Jeudi 12 novembre (ReConfinement J14)

Jeudi 12 novembre (ReConfinement J14)

Jeudi 12 novembre (ReConfinement J14)

La Punchline des Pères du Désert

La racine de toute bonne œuvre c’est la vérité.

Un Saint local : Saint Imier (ou Himier), ermite (7ème siècle)

Saint Imier naquit dans la partie du comté de Bourgogne (la Franche-Comté) qui portait autrefois le nom d’Elsgau ou d’Ajoie, et qui était comprise dans le diocèse de Besançon. Ses parents, qui étaient distingués dans le pays, possédaient un château à Lugnez, près de Porrentruy, et c’est là, selon une ancienne légende, que saint Imier reçut le jour, vers le milieu du sixième siècle. Il fut formé de bonne heure à la piété et à l’étude des lettres, et montra, dès sa jeunesse, une grande aversion pour tout ce qui avait l’apparence du vice. Quand il voyait les autres commettre le mal, il gémissait dans son cœur, et invoquait le secours du Ciel contre l’influence des mauvais exemples, en s’écriant : « Que ferai-je, Seigneur, moi qui suis chaque jour exposé à la tentation, et qui ne sais où trouver un abri contre les attaques du péché ? » Effrayé des périls que la vertu court au milieu du monde, il redoubla de ferveur pour connaître les desseins que Dieu avait sur lui, et crut enfin entendre au fond du cœur une voix secrète qui l’appelait dans la solitude. La grâce d’en-haut faisait retentir à ses oreilles ces paroles divines, qui avaient converti autrefois le grand saint Antoine : Celui qui aura quitté pour moi sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle (Mt 19, 29).

Docile à la voix du Ciel, Imier, accompagné d’un serviteur fidèle, nommé Albert ou Elbert, se retira dans la vallée de Susingau, à quelque distance de Porrentruy, pour y vivre dans la solitude. Cette contrée sévère, où la Suze promène ses eaux vagabondes, n’était alors qu’un désert couvert de ronces et d’épines. Imier et son compagnon se mirent à défricher cette région sauvage, et à y préparer quelques portions de terrain pour la culture, afin d’en tirer les aliments nécessaires à leur subsistance. Mais la récolte ne répondit pas à leurs espérances, et le saint comprit que Dieu voulait l’éprouver, afin de rendre son sacrifice plus parfait. Il abandonna donc son désert, pour aller dresser sa tente dans quelque autre région. Il arriva bientôt à Lausanne, et pria l’évêque de cette ville de lui indiquer, dans le voisinage, quelque lieu où il pût habiter et s’exercer à la perfection chrétienne. Il ne séjourna que peu de temps dans cette contrée, qu’il ne trouva point conforme à ses desseins, et dès lors, tournant ses regards vers les régions lointaines qui avaient été sanctifiées par la présence du Sauveur, il résolut d’entreprendre le voyage de Jérusalem.

Toutes les légendes du saint nous parlent de ce voyage, et en racontent les détails. Imier espérait y trouver le martyre, en donnant sa vie pour Jésus-Christ aux lieux mêmes où il a sacrifié la sienne pour tous les hommes. Ayant donc traversé les mers, il arriva dans la ville sainte, avec son fidèle compagnon Elbert, et y resta trois ans, visitant les saints Lieux, et se livrant à la pratique assidue des veilles et des prières. La vie de saint Imier à Jérusalem ne fut pas seulement consacrée à la contemplation. Il s’appliqua aussi avec ardeur à la conversion des peuples. Isaac, patriarche de Jérusalem, l’entoura de vénération et d’estime, et l’envoya prêcher dans une île voisine, dont Imier convertit les habitants, qui étaient encore sous la domination de l’esprit de ténèbres.

Après trois ans de séjour en Palestine, saint Imier revint en Europe, rapportant de saintes reliques, et en particulier un bras du juste Siméon, qui avait eu le bonheur de porter Jésus enfant, lorsque sa Mère le présentait au temple. Imier s’arrêta d’abord dans un lieu nommé Cyriliacum. Mais, n’ayant pu obtenir la permission de s’y fixer, il revint dans la vallée de Susingau. Comme la nuit arrivait, dit la légende, le bienbeureux Imier, après avoir franchi la montagne, s’arrêta auprès d’une source limpide. Il passa la nuit sans dormir, chantant les louanges du Seigneur. À l’approche du jour, il entendit le son d’une clochette, et en avertit son compagnon Elbert. Quelques instants après, le même son se fit encore entendre plusieurs fois d’une façon plus distincte, et le saint homme, rendant grâces à Dieu, se dirigea vers le lieu d’où partait ce bruit. C’était là, pensait-il, que le Ciel voulait qu’il fixât sa demeure. Il y trouva une source abondante, et ayant coupé une branche d’arbre, il la planta sur le sol, comme pour en prendre possession.

C’est là qu’il érigea, en l’honneur de saint Martin, une chapelle qu’il enrichit des reliques apportées d’Orient, et où il venait, jour et nuit, offrir à Dieu le sacrifice de sa vie et de ses prières (vers l’an 606).

Peu à peu le nom du pieux solitaire fut connu dans le voisinage, et un grand nombre de disciples vinrent se réunir autour de lui. Imier n’avait à leur offrir en partage que les œuvres de la mortification et de la pénitence; car il jeûnait complétement trois fois par semaine, et les autres jours, il n’avait pour nourriture qu’un grossier pain d’orge, pour boisson que l’eau de la source voisine, et pour lit que le rocher ou la terre nue. Mais la pénitence même a des charmes pour les âmes que Dieu attire à lui, et ses disciples se montrèrent les dignes imitateurs de ses vertus. Ils s’appliquèrent, sous sa conduite, à féconder de leurs sueurs cette vallée déserte, à défricher et à cultiver les terres, unissant le travail des mains à la prière et aux devoirs de l’hospitalité.

Il y avait neuf ans que saint Imier vivait, avec ses compagnons, au milieu de ces austérités, lorsque, sentant sa dernière heure approcher, il se fit porter dans la chapelle qu’il avait élevée à la gloire de saint Martin. Ses disciples, réunis autour de lui, récitaient des hymnes et des psaumes auxquels le saint prenait part, et c’est au milieu de ces pieux exercices qu’il rendit son âme à Dieu, le 12 novembre de l’an 615, selon l’opinion commune.

Ses disciples déposèrent son corps dans un tombeau auprès duquel Dieu fit, dans la suite, éclater la gloire de son serviteur par de nombreux miracles. La vallée qu’il avait défrichée prit son nom et s’appelle encore aujourd’hui le Val-Saint-Imier. La communauté qu’il avait formée en ces lieux se soutint dans la suite, et fut le commencement d’un monastère dont il est fait mention dans les monuments des siècles suivants. Nous voyons, en effet, cet établissement désigné sous le nom de Celle de Saint-Imier, dans un diplôme de Charles le Gros, de l’an 884, qui en fait don à l’abbaye de Moutier-Grandval (fondée au 7ème siècle par l’abbaye de Luxeuil).

En 933, la pieuse Berthe, reine de Bourgogne, qui établit une collégiale à Soleure, en l’honneur des saints Ours, Victor et leurs compagnons, martyrs, en fonda aussi une à Saint-Imier, en l’honneur de notre saint. Ce chapitre collégial se composait de douze chanoines, ayant un prévôt à leur tête. Il subsista jusqu’à la réforme, en 1550. C’est alors que les Biennois, fanatisés par les nouvelles doctrines, introduisirent le protestantisme à main armée dans le Val-Saint-Imier. Ils signalèrent surtout leur fureur en livrant aux flammes les images des saints, et le corps même de saint Imier, qui avait été le premier habitant et le bienfaiteur de cette contrée, et qui, depuis plus de neuf cents ans, était l’objet de la vénération des fidèles.

Le culte rendu à saint Imier semble remonter jusqu’aux temps qui suivirent immédiatement sa mort. Sa fête est marquée au 12 novembre dans quelques Martyrologes, et en particulier dans celui de Besançon. Il était invoqué dans les anciennes litanies de ce diocèse, et son office se trouvait dans l’ancien Bréviaire bisontin. Les diocèses de Bâle et de Lausanne l’honoraient aussi bien que celui de Besançon, et, dans le Jura catholique, les paroisses de Damphreux, de Develier, de Courchapoix, l’invoquent encore aujourd’hui comme patron. La chapelle de Lugnez et celle du Forbourg, dans la petite ville de Delémont, sont placées sous son invocation, ainsi qu’une église paroissiale de Normandie, qui porte le nom de Saint-Imier. Le diocèse de Besançon honorait autrefois saint Imier, et on en faisait commémoraison le 12 novembre, sous le titre de confesseur.

Vie des Saints de Franche-Comté, tome 4.

Prières

Oratio

Sancti Himerii confessoris tui, Domine, quæsumus, veneranda festivitas, salutaris auxilii nobis præstet effectum. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous en prions, Seigneur : que la fête solennelle de Saint Imier votre confesseur, nous procure des grâces efficaces de salut. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Albert le Grand (1200-1280)

Seigneur Jésus-Christ, je crains de pécher contre vous ou contre le prochain en simulant faussement une vie parfaite, ou en m’élevant au-dessus des autres avec singularité, en jugeant témérairement ou encore par jactance ou par mensonge. Apprenez-moi donc le mépris de moi-même, la révérence que je dois à Dieu, la peine qui est réservée au péché et la parfaite expression de la pénitence ; apprenez-moi à pleurer et à m’accuser. Dieu, soyez-moi propice, moi qui suis un pécheur : qu’une sincère humilité, tant de cœur qu’en paroles et en actes, m’obtienne de redescendre justifié dans la demeure de ma conscience, en attendant d’être exalté dans la demeure de gloire. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In sanctitate serviamus Domino et liberabit nos ab inimicis nostris.

Ã. Dans la sainteté servons le Seigneur, et il nous libérera de nos ennemis.

Antienne grégorienne “In sanctitate”

Antienne In sanctitate

Mercredi 11 novembre (ReConfinement J13) : Saint Martin

Mercredi 11 novembre (ReConfinement J13) : Saint Martin

Mercredi 11 novembre (ReConfinement J13) : Saint Martin

Le mot de Saint Martin dans sa dernière maladie

Laissez-moi, mes frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que mon âme s’oriente déjà dans la direction qui va la conduire à Dieu.

Des leçons des Matines de Saint Martin

Martin, né vers 316 à Sabarie en Pannonie (Szombathely en Hongrie), s’enfuit à l’église, malgré ses parents, quand il eut atteint sa dixième année, et se fit inscrire au nombre des catéchumènes. Enrôlé à quinze ans dans les armées romaines, il servit d’abord sous Constantin, puis sous Julien. Tandis qu’il n’avait pas autre chose que ses armes et le vêtement dont il était couvert, un pauvre lui demanda, près d’Amiens, l’aumône au nom du Christ, et Martin lui donna une partie de sa chlamyde. La nuit suivante, le Christ lui apparut revêtu de cette moitié de manteau, faisant entendre ces paroles : « Martin, simple catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. »

À l’âge de dix-huit ans, il reçut le baptême. Aussi, ayant abandonné la vie militaire, se rendit-il auprès d’Hilaire, Évêque de Poitiers, qui le mit au nombre des Acolytes. À l’âge de 44 ans, Martin bâtit un monastère à Ligugé, où il vécut quelque temps de la manière la plus sainte, avec quatre-vingts moines. Dix ans plus tard, il est choisi pour devenir évêque de Tours. Étant tombé gravement malade de la fièvre, à Candes, bourg de son diocèse, il priait instamment Dieu de le délivrer de la prison de ce corps mortel. Ses disciples qui l’écoutaient, lui dirent : « Père, pourquoi nous quitter ? à qui abandonnez-vous vos pauvres enfants ? » Et Martin, touché de leurs accents, priait Dieu ainsi : « Ô Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. »

Ses disciples voyant que, malgré la force de la fièvre, il restait couché sur le dos et ne cessait de prier, le supplièrent de prendre une autre position, et de se reposer en s’inclinant un peu, jusqu’à ce que la violence du mal diminuât. Mais Martin leur dit : « Laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme, sur le point d’aller au Seigneur, soit déjà dirigée vers la route qu’elle doit prendre. » La mort étant proche, il vit l’ennemi du genre humain et lui dit : « Que fais-tu là, bête cruelle ? esprit du mal, tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne. » Et, en prononçant ces paroles, le Saint rendit son âme à Dieu, étant âgé de quatre-vingt un ans. Une troupe d’anges le reçut au ciel, et plusieurs personnes, entre autres saint Séverin, Évêque de Cologne, les entendirent chanter les louanges de Dieu.

Extraits d’un sermon du Cardinal Pie sur Saint Martin (14 novembre 1858)

Martin a été l’un des plus grands, l’un des plus vrais chrétiens qui se soient vus ici-bas. Mais, hélas ! mes très chers Frères, si nous venons à comparer notre christianisme, le christianisme de notre temps, avec celui de Martin, franchement, n’y a-t-il pas lieu de se demander si c’est le même évangile qui nous a été enseigné, si c’est le même baptême que nous avons reçu, si ce sont les mêmes engagements que nous avons pris ? Un christianisme qui capitule journellement avec Satan, qui pactise avec les pompes du monde, qui amalgame les ténèbres avec la lumière, Bélial avec Jésus-Christ; un christianisme qui tourne à tout vent de doctrine, qui contrôle et qui redresse à tout instant les vérités de la foi, les enseignements de l’Église par les préjugés et les opinions mobiles du temps; un christianisme qui doute de lui-même, et qui n’a ni le courage ni la dignité de ses convictions; un christianisme, hélas ! trop souvent sans esprit de pénitence, sans pratique de mortification, et qui s’imagine pouvoir subsister dans une vie commode et sensuelle; un christianisme qui laisse au second ou plutôt au dernier rang dans nos affections le sentiment qui doit être le premier et le plus fort de tous : maximum et primum ; un christianisme sans recueillement intérieur, sans union à Dieu, sans contemplation, sans oraison, disons le mot, un christianisme sans amour, ou du moins sans cet amour dominant de Dieu que l’ancienne comme la nouvelle loi place en tête de tout le devoir religieux; enfin un christianisme trop souvent personnel, égoïste, étranger à la noble passion du dévouement au bien spirituel et au salut éternel du prochain : mes Frères, suis-je dans l’exagération et dans le faux quand je fais cette peinture ?

À Dieu ne plaise que je méconnaisse ce qui reste encore parmi vous de vrais disciples de Jésus-Christ, qui n’ont point courbé le genou devant les autels de Baal ! Ceux-là sont d’autant plus grands, d’autant plus admirables pour moi, qu’il leur faut la fermeté de l’airain, la dureté du diamant, pour ne pas se laisser entamer par l’esprit corrosif ni amollir par les tendances sensuelles de leur siècle. Mais, à part ces généreux enfants de l’Évangile, n’est-il pas vrai que partout l’esprit chrétien s’altère, que la mondanité triomphe, que les convictions chancellent, que la mortification volontaire n’existe plus, que le péché abonde, que la charité du grand nombre se refroidit, que l’amour de Dieu n’est plus le premier de nos amours, que le nom de Jésus n’est presque plus sur nos lèvres parce qu’il n’est plus guère dans nos cœurs, que l’individualisme glace et dessèche tout sentiment généreux ? Ah! mes Frères, que dirait Martin s’il revenait parmi nous ? Que dirait-il s’il voyait cette société d’aujourd’hui, lui qui déjà se plaignait de la décadence des âmes; lui qui ne rendait qu’à un seul de ses contemporains, à Paulin de Bordeaux, le témoignage d’une vie vraiment et complétement modelée sur les préceptes de Jésus-Christ. Mes Frères bien-aimés, étudions donc avec une ardeur nouvelle la grande vie de Martin, étudions ses actes, ses paroles, ses vertus; inspirons-nous de son esprit; et puisque nos âmes s’affaissent, puisque notre christianisme décline et s’affaiblit, ayons les yeux attachés sur ce parfait observateur de l’Évangile, sur cette image authentique du divin modèle. Il y a opportunité dans le culte de Martin pour notre régénération personnelle; il y a opportunité aussi, il y a opportunité surtout pour la régénération publique et sociale.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia ex nulla nostra virtúte subsístimus : concéde propítius ; ut, intercessióne beáti Martíni Confessóris tui atque Pontíficis, contra ómnia advérsa muniámur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui voyez que nous ne saurions nullement subsister par nos propres forces ; faites, dans votre bonté, que l’intercession du bienheureux Martin, votre Pontife et Confesseur, nous fortifie contre tous les maux. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L’hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde ; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l’extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, au nom du Christ dont se recommandait le pauvre d’Amiens, tandis qu’eux n’en savent plus trouver le nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu’ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l’avoir reçu de vous, leurs pères.

Combien lamentable est devenu surtout le dénuement de ce pays de France, que vous aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent reconnus par de telles injures ! Daignez considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard à la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer, comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets ; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.

Nous savons néanmoins que votre zèle pour l’avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l’infidélité. Ramenez l’Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l’unité que l’hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d’efforts contraires, gardez à son poste d’honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l’implorent. Au ciel aujourd’hui, chante l’Église, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : « Demeurez avec nous toujours ! » N’est-ce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d’une vénération si touchante ; où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d’Agnès, se complaisait à passer déjà de longues heures en votre cellule de Marmoutier, devenue, nous dit votre historien, l’égale des pavillons des Anges ? Imitant leurs frères et sœurs du ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d’eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à les éclairer tous, qu’un regard de Martin leur assurera les bénédictions du Seigneur.

Antienne

Ã. O beátum virum, cuius ánima paradísum póssidet ! Unde exsúltent Angeli, lætántur Archángeli, chorus Sanctórum proclámat, turba Vírginum invítat : Mane nobíscum alleluia.

Ã. Ô bienheureux homme, dont l’âme est en possession du paradis ! Aussi les Anges tressaillent, les Archanges se réjouissent, le chœur des Saints publie sa gloire, la foule des Vierges l’entoure et dit : Demeurez avec nous, alleluia.

Antienne grégorienne “O beatum virum”

Antienne O beatum virum

Mardi 10 novembre (ReConfinement J12) : Saint Vanne et Saint Hydulphe

Mardi 10 novembre (ReConfinement J12) : Saint Vanne et Saint Hydulphe

Mardi 10 novembre (ReConfinement J12) : Saint Vanne et Saint Hydulphe

Le mot du Vénérable Dom Didier de la Cour à ses moines

Si j’avais quelque pouvoir sur vous , je vous défendrais , sous peine d’excommunication, de dire du bien de moi après ma mort ; car j’ai mené une vie fort commune aux yeux des hommes et très misérable devant Dieu . Un peu de gravité et de retenue, voilà tout ce que je puis avoir de bon.

Les Saints Vanne et Hydulphe sont réunis en une seule et même fête dans la Congrégation bénédictine de France. Celle-ci a en effet été approuvée en 1833 par le Pape Grégoire XVI en tant qu’héritière des anciennes Congrégations bénédictines présentes en France avant la Révolution, dont la Congrégation des Saints Vanne et Hydulphe.

Saints Bénédictins : Saint Vanne, évêque de Verdun

Saint Vanne (en latin : Vitonus, Videnus ou Victo) qui avait embrassé de bonne heure la vie monastique, fut élevé sur le siège épiscopal de Verdun vers l’an 498. La haute opinion qu’on avait conçue de sa sainteté fut confirmée par plusieurs miracles qu’il opéra. Il travailla vingt-six ans avec un zèle infatigable à la sanctification de son troupeau. Il mourut le 9 novembre vers l’an 525, épuisé de fatigues et d’austérités.

D’après Alban Butler, Vies des Pères, des Martyrs et des autres principaux Saints.

Saints Bénédictins : Saint Hydulphe, chorévêque de Trèves et Abbé

Saint Hydulphe, issu d’une des plus illustres familles de Bavière, naquit à Ratisbonne vers l’an 612. Il renonça dès sa jeunesse aux espérances flatteuses qu’il pouvait avoir dans le monde, et se consacra au service de Dieu en embrassant l’état ecclésiastique. Son exemple fut suivi par Erard, son frère, qui devint depuis évêque régionnaire à Ratisbonne et dans la Bavière. Ce dernier est honoré comme saint le 8 janvier. Il mourut à Ratisbonne, suivant l’ancien martyrologe de Moyenmoutier. Ce furent Hydulphe et Erard qui tinrent sur les fonts baptismaux la fille d’Adalric, duc d’Alsace, laquelle était aveugle; ils lui donnèrent le nom d’Odile, parce qu’elle avait reçu la grâce de la vue avec celle du baptême.

Saint Hydulphe ayant été fait chorévêque de Trêves (espèce de coadjuteur de l’évêque du lieu, s’occupant des zones rurales du diocèse) remplit tous les devoirs d’un pasteur zélé et vigilant. Vers l’an 665, il introduisit la règle de Saint-Benoît dans le monastère de Saint-Maximin, qui avait été fondé dans le 4ème siècle, et où sans doute on suivait les observances des moines de l’Orient. Il en augmenta considérablement les revenus, et y établit une régularité si parfaite que cette maison devint l’admiration de ce siècle. Cette abbaye était une des plus célèbres de l’Allemagne.

Après une trentaine d’années, il se démet de sa charge et arrive dans la vallée vosgienne du Rabodeau vers 670. Il bâtit sa hutte à mi-chemin d’Étival et de Senones, dans la forêt. La renommée du nouvel ermite attire bientôt une foule de disciples. Hydulphe décide alors la construction d’un monastère sur le lieu, qui devient « medianum monasterium ». Premier abbé de Moyenmoutier, il adopte la règle de saint Benoît comme mode de vie de la nouvelle communauté. Il y avait plus d’un quart de siècle que Saint Hydulphe était à Moyenmoutier aux prises avec une œuvre de cette ampleur, lorsqu’il sentit faiblir ses forces. Il se démit de sa charge, afin de retrouver au soir de sa vie ce calme auquel il avait aspiré en venant ici comme ermite. Il confia donc la dignité abbatiale à Leutbald, un de ses meilleurs disciples, et prit modestement sa place au milieu de ses frères. Mais ce dernier mourut si prématurément en 704 que les moines s’en émurent, et tout désemparés se tournèrent vers leur fondateur. Le pauvre abbé, dans son ardente foi, vit un signe de la Providence qui lui demandait à nouveau le sacrifice de sa volonté propre. Avec un tranquille courage, il reprit donc sa crosse, mais pour peu de temps, car le Seigneur le rappelait à lui le 11 juillet 707, au terme d’une courte maladie. On l’inhuma dans la chapelle Saint-Grégoire, auprès de ses trois fils de prédilection, Spinule, Jean et Bénigne, qui l’y avaient précédé de peu.

D’après Alban Butler, Vies des Pères, des Martyrs et des autres principaux Saints.

La Congrégation bénédictine de Saint Vanne (Dom Stephanus Hilpisch, Histoire du monachisme bénédictin)

Pendant les guerres de religion du 16ème siècle, les monastères français avaient souffert de nombreuses destructions et ravages. Beaucoup d’abbayes avaient été saccagées ou entièrement détruites, la plupart appauvries et sans ressources. Quand un monastère avait encore du bien, ses revenus étaient donnés en commende par le roi ; et les abbés commendataires négligeaient l’intérêt du monastère à tous points de vue. C’est au milieu de ces circonstances que le projet d’une réforme naquit dans l’âme du Cardinal Charles de Lorraine. Outre son évêché de Metz, le Cardinal possédait en commende quatre grandes abbayes, et avait la légation de Lorraine et de Barrois. Il se décida à agir dans le ressort de sa légation. À la même époque l’évêque de Verdun, Éric de Vaudemont, qui tenait en commende l’abbaye de Saint-Vanne dans sa ville épiscopale, travaillait lui aussi à une réforme. Un bref de Grégoire XV donna au Cardinal pouvoir de réunir les abbés et prieurs de sa légation, et de discuter avec eux la question d’une réforme dans l’esprit du concile de Trente. L’assemblée, comptant seulement quatre abbés et quatre prieurs, eut lieu le 5 juin 1595 à Saint-Mihiel et décida l’érection d’une Congrégation. Mais le moment de s’exécuter, le Cardinal découragé fit au Pape Clément VIII (1592-1605) la singulière proposition de supprimer les monastères bénédictins de sa légation. Le Pape Clément refusa résolument, et avisa le cardinal qu’il était envoyé pour sauver les malades, non pour les étrangler. La seule pensée de la suppression était déjà un crime.

Le Cardinal appelle alors à l’aide l’abbaye Saint-Maximin de Trèves qui jouissait d’une bonne réputation. Il en reçu deux moines pour Saint-Vanne, et la moisson leva comme d’elle-même. Le prieur était Didier de la Cour, dépendant de l’évêque Éric de Verdun, abbé commendataire. En janvier 1600, sous l’inspiration du prieur, quatre novices et un profès se résolurent à une exacte observance de la règle : humble début. Mais dès 1601 Moyenmoutier recevait de Saint-Vanne des moines réformés, et les deux abbayes décidaient de se constituer en une Congrégation qui, en 1604, fut approuvée par Clément VIII sous le nom des Saint-Vanne et Hydulphe, patrons respectifs des deux abbayes. On adopta la formule de la Congrégation cassinienne. Un bref de Paul V recommanda en 1605 à tous les monastères de Lorraine de se rallier à la nouvelle réforme, et bientôt d’autres abbayes vinrent s’unir à la Congrégation. Jusqu’en 1670 celle-ci compris quarante-cinq abbayes dans les diocèses de Metz, Toul, Verdun, Bâle, Besançon (dont l’Abbaye Notre-Dame de Faverney, réformée en 1613), Châlons, Langres, Laon, Reims, Sens et Troyes, distribués en trois provinces. À la fin du 18ème siècle, elle comptait plus de 600 membres.

Au sommet de la Congrégation se tenait un président élu par le chapitre général pour un an. Le chapitre général était la plus haute autorité et se composait des supérieur de chaque maison et d’un délégué par convent. Comme la plupart des monastères étaient en commende, les supérieurs n’y avait que le titre de prieur, les autres étaient abbés à vie et élu par le convent. La Congrégation possédait sa maison d’études philosophiques et théologiques au Prieuré de Breuil (Commercy). Les études étaient florissantes. La Congrégation compta des noms célèbres qui méritent d’être cités auprès de ceux des mauristes : principalement Dom Calmet, grand exégète et historien de la Lorraine, abbé de Senones, l’un des premiers érudits de son temps ; puis Alliot et Petit-Didier, spécialisés dans l’étude de la Bible. Il fallut la Révolution pour supprimer la Congrégation.

La Congrégation Lorraine de Saint-Vanne exerça bientôt une influence salutaire sur les monastères français et trouva en France des appuis éminents, au premier rang desquels il faut placer le prieur du collège de Cluny à Paris, Laurent Bénard, et Dom Anselme Rolle de la Congrégation des Exemps. Le premier monastère français qui appela la réforme de Saint-Vanne fut l’abbaye de Saint-Augustin de Limoges. En 1614 Saint Germain-des-Prés demanda son agrégation. Bientôt suivirent Nouaillé près de Poitiers (1615), Saint-Faron de Meaux et Jumièges (1617). Ces abbayes entraient dans la congrégation Lorraine. Mais comme le gouvernement ne voyait pas d’un bon œil que les monastères du royaume s’unissent à une congrégation étrangère, il fut décidé au chapitre général de 1618 que les monastères français de l’Union se grouperaient en une congrégation spéciale. On compta pour débuter cinq monastères : Saint Augustin de Limoges, Saint-Julien de Nouaillé, Saint-Faron de Meaux, Jumièges, et les Blancs-Manteaux de Paris. Ce fut, à partir de 1618, la Congrégation « gallicana Parisiensis ». Dès 1621 la nouvelle fondation fut approuvée par Grégoire XV sous le nom de Congrégation de Saint-Maur.

Prières

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui per beátos pontífices Vitónum et Hydúlphum Ecclésiam tuam lætificásti, et órdinis monástici splendórem restituére dignátus es : fac nos opem eórum iúgiter experíri, et præmia cónsequi sempitérna. Per Dóminum.

Oraison

Dieu, tout-puissant et éternel qui par les bienheureux Pontifes Vanne et Hydulphe avez réjoui votre Église, et qui avez daigné restituer la splendeur de l’Ordre monastique : faites-nous ressentir continuellement les effets de leur aide et obtenir la récompense éternelle. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Claude Martin (1619-1696)

Ô Bonté infinie ! Que votre patience m’étonne et me confond ! Ô mon Dieu ! Elle m’étonne, parce que je vois que tous les hommes la fatiguent et que personne ne la soulage ; et elle me confond, parce que je lui suis à charge moi-même, par mes dérèglements, par mes infidélités, par mes péchés. Cet excès de bonté, ô mon Dieu, me porte à faire trois résolutions. La première, puisque tous les hommes exercent votre patience, de la soulager de tout mon possible, en menant avec le secours de votre grâce une vie toute pure, et – s’il est possible – toute angélique et toute céleste. La seconde, de me mettre entre Vous et les pécheurs, comme Abraham se mit entre vous et les villes impures de Sodome et de Gomorrhe, afin d’empêcher, par la prière et par le sacrifice, que leurs fautes ne montent jusqu’à vous et que votre colère ne descende jusqu’à eux. Et la troisième, de prendre votre patience pour la règle de la mienne, afin que, comme vous supportez mes fautes avec une douceur digne de votre infinie Bonté, je supporte aussi avec une parfaite soumission les peines et les privations que votre Providence m’envoie, et me fait ressentir dans le service que vous demandez de moi. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Isti sunt duæ olívæ, et duo candelábra lucéntia ante Dóminum : habent potestátem cláudere cælum núbibus et aperíre portas eius, quia linguæ eórum claves cæli factæ sunt.

Ã. Ceux-ci sont deux oliviers et deux flambeaux qui brillent devant le Seigneur ; ils ont le pouvoir de fermer le ciel aux nuées, et d’ouvrir ses portes, parce que leurs langues sont devenues les clefs du ciel.

Antienne grégorienne “Isti sunt duae olivae”

Antienne Isti sunt duae olivae

La Règle de Saint Benoît

La Règle de Saint Benoît

“Il écrivit une règle des moines remarquable par sa discrétion et dans un langage élégant”. Ces paroles tirées de la vie d’un saint abbé nommé Benoît, auquel le Pape saint Grégoire le Grand consacre tout le livre 2 de ses Dialogues, nous permet d’identifier l’auteur  d’une Règle des moines écrite peu après l’an 530. Cette Règle de saint Benoît (désormais RB) est bien connue de nom, mais sa doctrine spirituelle, son contenu restent souvent ignorés ou mal connus. Généralement on résume la RB par l’adage célèbre : “Prie et travaille” (ora et labora). Or, cette sentence, qui d’ailleurs ne se trouve pas dans notre Règle, est certainement réductrice par rapport à toute la richesse de notre texte. C’est pourquoi nous voudrions présenter dans cet article comme un sommaire, parcourir page après page la RB afin que cette règle de notre vie, et par là notre vie même, soit mieux connue.
La RB se présente donc comme un ensemble de 73 chapitres précédés d’un prologue ; ces chapitres eux-mêmes peuvent être regroupés en trois parties : la première (ch. 1 à 7) pose des principes spirituels pour la vie monastique, la seconde (ch. 8 à 67) règle la vie monastique dans les divers domaines (emploi du temps, hiérarchie, etc.), enfin la troisième (ch. 68 à 73) est comme une conclusion spirituelle sur la charité fraternelle avec un épilogue ouvrant sur d’autres horizons textuels.

Le Prologue
Il consiste en une invitation à la conversion, c’est-à-dire à se détourner de la désobéissance à la loi de Dieu (le péché) pour se tourner (se convertere en latin) vers Dieu (RB Pr. 2-3). Pour cela, saint Benoît, père et maître (RB Pr. 1), nous invite à écouter les paroles du Seigneur et à les mettre en pratique en se mettant à son service dans le monastère, “école du service du Seigneur” (RB Pr. 45), le but étant de “mériter de prendre place dans le royaume du Christ après avoir partagé ses souffrances par la patience” (RB Pr. 50).

Principes de la vie monastique (ch. 1 à 7)
Cette première partie nous présente d’abord le cadre de la vie monastique : le chapitre 1 nous dit que saint Benoît s’adresse à des cénobites, c’est-à-dire à des moines qui vivent « dans un monastère, sous une règle et un abbé », et justement le chapitre 2 nous présente ce que doit être l’abbé, père du monastère qui tient la place du Christ (RB 2, 2) et qui doit conduire ses disciples au ciel par le double enseignement de ses paroles et du bon exemple de sa vie (RB 2, 12); enfin saint Benoît détermine au chapitre 3 les relations entre l’abbé et sa communauté quant à la gestion temporelle du monastère, l’abbé doit prendre conseil des frères même si ultimement toutes les décisions lui reviennent.
Les chapitres suivants nous exposent les principes de la vie spirituelle du moine. Ainsi le chapitre 4 nous propose 74 sentences spirituelles, faciles à retenir et se présentant comme des « instruments de l’art spirituel » (RB 4, 75), elles nous invitent à l’obéissance aux commandements de Dieu (RB 4, 1-9), au renoncement et à la mortification (RB 4, 10-13 et 20), à la pratique des oeuvres de miséricorde (RB 4, 14-19) et des vertus (RB 4, 21-43 et 59-74), à la considération de nos fins dernières (RB 4, 44-46), à la garde de nos actions, pensées et paroles (RB 4, 47-54), aux lectures saintes, à la prière, à la componction (RB 4, 55-58).
Le chapitre 5 est un développement sur la vertu d’obéissance, dont l’acte doit être accompli promptement (RB 5, 4-9) par amour et à l’exemple du Christ (RB 5, 2 et 10-13).
Le chapitre 6 traite du silence nécessaire pour éviter le péché (RB 6, 1-2 et 4-5).
Enfin, le chapitre 7, le plus long de notre Règle, est consacré à l’humilité. Saint Benoît nous présente une échelle de l’humilité composée de douze degrés qui, en fait, « sont moins des échelons à gravir l’un après l’autre que des signes de vertu qui peuvent et doivent se montrer simultanément ». Avec saint Thomas d’Aquin, nous ordonnerons ces différents échelons comme suit : le premier degré, la révérence envers Dieu, le sens de la présence de Dieu (RB 7, 10-30), est comme le fondement de l’humilité; les quatre degrés suivants régleront la volonté humaine, le deuxième nous invite à ne pas suivre notre volonté propre (RB 7, 31-33), le troisième à se régler d’après le sentiment des supérieurs (RB 7, 34), le quatrième à obéir même dans les contrariétés (RB 7, 35-43); l’humilité doit aussi régler notre intellect, ainsi nous devons reconnaître nos défauts (5è degré, RB 7, 44-48), nous considérer d’indignes et mauvais serviteurs (6è degré, RB 7, 49-50) et mettre les autres avant nous (7è degré, RB 7, 51-54); enfin l’humilité doit s’étendre à nos attitudes extérieures : chercher à ne pas se distinguer des autres (8è degré, RB 7, 55), à se modérer dans ses paroles (9è et 10è degrés, RB 7, 56-59) et dans toutes ses actions (11è et 12è degrés, RB 7, 60-66).

Législation (ch. 8 à 67)

Après avoir posé les principes spirituels de la vie monastique, il s’agit maintenant de l’organiser. Cette section comprendra trois parties : dans la première est réglée la prière monastique (ch. 8 à 20), la deuxième traite en détail du bon ordre de la communauté (ch. 21 à 57), la troisième du recrutement et de la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67).

La prière monastique (ch. 8 à 20)

Après le traité de l’humilité, saint Benoît, sans aucun préambule, enchaîne avec l’organisation de l’office communautaire de nuit, ce qu’il appelle « vigiles » et que nous appelons actuellement « matines » (ch. 8 à 11). Ensuite est réglé le premier des sept offices du jour, pour saint Benoît les « matines » que nous appelons aujourd’hui « laudes » (ch. 12 et 13). Le chapitre 14 est consacré à l’office des fêtes des saints, le 15 au temps où il faut chanter « alleluia ». Au chapitre 16 nous trouvons une justification à cette organisation de l’Office divin par saint Benoît dans l’application des paroles de la Sainte Ecriture « sept fois le jour je vous ai loué » (Psaume 118, 164) et « au milieu de la nuit je me levais pour vous rendre grâces » (Psaume 118, 62) à cette prière communautaire. Cette section se poursuit avec l’ordonnancement des heures du jour : Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies destinées à sanctifier toute la journée, à revenir sans cesse à Dieu (ch. 17). Enfin cette organisation de la prière communautaire se termine avec la distribution des psaumes entre ces différentes heures.
Saint Benoît termine cette section par deux chapitres qui concernent l’attitude spirituelle à avoir non seulement dans la prière communautaire (ch. 19), « notre pensée doit être en accord avec notre voix » (RB 19, 7), mais aussi dans la prière personnelle (ch. 20), humilité, pureté du coeur et componction.

Le bon ordre de la vie communautaire (ch. 21 à 57)

Cette section commence par un chapitre (ch. 21) sur les doyens qui doivent assister l’abbé dans sa charge, ayant chacun sous leur surveillance un groupe d’une dizaine de moines. Cette surveillance concerne particulièrement le bon ordre dans les dortoirs, spécialement lors du lever (ch. 22).
La Règle se poursuit avec un code pénitentiel pour les fautes graves (ch. 24 à 30). Les punitions (ch. 24-26 et 30) sont de deux ordres : dans l’ordre spirituel, l’excommunication, c’est-à-dire la séparation de la communauté soit quant à la prière commune de l’Office divin, soit quant à la table commune; dans l’ordre corporel, pour ceux qui ne comprenaient pas les peines spirituelles, on procédait au châtiment des coups de bâton. Enfin après ces peines, après les efforts miséricordieux de l’abbé pour le ramener dans la bonne voie (ch. 27), après les prières spéciales de toute la communauté pour sa conversion, le moine qui persévère dans son attitude sera expulsé (ch. 28), mais non sans espoir de retour (ch. 29).
Saint Benoît s’occupe ensuite de l’administration temporelle du monastère (ch. 31 à 34). Il nous décrit la fonction et les vertus du cellérier (économe), le père temporel de la communauté (ch. 31) qui sera aidé par d’autres frères si ses charges sont trop prenantes (ch. 32). Les deux chapitres suivants concernent la pauvreté du moine qui ne possède rien de propre (ch. 33) mais qui reçoit de la miséricorde de l’abbé ce dont il a besoin et selon ses propres besoins (ch. 34).
Ensuite il faut traiter de la vie quotidienne des moines (ch. 35 à 41) et d’abord de leur nourriture (ch.35-41). Ainsi le chapitre 35 traite du cuisinier ou plutôt des cuisiniers, puisque tous les moines, en principe, doivent se succéder dans cette tâche « parce qu’elle nous apporte une grande récompense et qu’elle est un moyen de pratiquer la Charité » (RB 35, 2). Ensuite il faut déterminer le régime particulier des malades (ch. 36), des enfants et des vieillards (ch. 37), ainsi que l’attitude de miséricorde et d’attention qu’on doit avoir à leur égard. Enfin est expliqué le déroulement des repas à l’écoute d’une lecture édifiante (ch. 38), ce qu’on y mange (ch. 39), ce qu’on y boit (ch. 40), et à quelle heure (ch. 41).
Les chapitres suivants poursuivent cette réglementation de la vie quotidienne du moine. Le chapitre 42 nous parle du rituel des Complies et du « grand silence » à respecter la nuit, après cet office. Les trois chapitres suivants reviennent sur les fautes et les peines : le chapitre 43 traite des retardataires à l’Office divin ou à la table; le chapitre 44 de la manière de réintégrer la communauté après l’excommunication; le chapitre 45 des fautes commises pendant l’Office divin et le chapitre 46 de toutes les autres fautes légères. Saint benoît poursuit avec l’emploi du temps de la journée dans le chapitre 47 qui traite de la charge d’annoncer les heures des offices qui en ponctuent le cours, le chapitre 48 qui règle la répartition des différentes activités selon les périodes de l’année, ce sont, à part l’Office divin : le travail manuel et la lecture spirituelle (11). Le chapitre 49 s’occupe de l’observance du Carême, les pénitences personnelles devant toujours être soumises au jugement de l’abbé, non moins qu’au secours de sa prière (RB 49, 8). Puis il faut penser aux frères qui ne peuvent chanter l’Office divin dans l’oratoire du monastère – on voit toujours l’importance donnée par saint Benoît à la prière liturgique – soit qu’ils travaillent dans les champs (ch. 50), soit qu’ils sont en voyage (ch. 51). Enfin le chapitre 52 est un magnifique petit paragraphe sur l’oratoire du monastère, lieu de rencontre avec Dieu dans la prière liturgique mais aussi personnelle, c’est de cette prière personnelle dont il s’agit ici.
Pour finir nous avons cinq chapitres qui s’occupent de circonstances particulières de la vie quotidienne comme l’accueil des hôtes (ch. 53) qu’on devra « recevoir comme le Christ lui-même » (RB 53, 1-2), comme la réception de cadeaux (ch. 54); qui traitent tour à tour de la garde-robe du moine (RB 55), de la table de l’abbé qui, à l’époque, mangeait avec les hôtes (RB 56), ou enfin de l’exercice de métiers dans le monastère et de la vente de ce qui est produit par ces métiers (RB 57).

Le recrutement et la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67)

Le chapitre 58 s’occupe donc de l’accueil de ceux qui veulent « se convertir » (RB 58, 1), c’est-à-dire entrer dans la vie religieuse. C’est l’occasion de parler du maître des novices qui doit veiller sur les dispositions des candidats à la vie monastique en observant « attentivement s’ils cherchent Dieu véritablement, s’ils s’appliquent avec soin à l’OEuvre de Dieu, à l’obéissance et aux opprobres » (RB 58, 7). Nous tenons dans ces quelques mots l’essentiel de la vie monastique : la recherche de Dieu, le moine cherchant Dieu parce que Dieu lui-même le cherche comme le notait saint Benoît dans son Prologue (RB Pr., 14), d’une part; et d’autre part, les signes de cette recherche de Dieu, les trois « o », Opus Dei, Obedientia, Obprobria, c’est-à-dire la prière liturgique, fondamentale pour saint Benoît, l’obéissance et les pratiques d’humilité. Ce chapitre ce termine sur le cérémonial de l’admission dans la communauté.
Les trois chapitres suivants ont trait à trois types de vocations particulières : les enfants qui étaient offerts au monastère par leurs parents (ch. 59), les prêtres ou autres clercs qui désireraient se faire moines (ch. 60), les moines d’un autre monastère qui voudraient intégrer la communauté (ch. 61). Dans la continuité du chapitre 60, le chapitre 62 traite des prêtres que l’abbé pourrait faire ordonner.
On entre ensuite au coeur de la communauté avec un petit code de politesse monastique et même tout simplement chrétienne (ch. 63), suivi de chapitres sur l’élection de l’abbé (ch. 64), sur le choix d’un prieur par l’abbé (ch. 65) afin de l’assister et non de le contredire (RB 65, 2 et 7), sur le portier du monastère qui a pour charge d’accueillir les hôtes (ch. 66), sur la prière pour les frères qui partent en voyage ou qui en reviennent (ch. 67).

La Charité fraternelle (ch. 68 à 72) et Epilogue (ch. 73)

Cette Charité s’exprimera d’abord vis à vis de Dieu, dans l’exercice de l’obéissance à l’abbé, qui représente le Christ, dans les choses difficiles ou même impossibles (ch. 68). Cette Charité s’exprimera vis à vis des autres frères dans le fait de les laisser à l’autorité parternelle de l’abbé sans les défendre (ch. 69) ni les frapper (ch. 70) quand ils commettent des fautes, et dans l’obéissance mutuelle des uns aux autres selon la place de chacun au sein la communauté (ch. 71). Enfin le chapitre 72 qui serait à citer dans son entier résume l’ordre et le mode de notre Charité : « Absolument rien ne devra être préféré au Christ; qu’il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle » (RB 72, 12).
Dans son épilogue saint Benoît fait profession d’humilité : sa Règle « n’est qu’une règle pour débutants », que les moines s’appliquent donc à l’étude de la Sainte Ecriture, des Vies et Conférences des Pères, de la Règle de saint Basile (RB 73, 3-5), « c’est ainsi qu’ils pourront parvenir, grâce à la protection de Dieu, aux sommets les plus élevés de la doctrine et de la vertu » (RB 73, 9).

Conclusion

Au terme de cette présentation de notre sainte Règle, nous aimons à rappeler l’actualité de ce texte du VIè siècle, ce texte est en effet actuel pour inviter les âmes à chercher l’essentiel c’est-à-dire Dieu, actuel pour conduire les âmes à la vie éternelle, la seule chose nécessaire. Nous sommes inquiets de constater le désintérêt des jeunes gens et jeunes filles pour la vie religieuse : on pense à se faire une place dans le monde, on pense aux études, on pense à s’amuser, mais on oublie l’éternité, on oublie les choses spirituelles, on oublie de tendre à Dieu. La vocation n’est pas une possibilité envisagée sérieusement, si, même, elle est envisagée. La vie elle-même n’est pas envisagée dans son ensemble car on oublie que la fin de la vie c’est la mort et que nous n’entrerons pas au ciel selon notre place dans le monde économique, mais selon notre place dans le monde spirituel, place qui s’acquiert par la pratique des bonnes oeuvres.

La vie bénédictine

La vie bénédictine

Notre vie monastique tient tout entière comme dans son germe, dans le propos de saint Benoît quittant Rome et l’étude des Belles Lettres pour vivre seul avec Dieu dans la grotte de Subiaco. Des disciples étant venus se placer sous sa conduite, saint Benoît les répartit dans des monastères et leur donna une Règle.

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Science et Sainteté

Science et Sainteté

Extrait de l’Epître aux jeunes religieux bénédictins de la Congrégation de Saint Maur, en tête du Traité des études monastiques par Dom Jean Mabillon (1691)

Je vous prie de bien considérer, mes très chers frères, que je ne prétends pas faire de nos monastères de pures académies de science. Si le grand Apôtre se faisait gloire de n’en avoir point d’autre que celle de Jésus-Christ crucifié, nous ne devons point aussi avoir d’autre but dans nos études. (suite…)