21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

21 mars — Notre Bx Père Saint Benoît, Abbé

La Punchline de Saint Benoît

Qu’on ne préfère absolument rien à l’amour du Christ.

Sermon

Saint Benoît, Patriarche des moines d'occident (11 juillet 2010)

De l’Année liturgique de Dom Prosper Guéranger

Avec quelle vénération profonde nous devons nous approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le 7ème siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, et jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Vie de Saint Benoît (480-543) par les Bénédictins de Paris

Enfance, vie à Subiaco et premiers disciples

Vers 480 dans la ville de Norcia, au pays des Sabins, naissaient deux enfants jumeaux, Benoît et Scholastique. Les parents, Eutrope et Abundantia, étaient d’origine romaine ; on a même voulu les rattacher à la famille des Anicii. Saint Grégoire le Grand, sans préciser davantage, se contenta de dire que Benoît était de famille libre. Le nom de Benoît donné à l’enfant exprimait la bénédiction de Dieu sur lui. Dès sa jeunesse, il eut le cœur et la sagesse d’un vieillard ; il ne donnait rien au plaisir des sens, et, pouvant dans le monde jouir de ses biens passagers, il en méprisa les vanités.

Confié aux soins d’une nourrice dans la maison paternelle, il fut ensuite envoyé à Rome pour étudier les belles-lettres. Vers la quatorzième année, ou selon d’autres à vingt ans, ayant déjà fait l’expérience du monde, Benoît craignit qu’en acquérant un peu de science, il ne tombât comme tant d’autres dans l’abîme du vice, et dès lors, après avoir confié son projet à sa nourrice, il abandonna la maison et la fortune de son père, ne cherchant qu’à plaire à Dieu dans la solitude. Sa nourrice qui l’aimait tendrement voulut le suivre. Ils sortirent de Rome par la voie Nomentane, prirent la route de Tivoli, et, suivant la vallée de l’Anio, arrivèrent en un lieu nommé Enfide à deux milles environ de Subiaco. Ils s’arrêtèrent, reçurent l’hospitalité près de l’église Saint-Pierre, et Cyrilla, la nourrice se mit en devoir de préparer un repas. Il fallait d’abord faire le pain, et pour cela nettoyer le grain. La nourrice emprunta un crible de terre cuite qu’elle posa un moment sur la table, puis sortit un instant. Quand elle rentra, le crible tombé à terre était cassé net en deux morceaux : elle se mit à pleurer amèrement. Benoît, qui était bon et pieux, emporta les morceaux du crible et alla prier. À la fin de sa prière il se leva, trouva près de lui le crible si bien réparé qu’on n’y pouvait voir la trace de l’accident. Il courut aussitôt consoler sa nourrice et lui remettre l’instrument en son entier. Ce premier miracle donna aux habitants une haute idée de la perfection à laquelle Dieu élevait le jeune Benoît au début même de sa conversion.

Le jeune homme qui ne cherchait point l’admiration du monde voulut s’isoler complètement. Il abandonna sa nourrice et se retira en un lieu désert appelé Sublacum (aujourd’hui Subiaco) à quarante milles de Rome. Au cours de son exploration, un moine nommé Romain vint à sa rencontre. Celui-ci vivait dans un monastère voisin sous l’obéissance de l’abbé Théodat ; Benoît lui confia son dessein, sur lequel il demandait le secret, reçut de Romain, l’habit religieux avec l’indication d’une grotte étroite dans laquelle il pourrait vivre entièrement inconnu des hommes. Il y vécut pendant trois ans avec le pain que lui apportait le moine Romain. Après ce laps de temps, Dieu voulut faire connaître pour l’édification des hommes la vie que menait son serviteur Benoît. Assez loin de la grotte de Subiaco vivait· un prêtre auquel le Seigneur apparut pendant qu’il préparait son repas pour célébrer la fête de Pâques : « Tu te prépares un bon repas, lui dit-il, et pendant ce temps mon serviteur souffre de la faim dans sa retraite. » Le prêtre comprit la leçon, et se levant aussitôt, il prit les aliments qu’il avait préparés et courut à la recherche du serviteur de Dieu à travers les hautes montagnes et les gorges profondes. Il finit par le découvrir caché dans sa grotte, s’entretint avec lui des douceurs de la vie céleste, et finit par lui dire : « Levez-vous et prenons quelque nourriture, parce que c’est aujourd’hui la fête de Pâques. » — « Je sais, répondit Benoît, que c’est Pâques pour moi, puisque j’ai le bonheur de vous voir. » Comme il était séparé des hommes, il ignorait que ce fût en réalité la solennité de Pâques. Mais le bon prêtre lui en donna l’assurance, il ajouta : « C’est aujourd’hui véritablement le jour de Pâques, le jour de la résurrection du Seigneur ; vous ne devez pas prolonger votre jeûne, car je suis envoyé vers vous pour que nous goûtions ensemble le bienfaits du Tout-Puissant. » Ils bénirent donc le Seigneur et prirent leur repas. Quand il fut achevé, et qu’ils se furent encore entretenus ensemble, le prêtre retourna à son église.

À cette même époque, quelques bergers, qui menaient leurs troupeaux dans ces parages, découvrirent la grotte de Benoît ; l’ayant aperçu à travers les buissons revêtu de peaux, ils le prirent pour quelque bête sauvage. Mais s’étant approchés, ils le contemplèrent en face et furent pénétrés d’une douce vénération. Par eux, on connut dans les environs la présence de Benoît et un grand nombre de personnes vinrent le visiter ; en échange de la nourriture corporelle qu’ils lui apportaient, ces gens recevaient de sa bouche la nourriture de l’âme.

Un jour que Benoît était en contemplation, le tentateur lui apparut sous la forme d’un petit oiseau noir, vulgairement appelé merle ; il se mit à voltiger devant sa face avec tant d’importunité que le saint aurait pu le prendre avec la main s’il l’avait voulu, mais il fit le signe de la croix et l’oiseau disparut. Au même moment, Benoît fut saisi d’une tentation de la chair si violente qu’il n’en avait jamais ressenti de semblable. L’esprit-malin rappela à son souvenir une femme qu’il avait connue à Rome, et troubla tellement son cœur, qu’à moitié vaincu par la volupté, le serviteur de Dieu pensait presque à quitter le désert. Mais bientôt, touché de la grâce, Benoît rentra en lui­-même ; apercevant près de sa grotte un épais buisson de ronces et d’épines, il se dépouilla entièrement de ses vêtements, et se roula sur le buisson jusqu’à ce que son corps ne fût plus qu’une plaie. Les blessures de son corps guérirent alors celles de son âme ; la volupté céda à la douleur. (On raconte que saint François d’Assise vint plus tard visiter ce buisson, y planta des rosiers dont les feuilles paraissaient tachetées de sang. Lui­-même avait remporté une victoire semblable à Notre-Dame des Anges). À partir de ce moment, comme il l’avouait à ses disciples, les mouvements de la concupiscence furent tellement domptés en lui, qu’il n’en ressentit plus les atteintes. Beaucoup de personnes dans la suite quittèrent le monde et vinrent se mettre sous son obéissance ; affranchi de cette infirmité de la chair, il avait le droit d’enseigner les vertus.

La réputation de sainteté avait rendu célèbre le nom de Benoît. Dans les environs de sa grotte, il y avait un monastère (désigné sous le nom de Vicovaro) dont l’abbé vint à mourir : toute la communauté vint trouver Benoît, et le conjura de vouloir bien en prendre la direction. Il refusa longtemps, déclarant aux religieux qu’ils ne pourraient pas s’entendre. Puis vaincu par leurs prières, il finit par consentir. Lorsqu’il voulut faire observer la règle dans le monastère, ces religieux s’irritèrent, s’accusèrent les uns les autres de s’être donné un tel supérieur dont la sainte vie contrastait trop avec leur inconduite. Quelques-uns résolurent sa mort, et décidèrent d’empoisonner son vin. Lorsque le vase de verre qui contenait le poison fut présenté à la table de l’abbé, pour qu’il fût béni selon l’usage, Benoît étendit la main et fit le signe de la croix. Le vase que l’on tenait à une certaine distance se rompit à ce simple signe comme s’il se fût brisé contre une pierre. L’homme de Dieu reconnut aussitôt qu’on lui avait présenté un breuvage de mort qui n’avait pu recevoir le signe de vie. Il se leva, sur le champ, le visage calme et l’esprit tranquille et dit aux frères réunis : « Que le Dieu tout-puissant vous pardonne, mes frères. Pourquoi vouloir me traiter de la sorte ? Ne vous avais-je pas dit, dès le principe que nous ne pourrions pas vivre ensemble ? Cherchez un abbé qui puisse vous convenir, car désormais il ne faut plus compter sur moi. » Il retourna sur le champ dans sa chère solitude ; il y vécut seul avec lui-même, c’est-à-dire comme l’explique saint Grégoire, qu’il veillait toujours sur son âme, constamment en présence de son Créateur.

Mais dans cette solitude vinrent à lui de nombreux disciples qui désiraient servir Dieu : il bâtit alors douze monastères dans chacun desquels il plaça douze moines sous la direction d’un abbé. Il garda seulement près de lui quelques disciples pour les former sous ses yeux. Des habitants de Rome, distingués par leur noblesse et leur piété vinrent aussi le trouver et lui confièrent leurs enfants ; Equitius lui confia son fils Maur, et le patrice Tertullus, son fils Placide, deux enfants de grande espérance.

Le trait suivant n’est pas dans saint Grégoire. Benoît voyageait quelquefois, sans attirer sur lui l’attention : un soir il arriva à un village situé à quelques milles de Subiaco, dans la direction de Palestrine ; les habitants pour une raison quelconque ne voulurent pas le recevoir. Alors Benoît alla simplement s’étendre sur une roche et s’y endormit sous le ciel du bon Dieu. Depuis des siècles, cette roche bénie est signalée chaque année par le suintement d’une manne particulière. Le prodige tantôt commence le 20 mars au soir, tantôt, mais plus rarement le 19, tantôt le 21 seulement, et cesse le 22 mars.

Les divers miracles que raconte saint Grégoire, et qui se rattachent à cette époque de la vie de saint Benoît, révèlent son esprit de prière, sa sollicitude paternelle pour ses moines, son esprit d’obéissance et d’humilité : tels sont, la correction d’un moine qui ne pouvait rester à l’oraison, parce que le démon l’attirait au dehors, l’éruption d’une source d’eau au sommet d’un mont pour épargner la fatigue aux moines, le fer d’un outil remontant à la surface du lac pour s’adapter de lui-même au manche, le fait de Maur marchant sur les eaux du lac pour ramener au bord Placide qui se noyait, etc.

Mais Benoît n’échappa point à la condition des vrais amis de Dieu. Ses vertus et ses miracles lui suscitèrent des envieux. Le prêtre d’une église voisine de Subiaco, nommé Florentius, se laissant séduire par le démon, se mit à combattre les efforts du serviteur de Dieu et à dénigrer sa conduite. Ne réussissant point à détourner de lui ceux qui aspiraient à une vie parfaite, il tenta lui aussi de l’empoisonner : dans ce but il osa lui envoyer un pain dans lequel le poison se trouvait caché. Benoît reçut ce pain et remercia le donateur. Mais à l’heure du repas, un corbeau avait l’habitude de venir de la forêt voisine pour recevoir du pain de la main de Benoît. Quand il vint comme à l’ordinaire, Benoît prit le pain envoyé par le prêtre, le jeta devant le corbeau en lui disant : « Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, prends ce pain et va le jeter dans un lieu où personne ne pourra le trouver. » Le corbeau ouvrant le bec et battant des ailes, se mit à voltiger autour du pain et à croasser, comme pour faire entendre qu’il voulait bien obéir, mais qu’il ne pouvait pas. Benoît insista plusieurs fois, répétant : « Prends-­le sans crainte, et porte-le où personne ne pourra le trouver. » Le corbeau hésita longtemps, piqua enfin le pain, l’enleva et disparut. Il revint trois heures après sans le pain, et reçut de Benoît sa pitance accoutumée.

Florentius qui n’avait pu tuer le corps du maître, voulut perdre les âmes des disciples : il envoya dans le jardin du monastère sept jeunes filles nues, qui se tenant ensemble par les mains, dansèrent longtemps devant les religieux pour exciter dans leurs cœurs les ardeurs des mauvais désirs. Benoît les aperçut de sa cellule et craignit la chute de ses disciples : mais comme toute cette persécution était dirigée contre lui seul, il céda la place à l’ennemi. Il établit donc des prieurs et un certain nombre de frères dans tous ses oratoires et changea de résidence, emmenant seulement avec lui quelques religieux. Dieu frappa bientôt d’une manière terrible Florentius qui fut écrasé sous la galerie de sa maison. Maur, le disciple de Benoît, crut devoir lui annoncer cette nouvelle en disant : « Revenez, mon Père, car le prêtre qui vous persécutait est mort. » Mais l’homme de Dieu, entendant cela, s’affligea de la mort de son ennemi, et comme Maur avait osé s’en réjouir, il lui imposa une pénitence.

On place communément en l’an 529, l’abandon de Subiaco par Benoît : cet homme que tant de miracles faisaient paraître comme vraiment rempli de l’esprit de tous les Justes avait alors quarante-neuf ans. Il allait parfaire son œuvre sur un nouveau théâtre.

Fondation du Mont-Cassin

Benoît, en quittant Subiaco emmena donc un certain nombre de disciples, et parmi eux, Maur et Placide qu’il entourait d’une spéciale affection. Le poète Marc, un autre disciple immédiat du saint a attesté qu’au moment où le saint homme se mit en marche, trois corbeaux sortirent du bois et accompagnèrent le cortège à travers les sentiers de la montagne. Ces oiseaux apprivoisés, attachés d’ordinaire à leur retraite et à leur nid, montrèrent à leur façon que la stabilité, élément nécessaire de la vie bénédictine, doit pouvoir céder quand il le faut à l’appel de Dieu. Après la traversée des montagnes, Benoît, suivi de ses disciples, traversa la ville de Cassinum, et se mit à gravir le sentier rocailleux pour atteindre le sommet où se trouvait la forteresse : à mi-côte, il rencontra un bois sacré où les païens des montagnes venaient encore fêter Vénus. Près du bois, il s’agenouilla et fit sa prière, puis se relevant, il monta vers la forteresse où s’en trouvaient deux dédiés l’un à Apollon, l’autre à Jupiter. Arrivé dans l’enceinte il brisa l’idole, renversa l’autel, brûla les bois sacrés ; dans le temple d’Apollon, il établit un oratoire à Saint-Martin, en dédia un autre à l’endroit même où était l’autel de Jupiter, et se mit à prêcher la foi au peuple des environs.

Ce zèle apostolique excita la rage du démon qui, se montrant sous une forme visible, se plaignit à grands cris de la violence qu’on lui faisait. Les disciples de Benoît ne voyaient pas ces horribles apparitions, mais ils entendaient ce que le démon disait dans sa fureur : « Benoît ! Benoît ! Sois maudit et non béni ! Pourquoi me persécutes-tu ? » Ce fut pour le serviteur de Dieu l’occasion de nouvelles victoires. On se mit au travail pour la construction du nouveau monastère, au milieu d’entraves sans cesse renouvelées. Tantôt c’était une énorme pierre qu’on ne pouvait ébranler, le démon rendant tous les efforts inutiles, tantôt c’étaient des flammes paraissant dans la cuisine et menaçant de tout détruire parce qu’on y avait jeté une idole, tantôt c’était un mur renversé et écrasant un jeune moine.

Et Benoît, favorisé du don des miracles, combattait avec succès toutes ces ruses pernicieuses de l’esprit malin. Dieu lui donnait en même temps les lumières à l’aide desquelles il connaissait les secrets des cœurs, découvrait les événements qui se passaient à distance comme s’il les avait vus de ses yeux. Le roi Totila, entendant parler de l’esprit prophétique de Benoît, voulut en avoir la preuve. Ayant sollicité une audience, il envoya à sa place son écuyer Riggo, et lui fit prendre ses chaussures et ses ornements royaux. D’aussi loin que Benoît vit arriver ce messager et put se faire entendre de lui, il cria : « Quittez, mon fils, quittez tout ce que vous portez, cela ne vous appartient pas. » À ces mots Riggo tomba à terre, tout tremblant d’avoir osé se jouer d’un si grand homme, puis il alla rapporter le fait à Totila. Celui-ci arriva ensuite : apercevant l’homme de Dieu assis à une certaine distance, il se prosterna à terre. Par deux et trois fois Benoît lui dit : « Levez-vous ! » Et Totila n’osant le faire, Benoît s’approcha, le releva lui­-même : il lui reprocha ensuite ses actions, lui prédit en quelques mots ce qui devait lui arriver : « Vous faites beaucoup de mal, lui dit-il, vous en avez beaucoup fait, tâchez de modérer enfin vos iniquités. Vous entrerez dans Rome, vous passerez la mer, vous régnerez neuf années et vous mourrez la dixième. » Le roi, grandement effrayé, se recommanda aux prières du saint abbé dont la prédiction se réalisa de point en point. À l’évêque de Canuse, qui venait souvent le visiter, Benoît renouvela cette prédiction, et fit connaître les maux qui devaient fondre sur Rome : « Rome, dit-il, ne sera pas détruite par les étrangers, mais elle sera tellement ravagée par les tempêtes, les orages, les tremblements de terre qu’elle périra d’elle-même. » Ces prophéties se réalisèrent complètement : celles qui regardaient Rome s’accomplirent du vivant de saint Grégoire.

Un clerc de l’église d’Aquin tourmenté par le démon n’avait pu être guéri après de nombreuses visites aux sanctuaires des martyrs ; on l’amena à Benoît qui invoqua sur lui le nom de Jésus et chassa aussitôt le démon. Il dit alors au clerc délivré : « Allez, ne mangez pas de viande, et gardez-vous de vous faire ordonner, car le jour où vous aurez la témérité de recevoir les saints ordres, vous retomberez aussitôt sous le pouvoir du démon. Le clerc se retira ; la crainte que lui laissa le souvenir de sa possession le rendit d’abord fidèle aux prescriptions du serviteur de Dieu. Bien des années après, lorsque ses supérieurs furent morts, et qu’il vit de plus jeunes que lui recevoir les ordres sacrés, il ne tint plus compte des paroles de Benoît, il se présenta au sacerdoce, et aussitôt le démon s’empara de lui pour ne plus le quitter. Un noble, nommé Théoprobe, converti par les exhortations du saint et admis dans son intimité, entra un jour dans la cellule de Benoît et le trouva pleurant à chaudes larmes. Il attendit longtemps, et, comme les larmes ne tarissaient pas, il voulut savoir la cause d’une si grande affiiction. Benoît lui répondit : « Tout ce monastère que j’ai construit et que j’ai préparé pour mes frères, le jugement de Dieu le livre aux infidèles : c’est à peine si j’ai pu obtenir que la vie des religieux me fût accordée. » Cette prophétie entendue par Théoprobe se réalisa en effet lorsque en 583 les Lombards entrèrent au Mont-Cassin, pillèrent tout, mais ne purent s’emparer de personne : les religieux se réfugièrent à Rome et y bâtirent un monastère à Saint-Jean de Latran.

Trois exemples achèveront de montrer jusqu’à quel point Benoît savait découvrir les choses les plus cachées. Un converti du nom d’Exhilaratus fut envoyé par son maître porter à Benoît deux flacons de vin : il en porta un et cacha l’autre en chemin. Benoît reçut le flacon en remerciant, mais au serviteur qui prenait congé de lui il dit : « Prends garde, mon fils, de boire du flacon que tu as caché, penche-le avec précaution et tu verras ce qu’il contient. » Le jeune homme se retira tout confus, et voulut vérifier en retournant ce qui lui avait été dit. Il inclina le flacon et il en sortit aussitôt un serpent. Cette découverte lui inspira une vive horreur de sa faute. Un moine après avoir donné son instruction à des religieuses du voisinage, reçut de ces religieuses quelques mouchoirs qu’il cacha dans son sein. Au retour, après avoir reçu la bénédiction de son abbé, il s’entendit reprendre très amèrement : « Comment, mon fils, lui dit Benoît, l’iniquité est-elle entrée dans votre sein ? N’étais-je pas présent lorsque vous avez reçu des mouchoirs de ces servantes de Dieu et que vous les avez cachés dans votre sein ? » Alors le religieux se prosterna à ses pieds, avoua sa folle conduite et présenta les mouchoirs qu’il avait cachés. Au repas du soir, le vénérable Père avait un religieux qui tenait la lampe devant sa table. Cette fonction fut remplie un soir par un frère, fils d’un avocat, qui s’entretenait intérieurement de certaines pensées d’orgueil, inspirées par le démon : « Quel est celui que je sers à table ? se disait-il : je tiens sa lampe comme un esclave ; suis-je donc fait pour lui obéir ? » Tout à coup l’homme de Dieu le regarda et lui dit d’un ton sévère : « Faites le signe de la croix sur votre cœur, mon frère, que murmurez-vous en vous-même ? » Puis il appela un autre frère auquel il donna l’ordre de prendre la lampe des mains du frère ainsi réprimandé. Celui-ci raconta plus tard les pensées d’orgueil qu’il avait eues et ce qu’il avait dit intérieurement contre Benoît. Il fut évident pour tous qu’il n’y avait rien de caché pour ce saint homme.

Plusieurs traits touchants nous révèlent jusqu’où allaient en Benoît la confiance en Dieu et l’esprit de pauvreté. En 539 une grande disette désola l’Italie : les habitants de la Campanie eurent beaucoup à en souffrir. Le blé vint à manquer dans le monastère de Benoît : un jour il n’y eut plus que cinq pains pour le repas des frères. Le vénérable Père, voyant la tristesse sur leurs visages leur reprocha doucement leur manque de confiance : « Pourquoi, leur dit-il, vous attrister ainsi de ce manque de pain ? Aujourd’hui vous en avez bien peu, mais demain vous en aurez en abondance. » En effet, le jour suivant, on trouva devant la porte du monastère deux cents boisseaux de farine dans des sacs, sans qu’on ait jamais su par qui le Dieu tout­puissant les avait envoyés. Les frères remercièrent le Seigneur et apprirent ainsi à ne jamais douter de l’abondance même en temps de disette. Un brave homme, tourmenté par une dette pressante qu’il ne pouvait acquitter, vint déclarer à Benoît qu’il était poursuivi par un créancier pour douze sous d’or. Le vénérable abbé répondit qu’il n’avait point ces douze sous, puis il ajouta en manière de consolation : « Allez, et revenez dans deux jours, car je n’ai pas aujourd’hui ce qu’il faudrait vous donner. » Pendant ces deux jours, Benoît pria beaucoup ; le troisième jour quand le pauvre débiteur se présenta, on trouva sur le coffre qui renfermait le blé du monastère treize sous d’or. L’homme de Dieu ordonna de les remettre au pauvre débiteur et lui dit : « Payez votre dette avec les douze et gardez le treizième pour vos propres besoins. » Dans la grande disette dont il vient d’être question, il ne resta plus au cellier du monastère qu’un peu d’huile dans une bouteille de verre. Un sous-diacre nommé Agapit vint alors demander avec insistance qu’on lui procurât un peu d’huile. Benoît donna l’ordre de remettre au solliciteur le peu d’huile qui restait. Le cellérier entendit bien cet ordre, mais ne se pressa point de l’exécuter. Interrogé quelque temps après par Benoît, il répondit que s’il avait exécuté l’ordre, il ne serait rien resté pour les frères. Indigné de cette réponse, Benoît commanda à un autre religieux de jeter par la fenêtre la bouteille qui paraissait contenir encore un peu d’huile, pour qu’il ne restât rien au monastère qui fût le résultat de la désobéissance. Sous la fenêtre était un grand précipice hérissé de rochers : la bouteille y fut jetée et tomba au fond sans se briser. Benoît la fit ramasser et remettre au sous-diacre. Il réunit ensuite tous les frères, reprocha en leur présence au religieux qui lui avait désobéi son défaut de foi et son orgueil. À près cette réprimande, il se mit à prier avec les frères. Dans le lieu même où ils étaient réunis se trouvait un tonneau où il n’y avait pas d’huile et sur lequel était un couvercle. Au bout de quelque temps, le couvercle se souleva, et comme l’huile continuait de monter, elle finit par déborder et inonda le pavé. Lorsque Benoît s’en aperçut, il cessa de prier, et l’huile cessa de couler. Il reprit alors plus longuement le frère qui avait manqué de confiance et de soumission, lui recommandant d’avoir désormais plus de foi et d’humilité. Le frère rougit et profita de cette salutaire correction.

La charité de Benoît lui fit accomplir des prodiges dont les effets s’étendirent même au delà du tombeau. Un religieux inconstant ne voulait plus rester au monastère. Benoît, fatigué de lui donner des conseils pour résister à ce qu’il jugeait une tentation, finit par lui ordonner de partir. À peine sorti, le frère rencontra sur son chemin, un dragon qui menaçait de le dévorer : il rentra plus mort que vif au monastère et promit de n’en plus jamais sortir. Sous le roi Totila, un arien nommé Zalla, exerçait toutes sortes de cruautés sur ceux qui étaient fidèles à l’Église catholique. Un jour qu’il tourmentait un pauvre villageois, cet infortuné finit par lui déclarer qu’il avait confié tout son avoir au serviteur de Dieu Benoît. Le cruel Zalla cessa de torturer sa victime, mais lui attacha les bras avec de fortes courroies et le contraignit à marcher devant son cheval pour qu’il lui montrât ce Benoît qui avait son bien. Le villageois, ainsi enchaîné, conduisit son persécuteur jusqu’à la porte du monastère où Benoît se trouvait assis et occupé à la lecture. Zalla, pensant effrayer le saint homme, lui jeta un regard farouche et cria : « Allons, debout, debout, et rends à ce paysan ce que tu en as reçu ! » Benoît leva les yeux, et à peine eut-il jeté sa vue sur les courroies du villageois que celles-ci se délièrent d’elles­mêmes. Zalla épouvanté de la puissance de ce regard, se prosterna à terre et demanda humblement au saint abbé le secours de ses prières. Sans se lever ni quitter sa lecture, Benoît appela des frères, leur ordonna de faire entrer Zalla, pour lui rendre les devoirs de l’hospitalité. Quand les frères, après avoir exécuté ses ordres, lui ramenèrent Zalla, Benoît avertit doucement celui-ci de ne plus se livrer à ses cruautés insensées. Zalla vaincu n’osa plus rien demander au villageois.

Dans une autre circonstance, Benoît revenait du travail des champs, quand un paysan, égaré par la douleur, après avoir déposé à la porte du monastère le corps inanimé de son enfant, l’aborda en criant : « Rendez-moi mon fils ! Rendez-moi mon fils ! » L’homme de Dieu s’arrêta à ces paroles et dit : « Eh ! quoi, vous ai-je ôté votre fils ? » — « Il est mort, répondit le paysan, venez, ressuscitez-le. » Contristé d’entendre un pareil discours, il dit : « Retirez-vous, mes frères, retirez-vous ; ce n’est pas à nous, c’est aux saints apôtres à faire ces choses. Pourquoi vouloir nous imposer des fardeaux que nous ne pou­vons porter ? » Mais le malheureux père, poussé par la douleur, persistait dans sa demande, déclarant qu’il ne se retirerait pas sans son fils vivant. Alors Benoît lui dit : « Où est-il ? » Le paysan répondit : « Voici son corps étendu devant la porte du monastère. » L’homme de Dieu s’y rendit avec les frères, se mit à genoux, se pencha sur le petit corps de l’enfant. Se levant ensuite et tendant les mains vers le ciel, il dit : « Seigneur, ne considérez pas mes péchés, mais la foi de cet homme qui demande la résurrection de son fils ; rendez à ce petit corps l’âme que vous en avez retirée. » À peine eut-il terminé cette prière que l’âme revenant fit tressaillir le corps de l’enfant à la vue de tous les assistants. Benoît prit l’enfant par la main et le rendit à son père.

Les paroles même les plus simples semblaient avoir une vertu : des âmes l’éprouvèrent jusqu’au delà du tombeau, comme ces deux religieuses de bonne famille qui vivaient loin de son monastère. Pour ne pas retenir leur langue elles irritaient souvent l’homme qui pourvoyait à leurs besoins matériels. Cet homme vint s’en plaindre à Benoît qui pour les corriger leur fit dire qu’il les excommunierait. Ce n’était qu’une menace au cas où elles ne changeraient pas. Elles moururent peu après, sans avoir changé, et furent enterrées dans l’église. Quand on célébrait la messe dans cette église et que le diacre disait : « Si quelqu’un ne communie pas, qu’il se retire », la nourrice de ces religieuses les voyait sortir de leur tombeau et quitter l’église. Elle en prévint Benoît qui fit présenter pour elles une offrande à l’église, ajoutant qu’après cette offrande elles ne seraient séparées de la communion des fidèles : qui arriva.

On s’est demandé si Benoît était prêtre. Sûrement il était diacre puisque nous le voyons prêcher aux populations du Mont­-Cassin sans provoquer des réclamations de la part du clergé. Quant à la prêtrise, aucun des faits connus de sa vie n’autorise à affirmer qu’il l’ait reçue, et les prescriptions de sa règle relatives aux prêtres dans le monastère semblent indiquer qu’il ne l’était pas. Telle a été l’opinion établie dès le 12ème siècle. L’ opinion contraire s’est fait jour au 16ème siècle, mais elle a réuni peu d’adhésions. Cette dernière opinion a été reprise par dom E. Schmidt en 1901.

Nous ne répéterons pas ici le dernier entretien de Benoît avec sa sœur Scholastique (voir 10 février) : nous nous contenterons de signaler une dernière faveur qui fut accordée au saint abbé vers la fin de sa vie. Le diacre Servandus, abbé d’un monastère de la Campanie vint, selon sa coutume, rendre visite à Benoît pour un dernier entretien spirituel. Quand vint l’heure du repos, Benoît se retira dans la partie supérieure de la tour, et plaça Servandus dans une chambre inférieure qui communiquait facilement avec le haut par un escalier. Devant la tour était un bâtiment plus vaste où reposaient les disciples des deux abbés. Pendant que les frères dormaient encore, Benoît veillait. Soudain, de sa fenêtre, il vit une lumière descendre d’en haut et dissiper les ténèbres. Dans cette vision, comme il le raconta lui-même, le monde entier fut présenté à ses yeux comme ramassé dans un seul rayon de soleil. Et au même moment, Benoît vit l’âme de Germain, évêque de Capoue portée au ciel par les anges dans un globe de feu. Voulant avoir un autre témoin d’un si grand miracle, il appela deux ou trois fois le diacre Servandus. Celui-ci, troublé à cet appel, monta en toute hâte et vit encore un reste de lumière : Benoît lui raconta en détail tout ce qui venait de se passer. On envoya aussitôt le vertueux Théoprobe à Capoue qui constata que le vénérable Germain était mort, et que le trépas avait eu lieu juste au moment de la vision de Benoît.

Mort de Benoît

Quarante jours environ après que Benoît avait rendu les derniers devoirs à sa sœur Scholastique, le Saint homme annonça à quelques disciples, le jour de son prochain trépas. Il ne lui restait plus que six jours à vivre, et rien ne faisait présager une fin aussi proche. Il fit alors ouvrir son tombeau, voulant sans doute faire entendre par là que, pour dissiper l’horreur de la mort, le meilleur remède est de l’avoir toujours présente. Son intention était de revoir aussi le corps de sa sœur, et de mourir avec la certitude que ses os reposeraient à côté des siens. Aussitôt après il fut saisi d’une fièvre violente qui le consumait ; le sixième jour de sa maladie, il se fit porter par ses disciples dans l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste, il y reçut, comme viatique de départ, le corps et le sang de Notre-­Seigneur. Puis, soutenu par les bras de ses disciples, les mains étendues vers le ciel, et debout, il rendit le dernier soupir en murmurant une suprême prière. Tous ses disciples furent avec lui à la mort comme à la vie parce que tous voulaient le revoir au ciel.

Le jour même de la mort, deux moines dont l’un était au monastère et l’autre en pays lointain eurent la même vision, suivant ce qu’il avait prédit avant de mourir. Ils virent une échelle s’élever, du point où Benoît avait rendu son âme jusqu’au ciel : elle était couverte de riches draperies et éclairée par une multitude d’étoiles. Au sommet se tenait un homme d’un aspect vénérable, rayonnant d’une lumière divine, il leur dit : « C’est la voie par laquelle Benoît, le bien-aimé du Seigneur,  est monté au ciel. » Ceux qui étaient absents connurent alors au signe qui leur avait été prédit, la mort du saint homme en même temps que les frères qui en avaient été témoins. Les disciples déposèrent le corps de leur vénérable Père à côté de celui de sa sœur Scholastique dans le sépulcre qu’il s’était préparé sous l’autel de Saint-Jean-Baptiste, au lieu même de l’autel d’Apollon qu’il avait renversé (21 mars 543, d’après l’opinion la plus commune).

L’œuvre de Saint Benoît (Bénédictins de Paris)

Saint Grégoire le Grand, le biographe que nous avons suivi dans ses grandes lignes, parle en ces termes de la règle bénédictine : « L’homme qui a brillé dans le monde par tant de miracles, l’a éclairé grandement aussi par sa doctrine ; car il a écrit aussi pour les moines une règle remarquable par sa discrétion et par la clarté de son langage. Elle reflète à fond sa vie et ses mœurs, on retrouve dans l’institution de cette règle toutes les vertus du maître ; le saint homme n’a jamais pu enseigner autrement qu’il n’a vécu. » Après ce premier éloge, il y aurait à citer siècle par siècle, le témoignage des souverains pontifes, des conciles, des docteurs et des saints. Voici ce qu’écrivait en 1862 Dom Guéranger (Enchiridium benedictinum) : « Saint Thomas, sainte Hildegarde, saint Antonin, ont cru que cette règle était directement inspirée par l’Esprit-Saint. De Charlemagne à Côme de Médicis, elle a été regardée comme un admirable modèle de législation même civile ; presque tous les ordres militaires l’ont prise comme base de leurs constitutions. Pendant huit siècles, elle a prévalu seule en Occident ; elle a de plus exercé une influence bienfaisante sur la vie du clergé séculier ; la constitution de l’ordre bénédictin a servi de type aux chapitres des cathédrales. »

Et Bossuet (Panégyrique de saint Benoît) s’exprime ainsi « : « Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien, et toutefois, il l’appelle un commencement. »

Quant aux disciples de saint Benoît, le développement merveilleux de la famille bénédictine peut être considéré comme un événement providentiel et le fruit des bénédictions célestes répandues sur son œuvre à travers les siècles.

Extraits de la Règle de Saint Benoît

Du Prologue

Lorsque nous avons demandé au Seigneur, mes frères, qui habitera dans sa demeure, nous avons appris ce qu’il faut faire pour y demeurer. Puissions-nous accomplir ce qui est exigé de cet habitant ! Il nous faut donc préparer nos cœurs et nos corps aux combats de la sainte obéissance à ses commandements.
Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d’éviter les peines de l’enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.
C’est à cette fin que nous voulons fonder une école où l’on serve le Seigneur. Dans cette institution, nous espérons ne rien établir de rude ni de pesant. Si, toutefois, il s’y rencontrait quelque chose d’un peu rigoureux, qui fût imposé par l’équité pour corriger nos vices et sauvegarder la charité, garde-toi bien, sous l’effet d’une crainte subite, de quitter la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles.
En effet, à mesure que l’on progresse dans la voie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate, et l’on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l’amour. Ne nous écartons donc jamais de son enseignement, et persévérant jusqu’à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d’avoir part à son royaume. Amen.

Chapitre 72, Le bon zèle

Il est un mauvais zèle, un zèle amer, qui sépare de Dieu et mène à l’enfer. De même, il est un bon zèle qui sépare des vices et mène à Dieu et à la vie éternelle. C’est ce zèle que les moines pratiqueront avec un très ardent amour : ils s’honoreront mutuellement avec prévenance ; (cf. Rm 12, 10) ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d’autrui, tant physiques que morales ; ils s’obéiront à l’envi ; nul ne recherchera ce qu’il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui ; ils s’accorderont une chaste charité fraternelle ; ils craindront Dieu avec amour ; ils aimeront leur abbé avec une charité sincère et humble ; ils ne préfèreront absolument rien au Christ ; qu’Il nous amène tous ensemble à la vie éternelle !

Prières

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui hodiérna die carnis edúctum ergástulo sanctíssimum Confessórem tuum Benedíctum sublevásti ad cælum :  concéde, quæsumus, hæc festa tuis fámulis celebrántibus cunctórum véniam delictórum ; ut, qui exsultántibus ánimis eius claritáti congáudent, ipso apud te interveniénte, consociéntur et méritis. Per Dóminum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez en ce jour tiré votre Confesseur, le Bienheureux Benoît, de la prison de son corps pour l’élever au ciel, daignez accorder à vos serviteurs qui célèbrent cette Fête le pardon de toutes leurs fautes, afin que, prenant part dans la joie de leur âme à sa gloire et à son bonheur, ils soient, grâce à son intercession, associés à ses mérites.

Oratio

Omnípotens, sempitérne Deus, qui per gloriósa exémpla humilitátis, triúmphum nobis ostendísti ætérnum ; da quæsumus, ut viam tibi plácitæ obœdiéntiæ, qua venerábilis Pater illésus antecedébat Benedíctus, nos, præclaris eius mentis adiúti, sine erróre subsequámur.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875) à saint Benoît

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

Ô Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

Ô Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Élevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.

Antienne

Ã. Hódie sanctus Benedíctus per viam Oriéntis trámitis vidéntibus discípulis cælos ascéndit : hódie eréctis mánibus inter verba oratiónis migrirávit : hódie in glória ab Ángelis suscéptus est.

Ã. Aujourd’hui Saint Benoît, par la voie de l’Orient, sous les yeux de ses disciples, s’est dirigé rapidement vers les cieux. Aujourd’hui, les mains levées dans des paroles d’oraison, il s’en est allé. Aujourd’hui, dans la gloire il a été reçu par les Anges.

Antienne grégorienne “Hodie Sanctus Benedictus”

Antienne Hodie Sanctus Benedictus

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

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Bossuet sur la Règle de Saint Benoît

Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien.

Le culte de Saint Benoît

Le culte rendu à saint Benoît eut d’abord un caractère privé et domestique. La catastrophe de 580 et la destruction du monastère par les barbares avec l’évasion des religieux ajoutèrent à la gloire du fondateur du Mont-Cassin, en réalisant à la lettre ce qu’il avait annoncé. Ce fut pour saint Grégoire le Grand l’occasion de glorifier celui qu’il appela « l’homme de Dieu, le serviteur du Christ, rempli de l’esprit de tous les justes » : sorte de canonisation anticipée. Cependant le nom n’était pas encore entré dans les martyrologes : il fallut, pour franchir cette étape, un fait important qui a donné lieu à de longues contestations, savoir :

1°. La translation des reliques. — Tradition de France. — Vers le milieu du 7ème siècle fut fondé non loin d’Orléans le monastère de Fleury-sur-Loire. Un de ses premiers abbés, apprenant l’état de ruines où se trouvait le Mont-Cassin après la destruction par les Lombards, et sachant que dans leur fuite, les religieux n’avaient pu emporter les corps de Benoît et de Scholastique, conçut le projet d’enlever ces deux corps ; à son entreprise se trouva mêlé le diocèse du Mans. En 703, un religieux prêtre, avec quelques moines de Fleury, partit en pèlerinage et fut rejoint par une députation de l’évêque du Mans. Ils arrivèrent sans encombre au pied du Mont-Cassin, puis montèrent jusqu’aux ruines. Après des prières, des jeûnes et des veilles, ils découvrirent l’emplacement de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste où reposaient les deux corps. Le terrain déblayé en grande hâte et la dalle funéraire brisée, ils se trouvèrent en face des deux corps dont les ossements furent mis à part, enveloppés soigneusement dans des linceuls. Le retour s’opéra heureux et rapide : le 4 décembre, les deux corps furent solennellement reçus à l’abbaye de Fleury-sur-Loire. Le trésor fut déposé dans l’église de Saint-Pierre : on décida d’aménager une sépulture plus noble dans l’église Sainte-Marie. Le corps de sainte Scholastique fut remis aux députés du Mans ; celui de saint Benoît fut solennellement transféré le 11 juillet. Pendant cinquante ans, l’abbaye de Fleury s’abstint d’ébruiter l’événement : le moine de Lorsch, qui écrivit la première chronique de son abbaye, inscrivit comme première date, l’an 703 pour la première translation de saint Benoît du Mont-Cassin à Fleury-sur-Loire.

Au Mont-Cassin, le pape Grégoire II voulant entreprendre la restauration, trouva pour cette tâche Pétronax de Brescia qui partit de Rome avec quelques moines du Latran. Ce Pétronax soutenu par Grégoire II, puis par Zacharie put relever l’église de Saint-Martin, puis construire une église dite de Saint-Benoît en place de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste : les restes de saint Benoît ne furent point retrouvés. Sollicité par l’abbé Optat, le pape Zacharie (vers 750) adresse aux évêques francs une lettre demandant la restitution des reliques de saint Benoît. Par une transaction, les moines de Fleury cédèrent quelques ossements ; le corps de saint Benoît resta à Fleury.

Ce récit a été contesté par les moines du Mont-Cassin. Mais dom L’Huillier (Le patriarche saint Benoît, appendice V) résume les arguments en sa faveur. Ce sont quatre faits d’histoire bien avérés : a) Durant cinq siècles, la fête de la translation de saint Benoît s’est trouvée admise universellement dans l’Europe chrétienne. Le Mont-Cassin a imaginé d’y substituer la fête du patronage de saint Benoît, le 11 juillet. — b) Au Mont-Cassin, il n’y a jamais eu d’élévation solennelle des reliques de saint Benoît. Les chroniques y parlent, il est vrai, de plusieurs inventions du tombeau, à partir de 1066, mais les récits sont inconciliables dans leurs détails. En 1659, Angello della Noce, abbé du Mont-Cassin, constate dans le tombeau la présence de quelques ossement sans aucune inscription : tout ce que l’on peut montrer c’est un ossement jadis reçu de Fleury, puis donné à l’abbaye de Léno, près Brescia. — c) Le défunt-Cassin a cru à la translation pendant trois siècles et plus (de 703 a 1066) : durant ce temps, il n’y a de sa part aucune réclamation, et qui plus est des faits positifs attestent sa créance comme la lettre du Pape Zacharie, la concession de quelques reliques par l’abbaye de Fleury, etc. — d) Le témoignage de la Chronique de Léno impuissant à infirmer le récit de l’enlèvement des reliques.

2°. Les fêtes de saint Benoît. À trois dates différentes dans les documents anciens, on trouve une mention de saint Benoît, 21 mars, 11 juillet, 4 décembre. Le martyrologe de Bède a les deux mentions suivantes : 21 mars, Sancti Benedicti abbatis ; 11 juillet, Depositio sancti Benedicti abbatis. La plus ancienne mention que l’on ait du 4 décembre, porte ces mots : a partibus Romæ, adventus corporis sancti Benedicti. Ce fut pour Fleury, la première déposition du corps de saint Benoît dans une des deux églises de l’abbaye, Saint-Pierre ou Sainte-Marie : les chroniqueurs l’appelèrent translatio, puis (il)latio. Adrevald croyant que le corps était arrivé le 11 juillet intervertit les deux fêtes, se mettant ainsi en contradiction avec les martyrologes antérieurs. La confusion devint complète au 11ème siècle, quand un moine allemand, ayant séjourné à Fleury, imagina de baser la fête du 4 décembre sur une prétendue reversion des reliques d’Orléans. Les deux autres fêtes du 21 mars et du 11 juillet furent adoptées universellement.

Les cassiniens se sont toujours refusés à faire l’ouverture liturgique du tombeau dans lequel ils paraissaient affirmer la présence du corps de saint Benoît. À partir du 17ème siècle, ils s’efforcèrent de démontrer la fausseté des prétentions françaises ; de la fête du 11 juillet qui subsistait, ils ont fait la commémoration ou le patronage de saint Benoît. Les moines français sont seuls demeurés fidèles à la fête antique de la translation du 11 juillet.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître (Prv 1, 8), et prête l’oreille de ton cœur (Prv 4, 20). Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.

D’abord, en tout bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut, en effet, lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’en maître redoutable, irrité par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.

Levons-nous donc enfin à cette exhortation de l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cette voix de Dieu qui nous crie : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez vos cœurs ! » (Ps 94, 8)  ; et encore : « Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! » (Apc 2, 7) Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. (Io 12, 35)

Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : « Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33, 13) Que si, à cette parole, tu réponds : « C’est moi ! » , Dieu te dit alors : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et agis bien ; cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 14-15). Et lorsque vous aurez fait ces choses, « mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières » (Ps 33, 16), et « avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici » (Is 58, 9). Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.

Nos reins ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvres (Is 11, 5 ; Eph 6, 14), sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeure, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n’y parvient pas.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, in Ecclésia tua Spíritum, cui beátus Pater noster Benedíctus Abbas servívit : ut eódem nos repléti, studeámus amáre quod amávit, et ópere exercére quod dócuit. Per Dóminum… in unitáte eiúsdem.

Oraison

Manifestez, Seigneur, dans votre Église, l’Esprit auquel a obéi notre Bienheureux Père Benoît : afin que, en étant remplis, nous nous appliquions à aimer ce qu’il a aimé et à pratiquer ce qu’il a enseigné. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prières de Dom Joseph Mège (1625-1691)

Je vous rends grâces, mon Dieu, de tous les avantages que vous avez faits au Corps du grand Saint Benoît, et des merveilles dont vous avez bien voulu l’honorer. Je vous rends grâces aussi de ce que vous en avez enrichi la France. Faites, mon Dieu, que ce précieux trésor ne me soit pas inutile, mais que j’en tire cet avantage, qu’à l’exemple de ce Saint je mortifie ma chair, afin qu’elle vous soit parfaitement soumise , et que par votre puissant secours j’anéantisse si bien le péché dans mon corps mortel, qu’il mérite de jouir de l’immortalité bienheureuse. Ainsi soit-il

Antiennes

Antiennes Expectabo et Benedicta tu
Ã. O cæléstis norma vitæ, pastor et dux, Benedícte ! cuius cum Christo spíritus exsúltat in cæléstibus : gregem, Pastor alme, serva, sancta prece corróbora ; via cælos clarescénte fac te duce penetráre.
Ã. Ô norme de vie céleste, notre pasteur et chef, Benoît : avec le Christ votre âme exulte dans les cieux ; pasteur saint, conservez votre troupeau, aidez-le de votre sainte prière, et par une voie lumineuse, faites-le entrer au ciel sous votre égide.

Antienne grégorienne “O cælestis norma vitæ”

Ã. Ex Ægypto vocavi Filium meum : veniet, ut salvet populum suum.

Ã. D’Égypte j’ai rappelé mon Fils : il va venir pour sauver son peuple.

Antienne grégorienne “Ex Ægypto"

Antienne Ex Ægypto

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Le mot de Saint Benoît

Craindre le jour du jugement.
Redouter l’enfer.
Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de l’esprit.
Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.

Du livre de Saint Augustin : « Des devoirs à rendre aux morts »

Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.

Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décédés dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.

Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre le soin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #2

Depuis l’an 680 jusqu’à l’an 780.

Outre les Apôtres des nations que notre Ordre a produits au siècle précédent, que nous avons rapportés ; outre un plus grand nombre que nous avons omis, il ne faut pas oublier saint Kilian, qui convertit toute la Franconie à la foi de Jésus-Christ, après en avoir instruit et baptisé le Prince. Il ne faut pas oublier non plus plusieurs de nos Solitaires, qui plantèrent la foi chrétienne dans la Saxe Orientale, et qui en convertirent le Roi. Les glorieux saints Egbert, Wigbert et Théodore portèrent l’Évangile en diverses provinces avec un succès merveilleux. Saint Lambert gagna à Jésus-Christ la Champagne et le Brabant. La Westphalie, la Frise et la Hollande converties au Sauveur du monde furent les fruits des travaux de saint Wigbert. Saint Willibrord combattit et surmonta l’idolâtrie dans plusieurs provinces. De Moine Bénédictin il fut fait Évêque d’Utrecht. Saint Turmie prêcha la vérité chrétienne aux Saxons dans des lieux où elle n’avait jamais été connue. Le même S. Willibrord soumit à Jésus-Christ une grande partie des peuples du Septentrion; il fut l’Apôtre des Danois. S. Suitbert n’acquit pas moins de gloire et n’eut pas moins de succès en portant la parole de Dieu dans les provinces les plus farouches de l’Allemagne et de la Thrace; et en obligeant par son admirable éloquence les peuples du Brenzen et leurs voisins à adorer Jésus-Christ qu’ils avaient toujours méprisé. S. Marcellin établit la véritable Religion dans toute la Transylvanie, après en avoir entièrement banni l’idolâtrie. Il faut ajouter à ces Apôtres de tant de nations saint Boniface, que le Pape Grégoire II envoya en Allemagne; car ce Saint éclaira toutes ces grandes provinces des lumières du Saint-Esprit dont il était rempli. Le Cardinal Baronius parlant de lui, l’a justement nommé le fils du tonnerre ; puisqu’il exerça son apostolat avec tant de ferveur, de zèle et de succès, qu’après avoir entièrement ruiné l’idolâtrie, et dissipé les hérésies, il soumit encore à Jésus-Christ les pays de Hesse et de Thuringe. Nos Solitaires savants et zélés après avoir dissipé avec tant de gloire l’idolâtrie de presque toute l’Europe, eurent d’autres ennemis à combattre et une autre nuit à dissiper par la clarté de Jésus-Christ. Car ce siècle fut infecté d’un très grand nombre d’hérésiarques, et obscurci par une infinité d’hérésies. Mais tout cela ne servit qu’à donner à nos Solitaires une moisson plus ample de travaux, de combats, de victoires et de nouveaux triomphes. Saint Agathon, qui avait été tiré du Monastère pour être élevé sur le trône apostolique, s’opposa généreusement aux Monothélites et aux Iconoclastes ; il les combattit et les surmonta, assurant à Jésus-Christ ses deux volontés comme ses deux natures, et aux saintes images l’honneur qui leur est dû, et qu’on leur refusait. Ce fût pour ce sujet qu’il assembla ce Concile célèbre de Constantinople, qui est le sixième général. Le Pape Sergius son successeur au Siège de saint Pierre, qui avait été Moine comme lui, imita son courage et sa conduite. Il s’opposa avec une constance digne du Chef de l’Église à l’Empereur et au faux Concile qu’il avait assemblé dans la même ville impériale, Grégoire II, qui avait aussi ajouté à la profession monastique la première dignité de l’Église, a laissé à la postérité un exemple admirable de courage et de force, lors que pour soutenir l’honneur des saintes images et la pureté de la foi, il excommunia l’Empereur Léon et le priva de l’Empire d’Italie.

Les autres Prélats, qui avaient été tirés de nos Cloitres pour gouverner les Églises, imitèrent ces saints Pontifes. Ils attaquèrent et confondirent les mêmes hérésies avec un semblable succès, Saint Jean de Damas vainquit les ennemis des images. La Bavière était toute infectée d’hérésie, et saint Boniface l’en purgea. La simonie fut aussi combattue et surmontée par Othon un de nos Religieux. Enfin S. Étienne Pape assembla un Concile à Rome, dans lequel il abolit entièrement l’hérésie des ennemis des images, qui renaissait et qui s’augmentait sans cesse.

Qui pourrait expliquer les grands et importants services que nos Solitaires ont rendus à l’Église Romaine durant ce siècle, et les avantages qu’ils lui ont procurés. Benoît II lui a rendu et assuré sa liberté, et a fait reconnaitre au monde son autorité souveraine. La plus grande partie de son domaine temporel est un des soins et du courage du Pape Zacharie; et si en ce temps elle triompha des Schismatiques, qui étaient si puissants, ce fut par les travaux et par la générosité du Pape Sergius, de saint Anselme et de plusieurs autres savants et généreux Bénédictins. Le Pape Grégoire II rebâtit et embellit la ville de Rome, ce fut lui qui défendit même avec les armes les droits de son Église. Enfin le Pape saint Étienne réforma les mœurs du Clergé, et mourut plein de gloire et de mérite, après avoir banni de l’Église les vices et les erreurs.

Si un Ordre Monastique peut encore recevoir quelque gloire et quelque éclat des personnes de grande qualité qui en ont fait profession, celui de saint Benoît en doit avoir beaucoup ; car durant ces trois siècles il en a reçu et en a sanctifié un très grand nombre. Ce siècle nous en fournit plusieurs, même des Princes et des Rois, qui méprisèrent la couronne et la pourpre, pour assurer leur salut dans nos Monastères sous l’habit de saint Benoît. D’un très grand nombre, que je trouve dans de très bons Auteurs, je n’en rapporterai que fort peu. Wamba Roi d’Espagne, Ethelred, Cenred, Asta, et Chinesuinde, Alfrede, Winoc, Atroc, Ceolwulf, Ine, Ratchis, Tassia, Tatrude, Etheldrède (Audrey), et Carloman Roi d’Austrasie. Tous ces Princes et ces Princesses désabusés de la vanité du monde, lassés du bruit et des embarras de la Cour, pénétrés de la crainte de Dieu, éclairés de sa lumière, et embrasés du feu saint de son amour, se réfugièrent dans nos Cloitres, y vécurent saintement, et y moururent pour vivre dans l’éternité.

Nous ne parlons pas d’un nombre presque infini de glorieux Martyrs qui ont arrosé et embelli durant ce siècle toute l’Église de leur sang, qu’ils ont généreusement répandu pour l’amplifier et pour la défendre.

Mais je ne veux pas oublier un très grand nombre de beaux esprits, qui ont été élevés dans notre Ordre, qui se sont rendus admirables dans tous les arts et dans toutes les sciences, et qui ont fait l’ornement de ce siècle. Le vénérable Bède a éclairé l’Angleterre, et tant de Solitaires très célèbres qui ont établi et rendu si célèbre l’Université de Fulda, autrefois la plus savante d’Allemagne. Il ne faut pas oublier aussi le grand Egbert qui a fondé la belle Académie et la riche Bibliothèque d’York.

Un nombre qu’on ne peut pas compter de parfaits Religieux se sont sanctifiés dans l’Ordre par la pratique exacte de la Règle durant ce siècle, et ont mérité le Paradis par leurs vertus et par leur austérité.

Depuis l’an 800 jusqu’à l’an 900.

Nous ouvrirons ce siècle par les Apôtres de beaucoup de nations, qui n’avaient pas encore entendu parler de Jésus-Christ, ou qui après leur première conversion étaient retombées dans l’idolâtrie. Le premier sera saint Sturme excellent Abbé de Fulda qui prêcha l’Évangile dans la Thuringe et dans la Saxe ; et qui au commencement de ce siècle couronna ses glorieux travaux par une mort encore plus glorieuse, puisqu’il la souffrit pour la querelle de Jésus-Christ. Saint Willehad détruisit heureusement les restes du Paganisme dans plusieurs provinces d’Allemagne. Nos Historiens disent des merveilles de saint Ludger, qui après avoir abandonné l’Évêché de Trèves, qu’il gouvernait fort saintement, et où il vivait en repos et avec beaucoup d’honneur, souffrit des peines infinies pour la conversion des Frisons. Saint Burchard a mérité le nom de Père et d’Apôtre de la Franconie par ses invincibles travaux. Saint Ludger éclaira le Septentrion comme un astre nouveau. Il porta la chaleur de sa charité et la lumière de la doctrine dans les climats les plus écartés et les plus froids, et acquit à Jésus-Christ toute la Scandinavie. Saint Anschaire convertit à la foi toute la Gothie avec son Roi, la Suède et les nations voisines avec leurs Souverains. La Saxe que nos Bénédictins avaient éclairé tant de fois de la lumière de l’Évangile, et qui s’était pervertie tant de fois, fut encore éclairée durant ce siècle de la même clarté par les prédications de saint Kortilla un très savant Abbé. Saint Anschaire prêcha encore aux Danois, qui avaient repris l’idolâtrie, et les reconquit à Jésus-Christ. Saint Rembert travailla encore dans ce même Royaume à convertir les peuples à la foi et à racheter les captifs. Je n’oublierai pas ici l’admirable conversion des Bulgares, à laquelle nos Pères ont travaillé avec tant de succès. Trebellius leur Roi conçut tant de ferveur par les prédications et par la conversion de ses saints Apôtres ; qu’il abandonna le monde et ses États, prit l’habit de l’Ordre et en fit profession, Saint Adalbert fermera cette glorieuse troupe d’Apôtres des nations, il mourut après avoir glorieusement semé la parole de Dieu dans le Danemark, dans la Suède et dans la Gothie avec des travaux infinis. On y peut ajouter nos généreux et savants Moines de Corbie, qui prêchèrent Jésus-Christ dans la Slavonie et dans les provinces voisines avec un succès merveilleux.

Rien n’approche davantage de la gloire de l’Apostolat que la couronne du martyre; on ne saurait compter les généreux Martyrs de l’Ordre de saint Benoît, qui ont empourpré de leur sang durant ce siècle presque toutes les nations du monde. Le seul Danemark fut arrosé du sang précieux d’un grand nombre de nos Solitaires, qui y furent massacrés pour la foi de Jésus-Christ. L’Espagne fut consacrée par le martyre de saint Parfait et de plusieurs de nos pères. C’est encore là que Saint Pierre un Solitaire très zélé reçut une semblable couronne, pour le juste et magnifique fruit de ses travaux. Saint Hiéron mourut dans la Frise pour le même sujet et saint Ménard en Allemagne. L’Angleterre et l’Écosse furent toutes teintes et embellies des vertus et du sang de nos Religieux, répandu pour la foi de Jésus-Christ et pour couronner ce grand nombre de nos Martyrs, nous y ajouterons saint Salomon Roi de l’Armorique ou petite Bretagne, Religieux et Martyr.

Les Apôtres des nations sèment le grain précieux de la parole divine, les Martyrs cultivent cette sainte semence et l’arrosent de leur sang : et on peut dire, que ceux qui combattent les hérésies par leurs controverses, et les vices par leurs Sermons, ou qui apaisent les schismes qui naissent dans le champ de l’Église, contribuent beaucoup à nourrir ce grain sacré et à le multiplier au centuple.

C’est principalement durant ce siècle, que le zèle de nos Pères parut en réfutant les hérétiques par leurs discours éloquents, et par leurs doctes écrits, et en réunissant les esprits et les cœurs des fidèles, que divers intérêts avaient aigris et séparés. Saint Béat et saint Éthérée combattirent. généreusement la pernicieuse hérésie d’Élipante et l’anéantirent presque en même temps. Amaury travailla avec beaucoup de soin à traiter la paix de l’Église avec l’Empereur, et la conclut heureusement pour le bien et pour le repos de toute la République Chrétienne. Le Pape Grégoire vint en France pour apaiser les différends qui étaient entre l’Empereur et les Princes ses enfants. Raban et Hincmar étouffèrent les erreurs de Godescalc presque dans leur naissance.

À peine trouverez-vous une Église considérable durant ce siècle, qui n’ait été gouvernée par nos Bénédictins. Car l’Ordre a donné au Saint-Siège le grand et généreux saint Léon, qui par la fermeté de la foi, par la sainteté de ses mœurs, par la grandeur de son courage et par ses belles actions a mérité une gloire éternelle. C’est à ce grand Pontife que l’Occident a obligation de l’Empire. Il faut ajouter à ce Saint le Pape Étienne V célèbre par son éminente Sainteté; et Pascal premier, qui mérite beaucoup de gloire pour avoir augmenté le patrimoine de saint Pierre, et pour avoir vigoureusement soutenu l’élection libre des Évêques et des Souverains Pontifes. Grégoire IV délivra l’Italie de la tyrannie des Sarrasins. Et saint Léon IV soutint encore la liberté des élections, délivra la ville de Rome de la peste et d’un funeste embrasement. Il rendit encore toute l’Angleterre tributaire au Saint-Siège par la seule réputation de sa sainteté. Je ne parle pas d’une infinité d’autres Prélats que l’Ordre a donnés à toutes les Églises ; puisqu’on peut dire, que durant tout ce siècle il y en avait fort peu d’autres.

Si ce siècle a passé pour un des plus savants, et des plus riches en hommes excellents dans tous les arts et dans toutes les sciences, il en a l’obligation à l’Ordre de S. Benoît qui les lui a presque tous donnés. Je n’en marquerai qu’un petit nombre. Paul Diacre abandonna les plus glorieux emplois pour se faire Bénédictin, et fut après tendrement aimé de l’Empereur Charlemagne. Il composa et mit en ordre tout l’Office divin, et enrichit l’Église de beaucoup d’autres écrits. L’Université de Paris la plus célèbre et la plus savante du monde, doit à nos Pères sa naissance et son premier éclat; le grand Alcuin l’institua et l’éclaira de la doctrine. C’est à ce grand homme que nous devons aussi l’institution de la Fête de la Très-sainte Trinité ; il en composa l’Office, et en prêcha le culte. Il laissa encore plusieurs écrits, qui font connaitre la force de son esprit et la profondeur de sa doctrine. L’Université de Pavie, la plus illustre de l’Italie, a la même obligation à Jean Scot. Enfin on peut dire sans crainte que nos savants Solitaires ont éclairé toute l’Europe, en établissant durant ce siècle dans toutes les provinces des Collèges, où ils enseignaient toutes les sciences et tous les arts. Et ce fut par leur moyen que la France égala en ce temps, et même surpassa toute la science de la Grèce. L’Allemagne fut aussi si bien cultivée par nos Solitaires, que durant ce siècle elle produisit un très-grand nombre d’hommes excellents pour la sainteté de leur vie et pour l’éminence de leur doctrine, Et ce n’est pas une petite gloire pour nos Pères, que par des exemples de leurs vertus et par leurs savantes leçons ces peuples grossiers et farouches se soient rendus en ce temps si doctes et si saints. Le premier qui enseigna la Théologie, et qui établit des écoles de toutes les sciences dans Lyon fut le savant Solitaire Laidrad. Saint Anschaire porta dans le Danemark les sciences et les arts libéraux, qui jusqu’à lui y avaient été inconnues. Raban Maur porta le premier la langue grecque en Allemagne. Le très éloquent Aimon d’Alberstat parut encore dans ce siècle. Strabon y parut aussi ; c’est à lui que nous devons la glose ordinaire. Nous avons encore assez de marques de l’esprit et de la rare doctrine d’Hincmar Archevêque de Reims, comme aussi de l’Abbé Hilduin, qui vivait dans ce siècle. Anségise Abbé de Luxeuil, s’y distingua aussi avec un éclat merveilleux. Il ne faut pas oublier tant de grands hommes qui sortirent d’Irlande et qui passèrent par troupes en France et en Allemagne, et qui remplirent avec tant de gloire et de sainteté les sièges Épiscopaux et les principales chaires des Universités. Il nous serait bien facile d’ajouter encore ici un très grand nombre de Prélats, d’Empereurs, de Rois, de Princes, de Princesses, et d’autres personnes de la première qualité, qui méprisèrent durant ce siècle tout le lustre et tout l’éclat du monde, pour se cacher dans l’obscurité de nos Cloitres. Mais je les veux passer, parce que je fais un abrégé, et que je n’ai promis qu’une légère idée et un tableau raccourci de la gloire de l’Ordre de saint Benoît. Je ne dirai rien non plus de cette troupe, qu’on ne peut pas compter de Saints et de Saintes, que notre Ordre a envoyés en Paradis durant ce siècle.

Prières

Oratio

Deus, véniæ largítor, et humánæ salútis amátor : quæsumus cleméntiam tuam ; ut nostræ Congregatiónis Fratres, propínquos et benefactóres, qui ex hoc sæculo transiérunt, beáta María semper Vírgine intercedénte cum ómnibus Sanctis tuis, ad perpétuæ beatitúdinis consórtium perveníre concédas.

Oraison

Ô Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez à tous les Frères, les proches et les bienfaiteurs de notre Ordre, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Père Éternel, j’offre le Très Précieux Sang de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes qui sont dites aujourd’hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs dans l’Église universelle, pour ceux de ma maison et de mes proches. Ainsi soit-il.

Prière de Dom Edmond Martène (1654-1739)

Prions pour les âmes de ceux que nous aimons, pour ces âmes que Dieu a retirées des tristes et mortels filets de cette terre. Que le Dieu dont la Toute-Puissance s’étend à toutes choses et qui possède un trésor infini de richesses spirituelles, que ce Dieu vienne du haut du Ciel, au secours de ces chères âmes. Qu’il les préserve des ardeurs du feu qui ne s’éteint jamais, qu’il leur donne le rafraichissement de l’éternel Royaume. Que là-Haut ces âmes soient enivrées de félicité et de joie en présence du Roi, au milieu de tous les justes et de tous les élus qui les ont précédées dans la splendeur des Saints, sur un trône d’une incomparable majesté et dans la Lumière de la région des vivants. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ego sum resurrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; et omnis qui credit in me, non morietur in æternum.

Ã. C’est moi qui suis la résurrection et la vie : qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et qui croit en moi ne mourra pas pour toujours.

Antienne grégorienne “Ego sum resurrectio et vita”

Antienne Ego sum resurrectio et vita

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Sermon pour la fête de saint Benoît

Saint Benoît, Patriarche des moines d'occident (extrait d'un sermon du 11 juillet 2010)

Chronologie de Saint Benoît

  • ca 480 (491 ?) : Naissance à Norcia
  • ca 498 : études à Rome
  • ca 500 : vie érémitique au sacro speco à Subiaco
  • ca 503 : abbé à Vicovaro
  • ca 506 : retour à la vie érémitique puis fondation du monastère de Subiaco selon le modèle de saint Pacôme (12 maisons de 12 moines)
  • ca 529 : Fondation du Mont-Cassin
  • ca 534 : début de la composition de la Règle avec pour base la Règle du Maître
  • ca 539 : fondation de Terracine
  • ca 547 : Mort (21 mars) au Mont-Cassin

De l’Année liturgique de Dom Prosper Guéranger 

Avec quelle vénération profonde nous devons approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le VIIe siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, et jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Prière de Dom Prosper Guéranger à saint Benoît

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

Ô Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

Ô Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Élevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.

Autres prières

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez en ce jour tiré votre Confesseur, le Bienheureux Benoît, de la prison de son corps pour l’élever au ciel, daignez accorder à vos serviteurs qui célèbrent cette Fête le pardon de toutes leurs fautes, afin que, prenant part dans la joie de leur âme à sa gloire et à son bonheur, ils soient, grâce à son intercession, associés à ses mérites. Par Notre-Seigneur.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Neuvaine à Saint Benoît pour obtenir la grâce d’une bonne mort

Antienne. Benoît, aimé du Seigneur, s’étant fortifié par la réception du Corps et du Sang de Jésus-Christ, était debout dans l’église, appuyant ses membres défaillants sur les bras de ses disciples. Les mains élevées vers le ciel, il exhala son âme dans les paroles de la prière; et on le vit monter au ciel par une voie couverte de riches tapis et resplendissante de l’éclat d’innombrables flambeaux.
V/. Vous avez apparu plein de gloire en la présence du Seigneur.
R/. Et c’est pour cela que le Seigneur vous a revêtu de beauté.
Oraison
Ô Dieu, qui avez honoré de tant et de si glorieux, privilèges la précieuse mort de notre très saint Père Benoît, daignez accorder à nous qui honorons sa mémoire, la grâce d’être protégés contre les embûches de nos ennemis, à l’heure de notre mort, par sa bienheureuse présence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui hodiérna die carnis edúctum ergástulo sanctíssimum Confessórem tuum Benedíctum sublevásti ad cælum :  concéde, quæsumus, hæc festa tuis fámulis celebrántibus cunctórum véniam delictórum ; ut, qui exsultántibus ánimis eius claritáti congáudent, ipso apud te interveniénte, consociéntur et méritis. Per Dóminum.

Oratio

Omnípotens, sempitérne Deus, qui per gloriósa exémpla humilitátis, triúmphum nobis ostendísti ætérnum ; da quæsumus, ut viam tibi plácitæ obœdiéntiæ, qua venerábilis Pater illésus antecedébat Benedíctus, nos, præclaris eius mentis adiúti, sine erróre subsequámur.

Preces (novemdiales) in honorem S.P.N. Benedicti ad postulandam gratiam bene moriendi

Antiphona. Stans in oratório diléctus Dómini Benedíctus, Córpore et Sánguine Domínico munítus, inter discipulórum manus imbecíllia membra susténtans, eréctis in cælum mánibus, inter verba oratiónis spíritum efflávit : qui per viam stratam pálliis, et innúmeris corúscam lampádibus cælum ascéndere visus est.
V/. Gloriósus apparuísti in conspéctu Dómini.
R/. Proptérea decórem índuit te Dóminus.
Oratio
Deus, qui pretiósam mortem sanctíssimi Patris nostri Benedícti tot tantísque privilégiis decorásti : † concéde, quæsumus, nobis : ut cuius memóriam recólimus, * eius in óbitu nostro beáta præséntia ab hóstium muniámur insídiis. Per Christum Dóminum nostrum. Amen.

Extraits de la Règle de Saint Benoît

Chapitre 36, Des frères malades

On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout. On les servira comme s’ils étaient le Christ en personne, puisqu’il a dit : « J’ai été malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36), et « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40) De leur côté, les malades considéreront que c’est en l’honneur de Dieu qu’on les sert. Aussi ils ne contristeront pas par des exigences superflues les frères qui les servent. Éventuellement, il faudrait cependant les supporter avec patience, parce qu’il en revient plus de mérite. L’abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les malades ne souffrent d’aucune négligence.

Chapitre 49, De l’observance du Carême

Nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême, et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences des autres temps. Nous le ferons dignement, si nous nous préservons alors de tous les vices, si nous nous appliquons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement. En ces jours donc, ajoutons quelque chose à la tâche accoutumée de notre service : oraisons particulières, restriction dans les aliments et la boisson. Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque pratique surérogatoire; (1 Th 1, 6) il retranchera à son corps sur la nourriture, la boisson, le sommeil, les entretiens; et il attendra la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel. Chacun cependant soumettra à son abbé ce qu’il se propose d’offrir à Dieu et n’agira qu’avec sa prière et son approbation : car tout ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera imputé à présomption et à vaine gloire, non à mérite. Partant, tout doit se faire avec l’assentiment de l’abbé.

Antienne

Ã. Hódie * sanctus Benedíctus per viam Oriéntis trámitis vidéntibus discípulis cælos ascéndit : hódie eréctis mánibus inter verba oratiónis migrirávit : hódie in glória ab Ángelis suscéptus est.

Ã. Aujourd’hui Saint Benoît, par la voie de l’Orient, sous les yeux de ses disciples, s’est dirigé rapidement vers les cieux. Aujourd’hui, les mains levées dans des paroles d’oraison, il s’en est allé. Aujourd’hui, dans la gloire il a été reçu par les Anges.

Antienne grégorienne “Hodie Sanctus Benedictus”

Pour le samedi de la 3ème semaine de Carême

Réflexion de Saint Augustin sur les paroles de Notre-Seigneur : « Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre sur cette femme ».

Consideret se unusquisque vestrum, intret in semetipsum, ascendat tribunal mentis suae, constituat se ante conscientiam suam, cogat se confiteri. Scit enim qui sit: quia nemo scit hominum quae sunt hominis, nisi spiritus hominis, qui in ipso est. Unusquisque in se intendens, peccatorem se invenit.

Que chacun d’entre vous se considère lui-même, qu’il rentre au dedans de lui; qu’il s’assoie au tribunal de son esprit; qu’il comparaisse devant sa conscience; qu’il s’oblige à passer aux aveux. Car il sait qui il est, et personne, parmi les hommes, ne sait ce qui est dans l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui. Chaque homme qui se regarde lui-même se trouve pécheur.

Præténde, Dómine, fidélibus tuis déxteram cæléstis auxílii : ut te toto corde perquírant ; et, quæ digne póstulant, cónsequi mereántur. Per Dóminum.

Étendez, Seigneur, la main droite de votre céleste secours sur vos fidèles, afin que de tout leur cœur ils vous recherchent, et que, ce qu’ils demandent convenablement, ils méritent de l’obtenir. Par N.-S.

Ã. Nemo te condemnávit, múlier ? Nemo, Dómine. Nec ego te condemnábo : iam ámplius noli peccáre.

Ã. – Personne ne t’a condamnée, femme? – Personne, Seigneur. – Alors moi non plus je ne te condamnerai pas : mais ne pèche plus à l’avenir.

Antienne grégorienne “Nemo te”

La Règle de Saint Benoît

La Règle de Saint Benoît

“Il écrivit une règle des moines remarquable par sa discrétion et dans un langage élégant”. Ces paroles tirées de la vie d’un saint abbé nommé Benoît, auquel le Pape saint Grégoire le Grand consacre tout le livre 2 de ses Dialogues, nous permet d’identifier l’auteur  d’une Règle des moines écrite peu après l’an 530. Cette Règle de saint Benoît (désormais RB) est bien connue de nom, mais sa doctrine spirituelle, son contenu restent souvent ignorés ou mal connus. Généralement on résume la RB par l’adage célèbre : “Prie et travaille” (ora et labora). Or, cette sentence, qui d’ailleurs ne se trouve pas dans notre Règle, est certainement réductrice par rapport à toute la richesse de notre texte. C’est pourquoi nous voudrions présenter dans cet article comme un sommaire, parcourir page après page la RB afin que cette règle de notre vie, et par là notre vie même, soit mieux connue.
La RB se présente donc comme un ensemble de 73 chapitres précédés d’un prologue ; ces chapitres eux-mêmes peuvent être regroupés en trois parties : la première (ch. 1 à 7) pose des principes spirituels pour la vie monastique, la seconde (ch. 8 à 67) règle la vie monastique dans les divers domaines (emploi du temps, hiérarchie, etc.), enfin la troisième (ch. 68 à 73) est comme une conclusion spirituelle sur la charité fraternelle avec un épilogue ouvrant sur d’autres horizons textuels.

Le Prologue
Il consiste en une invitation à la conversion, c’est-à-dire à se détourner de la désobéissance à la loi de Dieu (le péché) pour se tourner (se convertere en latin) vers Dieu (RB Pr. 2-3). Pour cela, saint Benoît, père et maître (RB Pr. 1), nous invite à écouter les paroles du Seigneur et à les mettre en pratique en se mettant à son service dans le monastère, “école du service du Seigneur” (RB Pr. 45), le but étant de “mériter de prendre place dans le royaume du Christ après avoir partagé ses souffrances par la patience” (RB Pr. 50).

Principes de la vie monastique (ch. 1 à 7)
Cette première partie nous présente d’abord le cadre de la vie monastique : le chapitre 1 nous dit que saint Benoît s’adresse à des cénobites, c’est-à-dire à des moines qui vivent « dans un monastère, sous une règle et un abbé », et justement le chapitre 2 nous présente ce que doit être l’abbé, père du monastère qui tient la place du Christ (RB 2, 2) et qui doit conduire ses disciples au ciel par le double enseignement de ses paroles et du bon exemple de sa vie (RB 2, 12); enfin saint Benoît détermine au chapitre 3 les relations entre l’abbé et sa communauté quant à la gestion temporelle du monastère, l’abbé doit prendre conseil des frères même si ultimement toutes les décisions lui reviennent.
Les chapitres suivants nous exposent les principes de la vie spirituelle du moine. Ainsi le chapitre 4 nous propose 74 sentences spirituelles, faciles à retenir et se présentant comme des « instruments de l’art spirituel » (RB 4, 75), elles nous invitent à l’obéissance aux commandements de Dieu (RB 4, 1-9), au renoncement et à la mortification (RB 4, 10-13 et 20), à la pratique des oeuvres de miséricorde (RB 4, 14-19) et des vertus (RB 4, 21-43 et 59-74), à la considération de nos fins dernières (RB 4, 44-46), à la garde de nos actions, pensées et paroles (RB 4, 47-54), aux lectures saintes, à la prière, à la componction (RB 4, 55-58).
Le chapitre 5 est un développement sur la vertu d’obéissance, dont l’acte doit être accompli promptement (RB 5, 4-9) par amour et à l’exemple du Christ (RB 5, 2 et 10-13).
Le chapitre 6 traite du silence nécessaire pour éviter le péché (RB 6, 1-2 et 4-5).
Enfin, le chapitre 7, le plus long de notre Règle, est consacré à l’humilité. Saint Benoît nous présente une échelle de l’humilité composée de douze degrés qui, en fait, « sont moins des échelons à gravir l’un après l’autre que des signes de vertu qui peuvent et doivent se montrer simultanément ». Avec saint Thomas d’Aquin, nous ordonnerons ces différents échelons comme suit : le premier degré, la révérence envers Dieu, le sens de la présence de Dieu (RB 7, 10-30), est comme le fondement de l’humilité; les quatre degrés suivants régleront la volonté humaine, le deuxième nous invite à ne pas suivre notre volonté propre (RB 7, 31-33), le troisième à se régler d’après le sentiment des supérieurs (RB 7, 34), le quatrième à obéir même dans les contrariétés (RB 7, 35-43); l’humilité doit aussi régler notre intellect, ainsi nous devons reconnaître nos défauts (5è degré, RB 7, 44-48), nous considérer d’indignes et mauvais serviteurs (6è degré, RB 7, 49-50) et mettre les autres avant nous (7è degré, RB 7, 51-54); enfin l’humilité doit s’étendre à nos attitudes extérieures : chercher à ne pas se distinguer des autres (8è degré, RB 7, 55), à se modérer dans ses paroles (9è et 10è degrés, RB 7, 56-59) et dans toutes ses actions (11è et 12è degrés, RB 7, 60-66).

Législation (ch. 8 à 67)

Après avoir posé les principes spirituels de la vie monastique, il s’agit maintenant de l’organiser. Cette section comprendra trois parties : dans la première est réglée la prière monastique (ch. 8 à 20), la deuxième traite en détail du bon ordre de la communauté (ch. 21 à 57), la troisième du recrutement et de la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67).

La prière monastique (ch. 8 à 20)

Après le traité de l’humilité, saint Benoît, sans aucun préambule, enchaîne avec l’organisation de l’office communautaire de nuit, ce qu’il appelle « vigiles » et que nous appelons actuellement « matines » (ch. 8 à 11). Ensuite est réglé le premier des sept offices du jour, pour saint Benoît les « matines » que nous appelons aujourd’hui « laudes » (ch. 12 et 13). Le chapitre 14 est consacré à l’office des fêtes des saints, le 15 au temps où il faut chanter « alleluia ». Au chapitre 16 nous trouvons une justification à cette organisation de l’Office divin par saint Benoît dans l’application des paroles de la Sainte Ecriture « sept fois le jour je vous ai loué » (Psaume 118, 164) et « au milieu de la nuit je me levais pour vous rendre grâces » (Psaume 118, 62) à cette prière communautaire. Cette section se poursuit avec l’ordonnancement des heures du jour : Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies destinées à sanctifier toute la journée, à revenir sans cesse à Dieu (ch. 17). Enfin cette organisation de la prière communautaire se termine avec la distribution des psaumes entre ces différentes heures.
Saint Benoît termine cette section par deux chapitres qui concernent l’attitude spirituelle à avoir non seulement dans la prière communautaire (ch. 19), « notre pensée doit être en accord avec notre voix » (RB 19, 7), mais aussi dans la prière personnelle (ch. 20), humilité, pureté du coeur et componction.

Le bon ordre de la vie communautaire (ch. 21 à 57)

Cette section commence par un chapitre (ch. 21) sur les doyens qui doivent assister l’abbé dans sa charge, ayant chacun sous leur surveillance un groupe d’une dizaine de moines. Cette surveillance concerne particulièrement le bon ordre dans les dortoirs, spécialement lors du lever (ch. 22).
La Règle se poursuit avec un code pénitentiel pour les fautes graves (ch. 24 à 30). Les punitions (ch. 24-26 et 30) sont de deux ordres : dans l’ordre spirituel, l’excommunication, c’est-à-dire la séparation de la communauté soit quant à la prière commune de l’Office divin, soit quant à la table commune; dans l’ordre corporel, pour ceux qui ne comprenaient pas les peines spirituelles, on procédait au châtiment des coups de bâton. Enfin après ces peines, après les efforts miséricordieux de l’abbé pour le ramener dans la bonne voie (ch. 27), après les prières spéciales de toute la communauté pour sa conversion, le moine qui persévère dans son attitude sera expulsé (ch. 28), mais non sans espoir de retour (ch. 29).
Saint Benoît s’occupe ensuite de l’administration temporelle du monastère (ch. 31 à 34). Il nous décrit la fonction et les vertus du cellérier (économe), le père temporel de la communauté (ch. 31) qui sera aidé par d’autres frères si ses charges sont trop prenantes (ch. 32). Les deux chapitres suivants concernent la pauvreté du moine qui ne possède rien de propre (ch. 33) mais qui reçoit de la miséricorde de l’abbé ce dont il a besoin et selon ses propres besoins (ch. 34).
Ensuite il faut traiter de la vie quotidienne des moines (ch. 35 à 41) et d’abord de leur nourriture (ch.35-41). Ainsi le chapitre 35 traite du cuisinier ou plutôt des cuisiniers, puisque tous les moines, en principe, doivent se succéder dans cette tâche « parce qu’elle nous apporte une grande récompense et qu’elle est un moyen de pratiquer la Charité » (RB 35, 2). Ensuite il faut déterminer le régime particulier des malades (ch. 36), des enfants et des vieillards (ch. 37), ainsi que l’attitude de miséricorde et d’attention qu’on doit avoir à leur égard. Enfin est expliqué le déroulement des repas à l’écoute d’une lecture édifiante (ch. 38), ce qu’on y mange (ch. 39), ce qu’on y boit (ch. 40), et à quelle heure (ch. 41).
Les chapitres suivants poursuivent cette réglementation de la vie quotidienne du moine. Le chapitre 42 nous parle du rituel des Complies et du « grand silence » à respecter la nuit, après cet office. Les trois chapitres suivants reviennent sur les fautes et les peines : le chapitre 43 traite des retardataires à l’Office divin ou à la table; le chapitre 44 de la manière de réintégrer la communauté après l’excommunication; le chapitre 45 des fautes commises pendant l’Office divin et le chapitre 46 de toutes les autres fautes légères. Saint benoît poursuit avec l’emploi du temps de la journée dans le chapitre 47 qui traite de la charge d’annoncer les heures des offices qui en ponctuent le cours, le chapitre 48 qui règle la répartition des différentes activités selon les périodes de l’année, ce sont, à part l’Office divin : le travail manuel et la lecture spirituelle (11). Le chapitre 49 s’occupe de l’observance du Carême, les pénitences personnelles devant toujours être soumises au jugement de l’abbé, non moins qu’au secours de sa prière (RB 49, 8). Puis il faut penser aux frères qui ne peuvent chanter l’Office divin dans l’oratoire du monastère – on voit toujours l’importance donnée par saint Benoît à la prière liturgique – soit qu’ils travaillent dans les champs (ch. 50), soit qu’ils sont en voyage (ch. 51). Enfin le chapitre 52 est un magnifique petit paragraphe sur l’oratoire du monastère, lieu de rencontre avec Dieu dans la prière liturgique mais aussi personnelle, c’est de cette prière personnelle dont il s’agit ici.
Pour finir nous avons cinq chapitres qui s’occupent de circonstances particulières de la vie quotidienne comme l’accueil des hôtes (ch. 53) qu’on devra « recevoir comme le Christ lui-même » (RB 53, 1-2), comme la réception de cadeaux (ch. 54); qui traitent tour à tour de la garde-robe du moine (RB 55), de la table de l’abbé qui, à l’époque, mangeait avec les hôtes (RB 56), ou enfin de l’exercice de métiers dans le monastère et de la vente de ce qui est produit par ces métiers (RB 57).

Le recrutement et la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67)

Le chapitre 58 s’occupe donc de l’accueil de ceux qui veulent « se convertir » (RB 58, 1), c’est-à-dire entrer dans la vie religieuse. C’est l’occasion de parler du maître des novices qui doit veiller sur les dispositions des candidats à la vie monastique en observant « attentivement s’ils cherchent Dieu véritablement, s’ils s’appliquent avec soin à l’OEuvre de Dieu, à l’obéissance et aux opprobres » (RB 58, 7). Nous tenons dans ces quelques mots l’essentiel de la vie monastique : la recherche de Dieu, le moine cherchant Dieu parce que Dieu lui-même le cherche comme le notait saint Benoît dans son Prologue (RB Pr., 14), d’une part; et d’autre part, les signes de cette recherche de Dieu, les trois « o », Opus Dei, Obedientia, Obprobria, c’est-à-dire la prière liturgique, fondamentale pour saint Benoît, l’obéissance et les pratiques d’humilité. Ce chapitre ce termine sur le cérémonial de l’admission dans la communauté.
Les trois chapitres suivants ont trait à trois types de vocations particulières : les enfants qui étaient offerts au monastère par leurs parents (ch. 59), les prêtres ou autres clercs qui désireraient se faire moines (ch. 60), les moines d’un autre monastère qui voudraient intégrer la communauté (ch. 61). Dans la continuité du chapitre 60, le chapitre 62 traite des prêtres que l’abbé pourrait faire ordonner.
On entre ensuite au coeur de la communauté avec un petit code de politesse monastique et même tout simplement chrétienne (ch. 63), suivi de chapitres sur l’élection de l’abbé (ch. 64), sur le choix d’un prieur par l’abbé (ch. 65) afin de l’assister et non de le contredire (RB 65, 2 et 7), sur le portier du monastère qui a pour charge d’accueillir les hôtes (ch. 66), sur la prière pour les frères qui partent en voyage ou qui en reviennent (ch. 67).

La Charité fraternelle (ch. 68 à 72) et Epilogue (ch. 73)

Cette Charité s’exprimera d’abord vis à vis de Dieu, dans l’exercice de l’obéissance à l’abbé, qui représente le Christ, dans les choses difficiles ou même impossibles (ch. 68). Cette Charité s’exprimera vis à vis des autres frères dans le fait de les laisser à l’autorité parternelle de l’abbé sans les défendre (ch. 69) ni les frapper (ch. 70) quand ils commettent des fautes, et dans l’obéissance mutuelle des uns aux autres selon la place de chacun au sein la communauté (ch. 71). Enfin le chapitre 72 qui serait à citer dans son entier résume l’ordre et le mode de notre Charité : « Absolument rien ne devra être préféré au Christ; qu’il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle » (RB 72, 12).
Dans son épilogue saint Benoît fait profession d’humilité : sa Règle « n’est qu’une règle pour débutants », que les moines s’appliquent donc à l’étude de la Sainte Ecriture, des Vies et Conférences des Pères, de la Règle de saint Basile (RB 73, 3-5), « c’est ainsi qu’ils pourront parvenir, grâce à la protection de Dieu, aux sommets les plus élevés de la doctrine et de la vertu » (RB 73, 9).

Conclusion

Au terme de cette présentation de notre sainte Règle, nous aimons à rappeler l’actualité de ce texte du VIè siècle, ce texte est en effet actuel pour inviter les âmes à chercher l’essentiel c’est-à-dire Dieu, actuel pour conduire les âmes à la vie éternelle, la seule chose nécessaire. Nous sommes inquiets de constater le désintérêt des jeunes gens et jeunes filles pour la vie religieuse : on pense à se faire une place dans le monde, on pense aux études, on pense à s’amuser, mais on oublie l’éternité, on oublie les choses spirituelles, on oublie de tendre à Dieu. La vocation n’est pas une possibilité envisagée sérieusement, si, même, elle est envisagée. La vie elle-même n’est pas envisagée dans son ensemble car on oublie que la fin de la vie c’est la mort et que nous n’entrerons pas au ciel selon notre place dans le monde économique, mais selon notre place dans le monde spirituel, place qui s’acquiert par la pratique des bonnes oeuvres.

La vie bénédictine

La vie bénédictine

Notre vie monastique tient tout entière comme dans son germe, dans le propos de saint Benoît quittant Rome et l’étude des Belles Lettres pour vivre seul avec Dieu dans la grotte de Subiaco. Des disciples étant venus se placer sous sa conduite, saint Benoît les répartit dans des monastères et leur donna une Règle.

(suite…)