Vendredi 24 avril (Confinement J39)

La Punchline de Saint Fidèle de Sigmaringen

Qu’est-ce qui entraîne les chrétiens à rejeter la facilité, à renoncer au confort, à supporter les épreuves, à souffrir une vie pénible ? C’est la Foi vive qui agit par la Charité.

Sermon de Saint Bernard pour le 1er dimanche après Pâques (suite)

Les trois témoignages dans le ciel et sur la terre

S’il n’y a qu’à ceux qui reçoivent le Christ qu’il est donné d’être faits enfants de Dieu, il s’ensuit que ce n’est que d’eux aussi qu’il a été dit : « Quiconque est né de Dieu vainc le monde ». De là vient encore que, après avoir dit : « Quel est celui qui vainc le monde si ce n’est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu », l’Apôtre, voulant nous rendre encore plus précieuse la foi par laquelle le Christ habite dans nos cœurs, nous parle aussitôt de son avènement et nous dit : « C’est ce même Jésus qui est venu nous purifier avec l’eau et avec le sang » (1 Io 5, 6). Il nous montre même une voie plus élevée encore en continuant : « Et c’est l’Esprit aussi qui rend témoignage que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ». Je pense que, par ces mots qu’il place entre le commencement et la fin de sa phrase, « non-seulement avec l’eau, mais aussi avec le sang », il veut nous faire sentir la différence qu’il y a entre Jésus et Moïse qui vint dans l’eau seulement, d’où son nom de Moïse.

Que ceux qui connaissent l’histoire de l’Ancien Testament se rappellent comment, à l’époque où tous les enfants mâles des Israélites étaient tués en Égypte, Moïse fut exposé sur le Nil et sauvé par la fille du Pharaon , et qu’ils me disent s’il n’est pas évident qu’il fut en cette circonstance la figure de Jésus-Christ. En effet, comme Hérode, le Pharaon d’Égypte cède à la crainte lorsqu’il a recours à la cruauté, mais comme lui aussi, il fut déçu dans son attente. Dans les deux cas, bien des enfants périrent à cause de la crainte que ces tyrans avaient conçue d’un seul enfant, et dans les deux cas aussi, c’est celui à qui ils en voulaient, qui échappe à la mort. Bien plus de même que c’est la fille de Pharaon qui reçut Moïse dans ses mains et le sauva, ainsi est-ce l’Égypte qu’on peut regarder avec raison comme la fille du Pharaon qui reçut le Christ et le sauva. Toutefois il est clair qu’il y a bien plus en cet enfant que dans Moïse, puisqu’il ne vient pas seulement dans l’eau, mais dans l’eau et dans le sang. « En effet, les grandes eaux, dit saint Jean, ce sont tous les peuples (Apc 17, 9). » Ainsi celui qui n’a réuni qu’un peuple, mais ne l’a point racheté, est venu dans l’eau seulement. Quant à la délivrance de la servitude d’Égypte, ce n’est pas à Moïse mais au sang même de l’Agneau qu’elle est due; or, elle est la figure de notre délivrance, de notre sortie de la vie pleine de vanité que nous menions dans le monde, par la vertu du sang de Jésus-Christ, l’Agneau immaculé! C’est lui qui est notre législateur, celui en qui se trouvent une foule de miséricordes, qui n’est pas mort seulement pour son peuple, mais pour tous les enfants de Dieu qui étaient dispersés, afin de les rassembler en un seul peuple. Rappelez-vous que Jean l’évangéliste lui-même a vu ce qu’il nous rapporte, et nous savons que son témoignage est véridique, qu’il a vu, dis-je, le sang et l’eau couler du côté du Sauveur endormi sur la croix, alors que pendant le sommeil de mort de ce nouvel Adam, l’Église naquit et fut rachetée en même temps.

C’est donc ainsi qu’il vient aujourd’hui à nous par l’eau et par le sang, de manière que le sang et l’eau soient un témoignage de son avènement et de la victoire de la foi. Mais il est un témoignage bien plus grand que celui-là encore, c’est le témoignage de l’esprit même de vérité. Ce triple témoignage est vrai et certain, heureuse l’âme qui mérite de le recevoir. « En effet, il y a trois témoins qui rendent témoignage sur la terre, c’est l’esprit, l’eau et le sang. » Or dans l’eau, voyez le baptême, dans le sang, le martyre et dans l’esprit la charité, car c’est l’esprit qui donne la vie, et la vie de la foi est la charité. Et si vous me demandez quel rapport il y a entre le Saint-Esprit et la charité, Paul vous répondra : « C’est que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Or, il faut absolument que le Saint-Esprit s’ajoute à l’eau et au sang puisque, toujours depuis le même Apôtre, tout ce que nous avons sans la charité ne sert à rien (1 Cor 13, 3).

Mais si je dis que l’eau désigne ici le baptême, et le sang le martyre, cela n’empêche pas que le baptême soit en même temps unique et quotidien, de même que le martyre. Il y a, en effet, un martyre spirituel et un acte d’effusion de sang dans les mortifications journalières de la chair, de même qu’il y a une sorte de baptême dans la componction du cœur et dans l’effusion des larmes. Voilà comment les cœurs faibles et infirmes, qui ne peuvent verser leur sang tout d’un coup pour Jésus-Christ, se trouvent dans la nécessité de le répandre, dans un martyre plus doux, mais beaucoup plus long. Il en est de même du baptême : comme il ne peut se réitérer, il ne reste à ceux qui tombent fréquemment encore dans le péché qu’à le suppléer par de fréquentes ablutions. Voilà pourquoi le Prophète disait : « Je laverai toutes les nuits mon lit de mes larmes et j’arroserai ma couche de mes pleurs » (Ps 6, 7). Voulez-vous donc savoir qui est celui qui vainc le monde? Remarquez ce qu’il y a à vaincre en lui, c’est saint Jean lui-même qui vous l’apprend en ces termes : « Mes chers amis, n’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde; car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou ambition du siècle » (1 Io 2, 15 et 26). Voilà ce qu’il faut entendre par les trois colonnes d’attaque qu’ont formées les Chaldéens, mais cela me rappelle que le saint patriarche Jacob marcha aussi sur trois colonnes quand il revint de Mésopotamie, parce qu’il appréhendait le courroux de son frère. À vous aussi, mes frères, il faut trois sortes de remparts contre ces trois sortes de tentations, la mortification de la chair vous fera vaincre la concupiscence, et, si vous vous le rappelez, je vous ai dit que le témoignage du sang ne signifiait pas autre chose que la mortification ; quant à la concupiscence des yeux, c’est par les sentiments de la componction et la fréquence des larmes que vous en viendrez à bout, et pour ce qui est de l’ambition, c’est la charité qui en anéantira la vanité, car il n’y a qu’elle pour châtier l’âme et purifier l’intention. Vous triomphez donc certainement du monde si vous mortifiez votre corps, et le conduisez en esclavage, de peur qu’il n’abuse de sa liberté pour s’adonner aux plaisirs; si vous avez des yeux plutôt pour pleurer que pour satisfaire votre dissipation et votre curiosité; si enfin, embrasés d’un amour tout spirituel vous n’ouvrez votre cœur à aucune vanité.

C’est avec bien juste raison qu’il est dit que c’est un seul et même esprit qui rend témoignage en même temps dans le ciel et sur la terre ; en effet pour ce qui est de l’affliction de la chair, elle aura un terme, et la source des larmes se tarira un jour; mais quant à la charité, elle ne faillira jamais; nous n’en avons qu’une sorte d’avant-goût dans la vie présente, nous en aurons la plénitude et la consommation dans l’autre. Toutefois, quoique l’esprit demeure après l’eau et le sang, attendu que ni l’eau ni le sang ne posséderont le royaume de Dieu, il est bien rare, en attendant, qu’il se trouve sans eux si tant est qu’il puisse subsister maintenant sans eux, car, dit saint Jean, « Tous les trois ne font qu’un » (1 Io 5, 7), en sorte que si l’un des trois fait défaut on ne peut dire que les deux autres subsistent. Ensemble ces trois témoignages méritent toute créance, et celui en qui ils se trouvent réunis ici-bas ne saurait manquer d’avoir un bon témoignage dans les cieux. Il confesse le Fils de Dieu devant les hommes, non pas de la voix et en ses paroles seulement, mais par les œuvres et en vérité, et le Fils de Dieu le confessera à son tour devant les anges de Dieu. Le témoignage du Père pourra-t-il lui manquer s’il a celui du Fils? Non certainement, et le Père certainement rendra témoignage de ce qu’il a vu dans le secret (Mt 6, 6). Quant au Saint-Esprit, il ne se sépare ni du Père, ni du Fils, puisqu’il est l’esprit et du Père et du Fils. D’ailleurs, comment pourrait-il être privé dans le ciel du témoignage qu’il a mérité de recevoir de lui sur la terre? « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit » (1 Io 5, 7). N’allez pas croire par hasard que ces trois témoins ne concordent point ensemble, tous trois ne font qu’un. Assurément ils ne font qu’un, ceux que le Père recevra dans les cieux avec le titre d’enfants et d’héritiers, eux que le Fils appellera à lui comme ses frères, et ses cohéritiers, eux que le Saint-Esprit réunira en un seul et même Esprit avec Dieu, car le Saint-Esprit est le lien indissoluble de la Trinité.

Prière

Prière de Saint Fidèle de Sigmaringen (1578-1622)

Ô Foi catholique, comme tu es ferme, comme tu es inébranlable, bien enracinée, bien fondée sur la pierre solide ! Le ciel et la terre disparaîtront, mais tu ne pourras jamais disparaître. Dès le commencement, le monde entier t’a contredite, mais tu as triomphé de tous par ta grande puissance. La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre Foi. Elle a fait plier des rois très puissants sous le joug du Christ, elle a conduit les peuples à obéir au Christ. Qu’est-ce qui a fait que les saints Apôtres et martyrs ont subi de durs combats et de cruels supplices, sinon la Foi, principalement la Foi en la Résurrection? Qu’est-ce qui a conduit les anciens moines à dédaigner les plaisirs, à mépriser les honneurs, à piétiner les richesses pour mener au désert une vie céleste, sinon la Foi vive? De nos jours, qu’est-ce qui entraîne les chrétiens à rejeter la facilité, à renoncer au confort, à supporter les épreuves, à souffrir une vie pénible? C’est la Foi vive, qui agit par la Charité. C’est elle qui a fait abandonner les biens présents par l’espérance des biens futurs et, en échange des biens présents, recevoir les biens du monde a venir. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Venérunt ad monuméntum María Magdaléne, et áltera María, vidére sepúlcrum, allelúia.

Ã. Elles vinrent au monument, Marie de Magdala et l’autre Marie, voir le sépulcre, alleluia.

Antienne grégorienne “Venerunt ad monumentum”

Antienne Venerunt