de la colombe, ni la parole intérieure n’avaient pu persuader ? — L’explication qui a rallié le plus de suffrages, et celui notamment de saint Jean Chrysostome, veut que l’intention de saint Jean ait été d’éclairer ses disciples, et non lui-même ; de rendre ainsi sous une forme détournée un nouveau témoignage au Seigneur. Ils étaient étonnés, scandalisés, et ne reconnaissaient point en Jésus le signalement du Messie. « Allez donc le voir, aurait dit saint Jean, rendez-vous compte par vous-mêmes, et demandez-lui la lumière. » Mais ici encore le texte de l’évangile semble contraire : c’est bien de Jean-Baptiste que vient la question, c’est à lui que la réponse est adressée. D’ailleurs, étant donné l’état d’esprit des disciples de Jean, son autorité était plus efficace que toute autre pour les convaincre.

Cherchons encore. Sans doute, la foi de saint Jean demeure intacte ; il ne peut démentir, lui, le saint incomparable, l’acte de foi si complet qui a commencé son ministère ; mais il est encore un homme. Il touche à la fin de sa vie : c’est l’heure des tentations suprêmes, de celles qui éprouvent et couronnent la sainteté. Il advient parfois aux meilleurs ouvriers de Dieu d’être visités, vers la dernière heure de leur vie, par une tentation redoutable : une sorte de vision du néant : « Si je m’étais trompé! Si ma vie était vaine! S’il n’y avait ni Dieu, ni âme, ni éternité… » Ainsi leur est demandé un acte de foi qui scelle définitivement leur persévérance et leur fidélité. Or, la captivité de Jean-Baptiste se prolonge; le roi impudique auquel il a rappelé la loi divine n’a pas obéi à ses réclamations ; celui-là même dont il connaît bien et la personne et la mission, cet Agneau de Dieu qu’il a désigné du doigt comme étant le Sauveur d’Israël, pourquoi tarde-t-il? pourquoi s’est-il retiré dans l’obscurité de la Galilée? pourquoi consent-il à entrer dans toutes ces contestations avec la Synagogue, au lieu de fonder le Royaume de Dieu?… Ce ne serait qu’une tentation, très compatible avec la fidélité profonde du Précurseur. Et la preuve de cette fidélité demeure impliquée dans la démarche même qu’il provoque : il s’adresse directement au Seigneur, à celui-là seul qui peut dissiper les ombres et à qui l’âme de Jean est attachée pour l’éternité. Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas éprouvé quelque chose de cette angoisse dernière : « Maintenant, mon âme est troublée ; et que dirai-je? Père, sauvez- moi de cette heure » (Io 12, 27). Et dans son agonie, il disait : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26, 39) : il savait bien, pourtant, que le programme de son Père et le sien exigeaient son sang et sa mort. Dans le cas de saint Jean-Baptiste, il s’agit moins, peut-être, d’une tentation que d’une pieuse impatience, d’un vif désir de voir en lui la vraie lumière se donner au monde : « Pourquoi ne venez-vous pas au plus tôt? Pourquoi cette lenteur et cette discrétion calculées? Devons-nous donc espérer en un autre qu’en vous? » Ce qui signifie : Vous êtes l’unique Sauveur et Seigneur, les âmes vous attendent : Veni, Domine Jesu !

Les disciples de saint Jean viennent donc au Seigneur et s’acquittent fidèlement de leur message : « Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, et vous demande : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Et le Seigneur commence par leur donner une leçon de choses. À l’heure même, il multiplie les miracles et les bienfaits ; il guérit les malades et les infirmes, chasse les esprits mauvais ; à nombre d’aveugles il rend la vue. Puis, s‘adressant aux deux disciples : « Allez, leur dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux humbles. » Tout cela était l’accomplissement d’une prophétie d’Isaïe (35, 5-6). Les temps messianiques sont donc ouverts. Et ce qui est surtout caractéristique, ce qui est l’œuvre spéciale du Messie, c’est la sollicitude qu’il témoigne aux petits, aux humbles, aux méprisés, à ceux dont la vie ne compte que devant Dieu : Pauperes evangelizantur (cf. Is 61, 1). Les disciples de saint Jean, sinon saint Jean lui-même, peuvent trouver, dans cette réponse aimable et symbolique, la solution de toutes leurs difficultés. Non, le Messie n’est pas éloigné ; non, il ne faut pas attendre un autre Sauveur que Jésus de Nazareth ; non, l’Agneau ne se dérobe pas à sa mission, il poursuit doucement la longue série de miracles et d’enseignements qui doit lui concilier les âmes de bonne volonté. Mais il en est qui ne consentiront point à l’accueillir, et qui, trompés par leur fausse conception du Messie, trouveront occasion de ruine dans cela même qui était ménagé pour leur salut. « Heureux, dit le Seigneur, celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Voyons dans cette remarque non pas une leçon voilée à l’adresse du Précurseur, mais plutôt une allusion à tous ceux pour qui Jésus sera « une pierre d’achoppement » et de scandale, à la Synagogue notamment.

Saint Nicolas de Myre, évêque et confesseur († ca 350) : leçons des Matines

Nicolas naquit d’une famille illustre, à Patara, ville de Lycie. Ses parents avaient obtenu de Dieu cet enfant par leurs prières. Dès le berceau il fit présager l’éminente sainteté qu’il devait faire paraître dans la suite. On le vit, en effet, les mercredis et vendredis ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fît fréquemment les autres jours. Il conserva toute sa vie l’habitude de jeûner la quatrième et la sixième férie. Orphelin dès l’adolescence, il distribua ses biens aux pauvres. On raconte de lui ce bel exemple de charité chrétienne : un indigent, ne parvenant point à marier ses trois filles, pensait a les abandonner au vice ; Nicolas l’ayant su jeta, la nuit, par une fenêtre, dans la maison de cet homme, autant d’argent qu’il en fallait pour doter une de ces jeunes filles. Ayant réitéré une seconde et une troisième fois cet acte de générosité, toutes trouvèrent d’honorables partis.

Le Saint s’étant entièrement consacré à Dieu, partit pour la Palestine, afin de visiter et de vénérer les lieux saints. Durant son voyage, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer tranquille, l’approche d’une horrible tempête. Elle s’éleva bientôt, et tous les passagers coururent un grand danger : mais il l’apaisa miraculeusement par ses prières. De retour dans sa patrie, il donna à tous les exemples d’une grande sainteté ; et, par un avertissement de Dieu, il se rendit à Myre, métropole de la Lycie. Cette ville venait de perdre son Évêque, et tous les Évêques de la province étaient rassemblés afin de pourvoir à l’élection d’un successeur. Pendant leur délibération ils furent divinement avertis de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et se nommerait Nicolas. Cet ordre du ciel fut exécuté, et Nicolas, trouvé à la porte de l’église, fut créé Évêque de Myre à la grande satisfaction de tous. Durant son épiscopat on vit constamment briller en lui la chasteté, qu’il avait toujours gardée, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité et l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Il ne cessa d’assister les veuves et les orphelins de ses aumônes, de ses conseils et de ses services, il s’employa avec tant d’ardeur à soulager les opprimés, que trois tribuns, condamnés sur une calomnie par l’empereur Constantin, encouragés par le bruit des miracles du Saint, s’étant recommandés à lui dans leurs prières, malgré la distance, Nicolas, encore vivant, apparut à l’empereur avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites impériaux, emmené au loin et jeté en prison. Il y resta jusqu’à l’avènement de l’empereur Constantin, par l’ordre duquel il fut délivré de captivité, revint à Myre, puis se rendit au concile de Nicée, et, avec les trois cent dix-huit Pères de cette assemblée, y condamna l’hérésie arienne. De Nicée, il retourna dans sa ville épiscopale, où, peu de temps après, il sentit sa mort approcher ; élevant les yeux au ciel il vit les Anges venir à sa rencontre, et commença le Psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré. » Arrivé à ce verset : « En vos mains, je remets mon âme », il s’en alla dans la patrie céleste. Son corps fut transporté à Bari dans les Pouilles, où il est honoré par une grande affluence de peuple et avec la plus profonde vénération.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum.

Oraison

Excitez, Seigneur, nos cœurs pour préparer la route à votre Fils unique, afin que sa venue nous permette de vous servir avec une âme plus pure.

Oratio

Deus, qui beátum Nicoláum Pontíficem innúmeris decorásti miráculis : tríbue, quæsumus ; ut eius méritis et précibus a gehénnæ incéndiis liberémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez rendu illustre par d’innombrables miracles, le bienheureux Pontife Nicolas, accordez-nous, s’il vous plaît, par ses mérites et ses prières d’être préservés des feux de l’enfer.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Venez, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais daignez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâtissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : « Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. » Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : « Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus ! »

Prière d’Adam de Saint-Victor († vers 1140) à Saint Nicolas

Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire. Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ; cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse. Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ; et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ecce in nubibus cæli Dominus veniet cum potestate magna, alleluia.

Ã. Voici que dans les nuées du ciel le Seigneur viendra avec une grande puissance, alleluia.

Antienne grégorienne “Ecce in nubibus”

Antienne Ecce in nubibus

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Annonces

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Bossuet sur la Règle de Saint Benoît

Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien.

Le culte de Saint Benoît

Le culte rendu à saint Benoît eut d’abord un caractère privé et domestique. La catastrophe de 580 et la destruction du monastère par les barbares avec l’évasion des religieux ajoutèrent à la gloire du fondateur du Mont-Cassin, en réalisant à la lettre ce qu’il avait annoncé. Ce fut pour saint Grégoire le Grand l’occasion de glorifier celui qu’il appela « l’homme de Dieu, le serviteur du Christ, rempli de l’esprit de tous les justes » : sorte de canonisation anticipée. Cependant le nom n’était pas encore entré dans les martyrologes : il fallut, pour franchir cette étape, un fait important qui a donné lieu à de longues contestations, savoir :

1°. La translation des reliques. — Tradition de France. — Vers le milieu du 7ème siècle fut fondé non loin d’Orléans le monastère de Fleury-sur-Loire. Un de ses premiers abbés, apprenant l’état de ruines où se trouvait le Mont-Cassin après la destruction par les Lombards, et sachant que dans leur fuite, les religieux n’avaient pu emporter les corps de Benoît et de Scholastique, conçut le projet d’enlever ces deux corps ; à son entreprise se trouva mêlé le diocèse du Mans. En 703, un religieux prêtre, avec quelques moines de Fleury, partit en pèlerinage et fut rejoint par une députation de l’évêque du Mans. Ils arrivèrent sans encombre au pied du Mont-Cassin, puis montèrent jusqu’aux ruines. Après des prières, des jeûnes et des veilles, ils découvrirent l’emplacement de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste où reposaient les deux corps. Le terrain déblayé en grande hâte et la dalle funéraire brisée, ils se trouvèrent en face des deux corps dont les ossements furent mis à part, enveloppés soigneusement dans des linceuls. Le retour s’opéra heureux et rapide : le 4 décembre, les deux corps furent solennellement reçus à l’abbaye de Fleury-sur-Loire. Le trésor fut déposé dans l’église de Saint-Pierre : on décida d’aménager une sépulture plus noble dans l’église Sainte-Marie. Le corps de sainte Scholastique fut remis aux députés du Mans ; celui de saint Benoît fut solennellement transféré le 11 juillet. Pendant cinquante ans, l’abbaye de Fleury s’abstint d’ébruiter l’événement : le moine de Lorsch, qui écrivit la première chronique de son abbaye, inscrivit comme première date, l’an 703 pour la première translation de saint Benoît du Mont-Cassin à Fleury-sur-Loire.

Au Mont-Cassin, le pape Grégoire II voulant entreprendre la restauration, trouva pour cette tâche Pétronax de Brescia qui partit de Rome avec quelques moines du Latran. Ce Pétronax soutenu par Grégoire II, puis par Zacharie put relever l’église de Saint-Martin, puis construire une église dite de Saint-Benoît en place de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste : les restes de saint Benoît ne furent point retrouvés. Sollicité par l’abbé Optat, le pape Zacharie (vers 750) adresse aux évêques francs une lettre demandant la restitution des reliques de saint Benoît. Par une transaction, les moines de Fleury cédèrent quelques ossements ; le corps de saint Benoît resta à Fleury.

Ce récit a été contesté par les moines du Mont-Cassin. Mais dom L’Huillier (Le patriarche saint Benoît, appendice V) résume les arguments en sa faveur. Ce sont quatre faits d’histoire bien avérés : a) Durant cinq siècles, la fête de la translation de saint Benoît s’est trouvée admise universellement dans l’Europe chrétienne. Le Mont-Cassin a imaginé d’y substituer la fête du patronage de saint Benoît, le 11 juillet. — b) Au Mont-Cassin, il n’y a jamais eu d’élévation solennelle des reliques de saint Benoît. Les chroniques y parlent, il est vrai, de plusieurs inventions du tombeau, à partir de 1066, mais les récits sont inconciliables dans leurs détails. En 1659, Angello della Noce, abbé du Mont-Cassin, constate dans le tombeau la présence de quelques ossement sans aucune inscription : tout ce que l’on peut montrer c’est un ossement jadis reçu de Fleury, puis donné à l’abbaye de Léno, près Brescia. — c) Le défunt-Cassin a cru à la translation pendant trois siècles et plus (de 703 a 1066) : durant ce temps, il n’y a de sa part aucune réclamation, et qui plus est des faits positifs attestent sa créance comme la lettre du Pape Zacharie, la concession de quelques reliques par l’abbaye de Fleury, etc. — d) Le témoignage de la Chronique de Léno impuissant à infirmer le récit de l’enlèvement des reliques.

2°. Les fêtes de saint Benoît. À trois dates différentes dans les documents anciens, on trouve une mention de saint Benoît, 21 mars, 11 juillet, 4 décembre. Le martyrologe de Bède a les deux mentions suivantes : 21 mars, Sancti Benedicti abbatis ; 11 juillet, Depositio sancti Benedicti abbatis. La plus ancienne mention que l’on ait du 4 décembre, porte ces mots : a partibus Romæ, adventus corporis sancti Benedicti. Ce fut pour Fleury, la première déposition du corps de saint Benoît dans une des deux églises de l’abbaye, Saint-Pierre ou Sainte-Marie : les chroniqueurs l’appelèrent translatio, puis (il)latio. Adrevald croyant que le corps était arrivé le 11 juillet intervertit les deux fêtes, se mettant ainsi en contradiction avec les martyrologes antérieurs. La confusion devint complète au 11ème siècle, quand un moine allemand, ayant séjourné à Fleury, imagina de baser la fête du 4 décembre sur une prétendue reversion des reliques d’Orléans. Les deux autres fêtes du 21 mars et du 11 juillet furent adoptées universellement.

Les cassiniens se sont toujours refusés à faire l’ouverture liturgique du tombeau dans lequel ils paraissaient affirmer la présence du corps de saint Benoît. À partir du 17ème siècle, ils s’efforcèrent de démontrer la fausseté des prétentions françaises ; de la fête du 11 juillet qui subsistait, ils ont fait la commémoration ou le patronage de saint Benoît. Les moines français sont seuls demeurés fidèles à la fête antique de la translation du 11 juillet.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître (Prv 1, 8), et prête l’oreille de ton cœur (Prv 4, 20). Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.

D’abord, en tout bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut, en effet, lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’en maître redoutable, irrité par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.

Levons-nous donc enfin à cette exhortation de l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cette voix de Dieu qui nous crie : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez vos cœurs ! » (Ps 94, 8)  ; et encore : « Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! » (Apc 2, 7) Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. (Io 12, 35)

Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : « Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33, 13) Que si, à cette parole, tu réponds : « C’est moi ! » , Dieu te dit alors : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et agis bien ; cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 14-15). Et lorsque vous aurez fait ces choses, « mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières » (Ps 33, 16), et « avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici » (Is 58, 9). Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.

Nos reins ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvres (Is 11, 5 ; Eph 6, 14), sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeure, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n’y parvient pas.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, in Ecclésia tua Spíritum, cui beátus Pater noster Benedíctus Abbas servívit : ut eódem nos repléti, studeámus amáre quod amávit, et ópere exercére quod dócuit. Per Dóminum… in unitáte eiúsdem.

Oraison

Manifestez, Seigneur, dans votre Église, l’Esprit auquel a obéi notre Bienheureux Père Benoît : afin que, en étant remplis, nous nous appliquions à aimer ce qu’il a aimé et à pratiquer ce qu’il a enseigné. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prières de Dom Joseph Mège (1625-1691)

Je vous rends grâces, mon Dieu, de tous les avantages que vous avez faits au Corps du grand Saint Benoît, et des merveilles dont vous avez bien voulu l’honorer. Je vous rends grâces aussi de ce que vous en avez enrichi la France. Faites, mon Dieu, que ce précieux trésor ne me soit pas inutile, mais que j’en tire cet avantage, qu’à l’exemple de ce Saint je mortifie ma chair, afin qu’elle vous soit parfaitement soumise , et que par votre puissant secours j’anéantisse si bien le péché dans mon corps mortel, qu’il mérite de jouir de l’immortalité bienheureuse. Ainsi soit-il

Antiennes

Antiennes Expectabo et Benedicta tu
Ã. O cæléstis norma vitæ, pastor et dux, Benedícte ! cuius cum Christo spíritus exsúltat in cæléstibus : gregem, Pastor alme, serva, sancta prece corróbora ; via cælos clarescénte fac te duce penetráre.
Ã. Ô norme de vie céleste, notre pasteur et chef, Benoît : avec le Christ votre âme exulte dans les cieux ; pasteur saint, conservez votre troupeau, aidez-le de votre sainte prière, et par une voie lumineuse, faites-le entrer au ciel sous votre égide.

Antienne grégorienne “O cælestis norma vitæ”

Ã. Ex Ægypto vocavi Filium meum : veniet, ut salvet populum suum.

Ã. D’Égypte j’ai rappelé mon Fils : il va venir pour sauver son peuple.

Antienne grégorienne “Ex Ægypto"

Antienne Ex Ægypto

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

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La Punchline de Saint François Xavier

Manquer de confiance en la miséricorde de Dieu et en son pouvoir au milieu des périls dans lesquels nous pouvons tomber pour son service est un danger incomparablement plus grand que les maux que peuvent nous susciter tous les ennemis de Dieu.

Saint François Xavier, missionnaire jésuite (1506-1552)

L’Église doit faire connaître partout le message de son fondateur, le Christ. Dynamisme, expansion, propagande sont pour elle des devoirs impérieux. Au temps des conquistadores, nul ne fit plus que le jésuite François Xavier pour étendre le royaume de Jésus. En une douzaine d’années, avec les moyens pauvres de son temps, il réussit à parcourir près de cent mille kilomètres, implantant le christianisme dans l’Inde, l’Indonésie, le Japon. Il mourut quand il allait attaquer la Chine. Une telle œuvre, au temporel, est comparable à celle d’Alexandre ou de Colomb; au spirituel, elle rappelle un peu saint Paul.

Xavier, compatriote d’Ignace de Loyola, naquit en 1506 à Xavier, dans cette partie de la Navarre qui est de nos jours pays basque espagnol, auprès de l’Aragon, en un fier castel. Il était hidalgo, hijo de algo, « fils de quelque chose » : son père, le docteur don Jean de Jassu — Jassu se trouve en France, au nord de Saint-Jean-Pied-de-Port — conseiller du roi de Navarre et seigneur de Xavier (Xavier signifie « maison neuve »), mourut en 1512, alors que la Navarre venait d’être envahie par les Castillans. Il s’était opposé à ce coup de force, et cela valut bien des avanies aux siens et à leurs domaines. Les deux grands frères de François luttèrent vaillamment, en liaison avec les Français, contre les Espagnols. Ces alliés prirent Pampelune, que défendait Iñigo de Loyola. Mais le dernier mot resta aux gens de Charles-Quint. Après une résistance plus qu’honorable, les Xavier se soumirent.

François serait-il guerrier comme ses aînés? Juriste et administrateur comme son père? En septembre 1525, il partit pour l’université de Paris, âgé de dix-neuf ans. Là, il étudia au collège Sainte-Barbe. Le moment était périlleux pour un jeune : « ceux qui grécisaient luthéranisaient » a écrit un contemporain, le jésuite Bobadilla. La Providence permit que François se liât d’amitié avec un garçon de haute valeur morale, Pierre Favre (Le Fèvre), puis, après 1529, avec un vieil étudiant nouveau venu, Ignace de Loyola. En 1530, Xavier commençait à enseigner la philosophie au collège parisien de Dormans-Beauvais. Le 15 août 1534, dans une petite chapelle de Montmartre, Favre, ordonné prêtre au printemps de cette année, célébra une messe au cours de laquelle Ignace, François et quelques amis offriront à Dieu leur bonne volonté. On suivrait les désirs du Pape; on irait à Jérusalem, si possible. On était disposé à prêcher l’évangile par toute la terre, même chez les ennemis de la foi chrétienne.

En novembre 1536, Xavier, ayant renoncé à être chanoine de Pampelune, partait de Paris pour Venise avec quelques compagnons. Voyage pédestre de sept semaines, souvent dans la neige, un rosaire au cou, une bible et un bréviaire dans la besace. Venise entrait en guerre contre le Turc. Adieu le pèlerinage à Jérusalem! À Rome, Paul III bénit les projets des compagnons. Ignace et François furent ordonnés prêtres à Venise le 24 juin 1537. François voulut se préparer longuement à célébrer le saint sacrifice. Il s’offrit à Dieu le Père avec l’hostie sainte, pour la première fois, au cours de l’été, dans Vicence. Vers la fin de l’année, il travailla, et fut malade, à Bologne. Ces années italiennes furent surtout occupées par la prédication et par des soins aux pauvres des hôpitaux : pour vivre, il mendiait. Son italien assez grotesque faisait sourire : mais sa sincérité poignante s’imposait vite, quand il parlait de Dieu.

En 1539, le roi de Portugal Jean III demanda quelques apôtres pour des peuples des Indes. Ignace choisit Rodriguez, un Portugais; Bobadilla, un Espagnol assez âpre et entreprenant, qui semblait tout désigné pour affronter des barbares; et un humble volontaire, Paul, originaire de Camerino, dans les Marches. Certes, Xavier était lui aussi volontaire, mais il ne voulait pas forcer la main à son chef. Une bienheureuse sciatique rendit Bobadilla inapte à l’essor. Ignace manda Xavier : « Maître François, vous savez que nous avions choisi pour l’Inde maître Bobadilla. Son infirmité le retient… Voilà qui est pour vous. » La réponse jaillit : « Eh bien! Allons! Me voici! » Pues, sus! Heme aqui (cf. Is 6, 8).

Vingt-quatre heures pour se préparer. Xavier ravauda ses vieilles nippes, caleçons, tunique, prit son crucifix, son bréviaire, et un livre de Marcus Marulus, publié à Cologne en 1531, Opus de religiose vivendi institutione per exampla : de bons exemples de bonne vie, bibliques et patristiques, puisés entre autres chez saint Jérôme.

À Lisbonne, Xavier pria dans cette église de Bethléem où Vasco de Gama avait invoqué le Créateur avant de partir pour son illustre périple (1497-1503). Albuquerque également, qui avait ôté à l’Islam la maîtrise des mers indiennes en prenant Ormuz en 1507, Goa en 1510, Malacca en 1511, s’était recueilli en ce lieu sacré. Le jésuite, du haut d’une chaire mobile posée sur la plage, exhorte ses compagnons au zèle apostolique.

Le voyage fut très pénible, sur le Santiago, une grosse et lourde caraque qui tenait mal la mer. On était parti le 7 avril 1541 (un peu tard, mais le mauvais temps s’était prolongé outre mesure) : Xavier avait exactement trente-cinq ans. On arriva à Goa le 6 mai 1542. Xavier écrivait de Mozambique le 1er janvier 1542 : « J’ai eu le mal de mer pendant deux mois. » Pour faire passer son mal, il se mit au service des malades. Sa cabine devint une infirmerie. Peu à peu sa bonté amena l’amélioration morale de ses compagnons de souffrance. Le marais nautique, aux bas-fonds pestilentiels du navire, où pourrissaient les rats crevés, n’était rien auprès des sentines du vice que le Santiago emportait dans ses flancs. Xavier organisa la propreté matérielle et spirituelle.

À Mélinde, sur la côte d’Afrique, Xavier put admirer une croix érigée par Vasco de Gama. Il y avait là dix-sept mosquées, dont trois seulement servaient encore.

Goa était la capitale des Indes. Xavier y commença son apostolat. Était-il bien secondé pour ses débuts? Il jugeait son collaborateur « d’une très suffisante simplicité ». Les Portugais n’avaient guère rendu le Christ aimable et attirant aux indigènes. Voire, leur domination se faisait trop souvent dure et cruelle. Ces bons colons comptaient les coups de la bastonnade sur leur rosaire. Celui que l’on appela bientôt « le saint Père », ou le « grand Père », essaya de répandre partout la charité du Christ. Il visita les malades, les lépreux, entra dans les prisons, chez les pauvres. Il instruisait les enfants, qu’il récoltait en passant dans les ruelles, une clochette à la main. Des cantiques faisaient connaître les vérités chrétiennes, et bientôt ils retentirent dans les rizières et sous les cocotiers. Des enfants, des esclaves, ces enseignements remontaient — ou descendaient … aux parents et aux maîtres. Les enfants se montraient féroces pour les idoles. Ils portaient la croix du saint Père aux malades. L’évêque de Goa et le roi de Portugal se déclarèrent contents : ils souhaitaient partout des écoles catéchétiques à la Xavier.

Les pluies une fois tombées, l’apôtre se rendit vers le cap Comorin, au sud de l’Inde, chez les pêcheurs de perles. Quelque 20 000 Papavers peuplaient ces côtes. lls avaient été baptisés, huit ans auparavant, mais non instruits. Xavier les évangélisa (1542-1543), les défendit contre les exactions des Portugais, ou de leurs employés païens, et contre les sauvages du Maduré (1544). Il combattit avec succès l’alcoolisme par l’arak, le vin de palme. Xavier eut bien entendu l’occasion de causer avec des brames. Il les a jugés sans indulgence : des gens qui ne disent pas la vérité, pour qui l’idole n’est qu’un gagne-pain.

De dures pénitences étaient la rançon de ses avantages spirituels. On raconte l’histoire d’un matelot qui jurait et blasphémait parce qu’il perdait au jeu. Xavier lui fait parvenir quelque argent : qu’il persévère (à jouer), la chance tournera. De fait, le matelot regagne tout, et sort du jeu décidé à virer de bord spirituellement : à-Dieu-va! Peu après, Xavier le confesse à l’escale. L’homme termine sa pénitence dans la chapelle où il avait vidé son sac lourd de sept ans de péchés, et sort. Dans un bois voisin, il trouve le Père qui se flagelle. « Laissez-moi, dit Xavier, faire un peu pénitence pour vous. » Si quelqu’un méritait la garcette, si quelqu’un n’avait pas volé son « chat à neuf queues », assurément ce n’était pas le Père. Notre homme empoigna la discipline, et vlan! vlan! sur sa peau hâlée par bien des soleils et salée par les embruns ! Et désormais il suivit droit la coursive qui mène au ciel.

Xavier, comme son maître le Christ (Lc 6, 12), aimait les longues prières nocturnes. Sur mer, il priait de minuit à l’aurore : les matelots le considéraient comme un porte-bonheur. Dans sa cellule, ce qui frappait l’œil, c’était le crucifix. On notait aussi une autre croix, voilée, et le bréviaire. Le lit avait une pierre comme oreiller.

En 1544-1545, Xavier travailla surtout pour Ceylan, sans succès, car les Portugais le contrecarraient à cause d’intérêts commerciaux, puis, en 1545-1547, pour les Moluques — entre les Célèbes (Macassar) et la Nouvelle-Guinée. Prenez une carte de l’Insulinde pour constater le bond prodigieux de l’apôtre, le formidable mouvement tournant, d’immense envergure, vers l’Extrême-Orient. L’amour du Christ le presse (2 Cor 5, 14). Malheur à lui, s’il ne prêche pas l’Évangile! (1 Cor 9, 16). Que l’on ne dise pas qu’il ferait mieux de s’occuper de sa mission hindoue. Il est créé pour amorcer les mouvements, risquer le premier les lointaines expériences dangereuses, mourir sur la brèche.

C’est au cours de cette expédition aux Moluques, dans la région d’Amboine, que se place un miracle assez controversé. Xavier était en mer. Son crucifix lui échappa. Il atterrit peu après. Il marchait sur la plage, accompagné d’un rustre nommé Fausto Rodriguez, quand il vit un crabe sortir de l’eau et venir à lui tenant dans ses pinces le crucifix. Le bon crustacé le remit en mains propres, puis rentra dans son élément. Rodriguez semble la seule source du récit : tardive et bien contestable, estimait le bollandiste Peeters en 1928. Le P. Delahaye suggérait qu’on avait là une adaptation d’un conte oriental. Cependant le P. Schurhammer, qui est actuellement peut-être le meilleur connaisseur de l’histoire de Xavier, s’est déclaré en 1953 partisan de l’historicité.

Étrange gibier que le chasseur d’âme trouva dans ces îles! Les cannibales ne manquaient pas. Il y avait des collectionneurs de têtes humaines, comme les Alfoures. Comment aborder ces enfants terribles? apprivoiser ces bêtes féroces? Xavier réinventait les incantations de l’oiseleur, les charmes caressants de la tendresse maternelle. Il voulut visiter l’île du More, au nord des Moluques. Là, on servait aux hôtes des mets empoisonnés. Baptisés douze ans auparavant, les habitants avaient tué leur prêtre. Un nouveau pasteur les avait domptés un instant par les armes; mais il n’osa rester. Et Xavier irait chez ces monstres! On lui refusa un bateau. « J’irai donc à la nage. » Au moins, qu’il emporte des antidotes. « La confiance en Dieu est bon contre-poison. » Il y alla, et voici ce qu’il en écrivait le 20 janvier 1548 : « Ces îles sont faites et disposées à souhait pour qu’on y perde la vue en peu d’années par l’abondance des larmes de consolation… Cependant je circulais habituellement dans des îles environnées d’ennemis et peuplées d’amis peu sûrs, à travers des terres dépourvues de tout remède pour les maladies, et comme dénuées de tout secours pour conserver la vie. Mieux vaudrait appeler ces îles de l’espoir en Dieu que du More. »

Dans l’île de Ternate, le « roi » musulman, assez tolérant, fit bon accueil au missionnaire. Mais il avait « une centaine de femmes principales, sans parler des autres ». Pour sa part, il se serait accommodé d’une entente entre l’Islam et le Christianisme. Plus tard, les Hollandais (protestants) aidèrent les musulmans à chasser ou à tuer les catholiques. Plus d’un Moluquois resta fidèle à la foi de François.

Nommé à son départ d’Europe nonce apostolique par le Pape, Xavier fut supérieur des jésuites de l’Inde de 1542 à 1551. D’octobre 1549 à 1552, il fut « provincial » de l’Inde. En 1518, il pouvait admirer à juste titre le développement de la Compagnie de Jésus, approuvée par Rome en 1540. Mais déjà, après un an de séjour dans l’Inde, en 1548, il rêvait d’entreprendre, à l’extrémité du monde, la conquête du Japon. Il notait, le 20 janvier de cette année : « Je prie Dieu de me prescrire clairement ce qui lui tient le plus à cœur. » Mais Ignace n’avait-il pas son mot à dire sur cette petite entreprise? Assurément ; toutefois il fallait compter avec les lenteurs de la correspondance. En dix ans, seulement cinq courriers de Rome : 1543, 1545, 1547 (deux), 1551, plus deux courriers supplémentaires du Portugal (1544, 1548), ce qui fait deux ans huit mois de silence (1541-1543), puis environ deux ans (1543-1545), ensuite deux ans moins trois mois (1545-1547), enfin quatre ans deux mois (1547-1551). François expose en 1548 qu’un échange de lettres entre Moluques et Rome exige au minimum trois ans neuf mois. Et il y a des occasions qu’on ne peut laisser échapper, sauf à s’en expliquer plus tard.

Justement, vers la fin de 1547, à Malacca, un Japonais nommé Yajiro était venu lui demander le baptême. Il avait fui son pays, peut-être à la suite d’un crime passionnel. C’était un homme doux, poli, ouvert, qui posait des questions intelligentes. Jamais Xavier n’avait vu un païen aussi séduisant. Ce qu’il entendait dire du Japon lui donnait une envie extrême d’évangéliser ce pays.

Ayant donc réglé de son mieux l’organisation du collège Saint-Paul de Goa, de l’Inde et des postes de l’ Indonésie, Xavier s’embarqua pour la grande île mystérieuse en juin 1549. Sinistre voyage, sur une jonque où régnait une idole chinoise. Sans cesse, le patron de la nef consultait les sorts, et Satan prenait plaisir à rendre la navigation d’une lenteur mortelle. Enfin, un coup de vent du Saint-Esprit jeta la nef dans Kagohsima, port de l’île Kyūshū, le 15 août 1549.

Au bout d’un long mois, il fut reçu, avec une politesse froide, par le prince local. Xavier aurait voulu une audience de l’empereur. On le fit attendre. Il visita des bonzes. Essayant de se faire comprendre, Xavier compara la vie humaine à une navigation. « Je vous entends, répondit son interlocuteur. Mais je ne sais vers quoi je navigue. J’ignore où et comment j’aborderai. » Le baptême lui parut souhaitable; mais le respect humain le lui rendait impossible. Xavier resta un an à Kagoshima et convertit une centaine d’âmes. Il écrivait en Europe : « Les Japonais sont le meilleur des peuples. » Il aurait voulu se rendre à la capitale, au grand centre de tout, à Heian-kyō (Kyōto). Il y arriva, enfin. Mais là c’était la guerre civile à l’état endémique. L’empereur était en fuite. Après onze jours passés dans cette capitale fantôme, il repartit pour la province. Il passa quelques mois à Yamaguchi, où il obtint des conversions. Seulement le vocabulaire le trahissait. Le mot deos, qu’il prétendait offrir à ses auditeurs pour signifier Dieu, sonnait à leurs oreilles comme le japonais « grand mensonge ». Il les conviait à aimer Dieu. Mais aimer n’avait dans leur langue qu’un sens strictement charnel. Les samouraï ou seigneurs recevaient quelquefois Xavier et ses compagnons, un peu comme ils auraient fait venir des boufffons. L’apôtre le sentait; il eût aimé les cravacher d’insultes cinglantes.

Il réussit cependant à créer dans Yamaguchi une petite chrétienté qui fut « les délices de son âme ». La grâce du Christ inspirait à la vieille politesse japonaise des prévenances, des délicatesses, qui enchantaient Xavier, bien peu gâté jusqu’ici sur ce chapitre : n’avait-il pas fui les Portugais de l’Inde, dont le christianisme de façade lui avait semblé parfois odieux comme un baiser de Judas, pour tomber sur les quasi-hôtes féroces des Moluques?

Enfin, après un séjour à Bungo, dans Kyūshū, il revint dans l’Inde (fin 1551-début 1552). Les fatigues avaient blanchi ses cheveux : que de fois, par exemple, il avait marché les pieds nus, et bientôt ensanglantés ! Mais ce retour n’était que provisoire. Une objection japonaise l’avait frappé : si le christianisme était si excellent., pourquoi la Chine, qui avait exporté au Japon tant d’excellentes idées, n’avait-elle pas adopté cette doctrine? Eh bien! François créerait, à l’usage de ses chers Japonais, un catholicisme chinois! Et il disait à un confrère de la Compagnie : « Demandez à Dieu notre Seigneur qu’il me donne la grâce d’ouvrir le chemin aux autres, puisque moi je ne fais rien » Cela évoque le Baptiste au début des évangiles : « Préparez le chemin du Seigneur. » Une fois de plus on leva l’ancre. Une fois de plus l’éléphant océan le porta sur son dos houleux. François revit Malacca; à Singapour il écrivit plusieurs lettres. En août il arrivait dans l’île Shangchuan (les Anglais disent St John) à quelque 150 kilomètres du grand port chinois de Canton (Guangzhou). Là, sur cette terre, il attendrait l’occasion favorable pour entrer dans l’immense empire.

Elle ne vint pas. Déjà il tirait de nouveaux plans : si provisoirement la Chine est impossible, il se tournera vers le Siam. La solitude grandissait. Il n’avait près de lui qu’un Malabar sur lequel il ne pouvait compter, et un jeune Chinois, Antoine. Des malaises le prirent. La visiteuse à qui on ne peut fermer sa porte était là. Vers la fin de novembre, il tombait malade. Il disait et redisait : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! (Mt 15, 22; Lc 18, 38). Ayez pitié de mes péchés! » Au bout de huit jours, il perdit la parole. Cela dura trois journées : il ne reconnaissait personne, ne mangeait rien. Puis le sentiment lui revint : il invoquait la sainte Trinité, implorait de nouveau « Jésus, fils de David ». Il s’adressait aussi à Notre-Dame : « Ô Vierge, mère de Dieu, souvenez-vous de moi ! » Parfois, des mots inconnus à Antoine lui venaient : peut-être le basque de son enfance. Peu avant l’aube du 3 décembre 1552, le Chinois, voyant qu‘il s’en allait, lui mit un cierge dans la main. Il mourut paisiblement, en invoquant Jésus.

Son corps fut porté à Goa. Une lettre d’Ignace, qui le rappelait — au moins provisoirement — en Europe, arrive après la mort de Xavier. Le grand missionnaire fut béatifié en 1619, canonisé en 1622 (la bulle est de 1623). Sa fête, fixée d’abord au 2 décembre, fut déplacée au 3 en 1663. Benoît XIV le proclame en 1748 patron des Indes; Pie X en 1904 plaça sous sa protection l’œuvre de la Propagande. En 1927, Pie XI déclara patrons des missions saint Xavier et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. — Dans le calendrier positiviste d’Auguste Comte, ou « tableau concret de la préparation humaine », notre saint est commémoré le 22 du sixième mois (qui est consacré aux plus grands hommes du christianisme).

Xavier était de taille moyenne. Il portait une soutane sans ceinture qu’il tenait habituellement des deux mains à hauteur de la poitrine, comme pour soutenir ses bras. Une iconographie un peu tardive n’a pas manqué de transformer cette attitude simple et familière en un geste conventionnel pour soulager un cœur par trop embrasé d’amour. Il avait le nez long, fort, des yeux gros, une barbe courte, mal fournie. Les hagiographes ont majoré ses voyages, ses miracles; le nombre des païens qu’il baptisa : 30 000 semble bien le chiffre maximum, d’ailleurs imposant. On lui a prêté le don des langues, alors qu‘il s‘est plaint souvent des terribles difficultés qu‘il avait à se faire comprendre. Risquerons-nous une esquisse spirituelle du grand homme? Il semble émancipé, si loin de son Père terrestre de Rome. Et cependant, il demeure affamé d’obéissance et d’humilité. Cette humilité n’est pas inconciliable avec une noble fierté d’être Navarrais et jésuite. Autoritaire et parfois sec, il a aussi des trésors de tendresses, de bontés, d’attentions. Du Basque, il a la manie des départs, des explorations. L’amour de Dieu lui donnait une grande souplesse d’adaptation aux usages indigènes, ce don irremplaçable chez le missionnaire. Il savait se faire tout à tous comme saint Paul. On l’a noté en 1555 : « il était lascar avec les lascars. » Ignace lui reprocha doucement de trop payer de sa personne; il l’aurait préféré administrant l’Inde et envoyant des frères à la découverte. Mais ce seigneur féodal voulait être le premier à sauter sur les brèches du château fort Asie. Comme la place à enlever était énorme, il avait fait de la guerre de siège une guerre de mouvement. Cette stratégie épuisante, presque toute en galopades de ses désirs sur les mers, ou en marches harassantes, l’a tué dès sa quarante-sixième année. Il reste que son rêve magnifique a commencé la réunion de la famille humaine autour du Père commun.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Deus, qui Indiárum gentes beáti Francísci prædicatióne et miráculis Ecclésiæ tuæ aggregáre voluísti : concéde propítius ; ut, cuius gloriósa mérita venerámur, virtútum quoque imitémur exémpla. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par la prédication et les miracles du bienheureux François, avez voulu faire entrer dans votre Église les peuples des Indes, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce d’imiter les exemples de vertu de celui dont nous honorons les glorieux mérites. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552)

Ô mon Dieu ! ce n’est ni la crainte de votre main qui lance la foudre, ni l’horreur du feu de l’enfer, qui dévore éternellement les pécheurs, qui me déterminent à vous servir. Vous m’y engagez par vous-même, ô mon Dieu ! Vous m’attirez, ô Jésus-Christ, percé d’une lance : votre croix me presse, et le sang, ô Jésus, qui s’écoule de vos plaies ! N’y eût-il plus d’enfer à craindre, n’y eut-il plus de gloire à espérer : néanmoins, ô mon Créateur, ravi de vos perfections infinies, vénérant votre Majesté divine, si sublime et si sainte, et votre ineffable Providence, je vous aimerais, sans attendre aucun prix de mon amour. Ô Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils d’une Vierge, plein de douceur, de force et d’innocence, qui avez daigné mourir pour nous, je vous aimerais sans récompense, avec tout l’amour dont vous êtes digne. Ainsi soit-il.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552) à la Très Saint Vierge

Ô sainte Souveraine, ô Marie, espérance des chrétiens, et reine des anges et de tous les saints et saintes qui sont dans le ciel en présence de Dieu, je me recommande à vous, ô ma Souveraine, et à tous les saints, dès à présent, et pour l’heure de ma mort, afin que vous me préserviez du monde, de la chair et du démon, qui sont mes ennemis, et qui tendent sans cesse des embûches à mon âme, aspirant uniquement à la précipiter dans les enfers, et y employant tous leurs artifices. Je vous prie et je vous conjure, ô Mère infiniment tendre, de me garder. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui.

Ã. Ô Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

Antienne grégorienne “Benedicta tu”

Ã. Exspectabo Dominum Salvatorem meum, et præstolabor eum dum prope est, alleluia.

Ã. J’attendrai le Seigneur, mon Sauveur, et je le guetterai tandis qu’il est proche, alleluia.

Antienne grégorienne “Expectabo Dominum"

Antiennes Expectabo et Benedicta tu