Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Celui qui prie comme il le faut, avec humilité, confiance, persévérance, en demandant les biens nécessaires au salut, celui-là coopère au gouvernement divin.

Sermon

Mystique de l’Avent par Dom Guéranger

Le mystère de l’Avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c’est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.

« Dans le premier Avènement, dit saint Bernard au Sermon cinquième sur l’Avent, il vient en chair et infirmité; dans le second, il vient en esprit et en puissance; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second Avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »

Tel est le mystère de l’Avent. Écoutons maintenant l’explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois Avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’Évangile : Au milieu de la nuit un cri s’est fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient; cependant, ils ne savent pas d’où il vient ni où il va. Quand au troisième Avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement fut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second (De Adventu, Sermo III). »

Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l’Avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier Avènement. Elle emprunte pour cela les expressions enflammées des Prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres supplications. Dans la bouche de l’Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l’ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l’éternité, les prières de l’ancien peuple et celles de l’Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l’oreille de Dieu ; et c’est après les avoir toutes entendues et exaucées, qu’il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.

L’Église aspire aussi vers le second Avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l’Époux fait à l’Épouse. Chaque année cet Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des Fidèles de ce joug de servitude que l’ennemi voudrait faire peser sur elle (Collecte du jour de Noël). L’Église, durant l’Avent, demande donc d’être visitée par celui qui est son chef et son Époux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu’ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la Liturgie que l’Église emploie pour solliciter cet amoureux et invisible Avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a vingt siècles, visiter et sauver le genre humain, s’il ne revenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie surnaturelle dont le principe n’est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l’Époux ne satisfait pas l’Église ; elle aspire après le troisième Avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l’éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l’Époux : Voilà que je viens tout à l’heure (Apc 22, 20) ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus ! (ibid.) Elle a hâte d’être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complément du nombre des élus, pour voir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Époux. C’est donc jusque-là que s’étend la signification des vœux qu’elle a déposés dans la Liturgie de l’Avent ; telle est l’explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de l’Agneau, et l’Épouse s’est préparée (Apc 19, 7).

Mais ce jour de l’arrivée de l’Époux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des formidables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour « un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu’il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d’épouvante. » Ce n’est pas cependant qu’elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d’Épouse ; mais son cœur de Mère s’inquiète en songeant qu’alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n’y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la Liturgie de l’Avent, l’Église s’arrête si souvent à montrer l’Avènement du Christ comme un Avènement terrible, et choisit dans les Écritures les passages les plus propres à réveiller une terreur salutaire dans l’âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d’un sommeil de péché.

Tel est donc le triple mystère de l’Avent. Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d’exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et destinés à compléter ce qu’expriment les chants et les paroles.

Remarquons d’abord le nombre des jours de l’Avent. La quarantaine est la première forme qu’ait adoptée l’Église pour cette période; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l’Église Romaine et celles qui la suivent ont abandonnée, le quaternaire n’en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première Naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l’Hébreu et de la Vulgate.

Au temps de l’Avent comme en celui du Carême, les Noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l’attente du souverain Juge, ni les amis de l’Époux (Io 3, 29) de l’espérance qu’ils nourrissent chèrement d’être bientôt conviés aux Noces de l’éternité.

Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la Dalmatique, et le Sous-Diacre la Tunique. Autrefois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l’Église marque avec quelle vérité elle s’unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l’attente des nations (Gn 49, 10) ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second Avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu’ils se montrent touchés de la tendresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes (Prv 8, 31). Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l’Époux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu’à ce que la voix se fasse entendre qui dira: « Viens du Liban, mon Épouse ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur (Ct 5, 8) ».

Pendant l’Avent, l’Église suspend aussi, excepté aux Fêtes des Saints, l’usage du Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonæ voluntatis. En effet, ce chant merveilleux ne s’est fait entendre qu’en Bethléem sur la crèche de l’Enfant divin ; la langue des Anges n’est donc pas déliée encore ; la Vierge n’a pas déposé son divin fardeau ; il n’est pas temps de chanter, il n’est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !

De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient l’assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! Il les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l’Église craignait d’interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d’attente.

À l’Office de la Nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l’hymne de jubilation, Te Deum laudamus [l’office monastique le conserve cependant]. C’est dans l’humilité qu’elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l’heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout-à-coup, elle retrouvera sa voix d’action de grâces; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d’enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! Ô Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l’homme, vous n’avez point eu horreur du sein d’une faible Vierge ».

Dans les jours de Férie, avant de conclure chaque heure de l’Office, les Rubriques de l’Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l’Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.

Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c’est que le chant de l’allégresse, le joyeux Alleluia, n’est pas suspendu durant l’Avent, si ce n’est aux jours de Férie. À la Messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l’orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l’Église, dit assez que, tout en s’unissant à l’ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l’humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n’oublie cependant pas que l’Emmanuel est déjà venu pour elle, qu’il est en elle, et qu’avant même qu’elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l’union éternelle. Voilà pourquoi l’Alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.

Prières

Oratio

Excita, quæsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári : Qui vivis et regnas.

Oraison

Réveillez votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Sauveur, vous venez dans les ténèbres, et que les ténèbres ne vous comprennent pas. Oh ! faites que nos ténèbres comprennent la lumière et la désirent. Un jour viendra où vous déchirerez les ténèbres insensibles et volontaires, par l’éclair effrayant de votre justice. Gloire à vous en ce jour, ô souverain Juge ! mais gardez-nous de votre colère, durant les jours de cette vie mortelle. — Où frapperai-je maintenant ? dites-vous. Mon peuple n’est déjà plus qu’une plaie. — Soyez donc Sauveur, ô Jésus ! dans l’Avènement que nous attendons : Toute tête est languissante, et tout cœur désolé : venez relever ces fronts que la confusion et trop souvent aussi de viles attaches courbent vers la terre. Venez consoler et rafraîchir ces cœurs timides et flétris. Et si nos plaies sont graves et invétérées, venez, vous qui êtes le charitable Samaritain, répandre sur elles l’huile qui fait disparaître la douleur et rend la santé.

Le monde entier vous attend, ô Rédempteur ! venez vous révéler à lui en le sauvant. L’Église, votre Épouse, commence en ce moment une nouvelle année ; son premier cri est un cri de détresse vers vous; sa première parole est celle-ci : Venez! Nos âmes, ô Jésus, ne veulent pas non plus cheminer sans vous dans le désert de cette vie. Il se fait tard : le jour incline au soir, les ombres sont descendues : levez-vous, divin Soleil ; venez guider nos pas, et nous sauver de la mort.

Prière de Pierre de Blois (vers 1130-1212)

Ô Marie, qui peut dire vos louanges, qui peut parler de votre puissance ? Quoique les filles de Sion vous exaltent, que les reines vous louent, que l’assemblée des saints proclame votre gloire, tous ces honneurs et toutes ces louanges, comparés à votre félicité, sont comme une torche auprès du soleil, ou bien une goutte d’eau devant l’immense océan. Dans nos misères et nos angoisses, vous êtes aussi prompte que puissante à nous secourir. Vous êtes douce pour la bouche de ceux qui vous prient, douce dans les cœurs de ceux qui vous aiment, douce dans la mémoire de ceux qui vous invoquent. Tout sexe, tout âge, toute condition, toute tribu, toute langue, vous glorifient. Vous êtes la myrrhe choisie, la colonne de fumée aromatique, le bouquet de myrrhe de l’épouse, le pin qui étend sur nous ses rameaux de gloire et de salut. En tout et au-dessus de tout vous êtes bénie et la plus bénie ; la plus belle, la plus gracieuse, la plus glorieuse mère, la mère de Celui qui donne la grâce et la gloire, l’honneur et la vie éternelle, de Celui auquel tout honneur et toute gloire sont dus à jamais. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In illa die stillabunt montes dulcedinem et colles fluent lac et mel, alleluia.

Ã. En ce jour-là les montagnes distilleront la douceur, et les collines ruisselleront de lait et de miel, alleluia.

Antienne grégorienne “In illa die”

Antienne In illa die

Samedi 28 novembre (ReConfinement J30)

Samedi 28 novembre (ReConfinement J30)

Samedi 28 novembre (ReConfinement J30)

Annonce

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires de Messes des prochains dimanches (29 novembre et 6 décembre).

La Punchline de Saint Jean Climaque

Consultez votre conscience pour voir les taches de votre âme, comme vous consultez un miroir pour connaître celles de votre visage.

Le dernier avènement du Christ (Mt 24, 27-36) : commentaire de Dom Paul Delatte

Suite du commentaire de l’évangile de dimanche dernier.

Désormais, dans le texte évangélique, il ne sera plus question que des derniers temps du monde. Si le Seigneur greffe, sans transition, sur l’annonce de la destruction de Jérusalem, qui est son premier avènement comme justicier, la prédiction de son second avènement comme juge universel, ce n’est pas simplement à raison de l’intérêt infini que présente pour le Seigneur et pour nous, cette Parousie dernière ; ni seulement à raison du devoir rigoureux de la vigilance que le Seigneur ne cessera dorénavant de nous rappeler : c’est surtout à raison de la symétrie historique des deux avènements. Dieu n’a qu’un plan unique et une même pensée qui se poursuit. Seulement, dans le développement de ce plan providentiel, il y a des moments historiques divers, offrant entre eux des symétries singulières, comme pour nous avertir que le cours des choses ne va pas au hasard.

Puis, au regard de Dieu et de ses prophètes, cette marge du temps où se développe le dessein providentiel, si longue qu’elle nous paraisse, n’est en réalité que fort peu de chose : le loisir nécessaire pour la sanctification des élus. Tout l’Ancien Testament est en raccourci dans la préparation du Sauveur, qui est venu « en la plénitude des temps ». Tout le Nouveau se résume dans le mystère du Christ et son développement régulier. Le temps ne dure que pour cela. Cela seul a pour nous de l’intérêt. Les événements et la durée des siècles où ils se déroulent n’ont de valeur réelle qu’en relation avec le mystère du Christ.

L’avènement suprême du Seigneur

L’avènement suprême du Seigneur se distinguera de l’avènement de justice en Jérusalem par son caractère soudain, inattendu, universel. Les faux prophètes vous diront, à certains moments de l’histoire: « Le Christ est ici, le Christ est là… », ne les écoutez pas ; mais lorsque le Christ se présentera à cette dernière heure du temps, il n’y aura nulle place à l’hésitation. Comme la lueur de l’éclair, jaillie de l’orient, brille jusqu’à l’autre extrémité du ciel, ainsi aura lieu l’apparition du Fils de l’homme. Et nul n’aura besoin d’invitation pour se grouper autour de lui : tous accourront, comme les aigles à leur proie, d’un vol rapide. — Nous avons rencontré déjà les comparaisons des versets 27 et 28 de saint Matthieu au chapitre 17 de saint Luc, où elles font partie d’un discours du Seigneur relatif surtout, semble-t-il, à la fin des temps.

« Aussitôt après la tribulation de ces jours », écrit saint Matthieu (29); « en ces jours-là, après cette tribulation… », écrit saint Marc (24). Il s’agit, non des jours de Jérusalem, mais des derniers jours du monde. Chacun des deux avènements de justice doit avoir sa préparation douloureuse. Comme la période mosaïque s’achèvera dans la tribulation, avant que ne brillent de tout leur éclat les jours du Messie ; ainsi les temps messianiques eux-mêmes s’achèveront dans une tribulation plus large et plus universelle ; féconde, elle aussi, puisqu’elle donnera naissance au « siècle futur », au « monde à venir », comme disaient les Juifs. Quand les épreuves suprêmes auront préparé les âmes, alors aura lieu le passage du temps à l’éternité. Il est décrit en style biblique.

Le soleil s’obscurcira, la lune refusera sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, les vertus ou puissances des cieux (les astres) seront ébranlées. Ces images, empruntées aux prophètes, nous font songer à une théophanie, ou manifestation grandiose de la puissance divine, avec les phénomènes précurseurs d’un grand désastre (Is 13, 10 ; Ez 32, 7-8 ; Am 8, 9-10 ; etc.). La description peut avoir un sens symbolique. Il peut se faire aussi que, dans la réalité, des désordres physiques accompagnent et intensifient les détresses des derniers temps : le monde matériel et le monde moral sont parfois conjugués. Ce qui sera sans doute plus terrible que les cataclysmes matériels ce sera l’obscurcissement de la lumière surnaturelle et de la raison elle-même ; ce sera la méconnaissance de l’autorité de l’Église ; la chute des étoiles, c’est-à-dire la défection de ceux qui étaient la lumière des pénibles et leur distribuaient la doctrine et l’enseignement. L’ordre physique est maintenu par les puissances célestes, qui font la régularité des saisons et encadrent les vies humaines dans un système assuré et stable : l’ébranlement des vertus des cieux est le symbole de l’ordre social déconcerté, le prélude de cette période où les éléments, jusqu’alors groupés harmonieusement, entrent en guerre les uns avec les autres et s’entredétruisent. Sur la terre, ajoute saint Luc, l’angoisse étreindra les peuples, au bruit de la mer et des flots soulevés ; les hommes sécheront d’effroi, dans l’appréhension de ce que va devenir l’univers.

Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme, et alors aussi « toutes les tribus de la terre » (tous les impies) se lamenteront et se frapperont la poitrine (Zac 12, 10-14; Apc, 1, 7). Quel est ce signe, dont parle le seul saint Matthieu; la croix resplendissante du Seigneur, dit-on assez généralement et la Liturgie nous fait chanter: Hoc signum crucis erit in cælo cum Dominus ad iudicandum venerit. Et tous verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, en grande puissance et majesté (Dn 7, 13-14). Il est le roi des anges comme des hommes : il enverra donc ses anges, ses messagers ; et au son de la grande trompette dont parlait Isaïe (27, 13 ; cf. 1 Cor 15, 52 ; 1 Thes 4, 15-16), ils lui réuniront ses élus des quatre points cardinaux, a quatuor ventis, d’un bout du ciel à l’autre bout (Dt 30, 4 ; Zac 2, 6), « de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel », selon le texte de saint Marc. À cette heure suprême, ses élus lui viennent, non pas seulement de la Palestine et de la Diaspora, mais du monde entier.

Lorsque ces choses commenceront à se réaliser, dit le Seigneur en saint Luc, prenez courage et levez la tête, car votre délivrance approche ; l’heure de la pleine rédemption est venue. (Cf. Rom 8, 18-25.) Le contraste est absolu entre l’épouvante des méchants et l’attitude des fidèles, de tous ceux qui jusqu’alors « cachés en Dieu avec le Christ, vont apparaître avec lui en gloire » (Col 3, 3-4); de tous ceux qui, après tant d’épreuves et une si longue attente, saluent enfin le lever « du Jour » : Exspeclantes beatam spem et adventum gloriæ magni Dei et Salvatoris nostri Iesu Christi (Tit 2, 13).

Que nul ne connait le jour de la Parousie

Instruisez-vous, dit le Seigneur, par la comparaison tirée du figuier, recueillez la leçon cachée qu’il vous donne. Lorsque vous voyez le figuier, et, du reste, tous les arbres, ajoute saint Luc, se couvrir de branches tendres et flexibles et pousser des feuilles, vous savez, à n’en pas douter, que la saison chaude est voisine. De même, lorsque vous verrez tous ces événements précurseurs s’accomplir, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il se tient à la porte, prêt à consommer le mystère du Royaume de Dieu. Il y a liaison naturelle et nécessaire entre ces phénomènes et la venue du Christ. « En vérité, je vous le dis : cette génération ne passera pas que toutes ces choses n’arrivent. » Le souci de la continuité nous oblige à penser que le Seigneur parle ici des derniers événements du monde. Mais il nous reste à expliquer comment cette génération ne passera pas avant d’avoir constaté l’accomplissement de toutes ces choses.

Les contemporains du Seigneur, generatio hæc, n’auront pas tous disparu avant la ruine de Jérusalem, dont on n’était séparé que d’une trentaine d’années. En voyant que tout s’est passé pour le premier avènement, type et garantie prophétique du second, exactement comme Jésus l’avait annoncé, les fidèles comprendront que doit se réaliser la prophétie tout entière et ils se prépareront à l’acte final. — Mais l’expression generatio hæc peut avoir un sens plus étendu et signifier la continuité persévérante de la race et de la nation. La nation juive, malgré ses malheurs et sa dispersion, demeure très reconnaissable à travers les siècles : elle est un témoin de Dieu qui ne meurt pas. Elle dure, pour être finalement recueillie par le Seigneur. Figuier stérile et maudit ; mais pourtant, après un long hiver, et par un dessein de la toute-puissance et de la miséricorde divines, cet arbre desséché donnera de nouveau des rameaux et des fruits. À ce signe encore, les fidèles reconnaîtront que le règne éternel de Dieu est proche (Rom 11, 15).

Cælum et terra transibunt, poursuit le Seigneur, verba autem mea non præteribunt. Il était malaisé de persuader alors à des Juifs que Jérusalem serait bientôt anéantie. D’autre part, on pouvait craindre que fussent oubliées ou travesties les paroles du Seigneur touchant son second avènement de justice. Les hommes, nous le voyons dans la seconde épître de saint Pierre (3, 1-13), s’étonnent volontiers des lenteurs de Dieu ; ils en abritent leur incrédulité : « Est-ce que toutes choses, disent-ils, ne se sont pas passées de la même manière depuis la création? Les temps suivent leur marche uniforme et indifférente, en dépit de l’épouvantail lointain d’un jugement dont l’échéance recule toujours… » Il était bon enfin de créer au cœur des fidèles une invincible espérance. Aussi, le Seigneur affirme-t-il solennellement la certitude de ses promesses : le ciel et la terre passeront, car il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle : mes paroles ne passeront point (Mt 5, 18 ; Lc 16, 17). Voilà bien l’accent de Dieu, l’accent de la toute-puissance et de la fidélité.

Quant au jour et à l’heure exacte de ce second avènement, nul n’en sait rien : ni les anges des cieux, — ni même le Fils, dit saint Marc, — mais le Père seul. C’est un secret que Dieu se réserve. Et erit dies una, quæ nota est Domino (Zac 14, 7). Gardons-nous pourtant de supposer que Jésus, en tant que Fils de Dieu, l’ignore ; il le sait même en tant qu’homme, car, selon la théologie, la science créée du Seigneur était parfaite. Mais il n’a pas reçu mission de nous révéler un secret qu’il ne nous est aucunement utile de connaître ; il ignore en tant que messager et médiateur entre son Père et nous (Cf. saint Thomas, S. Th., IIIa, q. X, a. 2, ad 1). « Non est vestrum nosse tempora vel momenta quæ Pater posuit in sua potestate », dira le Seigneur quelques instants avant l’Ascension (Act 1, 7). Si les anges savent, ils n’ont pas, eux non plus, à nous faire part de leur science.

Et l’on comprend bien que si le Père tout seul est ici mentionné, ce n’est point avec l’intention d’exclure les deux autres Personnes, mais à raison de la condition éminente de la première, et parce qu’il s’agit d’une question qui intéresse la seule souveraineté du gouvernement divin. C’est ainsi que le Seigneur a pu répondre aux fils de Zébédée : « Sedere autem ad dexteram meam vel sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Patre meo » (Mt 20, 23). Il y a un jour, une heure que Dieu a fixés ; lorsque les vrais signes précurseurs se produiront, les fidèles comprendront que le Fils de l’homme frappe à la porte ; mais d’ici là nul ne saurait déterminer une date, et toutes les conjectures sont vaines. Aussi bien, cette incertitude même est-elle un stimulant et un perpétuel encouragement pour les générations chrétiennes ; car une seule chose importe : se tenir prêt toujours.

Prières

Oratio

Concéde nos fámulos tuos, quæsumus, Dómine Deus, perpétua mentis et córporis sanitáte gaudére : et, gloriósa beátæ Maríæ semper Vírginis intercessióne, a præsénti liberári tristítia et ætérna pérfrui lætítia. Per Dóminum.

Oraison

Seigneur, notre Dieu, accordez, s’il vous plaît, à nous vos serviteurs, de jouir d’une perpétuelle santé de l’âme et du corps ; et grâce à la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, d’être délivrés des tristesses du temps présent, puis de goûter les joies éternelles.

Prière du Pape Clément XI (1649-1721)

Ô mon Dieu, je crois en vous, mais fortifiez ma foi ; j’espère en vous, mais affermissez mon espérance ; je me repens d’avoir péché, mais augmentez mon repentir. Je vous désire comme ma fin dernière ; je vous loue comme mon bienfaiteur continuel ; je vous invoque comme mon souverain défenseur. Mon Dieu, dirigez-moi par votre sagesse, contenez-moi par votre justice dans la ligne de mes devoirs, consolez-moi par votre miséricorde, et protégez-moi par votre puissance. Je vous consacre, mon Dieu, mes pensées, mes paroles, mes actions, mes souffrances, afin que désormais je ne pense qu’à vous, je ne parle que de vous, je n’agisse que selon vous et je ne souffre que pour vous. Seigneur, je veux ce que vous voulez, parce que vous le voulez, comme vous le voulez et autant que vous le voulez. Je vous prie d’éclairer mon entendement, d’embraser ma volonté, de purifier mon corps et de sanctifier mon âme. Mon Dieu, aidez-moi à expier mes offenses passées, à surmonter mes tentations à l’avenir, à corriger les passions qui me dominent, à pratiquer les vertus propres à ma condition. Accordez-moi, Dieu de bonté, la grâce de vous aimer et de me haïr moi-même, d’être plein de zèle pour mon prochain et de mépris pour le monde. Que je m’applique à obéir à mes supérieurs, à secourir mes inférieurs, à être fidèle à mes amis et indulgent à mes ennemis. Que j’étouffe la volupté par la mortification, l’avarice par l’aumône, la colère par la douceur, la tiédeur par la dévotion. Mon Dieu, rendez-moi prudent dans les entreprises, courageux dans les dangers, patient dans les traverses et humble dans les succès. Faites, Seigneur, que je sois attentif dans mes prières, sobre dans mes repas, exact dans mes emplois et ferme dans mes résolutions. Seigneur, inspirez-moi le soin d’avoir toujours une conscience droite, un extérieur modeste, une conversation édifiante et une conduite régulière. Que je m’applique sans cesse à dompter la nature, à seconder la grâce, à garder vos commandements et à mériter le salut. Mon Dieu, découvrez-moi quelle est la petitesse de la terre, la grandeur du ciel, la brièveté de la vie et la longueur de l’éternité. Faites que je me prépare à une bonne mort et à la crainte de votre jugement ; faites que j’évite l’enfer et que j’obtienne le paradis. Je vous demande toutes ces grâces, ô mon Dieu, par l’intercession de la sainte vierge, de mon saint patron, et le suffrage de l’Église universelle. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ecce ancílla Dómini : fiat mihi secúndum verbum tuum.

Ã. Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.

Antienne grégorienne “Ecce ancilla Domini"

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Annonce

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires de Messes des prochains dimanches (29 novembre et 6 décembre).

La Punchline de Saint Colomban

La mortification consiste donc en trois points : exclure de son esprit la discorde, ne pas laisser sa langue dire ce qui lui plaît, n’aller nulle part sans permission.

Les deux premiers points se comprennent aisément : mortifier notre esprit en renonçant à notre jugement propre, facteur de discorde ; mortifier notre langue… et nos doigts tapotant, trop souvent sans mesure, sur les claviers et écrans. Enfin, le 3ème point s’adresse surtout aux moines… ou aux confinés que nous sommes !

Saint Colomban, Abbé de Luxeuil

Vers la fin du 6ème siècle, un souffle puissant, venu d’Irlande, passa sur la Gaule mérovingienne. Après y avoir tourbillonné pendant une vingtaine d’années, il s’éloigna vers l’Est, passa les Alpes et descendit en Italie. Ce cyclone, qui remua bien des choses dans l’Église et dans la société, est celui du moine Colomban. À une chrétienté rongée par le péché et entourée de peuples encore païens, ce moine celte apportait les « remèdes de la pénitence », comprise de façon neuve, et le zèle missionnaire. La jeune foi de l’Irlande, un vigoureux idéal de renoncement, une observance monastique sans compromission faisaient la force de ce barbare cultivé, capable de bâtir autant que de prêcher. Intransigeant et obstiné, non moins attaché à son particularisme irlandais qu’à l’Évangile universel qu’il annonçait, il se heurta aux rois et aux évêques, subit persécution et bannissement, mais sa sainteté s’imposa à tous et son œuvre prospéra par l’épreuve.

Saint Colomban est né en Irlande vers 540. Tout jeune, il entendit l’appel de Dieu et entra à Cluain-Inis où il fut formé par Sinell, disciple de Saint Finian de Clonard, puis au monastère de Bangor que venait de fonder Saint Comgall. C’est pour participer, lui aussi, à la « peregrinatio pro Christo », chère aux Irlandais, qu’il quitta son pays pour débarquer en Gaule avec ses douze disciples.

Notre pays, dévasté et pillé un siècle plus tôt, présentait à tous égards un aspect pitoyable. La plupart des habitants avaient été massacrés et le paganisme régnait de nouveau presque partout. Les anciens monastères ou évêchés avaient survécus, mais que restait-il vraiment du souvenir de saint Jean de Réomé, Saint Honorat, Saint Germain ou Saint Martin ? La Règle de Saint Benoît, mort quelques années auparavant, n’avait pas encore pénétré en Gaule.

Il y avait alors un vaste désert nommé Vosges où se trouvait un poste militaire en ruine depuis longtemps, auquel une tradition ancienne donnait le nom d’Annegray. Arrivé là, le Saint s’y installa avec les siens. Il se contentait d’un peu de nourriture pour subsister, se souvenant de la parole de Notre Seigneur selon laquelle l’homme ne vit pas seulement de pain, mais se rassasie de la parole de Dieu. Le monastère d’Annegray devenant trop petit par suite de l’affluence des vocations, saint Colomban songea qu’il fallait chercher dans ce même désert un autre emplacement pour y construire un Monastère. Il obtint du roi Childebert la concession des ruines de Luxovium, situées alors à l’extrémité de l’épaisse forêt de la « Vôge », peuplées uniquement de bêtes sauvages. Plus tard encore, l’affluence des novices obligea Saint Colomban à une nouvelle fondation, celle de Fontaine, mais Luxeuil fut la résidence habituelle du saint Abbé. Luxeuil demeure le centre et l’âme de l’institut colombanien.

Gontran, roi de Bourgogne, avait attiré Saint Colomban dans ses terres, ce fut son petit neveu Thierry qui joua le rôle le plus important dans la vie de notre Saint. Les mœurs de Thierry, comme celles de la plupart des princes francs, étaient libres. Brunehaut, son aïeule, dont l’ambition redoutait une rivale, ne lui permit point de contracter un légitime mariage et encouragea les désordres du jeune prince. Saint Colomban ne put supporter cela, ce qui déplût très fort à Brunehaut qui en conçut une haine terrible pour l’apôtre et finalement obtint du roi sa condamnation à l’exil. Le dessein de Thierry avait été de renvoyer Saint Colomban en Irlande, d’où il était venu. Mais à Nantes, le vaisseau qui devait le rapatrier, lui et ses compagnons, fut rejeté pendant trois jours sur la plage: finalement, on laissa Saint Colomban en liberté. Il se rendit successivement à Soissons, puis à Metz. Colomban rêvait dès lors d’une vie de prédication tout apostolique : il s’embarqua sur le Rhin, pénétra en Suisse et demeura quelques temps dans la région de Bregenz sur le lac de Constance, où il établit une Abbaye. De là, il passa finalement les Alpes et entra en Lombardie où le roi Agilulfe lui donna les terres de Bobbio dans une gorge des Apennins. C’est là qu’il fit sa dernière fondation monastique et mourut le 21 ou le 23 novembre 615. Il est fêté le 27 novembre dans le diocèse de Besançon.

La Regula Monachorum nous dit, entre autre, que l’on doit « chaque jour prier, chaque jour jeûner, chaque jour travailler, chaque jour lire ». Cela nous donne une idée de la vie quotidienne de nos premiers moines, et il n’est pas douteux que Saint Colomban ait institué de véritables cours, destinés à enseigner la lecture, l’écriture, le dessin, les lettres, l’étude de la Bible et des Pères de l’Église. N’avait-il pas, lui-même, composé un Commentaire sur les Psaumes et plusieurs traités concernant le chant et l’enseignement ?

À cette école seront formés : Saint Cagnoald, qui deviendra évêque de Laon ; Saint Attale, qui succèdera au maître à Bobbio ; Saint Ermenfroy, futur évêque de Verdun ; Saint Potentin, le fondateur de Coutances ; Saint Desle, qui établira Lure ; Saint Gall qui donnera son nom au célèbre monastère suisse ; Saint Sigisbert, qui fondera Disentis dans les Alpes ; Saint Valéry, le premier abbé de Sithiu, et tant d’autres… Malgré l’exil forcé de Saint Colomban, en 612, ordonné par le roi Thierry et la reine Brunehaut, l’école fut maintenue, grâce à deux abbés remarquables : saint Eustaise (612-629) et surtout saint Valbert (629-670), qui introduisit la Règle Bénédictine. Nous y trouverons de nouveaux élèves : Saint Amé, fondateur de Remiremont ; Saint Donat, évêque de Besançon ; Saint Eloi, le célèbre orfèvre, fondateur de Solignac ; Saint Faron, évêques de Meaux ; saint Achaire à Noyon ; Saint Leudemond à Sion ; Saint Philibert à Jumièges ; Saint Germain, abbé de Moutier-Grandval ; Saint Ouen à Rouen, et toute une pléiade de saints, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Luxeuil s’est donc épanoui comme un chef d’ordre et fut véritablement, selon le mot de Dom Grappin, le dernier savant de l’Abbaye, « l’école de toutes les sciences, l’académie des grands hommes, le modèle de tous les monastères de France ».

Saint Colomban peut être regardé comme un des plus grands moines ; son œuvre fut immense. Tous les monastères colombaniens adoptèrent par la suite la Règle de Saint Benoît. Toute notre région, et même l’Europe entière lui doivent la Foi.

R. P. Valbert-Marie Verrier (†2011)

De la Discrétion ou juste mesure vertueuse : extrait de la Règle de Saint Colomban

Combien la discrétion est nécessaire, l’égarement de beaucoup le fait voir et la ruine de certains le démontre. Ils ont commencé sans discrétion et, faute de science pour les diriger, ils ont été incapables de mener jusqu’au bout une vie louable. Car, de même que l’erreur égare ceux qui marchent sans suivre un chemin, de même, pour ceux qui vivent sans discrétion, la démesure est inévitable, et celle-ci est toujours contraire aux vertus, qui se situent au milieu, entre deux excès contraires. Passer la mesure, c’est rencontrer fatalement le danger, puisque, le long du droit sentier de la discrétion, nos adversaires placent les pierres d’achoppement du mal et les embûches de toutes sortes d’erreurs. On doit donc prier Dieu continuellement qu’il dispense la lumière de la vraie discrétion pour illuminer ce chemin bordé de chaque côté des épaisses ténèbres du monde, de telle sorte que ses vrais adorateurs soient capables de traverser cette obscurité, sans s’égarer, jusqu’à lui.

La discrétion tire donc son nom de « discerner », car c’est elle qui discerne en nous entre bien et mal, et aussi entre moyens et fins. Depuis le début, après que le mal eut commencé d’exister, du fait du démon, par la corruption du bien, les deux catégories, à savoir les biens et les maux, ont été séparées comme la lumière et les ténèbres, mais Dieu, qui opéra la séparation, avait d’abord donné la lumière (Gn 1, 3-4). Ainsi le pieux Abel choisit le bien, tandis que l’impie Caïn tombait dans le mal (Gn 4, 1-8).

Dieu a fait bon tout ce qu’il a créé (Gn 1, 31), mais le diable est venu y semer le mal (Mt 13, 24-30), avec sa ruse perfide et la suggestion sournoise de sa périlleuse flatterie (Gn 3, 1-5). Quels sont donc ces biens ? Ceux qui sont restés inviolés et intacts, tels qu’ils avaient été créés. Dieu seul les a créés et « préparés », suivant l’Apôtre (Eph 2, 10), « pour que nous y marchions ; ce sont les œuvres bonnes dans lesquelles nous avons été créés dans le Christ Jésus » : bonté, pureté, piété, justice, vérité, miséricorde, charité, paix qui procure le salut, joie spirituelle, avec le fruit de l’Esprit (Ga 5, 22) — toutes ces choses, avec leurs fruits, sont bonnes.

Et voici les maux qui en sont le contraire : malice, corruption, impiété, injustice, mensonge, avarice, haine, discorde, amertume, avec les multiples fruits qui en proviennent. Innombrables, en effet, sont les rejetons engendrés par ces deux contraires, à savoir le bien et le mal. Ce qui s’écarte de la bonté et de l’intégrité de la création, voilà le premier mal, à savoir l’orgueil de la malice première. Son contraire est l’humble estimation d’une pieuse bonté, qui reconnaît son Créateur et le glorifie, ceci constituant le premier bien d’une créature raisonnable. C’est ainsi que tout le reste s’est développé peu à peu dans les deux sens en un immense foisonnement de noms.

Dans ces conditions, il faut s’en tenir fortement au bien, en recevant le secours de Dieu, qu’il faut sans cesse demander par la prière, tant dans le succès que dans l’adversité, afin d’éviter l’enivrement de la vanité dans le succès et la chute dans le découragement au sein de l’adversité. Il faut donc se garder sans cesse de ce double danger, c’est-à-dire de tout excès, par une noble tempérance et une véritable discrétion, qui se maintienne dans l’humilité chrétienne et ouvre le chemin de la perfection aux vrais soldats du Christ. Cela revient à toujours discerner avec rectitude dans les cas douteux et à savoir distinguer en toutes circonstances le bien du mal, soit entre biens et maux extérieurs à nous, soit en nous-mêmes entre corps et âme, soit entre actes et habitudes, entre activité et repos, entre vie publique et privée.

Quant aux maux, on doit pareillement s’en garder : orgueil, envie, mensonge, corruption, impiété, mauvaises mœurs, gourmandise, fornication, cupidité, colère, tristesse, instabilité, vaine gloire, élèvement, médisance. Et maintenant les biens des vertus qu’il faut rechercher : humilité, bienveillance, pureté, obéissance, abstinence, chasteté, libéralité, patience, joie, stabilité, ferveur, ardeur au travail, vigilance, silence. Tout cela, par la force d’âme qui fait supporter et la tempérance qui modère, est à mettre sur les plateaux de la discrétion comme dans une balance, pour y peser nos actes habituels selon les possibilités de nos efforts, dans la recherche continuelle de ce qui suffit. Si le suffisant ne suffit pas, il ne fait de doute pour personne que l’on a passé la mesure de la discrétion, et tout ce qui dépasse cette mesure est manifestement vicieux.

Entre le trop et le trop peu, la juste mesure se trouve donc au milieu. Sans cesse elle nous détourne de tout ce qui est superflu d’un côté ou de l’autre. Introduite en toute chose, elle procure partout le nécessaire et refuse les caprices déraisonnables d’une volonté superflue. Cette mesure de la vraie discrétion, en pesant tous nos actes à leur juste poids, ne nous permettra jamais de nous écarter de ce qui est juste, et si nous la suivons toujours tout droit, à la manière d’un guide, elle ne nous laissera pas nous égarer. Car s’il faut toujours se garder de part et d’autre, selon le mot de l’Écriture : « Gardez- vous à droite et à gauche » (Dt 5, 52), il faut toujours marcher droit par la discrétion, c’est-à-dire par la lumière de Dieu, en répétant souvent et en chantant le verset du Psalmiste victorieux : « Mon Dieu, illumine mes ténèbres, car c’est par toi que j’échapperai à la tentation » (Ps 17, 29-30). En effet, « la vie de l’homme sur terre est une tentation » (Jb 7, 1).

Prières

Oratio

Deus, qui Beáti Columbáni præcéptis et exémplis innúmeros ad perfectiónem evangélicam elevásti : accénde, quæsumus, in nobis ardens sanctitátis desidérium. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez élevé d’innombrables âmes à la perfection évangélique par les préceptes et les exemples du Bienheureux Colomban : nous prions d’allumer en nous un ardent désir de la sainteté. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Colomban (ca 540-615)

Seigneur Dieu, détruisez et déracinez tout ce que le Mauvais a planté en moi. Ces iniquités une fois détruites, mettez dans ma bouche et mon cœur de penser et d’agir bien, en sorte que mon action et ma volonté vous servent vous uniquement, que je comprenne vos commandements, que je vous cherche. Donnez-moi la mémoire. Donnez-moi la charité. Donnez-moi la chasteté. Donnez-moi la foi. Donnez-moi tout ce que vous savez utile à mon âme. Faites en moi le bien, accordez-moi ce qui me convient, vous qui règnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Invocations aux Saints de Luxeuil

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Vierge des Vierges, priez pour nous.

Saint Colomban, priez pour nous.
Saint Colomban le jeune, priez pour nous.
Saint Lua, priez pour nous.
Saint Sigisbert, priez pour nous.
Saint Léobard, priez pour nous.
Saint Ragnacaire, priez pour nous.
Saint Hermenfroi, priez pour nous.
Saint Waldolène, priez pour nous.
Saint Valéry, priez pour nous.
Saint Desles, priez pour nous.
Saint Colombin, priez pour nous.
Saint Gall, priez pour nous.
Saint Ursanne, priez pour nous.
Saint Bertulfe, priez pour nous.
Saint Attale, priez pour nous.
Saint Babolein, priez pour nous.
Saint Eustase, priez pour nous.
Saint Cagnoald, priez pour nous.
Saint Achaire, priez pour nous.
Saint Amé, priez pour nous.
Saint Romaric, priez pour nous.
Saint Waldalène, priez pour nous.

Saint Omer, priez pour nous.
Saint Mommolin, priez pour nous.
Saint Bertin, priez pour nous.
Saint Ebertramm, priez pour nous.
Saint Valbert, priez pour nous.
Saint Agile, priez pour nous.
Saint Chuane, priez pour nous.
Saint Ermenfroi, priez pour nous.
Saint Adelphe, priez pour nous.
Saint Frobert, priez pour nous.
Saint Théoffroy, priez pour nous.
Saint Berchaire, priez pour nous.
Saint Ingofroy, priez pour nous.
Saint Emmon, priez pour nous.
Saint Mellin, priez pour nous.
Saint Anségise, priez pour nous.
Saint Gibard, priez pour nous.
Saint Tételme, priez pour nous.
Saint Baltram, priez pour nous.
Saint Antoine de Froidemont, priez pour nous.
Bienheureux Angelôme, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Prions.
Par l’intercession de la Bienheureuse Marie toujours vierge et de tous nos Saints, nous vous prions, Seigneur, de préserver de toute adversité cette famille humblement prosternée à vos pieds, et de la défendre avec bonté contre toutes les embûches des ennemis du Salut. Par Jésus-Christ N-S. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Hic vir despiciens mundum et terrena triumphans divitias cælo condidit ore manu.

Ã. Cet homme, montrant du mépris pour le monde et triomphant des choses terrestres, a amassé des richesses au paradis à travers ses paroles et ses actes.

Antienne grégorienne “Hic vir”

Antienne Hic vir

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

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La Punchline des Pères du désert

On demanda à un vieillard : « Pourquoi n’es-tu jamais découragé ? » Et il répondit : « Parce que chaque jour je m’attends à mourir. »

Saints Bénédictins : Saint Silvestre Guzzolini, Abbé (1177-1267)

La sainte Église avait trouvé, pour stimuler au bien les hommes, vers le début du 13ème siècle, saint Dominique et saint François. Est-ce à dire que le vieil ordre monastique sommeillait ? Peut-être un peu. Mais un animateur comme saint Silvestre, dans les Marches, sut le galvaniser en le ramenant vigoureusement à ses origines.

Silvestre était né vers 1177 a Osimo (près d’Ancône et de Lorette) d’un juriste, Ghislerio di Jacopo, et de Bianca (Blanche) Ghislieri. L’adolescent, bon, bien doué, fut envoyé aux écoles de Bologne et de Pavie où il pourrait devenir l’émule de son père. Là il se prit d’amitié pour le futur évêque d’Ancône, Benvenuto Scatiroli, et, trouvant le droit sans intérêt, se voua à la théologie. Il buvait, buvait ardemment aux fontaines du Sauveur, et plus tard il ranimerait les hommes mourant de soif. Mais son père, très mécontent de ce changement d’étude, le rappela chez lui et le retint quasi-esclave pendant dix ans. Sous le boisseau, la douce lumière ne s’éteignit point. Le clergé local réussit à prendre Silvestre à son service : il devint prêtre, chanoine dévoré de zèle. La science de l’ancien étudiant rendait sa parole attrayante et victorieuse. On raconte que, venu au cimetière a l’occasion d’un enterrement, il aperçut dans la fosse le cadavre d’un parent jadis beau et admiré (1217?). Ce spectacle l’aurait bouleversé : il quitta de nuit sa demeure et, avec l’aide d’un ami, gagna le maquis effrayant de la Rossa, non loin de ce Val di Castro où était mort saint Romuald, le père des Camaldules, deux siècles avant. Un disciple lui vint. Bientôt la solitude de Silvestre à Grotta Fucile fut troublée par bien des pèlerins, voire des compagnons. Le saint se transporte en un lieu plus inhospitalier, à Monte Fano, non loin de Fabriano, dans les Marches. Dans une nouvelle grotte il vécut quelque temps sans autre société qu’un loup. Ses compagnons, cependant, le rejoignirent. En 1231, il érigea un petit monastère dont la population grandit très vite. Comme saint Benoît à Subiaco, Silvestre fonda douze monastères, entre 1231 et 1267, qui auraient compté 433 moines. Monte Fano était dédié à la reine du ciel et à saint Benoît. Innocent IV approuve cette nouvelle congrégation bénédictine en 1247. Érémitisme, cénobitisme rustique et pauvre, faisant la part belle au travail manuel : on était revenu au grand modèle, à saint Benoît de Subiaco et du Mont-Cassin. Idéal austère, capable de rivaliser avec celui des religieux mendiants, et qui connut un réel succès. Silvestre mourut à Monte Fano dans la nuit du 26 novembre 1267. Presque aussitôt, le pape Clément IV autorisa le premier procès diocésain. Le culte se développa dans les Marches dés le 13ème siècle. Léon XIII en 1890 étendit a toute l’Église l’office et la messe du saint. Silvestre fut introduit dans le martyrologe romain en 1598 et Paul V en 1617 lui consacrait une lettre élogieuse. Dès 1301, on parlait de « l’ordre de Saint-Silvestre ». En 1233 fut fondé le premier monastère de moniales silvestrines. Les silvestrins ont actuellement des missions à Ceylan, dans l’Amérique du Nord et en Australie.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Clementíssime Deus, qui sanctum Silvéstrum Abbátem, sǽculi huius vanitátem in apérto túmulo pie meditántem, ad erémum vocáre et præcláris vitæ méritis decoráre dignátus es : te súpplices exorámus ; ut, eius exémplo terréna despiciéntes, tui consórtio perfruámur ætérno. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu très clément, qui avez appelé à la solitude le bienheureux Abbé Sylvestre, tandis qu’il méditait devant un tombeau ouvert la vanité de ce monde, et qui avez daigné l’orner des mérites d’une vie très sainte ; nous vous supplions de faire que, méprisant à son exemple les biens de la terre, nous jouissions du bonheur de votre éternelle compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Claude Martin (1619-1696)

Mon Seigneur, mon Dieu, très adorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, souverain bien, infiniment aimable, mon principe et ma fin, en qui consiste ma vraie félicité, je vous adore, je vous loue et vous rends mes très humbles hommages en reconnaissance de mon entière dépendance de votre souverain domaine. J’offre à votre divine Majesté pour toujours et en particulier pour ce jour-ci mon corps, mon âme, ma vie, toutes mes pensées, mes paroles, mes actions, en union du corps, de l’âme, de la vie, des pensées, des paroles et des actions de votre très cher Fils, mon Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, et de tout ce qui a été fait en votre grâce depuis le commencement du monde, qui se fait à présent, et qui se fera ci-après. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Domine quinque talenta tradidisti mihi ecce alia quinque superlucratus sum.

Ã. Seigneur, vous m’avez confié cinq talents ; voici que j’en ai gagné de plus cinq autres.

Antienne grégorienne “Domine quinque talenta”

Antienne Domine quinque talenta

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

Mercredi 25 novembre (ReConfinement J27) : Sainte Catherine d’Alexandrie

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La Punchline de Bossuet

Ne donner que la parole à la vérité, c’est donner l’ombre pour le corps, et une image imparfaite pour l’original. Il faut honorer la vérité par la vérité, en la faisant paraître en nous-mêmes par des effets dignes d’elle. Car sa solidité immuable n’est pas suffisamment reconnue par nos discours, qui ne sont que des ombres de nos pensées ; et il faut qu’elle soit gravée en nos mœurs par des marques effectives de notre affection.

Sainte Catherine d’Alexandrie Vierge et Martyr (3ème siècle)

Introduction par le Cardinal Schuster (Liber Sacramentorum)

Malheureusement, la légende de sainte Catherine, résumée dans les leçons du Bréviaire qui suivent, est dépourvue de toute autorité. Les anciens calendriers orientaux et égyptiens ne la nomment jamais. En Occident, le culte de sainte Catherine n’apparaît que vers le 11ème siècle. Ce furent les Croisades qui le rendirent si populaire que Catherine devint l’une des saintes les plus honorées à la fin du moyen âge. Il existe en effet un grand nombre d’églises, d’autels et d’images en l’honneur de cette martyre qui fut même choisie comme protectrice des philosophes. La critique n’a pas encore dit son dernier mot sur la personnalité de sainte Catherine ; cependant, autant nous ignorons les détails de sa biographie, autant Dieu a voulu glorifier sa Sainte sur le mont Sinaï où les pèlerins, aujourd’hui encore, vénèrent son tombeau.

Sainte Gertrude qui, dès son enfance, eut une grande dévotion à sainte Catherine, demanda un jour au Seigneur de lui montrer la gloire céleste de sa Patronne. Elle fut exaucée et vit la vierge d’Alexandrie sur un trône d’or, entourée des sages qu’elle avait attirés à la vraie foi et qui formaient dans le ciel sa couronne la plus brillante.

Rome médiévale éleva en l’honneur de sainte Catherine cinq églises au moins.

La Passion de Sainte Catherine (leçons du Bréviaire Romain)

L’illustre vierge Catherine naquit à Alexandrie au 3ème siècle. Ayant joint, dès sa jeunesse, l’étude des arts libéraux à l’ardeur de la foi, elle s’éleva en peu de temps à une haute perfection de doctrine et de sainteté, si bien qu’à l’âge de dix-huit ans, elle surpassait les plus érudits. Ayant vu traîner au supplice, par ordre de Maximin, beaucoup de Chrétiens qu’on avait déjà tourmentés diversement à cause de leur religion, Catherine ne craignit pas d’aller trouver ce tyran, et, lui reprochant son impie cruauté, elle lui prouva, par des raisons pleines de sagesse, que la foi en Jésus-Christ est nécessaire pour le salut.

Maximin, rempli d’admiration pour la science de Catherine, la fit garder ; et rassemblant de toutes parts les hommes les plus savants, il leur promit de magnifiques récompenses, s’ils pouvaient la faire passer avec conviction de la foi du Christ au culte des idoles. Le contraire arriva : car plusieurs de ces philosophes réunis pour la convaincre, furent, par la force et la précision de ses raisonnements, embrasés d’un si grand amour envers Jésus-Christ, qu’ils n’auraient point hésité à mourir pour lui. Maximin entreprend donc, par les flatteries et les promesses, d’amener Catherine à d’autres sentiments ; mais comprenant qu’on l’essaierait en vain, il la fait battre de verges, meurtrir à coups de fouets garnis de plomb, puis la retient onze jours en prison, sans nourriture ni boisson.

C’est alors que l’épouse de Maximin, et Porphyre, général de ses armées, entrèrent dans la prison pour voir la jeune vierge. Persuadés par ses discours, ils crurent en Jésus-Christ, et reçurent dans la suite la couronne du martyre. Cependant Catherine fut tirée du cachot ; on avait préparé une roue, où se trouvaient fixés de proche en proche des glaives aigus pour déchirer cruellement le corps de la vierge. Mais cet instrument de supplice fut bientôt mis en pièces à la prière de Catherine, et plusieurs, à la vue de ce miracle, embrassèrent la foi de Jésus-Christ. Maximin n’en étant que plus obstiné dans son impiété et sa cruauté, ordonna de décapiter Catherine. Elle présenta courageusement sa tête à la hache du bourreau, et s’envola au ciel, pour recevoir la double récompense de la virginité et du martyre. C’était le septième jour des calendes de décembre (25 novembre). Son corps fut miraculeusement transporté par les Anges sur le mont Sinaï, en Arabie (305?).

Du Panégyrique de Sainte Catherine par Bossuet 

Je n’ignore pas, chrétiens, que la science ne soit un présent du ciel, et qu’elle n’apporte au monde de grands avantages : je sais qu’elle est la lumière de l’entendement, la guide de la volonté, la nourrice de la vertu, l’âme de la vérité, la compagne de la sagesse, la mère des bons conseils ; en un mot l’âme de l’esprit, et la maîtresse de la vie humaine. Mais comme il est naturel à l’homme de corrompre les meilleures choses, cette science qui a mérité de si grands éloges, se gâte le plus souvent en nos mains par l’usage que nous en faisons. C’est elle qui s’est élevée contre la science de Dieu ; c’est elle qui, promettant de nous éclaircir, nous aveugle plutôt par l’orgueil ; c’est elle qui nous fait adorer nos propres pensées sous le nom auguste de la vérité ; qui, sous prétexte de nourrir l’esprit, étouffe les bonnes affections, et enfin qui fait succéder à la recherche du bien véritable, une curiosité vague et infinie, source inépuisable d’erreurs et d’égarements très pernicieux. Mais je n’aurais jamais fini, si je voulais raconter les maux que fait naître l’amour des sciences, et vous dire tous les périls dans lesquels il engage les enfants d’Adam, qu’un aveugle désir de savoir a rendu avec sa race justement maudite, le jouet de la vanité, aussi bien que le théâtre de la misère.

Un docteur inspiré de Dieu, et qui a puisé sa science dans l’oraison, en réduit tous les abus à trois chefs. Trois sortes d’hommes, dit saint Bernard, recherchent la science désordonnément. « Il y en a qui veulent savoir, mais seulement pour savoir ; » et c’est une mauvaise curiosité. « Il y en a qui veulent savoir, mais qui se proposent pour but de leurs grandes et vastes connaissances, de se faire connaître eux-mêmes, et de se rendre célèbres » ; et c’est une vanité dangereuse. « Enfin il y en a qui veulent savoir ; mais qui ne désirent avoir de science que pour en faire trafic, et pour amasser des richesses »; et c’est une honteuse avarice.

Il y en a donc, comme vous voyez, à qui la science ne sert que d’un vain spectacle ; d’autres à qui elle sert pour la montre et pour l’appareil ; d’autres à qui elle ne sert que pour le trafic, si je puis parler de la sorte. Tous trois corrompent la science, tous trois sont corrompus par la science. La science étant regardée en ces trois manières, qu’est-ce autre chose, mes Frères, qu’une «très pénible occupation qui travaille les enfants des hommes», comme parle l’Ecclésiaste (1, 13) ?

Curieux, qui vous repaissez d’ une spéculation stérile et oisive, sachez que cette vive lumière, qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas, et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Âmes intéressées, qui n’employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu’un trésor si divin n’est pas fait pour cet indigne trafic ; et que s’il entre dans le commerce, c’est d’une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c’est-à-dire, pour négocier le salut des âmes. C’est ainsi que la glorieuse sainte Catherine, que nous honorons, a usé de ce don du ciel. Elle a contemplé au-dedans la lumière de la science, non pour contenter son esprit, mais pour diriger ses affections : elle l’a répandue au dehors au milieu des philosophes et des grands du monde, non pour établir sa réputation, mais pour faire triompher l’Évangile : enfin elle l’a fait profiter, et l’a mise dans le commerce, non pour acquérir des biens temporels, mais pour gagner des âmes à Jésus Christ.

Prières

Oratio

Deus, qui dedísti legem Móysi in summitáte montis Sínai, et in eódem loco per sanctos Angelos tuos corpus beátæ Catharínæ Vírginis et Mártyris tuæ mirabíliter collocásti : præsta, quǽsumus ; ut, eius méritis et intercessióne, ad montem, qui Christus est, perveníre valeámus : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez donné la loi à Moïse sur le sommet du mont Sinaï, et qui avez fait miraculeusement transporter en ce même lieu, par vos saints Anges, le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; faites, nous vous en supplions, que par ses mérites et son intercession, nous puissions parvenir à la montagne qui est le Christ.

Prière à Sainte Catherine tirée de l’Année Liturgique

Bienheureuse Catherine, recevez-nous à votre école. Par vous la philosophie, justifiant son beau nom, conduit à la Sagesse éternelle, le vrai au bien, toute science au Christ, qui est la voie, la vérité, la vie. « Curieux qui vous repaissez d’une spéculation stérile et oisive, s’écrie Bossuet, sachez que cette vive lumière qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Âmes lâches et intéressées, qui n’employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu’un trésor si divin n’est pas fait pour cet indigne trafic ; et que s’il entre dans le commerce, c’est d’une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c’est-à-dire, pour négocier le salut des âmes. »

Ainsi, ô Catherine, n’employez-vous votre science que pour la vérité. Vous faites « paraître Jésus-Christ avec tant d’éclat que les erreurs que soutenait la philosophie sont dissipées par sa présence ; et les vérités qu’elle avait enlevées viennent se rendre à lui comme à leur maître, ou plutôt se réunir en lui comme en leur centre. Apprenons d’un si saint exemple à rendre témoignage à la vérité, à la faire triompher du monde, à faire servir toutes nos lumières à un si juste devoir, qu’elle nous impose. Ô sainte vérité ! je vous dois le témoignage de ma parole ; je vous dois le témoignage de ma vie ; je vous dois le témoignage de mon sang : car la vérité, c’est Dieu même. » L’Église, ô vierge magnanime, n’a pas d’autre pensée quand aujourd’hui elle formule ainsi pour nous sa prière : « Ô Dieu qui donnâtes la loi à Moïse sur le sommet du Mont Sinaï, et au même lieu par les saints Anges avez miraculeusement placé le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; exaucez nos supplications : faites que par ses mérites et son intercession nous parvenions à la montagne qui est le Christ, vivant et régnant avec vous dans les siècles des siècles. »

Antienne

Ã. Passionem gloriose virginis Katherine devote plebs celebret fidelis, que sui memores Christo commendet precibus et iuvat benefitiis.

Ã. Le peuple fidèle célébrera avec dévotion la Passion de la glorieuse vierge Catherine, qui recommande au Christ par ses prières ceux qui se souviennent d’elle, et qui les aide par des bienfaits.

Antienne grégorienne “Passionem gloriose”

Antienne Passionem gloriose

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

Mardi 24 novembre (ReConfinement J26) : Saint Jean de la Croix

La Punchline de Saint Jean de la Croix

Ne faites aucun cas des petits sentiments de dévotion et des douceurs sensibles ; appliquez-vous plutôt à les repousser. Si, en effet, l’âme s’habitue à la dévotion sensible, elle n’arrivera jamais à posséder par le recueillement intérieur ces fortes suavités spirituelles qui se trouvent dans la nudité de l’esprit.

Saint Jean de la Croix (1542-1591) : leçons des Matines

Jean de la Croix, né de parents pieux, à Fontiveros en Espagne, le 24 juin 1542, fit voir clairement dès ses premières années, combien il devait plus tard être cher à la Vierge Mère de Dieu ; car, à l’âge de cinq ans, étant tombé dans un puits, il fut soutenu sur l’eau par la main de Marie, et il en sortit sain et sauf. Un tel désir de souffrir l’enflamma, que, dès sa neuvième année, il laissait un lit moëlleux pour s’étendre d’ordinaire sur une couche de sarments. Parvenu à l’adolescence il se consacra au service des pauvres malades, à l’hospice de Medina del Campo : la grande ardeur de sa charité le tenait toujours prêt à leur rendre les plus bas offices. Aussi les autres infirmiers, excités par son exemple, accomplissaient-ils avec un nouveau zèle les mêmes actes charitables. Mais appelé à une vocation plus sublime, Jean embrassa l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, où il reçut la prêtrise par obéissance et désireux d’une discipline très sévère, d’un genre de vie plus austère, obtint de ses supérieurs la permission de suivre la règle primitive de l’Ordre. Dès lors, à cause de son continuel souvenir de la passion du Seigneur, il se déclara la guerre à lui-même, comme à son ennemi le plus redoutable, et il eut bientôt, par les veilles, les jeûnes, les disciplines de fer et toutes sortes de macérations « crucifié sa chair avec ses vices et ses convoitises » ; aussi mérita-t-il pleinement que sainte Thérèse le comptât parmi les plus pures et les plus saintes âmes illustrant alors l’Église de Dieu.

Muni d’armes spirituelles par la singulière austérité de sa vie et l’exercice de toutes les vertus, livré à la contemplation assidue des choses divines, Jean de la Croix éprouva souvent de merveilleuses extases ; il brûlait d’un tel amour envers Dieu, que parfois ce feu divin, ne pouvant être contenu plus longtemps en lui-même et semblant rompre ses digues, on le voyait irradier le visage du saint. D’une extrême sollicitude pour le salut du prochain, Jean s’adonnait sans relâche à la prédication de la parole divine et à l’administration des sacrements. Orné de tant de mérites et embrasé du désir véhément de promouvoir une plus stricte discipline, il fut donné par Dieu comme aide à sainte Thérèse pour ramener parmi les Frères la primitive observance du Carmel, qu’elle avait établie chez les Sœurs de cet Ordre. Pour promouvoir cette œuvre divine, il supporta, ainsi que la servante de Dieu, des fatigues innombrables, visitant chacun des monastères élevés par les soins de cette même sainte vierge par toute l’Espagne, et cela sans se laisser effrayer par aucune privation, par aucun danger ; faisant fleurir en ces maisons et en celles qu’il fonda lui-même, la nouvelle observance, et affermissant cette observance par ses paroles et son exemple. Aussi est-il considéré à juste titre, comme ayant, après sainte Thérèse, le plus contribué à la réforme des Carmes déchaussés, qui a reçu ses enseignements et le nomme son père.

Jean garda toute sa vie la virginité, et des femmes impudentes s’efforçant de tendre des pièges à sa vertu, il ne se borna pas à les repousser, mais les gagna à Jésus-Christ. Pour l’explication des opérations mystérieuses de la grâce divine, il fut, au jugement du Saint-Siège, l’égal de sainte Thérèse, et c’est éclairé par les lumières d’en haut qu’il écrivit, sur la théologie mystique, des livres tout pleins d’une sagesse céleste. Le Christ lui ayant un jour demandé quelle récompense il souhaitait pour tant de travaux, il répondit : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous ». Bien que son pouvoir sur les démons, qu’il chassait souvent du corps des possédés, le discernement des esprits, le don de prophétie, l’éclat des miracles l’eussent rendu très célèbre, son humilité demeura constamment telle, que souvent il demandait au Seigneur de mourir en un lieu où il serait ignoré de tous. Son vœu fut exaucé : une cruelle maladie le saisit à Úbeda, et, pour combler son désir des souffrances, il lui survint à une jambe cinq plaies purulentes : toutes choses qu’il endura avec une constance admirable. Ayant reçu pieusement et saintement les sacrements de l’Église, dans l’embrassement de Jésus-Christ crucifié, qu’il avait toujours eu dans le cœur et sur les lèvres, et après avoir prononcé ces paroles : « Je remets mon âme entre vos mains », il s’endormit dans le Seigneur, au jour (14 décembre) et à l’heure qu’il avait prédits, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-onze, à l’âge de quarante-neuf ans. On vit un globe de feu tout éblouissant venir en quelque sorte au devant de son âme pour la recevoir ; son corps exhala un très suave parfum. Des miracles éclatants ayant précédé et suivi la mort de Jean de la Croix, le Souverain Pontife Benoît XIII l’a inscrit au nombre des saints (26 décembre 1726), et Pie XI, sur l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle (24 août 1926).

Prières

Oratio

Deus, qui sanctum Ioánnem Confessórem tuum atque Doctorem perféctæ sui abnegatiónis et Crucis amatórem exímium effecísti : concéde ; ut, eius imitatióni iúgiter inhæréntes, glóriam assequámur ætérnam. Per Dóminum nostrum. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez inspiré à saint Jean, votre Confesseur et Docteur, un amour sublime de la parfaite abnégation de soi et de la Croix : faites que, nous attachant toujours à l’imiter, nous obtenions la gloire éternelle. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Seigneur, Dieu, mon Bien-Aimé ! Si le souvenir de mes péchés vous empêche de m’accorder la grâce que je sollicite, accomplissez votre volonté, car c’est là ce que je préfère. Et cependant, j’ose vous en supplier, donnez lieu à votre bonté, à votre miséricorde, de resplendir dans le pardon que vous m’accorderez. Si ce sont mes œuvres que vous attendez pour m’accorder l’objet de ma requête, donnez-les-moi en les opérant vous-même en moi. Joignez-y les peines que vous voudrez bien accepter, et qu’elles viennent. Et si ce ne sont pas mes œuvres que vous attendez, qu’attendez-vous, mon très aimant Seigneur ? Pourquoi tardez-vous ? Si ce que je vous demande au nom de votre Fils est un don de grâce et de miséricorde, daignez prendre ma pauvre obole, puisque vous la désirez et donnez-moi le trésor que je sollicite, puisque votre volonté est aussi de me le donner.

Qui pourra, mon Dieu, s’affranchir des modes et des termes vulgaires, si vous ne l’élevez vous-même jusqu’à vous en pureté d’amour ? Comment montera jusqu’à vous l’homme engendré, nourri dans les bassesses, si vous ne l’élevez, Seigneur, de cette même main qui l’a formé ? Vous ne me retirerez point, mon Dieu, ce que vous m’avez une fois donné en me donnant votre Fils unique, Jésus-Christ, en qui vous m’avez donné tout ce que je puis désirer. Aussi, je veux me réjouir, car vous ne tarderez pas, si j’espère véritablement en vous.

Et toi, mon âme, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur ? Les cieux sont à moi et la terre est à moi. À moi les nations, à moi les justes, à moi les pécheurs. Les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi. Tout est à moi. Dieu est à moi et pour moi, puisque le Christ est à moi et tout entier pour moi (cf. 1 Co 3, 22-23). Après cela, que demandes-tu et que cherches-tu, mon âme ? Tout est à toi et entièrement pour toi. Sois fière et ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père. Sors et glorifie-toi de ta gloire. Réjouis-toi, et tu obtiendras ce que ton cœur demande (Ps 36, 4). Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ioannes, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Jean, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.