Jeudi 23 avril (Confinement J38)

La Punchline des Pères du Désert

Un ancien a dit : Éloigne-toi de tout homme qui conteste dans les discussions.

Sermon de Saint Bernard pour le 1er dimanche après Pâques

La Foi qui vainc le monde

« Tout ce qui est né de Dieu vainc le monde » (1Io 5, 4). Depuis que le Fils unique de Dieu a cru que ce n’était pas une usurpation pour lui d’être égal à Dieu, qu’il a daigné, en même temps, se faire fils de l’homme et s’est montré homme par tout ce qui paraît au dehors, le néant de l’homme ne semble pas trop présumer de lui en s’attribuant une filiation divine : en effet, il n’est pas indigne de Dieu de devenir le Père de ceux dont le Christ s’est fait le frère. Voilà pourquoi saint Jean qui nous rappelle bien souvent et avec plus d’insistance que les autres notre adoption en qualité « d’enfants de Dieu, nous dit dès le commencement même de son Évangile : « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Io 1, 12). Or, ce langage s’accorde très bien avec celui que nous lui avons entendu tenir aujourd’hui dans sa lettre, quand il disait : « Tout ce qui est né de Dieu vainc le monde. » Car tous ceux qui sont avec le Christ sont haïs du monde, mais le monde est vaincu par le Christ et par eux avec lui. « Ne vous étonnez point, dit-il, que le monde vous haïsse, et sachez qu’il m’a haï avant vous (Io 15, 18). » Et ailleurs il ajoute : « Mais ayez confiance, car j’ai vaincu le monde (Io 16, 33). » Voilà comment s’explique clairement pour nous la vérité de ce que l’Apôtre nous disait quand il s’exprimait ainsi : « Ceux qu’il (sans doute Dieu le Père) a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l’image de son Fils » (Rm 8, 29). Vous l’entendez, « pour être conformes, » ils sont donc adoptés après lui, afin qu’il fût lui-même l’aîné de plusieurs frères; et si c’est après lui que le monde les hait, il est également vaincu par eux après l’avoir été par le Christ.

Il est donc bien vrai que ce qui est né de Dieu vainc le monde, en sorte que vaincre la tentation soit la preuve qu’on est né de Dieu. Il est aussi vrai que, si celui qui est né de Dieu, et qui est fils de Dieu par nature, le Christ, a triomphé du monde et de son prince, alors nous tous qui sommes les enfants de l’adoption nous pouvons aussi vaincre le monde. Et nous le vainquons, en effet, mais ce n’est qu’en celui qui fait notre force et en qui nous pouvons tout. Car « la victoire par laquelle le monde est vaincu est l’effet de notre foi » (1Io 5, 4). En effet, c’est par la foi que nous devenons enfants adoptifs de Dieu, et ce que le monde, qui est tout entier adonné au mal, déteste en nous et poursuit, c’est notre foi; mais aussi ce par quoi il est vaincu, c’est notre foi, selon ce mot de l’Écriture : « C’est par la foi que les saints ont vaincu des royaumes » (Hbr 11, 33). Pourquoi la victoire ne serait-elle point attribuée à la foi, quand la vie même lui est attribuée? Car il est dit : « Le juste vit de la foi » (Ha 2, 4, et Rm 1, 17). Toutes les fois donc que vous résistez à la tentation, toutes les fois que vous vainquez l’esprit malin, n’attribuez point votre victoire à vos propres forces; non, ne vous glorifiez point en vous-même, mais glorifiez-vous seulement dans le Seigneur. En effet, comment ce Fort armé de l’Évangile céderait-il la victoire à votre faiblesse? Écoutez d’ailleurs, les avis que nous adresse celui que le Seigneur a établi lui-même le pasteur de son troupeau : « Votre adversaire tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer, résistez-lui en demeurant fermes dans la foi » (1Pt 5, 8). Voyez-vous comme tous les témoignages de la vérité concordent parfaitement entre eux? Paul dit que c’est par la foi que les saints ont vaincu des royaumes (Hbr 11, 33) ; Pierre nous apprend que c’est par la foi qu’il faut tenir tête au prince de ce monde, et saint Jean ajoute : « La vraie victoire par laquelle le monde est vaincu est l’effort de notre foi. »

Le même apôtre continue: « En effet, qui est-ce qui est vainqueur du monde sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1Io 5, 5) Il n’y a rien de plus certain que cela, mes frères, il est bien sûr que quiconque ne croit pas au Fils de Dieu, non-seulement est déjà vaincu, mais jugé même, car sans la foi il n’est pas possible de plaire à Dieu (Hbr 11, 6). Toutefois, un doute peut-être s’élève dans votre esprit, en voyant que, parmi tant d’hommes qui croient que Jésus est le Fils de Dieu, il y en a si peu qui ne soient pas dans les liens de leurs passions. Pourquoi donc dire « Qui est-ce qui vainc le monde, sinon celui qui croit que Jésus est Fils de Dieu », puisque le monde lui-même tout entier [à l’époque de Saint Bernard] le croit maintenant? Est-ce que les démons ne le croient pas aussi, et ne tremblent-ils pas? Je réponds à cela, qu’il ne faut pas croire que c’est regarder Jésus comme le Fils de Dieu, que de ne se sentir ni effrayé de ses menaces, ni attiré par ses promesses, ni obéissant à ses préceptes, ni soumis à ses conseils. Celui qui en est là, quand même il confesserait de bouche qu’il le tient pour Dieu, ne le nie-t-il point par sa conduite? Or, « la foi sans les œuvres est une foi morte en elle-même »(Iac 2, 20). Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’une foi pareille ne soit pas le moins du monde victorieuse, puisqu’elle n’est pas même vivante.

Vous me demandez quelle est, pour moi, la foi vive et victorieuse? C’est celle par laquelle le Christ habite dans nos cœurs, attendu que le Christ est notre force et notre vie. En effet, selon l’Apôtre : « Lorsque Jésus-Christ, qui est notre vie, viendra à paraître, vous paraîtrez aussi alors dans la gloire » (Col 3, 4). Mais d’où viendra cette gloire, sinon de la victoire, et pourquoi apparaîtrons-nous avec lui sinon parce que nous vainquons avec lui?

Prières

Prière de Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

Je crois en vous fidèlement, ô mon Dieu, et c’est dans la foi que j’accomplis toutes mes œuvres. Augmentez ma joie par la pratique de chaque vertu, vous ma joie, ô Seigneur de l’univers ! Dans l’amour et la foi, je veux vous suivre car c’est vous qui m’avez créé(e). Vous me donnez ce qui est bon, il ne me manque rien de ce que je demande et désire. La foi m’enseigne la prière juste : donnez-moi uniquement ce qui vous plaît et qui ne passe pas ! Plein(e) de misère, vers vous je soupire, pour mon frère ou pour moi-même, inspirez-moi les œuvres bonnes et saintes qui accomplissent toutes les exigences de votre Amour ; comblez mes désirs légitimes ! Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui nos beáti Geórgii Mártyri tui méritis et intercessióne lætíficas : concéde propítius ; ut, qui tua per eum benefícia póscimus, dono tuæ grátiæ consequámur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui nous donnez un motif de joie dans les mérites et l’intercession du bienheureux Georges, votre Martyr, accordez-nous, avec bonté, qu’en recourant à cette intercession pour solliciter vos bienfaits, nous les obtenions au moyen de votre grâce.

Antiennes

Ã. Beatus Georgius in consilio impiorum non abiit, sed in lege Domini voluntas eius fuit, allelúia.

Ã. Le Bienheureux Georges ne s’est pas rendu au conseil des impies, mais sa volonté se tint dans la loi du Seigneur, alleluia.

Antienne grégorienne “Beatus Georgius”

Ã. Labia iusti laudabunt Deum in vita sua, allelúia, et ideo dextera sua suscepit eum, allelúia.

Ã. Pendant sa vie, les lèvres du juste loueront le Seigneur, alleluia, et c’est pourquoi sa droite l’accueillera, alleluia.

Antienne grégorienne “Labia iusti”

Ã. Misi dígitos meos in fixúras clavórum, et manum meam in latus eius, et dixi : Dóminus meus, et Deus meus, allelúia.

Ã. J’ai mis mes doigts dans les plaies causées par les clous, et ma main dans son côté, et j’ai dit : Mon Seigneur et mon Dieu, alleluia.

Antienne grégorienne “Misi”

Ã. Quia vidísti me Thoma, credidísti : beáti qui non vidérunt, et credidérunt, allelúia.

Ã. Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru : Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, alleluia.

Antienne grégorienne “Quia vidisti me”