Lundi de la 4ème semaine de Carême

La Punchline de Saint Augustin

Demeurons toujours humbles de cœur, et que notre joie soit en Dieu. Ne nous laissons pas enorgueillir par les prospérités du siècle, mais sachons qu’il n’y aura pour nous de bonheur qu’au moment où seront évanouies toutes les choses du temps.

Jésus et les marchands du Temple (Io 2, 13-25) : commentaire de Dom Delatte

Saint Jean raconte ici une expulsion des vendeurs du temple. La plupart des exégètes catholiques la distinguent de celle que les synoptiques placent au début de la grande semaine. Lorsque le Seigneur pénétra dans le temple, c’est-à-dire probablement dans le parvis des gentils, il y trouva établi un marché bruyant et scandaleux : des bœufs, des brebis, des colombes, à l’usage de ceux qui devaient, à l’occasion de la Pâque, offrir des sacrifices. Il y avait aussi des changeurs, assis derrière leurs petites tables. Car chaque Israélite devait acquitter annuellement, pour l’entretien du temple, l’impôt du didrachme ou demi-sicle ; mais les pièces romaines, à l’effigie de César, n’ayant pas cours dans le sanctuaire, on les changeait, à l’époque du Seigneur, en monnaie tyrienne, qui était reçue comme monnaie juive. La taxe du change avait bien été déterminée par les rabbins, mais elle s’élevait, naturellement, à raison de l’affluence des pèlerins autour des comptoirs. Le Seigneur fit acte d’autorité. Armé, comme d’un fouet, d’un faisceau de cordes, il expulsa bœufs et brebis, renversa les tables des changeurs avec leur monnaie, et à ceux qui vendaient des colombes il signifia : « Emportez cela d’ici ! Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de négoce ».

Ce n’était donc pas simplement, ces paroles le prouvent bien, un mouvement de zèle, mais encore une revendication de droit ; c’était, chez le Fils de Dieu, la jalousie même de l’honneur de son Père qui l’obligeait à réclamer la sainteté du temple. « Il n’y aura plus désormais de marchands dans la maison du Dieu des armées », est-il écrit au dernier verset de la prophétie de Zacharie. Mais l’évangéliste observe que ce furent les paroles du Psaume 68 qui se présentèrent sur l’heure à l’esprit des disciples : « Le zèle de votre maison me dévore ». Ils recueillaient avec joie chacun de ces indices, chacun de ces traits qui accroissaient leur foi en la mission de leur Maître.

Seulement, à côté des apôtres, il était des esprits qui goûtaient beaucoup moins une intervention qui déconcertait leurs petites affaires et ruinait leurs profits. Accompli par un homme qui n’est même pas prêtre, et n’a, par conséquent, aucune mission ordinaire, cet acte irrite les gens de la Synagogue en même temps qu’il les surprend. Ils demandent ses titres au prophète improvisé : « Quel signe nous donnez-vous de votre autorité, pour agir de la sorte ? » Les Juifs, selon leur habitude, réclament des prodiges.

À cette mise en demeure, le Seigneur fait une réponse extraordinaire, qui mérite d’autant plus de nous arrêter, qu’elle lui deviendra familière en face des exigences des Juifs, Peut-être, d’ailleurs, dans cette conversation rapide, qui ressemble à une passe d’armes, des paroles ont-elles été échangées dont la suppression rend énigmatique la réplique du Seigneur. Peut-être aussi, en face de gens irrités et de mauvaise foi, le Seigneur mesure-t-il à dessein la lumière. Et n’a-t-il pas toujours le droit, lorsqu’il nous parle, de se placer à la hauteur de sa science divine ? Si enveloppée que fût la prophétie, elle témoignait du moins, et dès la première heure, que le Seigneur n’ignorait ni la fin de sa vie, ni ceux qui lui donneraient la mort, ni sa propre résurrection. Il en appelle, en effet, contre ses ennemis, au miracle futur de sa résurrection, comme à une preuve irrécusable de sa mission divine ; ses ennemis eux-mêmes lui fourniront l’occasion du signe exigé. « Détruisez ce temple, leur dit-il, et en trois jours je le relèverai ».

Alors que le Seigneur parlait du vrai temple où Dieu habite réellement, du temple de son corps, les Juifs ne songèrent qu’au sanctuaire matériel de Jérusalem, où l’on se trouvait alors. Et ils s’exclamèrent : « Pendant quarante-six ans, on a travaillé à bâtir ce temple, et vous, en trois jours vous le relèveriez ! » L’étrangeté même du défi lancé par le Seigneur invitait cependant l’intelligence à chercher sa signification profonde, ou du moins à attendre l’heure où serait donné le mot de l’énigme. Mais l’humeur juive était malveillante déjà. Les disciples eux-mêmes ne devaient tout comprendre que trois ans plus tard, à cette même époque de l’année, lorsque le Seigneur serait ressuscité des morts. « Alors, ils eurent foi à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite » : ils découvrirent toute la portée des prophéties relatives à la Passion et à la résurrection du Messie et reconnurent que leur Maître leur avait tout annoncé d’avance (Lc 24, 44-46). Il faut savoir attendre, et, quand Dieu parle, le croire sur parole, sans exiger aussitôt la pleine démonstration : ceux qui croient finissent toujours par voir clair. Quant aux adversaires du Seigneur, ils n’oublieront jamais son assertion présente et l’exploiteront contre lui pour le livrer à la mort.

Les derniers versets du chapitre nous fournissent la preuve que le Seigneur ne s’est pas laissé sans témoignage auprès de Jérusalem. Au cours de cette fête de Pâque, qui durait huit jours, il accomplit plusieurs miracles, dont l’évangéliste ne nous donne pas le détail. À cette vue, beaucoup sentirent leur âme ébranlée et crurent « en son nom » : ils crurent qu’il était le Sauveur, le Messie prédit. Sans doute, à cette croyance initiale ils mêlaient encore bien des préjugés. On peut supposer qu’il y avait parmi eux non seulement des Juifs, mais aussi des Galiléens, des prosélytes, et d’autres étrangers, que la Pâque avait amenés à Jérusalem. Le Seigneur ne se livrait pas à la foule de ses auditeurs. Soit à cause de leur opposition sourde, ou de leurs fausses idées sur le Messie, soit même à cause de la faiblesse de leur foi, il ne se donnait pas tout entier. Cette discrétion et cette mesure lui étaient inspirées par la connaissance qu’il possédait de l’âme de chacun ; il savait personnellement ce qu’il y avait dans l’homme et n’avait nul besoin d’être renseigné par d’autres sur les secrètes dispositions des cœurs.

Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours (Io 2, 19) : commentaire de Saint Augustin

« Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montrez-vous qui vous autorise à faire ces choses ? » Et le Seigneur : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. Les Juifs lui dirent donc : On a mis quarante-six ans à le bâtir, et vous vous dites : je le relèverai en trois jours ? » Ils étaient chair et comprenaient tout dans un sens charnel, et Jésus-Christ leur parlait dans un sens spirituel. Lequel d’entre eux aurait pu comprendre de quel temple il parlait ? Pour nous, nous n’avons nul besoin de chercher longtemps ce qu’il voulait dire ; il nous l’a fait connaître par son Évangéliste, il nous a dit de quel temple il voulait parler. « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. On a mis quarante-six ans à le bâtir, et vous le relèverez en trois jours ? Mais, ajoute l’Évangéliste, il parlait du temple de son corps ». C’est un fait avéré : Le Sauveur a été mis à mort et il est ressuscité trois jours après. Cette vérité est aujourd’hui connue de nous tous ; si elle est impénétrable pour les Juifs, c’est qu’ils se tiennent hors de l’Église ; nous en avons la claire vue, parce que nous savons en qui nous croyons. Bientôt nous célébrerons la solennité anniversaire de la destruction et de la réédification de ce temple.

Jésus-Christ est le nouvel Adam. Or si Adam a été un simple homme, néanmoins, en tant que premier homme, le genre humain était comme tout entier compris en lui. Cet homme unique s’est comme fractionné dans les autres hommes ; mais en dépit de cette dispersion de lui-même, il est recueilli pour ainsi dire et comme réuni de nouveau en un seul par le lien de la société et de la concorde des esprits. Ce pauvre unique, cet Adam gémit, mais il se renouvelle en Jésus-Christ ; car ce nouvel Adam est venu sans le péché, afin de détruire en sa chair le péché du vieil Adam et de refaire en sa personne un Adam qui fût l’image de Dieu ; le corps de Jésus-Christ vient donc d’Adam : c’est d’Adam qu’a été formé ce temple détruit par les Juifs et relevé par Dieu après trois jours ; car il a ressuscité sa chair. C’est la preuve qu’il était Dieu, égal à son Père. Mes frères, l’Apôtre a dit : « C’est Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts ». De qui parle-t-il ? Du Père. « Jésus-Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la croix ; c’est pourquoi Dieu l’a tiré d’entre les morts et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom » (Phil 2, 8-9). Le Seigneur est donc sorti vivant d’entre les morts, et il a été exalté. Par qui ? Par le Père à qui il dit dans un psaume: « Rétablissez-moi, et je les punirai (Ps 40, 11) ». Donc c’est le Père qui l’a ressuscité. Le Fils ne s’est donc pas ressuscité lui-même ? Mais que fait le Père sans son Verbe ? Que fait le Père indépendamment de son Fils unique ? Écoutez : voici la preuve de la divinité du Fils : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours ». A-t-il dit : détruisez ce temple, et mon Père le rétablira en trois jours ? Non ; mais comme, lorsque le Père ressuscite un mort, le Fils ressuscite avec lui ; ainsi, lorsque le Fils ressuscite un mort, le Père le ressuscite aussi, parce que le Fils a dit : « Mon Père et moi nous sommes un » (Io 10, 30).

Cependant, que signifie ce nombre de quarante-six ? Le Seigneur, lorsqu’il viendra juger, rassemblera ses élus des quatre vents (Mc 13, 27). Or, si l’on écrit en grec l’un sous l’autre les quatre noms des quatre parties dont le monde se compose, c’est-à-dire l’Orient (Anatole), l’Occident (Dysis), le Nord (Arctos), et le Midi (Mesembria), nous obtenons le nom d’Adam. Mais comment y trouvons-nous aussi le nombre quarante-six ? En ce que le corps de Jésus-Christ venait d’Adam. Chez les Grecs, les lettres servent de chiffres. Notre lettre a, s’écrit dans leur langue, alpha, et s’appelle alpha, un. Si, pour compter un nombre, ils emploient le bêta, qui est leur b, cette lettre représente le chiffre deux ; gamma, trois ; delta, quatre, et ainsi de suite pour toutes les autres lettres. Ce que nous appelons m, ils l’appellent mu, et cette lettre, dans les nombres, équivaut à quarante, en grec, tessarakonta. Voyez maintenant quel nombre forment les lettres qui composent le nom d’Adam, et vous trouverez les quarante-six années employées à la construction du temple. Le mot Adam se compose d’un alpha, un ; d’un delta, quatre ; ce qui signifie déjà cinq ; puis d’un autre alpha, un ; ce qui fait six ; il y a enfin un mu, quarante ; en tout quarante-six. Mes frères, nos anciens pères ont dit tout cela avant nous et ils ont trouvé dans ces quatre lettres le nombre quarante-six. Et parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a reçu son corps d’Adam, sans en recevoir le péché, il y a pris le temple de son corps sans y prendre l’iniquité qui devait être chassée du temple. Cette chair qu’il a reçue d’Adam (Marie, en effet, descendait d’Adam, et la chair du Seigneur vient de Marie), les Juifs l’ont crucifiée. Mais il devait ressusciter après trois jours, ce corps que les Juifs devaient faire mourir sur la croix. Ils ont donc détruit le temple bâti en quarante-six ans, et lui l’a ressuscité en trois jours.

Numération grecque
Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, observatiónes sacras ánnua devotióne recoléntes, et córpore tibi placeámus et mente. Per Dóminum.

Oraison

Faites-nous la grâce, ô Dieu tout-puissant, qu’en pratiquant chaque année ces saintes observances avec une religieuse fidélité, nous vous soyons agréables de corps et d’âme.

Oratio

Deprecatiónem nostram, quæsumus. Dómine, benígnus exáudi : et, quibus supplicándi præstas afféctum, tríbue defensiónis auxílium. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous le demandons instamment, Seigneur, exaucez en votre bienveillance, nos supplications et accordez l’assistance de votre protection à ceux auxquels vous donnez la volonté de vous prier.

Prière à Jésus, Temple de Dieu (d’après Dom Eugène Vandeur)

Je vous adore, temple de Dieu, tabernacle ineffable de la divinité, humanité sacrée de Jésus Christ qui contenez Dieu, puisqu’unie au Verbe divin en l’unité de sa Personne. Je vous adore, Saint des Saints, Sanctuaire incomparable où je rencontre Dieu.

Vous êtes, Jésus-Christ, la Maison du Père, non point une maison de trafic, car, vous êtes l’Oratoire des Saints, où l’on vous cherche, où l’on trouve Dieu, où l’on n’entre en possession que de Dieu.

Ce Temple auguste de votre corps est votre œuvre, l’œuvre de la Toute-Puissance, de la Sagesse éternelle, de la Sainteté et de l’Amour : on le détruira bientôt, on y attentera sacrilégement dans votre Passion. Vous le voulez ainsi, car le zèle de la maison de Dieu vous dévore. Vous savez qu’il importe ainsi à votre gloire et à notre salut.

Antienne

Ã. Sólvite templum hoc, dicit Dóminus ; et post tríduum reædificábo illud : hoc autem dicébat de templo córporis sui.

Ã. Détruisez ce temple, dit le Seigneur, et après trois jours, je le relèverai. Or il disait ceci du temple de son corps.

Antienne grégorienne “Solvite templum hoc”

Antienne Solvite templum hoc