Jeudi 30 avril (Confinement J45)

La Punchline du R.P. Garrigou-Lagrange O.P.

L’abandon à la volonté divine est une des formes les plus belles de l’espérance unie à l’amour de Dieu.

Sainte Catherine de Sienne : Extrait du Dialogue avec Notre-Seigneur

La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut. – Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d’espérer en Dieu. (Rép. IV, ch. VII [141])

Vois comment ma Providence a réparé la ruine de l’homme, j’ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l’homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l’ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l’homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu’il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son cœur du monde et l’élever vers moi. Et cependant l’homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu’il y rencontre, il ne voudrait jamais s’en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, ce que ferait l’homme malheureux s’il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce Providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance ; c’est le moyen d’éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu’il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma Providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse.

J’ai donné beaucoup à l’homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu’un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême ; si quelqu’un désire la bonté, je suis l’éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j’accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m’appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l’âme qui s’est revêtue de ma volonté. Je suis cette Providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi ; je leur accorde tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, qui est dans l’éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? Ne les ai-je pas faites pour vous, et n’ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu’il devait ouvrir à son prochain, n’a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu’il n’en suit pas les traces ; et c’est pour cela qu’il se rend insupportable à lui-même, tout son mal vient de ce qu’il espère en lui, au lieu d’espérer en moi.

Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m’appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma Providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu’il a placé toute son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L’amour de lui-même l’aveugle au point qu’il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d’une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l’enfer.

Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j’ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil (Mt 5, 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l’âme du juste, qui par amour pour moi s’est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur cœur dans l’abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d’eux-mêmes ; ils ne se tourmentent plus des choses du monde ; et renoncent à tout ce qui les regarde ; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j’ai pour eux une providence particulière. L’Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

L’Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité ; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l’amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l’eau de l’amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l’Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné ; il revêt l’âme, il l’enivre, l’inonde de douceur et la comble de richesses.

Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l’humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l’élève au dessus du monde et des sens, parce qu’il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d’une lumière parfaite, parce qu’il n’espère pas en lui. Une ferme espérance et une foi vive l’attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu’il trouve en tout ma volonté, et qu’il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n’altère sa patience. En toutes choses il est calme et inébranlable, parce qu’il est affermi sur la pierre vivante, et qu’il voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l’unique but de son salut.

C’est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu’à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive ; c’est pour cela que je lui donne tout ce qu’il reçoit. Ceci est évident pour l’âme qui se dépouille d’elle-même, qui se réjouit de tout ce qu’elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les choses grandes et difficiles, la foi lui montre toujours ma Providence? Oh qu’elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l’âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d’abord donnée !

Prières

Prières de Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

Ô Dieu d’amour, que puis-je dire de votre Vérité? Parlez de la vérité, vous qui êtes la Vérité. Moi je vous ignore, et je ne puis parler que des ténèbres. Je n’ai pas suivi le Fruit de votre croix, et j’ai marché dans les ténèbres sans les connaître ; car celui qui connaît les ténèbres connaît la lumière. Mais moi j’ai suivi les ténèbres, et je ne les ai pas approfondies.

Dites-moi, Seigneur, la vérité sur votre Croix, et j’écouterai. Vous me dites que certains persécutent le Fruit de votre Croix, et c’est vous qui êtes le Fruit de votre croix. Ô Verbe, Fils unique de Dieu, qui, par l’excès de votre amour pour nous, vous êtes placé comme un fruit sur deux arbres : sur l’arbre de la nature humaine d’abord, pour nous révéler la vérité de votre Père invisible, que vous représentez ; sur l’arbre de la Croix ensuite, où ce ne sont pas les clous qui vous ont attaché, mais les seules forces de votre amour, et cela pour nous montrer la vérité de la volonté de votre Père qui voulait notre salut.

Les hommes ne le savent et ne le comprennent que par la lumière dont vous éclairez leur intelligence, la partie la plus noble de notre âme. Et cette lumière est la lumière de la foi, que vous accordez à tout chrétien dans le baptême, où votre grâce coule pour effacer la tache originelle et nous donner la lumière suffisante pour nous conduire à la béatitude.

Hélas ! nous pouvons, par la corruption de l’amour-propre, obscurcir nos yeux, que votre grâce a illuminés dans le baptême. Nous pouvons nous aveugler par les nuages de la tiédeur et les vapeurs de l’amour-propre ; et alors nous vous méconnaissons, vous, le véritable bien. Nous appelons mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal, et nous devenons, par cet abus de la vérité, plus ingrats et plus mauvais que si nous n’avions pas reçu la lumière ; car un chrétien qui s’égare est pire qu’un infidèle ; il peut seulement recourir plus facilement au remède qui doit le guérir, à cause des lueurs de la foi qui reste encore en lui.

Ô Vérité, qui suis-je donc pour que vous me donniez la vérité ? Je suis celle qui ne suis pas, et votre Vérité est celle qui agit, parle, et fait toute chose. Votre Vérité est celle qui donne la vérité, et c’est par votre Vérité que je dis la vérité. Votre Vérité éternelle se communique de différentes manières à toutes les créatures ; mais elle ne s’épuise pas et ne change jamais. Vous, Dieu éternel, Fils de Dieu, ô Jésus, vous êtes venu de Dieu pour accomplir la volonté de votre Père. Sans vous personne ne peut avoir la vérité, et si quelqu’un veut avoir votre vérité, il ne doit l’affaiblir par aucune erreur : il faut la posséder sans mélange, et c’est ainsi que les bienheureux en jouissent dans votre éternelle contemplation.

Ô Dieu éternel, délivrez-moi donc des chaînes de mon corps, afin que je puisse voir votre Vérité ; car maintenant la mémoire ne peut vous saisir, l’intelligence vous comprendre, et la volonté vous aimer comme vous le méritez. Ainsi soit-il.

Oratio

Da, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui beátæ Catharínæ Vírginis tuæ natalítia cólimus ; et ánnua sollemnitáte lætámur, et tantæ virtútis proficiámus exémplo. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que célébrant la naissance au ciel de la bienheureuse Catherine, votre Vierge, nous retirions une sainte joie de cette fête annuelle, et profitions de l’exemple que nous donne sa si grande vertu.

Antiennes

Ã. Veni, sponsa Christi, accipe coronam quam tibi Dominus praeparavit in aeternum, allelúia.

Ã. Venez, épouse du Christ, recevez la couronne que le Seigneur vous a préparée dans l’éternité, alleluia.

Antienne grégorienne “Veni sponsa Christi”

Antienne Veni sponsa 7

Ã. Tu solus peregrínus es, et non audísti de Iesu, quómodo tradidérunt eum in damnatiónem mortis ? Allelúia.

Ã. Vous êtes bien le seul étranger à n’avoir rien entendu au sujet de Jésus, et de quelle manière ils l’ont livré pour être condamné à mort ! Alleluia!

Antienne grégorienne “Tu solus peregrinus”

Antienne Tu solus peregrinus

Ã. Álias oves hábeo, quæ non sunt ex hoc ovíli : et illas opórtet me addúcere, et vocem meam áudient : et fiet unum ovíle, et unus pastor, allelúia.

Ã. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, et un seul pasteur, alleluia.

Antienne grégorienne “Alias oves”

Antienne Alias oves