Mercredi de la Passion

La Punchline des Pères du désert

Abba Antoine a dit : Je vis tous les filets de l’ennemi déployés sur la terre, et je dis en gémissant : « Qui donc passera outre ces pièges ? » Et j’entendis une voix me répondre : « l’humilité ».

Les juifs veulent lapider Jésus (Io 10, 22-38) : commentaire de Dom Delatte

La fête de la Dédicace (Encænia, ou encore fête des Lumières) se célébrait deux mois environ après la Scénopégie, vers la fin de décembre. Après la captivité de Babylone, le temple avait été rebâti par Zorobabel ; Hérode, pour flatter les Juifs, s’était appliqué à lui rendre sa magnificence première. On y avait consacré près d’un demi-siècle de travaux, et l’œuvre n’était pas terminée encore. Sans doute afin que ce nouveau temple n’eût rien à envier à l’ancien, on avait restitué le « portique de Salomon ». Mais la fête des Encænia n’a pour objet de célébrer ni la dédicace du temple de Salomon, ni celle du temple de Zorobabel : elle a simplement pour dessein de perpétuer le souvenir de la purification accomplie par Judas Macchabée (1 Mcc 4, 42-58 et 2 Mcc 1, 18-36 ; 10, 1-8), après trois ans de profanation.

Le Seigneur était arrivé à Jérusalem pour la fête. C’était l’hiver, remarque saint Jean. Jésus se promenait sous le portique de Salomon, à l’est du temple, lorsque les Juifs l’entourent et l’interrogent : « Pourquoi tenir davantage notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le donc ouvertement. » La fête de la Dédicace, qui rappelait la chute d’Antiochus Épiphane et les victoires des Macchabées, réveillait les espérances nationales ; quelques-uns peut-être interrogeaient avec droiture et se demandaient si l’heure de l’affranchissement était enfin venue. À ceux qui ne veulent pas croire, comme à ceux qui attendent un règne de Dieu tout terrestre, le Seigneur fait la même réponse : Que de fois je vous ai dit ce que je suis ! Que de fois vous l’ont prouvé ces œuvres que je fais au nom de mon Père, et qui montrent que je suis son Fils ! Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. — Si les Juifs ne se rendent ni aux paroles, ni aux miracles du Seigneur, la cause en est dans leurs dispositions intimes, dans l’esclavage volontaire que leur créent les préjugés ou la haine. Il faudrait, pour croire, apporter à l’école du Seigneur une intelligence docile et confiante ; en un mot, il faudrait être une brebis du Seigneur.

Telle est, en effet, la condition des vraies brebis. Elles obéissent à la voix de leur pasteur, et leur pasteur les connaît, et elles le suivent. Le Seigneur, une fois de plus, revient à ces invitations tendres au prix desquelles il s’efforce d’attirer à lui les hommes par le souci de leur intérêt surnaturel. Être à Dieu, être la brebis d’un tel pasteur, être enseigné de lui, être connu de lui, le suivre partout ; et, grâce à lui, être assuré de vivre éternellement, sans que personne au monde puisse nous ravir à lui : n’y a-t-il pas dans ces perspectives de quoi lui amener les âmes et les lui attacher à jamais ? « Et je leur donne la vie éternelle, ajoute-t-il, et elles ne périront point, et nul ne les arrachera de mes mains. » Et, comme ces dernières paroles contenaient l’affirmation de sa toute-puissance, le Seigneur la fait remonter à son Père, de qui il la reçoit, mais de qui il la reçoit comme Fils, dans l’unité de nature. D’où vient la sécurité des brebis ? D’où vient la sérénité du pasteur ? « Ce que mon Père m’a donné est plus puissant que toutes choses » : c’est donc la toute-puissance qui est aux mains du Fils ; « et nul ne peut ravir les âmes des mains de mon Père » : c’est donc la même toute-puissance qui est aux mains du Père. La conclusion naissait d’elle-même du jeu mutuel de ces deux affirmations : « le Père et moi nous sommes un », une même réalité, donnée par l’un, reçue par l’autre, donnée et possédée, reçue et possédée au même titre.

En face de ce qu’ils considèrent comme un blasphème nouveau, les Juifs se préparent à lapider le coupable : c’était une réponse en action. Peut-être le portique de Salomon n’était-il pas terminé et fournissait-il abondance de projectiles : la tentative essayée naguère (Io 8, 59) se répète. Cette fois, au lieu de se dérober, le Seigneur en appelle à la conscience et à la loyauté de ses juges, bientôt ses bourreaux. Il plaide ; mais dans son plaidoyer même, il affirme de nouveau ce dont on veut lui faire un crime. « J’ai accompli sous vos yeux, dit-il, après en avoir reçu de mon Père le pouvoir, nombre d’œuvres de miséricorde et de bienveillance : quelle est donc celle qui me vaut d’être lapidé par vous ? » Les Juifs répondent : « Ce n’est pour aucune œuvre bonne que nous vous lapidons, mais à cause de votre blasphème. Vous êtes un homme, et vous vous faites Dieu. » Dès lors que le Seigneur, en effet, se dit le Fils de Dieu, il est et il se dit de même nature que son Père. Les Juifs ne se méprennent aucunement sur la portée de l’assertion.

Sans rien retirer de cette assertion divine, sans même cesser de la reproduire, le Seigneur montre combien peu sont recevables ses ennemis et combien justifié le témoignage qu’il se rend à lui-même. Dans la Loi juive, au Psaume 81, il est écrit des magistrats de l’Ancien Testament qu’ils sont des dieux, des fils du Très-Haut. On ne peut, dit le Seigneur, ni contester ni effacer cette parole de l’Écriture que Dieu lui-même adresse à des hommes. Ils sont hommes, et ils sont dieux aussi. Pourquoi dieux ? Simplement parce qu’ils ont communié à Dieu, par l’investiture qu’il leur a donnée de sa vérité et de son autorité ; à raison, par conséquent, d’une participation accidentelle, limitée, temporaire, à l’un de ses attributs divins. Et lorsque celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde dit de lui-même : « Je suis le Fils de Dieu, » vous l’accusez de blasphème ?

Ne croyons pas que le Seigneur adoucisse ou atténue la vérité, ni qu’il réduise sa filiation divine à ]a mesure de cette filiation adoptive reconnue à d’autres par l’Écriture. Non ; jamais, au contraire, on n’a raisonné plus rigoureusement, et toutes les paroles du Seigneur contiennent une solennelle confirmation de ce qu’il a dit plus haut (verset 30). Parce qu’ils ont communié accidentellement à la parole et au pouvoir de Dieu, on a donné aux juges le titre de dieux par participation : dans le cas présent, la condition est tout autre. Il y a ici quelqu’un qui est de la Sainte Trinité. Le Père l’a sanctifié par la communication de sa sainteté infinie et aussi en le destinant éternellement à l’œuvre rédemptrice qu’il devait accomplir. Puis, dans le temps, il a, de son titre de Père, envoyé dans le monde celui qui reposait et continue de reposer dans son sein ; celui-là se nomme lui-même le Fils de Dieu : qui pourrait lui contester le titre qu’il se donne ?

Aussi bien, le Seigneur fournissait-il une preuve irrécusable de sa parole, une démonstration de sa filiation. Nous l’avons entendue déjà plus d’une fois. Celui qui n’est que Fils, qui n’agit que comme tel, accomplit les œuvres de son Père ; c’est le Père qui agit en lui et par lui. Étaient-ce des œuvres divines et dignes du Père, celles que le Seigneur accomplissait depuis si longtemps au milieu des Juifs ? Dès lors, comment refuser de croire ? S’il vous est difficile de me croire sur parole, ajoute Jésus, croyez à mes œuvres : elles vous apprendront, et de jour en jour vous croirez davantage que mon Père est en moi, que je suis dans mon Père ; que nous sommes deux, — et que nous sommes un, par la nature, par l’union vitale qui existe entre nous, par l’inhabitation et l’inexistence mutuelle du Fils dans le Père, du Père dans le Fils.

Prières

Oratio

Sanctificáto hoc ieiúnio, Deus, tuórum corda fidélium miserátor illústra : et quibus devotiónis præstas afféctum, præbe supplicántibus pium benígnus audítum. Per Dóminum.

Oraison

Dieu de miséricorde, sanctifiez ce jeûne, éclairez les cœurs de vos fidèles, et prêtez une oreille favorable aux supplications de ceux auxquels vous inspirez le sentiment de la piété.

Oratio

Adésto supplicatiónibus nostris, omnípotens Deus : et, quibus fidúciam sperándæ pietátis indúlges ; consuétæ misericórdiæ tríbue benígnus efféctum. Per Dóminum.

Oraison

Soyez attentif à nos supplications, Dieu tout-puissant, et dans votre bonté, accordez l’effet de votre habituelle miséricorde à ceux à qui vous donnez la confiance d’espérer votre clémence.

Prière de Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148)

Seigneur, donnez-moi la charité, vous qui avez voulu être nommé Charité, afin que je vous aime plus que moi-même, et que je ne me soucie aucunement de ce que je ferai de moi, pourvu que je fasse ce qui vous plaît. Donnez-moi, Père, de toujours être, je n’ose dire votre fils, mais votre fidèle petit serviteur, et la brebis de votre pâturage. Parlez, Seigneur, de temps en temps au cœur de votre serviteur, et que vos consolations réjouissent mon âme. Apprenez-moi à vous parler plus souvent, à vous confier, Seigneur, mon Dieu et mon Père, toute ma pauvreté et tout mon manque. Ô vous qui êtes ma force, ayez pitié de moi qui suis fragile. Et que ce soit grande gloire pour vous qu’un être aussi faible que moi puisse persévérer à votre service. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Oves meæ vocem meam áudient : et ego Dóminus agnósco eas.

Ã. Mes brebis écouteront ma voix : et moi, le Seigneur, je les connais.

Antienne grégorienne “Oves meæ”

Ã. Multa bona ópera operátus sum vobis : propter quod opus vultis me occídere ?

Ã. Beaucoup d’œuvres excellentes, j’ai faites devant vous : pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me faire mourir ?

Antienne grégorienne “Multa bona opera”

Antiennes Oves meæ +