Mardi 1er décembre (ReConfinement J33)

Mardi 1er décembre (ReConfinement J33)

Mardi 1er décembre (ReConfinement J33)

Annonces

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline des Pères du désert

Se mettre en présence de Dieu, ne pas s’estimer soi-même et rejeter derrière soi la volonté propre : tels sont les instruments de l’âme.

Saint Éloi, évêque de Noyon

Saint Éloi naquit à Chaptelat, à deux lieues de Limoges, vers l’an 588, et dans sa jeunesse son père lui fit apprendre le métier d’orfèvre. Il se rendit très habile dans cet art, et fut employé à divers ouvrages par le roi Clotaire II, dont il fut particulièrement connu et estimé. Ce prince se plaisait à le voir travailler. Il devint riche, et n’employa ses grands biens qu’à des œuvres de charité. Il fonda l’abbaye de Solignac, dans le diocèse de Limoges, et un célèbre monastère à Paris, dont sainte Aure fut la première abbesse. Les pauvres le regardaient comme leur père, et le suivaient en foule partout où il allait, parce qu’ils étaient sûrs d’éprouver toujours sa charité.

Il travaillait durant le jour, et passait une grande partie de la nuit en prières. Il affligeait sa chair par le cilice et par le jeûne, et méditait sans cesse les Saintes Écritures, et les vérités du salut.

Sa sainteté, qui avait déjà éclaté par plusieurs miracles, le fit juger digne de l’épiscopat, et il fut sacré évêque de Noyon, sous le règne de Clovis II, l’an 641. Comme il était instruit dans les lettres, rien ne lui manquait pour s’acquitter dignement des fonctions de son ministère. Il nous reste de lui quelques homélies, qui montrent combien il était versé dans la lecture et l’intelligence des Livres saints. Lorsqu’il avait expliqué à son peuple quelque point de la morale évangélique, il avait coutume de dire à la fin de son discours :

« Si vous pratiquez ce que je viens de vous enseigner, vous en serez récompensés dans le ciel. Si vous ne le pratiquez pas, vous en serez éternellement punis dans l’enfer ; quant à moi, j’ai déchargé ma conscience devant Dieu, et je prends à témoin le ciel et la terre, que j’ai rempli le devoir de mon ministère, en vous annonçant la vie ou la mort : que si vous méprisez mes exhortations et mes menaces, je serai contraint de devenir votre accusateur au tribunal du souverain Juge. »

Il restait encore des idolâtres dans une partie de la Flandre ; le saint évêque travailla à leur conversion, et Dieu bénit tellement ses travaux, qu’il eut la gloire d’en convertir un grand nombre. Un jour, Éloi se promenant dans Noyon vit que la façade de la basilique construite par saint Médard menaçait ruine. Il ordonna de la réparer, et comme on lui faisait remarquer que la saison ne s’y prêtait guère, il répondit qu’il fallait se hâter car il voulait voir la construction achevée. Il prévoyait sa mort prochaine et son tempérament n’admettait guère les demi-mesures. On raconte qu’un vigneron paresseux, battu de verges sur son ordre, s’était réjoui de sa mort : le saint revint sur terre pour lui administrer une correction. Il ne craignait pas de s’adresser aux saints en termes assez vifs : lors de l’incendie de Paris, il déclara à saint Martial que s’il laissait brûler son église il ne la reconstruirait jamais, et quand la basilique Sainte-Colombe fut cambriolée, il menaça la sainte d’en condamner la porte avec une haie d’épines, si les voleurs ne rapportaient pas tout. Et ces prières formulées comme des mises en demeure furent exaucées.

À l’âge de soixante-dix ans, après dix-sept ans d’épiscopat, il déclara à ses prêtres et à ses diacres, que sa fin était proche ; ils se mirent aussitôt à pleurer amèrement. Le Saint fut touché de leurs regrets et de leurs larmes, et demeura quelque temps en suspens entre le désir de vivre plus longtemps pour les consoler, et celui d’entrer au plus tôt dans la joie du Seigneur enfin il leur dit qu’ils devaient plutôt se réjouir que s’affliger de sa mort, que s’il était absent de corps, il leur serait toujours présent en esprit ; qu’après tout, ils ne devaient mettre qu’en Dieu toute leur espérance ; que ce Dieu ne les abandonnerait pas, qu’il les recommandait à sa miséricorde; qu’il avait travaillé pour leur salut; qu’il n’était cependant qu’un serviteur inutile ; mais qu’il espérait que Dieu aurait égard à sa bonne volonté. Il finit par les conjurer, au nom de Jésus-Christ, de pratiquer fidèlement toutes les instructions qu’il leur avait données, et surtout de prendre toujours un soin particulier des monastères qu’il avait fondés.

Lorsqu’il sentit qu’il n’avait plus que quelques moments à vivre, il leva les yeux et les mains au ciel, et adressa cette prière à Dieu :

« C’est donc aujourd’hui, Seigneur, que vous laissez mourir votre serviteur en paix, selon votre parole : souvenez-vous que vous m’avez formé avec un peu de terre, et n’entrez point en jugement avec moi. Ô Jésus, mon Rédempteur ! souvenez-vous de moi : vous seul êtes exempt de péché : ouvrez-moi l’entrée de votre royaume; je remets mon esprit dans vos mains, et je meurs en confessant votre nom ; je sais que je suis indigne de vous posséder ; mais j’ai toujours mis ma confiance dans votre miséricorde : ne permettez pas que mon espérance soit confondue ; éloignez de moi le prince des ténèbres, défendez-moi par votre puissance, et conduisez-moi dans cette céleste demeure, que vous avez préparée à ceux qui vous craignent. »

En disant ces dernières paroles, il expira le 1er décembre de l’an 660. Il avait déjà fait plusieurs miracles avant d’être évêque, et depuis son épiscopat ; il en fit encore après sa mort. Sa vie a été écrite par saint Ouen, archevêque de Rouen, son contemporain et son ami.

Pratique. Saint Eloi devint un saint en vivant au milieu du monde, et même à la cour, parce qu’il ne fut point attaché de cœur au monde, et qu’il se préserva de sa corruption par une fidélité constante aux exercices de la religion. Suivons son exemple en vivant chrétiennement dans ce même monde, en y remplissant, selon l’ordre de la Providence, les obligations de notre état ; que surtout la prière, la méditation de la loi du Seigneur, soient pour nous un devoir sacré ; la vérité nous éclairera, et sa lumière, si nous sommes fidèles, nous dirigera toujours dans les routes de la justice.

Prière.  Que votre loi, Seigneur, et vos divins mystères soient toujours présents à mon esprit et à mon cœur. J’y puiserai par votre grâce la paix et l’innocence de la vie, la confiance à la mort et l’avant-goût de l’éternité bienheureuse. Ainsi soit-il.

Une leçon d’humilité : d’une légende sur Saint Éloi

Éloi, simple maréchal-ferrant, s’était installé à son compte et avait accroché à sa porte une enseigne ainsi conçue : « Éloi. Maître sur maître. Maître sur tous ». Considérant que ce « Maître sur tous » était un défi à la puissance céleste, Jésus-Christ résolut de donner à Éloi une bonne leçon d’humilité.

Le Christ s’habilla donc comme un simple et pauvre forgeron et vint demander de l’embauche à l’atelier d’Éloi.
– Que sais-tu faire ? demande celui-ci.
– Je sais forger et ferrer aussi bien que qui que ce soit au monde.
– Que dis-tu de ce fer que je viens de forger ?
– Pas mal, mais on peut faire mieux.

Là-dessus, et sans attendre, Jésus forge un fer bien mieux fini, bien plus élégant que celui d’Éloi. Mais il ne s’arrête pas là. Ayant vu à la porte de la forge un cheval en attente d’être ferré, Jésus lui coupe la jambe, la met sur l’enclume, pose le fer, puis rattache la jambe au cheval qui paraît ne s’être aperçu de rien. Colère d’Éloi qui, pour relever ce défi, coupe une autre jambe du cheval et s’apprête à y poser un fer. Mais le cheval, cette fois, saigne, hennit de douleur, s’abat, et mourrait bientôt si Jésus n’arrêtait miraculeusement l’hémorragie avant de remettre la jambe en place. Du coup, Éloi capitule. Il prend son marteau et brise son enseigne en disant : « Qui que tu sois, c’est toi le maître et c’est moi le compagnon. » Alors le Christ dit : « Heureux celui qui s’humilie. » Éloi comprend enfin à qui il a affaire et se prosterne. Je te pardonne, dit le Christ, car je te crois guéri. Reste « Maître sur maître » ; mais souviens-toi que je suis seul « Maître sur tous ».

Prières

Oratio

Exáudi, quæsumus, Dómine, preces nostras, quas in beáti Elígii Confessóris tui atque Pontíficis sollemnitáte deférimus : et, qui tibi digne méruit famulári, eius intercedéntibus méritis, ab ómnibus nos absólve peccátis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Éloi, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Guerric d’Igny (vers 1087-1157)

Vous avez fait un travail considérable mon Seigneur, en vous mettant à mon service. Il n’est que trop juste, trop normal qu’à présent vous vous reposiez, et que votre serviteur, reprenant son rôle se mette à votre service. Quel prix vous avez mis pour me ramener à ce service inutile que je vous rends, vous qui n’avez pas même besoin du ministère des anges ! Avec quel art de délicatesse, de tendresse vous êtes arrivé à me récupérer, et à ramener à l’obéissance votre serviteur rebelle ! Vous avez vaincu le mal par le bien, vous avez fait rougir l’orgueilleux par votre humilité, vous avez écrasé l’ingrat sous vos bienfaits ! vous êtes arrivé à vaincre le rebelle, Seigneur, – c’est fait ! Je tends mes mains à vos liens, je courbe ma tête sous votre joug. Daignez seulement accepter mon service, permettez que je travaille pour vous. Ainsi soit-il

Antiennes

Ã. Angelus Domini nuntiavit Mariæ, et concepit de Spiritu Sancto, alleluia.

Ã. L’ange du Seigneur a annoncé à Marie, et elle a conçu du Saint Esprit, alleluia.

Ã. Ante quam convenirent inventa est Maria habens in utero de Spiritu Sancto, alleluia.

Ã. Avant qu’ils eussent habité ensemble, Marie se retrouva enceinte de l’Esprit Saint, alleluia.

Antienne grégorienne “Ante quam convenirent"

Antiennes Angelus et Antequam

Lundi 30 novembre (ReConfinement J32) : Saint André Apôtre

Lundi 30 novembre (ReConfinement J32) : Saint André Apôtre

Lundi 30 novembre (ReConfinement J32) : Saint André Apôtre

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Si obscure que soit notre croix, nous pouvons la porter en lumière, en pensant qu’elle est ordonnée au bien de notre âme et à la gloire de Dieu.

Des leçons des Matines de Saint André

L’apôtre André naquit à Bethsaïde, qui est un bourg de Galilée ; il était frère de Pierre et disciple de Jean-Baptiste. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : « Voici l’Agneau de Dieu », il suivit Jésus et lui amena son frère. Dans la suite, tandis qu’il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, ils furent tous deux appelés, avant les autres Apôtres, par le Seigneur qui, passant sur le rivage, leur dit : « Suivez-moi, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Sans aucun retard, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. Après la passion et la résurrection de Jésus-Christ, André alla prêcher la foi chrétienne dans la Scythie d’Europe, cette province lui étant échue en partage ; il parcourut ensuite l’Épire et la Thrace, et, par ses prédications et ses miracles, il convertit à Jésus-Christ une multitude innombrable de personnes.

Parvenu à Patras, ville d’Achaïe, où il fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, il s’adressa avec une courageuse liberté au proconsul Égée, qui résistait à la prédication de l’Évangile, reprochant à cet homme, qui voulait qu’on le reconnût comme juge de ses semblables, de se laisser tromper par les démons au point de méconnaître le Christ Dieu, juge de tous les hommes. Alors Égée, irrité, lui dit : « Cesse de vanter le Christ, que des propos analogues n’ont pu empêcher d’être crucifié par les Juifs. » Comme André continuait néanmoins à prêcher généreusement Jésus-Christ, démontrant qu’il s’était offert lui-même à la croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompit par un discours impie et l’engagea à conserver sa vie en sacrifiant aux dieux. André lui répondit : « Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours sur l’autel, non les chairs des taureaux ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache. Quand tout le peuple des croyants a participé à sa chair, l’Agneau qui a été immolé, n’en demeure pas moins entier et plein de vie. »

Égée, enflammé de colère, ordonna de jeter l’Apôtre en prison. Le peuple en eût facilement délivré André, si lui-même n’eût apaisé la foule, la suppliant avec instance de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne tant désirée du martyre. Peu de temps après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la croix et reprochait au proconsul son impiété, celui-ci, ne pouvant le supporter plus longtemps, commanda qu’on le mit en croix et qu’on lui fît imiter ta mort du Christ.

Arrivé au lieu du martyre, et apercevant de loin la croix, André s’écria : « Ô bonne croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur ! Croix, longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon Maître, afin que par toi me reçoive celui qui par toi m’a racheté. » Il fut donc attaché à la croix, et y resta suspendu vivant pendant deux jours, sans cesser de prêcher la loi du Christ ; après quoi, il s’en alla à celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit son supplice, attestent qu’ils ont entendu et vu toutes ces choses, ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés, sous le règne de l’empereur Constance, à Constantinople, et plus tard à Amalfi. Son chef fut apporté à Rome, sous le pontificat de Pie II, et placé dans la basilique de Saint-Pierre.

D’un sermon de Saint Bernard sur Saint André

Voulez-vous que je vous dise quelques mots d’édification à la gloire de Jésus-Christ, sur la passion de notre saint apôtre que nous célébrons aujourd’hui ? Vous savez que saint André étant parvenu à l’endroit où sa croix était préparée reçut une force d’en haut, et, par l’inspiration du Saint-Esprit qu’il avait reçu en même temps que les autres apôtres, sous la forme de langues de feu, prononça des paroles vraiment embrasées. En effet, en apercevant de loin la croix qui lui était préparée, au lieu de pâlir, comme il semble que la faiblesse humaine devait le faire, il ne sentit aucun frisson courir dans ses veines ; ses cheveux ne se hérissèrent point et sa langue ne demeura point glacée ; son corps ne trembla pas et son esprit ne ressentit aucun trouble; enfin, sa présence d’esprit ne l’abandonna point, comme cela arrive ordinairement. Ses lèvres parlèrent de l’abondance de son cœur et la charité qui consumait son âme, s’échappa en paroles semblables à des étincelles embrasées. Que disait donc saint André quand il aperçut de loin la croix qui lui était préparée? « Ô croix, s’écrie-t-il, croix que j’appelle de tous mes vœux depuis si longtemps, et que je vois enfin sur le point de combler tous mes désirs, c’est le cœur plein de calme et de joie que je viens à toi, reçois dans tes bras avec allégresse un disciple de celui qui s’y est vu attaché. J’ai toujours été ton amant, et mon plus grand désir n’a cessé d’être de t’embrasser. » Je vous le demande, mes frères, est-ce un homme qui parlait ainsi? Au lieu d’un homme, n’est-ce pas un ange ou quelque nouvelle créature? C’était un homme en tout semblable à nous et passible comme nous, si bien passible qu’il a subi la passion dont la seule approche le remplissait d’une telle allégresse. D’où vient, dans un homme, ce bonheur si nouveau et cette joie si complètement inouïe jusqu’alors? D’où vient tant de constance dans une si grande fragilité, un esprit si spirituel, une charité si vive, une âme si robuste dans un homme? Loin de nous la pensée qu’il ait trouvé en lui une force pareille, c’est un don parfait, une grâce du Père des lumières, de celui seul qui fait de grandes merveilles.

Oui, mes bien-aimés, c’est l’Esprit qui aidait sa faiblesse, l’Esprit, dis je, par qui la charité qui est aussi forte — que dis-je ? — plus forte que la mort, était répandue en lui. Oh ! si nous avions le bonheur d’en avoir aussi notre part ! Cherchons cet Esprit, appliquons-nous de toutes nos forces à avoir cet Esprit, ou plutôt à posséder plus complètement celui-là même que nous avons déjà. Quiconque n’a point l’Esprit du Christ n’est pas des siens (Rom 7, 15). Pour nous, nous n’avons point reçu l’esprit de ce monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous sachions quels biens nous avons reçus de Dieu. Or, la preuve qu’il est présent en nous, ce sont les œuvres mêmes de salut et de vie que nous ne serions jamais capables de faire, si nous ne possédions, au dedans de nous, l’Esprit du Sauveur, qui vivifie nos âmes. Faisons en sorte que Dieu multiplie ses dons en nous, et qu’il y augmente son Esprit dont il nous a déjà donné les prémices. On ne saurait trouver de preuve plus certaine de sa présence que le désir d’une grâce plus grande, selon ce qu’il a dit lui-même en ces termes : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif (Sir 24, 29). »

Pour nous, mes frères, nous devons prendre la croix avec saint André, ou plutôt avec celui-là même qu’André a suivi, je veux dire avec Notre-Seigneur et Sauveur. Ce qui faisait toute sa joie et toute son allégresse, c’est qu’il voyait qu’il allait mourir, non seulement pour lui, mais encore avec lui, qu’il allait se trouver comme greffé en lui par la ressemblance de sa mort (Rom 6, 5), qu’il allait enfin partager son royaume, comme il allait partager ses souffrances. Afin d’être crucifiés nous aussi avec lui, prêtons l’oreille et écoutons, avec le cœur, les paroles qu’il nous adresse quand il dit : « Que celui qui veut venir après moi se renonce soi-même, porte sa croix et me suive » (Lc 9, 23). C’est comme s’il disait : Que ceux qui soupirent après moi se méprisent eux-mêmes, et que celui qui veut faire ma volonté apprenne d’abord à rompre la sienne.

Notre salut est donc dans la croix, pourvu seulement que nous nous attachions effectivement à elle. L’Apôtre a dit : « La parole de la croix, à la vérité, est une folie pour ceux qui se perdent; mais pour ceux qui se sauvent, c’est-à-dire pour nous, elle est la vertu de Dieu » (1 Cor 1, 18). La croix est le bouclier qui nous entoure et ses quatre bras repoussent les traits des ennemis du salut. Selon moi, ces quatre bras de la croix représentent la continence, la patience, la prudence et l’humilité. Heureuse l’âme qui met sa gloire et son triomphe dans la croix, pourvu seulement qu’elle demeure sur la croix, et ne s’en laisse tomber par aucune tentation. Que celui donc qui se trouve sur la croix, prie, avec saint André, son Seigneur et Maître, de ne pas permettre qu’il soit détaché de la croix. En effet, à quel excès d’audace le Malin ne peut-il point se porter, quelle tentative n’aura-t-il point la présomption de faire ? Ce qu’il voulait exécuter par les mains même d’Égée sur le disciple, il avait eu la pensée de le faire sur le maître par la langue des Juifs. Mais il eut lieu de le regretter, un peu tard il est vrai, car il fut vaincu et s’éloigna plein de confusion. Fasse le ciel que le Malin s’éloigne ainsi de nous, vaincu par Celui qui a triomphé en lui-même et dans son disciple. Que Celui qui est Dieu et béni par dessus tout, dans les siècles des siècles, nous fasse la grâce de consommer heureusement notre vie sur la croix de la pénitence, quelle qu’elle soit, dont nous nous sommes chargés pour son nom. Ainsi soit-il.

Prières

Oratio

Maiestátem tuam, Dómine, supplíciter exorámus : ut, sicut Ecclésiæ tuæ beátus Andréas Apóstolus éxstitit prædicátor et rector ; ita apud te sit pro nobis perpétuus intercéssor. Per Dóminum.

Oraison

Seigneur, nous demandons avec supplication à votre majesté, que, de même que votre Église a eu pour l’enseigner et la gouverner votre bienheureux Apôtre André, nous l’ayons comme perpétuel intercesseur auprès de vous.​ Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Préface de l’antique liturgie « gallicane » (avant le 8ème siècle)

Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d’ineffables actions de  grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs; et c’est pour cela qu’il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices. Après des verges injustes, après l’étroite prison, enchaîné au gibet, il s’offrit à vous, ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l’étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l’Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l’Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ; car, suspendu au bois, il se félicitait d’être associé au Christ. Il ne souffre pas qu’on le descende de la croix, dans la crainte que l’ardeur du combat qu’il soutient ne s’attiédisse. La foule le considère et se lamente; elle veut qu’on délie les liens de celui qu’elle sait être le médecin des âmes; elle demande qu’on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l’âme, et est admis en possession du royaume de l’éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d’être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d’éternelles louanges et actions de grâces, à vous, notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres.

Prière d’abandon

Je me laisse, ô mon Dieu, dans vos mains. Tournez, retournez cette argile, comme le vase qui se fait entre les mains du potier (Ier 18, 6). Donnez-lui une forme ; brisez-la ensuite, si vous voulez ; elle est à vous ; elle n’a rien à dire. Il me suffit qu’elle serve à tous vos desseins et que rien ne résiste à votre bon plaisir pour lequel je suis fait. Demandez, ordonnez ; que voulez-vous que je fasse ? que voulez-vous que je ne fasse pas ? Élevé, abaissé, persécuté, consolé, souffrant, appliqué à vos œuvres, inutile à tout, il ne me reste qu’à dire, à l’exemple de votre sainte Mère : Qu’il me soit fait selon votre parole.

Donnez-moi l’amour par excellence, l’amour de la croix, non pas de ces croix héroïques dont l’éclat pourrait nourrir l’amour-propre, mais de ces croix vulgaires que nous portons hélas ! avec tant de répugnance, de ces croix de chaque jour, dont la vie est semée et qui se rencontrent au milieu du chemin à toute heure, dans la contradiction, l’oubli, l’insuccès, les faux jugements, les contrariétés, la froideur ou les vivacités des uns, les rebuts ou les mépris des autres, dans les infirmités du corps, les ténèbres de l’esprit, le silence et la sécheresse du cœur. Alors seulement, vous saurez que je vous aime, bien que je ne le sache ni ne le sente moi-même, et cela me suffit !

Neuvaine à l’Immaculée Conception (du 30 novembre au 8 décembre)

Réciter une dizaine du chapelet puis la prière de Saint Pie X :

Vierge très sainte, qui avez plu au Seigneur et êtes devenue sa mère, Vierge Immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi, et dans votre amour, de grâce, regardez avec bienveillance les malheureux qui implorent votre puissante protection. Le serpent infernal, contre lequel fut jetée la première malédiction, continue, hélas ! à combattre et à tenter les pauvres fils d’Ève. Ô vous, notre Mère bénie, notre Reine et notre Avocate, vous qui avez écrasé la tête de l’ennemi dès le premier instant de votre conception, accueillez nos prières, et, nous vous en conjurons, unis en un seul cœur, présentez-les devant le trône de Dieu, afin que nous ne nous laissions jamais prendre aux embûches qui nous sont tendues, mais que nous arrivions tous au port du salut, et qu’au milieu de tant de périls, l’Église et la société chrétienne chantent encore une fois l’hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix. Ainsi soit-il.

Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. 3 fois

Antiennes

Ã. Salve Crux pretiosa suscipe discipulum eius qui pependit in te Magister meus Christus.

Ã. Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

Antienne grégorienne “Salve Crux"

Ã. Beatus Andreas orabat dicens : Domine rex æternæ gloriæ, suscipe me pendentem in patibulo.

Ã. Le bienheureux André priait, et disait: Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

Antienne grégorienne “Beatus Andreas"

Antiennes de Saint André

Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

Dimanche 29 novembre (ReConfinement J31) : 1er dimanche de l’Avent

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Celui qui prie comme il le faut, avec humilité, confiance, persévérance, en demandant les biens nécessaires au salut, celui-là coopère au gouvernement divin.

Sermon

Mystique de l’Avent par Dom Guéranger

Le mystère de l’Avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c’est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.

« Dans le premier Avènement, dit saint Bernard au Sermon cinquième sur l’Avent, il vient en chair et infirmité; dans le second, il vient en esprit et en puissance; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second Avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »

Tel est le mystère de l’Avent. Écoutons maintenant l’explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois Avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’Évangile : Au milieu de la nuit un cri s’est fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient; cependant, ils ne savent pas d’où il vient ni où il va. Quand au troisième Avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement fut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second (De Adventu, Sermo III). »

Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l’Avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier Avènement. Elle emprunte pour cela les expressions enflammées des Prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres supplications. Dans la bouche de l’Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l’ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l’éternité, les prières de l’ancien peuple et celles de l’Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l’oreille de Dieu ; et c’est après les avoir toutes entendues et exaucées, qu’il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.

L’Église aspire aussi vers le second Avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l’Époux fait à l’Épouse. Chaque année cet Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des Fidèles de ce joug de servitude que l’ennemi voudrait faire peser sur elle (Collecte du jour de Noël). L’Église, durant l’Avent, demande donc d’être visitée par celui qui est son chef et son Époux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu’ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la Liturgie que l’Église emploie pour solliciter cet amoureux et invisible Avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a vingt siècles, visiter et sauver le genre humain, s’il ne revenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie surnaturelle dont le principe n’est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l’Époux ne satisfait pas l’Église ; elle aspire après le troisième Avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l’éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l’Époux : Voilà que je viens tout à l’heure (Apc 22, 20) ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus ! (ibid.) Elle a hâte d’être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complément du nombre des élus, pour voir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Époux. C’est donc jusque-là que s’étend la signification des vœux qu’elle a déposés dans la Liturgie de l’Avent ; telle est l’explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de l’Agneau, et l’Épouse s’est préparée (Apc 19, 7).

Mais ce jour de l’arrivée de l’Époux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des formidables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour « un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu’il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d’épouvante. » Ce n’est pas cependant qu’elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d’Épouse ; mais son cœur de Mère s’inquiète en songeant qu’alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n’y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la Liturgie de l’Avent, l’Église s’arrête si souvent à montrer l’Avènement du Christ comme un Avènement terrible, et choisit dans les Écritures les passages les plus propres à réveiller une terreur salutaire dans l’âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d’un sommeil de péché.

Tel est donc le triple mystère de l’Avent. Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d’exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et destinés à compléter ce qu’expriment les chants et les paroles.

Remarquons d’abord le nombre des jours de l’Avent. La quarantaine est la première forme qu’ait adoptée l’Église pour cette période; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l’Église Romaine et celles qui la suivent l’ont abandonnée, le quaternaire n’en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première Naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l’Hébreu et de la Vulgate.

Au temps de l’Avent comme en celui du Carême, les Noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l’attente du souverain Juge, ni les amis de l’Époux (Io 3, 29) de l’espérance qu’ils nourrissent chèrement d’être bientôt conviés aux Noces de l’éternité.

Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la Dalmatique, et le Sous-Diacre la Tunique. Autrefois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l’Église marque avec quelle vérité elle s’unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l’attente des nations (Gn 49, 10) ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second Avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu’ils se montrent touchés de la tendresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes (Prv 8, 31). Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l’Époux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu’à ce que la voix se fasse entendre qui dira: « Viens du Liban, mon Épouse ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur (Ct 5, 8) ».

Pendant l’Avent, l’Église suspend aussi, excepté aux Fêtes des Saints, l’usage du Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonæ voluntatis. En effet, ce chant merveilleux ne s’est fait entendre qu’en Bethléem sur la crèche de l’Enfant divin ; la langue des Anges n’est donc pas déliée encore ; la Vierge n’a pas déposé son divin fardeau ; il n’est pas temps de chanter, il n’est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !

De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient l’assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! Il les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l’Église craignait d’interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d’attente.

À l’Office de la Nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l’hymne de jubilation, Te Deum laudamus [l’office monastique le conserve cependant]. C’est dans l’humilité qu’elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l’heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout-à-coup, elle retrouvera sa voix d’action de grâces; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d’enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! Ô Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l’homme, vous n’avez point eu horreur du sein d’une faible Vierge ».

Dans les jours de Férie, avant de conclure chaque heure de l’Office, les Rubriques de l’Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l’Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.

Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c’est que le chant de l’allégresse, le joyeux Alleluia, n’est pas suspendu durant l’Avent, si ce n’est aux jours de Férie. À la Messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l’orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l’Église, dit assez que, tout en s’unissant à l’ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l’humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n’oublie cependant pas que l’Emmanuel est déjà venu pour elle, qu’il est en elle, et qu’avant même qu’elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l’union éternelle. Voilà pourquoi l’Alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.

Prières

Oratio

Excita, quæsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári : Qui vivis et regnas.

Oraison

Réveillez votre puissance, Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Sauveur, vous venez dans les ténèbres, et les ténèbres ne vous comprennent pas. Oh ! faites que nos ténèbres comprennent la lumière et la désirent. Un jour viendra où vous déchirerez les ténèbres insensibles et volontaires, par l’éclair effrayant de votre justice. Gloire à vous en ce jour, ô souverain Juge ! mais gardez-nous de votre colère, durant les jours de cette vie mortelle. — Où frapperai-je maintenant ? dites-vous. Mon peuple n’est déjà plus qu’une plaie. — Soyez donc Sauveur, ô Jésus ! dans l’Avènement que nous attendons : Toute tête est languissante, et tout cœur désolé : venez relever ces fronts que la confusion et trop souvent aussi de viles attaches courbent vers la terre. Venez consoler et rafraîchir ces cœurs timides et flétris. Et si nos plaies sont graves et invétérées, venez, vous qui êtes le charitable Samaritain, répandre sur elles l’huile qui fait disparaître la douleur et rend la santé.

Le monde entier vous attend, ô Rédempteur ! venez vous révéler à lui en le sauvant. L’Église, votre Épouse, commence en ce moment une nouvelle année ; son premier cri est un cri de détresse vers vous; sa première parole est celle-ci : Venez! Nos âmes, ô Jésus, ne veulent pas non plus cheminer sans vous dans le désert de cette vie. Il se fait tard : le jour incline au soir, les ombres sont descendues : levez-vous, divin Soleil ; venez guider nos pas, et nous sauver de la mort.

Prière de Pierre de Blois (vers 1130-1212)

Ô Marie, qui peut dire vos louanges, qui peut parler de votre puissance ? Quoique les filles de Sion vous exaltent, que les reines vous louent, que l’assemblée des saints proclame votre gloire, tous ces honneurs et toutes ces louanges, comparés à votre félicité, sont comme une torche auprès du soleil, ou bien une goutte d’eau devant l’immense océan. Dans nos misères et nos angoisses, vous êtes aussi prompte que puissante à nous secourir. Vous êtes douce pour la bouche de ceux qui vous prient, douce dans les cœurs de ceux qui vous aiment, douce dans la mémoire de ceux qui vous invoquent. Tout sexe, tout âge, toute condition, toute tribu, toute langue, vous glorifient. Vous êtes la myrrhe choisie, la colonne de fumée aromatique, le bouquet de myrrhe de l’épouse, le pin qui étend sur nous ses rameaux de gloire et de salut. En tout et au-dessus de tout vous êtes bénie et la plus bénie ; la plus belle, la plus gracieuse, la plus glorieuse mère, la mère de Celui qui donne la grâce et la gloire, l’honneur et la vie éternelle, de Celui auquel tout honneur et toute gloire sont dus à jamais. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In illa die stillabunt montes dulcedinem et colles fluent lac et mel, alleluia.

Ã. En ce jour-là les montagnes distilleront la douceur, et les collines ruisselleront de lait et de miel, alleluia.

Antienne grégorienne “In illa die”

Antienne In illa die

Ã. Spiritus sanctus in te descendet Maria : ne timeas habebis in utero Filium Dei, alleluia.

Ã. L’Esprit-Saint descendra sur vous, Marie : ne craignez pas, vous aurez en votre sein le Fils de Dieu, alleluia.

Antienne grégorienne “Spiritus Sanctus”

Antienne Spiritus Sanctus

Un sermon du Père Verrier

Un sermon du Père Verrier

Un sermon du Père Verrier

La qualité audio n’est pas très bonne, mais avec de l’attention, on profitera de ce sermon émouvant de notre cher Père Verrier pour préparer la fête de Noël. Il a été prononcé le 18 décembre 2005 (4ème dimanche de l’Avent).

Sermon pour le 4ème dimanche de l'Avent (18 décembre 2005) : Passer un Noël chrétien.

par Père Pierre Verrier

O Sapientia

O Sapientia

O Sapientia

O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodisti,
attingens a fine usque ad finem fortiter,
suaviter disponensque omnia:
veni ad docendum nos viam prudentiae.

Ô Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut,
qui atteignez d’une extrémité du monde à l’autre avec force,
et qui, avec suavité, disposez toutes choses,
venez nous enseigner la voie de la prudence !

Antienne grégorienne “O Sapientia”