Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

La Punchline de Sainte Gertrude

Je ne demande à Jésus qu’une seule chose : que jamais ma volonté ne soit en désaccord avec la sienne.

Saints Bénédictins : Sainte Gertrude d’Helfta, Vierge

Nous sommes à Helfta, monastère fondé par les comtes de Mansfeld, non loin de Eisleben, qui doit être la patrie de Luther. L’abbaye compte parmi ses religieuses une jeune fille de vingt-cinq ans, qui est notre Gertrude. L’abbesse était Gertrude de Hackeborn, née en 1232, abbesse en 1251, morte en 1291. Notre sainte n’est donc pas et ne sera jamais l’abbesse de cette maison, comme une similitude de nom l’a fait croire à des critiques peu sagaces. Mais elle en est le charme et l’exemple, et, si nous osions prononcer ce mot en parlant de religieuses ferventes, elle en est l’orgueil : aucune ne sait comme elle saisir les enseignements de l’école du monastère, et elle a fait de rapides progrès dans l’étude des arts libéraux, telle qu’on la comprend à cette époque. N’oublions pas que la culture des lettres était en faveur dans les monastères allemands du moyen âge, et qu’elle était regardée comme une partie essentielle du patrimoine des deux Ordres bénédictins. Ajoutons aussi que Gertrude s’applique surtout à la lecture de la Sainte Écriture, qui n’était pas délaissée comme les protestants ont voulu le faire croire, et qu’elle ne néglige rien pour chanter l’office comme il convient. Il y a vingt ans qu’elle est au monastère; car elle y est entrée à l’âge de cinq ans (1261). Or, c’est en ce moment qu’elle est convertie (27 janvier 1281), d’une de ces conversions dont parlent les saints quand ils pleurent leur vie passée, et qu’ils chantent les miséricordes de Dieu. Souvenons-nous, pour nous en faire une idée, de la conversion de sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Parmi les désordres dont Gertrude s’accusait plus tard, il faut noter un goût exagéré pour l’étude des lettres et des sciences.

Mais Jésus-Christ voulait devenir son seul maître, et il donna tant de charme et de puissance à ses exhortations, que la sainte en fut complètement transformée. Comme Marie, sœur de Marthe, elle oublia tout pour se mettre à ses pieds, et elle s’appliqua toute à l’écouter dans le silence des puissances de son âme et dans une entière docilité. L’action de la grâce s’affirma de plus en plus efficace. Elle produisit d’abord dans le cœur de la religieuse une sorte de trouble, qui lui inspira le dégoût de tout ce qui est terrestre. Puis elle lui fit voir que ce cœur n’était pas assez purifié pour être une demeure digne du céleste Époux. Elle la remplissait en même temps de courage et de confiance. Jésus-Christ lui disait : « Ton salut viendra bientôt  : pourquoi t’attrister à ce point? N’as-tu pas un conseiller, un ami, qui peut apaiser tes douleurs toujours renaissantes? » Et il ajoutait : « Je te sauverai et te délivrerai : ne crains rien… Avec mes ennemis, tu as léché la terre, sucé le miel adhérent aux épines. Reviens enfin à moi, et je te ferai bon accueil, et je t’enivrerai du torrent des joies divines. »

Gertrude répondit à cet appel, et, pour récompenser sa bonne volonté, le Maître voulut lui témoigner d’une manière sensible qu’il prenait possession de son cœur. Écoutons la voyante, quand elle nous raconte ce qui lui arriva à cette occasion : « Un jour, — c’était entre la Résurrection et l’Ascension, avant prime —, je m’assis près de l’étang, et je me mis à considérer la beauté de ce lieu. Il me plaisait à cause de la limpidité de l’eau courante, de la verdeur des ombrages, des oiseaux, et particulièrement des colombes, qui s’y ébattaient en toute liberté, mais surtout pour la profonde quiétude que je goûtais dans ce lieu retiré. Je me demandai ce que je voudrais ajouter aux charmes de cet endroit pour que mon bonheur fût parfait, et je souhaitai qu’il y eût quelqu’un pour s’entretenir avec moi dans cette solitude. Et vous, mon Dieu, qui savez procurer des joies inestimables, et qui, j’en ai la confiance, aviez dès le principe dirigé le cours de mes pensées, vous avez fait aussi aboutir vers vous la fin de cette méditation, en m’inspirant la réflexion suivante: si, à la manière d’un cours d’eau, je faisais retourner à vous, par une gratitude continuelle et appropriée, les grâces qui me sont venues de vous; si, croissant en vertus de même que les arbres grandissent, je m’ornais de bonnes œuvres comme ils se parent de feuillage; si, enfin, méprisant les choses terrestres, je volais comme une colombe vers les biens célestes, et si, imposant à mes sens corporels une rupture avec le tumulte des choses extérieures, j’occupais mon âme de vous seul, alors mon cœur deviendrait pour vous la plus délicieuse des demeures. » La sainte continue : « Tout le jour, j’eus l’esprit occupé de ces pensées. Le soir, avant de prendre mon repos, au moment où je venais de fléchir les genoux et de m’incliner pour faire ma prière, je me rappelai tout à coup ce passage de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »( Jean 4, 23). Et, au-dedans de moi-même, mon cœur de boue sentit d’une manière très intime votre arrivée en moi. Je voudrais mille et mille fois que la mer fût changée en sang, pour la faire passer sur ma tête, afin d’inonder cette sentine d’extrême misère que vous avez daigné choisir pour demeure, ô vous, qui êtes ce qu’il y a de plus parfait dans l’ineffable majesté ! Si, du moins, je pouvais avoir pendant une heure mon cœur entre les mains, pour le mettre en pièces, le purifier et en brûler toutes les scories, afin qu’il devienne pour vous une demeure, non pas digne, mais moins indigne de vous! »

Admirables accents! où l’amour le plus éprouvé est toujours accompagné de l’humilité la plus profonde et la plus sincère ! Nous les retrouvons, variés sans doute dans leur expression, mais au fond toujours les mêmes, dans les pages où Gertrude nous raconte les autres faveurs qu’elle reçut du Maître: quand, par exemple, il daigna imprimer ses plaies dans le cœur de sa docile épouse, ou quand il le transverbéra d’une blessure d’amour. Mais comment pourrions-nous rendre comme il faut ces récits admirables, pour lesquels le latin de Gertrude est lui-même insuffisant?

Nous ne pouvons toutefois résister au désir de traduire le passage où elle nous raconte un autre trait de la condescendance de Jésus-Christ à son égard : « C’était, nous dit-elle, en cette nuit sacrée où, grâce à la douceur apportée par la rosée de votre divinité, les cieux versèrent le miel. Mon âme, comme une toison exposée dans l’aire de la charité, essaya de se pénétrer de cette rosée par la méditation, et, par l’exercice de sa dévotion, elle essaya de remplir un office dans cet enfantement plus que céleste, par lequel la Vierge mit au monde son Fils, vrai Dieu et vrai homme, de même que l’astre émet son rayon. Il me sembla tout à coup que l’on me présentait et que je recevais dans un coin de mon cœur un tendre enfant, né à l’heure même, dans lequel était caché le don de la suprême perfection., un don vraiment excellent ! Pendant que mon âme le possédait en elle, il lui sembla qu’elle était tout à coup changée dans la même couleur que lui, si l’on peut appeler « couleur» ce qui n’est comparable à aucune espèce visible. Mon âme perçut encore une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur: « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28), alors qu’elle se sentait posséder son Bien-Aimé descendu dans son cœur, et qu’elle se réjouissait de l’heureuse présence d’un Époux si plein d’une suave douceur. C’est pourquoi elle buvait avec une insatiable avidité les paroles suivantes, qu’une main divine lui versait ainsi qu’un doux breuvage: « Comme je suis, dans ma divinité, la figure de la substance de Dieu le Père, ainsi tu seras l’image de ma substance du côté de l’humanité, en recevant dans ton âme déifiée des effluves de ma divinité, de même que l’air reçoit les rayons du soleil: pénétrée de ce principe unitif, tu seras disposée à une union plus intime avec moi. »

Par une faveur plus grande encore, elle fut marquée du sceau de la Sainte Trinité. Mais au lieu de nous arrêter à discuter la nature de ce miracle, nous aimons mieux parler de sa dévotion au Sacré Cœur. Elle avait reçu de Jésus-Christ saint Jean l’Évangéliste pour patron particulier. Or, un jour qu’elle avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ, elle demanda à l’apôtre ; « N’avez-vous pas ressenti, vous aussi, le bien-aimé de Dieu, la douceur de ces très suaves pulsations, quand vous avez reposé pendant la Cène sur cette même poitrine, dont la douceur cause encore maintenant un tel bonheur à mon âme? » ll répondit : « Oui, je le confesse, j’ai senti et ressenti cette douceur: la suavité de ces pulsations pénétra jusqu’à l’intime de mon âme, de même que la liqueur la plus suave donne de la douceur à une miette de pain frais. De plus, elles ont enflammé mon cœur d’une manière puissante, de même qu’une chaudière bouillante est échauffée par l’ardeur excessive du feu. » Alors la sainte: « Et pourquoi, reprit-elle, avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu, que vous n’en avez pas dit un seul mot qui le donnât à entendre pour notre progrès spirituel? » L’apôtre répondit: « Ma mission était autre. À l’Église récemment fondée, j’avais à faire connaître, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une seule parole, propre à satisfaire jusqu’à la fin du monde l’intelligence du genre humain tout entier, mais telle que personne ne peut la comprendre parfaitement. Mais la suave éloquence que possèdent ces pulsations a été réservée à notre temps, afin qu’à les entendre, le monde déjà vieux et tiède dans l’amour de Dieu se sente réchauffé. »

Il faudrait citer tout le livre; mais nous nous arrêterons ici. Aussi bien, ce que nous avons le plus admiré, ce ne sont pas ces dons extraordinaires dont nous venons de donner une faible idée, ni les miracles et les prophéties qui ont marqué la vie de Gertrude et montré le caractère divin de sa mission. C’est la théologie sublime qui apparaît dans tous ses écrits, et dont une synthèse suffisamment étudiée serait utile à bien des âmes. On a dit que sainte Gertrude était la théologienne du Sacré Cœur. Nous l’admettrons bien volontiers, pourvu que ce mot ne soit pas pris dans un sens trop exclusif: elle a parlé très souvent et très explicitement de ce divin Cœur, mais elle a traité aussi d’autres points très importants. Nous préférons dire que sainte Gertrude a enseigné d’une manière admirable la théologie de l’Incarnation.

Essayons de résumer sa doctrine : par là même nous caractériserons sa sainteté et sa direction spirituelle. Jésus-Christ est tout pour l’homme. La conséquence de ce principe, c’est que nous devons recourir à lui dans tous nos besoins, toutes nos détresses et toutes nos peines. Il est l’ami auquel nous devons nous confier, le refuge où nous devons nous retirer, le trésor où nous pouvons toujours puiser. Pour être conforme aux desseins de Dieu, notre vie sera toujours unie à la sienne, animée et vivifiée par elle. La sainte recourait à lui avec une entière confiance. Se sentait-elle insuffisamment préparée pour la communion, elle priait Jésus de suppléer à son indigence, et elle s’approchait sans crainte de la Sainte Table. Rien de ce qu’elle put lire n’eut assez de pouvoir pour lui faire omettre une seule de ses communions. Et, pour le dire en passant, nous ne saurions trop recommander ses écrits à ceux qui gardent au fond de leur cœur des objections contre la communion fréquente. Cette confiance apparaissait dans une foule de circonstances. Un jour qu’elle marchait dans un chemin escarpé, elle fit une chute dangereuse. Sa première pensée fut de s’écrier : « Quel bonheur pour moi, Seigneur bien-aimé, si cette chute avait précipité ma réunion avec vous ! » Les religieuses présentes, tout étonnées, lui demandèrent si elle ne craignait pas de mourir sans sacrements. « Je désire de tout mon cœur, reprit-elle, recevoir les sacrements de l’Église, si utiles à l’âme; mais je place au-dessus de toutes les préparations la providence et la volonté de mon Maître. Je suis certaine, quel que soit le genre de mort qui m’enlève de ce monde, de n’être pas privée de la miséricorde du Seigneur : seule elle peut me sauver, aussi bien dans une mort subite que dans une mort à laquelle je me serais longuement préparée. »

Par une conséquence naturelle et nécessaire, Gertrude sentait que pour répondre à tant d’amour et à des bienfaits si multiples, l’homme doit être tout à Dieu et ne rien se réserver. De là une pureté de cœur qui eut pour résultat non pas seulement de garder dans toute sa Splendeur le beau lis de sa virginité, non pas seulement de la préserver de tout péché volontaire, mais encore de la détacher de toute amitié naturelle, de toute propriété, de toute sollicitude inutile. Notre-Seigneur daigna témoigner un jour à sainte Mechtilde, la maîtresse de sainte Gertrude, combien il aimait dans la jeune religieuse ce désir de lui plaire en toutes choses: « Elle marche devant moi, disait-il, sans me perdre de vue un seul instant. Elle n’a qu’un désir: connaître le bon plaisir de mon cœur; et, dès qu’elle l’a appris, elle l’exécute avec un incroyable empressement. À peine a-t-elle accompli une de mes volontés qu’elle m’interroge pour en savoir une autre, et elle s’y conforme avec la même promptitude. Ainsi, toute sa vie est pour ma gloire.»

Est-il besoin d’ajouter que l’humilité de la sainte était profonde, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en passant? L’âme qui a conscience de ce que Dieu est pour elle, échappe plus facilement aux tentations de l’orgueil. Elle voit les bienfaits dont elle est comblée, et elle se rend compte du mauvais usage qu’elle en fait : comment pourrait-elle être impressionnée par les séductions de l’amour-propre? L’admirable voyante disait avec une profonde conviction : « Le plus grand de vos miracles à mes yeux, Seigneur, c’est que la terre puisse porter une pécheresse aussi indigne que je le suis. » Longtemps elle balaya seule la maison, et elle aimait à rendre aux plus petits les services les plus répugnants. Mais, d’autre part, elle ne jugeait pas à propos de cacher les grâces dont elle était l’objet. Profondément convaincue que personne plus qu’elle n’en était indigne, elle estimait que c’étaient des semences qui passaient dans son âme pour aller fructifier sur de meilleures terres. C’était donc déshonorer les dons de Dieu que de les laisser enfouis dans la sentine de son cœur, et elle devait les tirer de ce cœur pour les déposer dans d’autres cœurs, plus dignes de les recevoir et plus propres à en user pour la gloire de Dieu. C’était par une pensée semblable qu’elle repoussait les tentations de vaine gloire. Elle se disait alors : « Si quelqu’un, en te voyant, cherche à imiter ce qui lui paraît bon, sans imiter ton orgueil, tout sera pour le mieux : ce sera autant de gagné pour Dieu. »

Mais ce que nous croyons devoir signaler comme un trait particulier de la piété de sainte Gertrude, c’est ce que le P. Faber appelle « la liberté d’esprit ». Voici ce que l’éminent Oratorien écrit à ce sujet : « Où règne la loi de Dieu, où souffle l’esprit du Christ, là est la liberté. Nul ne peut lire les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d’exemplaires et de traductions de leurs œuvres. Sainte Gertrude en est un bel exemple : elle respire partout l’esprit de saint Benoît. » Et plus loin : « Il est assez difficile de parler de liberté d’esprit sans avoir l’air de recommander la négligence, ou de soutenir l’inexactitude, la paresse et le caprice. Mais nous pouvons en toute sécurité développer ce sujet d’après sainte Gertrude elle-même. » Un trait nous montrera comment elle pratiquait cette liberté d’esprit. Une nuit, se sentant défaillir, elle mange une grappe de raisin dans l’intention de soulager dans sa personne le Seigneur lui-même. Celui-ci daigna accepter cette intention, et il lui dit : « Maintenant, je puise à ton cœur un délicieux breuvage. Il compense, par sa douceur, l’amertume du fiel et du vinaigre que, pour l’amour de toi, je laissai exprimer sur mes lèvres, quand j’étais attaché à la Croix. »

Nous voudrions continuer, et parler, par exemple, de cette charité de Gertrude qui se portait vers le soulagement de toutes les misères, aussi bien dans le purgatoire que sur la terre. La sainte est encore, tous le savent, une des âmes favorisées des révélations que l’on consulte avec le plus de fruit pour savoir comment soulager les âmes des défunts. Toutefois, nous ne voulons pas la quitter sans signaler sa tendre dévotion à Marie, et rappeler un trait qui nous montre comment cette dévotion était récompensée. Le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Gertrude récitait le Salve Regina. Quand elle arriva à ces mots : « Illos tuos misericordes oculos ad nos converte », elle vit Marie tenant dans ses bras le divin Enfant. La Vierge toucha délicatement le menton de son Fils, et, dirigeant vers Gertrude et ses compagnes le visage et les yeux de Jésus : « Les voici, dit-elle, mes yeux très miséricordieux: ce sont les yeux de mon Fils, et je puis en tourner les regards vers tous ceux qui m’invoquent, pour le salut éternel et la sanctification des âmes. »

Insondables desseins de la Providence, nous nous étonnerions si nous ignorions que vous êtes voulus et dictés par l’infinie Sagesse! Quarante ans environ après la mort de sainte Gertrude survenue en 1302 ou 1303, le monastère de Helfta fut incendié, et le souvenir de la sainte ne put le défendre des horreurs de la guerre. Aujourd’hui, il ne reste plus de ce monastère que la petite chapelle où elle pria si souvent, et où elle fut favorisée bien des fois des apparitions de Notre-Seigneur : encore cette chapelle est-elle profanée, puisqu’elle sert de grenier à foin. Du moins, la sainte nous a laissé de sa sagesse et de sa piété deux monuments incomparables, que personne, il faut l’espérer, ne parviendra désormais à faire disparaître : le Héraut de l’amour divin et les Exercices spirituels. C’est devant ces livres que nous irons nous recueillir, comme dans un sanctuaire, pour écouter ce que Gertrude nous enseigne au nom du Maître qu’elle a choisi de préférence aux docteurs du siècle. À l’école de sainte Gertrude, nous rencontrerons sainte Thérèse, qui avait tant de dévotion pour elle, et aussi saint François de Sales, qui citait avec tendresse et avec bonheur les aspirations de la pieuse Bénédictine . Ceux qui ne la connaissent pas encore seront étonnés qu’une si admirable voyante ait pu leur demeurer jusqu’alors étrangère. Ils s’efforceront comme nous, sans aucun doute, de la signaler à l’admiration de leurs frères.

A. Lépître dans La Revue Universitaire, T. XXV, Lyon, 1897, pp. 228-236

Prières

Oratio

Deus, qui in corde beátæ Gertrudis Vírginis iucúndam tibi mansionem præparásti : ipsíus méritis et intercessióne ; cordis nostri máculas cleménter abstérge, et eiúsdem tríbue gaudére consórtio. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière à Sainte Gertrude

​Grâces soient rendues au Seigneur Dieu, source de tous les vrais biens, par tout ce qui est renfermé dans l’étendue des cieux, les limites de la terre et les profondeurs de l’abîme. Que tous les êtres chantent en son honneur cette louange éternelle, immense, immuable, qui, procédant de l’Amour incréé, ne s’achève parfaitement qu’en Lui. Louanges pour la plénitude débordante de cette tendresse divine qui, dirigeant son cours impétueux vers la vallée de notre humaine fragilité, a jeté sur Gertrude, parmi toutes les autres, un regard de prédilection, à cause de ses propres dons par lesquels le Seigneur l’avait attirée à Lui.

Seigneur, je vous loue et vous rends grâces pour tous les bienfaits dont vous avez comblé votre servante Gertrude, je vous loue par cet amour qui vous a fait la choisir de toute éternité pour une grâce si spéciale, l’attirer à vous si suavement, l’unir à vous par une telle familiarité, trouver en elle vos complaisances et vos joies, enfin consommer si heureusement sa vie.

Je vous offre, Seigneur, cette prière de dévotion en union avec l’amour qui vous a fait descendre du ciel sur la terre et accomplir toute votre œuvre de la rédemption des hommes ; en union aussi avec l’amour qui vous fit endurer la mort, puis offrir celle-ci au Père avec tout le fruit de votre très sainte Humanité. Ainsi soit-il.

Prière de Sainte Gertrude pour offrir à Dieu nos actions

Père, je vous confie ceci en union avec les œuvres très parfaites du Seigneur votre Fils, afin que vous l’ordonniez au salut de l’univers, selon votre volonté toujours digne de louanges.

Prière de Sainte Gertrude à Marie pour réparer nos négligences

Je vous offre, ô Mère sans tache, en réparation pour toutes mes négligences, le Cœur très noble et très doux de Jésus-Christ. Seul, en effet, ô Marie, ce Cœur si glorieux et qui renferme en lui tous les biens, peut vous présenter la somme de tout ce qui existe de plus désirable, de tout ce que la dévotion de chaque homme et l’ardeur de ses prières peuvent témoigner d’honneur à votre divine maternité.

Prière de Sainte Gertrude avant de s’endormir

Par la suavité tranquille avec laquelle, de toute éternité, vous avez reposé dans le sein du Père ; par le séjour délicieux qui fut votre repos; durant neuf mois, dans le sein de la Vierge ; par la délectation très agréable que vous daignez savourer en certaines âmes que vous chérissez davantage, je vous supplie, ô Dieu de toute miséricorde, veuillez m’accorder, non pour ma commodité, mais à votre éternelle louange, ce repos de la nuit, afin que mes membres fatigués retrouvent le libre exercice de leurs forces.

Antienne

Ã. Rogemus omnes beatam Gertrudim et humiliter supplicemus ut fiat nobis in caelo coram excelso supplicatrix quae pro Christi amore suam castitatem reservavit in terris.

Ã. Prions tous la bienheureuse Gertrude, et supplions-la avec humilité : qu’elle devienne pour nous dans le Ciel une médiatrice auprès du Très-Haut, elle qui, pour l’amour du Christ, a gardé sa chasteté sur la terre.

Antienne grégorienne “Rogemus omnes"

Antienne Rogemus omnes

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Dieu nous aime beaucoup plus que nous ne pensons, surtout à ces heures d’épreuve, où il semble nous abandonner, et où il nous accorde ses grâces les plus précieuses, les plus profondes et les plus vivifiantes.

Deux paraboles de Jésus (Mt 13, 31-35) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le grain de sénevé

La comparaison de la semence est si heureuse et si riche d’harmonies secrètes que le Seigneur ne croit pas l’avoir épuisée encore ; et après avoir feint de chercher ailleurs un symbole nouveau du Royaume de Dieu, il revient à son idée première. « Comment figurerons-nous, se demande-t-il, le Royaume de Dieu ? En quelle parabole le transposerons-nous ? Comparons-le au grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son jardin ou dans son champ. » Cette parabole nouvelle a pour dessein de marquer le contraste qui existe entre les commencements de l’Église et les splendeurs de son entier développement ; et aussi, entre les débuts de la vie surnaturelle chez chaque chrétien et son entier épanouissement. De ce contraste, une leçon se dégage, celle-là même que l’Apôtre aura pour mission spéciale de formuler : à savoir que l’action de l’homme s’est révélée impuissante, que le salut, que la refonte de l’humanité entière sont l’œuvre et la création de Dieu : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ » (Eph 2, 10). Qu’est-ce, à l’origine, que la vie surnaturelle en nous ? Une parole, un exemple, une lumière rapide et soudaine, une direction dans laquelle nous avons été engagés à notre insu. L’événement était chétif et insignifiant en apparence. Et pourtant, voici que, peu à peu, tout dans notre vie vient ressortir à ce punctum saliens ; voici qu’une préparation silencieuse amène aux pieds de Dieu toutes nos activités, même les plus soudaines et les plus rebelles. Et le phénomène qui s’accomplit en notre existence individuelle se répète dans l’humanité. Qu’est-ce, à l’origine, que l’Église ? Une pauvre crèche, une maison de Nazareth, une prédication simple et contestée, douze pêcheurs, cent vingt personnes réunies dans le Cénacle et priant ensemble. C’est quelque chose de tout petit, un grain de sénevé, la plus menue des semences qu’un cultivateur puisse jeter en terre. Mais voici que le grain de sénevé monte, monte ; il dépasse, et de beaucoup, tout ce qui croît dans le jardin ; il devient un arbre et pousse de grands rameaux, en sorte que sous son ombre et sur ses branches les oiseaux du ciel viennent chercher leur repos et leur demeure.

Les doctrines des philosophes et des sages de ce monde se présentent sous d’autres dehors que le grain de sénevé évangélique. Elles sont de belle apparence, elles sont travaillées, soignées, elles sont le fruit de longues et ingénieuses réflexions. Regardons de près : elles sont tout en broussailles. Chacune d’elles bénéficie de sa nouveauté : mais aucune ne dépasse la hauteur de l’homme. On les compare, car elles sont toutes de même taille. Elles ne sauraient grandir ni étendre leurs rameaux : l’humanité n’y trouvera jamais un abri. Inintelligibles à la foule, qu’elles n’atteignent pas, elles ne sont que l’amusement de quelques rêveurs, le charme d’un dilettantisme prétentieux. Elles demeurent d’ailleurs totalement infructueuses pour le bien. Encore si elles n’étaient qu’infécondes ! Mais le plus souvent elles découragent l’intelligence, obscurcissent le réel et dissolvent la volonté. N’est-ce pas l’histoire de tous les âges ? — Après avoir appliqué la parabole du semeur à l’époque du Seigneur et aux temps apostoliques, celle de l’ivraie à l’époque des hérésies premières : Judaïsme, Gnosticisme, Manichéisme, peut-être pourrions-nous rapporter la parabole du grain de sénevé à l’époque de la paix de l’Église et de sa diffusion par le monde. Il va de soi que nous n’attachons à ces rapprochements qu’une valeur toute relative et de résultat, non d’intention formelle chez le Seigneur.

Le levain dans la pâte

« À quoi comparerai-je le Royaume de Dieu? disait encore Jésus. Il est semblable au levain que prend une femme pour le mêler à trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte entière soit levée. » Il semble qu’une parabole achève le dessin d’une autre parabole. Tous les phénomènes de germination que décrivaient les premières laissaient dans l’ombre deux éléments : la transformation, et la transformation de tout l’ensemble. Ils sont fournis maintenant par cette parabole du levain, empruntée d’ailleurs, elle aussi, à un phénomène vital. La foi n’est pas un système philosophique, une tentative d’explication des choses : on a dit, et quelquefois dans un sens très inexact et qui prétendait éliminer la doctrine : la foi, c’est une vie. Oui, c’est réellement une vie, mais transformée par le ferment de la doctrine, pénétrée par cet élément actif et assimilateur. La vie chrétienne ne saurait se constituer en dehors de la théologie ; son progrès est en proportion de l’œuvre de notre intelligence surnaturelle. Que signifient les trois mesures où la femme cache son levain ? Nombre de commentateurs répondent : le corps, l’esprit, l’âme, selon l’enseignement de l’Apôtre (1 Th 5, 23) ; mais on pourrait tout aussi bien supposer que les sata tria sont l’intelligence, la volonté, et toute l’activité, intérieure et extérieure, guidée par elles : c’est la triple région que doit pénétrer, élargir, vivifier le ferment divin. Si on entend la parabole au point de vue, non plus individuel, mais social, on peut, si l’on veut, y voir les trois races qui se partagent le monde. Mais toutes ces interprétations ont peu d’importance, puisque les trois mesures formaient simplement la quantité normale et ordinaire de pâte ou de farine préparée pour une cuisson (Gn 18, 6). Et l’intention première de la parabole du levain est de décrire le développement du christianisme, l’épanouissement du Royaume de Dieu : l’humble parole évangélique aboutissant à changer la face de la terre.

Les paraboles

C’est ainsi, concluent les évangélistes, que le Seigneur exposait aux foules la parole de Dieu. Pendant toute cette période, il ne s’adressait à elles que sous cette forme parabolique, la seule qui fût alors à leur portée. Il réalisait ainsi le programme qu’avait dessiné l’auteur inspiré du Psaume 77, Asaph, figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « J’ouvrirai la bouche pour parler en paraboles, je révélerai des choses cachées depuis la formation du monde, » des vérités que l’homme n’a jamais entendues. On peut se demander comment le Psalmiste se propose de formuler une doctrine mystérieuse et des vérités au sens profond, alors qu’en réalité il n’est question, dans tout son poème, que de l’histoire d’Israël « depuis l’origine », c’est-à-dire depuis la sortie d’Égypte jusqu’au règne de David. Mais il faut se souvenir que, selon la doctrine de saint Paul (1 Cor 10, 11), toute la vie du peuple juif est une parabole en action, dont la vie chrétienne doit recueillir le sens et le fruit.

Les évangélistes ont fait un choix parmi les paraboles du Seigneur, et saint Marc nous dit positivement que le Maître en a prononcé beaucoup d’autres analogues. Elles ont toutes un rapport commun au Royaume de Dieu. Mais il est assez vraisemblable que celles-là mêmes qui sont groupées ici, chez saint Marc et surtout chez saint Matthieu, ont été dites en divers temps, selon les circonstances et lorsque le thème de la parabole se présentait au Seigneur et aux foules. En effet, énoncer tout d’un trait cinq ou six paraboles eût-il été un procédé d’enseignement bien efficace ? Il est vrai que la foule comprenait peu ou point, à raison de ses dispositions fâcheuses, et qu’aux disciples eux-mêmes le Seigneur devait, en particulier, expliquer à fond toutes choses. — Il semble que les trois paraboles qui, dans saint Matthieu, suivent immédiatement l’explication de la parabole de l’ivraie, ont été prononcées devant les disciples seulement. Elles n’appartiennent qu’au premier évangéliste. Leur dessein est encore de substituer à l’essai de théocratie appliqué dans l’histoire juive un concept plus élevé du Règne de Dieu.

Saint Albert le Grand, évêque et docteur de l’Église 

« Il fut nommé à juste titre un pacificateur »

Saint Albert, le saint allemand, « la lumière de l’Allemagne », surnommé le Grand à cause de sa science éminente, naquit à Lauingen, sur le Danube, de la noble famille des Bollstädt. Il fit ses études à Padoue, où l’influence du Bienheureux Jourdain, second général de l’Ordre des Dominicains, le décida à entrer dans cet Ordre des Frères Prêcheurs, récemment fondé. Bientôt il fut envoyé en Allemagne, où il exerça le professorat dans différentes villes, spécialement à Cologne ; c’est là qu’il eut pour élève saint Thomas d’Aquin. Il reçut à Paris, en 1240, le grade de maître en théologie. Il y avait grande affluence à ses cours. En 1254, il fut élu provincial de son Ordre pour l’Allemagne. Il séjourna longtemps à la cour du pape Alexandre Il, qui le nomma, en 1259, évêque de Ratisbonne ; mais il revint, en 1263, à Cologne pour reprendre en main la direction de son Ordre, œuvre qui fut couronnée du plus grand succès. Son action comme conseiller, comme pacificateur et comme directeur spirituel reçut d’abondantes bénédictions de Dieu. Il mourut à Cologne le 15 novembre 1280. Le 16 décembre 1931, le pape Pie XI l’a mis au nombre des saints et élevé au rang de docteur de l’Église. Le grand œuvre de sa vie fut sa production littéraire qui remplit 21 volumes. Ce sont, pour une part importante, des commentaires d’Aristote, qui fut ainsi révélé à l’Occident, et de la Sainte Écriture. La légende raconte qu’Albert le Grand aurait jeté les plans de la cathédrale de Cologne ; ce n’est certainement pas exact. En réalité, il a jeté les plans d’une nouvelle et puissante cathédrale, « de la nouvelle cathédrale de la philosophie chrétienne, élevée sur les fondations et sur les piliers de la pensée et de la conception aristotélicienne, que le disciple de saint Albert, saint Thomas d’Aquin, a achevée » (Söhngen).

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, semper rationabília meditántes, quæ tibi sunt plácita, et dictis exsequámur et factis. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites que méditant toujours les vérités que vous avez proposées à notre intelligence, nous recherchions dans nos paroles et accomplissions dans nos actes ce qui vous est agréable. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Oratio

Deus, qui beátum Albértum Pontíficem tuum atque Doctórem in humána sapiéntia divínæ fídei subiiciénda magnum effecísti : da nobis, quæsumus ; ita eius magistérii inhærére vestígiis, ut luce perfécta fruámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez donné au bienheureux Albert, votre Pontife et Docteur, la grandeur de soumettre la sagesse humaine à la foi divine : donnez-nous, nous vous en prions, de suivre si bien les traces de ce maître que nous puissions jouir au ciel de la lumière parfaite. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prière de Saint Albert le Grand (1200-1280)

Seigneur Jésus-Christ, suprême Sagesse, après nous avoir favorisés de votre lumière, donnez-nous la force de bien agir, afin que nous méritions de goûter de nouveau la douceur de la contemplation. Puisque vous nous avez engendrés avec amour, portés avec peine, enfantés laborieusement avec douleur, voici que nous pleurons des larmes de contrition sur nos propres péchés et ceux des autres, de tendresse sur notre présent séjour de misère et de dévotion sur l’éloignement de la Patrie, où notre tristesse sera convertie en joie quand nous vous reverrons, vous, notre cœur, et que personne ne nous enlèvera notre joie. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Qui caelorum continues thronos et abyssos intueris, Domine, rex regum, montes ponderas, terram palmo concludis : exaudi nos, Deus, in gemitibus nostris​, alleluia.

Ã. Vous qui contenez les trônes des cieux et qui scrutez les abîmes, Seigneur, roi des rois, vous équilibrez les montagnes, vous enfermez la terre au creux de votre main ; exaucez-nous, ô Dieu, dans nos gémissements, alleluia.

Antienne grégorienne “Qui caelorum”

Antienne Qui caelorum

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Alberte, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Albert, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Annonce du Martyrologe Bénédictin

Fête de tous les Saints qui ont milité sous la Règle de Notre Saint Père Benoît, fête instituée par le Pape Paul V.

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d’éviter les peines de l’enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.

Sermon

Extrait d’un sermon de Saint Bernard sur Saint Benoît

Vous avez entendu aujourd’hui même les promesses que le Seigneur fait dans son Évangile à ses apôtres, à qui il disait: « Vous serez assis sur des trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël (Mt 19, 28). » Vous avez là le repos, « vous serez assis », et l’honneur, « vous jugerez. » Mais Notre-Seigneur lui-même n’a pas voulu arriver à ce repos et à cet honneur sans passer par le travail et par les abaissements. S’il fut condamné à la mort la plus honteuse, mis à l’épreuve des tourments et rassasié d’opprobres, ce ne fut que pour couvrir de confusion son ennemi, et quiconque l’imite et le suit dans ses égarements. Voilà, esprit inique, voilà celui qui doit aller s’asseoir sur le trône de sa majesté, parce qu’il est semblable au Très-Haut et le Très-Haut est avec lui. C’est à quoi ont pensé les saints anges qui ne voulurent point partager l’apostasie du Malin qu’ils ont vu précipité, et nous ont laissé ainsi un exemple, afin que, de même qu’ils ont mieux aimé se tenir au rang des serviteurs, nous fissions de même de notre côté. Quiconque fuit le labeur et aspire aux honneurs doit donc savoir qu’il marche sur les pas de l’ange qui a aspiré à s’élever et à aller s’asseoir, et si la faute de cet esprit ne l’épouvante point, que du moins son châtiment l’effraie; car tout a tourné pour lui différemment de ce qu’il avait pensé, en sorte qu’il devint un objet de risée et qu’un feu éternel fut préparé pour le recevoir. C’est pour éviter ces malheurs que les saints anges ont semé pour nous la semence de la prudence, dont ils ont commencé de faire preuve eux-mêmes au moment où les autres sont tombés.

C’est aussi la semence que les apôtres ont répandue pour nous, lorsqu’ils s’attachèrent au Seigneur au moment où tant d’autres qui, préférant la sagesse de ce monde qui n’est que folie auprès de Dieu, et la prudence de la chair qui opère la mort et est ennemie de Dieu, s’éloignaient de lui, scandalisés de ce qu’ils lui entendaient dire, du sacrement de la chair et de son sang; ils ne continuèrent pas davantage à marcher à sa suite. Les disciples, au contraire, à la demande que leur fit le Seigneur pour savoir s’ils voulaient, eux aussi, le quitter, répondirent: « Seigneur à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle (Io 6, 69). » Mes frères, il faut que nous imitions cette prudence, il y en a beaucoup encore qui marchent dans la société de Jésus jusqu’à ce que vienne le moment pour eux de manger sa chair et boire son sang, c’est-à-dire de prendre part à sa passion, car c’est ce que signifient ces paroles, c’est le sens même de ce sacrement, et qui alors se scandalisent aussi et retournent sur leurs pas, en disant : « C’est une parole dure à entendre (Ibid. 61). » Pour nous, partageons la prudence des apôtres et écrions-nous avec eux : « Seigneur, à qui irons-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. » Non, nous ne vous quitterons point; vous nous donnerez la vie. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui tombe de la bouche de Dieu (Dt 8, 3 et Mt 4, 4). Le monde n’est pas seul à avoir ses délices, il s’en trouve de plus grandes que les siennes dans vos paroles. C’est ce qui faisait dire au Prophète: « Que vos paroles semblent douces à mes lèvres ! elles le sont plus que ne le serait le rayon de miel (Ps 118, 103). » À qui donc pourrions-nous aller, Seigneur, puisque vous avez les paroles de la vie éternelle, c’est-à-dire, des paroles qui sont au dessus de toutes celles que le monde peut avoir ? Non-seulement, mes frères, il est la vie même, mais il en est aussi la promesse, il est l’attente des justes, il est leur joie, mais leur joie si grande que tout ce qu’on peut désirer ne lui pourrait être comparé. La prudence est donc la semence que les saints apôtres ont semée pour nous. Quant aux martyrs, il est clair que leur semence est une semence de force. Celle des confesseurs est la justice qu’ils n’ont cessé de poursuivre pendant toute leur vie ; car il y a la même différence entre les martyrs et les confesseurs qu’entre Pierre qui laisse tout, à la fois, et Abraham qui emploie les biens de ce monde à de bonnes œuvres. Les premiers ont, en effet, .vécu beaucoup de temps en quelques instants, et les seconds ont passé leur vie au milieu de longs martyres de toutes sortes. Pour ce qui est des vierges saintes, il est de toute évidence que leur semence est celle de la tempérance puisqu’elles ont su fouler la passion aux pieds.

Par sa doctrine Saint Benoît nous instruit et dirige nos pas dans les sentiers de la paix, et par la justice de sa vie, il nous donne des forces et du courage, et nous anime d’autant plus à faire ce qu’il nous a enseigné, que nous savons pertinemment qu’il ne nous a enseigné que ce qu’il a fait lui-même. Il n’est pas, en effet, d’exhortation si pleine de vie et d’efficacité que l’exemple, car celui qui fait ce qu’il conseille le rend facile à persuader, puisqu’il montre, par sa conduite, que ce qu’il conseille est praticable. Voilà donc comment la sainteté fortifie, la piété instruit, et la justice confirme. Quelle ne fut donc pas en effet la piété de cet homme, qui, non content d’être utile à ceux de son temps, se mit en peine de l’être aussi à ceux qui viendraient après lui? Non-seulement cet arbre a porté du fruit pour ceux qui vivaient alors, mais il en a produit qui dure et persévère jusqu’à nos jours. Il était, certes, bien aimé de Dieu et des hommes, celui dont la présence fut en bénédiction, comme nous voyons que le fut celle de bien des saints, qui, n’étaient aimés que de Dieu, parce qu’ils n’étaient connus que de lui, mais dont le souvenir, de plus, est encore en bénédiction maintenant. En effet, jusqu’à ce jour, par la triple confession de son amour de Dieu, il paît le troupeau du Seigneur de trois sortes de fruits à la fois. Il le paît par sa vie, par sa doctrine et par son intercession. Sans cesse aidés par elle, portez aussi des fruits à votre tour, mes très-chers frères, car c’est pour cela que vous avez été établis, c’est pour que vous alliez , et que vous produisiez du fruit (Io 15, 16). Mais d’où devez-vous sortir pour aller ? De vous mêmes, mes frères, selon ce mot de l’Écriture : « Détournez-vous de votre propre volonté (Eccl 18, 30). » Ne lisons-nous point aussi du Seigneur que « celui qui sème s’en alla semer » (Mt 13, 3)? Ainsi nous avons la semence, nous avons vu quels furent ses fruits; c’est à nous de l’imiter, mes frères, car il n’est venu que pour nous donner la forme, nous montrer la voie.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #1

Les progrès de l’Ordre de saint Benoît, après la mort de son saint Patriarche furent merveilleux, comme les grandes actions de ses enfants. J’aurais du plaisir à les écrire; mais comment pourrait-on enfermer dans un abrégé ce que tant de Solitaires si illustres et si parfaits ont fait et ont souffert dans toutes les parties du monde pour la gloire de Dieu, pour l’établissement, pour la défense et pour l’ornement de l’Église durant tant de siècles ? L’Ordre de S. Benoît a tant fait et de si grandes choses durant près de douze cens ans, il a porté la foi de Jésus-Christ et la sainteté des mœurs en tant de nations différentes, avec tant de gloire et de succès; qu’il faudrait écrire l’histoire de toute la Religion Chrétienne, ou plutôt l’histoire de tout le monde, pour faire exactement celle de ce Saint Institut.

Je ne dois pourtant pas passer sous silence tant de merveilles et tant de grands progrès ; il faut que j’en fasse ici un léger crayon: car il est important que tous nos Solitaires conçoivent une idée véritable de cet admirable Corps dont ils sont les membres ; afin de s’animer par cette vue à ne rien faire et à ne rien souffrir, qui soit indigne d’une profession si sainte et si glorieuse.

C’est cet Ordre qu’un écrivain fort éloquent a comparé à un ruisseau fort petit dans sa source; mais qui s’est si bien enflé dans son cours, qu’il est devenu un grand fleuve, duquel tant d’autres sont sortis et ont pris de sa plénitude; à cette petite pierre détachée sans le secours d’aucune main humaine, qui a renversé l’empire du démon, et qui est devenue une haute montagne. Enfin il le compare à ce petit grain de l’Évangile, qui est devenu un grand arbre, et qui a étendu ses branches dans toutes les parties du monde, qui a couvert sous son ombre les Prélats, les Rois, les Princes et les peuples, qui a fait l’ornement de l’Église et la joie du Paradis.

Mon dessein est de faire ici un petit Catalogue de quelques-uns de nos plus illustres Solitaires de l’un et de l’autre sexe, il sera assez court pour ne pas ennuyer le lecteur, et assez long pour former dans son esprit une magnifique idée de la sainteté et de la gloire d’un père, qui a produit tant d’illustres enfants. Il pourra aussi animer nos Solitaires, qui leur ont succédé; et qui vivent dans les mêmes Maisons et sous la même Règle, à pratiquer les mêmes vertus, et à s’éloigner de ce qui peut ternir la gloire et la sainteté d’un Ordre si glorieux et si saint.

Mais je suis obligé d’avertir, qu’en faisant ce Catalogue de nos illustres, je ne donnerai point dans le sentiment de quelques écrivains, qui par un zèle excessif ont donné à l’Ordre de saint Benoît des Saints qui ne lui appartiennent pas, et qui le parent sans nécessité d’ornements empruntés; car il est assez riche, il se contente de ses propres biens. Mais je ne donnerai pas non plus dans le sentiment de quelques nouveaux savants, qui par une critique trop sévère, rejettent comme supposé tout ce qu’ils ne trouvent pas appuyé par des Auteurs du même temps ; et qui sur des conjectures trop légères condamnent la tradition, et font cent injustices à la vérité, qu’ils prétendent défendre.

J’ai des Historiens plus anciens, plus célèbres, plus équitables, et qui méritent bien mieux d’être crus que ces nouveaux auteurs ; car ils nous ont laissé ce qu’ils avaient reçu de leurs pères, et nous devons recevoir leur tradition avec respect, et la laisser à ceux qui viendront après nous comme un précieux héritage. La plus grande partie des vérités de fait ne s’établit que de cette manière; et si on demandait toujours des témoins du même temps, où en serions-nous ? Les traditions les plus saintes seraient ébranlées.

Les premiers écrivains de notre Ordre ont eu, sans doute, plus de connaissance de ce qui s’est passé dans les premiers siècles, que ceux qui en écrivent à présent ; parce qu’ils étaient bien plus proches de la source. Les faits ne s’éclaircissent pas par la suite des temps, cet éloignement les obscurcit. Les anciens Auteurs ont vu très-assurément les écrits et les originaux que nous voyons, et ils en ont vu plusieurs que nous n’avons pas vus, et que nous ne verrons jamais. Car tout le monde sait qu’il s’en est perdu un très grand nombre par le malheur des temps, par la fureur de la guerre, par le saccagement des villes, par le pillage des Monastères les plus illustres, et par l’incendie des bibliothèques les plus nombreuses et les plus riches.

On ne peut donc pas sans témérité soupçonner seulement tant de savants historiens d’avoir manqué de lumière ou de sincérité. Et vouloir les accuser d’en avoir voulu imposer à la postérité en écrivant contre leur conscience et la bonne foi, c’est une grande injustice; car si ces écrivains qui ont composé leur histoire il y a trois cents, deux cents, ou même depuis cent ans, n’avaient point trouvé dans aucun Auteur plus ancien, ni dans aucune pièce authentique ce qu’ils ont avancé ; s’ils ne l’avaient appris d’aucune tradition, on aurait droit de les traiter de fourbes et de menteurs. Mais s’ils ne l’ont écrit qu’après s’en être assurés sur de bons mémoires, ou sur des témoignages dignes de foi; pourquoi est-ce que les nouveaux savants s’éloignent de leur sentiment, et les blâment d’ignorance ou d’infidélité ? pourquoi donnent-ils à ces grands hommes tant de démentis ?

Une possession si ancienne et si paisible dans laquelle nous sommes de tant de personnes illustres, et de tant de Saints du sixième et du septième siècle est trop bien établie, pour nous être ravie si légèrement. Il faut des titres et des titres incontestables pour nous la disputer. Tous les arguments négatifs et toutes les conjectures du monde sont des preuves trop légères pour affaiblir notre droit ; il est reçu dans l’Ordre et même dans toute l’Église, il est même reconnu par les écrivains étrangers.

[Certains saints de ces deux premiers siècles bénédictins ne sont pas au sens le plus strict « bénédictins ». En effet, à cette époque la plupart des monastères avaient leur propre règle de vie souvent composée de plusieurs règles écrites. La Règle de Saint Benoît va néanmoins s’imposer de plus en plus durant le 7ème siècle, notamment dans les monastères colombaniens semés à travers toute l’Europe.]

Les saints et les personnes illustres de l’Ordre de S. Benoît qui ont fleuri depuis l’année 480. jusqu’à l’année 580.

On ne doit marquer la naissance de l’Ordre de S. Benoît que presqu’à la fin du cinquième siècle de celle du Sauveur du monde. Et nous avons dit un mot de ses progrès jusqu’à la mort de son saint Patriarche. Nous avons dit aussi qu’en même temps notre Institut éclaira la France par les miracles et par la sainteté de saint Maur, et qu’il reçut aussi lui-même un éclat merveilleux dans ce grand Royaume. Car parmi un très-grand nombre de personnes de qualité qui abandonnèrent le monde et ce qu’il a de doux pour se donner à Dieu, Flore un des premiers Officiers de la Couronne et favori de son Prince, quitta tous ses avantages pour prendre notre habit. Ce fut encore en ce même temps qu’on bâtit en France et en Italie beaucoup de Monastères pour nos Religieux ; et que presque tous ceux qui étaient établis dans ces grandes provinces, quittèrent leurs Statuts et leurs manières de vivre, pour prendre la Règle de saint Benoît. Enfin ce fut durant ce premier siècle de notre Ordre et le sixième de Jésus-Christ, qu’un nombre infini de personnes de tous les âges, de tous les sexes et de toutes les conditions abandonnèrent le monde pour assurer leur salut en passant le reste de leur vie dans nos Monastères. Un des plus célèbres que je ne puis ne pas oublier, c’est le grand Cassiodore, lequel après avoir été Secrétaire d’état et pris tant de part au gouvernement de l’Empire sous trois divers Rois; après avoir été Consul et Sénateur, pour couronner sa vie par une heureuse fin, se soumit à la discipline de saint Benoît et fonda deux de nos Monastères : Hic primitus Consul, deinde Senator, ad postremum vero monachus extitit. Quelques Auteurs y ajoutent Denis le Petit, si célèbre pour le recueil qu’il a fait des Saints Canons. C’est tout ce que je dirai de ce premier siècle, qui a fourni assez de matière pour remplir plusieurs volumes. J’ai déjà parlé de la Mission de saint Placide et de nos premiers Martyrs.

Depuis l’année 580 jusqu’à l’année 680.

Ce second siècle de notre Ordre fut encore plus glorieux et bien plus utile à l’Église. Celui qui occupait dans son commencement la Chaire de saint Pierre et qui gouvernait toute l’Église était Pelage II. Ce grand pontife assembla plusieurs Conciles pour pourvoir aux présents besoins de la Religion. Des écrivains dignes de foi le font disciple de saint Benoît et Religieux de son Ordre: aussi eut-il un grand zèle pour notre Institut, qu’il favorisa à Rome et partout ailleurs. Il l’étendit et en multiplia les Maisons ; car quoique de son temps et même du vivant de saint Benoît, il y eut dans Rome des Monastères de l’Ordre, où nos Religieux vivaient avec une sainteté admirable; on y en bâtit encore d’autres de son temps : même les principales Églises de cette grande Ville furent données durant ce siècle à nos Solitaires, par la libéralité des Souverains Pontifes, du consentement du clergé.

Mais saint Grégoire le Grand surpassa tous ses prédécesseurs dans l’amour qu’il avait pour un Ordre, qu’il avait lui-même embrassé, et dans le zèle qu’il témoigna à le favoriser. Avant qu’il fut élevé au Souverain Pontificat, il fit de son propre Palais un Monastère, il y mit nos Religieux, et après cela il y entra lui-même et y fit profession. Rome servit d’exemple aux autres villes d’Italie, et à toutes les provinces de l’Empire. Car on bâtit partout de nouveaux Monastères, et on réforma les anciens, en y établissant l’observance de la Règle de saint Benoît: et dans tous ces saints lieux un nombre infini de Prélats, d’Abbés, d’Abbesses et de Solitaires très parfaits de l’un et l’autre sexe ont éclairé le monde par leur sainteté, par leur doctrine, par leurs miracles et par leurs grandes actions. Le Père Mabillon en rapporte une partie, après cent autres écrivains.

Je n’entreprends pas de nommer ici tous les grands Prédicateurs, que l’Ordre a produits durant ce siècle. Ce sont eux qui ont renversé l’idolâtrie et planté la foi de Jésus-Christ dans tant de nations et de provinces, qui les reconnaissent et qui les honorent comme leurs véritables Apôtres. D’un si grand nombre je ne nommerai que saint Omer et saint Amand, par qui les restes de la Gentilité furent arrachées en France et dans les Pays-bas. L’Angleterre fut éclairée par la lumière de l’Évangile, que saint Augustin, Saint Laurent, Saint Mélice, Saint Wilfried, et Cuthbert y répandirent. Et plusieurs provinces d’Allemagne reçurent la véritable Religion par les prédications de Winefride et de Rupert. Il ne faut pas douter que ces grands hommes, ces Solitaires zélés n’aient planté la profession monastique dans ces États avec la foi de Jésus-Christ. Car la France, qui avait déjà reçu dès le sixième siècle la vie religieuse par le ministère de S. Maur, fut dans celui-ci toute remplie et toute enrichie de Monastères de notre Institut dans toutes ses provinces par le zèle des saints Colomban, Eustase, Amand, Agile, et Philibert. Saint Fructueux et saint Ildefonse éclairèrent l’Église d’Espagne et étendirent notre Institut dans ce Royaume.

Prières

Oratio

Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut ad meliórem vitam sanctórum Monachórum exémpla nos próvocent ; quátenus, quorum solémnia ágimus, étiam actus imitémur. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, que les exemples des Saints Moines nous excitent à une vie meilleure, en sorte que nous imitions aussi les œuvres de ceux dont nous célébrons la fête. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prières de Dom Joseph Mège à Saint Benoît (1625-1691)

Pourquoi, Seigneur, avez-vous rendu Saint Benoît si admirable et si parfait ? Pourquoi l’avez-vous élevé au milieu de votre Église comme un astre brillant et comme un éclatant flambeau ? N’est-ce pas pour nous éclairer ? Et à quoi nous servira sa lumière, si vous ne nous donnez des yeux pour la voir et des forces pour faire le bien qu’il nous découvre ? Faites-nous donc, mon Dieu, cette faveur parfaite; et après nous avoir montré un modèle si accompli, faites que nous l’imitions parfaitement. Ainsi soit-il.

Esprit divin, Consolateur adorable, qui êtes la source infinie et féconde de toutes les grâces et de toutes les vertus, qui les possédez toutes dans votre indivisible unité, et qui les répandez et les partagez sans vous épuiser. C’est vous qui avez inspiré, et qui avez enrichi les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Prélats et les Vierges. C’est de votre plénitude que les Solitaires de tous les siècles, de toutes les nations et de tous les Ordres ont tiré leur esprit. Et c’est vous adorable Esprit du Père et du Fils, qui avez donné à Saint Benoît, par un privilège unique, l’esprit de tous les justes. Faites-moi part de cet Esprit de sainteté afin que je puisse partager la gloire des bienheureux dans le Ciel. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Exsúltet ómnium turba fidélium pro glória almi Patris Benedícti : læténtur præcípue catérvæ monachórum, celebrántes eius festa in terris, de cuius societáte Sancti congáudent in cælis.

Ã. Que toute l’assemblée des fidèles se réjouisse de la gloire accordée à notre auguste Père Benoît ; que les phalanges des moines surtout se livrent à la joie de célébrer sur terre la fête de celui que les saints sont heureux d’avoir pour compagnon dans le Ciel.

Antienne grégorienne “Exultet omnium”

Antienne Exultet omnium

Lundi 9 novembre (ReConfinement J11) : Dédicace de Saint Jean de Latran

Lundi 9 novembre (ReConfinement J11) : Dédicace de Saint Jean de Latran

Lundi 9 novembre (ReConfinement J11) : Dédicace de Saint Jean de Latran

La Punchline du Saint Ambroise

Il n’y a pas faute à être riche, mais à ne pas savoir user des richesses.

Des leçons des Matines de la Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur

Les rites que l’Église observe dans la consécration des temples et des autels, ont été institués par le Pape saint Sylvestre 1er. Bien que, depuis te temps des Apôtres, il existât des lieux dédiés à Dieu et appelés tantôt oratoires, tantôt églises, où, le Dimanche, se tenaient les assemblées et où le peuple chrétien avait coutume de prier, d’entendre la parole de Dieu et de recevoir l’Eucharistie, toutefois ces lieux n’étaient pas consacrés avec tant de solennité, et il ne s’y trouvait pas encore d’autel érigé en titre et oint du saint chrême, pour représenter Jésus-Christ, qui est notre autel, notre hostie et notre Pontife.

Ce fut quand l’empereur Constantin eut obtenu la santé et le salut par le sacrement du baptême, qu’il fut permis pour la première fois aux Chrétiens, par une loi de ce prince, de bâtir partout des églises ; et il les excita à la construction de ces édifices sacrés, non seulement par son édit, mais encore par son exemple. Il dédia, en effet, dans son palais de Latran, une église au Sauveur, tout près de laquelle il édifia aussi une basilique sous le nom de saint Jean-Baptiste, au lieu même où, baptisé par saint Sylvestre, il avait été guéri de la lèpre de l’infidélité. Ce Pape consacra l’église du Sauveur le cinquième jour des ides de novembre (9 novembre 324) ; et c’est de cette consécration qu’on célèbre aujourd’hui la mémoire, parce que c’est en ce jour que la première dédicace publique d’une église a été faite à Rome et que l’image du Sauveur apparut au peuple romain, peinte sur la muraille.

Si le bienheureux Sylvestre décréta dans la suite, en consacrant l’autel du prince des Apôtres, que l’on n’édifierait plus désormais d’autels qu’en pierre, et si cependant, celui de la basilique de Latran est en bois, il n’y a pas lieu de s’en étonner ; depuis saint Pierre jusqu’à Sylvestre, les Papes ne pouvaient, à cause des persécutions, résider en un lieu fixe : partout où la nécessité les poussait, soit dans les cryptes, soit dans les cimetières, soit dans les maisons de pieux fidèles, ils offraient le sacrifice sur cet autel de bois, qui était creux et en forme de coffre.

Basilique Saint Jean de LatranLa paix ayant été rendue à l’Église, saint Sylvestre le plaça dans la première église, qui fut celle de Latran, et, en l’honneur du prince des Apôtres, que l’on dit avoir offert le Saint Sacrifice sur cet autel, ainsi que des autres Pontifes qui, jusque-là, s’en étaient servis pour la célébration des Mystères, il ordonna qu’aucun autre que le Pape n’y célébrerait jamais la messe. La basilique du Saint-Sauveur, successivement endommagée par des incendies, dévastée, renversée par des tremblements de terre, fut restaurée avec grand soin puis reconstruite par les Papes. Le 28 avril 1726, le souverain Pontife Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, l’a consacrée solennellement et a décidé qu’on célébrerait en ce jour la mémoire de cette solennelle Dédicace. Selon ce que Pie IX avait projeté d’entreprendre, Léon XIII fit exécuter de grands travaux pour allonger et élargir le chœur du maître-autel, qui allait s’affaissant de vétusté ; il donna l’ordre de restaurer, selon les dessins antiques, les vieilles mosaïques, déjà réparées en beaucoup d’endroits, et de les transporter dans la nouvelle abside, magnifiquement construite et ornée ; il pourvut aussi à l’achèvement de l’ornementation du transept et à la réparation des caissons du plafond ; en 1884, il ajouta la sacristie, la demeure des chanoines et une galerie contiguë, menant au Baptistère de Constantin.

Zachée (Lc 19, 1-10) : Commentaire de Saint Ambroise

Nous ne voulons pas froisser les riches, voulant, s’il est possible, guérir tout le monde. Qu’ils apprennent qu’il n’y a pas faute à être riche, mais à ne pas savoir user des richesses : car les richesses, qui sont entraves pour les méchants, sont chez les bons ressources pour la vertu. Oui, le riche Zachée a été choisi par le Christ. Mais en donnant aux pauvres la moitié de ses biens, en remboursant même quatre fois ce qu’il avait frauduleusement dérobé car l’un des deux ne suffit pas, et les largesses n’ont pas de valeur si l’injustice subsiste, attendu qu’on ne demande pas des dépouilles mais des dons, il a reçu une récompense plus abondante que ses largesses. Et il est bien qu’on le signale comme chef des publicains : qui en effet pourrait désespérer de soi, quand celui-là même est arrivé, qui tirait son revenu de la fraude ? « Et il était riche », est-il dit : apprenez par là que les riches ne sont pas tous avares.

Comment se fait-il que l’Écriture n’a mentionné la taille d’aucun autre que celui-ci : « il était de petite taille ? » Voyez si par hasard il était petit par la malice, ou encore petit quant à la foi : car il n’avait encore rien promis quand il est monté ; il n’avait pas encore vu le Christ ; c’est donc vrai qu’il était encore petit. Aussi bien Jean est-il grand parce qu’il a vu le Christ, et l’Esprit reposant comme une colombe sur le Christ, ainsi qu’il le dit lui-même : « J’ai vu l’Esprit descendre comme une colombe et reposer sur Lui» (Io l, 32). Quant à la foule, n’est-ce pas la mêlée d’une multitude ignorante, qui ne pouvait voir les hauteurs de la Sagesse ? Donc Zachée, tant qu’il est dans la foule, ne voit pas le Christ ; il s’est élevé au-dessus de la foule, et il a vu : autrement dit, en dépassant l’ignorance populaire il a réussi à contempler celui qu’il désirait.

On a ajouté à propos : « Parce que le Seigneur devait passer en cet endroit », où était soit le sycomore, soit le futur croyant : il observait ainsi le mystère et semait la grâce ; car il était venu pour passer des Juifs aux Gentils. Ainsi il vit Zachée en haut : car désormais l’élévation de sa foi le faisait émerger parmi les fruits des œuvres nouvelles comme au sommet d’un arbre fécond. Zachée dans le sycomore, c’est le fruit nouveau de la saison nouvelle ; en lui aussi se réalise le texte : « Le figuier a donné ses premiers fruits » (Ct 2, 13) ; car le Christ est venu afin que les arbres donnent naissance non à des fruits, mais à des hommes. Nous lisons ailleurs : « Quand vous étiez sous le figuier, je vous ai vu » (Io 1, 48). Nathanaël est donc sous l’arbre, c’est-à-dire sur la racine car il est juste, et «la racine est sainte» (Rm 11, 16) mais enfin Nathanaël est sous l’arbre, parce que sous la Loi ; Zachée est sur l’arbre, parce qu’au-dessus de la Loi. L’un défend le Seigneur en secret, l’autre le prêche publiquement. L’un cherchait encore le Christ dans la Loi ; l’autre, déjà plus haut que la Loi, abandonnait ses biens et suivait le Seigneur.

Prières

Oratio

Deus, qui nobis per síngulos annos huius sancti templi tui consecratiónis réparas diem, et sacris semper mystériis repæséntas incólumes : exáudi preces pópuli tui, et præsta ; ut, quisquis hoc templum benefícia petitúrus ingréditur, cuncta se impetrásse lætétur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prière du Pape Pie XII (1876-1958)

Ô très auguste Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, qui, bien qu’infiniment heureuse de toute éternité en vous-même et par vous-même, daignez accepter avec bienveillance l’hommage qui s’élève de la création universelle jusqu’à votre trône sublime, détournez, nous vous en prions, vos yeux et vos oreilles de ces malheureux qui, ou aveuglés par la passion, ou poussés par des influences diaboliques, blasphèment abominablement votre Nom, celui de la très pure Vierge Marie et ceux des saints. Retenez, ô Seigneur, le bras de votre justice qui pourrait réduire à néant ceux qui osent se rendre coupables de tant d’impiété. Acceptez l’hymne de gloire qui sans arrêt s’élève de toute la nature : depuis l’eau de la source qui coule limpide et silencieuse jusqu’aux astres qui resplendissent et décrivent une orbite immense mus par l’amour, là-haut, dans les cieux. Acceptez en réparation le chœur de louanges montant, tel l’encens devant les autels, de tant d’âmes saintes qui marchent sans jamais dévier dans les sentiers de votre loi et s’efforcent d’apaiser votre justice offensée, par des œuvres assidues de charité et de pénitence ; écoutez le chant de tant d’âmes d’élite qui consacrent leur vie à célébrer votre gloire, la louange intarissable que l’Église vous adresse à toute heure et sous tous les cieux. Et faites qu’un jour les cœurs blasphémateurs soient convertis et que toutes les langues et toutes les lèvres s’unissent pour chanter, ici-bas, ce cantique qui résonne sans fin dans les chœurs des anges : Saint, Saint, Saint, est le Seigneur Dieu des armées ; les cieux et la terre sont pleins de votre gloire. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Domus mea domus orationis vocabitur.

Ã. Ma maison sera appelée maison de prière.

Antienne grégorienne “Domus mea”

Ã. Haec est domus domini firmiter ædificata bene fundata est super firmam petram.

Ã. Cette maison est celle du Seigneur, édifiée solidement, bien fondée sur une pierre solide.

Antienne grégorienne “Haec est domus Domini”

Antiennes

Dimanche 8 novembre (ReConfinement J10) : 23ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 8 novembre (ReConfinement J10) : 23ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 8 novembre (ReConfinement J10) : 23ème dim. après la Pentecôte

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Fidélité quotidienne et abandon confiant à la Providence divine donnent à la vie spirituelle son équilibre, sa stabilité, son harmonie.

Sermon

Lutte contre le péché et pratique des vertus

Deux miracles de Jésus (Mt 9, 18-26) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le Seigneur marchait au bord de la mer de Galilée, lorsque survint Jaïre, l’un des chefs de la synagogue,— peut-être celle de Capharnaüm. On appelait chefs de la synagogue les personnages plus considérés à qui était confié le soin de l’administrer et d’y présider aux réunions liturgiques. Cela n’entraînait d’ailleurs aucune fonction sacerdotale. Jaïre reconnaît sans peine le Seigneur, se prosterne à ses pieds, et le supplie avec instance de vouloir bien se rendre dans sa maison : « Seigneur, disait-il, ma petite fille, — elle avait douze ans environ, —ma fille unique, est à l’extrémité ; mais venez, imposez-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ! » Sans trop solliciter les paroles évangéliques, soulignons certains détails qui sembleraient indiquer, chez ce prince de la synagogue, une foi moins parfaite que celle du centurion. Il fait entendre mille supplications, ce qui s’explique, puisqu’il s’agit d’une enfant aimée ; mais enfin il est permis de reconnaître que, dans l’évangile, les formules les plus authentiques de la prière sont conçues habituellement d’une façon plus sobre : Vinum non habent ; — Domine, ecce quem amas infirmatur : un simple exposé tranquille et confiant. Jaïre ne paraît pas croire à l’action à distance ; pour lui, les guérisons ne se font que par application immédiate du charme ou du remède divin ; et alors que le centurion se proclamait indigne de recevoir le Seigneur dans sa maison, il veut, lui, que le Seigneur vienne : il ne sera rassuré qu’à cette condition. On peut bien supposer aussi que Jaïre montrait un empressement exigeant et fébrile, et qu’il comptait avec anxiété les moments de retard. Le Seigneur condescend néanmoins et le suit, sauf à mettre à l’épreuve, en cours de route, sa patience et sa foi. Car la multitude, toujours insatiable de miracles, se met à la suite du groupe des apôtres ; elle presse le Seigneur de toutes parts et retarde sa marche. Et voici qu’un incident se produit, qui arrête tout le cortège.

Guérison de l’hémorrhoïsse

Dans la foule se trouvait une femme qui, depuis douze ans, — l’âge de la petite malade, — souffrait d’une perte de sang. Nombre de médecins s’étaient occupés d’elle, lui avaient fait dépenser tout son bien, l’avaient fait beaucoup souffrir : comme tant d’autres, elle n’avait ressenti aucune amélioration des traitements variés et contradictoires ; même, elle se trouvait plus mal qu’au commencement ! Elle avait entendu parler de Jésus. Dieu lui avait inspiré une grande foi. Perdue dans la foule, elle suivait le Seigneur, et se tenait derrière lui, de manière à n’être pas même aperçue. Et sans oser prétendre, comme Jaïre, à une visite et à l’imposition des mains du Seigneur, elle se disait humblement, respectueusement : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. » Elle parvint jusqu’à Jésus et toucha la frange de son manteau. À l’instant même elle se sentit exaucée et tressaillit dans sa santé reconquise. Le Seigneur n’accomplissait pas de miracles inconscients ; il n’ignorait pas comment il venait de guérir cette femme, dont il avait lui-même provoqué la confiance : mais il tient à recueillir son témoignage, il veut qu’elle rende gloire à Dieu, qu’elle soit félicitée de son humble foi, peut-être aussi qu’elle soit une leçon pour Jaïre et pour les apôtres. Il s’arrête donc et institue une sorte d’enquête aimable.

Il connut aussitôt en lui-même, dit saint Marc, la vertu qui était sortie de lui ; et s’adressant à ceux qui l’entouraient, il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Saint Pierre et les disciples ne manquent pas de lui faire observer combien une telle question est étonnante : « Maître, vous voyez la foule vous presser, vous serrer de toutes parts, et vous demandez : Qui m’a touché ? » Chacun, en effet, note saint Luc, se défendait d’avoir touché le Seigneur d’une façon spéciale. Mais Jésus insistait : « Quelqu’un m’a touché : car j’ai eu conscience qu’une vertu était sortie de moi. » Et il regardait autour de lui, avec une feinte indécision, afin de reconnaître « celle » qui avait fait cela. Oui, tout le monde avait touché le Seigneur, matériellement : en réalité, une seule personne l’avait touché avec vénération, avec désir. La femme en avait bien conscience, elle, sachant parfaitement ce qui s’était accompli en elle. Peut-être, après son pieux délit, car son cas constituait une impureté légale, chez les Juifs (Lv 15, 25), peut-être avait-elle reculé un peu, afin de laisser à d’autres le premier rang : elle aurait voulu se dissimuler encore, mais le regard du Seigneur pesait sur elle. Se voyant découverte, elle vint, effrayée et tremblante de joie, tomber aux pieds du Seigneur ; et, devant le peuple entier, elle avoua toute la vérité. Et Jésus mit fin à la scène en lui disant : « Rassurez-vous, ma fille : votre foi vous a sauvée. Allez, demeurez en paix, et soyez guérie à jamais de votre mal. » Et depuis lors, en effet, la guérison fut complète.

Résurrection de la fille de Jaïre

L’inquiétude du chef de la synagogue augmentait à chaque minute, à chaque délai. Et le Seigneur finissait à peine de parler à l’hémorrhoïsse que l’on vint, de chez Jaïre, lui annoncer que c’était fini, qu’il était trop tard : « Votre fille est morte. À quoi bon importuner davantage le Maître ? » Au cœur du père, il restait une lueur pourtant, et il semble, d’après l’évangile, que sa prière continuât malgré tout. Le Seigneur eut pitié de ce chagrin ; il aida, d’une parole, la foi vacillante de Jaïre : « Ne craignez pas ; croyez seulement, et votre fille sera sauvée. » Venant après la récompense qu’avait obtenue la foi de l’hémorrhoïsse, cette parole n’était-elle pas mieux qu’un encouragement, presque une assurance ? On arrive enfin à la maison.

De tous ceux qui l’accompagnent et des apôtres eux-mêmes, le Seigneur ne prend avec lui que Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. Dans le vestibule et les premiers appartements, de la foule encore, des gens qui pleurent et poussent de grands cris, des joueurs de flûte : tout l’appareil tumultueux du deuil antique. « Pourquoi ce bruit et ces pleurs ? dit Jésus en entrant. Retirez-vous ! L’enfant n’est pas morte, elle dort. » Cette remarque était vraie, puisque le Seigneur allait réveiller la fille de Jaïre. Elle était faite d’un ton rapide, avec mystère, peut-être pour prévenir une poussée bruyante de la foule. Mais avant le miracle, pour des gens qui avaient été convoqués autour d’une mort trop réelle et trop constatée, la réflexion, sur les lèvres d’un homme qui survenait à l’improviste, prêtait au sourire. Les moqueries s’élevèrent. Le Seigneur ne s’en émut pas. Accompagné seulement du père et de la mère, ainsi que des trois disciples, il pénétra dans la chambre où était l’enfant. Et lui prenant la main, il dit : « Talitha, koumi ! » Saint Marc a tenu à reproduire la formule araméenne dont le Seigneur s’est servi ; elle signifie, ajoute-t-il pour ses lecteurs grecs : « Petite , levez-vous ! » Aussitôt , l’esprit revint en elle, elle se leva, et se mit à marcher : afin de fournir à son père et à sa mère une preuve surabondante de sa vie, afin de montrer comment le Seigneur l’avait guérie à la fois et de la mort et de toute faiblesse.

Les parents étaient hors d’eux-mêmes et saisis d’une grande stupeur, qui sans doute fit place aussitôt à des transports de joie et de reconnaissance. Mais le Seigneur écarta les remerciements en prenant la physionomie d’un bon médecin, qui songe à tout : « Votre enfant a faim, donnez-lui à manger. » Et il leur recommanda avec force de ne raconter à personne comment les choses s’étaient passées : c’est la prescription ordinaire, au cours du ministère galiléen ; c’est en même temps l’invitation à ne point faire de cette grande grâce la matière de vains bavardages. Mais il était difficile que le Seigneur fût pleinement obéi : ceux qui avaient vu l’enfant morte la contemplaient maintenant pleine de vie. Aussi, comme l’a noté saint Matthieu, le bruit de cette résurrection se répandit-il dans toute la contrée.

Prières

Oratio

Absólve, quæsumus, Dómine, tuórum delícta populórum : ut a peccatórum néxibus, quæ pro nostra fragilitáte contráximus, tua benignitáte liberémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Pardonnez, nous vous en supplions, Seigneur, les offenses de vos peuples ; afin que, par votre bonté, nous soyons délivrés des liens des péchés que notre fragilité nous a fait commettre. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prière de Dom Vital Lehodey (1857-1948)

Ô mon Dieu, je ne veux que vous plaire ; je désire le don d’oraison, l’esprit de mortification, toutes les vertus ; je vous les demande avec instance, et je vais travailler sans relâche à les acquérir. Cependant, vos adorables volontés seront constamment la règle de mes désirs même les plus légitimes et les plus saints. J’ai ma sanctification à cœur, autant que vous la voulez de moi, mais seulement dans la mesure, la forme et le temps qui vous conviennent. Je consens à être privé, autant qu’il vous agréera, de savoir s’il vous a plu de m’accorder ces grâces et cet avancement ; car je suis si misérable, que tout bien connu se tourne pour moi en poison, et que ces maudites complaisances d’amour-propre viennent souiller la pureté de mes œuvres presque à mon insu et malgré moi. Ainsi, mon Dieu, c’est moi-même qui vous lie les mains, et qui vous oblige à me cacher, par bonté, les grâces que votre Miséricorde vous porte à me faire. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Loquénte Iesu ad turbas, ecce, princeps unus accéssit et adorábat eum, dicens : Dómine, fília mea modo defúncta est : sed veni, impóne manum tuam super eam, et vivet.

Ã. Comme Jésus parlait à la foule, un chef de synagogue s’approcha, et se prosterna devant lui, en disant : Seigneur, ma fille est morte il y a un instant ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra.

Antienne grégorienne “Loquente Iesu ad turbas”

Ã. Si tetígero fímbriam vestiménti eius, salva esse pótero ab infirmitáte mea.

Ã. Si je touche la frange de son vêtement, je pourrai être soignée de mon infirmité.

Antienne grégorienne “Si tetigero”

Antiennes

Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

Jeudi 5 novembre (ReConfinement J7) : Anniversaire

La Punchline de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Dieu n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît d’appeler.

Sermon de Mgr Geert Stuyver pour les ordinations sacerdotales du 5 novembre 2005 à Verrua Savoia

“Magnificat anima mea Dominum” : Mon âme exalte le Seigneur.

Par ces paroles, mes chers amis, je m’adresse à vous pour exprimer ma grande joie à l’occasion de cette ordination à la prêtrise de deux diacres. Cet événement heureux et encourageant n’aurait pas eu lieu si on n’avait pas pu fêter cette année le 20ème anniversaire de l’Institut Mater Boni Consilii.

En effet, dès sa fondation, l’Institut Mater Boni Consilii a comme finalité primaire l’offrande quotidienne sur les autels de “l’oblatio munda”, c’est-à-dire du Saint Sacrifice, de la Sainte Messe qui est vierge de toute allégeance à Benoît XVI (hier Jean-Paul II) afin qu’il ne soit pas profané ni souillé. Il me semble que l’ouverture du séminaire Saint Pierre Martyr pour les candidats au sacerdoce était une conséquence logique de cette finalité primaire. Soyons reconnaissants aux fondateurs de l’Institut (et n’oublions pas Mgr Guérard des Lauriers) d’avoir eu la foi, le courage et la persévérance de continuer ce séminaire. Aujourd’hui, Dieu soit loué, nous voyons le fruit de cette œuvre : l’ordination de deux prêtres.  Bien sûr, c’est le petit nombre par rapport au nombre des candidats les jours d’ordination dans les diocèses d’autrefois. Mais Dieu ne compte pas les nombres, Il regarde l’intensité de notre Foi, de notre Espérance et de notre Charité.

“Sacerdos alter Christus”

Par l’imposition des mains et la préface consécratoire, les paroles de l’ange adressées à la Vierge Marie se réalisent à nouveau : “l’Esprit-Saint viendra sur vous et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre » (Lc 1, 35). Tout à l’heure, le Saint-Esprit enveloppera les deux élus et opèrera entre le Christ et eux une éternelle ressemblance.  Après cette cérémonie, ils seront des hommes transformés : “Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 109, 4). Cette ressemblance au Christ est produite dans l’âme du prêtre par le caractère sacerdotal. Ce caractère marque l’âme de l’empreinte ineffaçable de Jésus, Pontife suprême : il demeurera en lui pour l’éternité. Ce caractère consacre le prêtre au Christ en qualité de ministre. Il lui donne un pouvoir surnaturel. Le Christ le revêt de son pouvoir. Jésus opère efficacement par le ministère du prêtre. Vous avez certainement remarqué que pendant la Sainte Messe le prêtre ne dit pas : “Ceci est le Corps… est le Sang du Christ”, mais qu’il dit : “Ceci est mon Corps… ceci est mon Sang…”. Pourquoi ose-t-il dire cela ? En raison de son identification avec le Christ, le Pontife éternel. Au confessionnal il dit : “Ego te absolvo : Je vous absous”. Il ne fait pas appel à Dieu, il commande : “Ego, Je vous absous”. L’Église, en mettant sur les lèvres du prêtre cette formule sacrée, sait qu’il est un avec “le Christ qui opère avec lui et par lui”. Le prêtre est l’intermédiaire sacré entre la terre et le ciel. “Car tout pontife pris d’entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde Dieu » (Hbr 5, 1). Il est chargé des dons sacrés. Au Père, il offre Jésus immolé sacramentellement ; aux hommes, il fait part des fruits de la Rédemption, c’est-à-dire qu’il leur apporte les grâces et le pardon divins. Bien sûr, Jésus Lui-même sanctifie les âmes des élus, mais Il le fait par l’intermédiaire de ses prêtres. Du berceau au lit de mort, on trouve le prêtre qui tient la place du Christ.  Il est là comme dispensateur autorisé des trésors et des miséricordes de Dieu.

“Sacerdos alter Christus”, “le prêtre est un autre Christ”, dit l’adage. Il est le reflet parmi les hommes du sacerdoce du Fils. Ici-bas : rien au-dessus de l’excellence du sacerdoce. Faisons-nous donc une très haute idée de la dignité sacerdotale. Un jour d’ordination, saint François de Sales s’apercevait qu’à la porte de l’église un nouvel ordonné s’arrêtait comme s’il disputait avec quelqu’un d’invisible à qui passerait le premier. Le jeune prêtre avouait qu’il avait le bonheur de voir son ange gardien. “Maintenant, disait-il, il ne veut plus passer avant moi”.

“Innova in visceribus eorum spiritum sanctitatis”

Chers ordinands, de cette dignité résulte pour vous une grave obligation de tendre vers la perfection. Vous devez vous convaincre de la réelle sainteté à laquelle vous êtes appelés. Le saint Pape Pie X, dans son exhortation au clergé catholique, dit qu’entre le prêtre et un honnête homme quelconque, il doit y avoir autant de différence qu’entre le ciel et la terre; et pour cette raison, le prêtre doit prendre garde que sa vertu soit exempte de tout reproche, non seulement en matière grave, mais encore en matière légère. Votre devoir de tendre à la sainteté est une exigence de votre pouvoir sur le Corps et le Sang du Fils de Dieu. Vous serez les intimes de Jésus, les ministres de son sacrifice. Pensez-y souvent. Vous aurez la fonction de dispensateurs de la grâce. A ce titre, ne devez-vous pas vous-même, les premiers, être sanctifiés par elle ? Et enfin, les fidèles attendent de vous une leçon d’exemple. Si le prêtre prêche aux autres la loi du Christ, peut-il par sa conduite démentir la vérité qu’il enseigne ? N’oubliez jamais que vous ne cessez pas d’être prêtres en descendant de l’autel. Vous le serez partout et toujours. Comme Jésus, vivez l’esprit tourné vers les intérêts de Dieu.

Ne perdez pas courage. Le poids de tant de gloire, de tant de grâces et de tant de responsabilité ne vous accablera pas, car le caractère sacerdotal est aussi un foyer d’où jaillit une grâce surabondante, force et lumière. “Dieu est assez puissant pour augmenter sa grâce en toi”. Et Saint Paul dit : “J’ai confiance que Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la perfectionnera » (Phi 1, 6). Mes chers ordinands, Jésus est prêtre en raison de l’union hypostatique. Sa conception dans le sein virginal de Marie était son ordination. Sur le Cœur Immaculé de la Vierge Marie est fondé le sacerdoce catholique. Alors, il est tout à fait naturel que le prêtre se consacre au Cœur Immaculé de Marie. La Vierge Marie est la “domus aurea”, est la “maison d’or” du prêtre, elle est la mère du prêtre. “Dans les périls, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie” (St Bernard).

Je termine avec un souhait tiré du pontifical : “que la bonne odeur de vos vertus réjouisse l’Eglise de Jésus-Christ; que votre prédication et votre exemple édifient la maison de Dieu, c’est-à-dire ses enfants, si bien que pour avoir conféré ou reçu la charge d’un tel ministère, Dieu ne nous punisse pas mais nous récompense plutôt”.

Que la Mère du bon Conseil vous conseille et vous protège.

Prières

Exhoration de Saint Irénée de Lyon (130-202)

Si tu es l’ouvrage de Dieu, attends tout de sa main : livre-toi à Celui qui peut te modeler et qui fait bien toutes choses et reçois en toi la forme que le Maître Ouvrier veut te donner. Garde en toi cette humilité qui vient de la grâce, de peur que ta rudesse n’empêche le Seigneur d’imprimer en toi la marque de son doigt. C’est en recevant cette empreinte que tu deviendras parfait, et seul le Seigneur pourra faire une œuvre d’art avec cette pauvre argile que tu es. En effet, faire est le propre de la bonté de Dieu et Le laisser faire, c’est le rôle qui convient à ta nature d’homme.

Prière de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus pour les prêtres (1873-1897)

Ô Jésus, Éternel souverain Prêtre, gardez vos prêtres sous la protection de votre Sacré-Cœur, où personne ne peut leur faire de mal. Gardez sans tache leurs mains consacrées, qui touchent chaque jour votre Corps sacré. Gardez pures leurs lèvres, qui sont empourprées de votre Précieux Sang. Gardez pur et détaché leur cœur, qui est marqué du sceau sublime de votre glorieux Sacerdoce. Faites-les grandir dans l’amour et la fidélité envers vous ; protégez-les de la contamination de l’esprit du monde. Donnez-leur avec le pouvoir de changer le pain et le vin, le pouvoir de changer les cœurs. Bénissez leurs travaux par des fruits abondants, donnez-leur un jour la couronne de la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Prière de Pie XII pour les vocations (6 novembre 1957)

Seigneur Jésus, Souverain Prêtre et Pasteur universel, qui nous avez enseigné à prier en disant :  » Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson « , écoutez avec bienveillance nos supplications et suscitez en grand nombre des âmes généreuses, qui, animées par votre exemple et soutenues par votre grâce, aspirent à être les ministres et les continuateurs de votre vrai et unique sacerdoce. Faites que les embûches et les calomnies de l’ennemi mauvais, aidé par l’esprit indifférent et matérialiste de ce siècle, n’obscurcissent pas chez les fidèles la sublime splendeur et la profonde estime reconnues à la mission de ceux qui, sans être du monde, vivent dans le monde pour être les dispensateurs des divins mystères.

Faites que pour préparer de bonnes vocations, on continue toujours à donner à la jeunesse l’instruction religieuse, une formation à une piété sincère, à la pureté des mœurs et au culte du plus haut idéal. Faites que pour collaborer à cette œuvre la famille chrétienne ne cesse jamais d’être une pépinière d’âmes pures et ferventes, consciente de l’honneur de donner au Seigneur quelques-uns de ses nombreux rejetons. Faites que votre Église ait dans toutes les parties du monde les moyens nécessaires pour accueillir, favoriser, former et conduire à terme les bonnes vocations qui s’offrent à elle. Et pour que tout cela devienne une réalité, ô Jésus, qui désirez tant le bien et le salut de tous, faites que la puissance irrésistible de votre grâce ne cesse de descendre du ciel jusqu’à être dans de nombreux esprits tout d’abord un appel silencieux, puis une généreuse réponse, et, enfin, une persévérance dans votre service.

Ne souffrez-vous pas, Seigneur, de voir tant de multitudes, telles des troupeaux sans pasteur, sans personne qui rompe pour elles le pain de votre parole, qui leur présente l’eau de votre grâce, risquer ainsi d’être à la merci des loups rapaces qui les menacent continuellement ? Ne souffrez-vous pas de contempler tant de champs où ne s’est pas encore enfoncé le soc de la charrue, où croissent, sans que quelqu’un leur dispute le terrain, les chardons et les ronces ? N’éprouvez-vous pas de la peine à considérer tant de vos jardins, hier verts et touffus, près de jaunir et devenir incultes ? Permettrez-vous que tant de moissons déjà mures s’égrènent et se perdent, faute de bras qui les récoltent ?

Ô Marie, Mère toute pure, dont les mains pleines de pitié nous ont donné le plus saint de tous les prêtres ; ô glorieux Patriarche saint Joseph, exemple parfait de réponse aux appels divins ; ô saints prêtres, qui formez au ciel autour de l’Agneau de Dieu un chœur privilégié, obtenez-nous en grand nombre de bonnes vocations, afin que le troupeau du Seigneur, soutenu et guidé par des pasteurs vigilants, puisse arriver aux très doux pâturages de la félicité éternelle. Ainsi soit-il.

Chants

In spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur ad te Domine, et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ut placeat tibi Domine Deus.

En esprit d’humilité, et le cœur contrit, que nous soyons reçus par vous, Seigneur : et tel s’accomplisse notre sacrifice, qu’il soit reçu de vous en ce jour, et qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu.

Motet “In spiritu humilitatis”

par Luca Ricossa © 2005

Ã. Sacerdotes Dei, benedicite domino ; servi Domini, hymnum dicite Deo, alleluia.

Ã. Prêtres de Dei, bénissez le Seigneur ; serviteurs du Seigneur, chantez une hymne à Dieu, alleluia.

Antienne grégorienne “Sacerdotes Dei”

Antienne Sacerdotes Dei