Lundi de la 2ème semaine de Carême

La Punchline de l’Imitation de Jésus-Christ

Celui qui ne cherche pas Jésus se fait plus de tort à lui-même que tous ses ennemis et le monde entier ne lui en peuvent faire.

Évangile du jour (Io 8, 21-29) commenté par Dom Delatte

Après s’être présenté sous les formes aimables de la manne nouvelle, de l’eau vive et de la lumière, le Seigneur, n’ayant point réussi à fléchir les âmes par la considération de leur propre intérêt, s’efforce maintenant de les ébranler par la terreur. Plusieurs fois déjà (Io 7, 33-36; 8, 14), il a fait allusion à son départ imminent ; aujourd’hui, il insiste et menace : « Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché : là où je vais, vous ne sauriez venir.» Il n’est pas nécessaire d’écarter la pensée de la chute de Jérusalem, alors que les Juifs se cherchèrent de faux Christs et de faux prophètes, espérant échapper à la main de Dieu. Pourtant, cet avertissement suprême semble mieux s’appliquer à la mort et à la perdition de chacun : Vous mourrez pour avoir refusé la vie ; il sera trop tard pour me chercher alors : vous mourrez par le fait de votre incrédulité. Là où je vais, vous ne pourrez pas venir : car on n’y peut venir que par moi. — Où va Jésus ? Vers son Père. C’est le lieu des âmes. Mais les Juifs, dans leur pensée étroite, travestissent, en les interprétant de façon moqueuse et insolente, les paroles du Seigneur : Comment ! nous ne pouvons le suivre ? Quel est donc le chemin ouvert à lui seul, fermé pour nous ? Aurait-il donc la pensée de se suicider et de se précipiter dans la Géhenne ? En effet, c’est le seul endroit où nous ne puissions le suivre…

Le Seigneur dédaigne de répondre à cet impertinent commentaire, mais il ne laisse pas d’affirmer toujours sa filiation divine et la nécessité de la foi en lui. Le motif, dit-il, pour lequel vous ne croyez pas et ne pouvez me suivre, c’est que la région de votre vie et de vos pensées est trop différente de la mienne. Vous autres, vous êtes de la terre et de ce bas monde : moi, je suis d’en-haut et du monde de Dieu. J’y retourne, et j’y conduis tous ceux qui s’attachent à moi par la foi. Vous mourrez dans vos péchés; jamais vos souillures ne seront effacées, si vous ne croyez pas que je suis, quia ego sum. — Peut-être cette formule elliptique a-t-elle ici pour dessein de résumer tout ce que le Seigneur avait dit de lui-même : qu’il est non seulement le Messie, mais la vie et la lumière, la vraie manne, la source de la vie, le Fils de Dieu. C’est alors que les Juifs interrompent de nouveau : « Mais qui êtes-vous donc ? » On sent que la haine sollicite une réponse qu’elle puisse une fois de plus tourner en blasphème. Cette réponse a fort embarrassé les exégètes, et les traductions proposées sont multiples. La Vulgate a compris que le Seigneur se déclarait le Principe, le premier Principe de toutes choses, « Celui qui est ». Mais l’original grec se prête mal à une telle traduction. Il signifie : Je suis ce que je vous dis de moi dès le commencement. Le Seigneur s’exprime ainsi afin de ne rien retirer de ce qu’il a dit à son sujet et, en même temps, de ne fournir aux ennemis aucun prétexte nouveau.

Interrompu par la question du verset 25, Jésus reprend l’argument commencé en 24 et l’examen de conscience des pharisiens. Je vous ai parlé de moi : j’aurais bien des choses à dire aussi de vous, bien des dispositions intérieures à vous révéler à vous-mêmes. Je n’ignore pas les raisons secrètes de vos révoltes et de votre hostilité. Mais je ne puis rien retirer de mon enseignement. Celui qui m’a envoyé est la vérité même ; je ne dis moi-même que ce que j’ai entendu de lui : le Fils n’annonce au monde que ce que le Père lui enseigne dans son éternelle naissance. — C’était toujours l’affirmation résolue de la filiation divine ; mais, observe saint Jean, ils ne comprirent pas, ils ne voulurent pas reconnaître qu’il appelait Dieu son Père. Le Seigneur insiste. Du moins, dit-il, lorsque vous aurez élevé de terre le Fils de l’homme, vous serez obligés de reconnaître qui je suis. Lorsque vous verrez l’héritage du Fils venir à Jésus et les nations du monde entier accueillir son évangile, vous serez contraints de confesser sa condition de Fils. Elle est glorieuse, cette condition; elle consiste à ne rien faire de moi-même, mais à parler toujours selon l’enseignement que j’ai reçu de mon Père. Celui qui m’a envoyé est avec moi, et il ne m’a pas laissé seul ; car ce qui lui est agréable, je le fais toujours. Il y a, du Fils avec le Père, société permanente, indivisible union d’être, de pensée, de vouloir, d’activité.

Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut fámilia tua, quæ se, affligéndo carnem, ab aliméntis ábstinet : sectándo iustítiam, a culpa ieiúnet. Per Dóminum.

Oraison

Daignez faire, ô Dieu tout-puissant, que vos fidèles, qui, pour mortifier leur chair, observent l’abstinence, jeûnent aussi du péché, en pratiquant la justice.

Oratio

Adésto supplicatiónibus nostris, omnípotens Deus : et, quibus fidúciam sperándæ pietátis indúlges ; consuétæ misericórdiæ tríbue benígnus efféctum. Per Dóminum.

Oraison

Soyez attentif à nos supplications, ô Dieu tout-puissant, et dans votre bonté, accordez l’effet de votre habituelle miséricorde à ceux à qui vous donnez la confiance d’espérer cela de votre bienveillance.

Prière tirée de l’Imitation de Jésus-Christ (L. 3, ch. 21)

Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu’en toutes les créatures ; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et la gloire ; plus que dans toute puissance et dans toute dignité ; plus que dans la science, l’esprit, les richesses, les arts ; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et les douceurs, l’espérance et les promesses ; plus qu’en tout mérite et en tout désir ; plus même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous pouvez nous prodiguer ; plus que dans l’allégresse et dans les transports que l’âme peut concevoir et sentir ; plus enfin que dans les anges et dans les archanges, et dans toute l’armée des cieux ; plus qu’en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu’en tout ce qui n’est pas vous, ô mon Dieu !

Car vous seul êtes infiniment bon, seul très haut, très puissant ; vous suffisez seul, parce que seul vous possédez et vous donnez tout, vous seul nous consolez par vos douceurs inexprimables ; seul vous êtes toute beauté, tout amour ; votre gloire s’élève au-dessus de toute gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur ; la perfection de tous les biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours été, y sera toujours.

Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me découvrez de vous-même, tout ce que vous m’en promettez est trop peu et ne me suffit pas, si je ne vous vois, si je ne vous possède pleinement.

Car mon cœur ne peut avoir de vrai repos ni être entièrement rassasié jusqu’à ce que, s’élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créature, il se repose uniquement en vous.

Antienne

Ã. Ego princípium, qui et loquor vobis.

Ã. Je suis le principe, moi qui vous parle.

Antienne grégorienne “Ego Principium"

Antienne Ego principium