Samedi après les Cendres

Note sur le jeûne et l’abstinence

La loi ecclésiastique du jeûne oblige tous les fidèles, non excusés ou dispensés, qui ont entre 21 et 60 ans. La loi de l’abstinence de viande oblige dès l’âge de 7 ans.
Le jeûne consiste à faire un seul repas par jour, mais deux petites collations, que les théologiens limitent à 60 grammes le matin et 250 grammes le soir, sont tolérées.
Pendant le Carême, on doit jeûner tous les jours sauf les dimanches, et on doit s’abstenir de viande le mercredi des Cendres (17 février 2021), le mercredi des Quatre-Temps (24 février 2021), et tous les vendredis et samedis.

La Punchline de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
Elles sont bien rares les âmes qui ne mesurent pas la Puissance divine à leurs courtes pensées.
Jésus sur le lac de Génésareth (Mc 6, 47-56) : commentaire de Dom Delatte

À la nuit tombante, les apôtres avaient gagné le rivage et repris la mer. Le Seigneur devait les rejoindre par la voie de terre, dans la région de Capharnaüm, selon saint Jean, de Bethsaïde, selon saint Marc : ce qui est tout un, puisque Bethsaïde servait d’entrepôt à Capharnaüm. Sur la montagne silencieuse, le Seigneur pria, songeant sans doute à son œuvre du lendemain. Mais sur la mer la nuit était rude. Un grand vent s’était élevé, qui soulevait les flots, secouait fortement la barque et la poussait, non point dans la direction de Capharnaüm ou de Bethsaïde, mais vers le milieu du lac. Pendant des heures, avec vent contraire, les apôtres avaient fait force de rames, couvrant une distance de vingt-cinq ou trente stades (le stade équivaut à 180 mètres environ). Malgré leur longue habitude du travail et des luttes contre la mer, ils se sentaient pris de lassitude. Était-ce là le repos qu’on leur avait promis ? et le Seigneur n’était point avec eux : Et non venerat ad eos Iesus ! Du haut de la colline, à travers la nuit claire, Jésus, pourtant, sa prière terminée, les contemplait. Et vers la quatrième veille, vers trois heures du matin, il descendit dans leur direction, marchant sur les eaux. À distance, il semblait vouloir les rejoindre, et une fois proche, les gagner de vitesse, les dépasser. Mais eux, fatigués de corps et d’âme, voyant cette forme glisser sur la mer, dans la demi-obscurité, ne reconnurent point le Seigneur. « Un fantôme ! » s’écrièrent-ils, saisis de terreur. Et ce n’était point l’hallucination d’un seul : tous le voyaient, là, tout près d’eux : Omnes enim viderunt eum, et conturbati sunt.

Aussitôt, Jésus les interpelle : Rassurez-vous ! Non, ce n’est pas un fantôme, ni le fantôme de votre Maître. C’est moi ; ne craignez pas ! — Ici, s’intercale un incident relatif à saint Pierre et rapporté seulement par saint Matthieu. Il trahit bien la spontanéité de Simon-Pierre, son tempérament ardent, affectueux, mêlé d’une part de faiblesse et de témérité. Tout entier à sa joie d’avoir reconnu la voix du Seigneur, désireux peut-être aussi d’arriver à lui le premier, il adresse à Jésus une demande audacieuse et peu réfléchie. Sa question n’implique aucun doute, et nous ne devons pas nous arrêter à la formule conditionnelle dont il se sert : Domine, si tu es ; traduisons-la : « Seigneur, puisque c’est vous. » Et, en effet, l’ordre donné par le Seigneur de venir jusqu’à lui n’eût pas été un procédé de discernement, une démonstration de son identité : un fantôme peut donner un ordre imprudent. Mais une demande comme celle de Pierre était un témoignage primesautier de sa foi : « Ordonnez-moi, permettez-moi d’aller vers vous sur les eaux. » — « Venez ! » lui dit le Seigneur. Et Pierre descendit de la barque… On voit le geste : Pierre, un pied sur le bateau et l’autre sur la mer. Pour commencer, tout alla bien : l’Apôtre marchait réellement sur les vagues, dans la direction du Seigneur. Soudain, un coup de vent, — qu’il n’eût pas même ressenti, si, dans son cœur, ne s’était glissée quelque disposition imparfaite. L’apôtre est déjà moins assuré, dans la mesure où il oublie le Seigneur pour songer à lui-même ; fortement secoué par le vent, il perd pied et, aussi prompt à trembler qu’il a été empressé à s’offrir pour marcher sur les eaux, il crie au secours : « Seigneur ! sauvez-moi ! »

C’est l’éducation du Prince des apôtres qui se poursuit ainsi. Il aime, il a de la foi, mais une part de présomption aussi. Avec l’enthousiasme de sa nature, il se persuade à tort que l’ardeur de sa foi lui suffit et qu’elle suffit à tout. Il ne sait pas encore assez que toute notre force est dans le Seigneur. Mais Jésus, qui lui ménage d’ailleurs d’autres expériences, jugea inopportun de lui adresser, sur l’heure une longue exhortation. Il fit beaucoup mieux : aussitôt il étendit la main et le saisit. La force de cette main le maintint sur l’eau ; tandis que le Seigneur se bornait à lui dire : « Homme de peu de foi, de peu de confiance, pourquoi avez-vous hésité ? » Tous deux, le Seigneur et Pierre, celui-ci peut-être un peu confus, remontèrent dans la barque. Le vent tomba à l’instant même : ce qui témoignait d’une nouvelle intervention divine. Alors, tous s’empressent autour de Jésus ; prosternés à ses pieds, ils confessent sa puissance surhumaine et lui disent : « Vous êtes véritablement le Fils de Dieu. » Il ne semble pas cependant qu’ils aient compris dès lors tout ce que de tels prodiges révélaient sur la personne de leur auteur, sur ses desseins, sur le vrai caractère de sa mission ; le miracle de la multiplication des pains, qui venait d’avoir lieu et où l’on pouvait reconnaître le pouvoir créateur lui-même, demeurait pour eux enveloppé de mystère. Cet état d’âme des apôtres est exprimé en termes très précis par saint Marc : « Ils étaient, dit-il, étonnés en eux-mêmes au delà de toute mesure : car ils n’avaient pas compris au sujet des pains, mais leur cœur était encore endurci. » Lorsque le Seigneur eut pris place dans la barque, ils arrivèrent aussitôt, dit saint Jean, c’est-à-dire en fort peu de temps, au point où ils voulaient aborder.

On avait traversé la mer de Tibériade, et abordé dans la région de Génésar ou Génésareth, où était située Capharnaüm. À peine débarqué, le Seigneur fut reconnu sans peine par les gens du pays, et l’affluence des foules recommença. Saint Matthieu et saint Marc, omettant de nous raconter ce qui se passa immédiatement à Capharnaüm, résument à grands traits les bienfaits que sema le Seigneur en cette contrée. Des apôtres improvisés parcourent le pays et annoncent l’arrivée de Jésus. Partout où l’on apprend sa présence, lui sont amenés tous les malades, quelques-uns étendus sur des lits. Dans les villes, les bourgades et les hameaux, on installe les infirmes sur les places publiques, et on demande au Seigneur de vouloir bien les laisser seulement toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui le touchaient ainsi étaient guéris.

Jésus sur le lac de Génésareth (Mc 6, 47-56) : commentaire spirituel de Saint Bède

Le labeur des disciples qui ramaient, et le vent qui leur était contraire signifient les divers labeurs de la sainte Église qui, parmi les flots d’un monde hostile et le souffle d’esprits impurs, s’efforce de parvenir au repos de la patrie céleste comme à l’ancrage sûr du rivage. Il est donc bien de dire que la barque était au milieu de la mer alors que Jésus se trouvait seul, à terre ; car maintes fois l’Église a été non seulement affligée mais aussi salie par tant d’attaques des païens qu’elle semblerait complètement abandonnée pour un temps par son Rédempteur lui-même, si c’était possible.

C’est pourquoi la voix de celle qui est prise parmi les flots et les rafales des tentations houleuses, cherche secours et protection par ce cri angoissé : « Pourquoi Seigneur, restes-tu loin, te caches-tu aux temps de détresse ? » De même, elle rapporte le propos de l’ennemi harcelant, lorsqu’elle enchaîne la suite du psaume : « Il dit en son cœur : Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu’à la fin. »

Mais Dieu n’oublie pas le cri des malheureux ; il ne cache pas sa face à ceux qui espèrent en lui. Bien plus, il aide ceux qui sont aux prises avec l’ennemi pour qu’ils triomphent ; et les vainqueurs, il les couronne pour l’éternité. Aussi est-il dit bien à propos ici : « Il les voyait qui ramaient avec peine. » Oui, le Seigneur voit les siens peinant en mer, alors que lui cependant se trouve à terre. Car, même s’il semble différer un moment de venir en aide aux éprouvés, il les fortifie néanmoins par un regard de sa bonté de peur qu’ils ne défaillent dans les épreuves. Et parfois aussi, par un secours manifeste, il délivre des adversités qu’il dompte comme s’il marchait sur les tourbillons des vagues et les apaisait.

Prières

Oratio

Adésto, Dómine, supplicatiónibus nostris : et concéde ; ut hoc sollémne ieiúnium, quod animábus corporibúsque curándis salúbriter institútum est, devóto servítio celebrémus. Per Dóminum.

Oraison

Favorisez dans votre bonté, Seigneur, nous vous en supplions, les jeûnes dont nous avons commencé le cours ; afin qu’accomplissant corporellement cette observance, nous puissions aussi la poursuivre d’un cœur sincère.

Oratio

Fidéles tui, Deus, per tua dona firméntur : ut éadem et percipiéndo requírant, et quæréndo sine fine percípiant. Per Dóminum.

Oraison

Que vos fidèles, ô Dieu, soient affermis par vos dons, afin qu’en les recevant, ils les recherchent encore, et qu’en les recherchant toujours plus, ils les reçoivent sans fin.

Prière de Saint Jean Gualbert (985-1073)

Dès le premier rayon du jour, dès que je m’éveille, ô Dieu fort, venez à moi, demeurez avec moi, gouvernez mes pensées, mes paroles et mes actes. Soyez le gardien de tout mon corps, de tous mes sens. Soyez le gardien de mes mains : qu’elles soient pures, sans tache et élevées vers vous, ô mon Dieu ; qu’elles ne se déshonorent point par la colère. Soyez le gardien de mes pieds : qu’ils ne vaguent pas inutilement dans l’oisiveté ; mais, quand je serai debout, Seigneur, que ce soit pour le travail et la prière. Soyez le gardien de mes lèvres : qu’elles ne s’ouvrent ni pour des paroles inutiles, ni pour de coupables médisances, mais seulement pour la louange de Dieu. Soyez le gardien de mes oreilles : qu’elles n’entendent ni les calomnies, ni les mensonges, ni les inutilités ; mais qu’elles s’ouvrent volontiers pour écouter la parole de Dieu, en sorte que je conforme enfin ma vie à sa volonté. Soyez le gardien de mes yeux : qu’ils ne voient pas les vanités mondaines. Donnez-moi votre crainte, ô mon Dieu, la contrition, l’humilité et la pureté de la conscience, afin que je prise le ciel et méprise la terre ; que j’aie mon regard en haut, et non en bas ; que je haïsse le péché et me passionne éternellement pour la Justice. Ainsi soit-il.

Antienne
Ã. Me etenim de die in diem quærunt, et scire vias meas volunt.
Ã. Il y en a qui me cherchent vraiment, et veulent connaître mes voies.

Antienne grégorienne “Me etenim"

Antienne Me etenim