Samedi in albis

La Punchline de Saint Fidèle de Sigmaringen

Qu’est-ce qui entraîne les chrétiens à rejeter la facilité, à renoncer au confort, à supporter les épreuves, à souffrir une vie pénible ? C’est la Foi vive qui agit par la Charité.

Pierre et Jean courent au sépulcre de Jésus (Io 20, 1-9) : commentaire spirituel de Saint Grégoire le Grand

La lecture du Saint Évangile que vous venez d’entendre, mes frères, est très claire quant au récit, mais elle contient des mystères qu’il nous faut examiner brièvement. « Marie-Madeleine vint au tombeau, alors que régnaient encore les ténèbres. » Le récit note l’heure, mais le sens mystique nous renseigne sur l’état d’esprit de celle qui cherchait. Marie, en effet, cherchait au tombeau le Créateur de toutes choses, qu’elle avait vu mort en sa chair ; et ne le trouvant pas, elle crut qu’il avait été enlevé. Les ténèbres régnaient donc encore quand elle vint au tombeau.

Elle courut bien vite et annonça la nouvelle aux disciples. Ceux-là coururent le plus vite qui aimaient le plus, à savoir Pierre et Jean. « Ils couraient tous deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre, et il arriva le premier au tombeau. » Sans toutefois oser entrer. Pierre arriva le second, et il entra. Eh bien, mes frères, que signifie cette course ? Cette description si précise de l’évangéliste, doit-on la croire dépourvue de mystères ? Non, certes ! Jean dirait-il qu’il est arrivé le premier, mais qu’il n’est pas entré, s’il n’avait pensé que son hésitation même renfermait un mystère ? Que symbolise donc Jean, sinon la Synagogue, et Pierre, sinon l’Église ? Ne nous étonnons pas que la Synagogue soit représentée par le plus jeune, et l’Église par le plus âgé, car même si la Synagogue a rendu un culte à Dieu avant l’Église des païens, la multitude des païens a usé des choses de ce monde avant la Synagogue, comme l’atteste Paul : « Ce n’est pas ce qui est spirituel qui vient en premier, mais ce qui est animal. » (1 Cor 15, 46). Pierre, le plus âgé, figure donc l’Église des païens, et Jean, le plus jeune, la Synagogue des Juifs. Ils ont couru tous deux ensemble, puisque de leur naissance jusqu’à leur déclin, les païens et la Synagogue ont couru dans une seule et même voie, bien qu’ils n’eussent pas une seule et même façon de voir.

La Synagogue est arrivée la première au tombeau, mais elle n’est pas entrée : elle avait bien reçu les commandements de la Loi et entendu les prophéties de l’Incarnation et de la Passion du Seigneur, mais elle ne voulut pas croire en un mort. Jean vit les linges posés, mais il n’entra pas : la Synagogue a connu les mystères de la Sainte Écriture, mais, incrédule, elle a différé d’y entrer par la foi en la Passion du Seigneur. Celui qu’elle avait depuis si longtemps annoncé par les prophètes, elle le vit quand il fut là et elle le refusa ; elle méprisa sa condition d’homme, et elle ne voulut pas croire en un Dieu devenu mortel du fait de son Incarnation. C’est pour cela qu’elle courut plus vite et resta pourtant sans rien faire devant le tombeau.

« Alors Simon-Pierre, qui le suivait, arriva à son tour et entra dans le tombeau. » Car le Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ fait homme (cf. 1 Tm 2, 5), l’Église des païens, arrivant à son tour, l’a reconnu mort en sa chair, puis le voyant en vie, elle a cru qu’il était Dieu.

« Il vit les linges posés là, et le suaire qui avait entouré la tête, non pas posé avec les linges, mais roulé à part dans un autre endroit. » Que peut bien signifier, mes frères, le fait que le suaire de la tête du Seigneur ne se trouve pas avec les linges dans le tombeau, sinon que, « la tête du Christ étant Dieu », comme l’affirme Paul (1 Cor 11, 3), les incompréhensibles mystères de la divinité sont hors de la portée de nos faibles connaissances humaines, et que sa puissance transcende la nature créée ? Il faut d’ailleurs remarquer que selon le récit, le suaire n’est pas seulement trouvé à part, mais aussi roulé dans un autre endroit. Or une toile roulée, on n’en voit ni le commencement ni la fin. Il est donc bien à propos que le suaire de la tête ait été trouvé roulé, puisque la grandeur de la divinité n’a pas plus commencé à exister qu’elle n’a cessé d’être. Elle ne commence pas par une naissance, et elle n’est pas resserrée par un terme.

Le texte ajoute : « Dans un autre endroit. » C’est fort bien dit, car Dieu n’est pas dans la division des esprits : Dieu est dans l’unité, et seuls méritent d’obtenir sa grâce ceux qui ne se séparent pas les uns des autres par des schismes qui scandalisent.

Mais comme les travailleurs se servent habituellement d’un suaire pour essuyer leur sueur, le mot « suaire » peut aussi exprimer la peine laborieuse de Dieu. Sans doute Dieu demeure-t-il en lui-même dans un continuel et immuable repos, mais il ne nous révèle pas moins la peine laborieuse qu’il éprouve à porter les terribles dépravations des hommes. C’est ainsi qu’il affirme par la voix du prophète : « J’ai peiné à les supporter. » (Ier 6, 11). Dieu, apparu en notre chair, a peiné du labeur inhérent à notre faiblesse. Et quand les incroyants l’ont vu peiner du labeur de sa Passion, ils n’ont pas voulu lui rendre un culte. Le voyant mortel en sa chair, ils ont refusé de le croire immortel en sa divinité. D’où la parole de Jérémie : « Tu leur rendras, Seigneur, selon les œuvres de leurs mains ; tu leur donneras ta peine en guise de bouclier pour leur cœur. » (Lm 3, 64-65). Les incroyants, qui méprisaient la peine que se donnait le Seigneur dans sa Passion, s’en sont servi à la manière d’un bouclier, pour éviter à leur cœur d’être pénétré par les aiguillons de la prédication, en sorte que le fait même de le voir peiner jusqu’à la mort empêchait ses paroles de parvenir jusqu’à eux.

Ne sommes-nous pas nous-mêmes les membres de notre tête, c’est-à-dire de Dieu ? Aussi les linges de son corps symbolisent-ils les bandelettes des pénibles travaux qui enserrent ici-bas tous les élus, ses membres. Et le suaire qui avait entouré sa tête se trouve à part, car la Passion de notre Rédempteur est bien distincte de la nôtre : il a souffert la sienne sans avoir commis de faute, tandis que nous subissons la nôtre chargés de nos fautes. Cette mort à laquelle nous n’allons que forcés, il a voulu de lui-même s’y livrer.

Le texte poursuit : « Alors le disciple qui était arrivé le premier au tombeau entra à son tour. » Après que Pierre fut entré, Jean entra lui aussi. Il entra le second, alors qu’il était arrivé le premier. Il faut remarquer, mes frères, qu’à la fin du monde, même le peuple juif sera amené à la foi au Rédempteur, comme l’atteste Paul : « …jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée, et que de la sorte Israël soit sauvé. » (Rm 11, 25-26)

« Il vit et il crut. » Que faut-il donc, mes frères, que faut-il penser qu’il crut ? Que le Seigneur, qu’il cherchait, était ressuscité ? Certainement pas, puisque les ténèbres régnaient encore près du tombeau, et que les paroles qui suivent disent le contraire : « Car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait ressusciter d’entre les morts. » Que vit donc Jean, et que crut-il ? Il vit les linges posés là, et il crut que, comme la femme l’avait dit, le Seigneur avait été enlevé du tombeau.

Il nous faut apprécier ici avec quelle magnifique sagesse Dieu a tout disposé : il a enflammé les cœurs de ses disciples pour qu’ils cherchent, tout en permettant qu’ils ne trouvent pas tout de suite. Ainsi, leur âme faible et tourmentée de tristesse, en même temps qu’elle se purifiait pour trouver, devenait aussi d’autant plus motivée pour conserver ce qu’elle cherchait après l’avoir trouvé, qu’elle avait davantage tardé à le découvrir.

Prières

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui festa paschália venerándo égimus, per hæc contíngere ad gaudia ætérna mereámur. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous qu’après avoir célébré religieusement les Fêtes pascales, nous méritions d’arriver, grâce à elles, aux joies de l’éternité.

Oratio

Concéde, quæsumus, Dómine, semper nos per hæc mystéria paschália gratulári : ut contínua nostræ reparatiónis operátio perpétuæ nobis fiat causa lætítiæ. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, nous vous en supplions, Seigneur, d’être toujours comblés de biens par ces mystères de Pâques, afin que l’œuvre continuelle de notre réparation soit pour nous le sujet d’une joie sans fin.

Oratio

Redemptiónis nostræ múnere vegetáti, quæsumus, Dómine : ut, hoc perpétuæ salútis auxílio, fides semper vera profíciat. Per Dóminum

Oraison

Animés d’une vie nouvelle, grâce au bienfait de notre rédemption, nous vous demandons, Seigneur, qu’en raison des moyens de salut qui nous sont perpétuellement offerts, la vraie foi se développe toujours davantage.

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Mon Dieu, vous êtes toute tendresse pour moi. Je vous le demande par votre Fils bien-aimé, accordez-moi de me laisser emplir de miséricorde et d’aimer tout ce que vous m’inspirez. Donnez-moi de compatir à ceux qui sont dans l’affliction, et d’aller au secours de ceux qui sont dans le besoin, de consoler les affligés, d’encourager les opprimés. Donnez-moi de pardonner à celui qui m’aura offensé, d’aimer ceux qui me haïssent, de rendre toujours le bien pour le mal, de n’avoir de mépris pour personne, et d’honorer tous les hommes. Donnez-moi d’imiter les bons, de renoncer à la fréquentation des méchants, de pratiquer les vertus et d’éviter les vices. Donnez-moi, Seigneur la patience quand tout va mal et la modération quand tout va bien. Donnez-moi de savoir maîtriser ma langue, et de poser, au besoin, une garde à ma bouche. Enfin, mon Dieu, donnez-moi le mépris des choses qui passent et la soif des biens éternels. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Currébant duo simul, et ille álius discípulus præcucúrrit cítius Petro, et venit primus ad monuméntum, allelúia.

Ã. Ils couraient tous deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre, et il arriva le premier au sépulcre, alleluia.

Antienne grégorienne “Currebant duo”

Antienne Currebant duo