Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Notre-Seigneur (à Sainte Catherine de Sienne)

Après les larmes stériles de l’amour-propre, après celles de la crainte servile qui redoute le châtiment plus que le péché, l’âme finit par connaître les larmes du pur amour, par lesquelles elle en arrive à ne s’affliger vraiment et profondément que de l’offense qui m’est faite et de la perte des âmes.

Jésus ressuscité apparaît à Marie-Madeleine (Io 20, 10-18) : commentaire de Dom Paul Delatte

Madeleine se tenait en pleurs près du tombeau. Au milieu de ses larmes, elle s’inclina pour regarder à l’intérieur de la salle funéraire. Et elle vit deux anges vêtus de blanc, l’un à la tête, l’autre aux pieds de l’endroit où avait été placé le corps de Jésus. Peut-être n’y a-t-il rien qui soit aussi extatique que la douleur : ni la joie, ni l’admiration, ni même la tendresse ne le sont au même degré. Il n’y avait au monde pour Marie-Madeleine que le Seigneur. Le Seigneur était mort et son corps avait disparu. Le reste ne compte pas. Elle n’éprouve aucun effroi en face des anges, alors que les autres saintes femmes s’étaient enfuies bouleversées. Que pourrait-il lui arriver, maintenant que le Seigneur n’est plus? Elle est inattentive : elle voit les anges, mais ce sont eux qui parlent les premiers. « Femme, disent-ils, pourquoi pleurez-vous? » La réponse est polie, mais sobre ; elle n’a rien de la verbosité familière au sexe : « C’est qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » C’est exactement ce qu’elle a dit aux apôtres ; on dirait qu’elle ne sait plus dire ni penser autre chose. La formule de réponse est presque indirecte, sans appellatif adressé aux anges ; elle pourrait être aussi bien une réflexion de Marie-Madeleine se parlant à elle-même… Il n’était pas possible que le Seigneur se dérobât à tant d’amour : il se rendit présent.

Comment Marie-Madeleine fut-elle avertie de sa présence? Y eut-il un bruit de pas? Les anges avaient-ils donné un signe d’attention ou de respect à celui qui venait d’apparaître ? Quoi qu’il en soit, Marie se retourna. Jésus était là, devant ses yeux : elle ne le reconnut pas. Même après sa Résurrection, le Seigneur n’était pas contraint de paraître avec l’auréole. Il demanda lui aussi, comme les anges : « Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? » Les larmes de Madeleine, ses réflexions, sa douleur, ne lui permettaient pas de bien voir ; elle crut que c’était le jardinier, le gardien de cette petite propriété où était le tombeau. Il est si régulier, lorsque le Seigneur se montre, que les âmes ne le reconnaissent pas ! C’est un fantôme ; c’est Élie ; c’est Jérémie ; c’est un prophète ; c’est le jardinier ; c’est un étranger, diront les disciples d’Emmaüs.

Le jardinier, du moins, doit savoir. C’est peut-être lui qui, pour éviter des allées et venues trop fréquentes dans son jardin, aura emporté le corps ailleurs. L’hypothèse est bien invraisemblable, en face surtout du suaire et des bandelettes ; mais ceux qui aiment et ceux qui souffrent songent-ils toujours à écarter l’invraisemblable? Madeleine suppose, en tout cas, que rien n’a pu se faire qu’avec le gardien et moyennant sa complicité. Il lui a demandé : « Qui cherchez-vous? » Elle est tellement préoccupée du seul Jésus, qu’elle ne songe même pas à prononcer son nom, et répond comme si le jardinier était sûrement au courant de tout. Puisqu’il a témoigné de la compassion, peut-être consentira-t-il à dire son secret : et alors que, tout à l’heure, Madeleine ne donnait aucun appellatif aux anges, voici maintenant qu’elle décerne le titre de seigneur au jardinier : «Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez déposé, et je l’emporterai ! » Ce mort était un ennui pour vous ; vous ne l’aimiez pas, vous ; mais moi qui l’aime, je l’emporterai, il ne vous gênera plus… Ô sainte folie de l’amour ! Le cœur du Seigneur n’y résiste point. Celle qu’il venait d’appeler d’un terme vague, il l’appelle maintenant de son nom : « Marie ! » Peut-être était-ce la coutume à Béthanie, dans l’intimité. Elle se retourne alors pour tout de bon, reconnaissant la voix, et répond : « Rabboni, mon Maître ! » Et elle tombe à ses pieds, son lieu d’élection pour le temps et l’éternité.

Le verset qui suit a été fort tourmenté par les exégètes et les maîtres de la vie spirituelle. Assez universellement, après saint Augustin, saint Jean de la Croix, Bossuet, on a considéré le Noli me tangere comme un mouvement de protestation contre des témoignages d’une tendresse trop extérieure. Le Seigneur, appartenant désormais à une vie nouvelle et plus haute, aurait écarté de lui des manifestations qui ne s’accordaient plus avec les conditions de sa vie ressuscitée. Ses paroles impliqueraient donc une injonction adressée à Marie-Madeleine de se tenir à distance, et l’invitation de s’élever à une charité plus spirituelle, plus affranchie des sens. Cette explication, nous l’avouons, nous a toujours paru très loin de l’évangile. Il nous semble, d’abord, que le Seigneur ne saurait être pour nous ni un danger, ni un piège, ni un obstacle. Il n’est pas de condition surnaturelle où nous puissions, où nous devions nous détourner de l’humanité du Seigneur, ni nous distraire de sa beauté. Sans doute, le Seigneur conduit chacun de nous par des voies diverses ; sans doute, il y a lieu, selon les différentes étapes de notre vie spirituelle et sous la direction de la grâce, de nous porter vers tels ou tels mystères, vers telle ou telle portion de la doctrine : mais exclure systématiquement et de parti pris, exclure de notre oraison et de notre contemplation soit la divinité, soit l’humanité du Seigneur, soit la Sainte Vierge, ceci est irrégulier et ne peut conduire qu’à l’illusion.

Nous savons bien ce qu’on répondra : « Le danger n’est pas dans l’objet, mais dans le sujet. C’est peut-être dans le procédé selon lequel sainte Madeleine était attachée au Seigneur qu’il y avait matière à correction. » Ceci non plus ne parvient pas à nous satisfaire. Est-il vrai qu’on puisse aimer mal le Seigneur? On peut l’aimer trop peu ; mais l’aimer mal? Dans les trois circonstances évangéliques où le Seigneur eut l’occasion d’apprécier l’amour de Madeleine, il l’a loué sans réserve. Le Seigneur aurait-il changé? Nous verrons bientôt qu’il n’en est rien. Quant à Marie-Madeleine, tout ce qui s’est passé ces derniers jours n’a fait qu’accroître jusqu’à l’extrême sa charité. Il faut donc renoncer à interpréter la parole de Jésus comme un reproche, même voilé : n’aurait-il pas, dans la circonstance, l’apparence d’une cruauté ? Aussi bien, le texte lui-même, s’il est lu attentivement, nous semble exclure cette interprétation. Au cours de toutes les apparitions, le Seigneur a eu le visible souci d’établir le fait de sa Résurrection ; et, dans ce dessein, il a invité les apôtres à s’assurer qu’ils n’étaient point en présence d’un fantôme. Ceci posé, le Noli me tangere, entendu au sens du mot-à-mot, devient inintelligible, — surtout pour celle dont il veut faire l’apôtre des apôtres eux-mêmes. Une interdiction de cette nature aurait facilement fait douter de la réalité de la Résurrection et suggéré l’erreur docétiste.

Mais ce qui nous paraît décisif contre l’explication courante, c’est ce qui suit : Nondum enim ascendi. La conjonction enim indique une liaison logique entre le premier membre et le second : « Ne me touchez pas, parce que, ou puisque je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Avec l’interprétation que nous écartons, on est conduit, logiquement, à ce raisonnement plutôt étrange : « Aujourd’hui que je suis avec vous, ne me touchez pas ; bientôt vous me toucherez, lorsque je n’y serai plus ; ajournez vos démonstrations jusqu’à l’heure où vous ne pourrez plus vous y livrer, puisque j’aurai disparu. « Il faut reconnaître, d’ailleurs, que les commentateurs nous répondent : le Seigneur sera alors vraiment touché, appréhendé, possédé « par la foi » !

Mais les vraisemblances, le caractère du texte et du contexte, tout nous invite à adopter une explication plus simple. Madeleine a retrouvé le Seigneur (Cant 3, 4). Dans l’effusion de sa tendresse et de sa joie, elle s’attache à lui, mais en quelque sorte désespérément, et semble ne plus vouloir quitter ces pieds bénis où elle a trouvé autrefois la conversion et le pardon, aujourd’hui la consolation souveraine. Le Seigneur ne s’y oppose pas ; silencieux, il laisse un instant toute liberté à l’amour de Madeleine. Et lorsqu’il reprend la parole, c’est pour lui indiquer, affectueusement, qu’il y a autre chose à faire : « Non, ne vous attachez pas à moi comme pour me retenir, comme si vous deviez me perdre aussitôt, comme si cette entrevue était la dernière. Nous aurons l’occasion de nous revoir, car l’heure n’est pas venue encore pour moi de remonter à mon Père. Mais elle viendra ; et au lieu de demeurer ici, allez dire à mes frères : Je monte vers mon Père, qui est votre Père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu. » Le Seigneur n’a donc pas changé : c’est toujours la même tendresse, la même intimité qu’au soir de la Cène.

Marie-Madeleine, comme tous ceux qui aiment, se prête aussitôt à sa volonté. Elle quitte le Seigneur et s’en va vers les disciples, non pas seulement vers les apôtres, mais vers tous ceux qui, avant la Passion, paraissaient attachés à Jésus ; et elle leur annonce : « J’ai vu le Seigneur et il m’a dit ceci. » — L’apparition à Marie-Madeleine est la première dont fassent mention les évangiles ; mais la piété chrétienne a deviné, dès l’antiquité (cf. Sedulius, Paschale carmen, livre V, vers 360-364), que le Seigneur s’était montré premièrement à sa Mère : Resurrexi, et adhuc tecum sum… Étant donné le caractère tout privé de cette rencontre, on s’explique que les évangélistes, qui rédigeaient un récit officiel et avec un dessein d’enseignement dogmatique, aient jugé superflu de la raconter.

Prières

Oratio

Deus, qui diversitátem géntium in confessióne tui nóminis adunásti : da, ut renátis fonte baptísmatis una sit fides méntium, et píetas actiónum. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez réuni la diversité des nations dans la confession de votre nom : faites que, pour ceux qui ont eu la grâce de renaître dans la fontaine baptismale, la foi de l’esprit et la piété des œuvres soient une même chose.

Prière de Louis de Blois, O.S.B. (1506-1566)

Ô Jésus, Sagesse éternelle, envoyez-moi votre lumière. Éclairez-moi, lumière brillante et gracieuse, afin que les ténèbres de mon aveuglement se changent en un midi éclatant de splendeurs. Ô bon Jésus, ornez mon âme de cet éclat de la charité que vous aimez ; engraissez-la de cette substance de l’amour dont vous faites vos délices ; délivrez-la de tout ce qui vous déplaît, et faites qu’elle vous plaise en toutes choses. Ô ardeurs très suaves, dévorez et consumez heureusement ce grain de poussière de ma substance. Transportez-moi en vous, afin que, vous étant uni par l’indissoluble lien de l’amour, je vive de vous, et, comme un lys, je fleurisse devant vous. Ô très belle et très gracieuse fleur, Jésus ; ô vie permanente, vie par laquelle je vis et sans laquelle je suis abîmé de tristesse, vie douce et aimable, accordez-moi que je vous sois uni, que je vous embrasse, et par la suave charité, bercez-moi dans votre sein, vous qui êtes la paix très agréable, et faites que je m’y endorme saintement. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. María stabat ad monuméntum plorans, vidit Angelum in albis, sedéntem, et sudárium quod fúerat super caput Iesu, allelúia.

Ã. Marie se tenait près du sépulcre, pleurant, elle vit un Ange vêtu de blanc, assis, et le suaire qui avait été mis sur la tête de Jésus, alleluia​.

Antienne grégorienne “Maria stabat”

Antienne Maria stabat

Ã. Tulérunt Dóminum meum, et néscio ubi posuérunt eum : si tu sustulísti eum, dícito mihi, allelúia : et ego eum tollam, allelúia.

Ã. Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis : si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, alleluia : et je l’emporterai, alleluia​.

Antienne grégorienne “Tulerunt”

Mercredi dans l’octave de Pâques

Mercredi dans l’octave de Pâques

Mercredi dans l’octave de Pâques

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

S’il y a un ordre admirable dans le monde sensible, à combien plus forte raison dans le monde moral et spirituel, malgré les épreuves et tribulations : il y a assez de lumière pour ceux qui veulent voir, et marcher ainsi vers la vraie lumière de l’éternité.

Pêche miraculeuse (Io 21, 1-14) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le dernier chapitre de saint Jean forme appendice. Nous verrons bien, par son contenu même, ce qui a déterminé l’évangéliste à l’écrire. Nous sommes en Galilée, où le Seigneur avait donné rendez-vous aux siens. Ils sont revenus tout naturellement à ce lac de Tibériade où ils ont autrefois gagné leur vie par leur travail. Et voici comment le Seigneur se manifesta de nouveau a un groupe d’apôtres. Ils étaient au nombre de sept : Simon-Pierre et Thomas, surnommé Didyme, Nathanaël (le même que Barthélémy), de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, Jacques et Jean, et deux autres disciples, qui ne sont pas nommés. « Je m’en vais à la pêche », leur dit Simon-Pierre. « Nous irons avec vous », répondirent-ils. Ils sortirent, montèrent dans la barque, et travaillèrent toute la nuit sans rien prendre. Au matin, les pêcheurs malheureux revinrent vers le rivage ; Jésus les y avait devancés, mais tout d’abord ils ne le reconnurent pas. Il ressemblait, de loin, à tout le monde ; et c’est familièrement qu’il leur adressa la parole : « Enfants,… » L’appellation est celle d’un homme supérieur par son âge ou par sa situation, et son accent est affectueux. Ni la barque ne semblait chargée, ni les apôtres ne paraissaient très satisfaits, aussi s’explique-t-on la tournure négative que prend la question du Seigneur. Elle équivaut, selon le sens du grec, à : « N’avez-vous rien trouvé à manger ? N’avez-vous pas gagné votre vie ?», « pulmentarium », c’est ce qu’on ajoute au pain pour faire un vrai repas.

Les apôtres répondirent simplement : « Non. » Les gens découragés sont peu causeurs. Mais le Seigneur ne leur en voulut pas : « Jetez le filet, dit-il, à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils obéirent ; et le filet se remplit si bien qu’ils ne pouvaient l’amener à eux, alourdi qu’il était par la multitude des poissons. On n’a rien pris la nuit, à l’heure opportune pourtant, et voici qu’on prend surabondamment le jour, en dehors des conditions normales, dans le voisinage de la rive ; l’opposition même entre les efforts infructueux de toute une nuit et le succès inespéré de la dernière heure, tout cela fait dire aussitôt au disciple que Jésus aimait : « C’est le Seigneur ! » Il n’est que lui qui puisse ainsi tourner en victoire les longs insuccès !…

Saint Pierre savait marcher sur les eaux, il savait nager aussi. Dès qu’il eut entendu et compris que c’était le Seigneur, il se ceignit la tunique autour du corps, — car il était jusqu’alors en tenue de travail, erat enim nudus, — et avec sa spontanéité habituelle, se jeta à la mer, afin d’arriver plus vite à Jésus. Du bateau, du filet, de la capture, de ses frères : nul souci ! Les autres disciples vinrent au rivage par la voie ordinaire, traînant après eux le filet ; il y avait deux cents coudées environ, une centaine de mètres, à franchir. En abordant, ils constatèrent que le Seigneur avait d’avance tout préparé pour le repas : du pain, du feu, et du poisson sur la braise. Mais c’était sans doute trop peu pour huit personnes, car Jésus dit aux pêcheurs : « Apportez donc quelques uns des poissons que vous venez de prendre. » Saint Pierre, alors, remonta dans la barque et amena au rivage, sans peine, semble-t-il, le filet rempli de cent cinquante-trois gros poissons. Et à la différence de la première pèche miraculeuse, les mailles ne se brisèrent point. Le nombre exact des poissons est marqué dans l’Écriture comme un souvenir précis, et afin de montrer le soin attentif et reconnaissant que mirent les apôtres à constater leur aubaine.

Selon sa coutume, saint Augustin est parti de ce nombre 153 pour échafauder une théorie arithmétique, analogue à celle du nombre 38, qui est, explique-t-il ailleurs, le nombre de l’infirmité. Le nombre 153 possède cette propriété d’être la somme de tous les nombres depuis l’unité jusqu’à son plus grand diviseur inclusivement : 1 + 2 + 3… + 15 + 16 + 17 = 153. Tout ceci peut paraître assez éloigné de l’évangile ; mais il faut se souvenir que la préoccupation des anciens était d’associer à toute réalité une idée chrétienne, de faire pénétrer la doctrine jusque dans la région lointaine des nombres abstraits ; l’arbitraire alors ne ne leur déplaisait pas. Quoi qu’il en soit du symbolisme arithmétique de 153, l’indication de saint Jean nous invite à imaginer comment la scène évangélique peut être reconstituée : le Seigneur regardait faire, en souriant ; saint Pierre prenait les poissons dans le filet ; trois disciples les recevaient de ses mains ; trois autres les rangeaient en tas de neuf, sur le rivage : c’était le moyen le plus facile pour compter exactement. Or, il y eut dix-sept petits tas de neuf poissons chacun, ce qui donne un total de 153. À cet essai de restitution le lecteur pourra d’ailleurs faire le même sort qu’à la théorie de saint Augustin !

La capture une fois reconnue, le Seigneur invite les apôtres à leur repas du matin : « Venez déjeuner », leur dit-il. Aucun d’eux ne songeait à lui demander : « Qui êtes-vous ? » car ils savaient que c’était le Seigneur ; une pareille question leur eût paru de l’incrédulité et de l’insolence, tant ils étaient sûrs maintenant d’être en face de lui. Là où la Vulgate lit : « aucun des convives », il faut lire, selon le grec : « aucun des disciples » ; en effet, ils n’étaient pas encore à table. La douce intimité qui existait avant la Passion se retrouvait comme d’elle-même ; rien n’était changé, la vie commune reprenait comme autrefois. Les détails de cette affectueuse familiarité se trahissent jusque dans la sobriété du récit. Ce n’était que par condescendance que le Seigneur acceptait de la nourriture, après la Résurrection ; aussi avait-il du loisir. Il en usait pour servir, de ses mains divines ; il ne dédaignait pas de servir à table : on eût dit qu’il l’ambitionnait comme un honneur. Aussi bien, les apôtres avaient passé une mauvaise nuit, et l’effort dernier avait ajouté à leur fatigue. Mais de cette fatigue il ne restait rien ou peu de chose, lorsqu’ils contemplaient le Seigneur leur distribuer à chacun, avec une grâce infinie, la portion de pain et de poisson. — Ce fut la troisième fois, dit saint Jean, que Jésus se manifesta à ses disciples depuis sa Résurrection d’entre les morts. Il faut l’entendre des apparitions à un groupe, au collège apostolique réuni ; car il y eut une apparition spéciale à saint Pierre et, en faveur de saint Jacques, une autre dont nous ne saurions déterminer la date (1 Cor 15, 5-7).

Prières

Oratio

Deus, qui nos Resurrectiónis Domínicæ ánnua solemnitáte lætíficas : concéde propítius ; ut per temporália festa, quæ ágimus, perveníre ad gáudia ætérna mereámur. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui chaque année, nous réjouissez en la solennité de la résurrection du Seigneur : faites, dans votre bonté ; qu’au moyen de ces fêtes que nous célébrons dans le temps, nous méritions d’arriver aux joies éternelles.

Extrait de l’Année liturgique de Dom Guéranger

Aujourd’hui (4ème jour de la Création) furent tirés du néant le soleil, qui devait être le type radieux du Verbe incarné ; la lune, symbole de Marie qui est belle comme elle, et de l’Église qui réfléchit la lumière du divin Soleil ; et les étoiles qui, par leur nombre et leur éclat, rappellent l’armée brillante et innombrable des élus. Glorifions le Fils de Dieu, auteur de tant de merveilles de la nature et de la grâce ; et pleins de reconnaissance envers celui qui a daigné faire luire pour nous, au milieu de nos ténèbres, tous ces admirables flambeaux, offrons-lui la prière que lui consacrait en ce jour l’Église gothique d’Espagne.

Voici que nous célébrons, Seigneur, à la lueur des flambeaux, l’office du soir de ce quatrième jour, dans lequel, établissant au firmament du ciel ses flambeaux lumineux, vous avez daigné nous donner la figure des quatre Évangélistes, dont l’accord est une lumière pour nos cœurs, et qui s’encadrent si parfaitement dans la solidité de la loi ancienne. Ils s’unissent pour annoncer aux quatre parties du monde que vous avez souffert pour nous la mort, et que vous êtes ressuscité du tombeau. Daignez donc, nous vous en supplions, nous éclairer tellement par la grâce de votre résurrection, dans l’obscurité de cette vie, que, nous qui devons ressusciter aussi, nous méritions d’arriver à la couronne.

Antiennes

Ã. Míttite in déxteram navígii rete, et inveniétis, allelúia.

Ã. Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez, alleluia​.

Antienne grégorienne “Mittite”

Ã. Dixit Iesus discípulis suis : Afférte de píscibus, quos prendidístis nunc. Ascéndens autem Simon Petrus, et traxit rete in terram plenum magnis píscibus, allelúia.

Ã. Jésus dit à ses disciples : Apportez quelques-uns des poissons que vous avez pris à l’instant. Montant dans la barque Simon Pierre tira à terre le filet plein de gros poissons, alleluia​.

Antienne grégorienne “Dixit Iesus”

Mardi de Pâques

Mardi de Pâques

Mardi de Pâques

La Punchline de Saint Ambroise

Le Christ a préféré porter au ciel les blessures reçues pour nous, et n’a pas voulu en supprimer les traces, afin de montrer à Dieu son Père le prix de notre liberté.

Paul et Barnabé dans la synagogue d’Antioche (Act 13, 16-41) : commentaire de Dom Delatte

Saint Paul et saint Barnabé entrèrent dans la synagogue d’Antioche, le jour du sabbat, et prirent place. Le judaïsme était une grande et large fraternité : grâce aux synagogues, lieux de réunion et de prière commune, mais non de sacrifice, un Juif était partout chez lui. Peut-être Paul et Barnabé étaient-ils connus déjà. Peut-être avaient-ils avisé de leur venue ; toujours est-il que le premier accueil fut courtois et affectueux. Et après la lecture accoutumée de la Loi et des Prophètes, qui fournissait le texte de l’homélie ou exhortation (Lc 4, 17-22), les chefs de la synagogue invitèrent gracieusement Paul et Barnabé, qui sans prétention s’étaient rangés parmi les simples fidèles, à prendre la parole pour l’édification de la communauté. On a pu supposer que les divisions de l’Écriture lues ce jour-là étaient le premier chapitre du Deutéronome, qui ménageait à l’Apôtre l’occasion de résumer, comme l’avait fait saint Etienne, l’histoire religieuse des Juifs, ce qui leur était toujours sensible. Le passage des Prophètes aurait été le chapitre I d’Isaïe et amenait le thème de la rémission des péchés. Quoi qu’il en soit, l’Apôtre ne se fit pas prier pour prendre la parole ; toute chaire lui était bonne pour parler de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il se leva, demanda de la main le silence et commença, s’adressant tout à la fois et aux Juifs de nation et aux prosélytes. Le discours, plus spécialement encore que les événements de ce voyage, n’a pu être établi que sur les indications de l’Apôtre lui-même : saint Luc n’est ici que narrateur.

Prédilection de Dieu envers son peuple qui s’achève dans le salut offert en la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le fils de David (Act 13, 16-25).

Les Juifs, par leur naissance, les prosélytes en vertu de leur adoption, étaient les fils des Patriarches ; c’était leur histoire commune que rappelait saint Paul en parlant du séjour des Hébreux en Égypte, de leur libération miraculeuse, des quarante années de pèlerinage dans le désert, des peuples chananéens éliminés d’une terre promise par Dieu à la race élue, à la famille d’Abraham. Saint Paul assigne quatre siècles et demi au régime des Juges, depuis l’occupation de la terre de Chanaan jusqu’à l’avènement de la royauté. Les chiffres sont arrondis à dessein, les formules approximatives, et la leçon douteuse.

Le discours ne donne qu’une mention rapide au premier des rois d’Israël, Saül, (de même nom et de même tribu que le prédicateur lui-même), pour arriver, au plus tôt, au roi prédestiné, au roi selon le cœur de Dieu, et en lui et par lui, à Celui de ses fils dont il n’était lui-même que la glorieuse figure, Jésus, celui qui sauve. Les voies lui ont été ouvertes auprès de Jérusalem par Jean le Précurseur, que plusieurs regardèrent comme le Messie ; mais Jean-Baptiste les détrompait : « Non, leur disait-il, ce n’est pas moi ; mais voici qu’il vient après moi, ajoutait-il, d’une grandeur telle que je ne suis pas digne de lui dénouer la chaussure. »

Les Juifs de Jérusalem ont écarté le salut qui leur était offert, ils ont mis à mort le libérateur lui-même, mais Dieu l’a retiré du tombeau (Act 13, 26-37).

Eh bien ! disait l’Apôtre, c’est à vous tous, Juifs et prosélytes, que ce salut par le Seigneur Jésus est offert aujourd’hui. Les gens de Jérusalem et leurs chefs l’ont méconnu, l’ont jugé ; ils ont accompli, à leur insu, les prophéties qu’ils lisaient à chaque jour de sabbat ; et n’ayant pu trouver en lui aucun crime, ils ont obtenu de Pilate qu’il fût mis à mort. Descendu de la croix, il fut mis au tombeau. Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, et il s’est montré durant quarante jours à nombre de témoins qui l’avaient accompagné de la Galilée à Jérusalem. Et nous-mêmes, Barnabé et moi, nous venons vous apporter la bonne nouvelle. Le peuple juif tout entier a attendu le Messie : il n’a plus désormais à attendre. Cette grande promesse que Dieu a faite à nos pères, il l’a réalisée pour nous, leurs enfants, en relevant Jésus d’entre les morts. Cela était écrit au deuxième Psaume : « Vous êtes mon Fils, c’est aujourd’hui que je vous ai donné la vie » : car c’est à dater de la résurrection que commence, pour le Verbe de Dieu incarné, sa vie d’Adam nouveau et de chef de toute l’humanité ; c’est une vie nouvelle qu’il est allé chercher au tombeau, une vie sans fin, selon la promesse faite à David par le Dieu qui ne trompe pas. Il est dit encore dans un autre Psaume : « Vous ne permettrez pas que votre Saint subisse la corruption du tombeau. » (Ps 15, 10). Or, dit l’Apôtre saint Paul, et nous retrouvons sur ses lèvres l’exégèse donnée par saint Pierre lui-même (Act 2, 24-32), David, après avoir au cours de sa vie obéi à la volonté de Dieu, s’est endormi ; il a rejoint ses pères et a subi le sort de toute chair. Il n’en va pas de même de celui dont il était la figure, que Dieu a réveillé d’entre les morts, et qui n’a point connu la corruption du tombeau.

C’est en Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité que nous obtenons la justice et le salut (Act 13, 38-41).

La dernière partie du discours de saint Paul contient l’exhortation et la conclusion pratique. On dirait une mise en demeure, et déjà, comme en germe, toute la doctrine de saint Paul. Sachez-le donc, mes frères, la loi de Moïse a été impuissante à nous justifier : nos fautes ne sont effacées qu’en Notre-Seigneur Jésus. Il n’y a pour nous de justice et de salut qu’à la condition de croire en lui et de lui appartenir. Gardons-nous d’encourir par nos résistances la menace du prophète : « Prenez garde, est-il dit à ceux qui méprisent la parole de Dieu, prenez garde aux surprises et aux terreurs du lendemain ; car je vais, sous vos yeux, accomplir une œuvre telle que vous ne pourriez la croire, si elle vous était seulement racontée. » C’est au prophète Habacuc (Hab 2, 4) que l’Apôtre emprunte à la fois et la formule qu’il développera plus tard dans ses épîtres aux Galates, aux Romains, aux Hébreux : « Le juste vit de la Foi » ; et la menace suspendue sur la tête de ceux qui méprisent (Hab 1, 4 et Hab 2, 5 d’après les Septante). Dans la prophétie, le péril dénoncé est l’invasion des Chaldéens ; ici, c’est un châtiment de Dieu dont tous les fléaux antérieurs ne sont qu’une pâle figure : le châtiment qui ne finit pas, la captivité éternelle.

Prières

Oratio

Deus, qui Ecclésiam tuam novo semper fœtu multíplicas : concéde fámulis tuis ; ut sacraméntum vivéndo téneant, quod fide percepérunt. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui agrandissez sans cesse votre Église par une nouvelle génération : accordez à vos serviteurs de garder dans leur vie le sacrement qu’il ont reçu par la foi.

Exhortation de Saint Ephrem le Syrien (306-373)

Jésus, Notre-Seigneur, le Christ, nous est apparu du sein de son Père. Il est venu et nous a tirés des ténèbres et nous a illuminés de sa joyeuse lumière. Le jour s’est levé pour les hommes ; la puissance des ténèbres est chassée. De sa lumière s’est levée pour nous une lumière qui a éclairé nos yeux obscurcis. Il a fait lever sa gloire sur le monde et a éclairé les plus profonds abîmes. La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin, les portes de l’enfer sont en pièces. Il a illuminé toutes les créatures, ténèbres depuis les temps anciens. Il a réalisé le salut et nous a donné la vie ; ensuite il viendra dans la gloire et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu. Notre Roi vient dans sa grande gloire : allumons nos lampes, sortons à sa rencontre (Mt 25,6) ; réjouissons-nous en lui comme il s’est réjoui en nous et nous réjouit par sa glorieuse lumière. Mes frères, levez-vous, préparez-vous pour rendre grâce à notre Roi et Sauveur qui viendra dans sa gloire et nous réjouira de sa joyeuse lumière dans le Royaume. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Stetit Iesus in médio discipulórum suórum, et dixit eis : Pax vobis, allelúia, allelúia.

Ã. Jésus se tint au milieu de ses disciples et leur dit : Paix à vous, alleluia, alleluia​.

Antienne grégorienne “Stetit Iesus”

Ã. Vidéte manus meas et pedes meos, quia ego ipse sum, allelúia, allelúia.

Ã. Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi, alleluia, alleluia​.

Antienne grégorienne “Videte manus”

Lundi de Pâques

Lundi de Pâques

Lundi de Pâques

La Punchline de Dom Guéranger

Les splendeurs de la Résurrection de notre Maître nous montrent assez vivement quel est le but de la tribulation, lorsque Dieu nous l’envoie.

Les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35) : commentaire de Dom Paul Delatte

En ce même jour de la Résurrection, l’après-midi, deux des disciples, auxquels les saintes femmes avaient raconté leur visite au tombeau, cheminaient vers le bourg d’Emmaüs, éloigné de soixante stades, environ deux lieues, de Jérusalem. Ils devisaient de tous les événements qui venaient de se passer, s’efforçant de les comprendre. Le Seigneur était dans leur pensée, dans leur souci, dans leurs paroles ; et voici que sous la forme d’un pèlerin venant de Jérusalem, il se rendit présent, se joignit à eux et prit leur pas. « Mais leurs yeux étaient retenus, ils n’étaient pas en état de le reconnaître. »

Nous devons nous souvenir que, chez un ressuscité, affranchi désormais de la mortalité, il y a maîtrise absolue de l’âme béatifiée sur le corps. Les facultés que décrivent les théologiens (agilité, clarté, impassibilité, subtilité) ne sont que le témoignage réel, la traduction de cet état du corps spiritualisé. Même en dehors de ce privilège, on conçoit, surtout dans l’état d’anxiété des deux disciples, qu’une légère modification dans les traits, dans la voix, dans le regard, dans le vêtement du Seigneur, ait suffi pour les empêcher de le reconnaître ; saint Marc, au cours d’une mention rapide donnée aux voyageurs d’Emmaüs, dit que Jésus leur apparut « sous une forme différente » (26, 12). On entrevoit aussi le motif de cette disposition divine : le Seigneur voulait être avec ces disciples, extérieurement, de la même manière qu’il était dans leur esprit. Ce qui « retenait leurs yeux » et obscurcissait leur regard, c’était l’imperfection, la défaillance intérieure de leur foi. Le Seigneur ressuscité était, pour eux, l’inattendu. Dirons-nous qu’il y avait mensonge à se voiler ainsi? Pour qu’il y eût mensonge, il faudrait que le Seigneur fût tenu ou se soit engagé à se montrer toujours dans toute la splendeur de sa gloire. Les deux disciples y avaient-ils droit?

Il semble qu’à l’arrivée du Seigneur la conversation se soit interrompue. Ce fut Jésus qui rompit le silence : « De quoi parliez-vous donc tous les deux en marchant? » Et ils s’arrêtèrent, attristés. C’était la question même du Seigneur qui les peinait (nous suivons ici le texte original) : elle renouvelait leurs perplexités et leurs souvenirs. Il fallait bien, pourtant, répondre à cette sympathie. L’un des voyageurs, celui dont l’évangile a retenu le nom, Cléophas, s’enhardit : «Vous êtes le seul, dit-il, des pèlerins arrivés à Jérusalem, qui ignoriez ce qui s’est passé ces jours derniers ! » L’affaire avait fait assez de bruit ; et, pour les disciples, elle seule présentait de l’intérêt. « Quoi donc? » demanda le Seigneur. Et ils répondirent, prenant peut-être tour à tour la parole : « Il s’agit de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple ; les princes des prêtres et nos gouvernants l’ont livré, pour être condamné à mort, et l’ont crucifié. Pour nous, nous espérions qu’il était celui qui doit racheter Israël… Mais encore, avec tout cela, aujourd’hui est le troisième jour depuis que ces événements ont eu lieu. Il est vrai, quelques-unes des femmes qui sont avec nous nous ont rapporté des choses bien étonnantes : parties de grand matin pour le sépulcre, elles n’y ont point trouvé son corps, et sont venues nous le dire, ajoutant que des anges leur ont apparu et déclaré qu’il est vivant. Puis quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau, et ont trouvé les choses dans l’état décrit par les femmes ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

À l’information des deux pèlerins il ne manquait vraiment rien; tous leurs renseignements étaient exacts et complets. Cette idée même du « troisième jour » aurait pu leur rappeler la grande promesse et les mettre sur la voie de l’espérance; au lieu de cela, une conclusion découragée : Nous espérions, disent-ils. Et l’étranger prit la parole à son tour, avec un accent d’autorité, mais sans se dévoiler encore : « Ô hommes dont l’intelligence et le cœur sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et qu’il entrât ainsi dans sa gloire? » La parole du Seigneur appuie d’une façon emphatique sur l’in omnibus : il faut croire à tout ce que contiennent les Livres saints. Il y est question non seulement des gloires du Messie, mais encore de ses souffrances (1Pt 1, 10-11). Pourquoi donc écarter celles-ci comme un scandale? L’Écriture, lue avec soin, ne marque-t-elle pas la liaison qui existe entre ces deux parties de la vie du Christ? Le Seigneur s’étonne, dans la forme très vive de son interrogation, que des Juifs éclairés, des disciples de Jésus, n’aient pas reconnu une doctrine si évidente. Puis vient la démonstration, où il se plaît à recueillir, dans les livres de Moïse d’abord, puis dans les prophètes, en un mot dans toutes les Écritures, les témoignages qui se rapportaient au Messie.

On arriva près d’Emmaüs. Les deux disciples se préparaient à entrer, mais l’étranger feignit, lui, de vouloir aller plus loin. Alors ils le retinrent affectueusement : « Demeurez avec nous, car le soir vient et la journée est bien avancée déjà. » On était dans la seconde partie du jour: après avoir reconnu le Seigneur, les disciples ont eu tout le loisir de retourner à Jérusalem. Il entra, consentit à rester avec eux et à partager leur repas. On lui déféra la présidence comme à un docteur en Israël. Il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur distribua. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et le reconnurent. Est-ce la reproduction de la Cène eucharistique? Plusieurs commentateurs le pensent, mais sans preuve suffisante. Ici, en effet, il n’est question que de l’espèce du pain ; de plus, la fraction semble avoir eu lieu au début du repas et non à la fin, comme au Cénacle. Enfin, les deux disciples n’avaient probablement pas assisté à l’institution de l’Eucharistie. Comment la répétition d’une cérémonie dont ils n’avaient pas été les témoins aurait-elle pu les aider à reconnaître le Seigneur? Peut-être furent-ils frappés par un geste, une attitude familière à leur Maître ; peut-être se souvinrent-ils de la multiplication des pains (Lc 9, 16). L’évangile marque simplement d’ailleurs, que le Seigneur se manifesta au cours de la fraction du pain : après avoir ouvert les yeux de leur intelligence, il était naturel qu’il en fît autant pour les yeux du corps. Mais aussitôt après il disparut. Et ils se disaient l’un à l’autre : « N’est-il pas vrai que notre cœur était brûlant au dedans de nous, tandis qu’il nous parlait en chemin, et qu’il nous expliquait les Écritures ! »

Prières

Oratio

Deus, qui sollemnitáte pascháli, mundo remédia contulísti : pópulum tuum, quæsumus, cælésti dono proséquere ; ut et perféctam libertátem cónsequi mereátur, et ad vitam profíciat sempitérnam. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez apporté au monde dans la solennité pascale la guérison : nous vous en supplions, continuez de répandre votre don céleste sur votre peuple ; qu’il soit digne de jouir de la liberté parfaite et qu’il s’avance vers la vie éternelle.

Prière de Saint Bernard (1090-1153)

Demeurez avec nous, Seigneur, car le jour baisse, et il se fait tard. Ô vous, la paix, le refuge et la consolation des cœurs troublés, demeurez avec nous, de peur que notre charité ne se refroidisse, et que notre lumière ne s’éteigne dans la nuit : car le jour baisse, et il se fait déjà tard ! Déjà se fait le soir de ma vie ; déjà mon corps cède à la violence des douleurs; la mort m’environne, ma conscience se trouble ; je frémis à la pensée de votre jugement ; Seigneur, Seigneur, il se fait tard, le jour baisse : demeurez avec nous. Je remets mon esprit entre vos mains ; en vous seul est mon salut, vers vous seul s’élèvent mes regards. Demeurez avec nous, et qu’à ma dernière heure, mon âme étant affranchie, par la ferveur, du joug des tribulations et du péché, la prière et l’amour lui préparent une douce hospitalité dans le sein de Dieu. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Iesus iunxit se discípulis suis in via, et ibat cum illis : óculi autem eórum tenebántur, ne eum agnóscerent : et increpábat eos, dicens : O stulti et tardi corde ad credéndum in his, quæ locúti sunt Prophétæ, allelúia.

Ã. Jésus se joignit à ses disciples sur le chemin, et il marchait avec eux : mais leurs yeux étaient retenus de peur qu’ils ne le reconnussent : Et il les reprenait, disant : Ô hommes dont l’intelligence et le cœur sont lents à croire tout ce qu’ont dit les Prophètes, alleluia​.

Antienne grégorienne “Iesus iunxit se”

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

La Résurrection de Notre-Seigneur, notre Pâque

Annonce du Martyrologe Romain

En ce jour que le Seigneur a fait, la solennité des solennités et notre Pâque : la Résurrection de Notre Sauveur Jésus-Christ selon la chair.

La Punchline des Anges

Il est ressuscité : Il vous l’avait bien dit !

Se purifier du vieux levain (1 Cor 5, 7-8) : commentaire de Dom Paul Delatte

1 Cor 5, 7-8 — Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes; car notre Pâque, le Christ, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité.

La Pâque des chrétiens coïncidait alors comme date avec celle des Juifs. Un détail du rituel juif s’offrait de lui-même à la pensée de saint Paul pour appuyer et illustrer sa réprimande. Lorsque les Juifs avaient, sous la pression de l’Ange exterminateur, obtenu de sortir de l’Égypte, leur départ avait été si précipité, qu’ils n’emportèrent avec eux, comme vivres de voyage, qu’une pâte qu’ils n’eurent pas le loisir de faire fermenter ; tant l’Égypte, effrayée, mettait d’empressement à les congédier. Et c’est en souvenir de ce détail que la loi relative à l’Agneau Pascal (Ex 12, 15 et 19 ; Ex 13, 7), prescrivait qu’il fût mangé avec du pain azyme, et que durant les sept jours de fête pascale il ne se trouvât dans les maisons d’Israël aucun atome de pain fermenté.

L’enseignement de l’Apôtre se base tout entier sur cette circonstance liturgique. Certains chrétiens gardent quelque chose de leurs dispositions humaines et charnelles ; que ne renoncent-ils à ce vieux levain de l’Égypte, eux qui sont baptisés et ont traversé les eaux qui engloutirent leurs ennemis ? Que ne consentent-ils à devenir une pâte toute nouvelle, toute pure, sans aucun mélange d’un élément étranger, comme l’implique leur création qui les a renouvelés dans le Christ ? Car notre Agneau Pascal, l’Agneau de Dieu, le Christ a été immolé ; pour les chrétiens la fête pascale est de toute la vie. Nous la devons célébrer toujours, et, comme il convient à une fête pascale dont l’ancienne n’était qu’un symbole, non avec l’ancien levain, avec les dispositions troubles et grossières de l’homme adamique, avec le levain de la malice et de la perversité première, mais avec l’azyme de la pureté parfaite et de l’unité avec le Seigneur.

La Résurrection du Sauveur (Mc 16, 1-7) : commentaire littéral de Dom Delatte

Les saintes femmes observèrent pieusement le repos sabbatique ; mais le lendemain, premier jour après le sabbat, premier jour de la semaine nouvelle, elles vinrent au tombeau, dès avant l’aurore, avec les parfums qu’elles avaient achetés, se proposant de les répandre sur le corps du Seigneur. C’étaient Marie de Magdala, l’autre Marie, mère de Jacques, Salomé, Jeanne, femme de Chusa, et d’autres encore (Lc 24, 10). Saint Marc et saint Luc en nomment trois, saint Matthieu deux, tandis que saint Jean, nous le verrons, ne s’occupe que de Marie-Madeleine. Il est bon d’avertir dès maintenant que pour tout ce qui concerne les apparitions du Seigneur ressuscité, aucun des évangélistes, non plus que saint Paul, au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens, n’a eu le souci d’être complet. Chacun dispose son récit selon le but qu’il poursuit en écrivant, sans doute aussi selon l’étendue des informations dont il dispose. Harmoniser ces différents textes pour en composer une histoire suivie est pour nous besogne en partie conjecturale. Nulle opposition, d’ailleurs, entre les évangélistes ; tout lecteur attentif reconnaîtra que leurs écrits se complètent l’un l’autre et ne s’excluent point. L’impression d’ensemble est au contraire qu’une tradition très ferme, touchant les derniers faits de la vie du Seigneur, était en possession dès l’origine de l’Église, et que nul événement historique ne se présente avec des garanties plus hautes que la Résurrection du Fils de Dieu, la base, selon l’Apôtre, de tout le christianisme.

Parties de Jérusalem de très bon matin, les saintes femmes arrivèrent près du tombeau au soleil levant : l’aube est brève à Jérusalem ; il pouvait être six heures environ. Pendant le trajet, elles se disaient entre elles : « Qui roulera pour nous la pierre hors de la porte du tombeau ? » Mais elles marchaient quand même, n’obéissant qu’à leur amour. Elles n’ont point de souci des gardes ; car cette précaution des pharisiens a été prise à leur insu. Le récit de saint Marc est très vivant et très précis, Celui de saint Matthieu pourrait faire croire, de prime abord, que les saintes femmes arrivèrent juste à point pour assister aux phénomènes qui accompagnèrent la Résurrection ; mais il doit être interprété en tenant compte des procédés littéraires habituels au premier évangéliste. Saint Matthieu veut simplement nous apprendre l’état des personnes et des choses lorsque parurent Madeleine et ses compagnes. Au lever du jour, le Seigneur était ressuscité d’entre les morts ; il était sorti invisiblement du tombeau. Une grande secousse avait ébranlé la région du sépulcre. L’ange du Seigneur, descendant du ciel, avait fait rouler la pierre qui fermait l’entrée, et s’était assis dessus. Son visage brillait comme l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. À sa vue, les gardes avaient tremblé d’épouvante et, terrifiés, avaient pris la fuite.

Les saintes femmes, en approchant, constatent que la pierre, qui était très lourde, avait été roulée à côté de la porte. Elles entrent dans la chambre sépulcrale, pensant y trouver le corps du Seigneur Jésus. Un instant, elles cherchent, avec anxiété. Soudain, elles aperçoivent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe resplendissante. (Saint Luc met en scène deux anges, comme saint Jean, 19, 12.) Éblouies, saisies de stupeur, les femmes baissent les yeux et n’osent regarder. Mais l’ange les rassure ; l’effroi n’est aujourd’hui que pour les ennemis de Dieu. « Ne craignez point, vous, leur dit-il. Je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié. Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici : il est ressuscité. Voyez la place où on l’avait déposé. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit jadis en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains d’hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et ressuscite le troisième jour. (Mt 17, 21-22; Mt 20, 18-19; Mc 9, 30; Lc 9, 44.) Allez promptement annoncer à ses disciples et à Pierre qu’il est ressuscité des morts, et qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a prédit » (Mt 26, 32 ; Mc 14, 28).

L’ange s’accréditait auprès des saintes femmes en leur parlant de la sorte ; il se montrait familier à ce qui concernait le Seigneur, bien renseigné sur les instructions qu’il avait laissées aux apôtres. Sa parole était lumineuse et simple. Pourtant, les femmes ne parviennent pas sur-le-champ à dominer leur émotion ; elles sortent aussitôt du tombeau, dit saint Marc, tremblantes et hors d’elles-mêmes ; elles ne disent rien aux personnes amies qu’elles rencontrent sur la route: car elles ont peur. Mais les déclarations angéliques s’étaient gravées dans leurs âmes ; elles y cheminaient peu à peu, substituant à la terreur une grande joie. Les prédictions du Seigneur leur revenaient à la mémoire et s’éclairaient à la lumière des événements. En hâte, elles s’acquittèrent de leur message auprès des disciples.

La Résurrection du Sauveur (Mc 16, 1-7) : commentaire mystique de Saint Grégoire le Grand

Vous venez d’entendre lire, mes très chers frères, que les saintes femmes qui avaient suivi le Seigneur, vinrent au tombeau avec des parfums, ayant ainsi, dans leur zèle plein d’humanité, des égards, même après sa mort, pour celui qu’elles avaient aimé vivant. Or, l’action qu’elles accomplirent nous signale quelque chose qui doit se pratiquer dans la sainte Église. Il est donc nécessaire d’écouter le récit de ce qu’elles ont fait, afin de méditer sur ce que nous avons à faire à leur imitation. Nous aussi qui croyons en celui qui est mort, nous viendrons véritablement avec des parfums à son tombeau, si, embaumés de l’odeur des vertus, nous cherchons le Seigneur avec la recommandation des bonnes œuvres. Ces femmes qui voient les Anges, ce sont celles qui sont venues avec des aromates, car les âmes qui voient les habitants de la cité céleste, ce sont celles qui se dirigent vers le Seigneur par de saints désirs et avec le parfum des vertus.

Il faut remarquer de plus pourquoi l’Ange fut aperçu assis à droite. Que signifie la gauche, sinon la vie présente ? Que désigne la droite, sinon la vie éternelle ? De là vient qu’il est écrit dans le Cantique des cantiques : « Sa main gauche est sous ma tête et sa main droite m’embrassera. » Comme notre Rédempteur avait déjà dépassé la vie présente qui est corruptible, c’est avec raison que l’Ange ayant mission d’annoncer son entrée dans la vie éternelle, se montrait assis à droite. Il apparut couvert d’une robe blanche, parce qu’il venait proclamer la joie de notre grande fête. La blancheur de son vêtement exprime en effet la splendeur de notre solennité. L’appellerons-nous nôtre ou sienne ? Disons mieux : cette solennité est sienne et elle est nôtre. Car si la résurrection de notre Rédempteur a été notre bonheur, en ce qu’elle nous a ramenés à l’immortalité ; elle a fait aussi la joie des Anges, puisque, en nous rappelant au Ciel, elle complète leur nombre.

Dans cette fête dont l’allégresse est commune et à lui et à nous, l’Ange apparut donc avec des vêtements blancs, parce que la résurrection du Seigneur, en nous rouvrant l’entrée du Ciel, réparait les pertes éprouvées par la patrie céleste. Mais écoutons ce que l’Ange dit aux femmes qui arrivent au sépulcre. « Ne craignez point. » C’est comme s’il leur disait ouvertement : Qu’ils craignent, ceux qui n’aiment pas l’arrivée des habitants du Ciel ; qu’ils soient effrayés ceux qui, tout, appesantis par les désirs charnels, désespèrent de pouvoir parvenir à jouir de la société de ces esprits bienheureux. Mais pourquoi craindre, vous qui, dans les Anges, reconnaissez déjà vos concitoyens ? C’est pour cela que saint Matthieu, décrivant aussi l’arrivée de l’Ange, nous dit : « Son visage était comme un éclair, et son vêtement comme la neige. » L’éclair, il est vrai, inspire la terreur ; mais la blancheur de la neige suggère de douces pensées.

Prières

Oratio

Deus, qui hodiérna die per Unigénitum tuum æternitátis nobis áditum, devícta morte, reserásti : vota nostra, quæ præveniéndo aspíras, étiam adiuvándo proséquere. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez en ce jour, par la victoire de votre Fils unique sur la mort, ouvert pour nous l’entrée de l’éternité : secondez de votre secours les vœux que vous nous inspirez, en nous prévenant au moyen de votre grâce.

Prière de Conrad Boppert (1750-1811)

Salut, salut au très glorieux Jésus ! Mille fois salut au Rédempteur du genre humain ! Ah ! Que ne puis-je cent fois en un moment crier : Alleluia, Alleluia, Alleluia ! Louez Dieu, toutes les nations et tous les peuples ; louez Dieu, tous les anges ; louez Dieu, toutes les créatures ! Jésus, le Sauveur Jésus est ressuscité. Ô Jésus, qui sortez ainsi du sépulcre le troisième jour après votre Passion, où est donc la pâleur de votre front ? Où la trace des fouets ? Où les déchirures des épines ? Où la lividité de tout votre corps ? En un instant la splendeur de la gloire céleste a changé tout cela. vous voilà tout éclatant, ô mon Dieu, comme le soleil du matin quand il jaillit de la nue. Vous n’avez gardé sur votre corps que les cinq cicatrices de la Croix, comme un souvenir éternel de votre étonnante Charité. Oh ! Qu’elles sont belles, ces blessures sur votre corps glorieux ! Très-douces blessures, très-délicieux stigmates de l’Amour crucifié, que ne puis-je vous couvrir de mes baisers, vous inonder de mes larmes ! Ô Jésus, éternel soleil, qui recréez tout, échauffez tout et réjouissez tout ; qui, sortant du tombeau où vous avez vaincu la mort dont l’homme était l’auteur, nous avez ramené la vie, faites, je vous en supplie, que, véritablement ressuscités avec vous, nous ne fassions plus jamais les œuvres des ténèbres et que nous restions pour toujours dans le sein de votre charité, vivant dans la piété, dans la justice et dans la tempérance : en sorte qu’à la résurrection des morts, lorsque vous serez manifesté devant tous les hommes, ô notre Vie, nous ayons, nous aussi, notre manifestation dans la gloire ! Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ángelus autem Dómini descéndit de cælo, et accédens revólvit lápidem, et sedébat super eum, allelúia, allelúia.

Ã. Un Ange du Seigneur descendit du ciel, et s’approchant, il renversa la pierre et s’assit dessus, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Angelus autem Domini”

Ã. Et ecce terræmótus factus est magnus : Angelus enim Dómini descéndit de cælo, allelúia.

Ã. Et voilà qu’un tremblement de terre très grand se produisit : car un Ange du Seigneur descendit du ciel, alleluia.

Antienne grégorienne “Et ecce terræmotus”

Ã. Erat enim aspéctus eius sicut fulgur, vestiménta eius cándida sicut nix, allelúia.

Ã. Car il avait l’aspect d’un éclair, et ses vêtements étaient purs comme la neige, alleluia.

Antienne grégorienne “Erat enim”

Ã. Præ timóre autem eius extérriti sunt custódes, et facti sunt velut mórtui, allelúia.

Ã. Par crainte de lui les gardes furent épouvantés, et ils devinrent comme morts, alléluia.

Antienne grégorienne “Præ timore”

Ã. Respóndens autem Angelus, dixit muliéribus : Nolíte timére : scio enim quod Iesum quǽritis, allelúia.

Ã. Et l’Ange répondant dit aux femmes : ne craignez point : je sais que vous cherchez Jésus, alleluia.

Antienne grégorienne “Respondens”

Vendredi Saint

Vendredi Saint

Vendredi Saint

La Punchline des Pères du désert
Nous voyons la Croix de Jésus et nous lisons le récit de ses souffrances, et nous ne supportons pas une seule injure!
Chemin de la Croix médité par Dom Columba Marmion
Avant de commencer, rappelons-nous la recommandation de saint Paul : « Ayez en vous les sentiments qui animaient le Christ Jésus… Il s’est humilié en se faisant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix. » Plus nous pénétrerons dans ces dispositions qu’avait le Cœur de Jésus en parcourant la voie douloureuse : amour envers son Père, charité envers les hommes, haine du péché, humilité et obéissance, plus nos âmes seront remplies de grâces et de lumières, parce que le Père éternel verra en nous une image plus parfaite de son divin Fils.

Mon Jésus, vous avez parcouru cet itinéraire pour mon amour en portant votre croix. Je veux le faire avec vous et comme vous ; pénétrez mon cœur des sentiments qui débordaient du vôtre en ces heures saintes. Offrez pour moi à votre Père le sang précieux que vous avez répandu alors pour mon salut et ma sanctification.

[Pour les enfants, on peut prendre les méditations de ce chemin de Croix, en ajoutant les prières habituelles avant et après.]

1ère Station : Jésus est condamné à mort par Pilate
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Jésus est debout devant le gouverneur romain. »
Il est debout, parce que, second Adam, il est le chef de toute la race qu’il va racheter par son immolation. Le premier Adam, avait, par son péché, mérité la mort ». Jésus, innocent, mais chargé des péchés du monde, doit les expier par son sacrifice sanglant. Les princes des prêtres, les pharisiens, son propre peuple « l’entourent comme des taureaux furieux ». Nos péchés crient par leurs clameurs et exigent tumultueusement la mort du juste. Le lâche gouverneur romain « leur livre la victime pour qu’elle soit attachée à la croix ».

Que fait Jésus ? S’il est debout parce qu’il est notre chef ; si, comme dit saint Paul, « il rend témoignage » de la vérité de sa doctrine, de la divinité de sa personne et de sa mission, il s’abaisse cependant intérieurement devant l’arrêt prononcé par Pilate : il lui reconnaît un pouvoir authentique. Dans cette puissance terrestre, indigne mais légitime, Jésus voit la majesté de son Père. Et que fait-il ? Il se livre plus qu’il n’est livré. Il s’humilie en obéissant jusqu’à la mort ; il accepte volontairement pour nous, afin de nous rendre la vie, la sentence de condamnation. « De même que la désobéissance d’un seul homme, Adam, a entraîné la perte d’un grand nombre, ainsi l’obéissance d’un seul, le Christ Jésus, les établira dans la justice. »

Nous devons nous unir à Jésus dans son obéissance, accepter tout ce que notre Père des cieux nous imposera par qui que ce soit, un Hérode ou un Pilate, du moment que leur autorité est légitime. – Acceptons aussi, dès maintenant, la mort, en expiation de nos péchés, avec toutes les circonstances dont il plaira à la Providence de l’entourer ; acceptons-la comme un hommage rendu à la justice et à la sainteté divines outragées par nos fautes ; unie à celle de Jésus, elle deviendra « précieuse aux yeux du Seigneur ».

Mon divin Maître, je m’unis à votre Cœur sacré dans sa soumission parfaite et son abandon entier aux volontés du Père. Que la vertu de votre grâce produise en mon âme cet esprit de soumission qui me livre sans réserve et sans murmure au bon plaisir d’en haut, à tout ce qu’il vous plaira de m’envoyer à l’heure où je devrai quitter ce monde.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

2ème Station : Jésus est chargé de sa croix
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Pilate leur livra Jésus pour être crucifié, et ils l’emmenèrent portant sa croix. »
Jésus avait fait un acte d’obéissance ; il s’était livré aux volontés de son Père, et maintenant le Père lui montre ce que l’obéissance lui impose : c’est la croix. Il l’accepte comme venant des mains de son Père, avec tout ce qu’elle comporte de douleurs et d’ignominies. En cet instant, Jésus acceptait le surcroît de souffrances qu’apportait ce lourd fardeau à ses épaules meurtries, les tortures indicibles dont ses membres sacrés seraient affligés au moment de la crucifixion ; il acceptait les amers sarcasmes, les haineux blasphèmes, dont ses pires ennemis, en apparence triomphants, allaient l’accabler aussitôt qu’ils le verraient suspendu au gibet infâme ; il acceptait l’agonie de trois heures, l’abandon de son Père… Nous n’approfondirons jamais l’abîme d’afflictions auxquelles notre divin Sauveur a consenti en recevant la croix. – En ce moment aussi, le Christ Jésus, qui nous représentait tous, et qui allait mourir pour nous, acceptait la croix pour tous ses membres, pour chacun de nous. Il a uni alors aux siennes toutes les souffrances de son Corps mystique ; il leur a fait puiser dans cette union leur valeur et leur prix.

Acceptons donc notre croix en union avec lui, comme lui, pour être de dignes disciples de ce chef divin ; acceptons-la sans raisonner, sans murmurer ; si lourde qu’ait été pour Jésus la croix que le Père lui imposait, a-t-elle diminué son amour, sa confiance envers son Père ? Bien au contraire. « Je boirai le calice d’amertume que mon Père me présente. » Qu’il en soit ainsi de nous. « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et me suive. » Ne soyons pas de ceux que saint Paul appelle « ennemis de la croix de Jésus ». Prenons plutôt notre croix, celle que Dieu nous impose ; dans l’acceptation généreuse de cette croix, nous trouverons la paix : rien ne pacifie tant l’âme qui souffre, que cet abandon entier au bon plaisir de Dieu.

Mon Jésus, j’accepte toutes les croix, toutes les contradictions, toutes les adversités que le Père m’a destinées ; que l’onction de votre grâce me donne la force de porter ces croix avec le même abandon que vous nous avez montré en recevant la vôtre pour nous. « Que je ne cherche ma gloire qu’en la participation à vos souffrances ! »

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

3ème Station : Jésus tombe une première fois
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Il sera un homme de douleurs et il connaîtra la faiblesse. »
Cette prophétie d’Isaïe s’accomplit à la lettre. Jésus, épuisé par les souffrances de l’âme et du corps, succombe sous le poids de la croix : la toute-puissance tombe de faiblesse. Cette faiblesse de Jésus honore sa puissance divine. Par elle, il expie nos péchés, il répare les révoltes de notre orgueil et il relève le monde impuissant à se sauver… De plus, il nous méritait à ce moment la grâce de nous humilier de nos fautes, de reconnaître nos chutes, de les avouer sincèrement ; il nous méritait la grâce de la force qui soutient notre faiblesse.

Avec le Christ prosterné devant son Père, détestons les élèvements de notre vanité et de notre ambition ; reconnaissons l’étendue de notre faiblesse. Autant Dieu accable les superbes, autant l’humble aveu de notre infirmité attire sa miséricorde. Crions miséricorde à Dieu dans les moments où nous sentons que nous sommes faibles en face de la croix, de la tentation, de l’accomplissement de la volonté divine. C’est en proclamant alors humblement notre infirmité qu’éclatera en nous le triomphe de la grâce qui, seule, peut nous sauver.

Ô Christ Jésus, prosterné sous votre croix, je vous adore. « Force de Dieu », vous vous montrez accablé de faiblesse pour nous apprendre l’humilité et confondre nos orgueils. Ô pontife, plein de sainteté, qui avez passé par nos épreuves afin de nous ressembler et de pouvoir « compatir à nos infirmités », ne m’abandonnez pas moi-même, car je ne suis que faiblesse ; « que votre force demeure en moi », afin que je ne succombe pas au mal.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

4ème Station : Jésus rencontre sa Sainte Mère
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

Le jour est venu pour la Vierge Marie où doit se réaliser pleinement en elle la prophétie de Siméon : « Un glaive percera votre âme. »
De même qu’elle s’était unie à Jésus en l’offrant jadis au Temple, elle veut plus que jamais entrer dans ses sentiments et partager ses souffrances, à cette heure où Jésus va consommer son sacrifice. Elle se rend au Calvaire où elle sait que son Fils doit être crucifié. Sur la route, elle le rencontre. Quelle immense douleur de le voir dans cet affreux état ! Leurs regards s’échangent, et l’abîme des souffrances de Jésus appelle l’abîme de la compassion de sa Mère. Que ne ferait-elle pas pour lui ?

Cette rencontre fut à la fois une source de douleur et un principe de joie pour Jésus. Une douleur, en voyant la profonde désolation en laquelle son état si triste plongeait l’âme de sa mère ; une joie, à la pensée que ses souffrances allaient payer le prix de tous les privilèges dont elle était et devait être comblée. C’est pourquoi il s’arrête à peine. Le Christ avait le cœur le plus tendre qui soit ; au tombeau de Lazare, il versait des larmes ; il pleurait sur les malheurs de Jérusalem. Jamais fils n’a aimé sa mère comme lui ; quand il l’a rencontrée si désolée sur la route du Calvaire, il a dû sentir s’émouvoir toutes les fibres de son Cœur. Et pourtant, il passe outre, il continue son chemin vers le lieu de son supplice, parce que c’est la volonté de son Père. Marie s’associe à ce sentiment, elle sait que tout doit s’accomplir pour notre salut ; elle prend sa part des souffrances de Jésus en le suivant jusqu’au Golgotha, où elle deviendra corédemptrice. Rien d’humain ne doit nous retenir dans notre marche vers Dieu ; aucun amour naturel ne doit entraver notre amour pour le Christ : nous devons passer outre pour lui demeurer unis.

Demandons à la Vierge de nous associer à la contemplation des souffrances de Jésus et de nous donner part à la compassion qu’elle lui témoigne, afin d’y puiser la haine du péché qui a exigé une telle expiation. Il a plu parfois à Dieu, pour manifester sensiblement le fruit que produit la contemplation de la Passion, d’imprimer dans le corps de quelques saints, comme saint François d’Assise, les stigmates des plaies de Jésus. Nous ne devons pas désirer ces marques extérieures ; mais nous devons demander que l’image du Christ souffrant soit imprimée dans notre cœur. Sollicitons de la Vierge cette grâce précieuse : Mère sainte, daignez imprimer les plaies de Jésus crucifié en mon cœur très fortement.

Ô Mère, voilà votre Fils ; par l’amour que vous lui portez, faites que le souvenir de ses souffrances nous suive partout ; c’est en son nom que nous vous le demandons ; nous le refuser serait le refuser à lui-même puisque nous sommes ses membres. Ô Christ Jésus, voilà votre Mère ; à cause d’elle, accordez-nous de compatir à vos douleurs pour vous devenir semblables.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

5ème Station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa Croix
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Comme ils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. »
Jésus est épuisé ; bien qu’il soit le Tout-Puissant, il veut que sa sainte humanité, chargée de tous les péchés du monde, éprouve le poids de la justice et de l’expiation. Mais il veut que nous l’aidions à porter sa croix. Simon nous représente tous, et c’est à nous tous que le Christ demande de partager ses souffrances : on n’est son disciple qu’à cette condition. « Si quelqu’un veut marcher sur mes traces, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. « Le Père a décidé qu’une part de douleurs serait laissée au Corps mystique de son Fils, qu’une portion de l’expiation serait subie par ses membres. Jésus le veut ainsi, et c’est pour signifier ce décret divin qu’il a accepté l’aide du Cyrénéen. Mais en même temps, il nous a mérité en ce moment la grâce de la force pour soutenir généreusement les épreuves : il a mis dans sa croix l’onction qui rend la nôtre tolérable ; car en portant notre croix, c’est bien la sienne que nous acceptons. Il unit nos souffrances à sa douleur, et il leur confère, par cette union, une valeur inestimable, source de grands mérites.

C’est ce que saint Paul nous fait entendre dans sa lettre aux Hébreux afin de nous encourager à tout supporter pour l’amour du Christ : « Courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, les yeux fixés sur Jésus, le guide et le consommateur de la foi ; au lieu de la joie qui lui était offerte, méprisant l’ignominie, il a souffert la croix, et, depuis lors, il a mérité d’être assis à la droite du trône de Dieu. – Considérez celui qui a supporté contre sa personne une si grande contradiction de la part des pécheurs afin de ne pas vous laisser abattre par le découragement. »

Mon Jésus, j’accepte de votre main les parcelles que vous détachez pour moi de votre croix ; j’accepte toutes les contrariétés, les contradictions, les peines, les douleurs que vous permettez ou qu’il vous plaît de m’envoyer ; je les accepte comme part d’expiation ; unissez ce peu que je fais à vos souffrances indicibles, car c’est d’elles que les miennes tireront tout leur mérite.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

6ème Station : Véronique essuie la Sainte Face de Jésus
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

La tradition rapporte qu’une femme, prise de compassion, s’approcha de Jésus et lui tendit un linge pour essuyer sa face adorable.
Isaïe avait prédit de Jésus souffrant qu’« il n’aurait plus ni forme ni beauté, qu’il serait rendu méconnaissable ». L’Évangile nous dit que les soldats lui donnaient d’insolents soufflets, qu’ils lui crachaient à la face ; le couronnement d’épines avait fait découler le sang sur sa figure sacrée. Le Christ Jésus a voulu souffrir tout cela pour expier nos péchés ; « il a voulu nous guérir par les meurtrissures » qu’a subies sa face divine.

Étant notre frère aîné, il nous a rendu, en se substituant à nous dans sa Passion, la grâce qui fait de nous les enfants de son Père. Nous devons lui être semblables, puisque telle est la forme même de notre prédestination. Comment cela ? Tout défiguré qu’il est par nos péchés, le Christ dans sa Passion demeure le Fils bien-aimé, objet de toutes les complaisances de son Père. Nous lui sommes semblables en cela, si nous gardons en nous la grâce sanctifiante qui est le principe de notre similitude divine. Nous lui sommes semblables encore en pratiquant les vertus qu’il manifeste durant sa Passion, en partageant l’amour qu’il porte à son Père et aux âmes, sa patience, sa force, sa mansuétude, sa douceur.

Ô Père céleste, en retour des meurtrissures que votre Fils Jésus a voulu souffrir pour nous, glorifiez-le, élevez-le, donnez-lui cette splendeur qu’il a méritée lorsque sa face adorable a été défigurée pour notre salut.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

7ème Station : Jésus tombe une deuxième fois
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

Considérons notre divin Sauveur succombant encore sous le poids de sa croix. « Dieu a placé sur ses épaules tous les péchés du monde. » Ce sont nos péchés qui l’écrasent ; il les voit tous dans leur multitude et leur détail, il les accepte comme siens au point de ne paraître plus, selon la parole même de saint Paul, qu’un péché vivant. Comme Verbe éternel, Jésus est tout-puissant ; mais il veut éprouver toute la faiblesse d’une humanité écrasée : cette faiblesse toute volontaire honore la justice de son Père céleste, et nous mérite la force.

N’oublions jamais nos infirmités ; ne nous laissons jamais aller à l’orgueil ; si grands progrès que nous croyions avoir réalisés, nous demeurons toujours faibles pour porter notre croix à la suite de Jésus. Seule, la vertu divine qui découle de lui devient notre force ; mais elle ne nous est donnée que si nous l’implorons souvent.

Ô Jésus, rendu faible pour mon amour, écrasé sous le poids de mes péchés, donnez-moi la force qui est en vous, afin que vous seul soyez glorifié par mes œuvres !

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

8ème Station : Jésus parle aux femmes de Jérusalem
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Jésus était suivi d’une grande foule de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Se tournant vers elles, Jésus dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car des jours viendront où l’on dira : Bienheureuses celles qui furent stériles… Et les hommes crieront aux montagnes : Tombez sur nous… Car si le bois vert est ainsi traité, que fera-t-on du bois sec ? »
Jésus connaît les exigences ineffables de la justice et de la sainteté de son Père. Il rappelle aux filles de Jérusalem que cette justice et cette sainteté sont des perfections adorables de l’Être divin. Lui, il est un « pontife saint, innocent, pur, séparé des pécheurs » ; il ne fait que se substituer à eux ; et pourtant, voyez de quelles atteintes rigoureuses la divine justice le frappe. Si cette justice réclame de lui une expiation si étendue, quelle sera la force de ses coups contre les coupables qui auront obstinément refusé jusqu’au dernier jour d’unir leur part d’expiation aux souffrances du Christ ? Ce jour-là, la confusion de l’orgueil humain sera si profonde, le supplice de ceux qui n’auront pas voulu de Dieu si terrible que ces malheureux, rejetés loin de Dieu pour toujours, grinceront des dents de désespoir ; ils demanderont « aux collines de les couvrir », comme si elles pouvaient les dérober aux traits enflammés d’une justice dont ils reconnaissent avec évidence l’entière équité…

Implorons la miséricorde de Jésus pour le jour redoutable où il viendra non plus en victime ployant sous le poids de nos péchés, mais en juge souverain « à qui le Père a remis toute puissance ».

Ô mon Jésus, faites-moi miséricorde ! Ô vous, qui êtes la vigne, donnez-moi de demeurer uni à vous par la grâce et mes bonnes œuvres, afin que je porte des fruits dignes de vous ; que je ne devienne pas, par mes péchés, « une branche morte, bonne à être retranchée et jetée au feu ».

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

9ème Station : Jésus tombe une troisième fois
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Dieu, disait Isaïe, en parlant du Christ durant sa Passion, a voulu le briser par la souffrance. »

Jésus est écrasé par la justice. Nous ne pourrons jamais, même au ciel, mesurer ce que fut pour Jésus, que d’être soumis aux traits de la justice divine. Aucune créature, pas même les damnés, n’en a porté le poids dans toute sa plénitude. Mais la sainte humanité de Jésus, unie à cette justice divine par un contact immédiat, en a subi toute la puissance et toute la rigueur. C’est pourquoi, victime qui s’est livrée par amour à tous ses coups, il est brisé par l’accablement que fait peser sur lui cette justice sainte.

Ô mon Jésus, apprenez-moi à détester le péché qui oblige la justice à réclamer de vous une telle expiation ! Donnez-moi d’unir à vos souffrances toutes mes peines, afin que par elles je puisse effacer mes fautes et satisfaire dès ici-bas.

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

10ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Ils se sont partagé mes vêtements et ils ont tiré ma robe au sort. » C’est la prophétie du psalmiste.
Jésus est dépouillé de tout et mis dans la nudité d’une pauvreté absolue, il ne dispose pas même de ses vêtements ; car dès qu’il sera élevé en croix, les soldats se les partageront et jetteront sa tunique au sort. – Jésus, par un mouvement de l’Esprit Saint, s’abandonne à ses bourreaux comme victime pour nos péchés.

Rien n’est si glorieux pour Dieu ni si utile pour nos âmes que d’unir l’offrande absolue et sans condition de nous-mêmes à celle qu’a faite Jésus au moment où il s’abandonnait aux bourreaux pour être dépouillé de ses vêtements et attaché à la croix « afin de nous rendre, par son dénuement, les richesses de sa grâce ». Cette offrande de nous-mêmes est un véritable sacrifice ; cette immolation à la volonté divine est le fond de toute la vie spirituelle. Mais pour qu’elle acquière toute sa valeur, nous devons l’unir à celle de Jésus, car « c’est par cette oblation qu’il nous a tous sanctifiés ».

Ô mon Jésus, agréez l’offrande que je vous fais de tout mon être, joignez-la à celle que vous avez faite à votre Père céleste, au moment où vous êtes arrivé au Calvaire ; dépouillez-moi de toute attache à la créature et à moi-même !

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

11ème Station : Jésus est cloué à la Croix
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Ils le crucifièrent et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. »
Jésus se livre à ses bourreaux « comme un agneau, sans ouvrir la bouche ». La torture de ce crucifiement des mains et des pieds est inexprimable. Qui pourrait dire surtout les sentiments du Cœur sacré de Jésus au milieu de ces tourments ? Il devait répéter sans doute la parole qu’il avait dite en entrant en ce monde : « Père, vous ne voulez plus d’holocaustes d’animaux : ils sont insuffisants pour reconnaître votre sainteté… mais vous m’avez donné un corps. Me voici ! » Jésus regarde sans cesse la face de son Père, et avec un incommensurable sentiment d’amour, il livre son corps pour réparer les insultes faites à la majesté éternelle. On le crucifie entre deux larrons. « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. » Et quelle mort subit-il ? La mort de la croix. Pourquoi cela ? Parce qu’il est écrit : « Maudit soit celui qui est suspendu au gibet. » Il a voulu être mis « au rang des scélérats », afin de reconnaître les droits souverains de la sainteté divine.

Il se livre aussi pour nous. Jésus, étant Dieu, nous voyait tous en ce moment ; il s’est offert pour nous racheter parce que c’est à lui, pontife et médiateur, que le Père nous a donnés. Quelle révélation de l’amour de Jésus pour nous ! « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Il n’aurait pu faire davantage : « Il les aima jusqu’à la fin. » Et cet amour, c’est aussi l’amour du Père et de l’Esprit Saint, car ils ne sont qu’un.

Ô Jésus, qui « en obéissant à la volonté du Père et par la coopération du Saint-Esprit, avez donné la vie au monde par votre mort, délivrez-moi, par votre corps infiniment saint et votre sang, de toutes mes fautes et de tous mes maux : faites que je m’attache inviolablement à votre loi et ne permettez pas que je me sépare de vous ».

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

12ème Station : Jésus meurt sur la Croix
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Et criant d’une voix puissante, Jésus dit : Père, je remets mon âme entre vos mains. Et ayant dit ces paroles, il expira. »
Après trois heures de souffrances indicibles, Jésus meurt. « La seule oblation digne de Dieu, l’unique sacrifice qui rachète le monde et sanctifie les âmes est accompli. » Le Christ Jésus avait promis que, « quand il aurait été élevé sur la croix, il attirerait tout à lui ». Nous sommes à lui à un double titre : comme créatures tirées du néant par lui, pour lui ; – comme des âmes « rachetées par son sang » précieux. Une seule goutte du sang de Jésus, Homme-Dieu, aurait suffi pour nous sauver, car tout en lui a une valeur infinie ; mais, parmi tant d’autres raisons, il a voulu le répandre jusqu’à la dernière goutte en faisant percer son Cœur sacré, afin de nous manifester l’étendue de son amour. – Et c’est pour nous tous qu’il l’a versé ; chacun peut redire en toute vérité la brûlante parole de saint Paul : « Il m’a aimé, et s’est livré pour moi ! »

Demandons-lui de nous attirer à son Cœur sacré par la vertu de sa mort sur la croix ; demandons-lui de mourir à nos amours-propres, à nos volontés propres, sources de tant d’infidélités et de péchés, et de vivre pour celui qui est mort pour nous. Puisque c’est à sa mort que nous devons la vie de nos âmes, n’est-il pas juste que nous ne vivions que pour lui ?

Ô Père, glorifiez votre Fils suspendu au gibet. Puisqu’il s’est abaissé jusqu’à la mort et à la mort de la croix, élevez-le ; que soit exalté le nom que vous lui avez donné ; que tout genou fléchisse devant lui ; que toute langue proclame que votre Fils Jésus vit désormais dans votre gloire éternelle !

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

13ème Station : Le corps de Jésus est descendu de la Croix et remis à sa Sainte Mère
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

Le corps meurtri de Jésus est rendu à Marie.
Nous ne pouvons imaginer la douleur de la Vierge à ce moment. Jamais mère n’a aimé son enfant comme Marie a aimé Jésus ; son cœur de mère a été façonné par l’Esprit Saint pour aimer un Homme-Dieu. Jamais cœur humain n’a battu avec plus de tendresse pour le Verbe incarné que le cœur de Marie ; car elle était pleine de grâce, et son amour ne rencontrait point d’obstacle à son épanouissement. Puis elle devait tout à Jésus ; son immaculée conception, les privilèges qui font d’elle une créature unique lui avaient été donnés en prévision de la mort de son Fils. Quelle douleur inexprimable fut la sienne, lorsqu’elle reçut dans ses bras le corps ensanglanté de Jésus ! Jetons-nous à ses pieds pour lui demander pardon des péchés qui furent la cause de tant de souffrances.

« Ô Mère, source d’amour, faites-moi comprendre la force de votre douleur, afin que je partage votre affliction ; faites que mon cœur soit embrasé d’amour pour le Christ, mon Dieu, afin que je ne songe qu’à lui plaire ! »

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.

14ème Station : Le corps de Jésus est déposé dans le tombeau
V/. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R/. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

« Joseph d’Arimathie, ayant descendu de la croix le corps de Jésus, l’enveloppa d’un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc où personne n’avait encore été mis. »
Saint Paul disait que le Christ devait nous être semblable en toutes choses ; jusque dans sa sépulture, Jésus est l’un des nôtres : on l’ensevelit, dit saint Jean, à la manière des Juifs, avec des linges et des aromates. Mais le corps de Jésus, uni au Verbe, « ne devait pas souffrir la corruption ». Il restera à peine trois jours dans le tombeau ; par sa propre vertu, Jésus en sortira triomphant de la mort, resplendissant de vie et de gloire, et « la mort n’aura plus d’empire sur lui ».

L’Apôtre nous dit encore que « par notre baptême nous avons été ensevelis avec le Christ pour mourir au péché ». Les eaux du baptême sont comme un sépulcre où nous devons laisser le péché, et d’où nous sortons, animés d’une nouvelle vie, la vie de la grâce. La vertu sacramentelle de notre baptême dure toujours. En nous unissant par la foi et l’amour au Christ déposé dans le tombeau, nous renouvelons cette grâce de « mourir au péché afin de ne vivre que pour Dieu ».

Seigneur Jésus, que j’ensevelisse dans votre tombeau tous mes péchés, toutes mes fautes, toutes mes infidélités ; par la vertu de votre mort et de votre sépulture, donnez-moi de renoncer de plus en plus à tout ce qui m’éloigne de vous, à Satan, aux maximes du monde, à mes amours-propres ; par la vertu de votre résurrection, faites que, comme vous, je ne vive plus que pour la gloire de votre Père !

(1 Pater Noster + 1 Ave Maria + Gloria)
V/. Ayez pitié de nous, Seigneur. R/.  Ayez pitié de nous.
V/. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix. R/. Ainsi soit-il.