Jeudi 3 décembre (ReConfinement J35) : Saint François Xavier

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La Punchline de Saint François Xavier

Manquer de confiance en la miséricorde de Dieu et en son pouvoir au milieu des périls dans lesquels nous pouvons tomber pour son service est un danger incomparablement plus grand que les maux que peuvent nous susciter tous les ennemis de Dieu.

Saint François Xavier, missionnaire jésuite (1506-1552)

L’Église doit faire connaître partout le message de son fondateur, le Christ. Dynamisme, expansion, propagande sont pour elle des devoirs impérieux. Au temps des conquistadores, nul ne fit plus que le jésuite François Xavier pour étendre le royaume de Jésus. En une douzaine d’années, avec les moyens pauvres de son temps, il réussit à parcourir près de cent mille kilomètres, implantant le christianisme dans l’Inde, l’Indonésie, le Japon. Il mourut quand il allait attaquer la Chine. Une telle œuvre, au temporel, est comparable à celle d’Alexandre ou de Colomb; au spirituel, elle rappelle un peu saint Paul.

Xavier, compatriote d’Ignace de Loyola, naquit en 1506 à Xavier, dans cette partie de la Navarre qui est de nos jours pays basque espagnol, auprès de l’Aragon, en un fier castel. Il était hidalgo, hijo de algo, « fils de quelque chose » : son père, le docteur don Jean de Jassu — Jassu se trouve en France, au nord de Saint-Jean-Pied-de-Port — conseiller du roi de Navarre et seigneur de Xavier (Xavier signifie « maison neuve »), mourut en 1512, alors que la Navarre venait d’être envahie par les Castillans. Il s’était opposé à ce coup de force, et cela valut bien des avanies aux siens et à leurs domaines. Les deux grands frères de François luttèrent vaillamment, en liaison avec les Français, contre les Espagnols. Ces alliés prirent Pampelune, que défendait Iñigo de Loyola. Mais le dernier mot resta aux gens de Charles-Quint. Après une résistance plus qu’honorable, les Xavier se soumirent.

François serait-il guerrier comme ses aînés? Juriste et administrateur comme son père? En septembre 1525, il partit pour l’université de Paris, âgé de dix-neuf ans. Là, il étudia au collège Sainte-Barbe. Le moment était périlleux pour un jeune : « ceux qui grécisaient luthéranisaient » a écrit un contemporain, le jésuite Bobadilla. La Providence permit que François se liât d’amitié avec un garçon de haute valeur morale, Pierre Favre (Le Fèvre), puis, après 1529, avec un vieil étudiant nouveau venu, Ignace de Loyola. En 1530, Xavier commençait à enseigner la philosophie au collège parisien de Dormans-Beauvais. Le 15 août 1534, dans une petite chapelle de Montmartre, Favre, ordonné prêtre au printemps de cette année, célébra une messe au cours de laquelle Ignace, François et quelques amis offriront à Dieu leur bonne volonté. On suivrait les désirs du Pape; on irait à Jérusalem, si possible. On était disposé à prêcher l’évangile par toute la terre, même chez les ennemis de la foi chrétienne.

En novembre 1536, Xavier, ayant renoncé à être chanoine de Pampelune, partait de Paris pour Venise avec quelques compagnons. Voyage pédestre de sept semaines, souvent dans la neige, un rosaire au cou, une bible et un bréviaire dans la besace. Venise entrait en guerre contre le Turc. Adieu le pèlerinage à Jérusalem! À Rome, Paul III bénit les projets des compagnons. Ignace et François furent ordonnés prêtres à Venise le 24 juin 1537. François voulut se préparer longuement à célébrer le saint sacrifice. Il s’offrit à Dieu le Père avec l’hostie sainte, pour la première fois, au cours de l’été, dans Vicence. Vers la fin de l’année, il travailla, et fut malade, à Bologne. Ces années italiennes furent surtout occupées par la prédication et par des soins aux pauvres des hôpitaux : pour vivre, il mendiait. Son italien assez grotesque faisait sourire : mais sa sincérité poignante s’imposait vite, quand il parlait de Dieu.

En 1539, le roi de Portugal Jean III demanda quelques apôtres pour des peuples des Indes. Ignace choisit Rodriguez, un Portugais; Bobadilla, un Espagnol assez âpre et entreprenant, qui semblait tout désigné pour affronter des barbares; et un humble volontaire, Paul, originaire de Camerino, dans les Marches. Certes, Xavier était lui aussi volontaire, mais il ne voulait pas forcer la main à son chef. Une bienheureuse sciatique rendit Bobadilla inapte à l’essor. Ignace manda Xavier : « Maître François, vous savez que nous avions choisi pour l’Inde maître Bobadilla. Son infirmité le retient… Voilà qui est pour vous. » La réponse jaillit : « Eh bien! Allons! Me voici! » Pues, sus! Heme aqui (cf. Is 6, 8).

Vingt-quatre heures pour se préparer. Xavier ravauda ses vieilles nippes, caleçons, tunique, prit son crucifix, son bréviaire, et un livre de Marcus Marulus, publié à Cologne en 1531, Opus de religiose vivendi institutione per exampla : de bons exemples de bonne vie, bibliques et patristiques, puisés entre autres chez saint Jérôme.

À Lisbonne, Xavier pria dans cette église de Bethléem où Vasco de Gama avait invoqué le Créateur avant de partir pour son illustre périple (1497-1503). Albuquerque également, qui avait ôté à l’Islam la maîtrise des mers indiennes en prenant Ormuz en 1507, Goa en 1510, Malacca en 1511, s’était recueilli en ce lieu sacré. Le jésuite, du haut d’une chaire mobile posée sur la plage, exhorte ses compagnons au zèle apostolique.

Le voyage fut très pénible, sur le Santiago, une grosse et lourde caraque qui tenait mal la mer. On était parti le 7 avril 1541 (un peu tard, mais le mauvais temps s’était prolongé outre mesure) : Xavier avait exactement trente-cinq ans. On arriva à Goa le 6 mai 1542. Xavier écrivait de Mozambique le 1er janvier 1542 : « J’ai eu le mal de mer pendant deux mois. » Pour faire passer son mal, il se mit au service des malades. Sa cabine devint une infirmerie. Peu à peu sa bonté amena l’amélioration morale de ses compagnons de souffrance. Le marais nautique, aux bas-fonds pestilentiels du navire, où pourrissaient les rats crevés, n’était rien auprès des sentines du vice que le Santiago emportait dans ses flancs. Xavier organisa la propreté matérielle et spirituelle.

À Mélinde, sur la côte d’Afrique, Xavier put admirer une croix érigée par Vasco de Gama. Il y avait là dix-sept mosquées, dont trois seulement servaient encore.

Goa était la capitale des Indes. Xavier y commença son apostolat. Était-il bien secondé pour ses débuts? Il jugeait son collaborateur « d’une très suffisante simplicité ». Les Portugais n’avaient guère rendu le Christ aimable et attirant aux indigènes. Voire, leur domination se faisait trop souvent dure et cruelle. Ces bons colons comptaient les coups de la bastonnade sur leur rosaire. Celui que l’on appela bientôt « le saint Père », ou le « grand Père », essaya de répandre partout la charité du Christ. Il visita les malades, les lépreux, entra dans les prisons, chez les pauvres. Il instruisait les enfants, qu’il récoltait en passant dans les ruelles, une clochette à la main. Des cantiques faisaient connaître les vérités chrétiennes, et bientôt ils retentirent dans les rizières et sous les cocotiers. Des enfants, des esclaves, ces enseignements remontaient — ou descendaient … aux parents et aux maîtres. Les enfants se montraient féroces pour les idoles. Ils portaient la croix du saint Père aux malades. L’évêque de Goa et le roi de Portugal se déclarèrent contents : ils souhaitaient partout des écoles catéchétiques à la Xavier.

Les pluies une fois tombées, l’apôtre se rendit vers le cap Comorin, au sud de l’Inde, chez les pêcheurs de perles. Quelque 20 000 Papavers peuplaient ces côtes. lls avaient été baptisés, huit ans auparavant, mais non instruits. Xavier les évangélisa (1542-1543), les défendit contre les exactions des Portugais, ou de leurs employés païens, et contre les sauvages du Maduré (1544). Il combattit avec succès l’alcoolisme par l’arak, le vin de palme. Xavier eut bien entendu l’occasion de causer avec des brames. Il les a jugés sans indulgence : des gens qui ne disent pas la vérité, pour qui l’idole n’est qu’un gagne-pain.

De dures pénitences étaient la rançon de ses avantages spirituels. On raconte l’histoire d’un matelot qui jurait et blasphémait parce qu’il perdait au jeu. Xavier lui fait parvenir quelque argent : qu’il persévère (à jouer), la chance tournera. De fait, le matelot regagne tout, et sort du jeu décidé à virer de bord spirituellement : à-Dieu-va! Peu après, Xavier le confesse à l’escale. L’homme termine sa pénitence dans la chapelle où il avait vidé son sac lourd de sept ans de péchés, et sort. Dans un bois voisin, il trouve le Père qui se flagelle. « Laissez-moi, dit Xavier, faire un peu pénitence pour vous. » Si quelqu’un méritait la garcette, si quelqu’un n’avait pas volé son « chat à neuf queues », assurément ce n’était pas le Père. Notre homme empoigna la discipline, et vlan! vlan! sur sa peau hâlée par bien des soleils et salée par les embruns ! Et désormais il suivit droit la coursive qui mène au ciel.

Xavier, comme son maître le Christ (Lc 6, 12), aimait les longues prières nocturnes. Sur mer, il priait de minuit à l’aurore : les matelots le considéraient comme un porte-bonheur. Dans sa cellule, ce qui frappait l’œil, c’était le crucifix. On notait aussi une autre croix, voilée, et le bréviaire. Le lit avait une pierre comme oreiller.

En 1544-1545, Xavier travailla surtout pour Ceylan, sans succès, car les Portugais le contrecarraient à cause d’intérêts commerciaux, puis, en 1545-1547, pour les Moluques — entre les Célèbes (Macassar) et la Nouvelle-Guinée. Prenez une carte de l’Insulinde pour constater le bond prodigieux de l’apôtre, le formidable mouvement tournant, d’immense envergure, vers l’Extrême-Orient. L’amour du Christ le presse (2 Cor 5, 14). Malheur à lui, s’il ne prêche pas l’Évangile! (1 Cor 9, 16). Que l’on ne dise pas qu’il ferait mieux de s’occuper de sa mission hindoue. Il est créé pour amorcer les mouvements, risquer le premier les lointaines expériences dangereuses, mourir sur la brèche.

C’est au cours de cette expédition aux Moluques, dans la région d’Amboine, que se place un miracle assez controversé. Xavier était en mer. Son crucifix lui échappa. Il atterrit peu après. Il marchait sur la plage, accompagné d’un rustre nommé Fausto Rodriguez, quand il vit un crabe sortir de l’eau et venir à lui tenant dans ses pinces le crucifix. Le bon crustacé le remit en mains propres, puis rentra dans son élément. Rodriguez semble la seule source du récit : tardive et bien contestable, estimait le bollandiste Peeters en 1928. Le P. Delahaye suggérait qu’on avait là une adaptation d’un conte oriental. Cependant le P. Schurhammer, qui est actuellement peut-être le meilleur connaisseur de l’histoire de Xavier, s’est déclaré en 1953 partisan de l’historicité.

Étrange gibier que le chasseur d’âme trouva dans ces îles! Les cannibales ne manquaient pas. Il y avait des collectionneurs de têtes humaines, comme les Alfoures. Comment aborder ces enfants terribles? apprivoiser ces bêtes féroces? Xavier réinventait les incantations de l’oiseleur, les charmes caressants de la tendresse maternelle. Il voulut visiter l’île du More, au nord des Moluques. Là, on servait aux hôtes des mets empoisonnés. Baptisés douze ans auparavant, les habitants avaient tué leur prêtre. Un nouveau pasteur les avait domptés un instant par les armes; mais il n’osa rester. Et Xavier irait chez ces monstres! On lui refusa un bateau. « J’irai donc à la nage. » Au moins, qu’il emporte des antidotes. « La confiance en Dieu est bon contre-poison. » Il y alla, et voici ce qu’il en écrivait le 20 janvier 1548 : « Ces îles sont faites et disposées à souhait pour qu’on y perde la vue en peu d’années par l’abondance des larmes de consolation… Cependant je circulais habituellement dans des îles environnées d’ennemis et peuplées d’amis peu sûrs, à travers des terres dépourvues de tout remède pour les maladies, et comme dénuées de tout secours pour conserver la vie. Mieux vaudrait appeler ces îles de l’espoir en Dieu que du More. »

Dans l’île de Ternate, le « roi » musulman, assez tolérant, fit bon accueil au missionnaire. Mais il avait « une centaine de femmes principales, sans parler des autres ». Pour sa part, il se serait accommodé d’une entente entre l’Islam et le Christianisme. Plus tard, les Hollandais (protestants) aidèrent les musulmans à chasser ou à tuer les catholiques. Plus d’un Moluquois resta fidèle à la foi de François.

Nommé à son départ d’Europe nonce apostolique par le Pape, Xavier fut supérieur des jésuites de l’Inde de 1542 à 1551. D’octobre 1549 à 1552, il fut « provincial » de l’Inde. En 1518, il pouvait admirer à juste titre le développement de la Compagnie de Jésus, approuvée par Rome en 1540. Mais déjà, après un an de séjour dans l’Inde, en 1548, il rêvait d’entreprendre, à l’extrémité du monde, la conquête du Japon. Il notait, le 20 janvier de cette année : « Je prie Dieu de me prescrire clairement ce qui lui tient le plus à cœur. » Mais Ignace n’avait-il pas son mot à dire sur cette petite entreprise? Assurément ; toutefois il fallait compter avec les lenteurs de la correspondance. En dix ans, seulement cinq courriers de Rome : 1543, 1545, 1547 (deux), 1551, plus deux courriers supplémentaires du Portugal (1544, 1548), ce qui fait deux ans huit mois de silence (1541-1543), puis environ deux ans (1543-1545), ensuite deux ans moins trois mois (1545-1547), enfin quatre ans deux mois (1547-1551). François expose en 1548 qu’un échange de lettres entre Moluques et Rome exige au minimum trois ans neuf mois. Et il y a des occasions qu’on ne peut laisser échapper, sauf à s’en expliquer plus tard.

Justement, vers la fin de 1547, à Malacca, un Japonais nommé Yajiro était venu lui demander le baptême. Il avait fui son pays, peut-être à la suite d’un crime passionnel. C’était un homme doux, poli, ouvert, qui posait des questions intelligentes. Jamais Xavier n’avait vu un païen aussi séduisant. Ce qu’il entendait dire du Japon lui donnait une envie extrême d’évangéliser ce pays.

Ayant donc réglé de son mieux l’organisation du collège Saint-Paul de Goa, de l’Inde et des postes de l’ Indonésie, Xavier s’embarqua pour la grande île mystérieuse en juin 1549. Sinistre voyage, sur une jonque où régnait une idole chinoise. Sans cesse, le patron de la nef consultait les sorts, et Satan prenait plaisir à rendre la navigation d’une lenteur mortelle. Enfin, un coup de vent du Saint-Esprit jeta la nef dans Kagohsima, port de l’île Kyūshū, le 15 août 1549.

Au bout d’un long mois, il fut reçu, avec une politesse froide, par le prince local. Xavier aurait voulu une audience de l’empereur. On le fit attendre. Il visita des bonzes. Essayant de se faire comprendre, Xavier compara la vie humaine à une navigation. « Je vous entends, répondit son interlocuteur. Mais je ne sais vers quoi je navigue. J’ignore où et comment j’aborderai. » Le baptême lui parut souhaitable; mais le respect humain le lui rendait impossible. Xavier resta un an à Kagoshima et convertit une centaine d’âmes. Il écrivait en Europe : « Les Japonais sont le meilleur des peuples. » Il aurait voulu se rendre à la capitale, au grand centre de tout, à Heian-kyō (Kyōto). Il y arriva, enfin. Mais là c’était la guerre civile à l’état endémique. L’empereur était en fuite. Après onze jours passés dans cette capitale fantôme, il repartit pour la province. Il passa quelques mois à Yamaguchi, où il obtint des conversions. Seulement le vocabulaire le trahissait. Le mot deos, qu’il prétendait offrir à ses auditeurs pour signifier Dieu, sonnait à leurs oreilles comme le japonais « grand mensonge ». Il les conviait à aimer Dieu. Mais aimer n’avait dans leur langue qu’un sens strictement charnel. Les samouraï ou seigneurs recevaient quelquefois Xavier et ses compagnons, un peu comme ils auraient fait venir des boufffons. L’apôtre le sentait; il eût aimé les cravacher d’insultes cinglantes.

Il réussit cependant à créer dans Yamaguchi une petite chrétienté qui fut « les délices de son âme ». La grâce du Christ inspirait à la vieille politesse japonaise des prévenances, des délicatesses, qui enchantaient Xavier, bien peu gâté jusqu’ici sur ce chapitre : n’avait-il pas fui les Portugais de l’Inde, dont le christianisme de façade lui avait semblé parfois odieux comme un baiser de Judas, pour tomber sur les quasi-hôtes féroces des Moluques?

Enfin, après un séjour à Bungo, dans Kyūshū, il revint dans l’Inde (fin 1551-début 1552). Les fatigues avaient blanchi ses cheveux : que de fois, par exemple, il avait marché les pieds nus, et bientôt ensanglantés ! Mais ce retour n’était que provisoire. Une objection japonaise l’avait frappé : si le christianisme était si excellent., pourquoi la Chine, qui avait exporté au Japon tant d’excellentes idées, n’avait-elle pas adopté cette doctrine? Eh bien! François créerait, à l’usage de ses chers Japonais, un catholicisme chinois! Et il disait à un confrère de la Compagnie : « Demandez à Dieu notre Seigneur qu’il me donne la grâce d’ouvrir le chemin aux autres, puisque moi je ne fais rien » Cela évoque le Baptiste au début des évangiles : « Préparez le chemin du Seigneur. » Une fois de plus on leva l’ancre. Une fois de plus l’éléphant océan le porta sur son dos houleux. François revit Malacca; à Singapour il écrivit plusieurs lettres. En août il arrivait dans l’île Shangchuan (les Anglais disent St John) à quelque 150 kilomètres du grand port chinois de Canton (Guangzhou). Là, sur cette terre, il attendrait l’occasion favorable pour entrer dans l’immense empire.

Elle ne vint pas. Déjà il tirait de nouveaux plans : si provisoirement la Chine est impossible, il se tournera vers le Siam. La solitude grandissait. Il n’avait près de lui qu’un Malabar sur lequel il ne pouvait compter, et un jeune Chinois, Antoine. Des malaises le prirent. La visiteuse à qui on ne peut fermer sa porte était là. Vers la fin de novembre, il tombait malade. Il disait et redisait : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! (Mt 15, 22; Lc 18, 38). Ayez pitié de mes péchés! » Au bout de huit jours, il perdit la parole. Cela dura trois journées : il ne reconnaissait personne, ne mangeait rien. Puis le sentiment lui revint : il invoquait la sainte Trinité, implorait de nouveau « Jésus, fils de David ». Il s’adressait aussi à Notre-Dame : « Ô Vierge, mère de Dieu, souvenez-vous de moi ! » Parfois, des mots inconnus à Antoine lui venaient : peut-être le basque de son enfance. Peu avant l’aube du 3 décembre 1552, le Chinois, voyant qu‘il s’en allait, lui mit un cierge dans la main. Il mourut paisiblement, en invoquant Jésus.

Son corps fut porté à Goa. Une lettre d’Ignace, qui le rappelait — au moins provisoirement — en Europe, arrive après la mort de Xavier. Le grand missionnaire fut béatifié en 1619, canonisé en 1622 (la bulle est de 1623). Sa fête, fixée d’abord au 2 décembre, fut déplacée au 3 en 1663. Benoît XIV le proclame en 1748 patron des Indes; Pie X en 1904 plaça sous sa protection l’œuvre de la Propagande. En 1927, Pie XI déclara patrons des missions saint Xavier et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. — Dans le calendrier positiviste d’Auguste Comte, ou « tableau concret de la préparation humaine », notre saint est commémoré le 22 du sixième mois (qui est consacré aux plus grands hommes du christianisme).

Xavier était de taille moyenne. Il portait une soutane sans ceinture qu’il tenait habituellement des deux mains à hauteur de la poitrine, comme pour soutenir ses bras. Une iconographie un peu tardive n’a pas manqué de transformer cette attitude simple et familière en un geste conventionnel pour soulager un cœur par trop embrasé d’amour. Il avait le nez long, fort, des yeux gros, une barbe courte, mal fournie. Les hagiographes ont majoré ses voyages, ses miracles; le nombre des païens qu’il baptisa : 30 000 semble bien le chiffre maximum, d’ailleurs imposant. On lui a prêté le don des langues, alors qu‘il s‘est plaint souvent des terribles difficultés qu‘il avait à se faire comprendre. Risquerons-nous une esquisse spirituelle du grand homme? Il semble émancipé, si loin de son Père terrestre de Rome. Et cependant, il demeure affamé d’obéissance et d’humilité. Cette humilité n’est pas inconciliable avec une noble fierté d’être Navarrais et jésuite. Autoritaire et parfois sec, il a aussi des trésors de tendresses, de bontés, d’attentions. Du Basque, il a la manie des départs, des explorations. L’amour de Dieu lui donnait une grande souplesse d’adaptation aux usages indigènes, ce don irremplaçable chez le missionnaire. Il savait se faire tout à tous comme saint Paul. On l’a noté en 1555 : « il était lascar avec les lascars. » Ignace lui reprocha doucement de trop payer de sa personne; il l’aurait préféré administrant l’Inde et envoyant des frères à la découverte. Mais ce seigneur féodal voulait être le premier à sauter sur les brèches du château fort Asie. Comme la place à enlever était énorme, il avait fait de la guerre de siège une guerre de mouvement. Cette stratégie épuisante, presque toute en galopades de ses désirs sur les mers, ou en marches harassantes, l’a tué dès sa quarante-sixième année. Il reste que son rêve magnifique a commencé la réunion de la famille humaine autour du Père commun.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Deus, qui Indiárum gentes beáti Francísci prædicatióne et miráculis Ecclésiæ tuæ aggregáre voluísti : concéde propítius ; ut, cuius gloriósa mérita venerámur, virtútum quoque imitémur exémpla. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par la prédication et les miracles du bienheureux François, avez voulu faire entrer dans votre Église les peuples des Indes, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce d’imiter les exemples de vertu de celui dont nous honorons les glorieux mérites. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552)

Ô mon Dieu ! ce n’est ni la crainte de votre main qui lance la foudre, ni l’horreur du feu de l’enfer, qui dévore éternellement les pécheurs, qui me déterminent à vous servir. Vous m’y engagez par vous-même, ô mon Dieu ! Vous m’attirez, ô Jésus-Christ, percé d’une lance : votre croix me presse, et le sang, ô Jésus, qui s’écoule de vos plaies ! N’y eût-il plus d’enfer à craindre, n’y eut-il plus de gloire à espérer : néanmoins, ô mon Créateur, ravi de vos perfections infinies, vénérant votre Majesté divine, si sublime et si sainte, et votre ineffable Providence, je vous aimerais, sans attendre aucun prix de mon amour. Ô Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils d’une Vierge, plein de douceur, de force et d’innocence, qui avez daigné mourir pour nous, je vous aimerais sans récompense, avec tout l’amour dont vous êtes digne. Ainsi soit-il.

Prière de Saint François Xavier (1506-1552) à la Très Saint Vierge

Ô sainte Souveraine, ô Marie, espérance des chrétiens, et reine des anges et de tous les saints et saintes qui sont dans le ciel en présence de Dieu, je me recommande à vous, ô ma Souveraine, et à tous les saints, dès à présent, et pour l’heure de ma mort, afin que vous me préserviez du monde, de la chair et du démon, qui sont mes ennemis, et qui tendent sans cesse des embûches à mon âme, aspirant uniquement à la précipiter dans les enfers, et y employant tous leurs artifices. Je vous prie et je vous conjure, ô Mère infiniment tendre, de me garder. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui.

Ã. Ô Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

Antienne grégorienne “Benedicta tu”

Ã. Exspectabo Dominum Salvatorem meum, et præstolabor eum dum prope est, alleluia.

Ã. J’attendrai le Seigneur, mon Sauveur, et je le guetterai tandis qu’il est proche, alleluia.

Antienne grégorienne “Expectabo Dominum"

Antiennes Expectabo et Benedicta tu