Dimanche des Rameaux

Dimanche des Rameaux

Dimanche des Rameaux

Annonce du Martyrologe Romain
Le Dimanche des Palmes, jour où Notre-Seigneur Jésus-Christ, monté sur le petit d’une ânesse, selon la prophétie de Zacharie, entra à Jérusalem, tandis que la foule, des branches de palmier à la main, se portait à sa rencontre.
La Punchline de Saint Augustin
Les branches de palmier sont les louanges et sont l’emblème de la victoire ; car, en mourant, le Seigneur allait vaincre la mort, et, par sa croix, triompher du diable, prince de la mort.
Sermon

Sentiments chrétiens par rapport à la Passion du Christ

L’ovation des Rameaux (Mt 21, 1-9) : commentaire de Dom Paul Delatte
À mesure que nous avançons vers la Passion, le récit des évangélistes, habituellement sommaire, devient tellement abondant que l’on peut suivre le Seigneur pas à pas. Il passa probablement à Béthanie la nuit du samedi au dimanche. Le lendemain, peut-être dans l’après-midi, il reprit sa marche vers Jérusalem, distante de trois kilomètres environ. Avec ses disciples, c’est déjà tout un cortège de pèlerins et de Juifs qui l’accompagnent. Bientôt la nouvelle de son arrivée parvient à Jérusalem ; et une foule de personnes, venues dans la ville à l’occasion de la Pâque, sortent au-devant de lui. Les deux cortèges vont se rencontrer, et une grande ovation se prépare. Le Seigneur, qui, jusqu’à ce moment, ne s’était jamais prêté, en Galilée, aux manifestations et à la reconnaissance populaire, condescend aujourd’hui, organise même ce triomphe du Messie qui va mourir.

En approchant de Bethphagé, un village situé sur les pentes orientales du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples faire les préparatifs voulus par Dieu. « Allez, leur dit-il, au village qui est devant vous, — Bethphagé sans doute ; — aussitôt entrés, vous trouverez un ânon (avec l’ânesse, note saint Matthieu), un ânon qui n’a encore été monté par personne ; détachez-les et amenez-les moi. Et si quelqu’un vous demande : Que faites-vous là ? Pourquoi détachez-vous ces montures ? vous répondrez : C’est parce que le Seigneur en a besoin ; mais il les renverra aussitôt (ou, selon la traduction commune : et on vous laissera faire). » Toutes choses se passèrent exactement comme le Seigneur l’avait dit. Notons le caractère vivant du récit et l’extrême précision de détails, surtout chez saint Marc. Les deux disciples s’en allèrent au hameau désigné, trouvèrent l’ânon attaché près d’une porte, au dehors, sur la rue, et se mirent en devoir de le délier. Des gens qui se trouvaient là, — les propriétaires, précise saint Luc, — leur dirent : « Que faites-vous ? pourquoi détachez-vous l’ânon ? » Ils répondirent simplement, selon leurs instructions : « Parce que le Seigneur en a besoin » ; et on les laissa faire. Et, lorsqu’ils furent revenus près de leur Maître, les disciples disposèrent leurs manteaux sur les deux animaux ; et le Seigneur ayant choisi l’ânon comme monture, ils l’aidèrent à s’y installer.

Or toutes ces choses s’accomplissaient, ne manque pas de remarquer saint Matthieu, afin que fût réalisée la parole prophétique : « Dites à la fille de Sion, c’est-à-dire à Jérusalem (Is 62, 11) : Voici que votre roi vient à vous, plein de douceur, monté sur un âne, sur le petit de celle qui porte le joug » (Za 9, 9). Saint Jean a relevé, lui aussi, l’accomplissement de cette prophétie messianique. Mais il ajoute que les disciples n’en eurent pas conscience à l’heure même : plus tard seulement, après la glorification du Seigneur et après avoir reçu l’intelligence des Écritures, ils se souvinrent de la prophétie, comprirent qu’elle regardait ce triomphe pacifique de Jésus, et observèrent avec joie qu’ils avaient contribué, à leur insu, à en réaliser la teneur.

Lentement, le Seigneur s’avançait vers la ville sainte. Beaucoup se dépouillaient de leurs manteaux et les étendaient sur le chemin. Nous savons, par le récit de ce qui se fit à l’intronisation de Jéhu (4 Rg 9, 13), que jeter ses vêtements sous les pieds d’un homme, c’était le reconnaître comme roi et seigneur. D’autres arrachent aux arbres leurs rameaux, vont couper de la verdure dans les champs voisins, et en jonchent le parcours, afin de préparer au Seigneur un chemin qui fût bien à lui et qui n’eût été foulé par personne. Devant le Seigneur et derrière lui marche une foule mêlée de Galiléens et de Juifs, portant en main, dit saint Jean, « les branches des palmiers », c’est-à-dire les tiges cueillies çà et là en cours de route (cf. 1 Mcc 13, 51 ; 2 Mcc 10, 7). Saint Luc a noté l’endroit précis où retentirent les acclamations enthousiastes de la foule : on descendait la pente du mont des Oliviers. Tous, mais ceux-là surtout qui avaient contemplé les nombreux miracles du Seigneur, et notamment, dit saint Jean, la résurrection de Lazare, glorifiaient Dieu à haute voix : « Hosanna ! Hosanna au Fils de David, au roi d’Israël ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit l’avènement du royaume de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Et l’on entendit même, selon saint Luc, un écho du chant angélique qui avait retenti autrefois sur le berceau du Sauveur : « Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux ! »

Hosanna n’est pas simplement une interjection, c’est encore une prière : « Sauvez-nous ! » C’est un appel à Dieu pour qu’il protège et sauve la nation : ici, pour qu’il donne longue vie et règne au Messie. Pendant la fête des Tabernacles, les Juifs répétaient sans fin l’Hosanna en agitant des palmes, tandis que les anneaux de la procession liturgique se déroulaient autour de l’autel des holocaustes. Le Psaume 117, auquel est emprunté le « Benedictus qui venit in nomine Domini », était, lui aussi, un chant de procession triomphale ; il avait sa place dans la liturgie des Tabernacles et les Juifs le regardaient comme messianique. Selon leur foi traditionnelle, le règne du Messie devait être la consécration du régime théocratique ; or voici que le nouveau roi se présente au nom et avec l’autorité de Dieu, et pour accomplir son oeuvre. Le voilà donc revenu, le règne de David, avec les gloires d’autrefois ! Que le chant de l’Hosanna retentisse jusqu’au plus haut des cieux !

Jésus, l’ânesse et l’ânon : commentaire allégorique de Saint Ambroise (in Lc IX)

Nous lisons selon Matthieu qu’il y avait ânesse et ânon ; de la sorte, comme dans les deux humains l’un et l’autre sexe avait été expulsé, dans les deux animaux l’un et l’autre sexe est rappelé. D’une part donc l’ânesse figurait Ève, mère d’erreur ; d’autre part son petit représentait l’ensemble du peuple des Gentils ; aussi est-ce le petit de l’ânesse qui sert de monture. Et réellement « personne ne l’a monté », car personne avant le Christ n’avait appelé à l’Eglise les peuples des nations ; aussi bien avez-vous lu en Marc : « Que nul homme encore n’a monté. » (Mc 11, 2). Or il était tenu captif par les liens de l’incrédulité, livré au maître méchant à qui son égarement l’avait asservi, mais qui ne pouvait revendiquer ce domaine, l’ayant obtenu non par droit de nature, mais par une faute. Marc mentionne : « Lié devant la porte » (Mc 11, 4) : car quiconque n’est pas dans le Christ est dehors, dans la rue ; mais qui est dans le Christ n’est pas au-dehors. « Sur le passage », ajoute-t-il (Ib.) : là, pas de propriété assurée, pas de crèche, pas d’aliments, pas d’étable. Misérable esclavage, dont la condition est indécise : on a bien des maîtres, faute d’en avoir un. Les autres attachent pour posséder ; Jésus délie pour retenir : les dons, Il le sait bien, sont plus forts que les liens.

Le Maître du monde donc n’a pas mis son plaisir à faire porter son corps visible sur l’échine d’une ânesse ; mais Il voulait, par un mystérieux secret, sceller l’intime de notre âme, s’installer au fond des cœurs, s’y asseoir, cavalier mystique, y prendre place comme corporellement par sa divinité, réglant les pas de l’âme, bridant les soubresauts de la chair, et habituer le peuple des Gentils à cette aimante direction afin de discipliner ses sentiments.

Heureux ceux qui ont accueilli sur le dos de leur âme un tel cavalier ! Heureux vraiment ceux dont la bouche, pour ne pas se répandre en bavardages, a été retenue par la bride du Verbe céleste ! Quelle est cette bride, mes frères ? Qui m’enseignera comment elle serre ou délie les lèvres des hommes ? Il m’a fait voir cette bride, celui qui a dit : « afin que la parole me soit donnée pour ouvrir mes lèvres » (Eph 6, 19). La parole est donc bride, la parole est aiguillon ; aussi « il vous est fâcheux de regimber contre l’aiguillon » (Act 9, 5 ; 26, 14). Il nous a donc appris à ouvrir notre cœur, à endurer l’aiguillon, à porter le joug ; qu’un autre nous apprenne encore à supporter le frein de la langue : car plus rare est la vertu du silence que celle de la parole. Oui, qu’il nous l’apprenne, celui qui, comme muet, n’a pas ouvert la bouche contre l’imposture, prêt pour les fouets (Ps 37, 14) et ne refusant pas les coups, pour être une docile monture à Dieu.

Apprenez d’un familier de Dieu à porter le Christ, puisque Lui vous a porté le premier, quand, pasteur, Il ramenait la brebis égarée (Lc 15, 6) ; apprenez à prêter de bonne grâce le dos de votre âme ; apprenez à être sous le Christ, afin de pouvoir être au-dessus du monde. Ce n’est pas le premier venu qui porte aisément le Christ, mais celui qui peut dire : « Je me suis courbé et abaissé à l’extrême ; je rugissais sous la plainte de mon cœur » (Ps 37, 9).

Et si vous souhaitez ne pas trébucher, posez sur les vêtements des saints vos pas purifiés ; prenez garde en effet d’avancer les pieds boueux. Gardez-vous de prendre la traverse, abandonnant le chemin jonché pour vous, les voies des Prophètes : car pour ménager aux nations qui viendraient une marche plus assurée, ceux qui précédèrent Jésus ont couvert le chemin de leurs propres vêtements, jusqu’au temple de Dieu. Pour vous faire avancer sans heurt, les disciples du Seigneur, dépouillant le vêtement de leur corps, vous ont, par leur martyre, frayé la voie à travers les foules hostiles.

Si pourtant quelqu’un veut l’entendre ainsi, nous ne contestons pas que l’ânon marchait également sur les vêtements des Juifs. Mais que veulent dire ces rameaux brisés ? À coup sûr, ils embarrassent habituellement les pas qui les foulent. Je serais bien perplexe, si plus haut le bon jardinier du monde entier ne m’avait appris que « déjà la cognée est mise aux racines des arbres » (Lc 3, 9) : à la venue du Seigneur Sauveur elle abattra les stériles, et jonchera le sol de la vaine parure des nations sans fruit, que fouleront les pas des fidèles, afin que, renouvelés dans leur âme et esprit, les peuples puissent, comme les pousses de nouveaux plants, surgir sur les vieilles souches.

Ne méprisez donc pas cet ânon : de même que la peau des brebis peut couvrir des loups rapaces (Mt 7, 15), de même inversement un cœur humain peut se cacher sous les dehors d’une bête ; car sous le vêtement du corps, qui nous est commun avec les animaux, vit l’âme que Dieu remplit. Qu’il y ait là une figure des hommes, saint Jean l’a mis en pleine clarté, quand il ajoute qu’ils prirent en mains la fleur des palmiers (Io 12, 13) ; car « le juste fleurira comme le palmier » (Ps 91, 13). Ainsi, à l’approche du Christ, se dressaient, dépassant les épaules des hommes, les étendards de la justice et les emblèmes des triomphes. Pourquoi la foule s’étonne-t-elle du mystère qui s’accomplit ? Bien qu’ignorant ce qui l’étonne, elle admire pourtant que sur cet ânon la Sagesse ait pris place, la vertu soit assise, la justice établie. Ne méprisez pas non plus cette ânesse : jadis elle a vu l’ange de Dieu, qu’un homme ne pouvait voir (Nm 22, 23 ssq.). Elle a vu, elle s’est rangée, elle a parlé, pour vous apprendre que dans les temps qui suivraient, à l’avènement du Grand Ange (Is 9, 6) de Dieu, les Gentils, ânes jusque-là, parleraient.

Prières

Oratio

Deus, quem dilígere et amáre iustítia est, ineffábilis grátiæ tuæ in nobis dona multíplica : et qui fecísti nos in morte Fílii tui speráre quæ crédimus ; fac nos eódem resurgénte perveníre quo téndimus : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qu’il est très juste d’aimer et de chérir, multipliez en nous les dons de votre grâce ineffable, et, comme par la mort de votre Fils vous nous avez fait espérer ce qui est l’objet de notre foi, faites-nous arriver, par sa résurrection, au terme vers lequel nous aspirons. Vous qui vivez.

Oratio

Deus, qui Fílium tuum Iesum Christum, Dóminum nostrum, pro salute nostra in hunc mundum misísti, ut se humiliáret ad nos et nos revocáret ad te : cui etiam, dum Ierúsalem veniret, ut adimpléret Scripturas, credéntium populórum turba, fidelíssima devotióne, vestiménta sua cum ramis palmárum in via sternébant : præsta, quæsumus ; ut illi fídei viam præparémus, de qua, remoto lápide offensiónis et petra scándali, fróndeant apud te ópera nostra iustítiæ ramis : ut eius vestigia sequi mereámur : Qui tecum.

Oraison

Ô Dieu, qui, pour notre salut, avez envoyé en ce monde votre Fils Jésus-Christ Notre Seigneur, afin qu’en s’abaissant jusqu’à nous il nous fît remonter à vous, et qui avez voulu que, lorsqu’il entra à Jérusalem pour accomplir les Écritures, un peuple fidèle étendît avec une piété sincère ses vêtements et des palmes sur son passage, faites que nous aussi, par notre foi, nous lui préparions une voie, que nous ôtions la pierre d’achoppement et de scandale et que de nos œuvres poussent des rameaux de justice, afin que nous méritions de marcher sur ses traces, lui qui vit et règne…

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui Dóminum nostrum Iesum Christum super pullum ásinæ sedére fecísti, et turbas populórum vestiménta vel ramos arbórum in via stérnere et Hosánna decantáre in laudem ipsíus docuísti : da, quæsumus ; ut illórum innocéntiam imitári póssimus, et eórum méritum cónsequi mereámur. Per eúndem Christum, Dóminum nostrum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez envoyé la foule du peuple au-devant de Jésus-Christ Notre Seigneur monté sur l’ânesse et leur avez inspiré d’étendre leurs vêtements, de jeter des branches sur son passage et de chanter Hosanna à sa louange, faites-nous la grâce d’imiter leur innocence et d’avoir part à leur mérite. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur qui vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui humáno generi, ad imitandum humilitátis exémplum, Salvatórem nostrum carnem súmere et crucem subíre fecísti : concéde propítius ; ut et patiéntiæ ipsíus habére documénta et resurrectiónis consórtia mereámur. Per eúndem Dóminum nostrum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez voulu que notre Sauveur prît la chair humaine et supportât les tourments de la croix, afin de servir de modèle d’humilité au genre humain, accordez-nous, dans votre bonté, d’être, à son exemple, toujours courageux dans les épreuves et de mériter par là d’avoir part à sa résurrection. Par le même Jésus-Christ.

Antiennes
Ã. Púeri Hebræórum, tolléntes ramos olivárum, obviavérunt Dómino, clamántes et dicéntes : Hosánna in excélsis.
Ã. Les enfants des Hébreux, portant des branches d’olivier, allèrent au-devant du Seigneur ; ils criaient et disaient : Hosanna au plus haut des cieux.

Antienne grégorienne “Pueri hebræorum tollentes”

Ã. Púeri Hebræórum vestiménta prosternébant in via et clamábant, dicéntes : Hosánna fílio David : benedíctus, qui venit in nómine Dómini.
Ã. Les enfants des Hébreux étendaient leurs vêtements sur le chemin ; ils criaient et disaient : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Antienne grégorienne “Pueri hebræorum vestimenta”

Antiennes Pueri Hebreorum

Samedi de la Passion

Samedi de la Passion

Samedi de la Passion

La Punchline de Saint Augustin

Ceux-là servent Jésus-Christ, qui ne cherchent pas leurs propres intérêts, mais les siens.

Le Père glorifie le Fils (Io 11, 20-36) : commentaire de Dom Delatte

Les Mages se sont présentés, à la naissance du Seigneur, alors que Jérusalem était inattentive : les gentils viennent, avant sa mort, alors que Jérusalem est devenue hostile. On peut supposer qu’ils étaient prosélytes, et qu’un sentiment religieux, non la simple curiosité, les amenait aux fêtes pascales, avec les autres pèlerins. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui dirent : « Seigneur, nous voulons voir Jésus ». Comment connaissaient-ils cet apôtre ? Le rappel de sa ville natale a-t-il pour dessein d’expliquer pourquoi, de préférence, ils s’adressèrent à lui ? Nous ne le savons pas. Du moins, la démarche de ces gentils est digne d’éloges. Mais Philippe est prudent : il en parle d’abord à André, et tous deux vont avertir le Sauveur. Nous n’avons pas de trace d’un entretien privé du Seigneur avec ces gentils ; mais il est permis de croire qu’ils accompagnèrent André et Philippe portant leur message, et qu’ils recueillirent avec eux les paroles de Jésus.

Elles constituent son dernier enseignement public. Le lendemain au soir, la Passion commencera. Le Seigneur le sait. Il comprend bien ce que signifie la démarche des prosélytes ; et, à la vue de la gentilité et de ses prémices, il parle comme autrefois il parlait à la Samaritaine, lorsqu’il voyait blanchir les blés pour la moisson ; la pensée de l’Église lui est présente ; il parle comme il le fera en sa prière suprême (Io 17). La gloire du Fils de l’homme est toute dans cette humanité nouvelle qui va s’attacher à lui. N’est-ce pas l’honneur vraiment unique et incommunicable du second Adam, du Roi pacifique, d’avoir créé autour de lui l’unité de pensée, l’unité de vouloir, l’unité de dilection, là où les hommes n’avaient songé qu’à l’unité de la conquête et de la violence ?

Avec la même clarté, le Seigneur pressent la rançon de cette gloire et la condition qui la lui méritera. Fidèle au procédé détourné que nous avons souvent reconnu, il symbolise, dans un fait de nature, la loi divine de la glorification. Elle est exposée avec solennité : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain de froment jeté en terre ne meurt pas, il reste solitaire ; mais s’il meurt, il produit des fruits nombreux ». Cette loi s’applique au Christ (Is 53, 10) ; elle s’applique à chacun des membres du Christ. Pour acquérir une vie supérieure, il faut mourir et échapper à la vie chétive qui a précédé : sortir du péché pour aller à la grâce, sortir des sens pour aller à l’intelligence, sortir de la vie animale et égoïste pour appartenir à celle de l’esprit, sortir enfin de la vie présente pour aller à Dieu. Egredere ! Celui qui tient à la vie inférieure ne possédera jamais l’autre. « Qui aime sa vie la perdra, et qui hait sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle » (Mt 10, 39 ; Lc 14, 26 et 17, 33). Il ne s’agit pas pour nous simplement de dire des lèvres : « Seigneur, Seigneur ! » mais bien de servir le Seigneur. Nous avons, avec lui et sous sa direction, une œuvre à accomplir, et la vie ne nous est donnée que pour être consacrée à cette œuvre. « Si quelqu’un travaille avec moi, il doit me suivre ; et là où je suis, là il sera avec moi. Lorsqu’il aura travaillé avec moi, il sera honoré de mon Père ». Une même œuvre ; une même condition : la souffrance ; une même récompense : l’entrée dans la gloire et la joie du Fils.

Cependant, à la veille de l’agonie, à la vue de la grande douleur préparée à tous ceux qui l’aimeront et le suivront sur sa route sanglante, le cœur très tendre de Jésus tressaille d’une émotion soudaine. On dirait qu’il frémit devant la vocation qui est la sienne, devant la vocation de sa Mère, de ses saints, de ses martyrs. Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? se demande-t-il à lui-même. Solliciterai-je de mon Père de m’épargner, de me faire échapper à cette heure ? Mais c’est pour cela, c’est pour souffrir, que je suis venu jusqu’à l’heure présente… Je ne puis démentir ma mission ; je ne puis me dérober à mon Père qui me l’a confiée. Mon Père ! glorifiez votre nom de Père, car c’est l’œuvre de votre gloire qui se poursuit. Lorsqu’elle s’accomplit, on voit en elle que vous êtes vraiment Père, puisque tous les hommes deviennent vos enfants. Père, glorifiez le Verbe, celui qui est votre nom substantiel, la manifestation intérieure et la révélation extérieure de votre être et de votre splendeur. — Et c’est ainsi que l’émotion qui, un instant, s’est élevée dans le cœur du Seigneur, à l’aurore du combat suprême, s’achève dans un élan de soumission filiale et de dévouement. Une réponse lui vient aussitôt du ciel. Celui qui s’est manifesté au Baptême et à la Transfiguration, en assurant que Jésus est son Fils bien-aimé en qui il prend toute sa joie, de nouveau affirme sa complaisance : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ».

Lorsqu’elle entendit la voix du ciel, la foule, surprise, crut à un coup de tonnerre. Quelques-uns disaient : « C’est un ange qui lui a parlé ». Mais le Seigneur, ici comme au jour de la résurrection de Lazare (Io 11, 42), témoigne que nulle garantie nouvelle n’est nécessaire pour lui. « Ce n’est pas à cause de moi, dit-il, que cette voix a retenti, mais à cause de vous ». Il poursuit, jusqu’au dernier instant, son effort généreux ; et, afin de grouper autour de lui les âmes de bonne foi, afin de déterminer celles qui hésitent encore, il leur révèle la solennité de l’heure présente. Maintenant l’heure critique du monde, celle de son jugement, est venue. C’est le moment du grand conflit entre moi et celui qui, par le péché, est entré dans le monde, en est devenu le roi et le dieu. Et le résultat de cette rencontre décisive, c’est qu’il sera chassé dehors, expulsé peu à peu ; tandis que moi, dit le Seigneur, dès que j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi ; regnavit a ligno Deus. La révolution sera complète. Et l’arme de la victoire divine, dans ce grand duel avec le prince du monde, c’est la souffrance, c’est la croix.

Alors même que la foule n’eût pas saisi l’allusion précise au crucifiement, le Seigneur en avait dit assez pour qu’elle comprît qu’il s’agissait pour lui de quitter cette vie : être élevé, être enlevé de terre pouvait-il signifier autre chose que la mort ? De là, un problème pour la foule. À côté des ennemis se trouvaient des âmes loyales qui s’efforçaient de concilier les paroles de Jésus avec les assertions de l’Écriture. « La Loi nous a appris, disent-elles, que le Christ demeure éternellement : comment donc pouvez-vous dire, vous, que le Fils de l’homme doit être élevé ? Quel est ce Fils de l’homme ? » L’Écriture avait annoncé que l’empire du Messie s’étendrait partout et que son règne n’aurait pas de fin (Is 9, 7) ; qu’il serait prêtre pour l’éternité (Ps 109). Comment Jésus, voué à la mort, serait-il le Messie promis ?

Le Seigneur ne juge pas opportun de résoudre cette difficulté, peut-être à raison des dispositions du grand nombre. Sa pensée se poursuit, plus intéressante que la réponse sollicitée ; il se borne à une invitation suprême et à une mise en demeure. Pour un peu de temps encore, la lumière est avec vous. Hâtez-vous. Usez de la lumière, pendant qu’elle vous éclaire encore ; laissez guider votre marche par elle, de peur que l’obscurité ne vous surprenne. Car dans les ténèbres nul ne sait où il va. Tandis que vous avez la lumière, croyez à la lumière, afin de devenir des fils de lumière. (Cf. Io 8, 12 ; 9, 5 et 11, 9-10.) La vraie lumière a ses disciples, qu’elle transforme en les guidant. — Cela dit, le Seigneur se retire et se dérobe à la foule.

Prières

Oratio

Profíciat, quæsumus, Dómine, plebs tibi dicáta piæ devotiónis afféctu : ut sacris actiónibus erudíta, quanto maiestáti tuæ fit grátior, tanto donis potióribus augeátur. Per Dóminum.

Oraison

Faites, nous vous en prions, Seigneur, que le peuple qui vous est consacré, progresse dans la ferveur d’une pieuse dévotion, en sorte que, trouvant une instruction dans les actions saintes, il soit d’autant plus enrichi de vos dons les meilleurs, qu’il se rendra plus agréable à votre majesté.

Oratio

Tueátur, quæsumus, Dómine, déxtera tua pópulum deprecántem : et purificátum dignánter erúdiat ; ut, consolatióne præsénti, ad futúra bona profíciat. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, Seigneur, que votre droite protège le peuple qui vous prie et qu’après l’avoir purifié elle l’instruise avec bonté, en sorte qu’au moyen d’une consolation présente, il avance vers les biens futurs.

Prière de Dom Conrad Boppert (1750-1811)

Ô grande Lumière, ô Jésus, vous avez voulu être placé sur la Croix comme un grand foyer de lumière sur un candélabre élevé, en sorte que vous pussiez éclairer sur la terre tous ceux qui voudraient seulement ouvrir leurs yeux. Je ne m’étonne pas, ô mon Dieu, que le soleil ait éteint ses rayons quand vous étiez sur la Croix ; mais ce que je ne puis comprendre, c’est que tant d’incrédules soient aveugles dans le plein midi de la Vérité. Ils ne voient rien et ils promettent aux autres de leur montrer le chemin de la lumière ! Ayez pitié, Seigneur Jésus, de ces infortunés qui sont assis dans les ténèbres de leurs erreurs et de leurs vices. Quant à ces catholiques mous et lâches qui sont assis, eux aussi, dans l’ombre de la mort, et qui y restent nonchalamment les bras croisés, sans avoir la force de se lever, donnez-leur aussi la lumière de votre grâce, afin qu’ils finissent par s’éveiller et s’échapper de leur nuit. Debout, mettez-nous debout, ô mon Dieu, afin que, marchant avec entrain, avec joie, dans la lumière de votre Foi, nous méritions de parvenir un jour à la Lumière de votre Gloire. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Clarífica me, Pater, apud temetípsum claritáte, quam hábui priúsquam mundus fíeret.

Ã. Glorifiez-moi, mon Père, en vous-même, de la gloire que j’ai eue en vous avant que le monde fût.

Antienne grégorienne “Clarifica”

Ã. Pater iuste, mundus te non cognóvit : ego autem novi te, quia tu me misísti.

Ã. Père juste, le monde ne vous a point connu, mais moi je vous ai connu, car c’est vous qui m’avez envoyé.

Antienne grégorienne “Pater iuste”

Antiennes Clarifica me +

Vendredi de la Passion

Vendredi de la Passion

Vendredi de la Passion

La Punchline de Saint Anselme

Dieu a bien pu créer le monde de rien, mais le monde s’étant, par le péché, précipité dans la ruine, Dieu n’a pas voulu l’en tirer sans le concours de Marie.

Le Sanhédrin décide que Jésus doit mourir (Io 11, 47-54) : commentaire de Saint Augustin

Les Pontifes et les Pharisiens délibéraient entre eux, mais ils ne disaient pas : Croyons, car ces hommes perdus, songeaient bien plus à nuire à Jésus et à le perdre qu’à prévoir comment ils éviteraient de périr eux-mêmes. Toujours est-il qu’ils craignaient et semblaient pourvoir à l’avenir. « Ils disaient » donc : « Que faisons-nous ? car cet homme opère beaucoup de miracles ; si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront, et ils nous extermineront, nous et notre ville ». Ils craignaient de perdre les biens temporels, et ils ne pensaient pas à s’assurer la vie éternelle ; et ainsi ont-ils perdu l’une et l’autre. Car, après la passion et la glorification du Seigneur, les Romains leur enlevèrent et leur ville qu’ils prirent d’assaut, et leur nation qu’ils transportèrent ailleurs, et à eux s’applique ce qui a été dit en un autre endroit : « Les enfants de ce royaume iront dans les ténèbres extérieures (Mt 8, 12) ». Le sujet de leur crainte était que si tous croyaient en Jésus-Christ, il ne restât personne pour défendre la cité de Dieu et le temple contre les Romains ; car ils pensaient que la doctrine de Jésus-Christ allait contre le temple et contre les lois de leurs pères.

« Mais l’un d’eux, Caïphe, le grand « prêtre de cette année, leur dit : Vous n’y connaissez rien, et vous ne considérez pas qu’il vous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point. Or, il ne dit pas cela de lui-même, mais comme il était grand prêtre de cette année, il prophétisa ». Par là, nous apprenons que même les hommes méchants peuvent par l’esprit de prophétie annoncer les choses à venir. Cependant l’Évangéliste attribue ce dernier fait à un mystère tout divin ; car, dit-il, il était Pontife, c’est-à-dire grand prêtre. On peut se demander comment il est appelé Pontife de cette année, car Dieu n’avait établi qu’un seul grand prêtre qui, à sa mort, ne devait avoir qu’un seul successeur. Mais il faut croire que, par suite de l’ambition et des rivalités qui surgirent parmi les Juifs, il fut établi dans la suite qu’ils seraient plusieurs, et qu’ils exerceraient leurs fonctions à leur tour et chacun pendant une année. C’est ce qui est dit à propos de Zacharie : « Or il arriva, lorsque Zacharie remplissait en son rang les fonctions du sacerdoce devant Dieu, selon la coutume établie parmi les prêtres, que le sort décida qu’il offrirait l’encens dans le temple du Seigneur (Lc 1, 8-9) ». Par là il paraît qu’ils étaient plusieurs, et qu’ils avaient leur tour. Car il n’était permis qu’au grand prêtre d’offrir l’encens (Ex 30, 7). Et peut-être pour la même année étaient-ils plusieurs qui remplissaient ces fonctions, auxquels d’autres succédaient pour l’année, et parmi eux, le sort désignait-il celui qui devait offrir l’encens ?

Que prophétisa donc Caïphe ? « Que Jésus devait mourir pour la nation ; et non-seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler les enfants de Dieu qui étaient dispersés ». Ces derniers mots ont été ajoutés par l’Évangéliste ; car Caïphe, dans sa prophétie, n’a parlé que de la nation juive, où se trouvaient ces brebis dont le Seigneur dit lui-même : « Je n’ai été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15, 24) ». Mais l’Évangéliste savait qu’il y avait d’autres brebis qui n’étaient pas de ce bercail, et qu’il fallait réunir pour qu’il n’y eût qu’un seul bercail et un seul pasteur (Io 10, 16). Mais tout cela doit s’entendre par rapport à la prédestination ; car ceux qui n’avaient pas encore cru, n’étaient encore ni les brebis ni les enfants de Dieu.

« À partir de ce jour, ils pensèrent donc à le mettre à mort. C’est pourquoi. Jésus n’allait plus en public parmi les Juifs ; mais il s’en alla dans le pays qui est près du désert, en une ville appelée Ephrem, et là il demeurait avec ses disciples ». Le motif de la conduite de Jésus n’était point la disparition de sa puissance. Certes, s’il l’eût voulu, il aurait vécu publiquement au milieu des Juifs, et ils ne lui auraient fait aucun mal ; mais, dans cette faiblesse apparente de son humanité, il montrait à ses disciples l’exemple qu’ils devaient suivre : il leur prouvait que, pour les fidèles qui sont ses membres, il n’y aurait point de péché à se dérober aux yeux de leurs persécuteurs, et à éviter leur fureur criminelle, en se cachant, plutôt qu’à l’allumer davantage, en se présentant devant eux.

Prières

Oratio

Córdibus nostris, quæsumus, Dómine, grátiam tuam benígnus infúnde : ut peccáta nostra castigatióne voluntária cohibéntes, temporáliter pótius macerémur, quam súppliciis deputémur ætérnis. Per Dóminum.

Oraison

Daignez, Seigneur, dans votre bonté, répandre votre grâce en nos cœurs ; afin que, réprimant nos péchés par les châtiments volontaires, nous souffrions des peines temporelles, plutôt que d’être condamnés aux supplices éternels.

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui protectiónis tuæ grátiam quærimus, liberáti a malis ómnibus, secúra tibi mente serviámus. Per Dóminum.

Oraison

Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, que nous qui recherchons la faveur de votre protection, nous vous servions d’une âme confiante, étant délivrés de tous les maux.

Oratio

Deus, in cuius passióne, secúndum Simeónis prophétiam, dulcíssimam ánimam gloriósæ Vírginis et Matris Maríæ dolóris gladius pertransívit : concéde propítius ; ut, qui transfixiónem eius et passiónem venerándo recólimus, gloriósis méritis et précibus ómnium Sanctórum Cruci fidéliter astántium intercedéntibus, passiónis tuæ efféctum felícem consequámur : Qui vivis.

Oraison

Ô Dieu, dans la passion duquel suivant la prophétie de Siméon, un glaive de douleur a percé le cœur très doux de la glorieuse Vierge Marie, votre Mère, faites, dans votre miséricorde, que célébrant avec respect le souvenir de ses douleurs, nous recueillions les heureux fruits de votre passion.

Prière de Saint Odilon de Cluny (962-1048)

Je fléchis les genoux pour Celui au Nom de qui tout genou fléchit aux cieux, sur terre et aux enfers, et je confesse ma faute au Père des lumières, à qui appartiennent tous les esprits, lui qui commande sur la terre comme aux cieux. Je te bannis, ennemi du genre humain, toi qui rôdes, cherchant qui dévorer, détourne tes artifices et tes pièges occultes, car la Croix du Seigneur est avec moi, et je l’adore sans cesse.

Ô Croix mon refuge, ô Croix mon chemin et ma force, ô Croix étendard imprenable, ô Croix arme invincible. La Croix repousse tout mal, la Croix met les ténèbres en fuite ; par cette Croix je parcourrai le chemin qui mène à Dieu. La Croix est ma vie : mais pour toi, ennemi, elle est ta mort.

Que la Croix de notre Seigneur soit ma noblesse, que son Sang demeure en moi la vraie rédemption. Que sa Résurrection me donne une foi ferme et une espérance certaine en la résurrection des justes. Et que sa glorieuse Ascension dans les cieux me fasse marcher chaque jour vers l’objet de mon désir céleste ; qu’elle répande l’Esprit-Saint en nos cœurs et nous remette tous nos péchés passés. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Anselme de Canterbury (1033-1109)

Ô Vierge sacrée, votre peine a été la plus grande qu’une pure créature ait jamais endurée ; car toutes les cruautés que nous lisons que l’on a fait subir aux martyrs, ont été légères et comme rien en comparaison de votre douleur. Elle a été si grande et si immense, qu’elle a crucifié toutes vos entrailles et a pénétré jusque dans les plus secrets replis de votre cœur. Pour moi, ma très pieuse Maîtresse, je suis persuadé que vous n’auriez jamais pu en souffrir la violence sans mourir, si l’Esprit de vie de votre aimable Fils, pour lequel vous souffriez de si grands tourments, ne vous avait soutenue et fortifiée par sa puissance infinie.

Prière du Cardinal Louis-Édouard Pie (1815-1880)

Ô Vierge Marie, par la vertu de tant de douleurs, faites que nous moissonnions enfin la joie dans le Royaume céleste ! Sachant que la plus solide substance de la piété chrétienne consiste dans la méditation profonde et assidue des mystères du Calvaire, nous voulons, durant notre carrière mortelle, tenir les yeux de notre esprit et de notre cœur attachés à la Passion de Jésus-Christ et à la vôtre. C’est pourquoi le plus familier et le plus doux de nos exercices pieux, sera de témoigner souvent à votre Cœur douloureux notre amour et notre compassion. Nous voulons observer à la lettre la recommandation divine qui nous a été faite de ne pas oublier les gémissements de notre Mère, et de lui rendre honneur tous les jours de notre vie au souvenir de tout ce qu’elle a enduré pour nous dans son sein. Comme prix de tant et de si grandes douleurs, qui ne peuvent être sans effets et sans résultats, obtenez-nous, ô Vierge, de partager vos consolations et votre gloire. C’est cet espoir, ô Marie, qui nous fait accepter avec résignation, avec soumission, que dis-je, avec amour, avec gratitude, les peines et les souffrances de notre pauvre vie. C’est cet espoir qui nous porte à vous demander la faveur de pleurer avec vous et comme vous, et de partager nous-mêmes le sort de Jésus crucifié aussi longtemps que nous vivrons. Oui, nous voulons être en votre compagnie auprès de la Croix, nous associer à vous dans toute l’étendue du deuil et des amertumes de votre âme. Mais, en échange de toutes nos souffrances, sanctifiées et fécondées par leur union avec les vôtres, faites que nous goûtions comme vous, après les tristesses de cette vallée de larmes, la jouissance éternelle de la Patrie. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Príncipes sacerdótum consílium fecérunt ut Iesum occíderent : dicébant autem : Non in die festo, ne forte tumúltus fíeret in pópulo.

Ã. Les princes des prêtres tinrent conseil pour faire mourir Jésus : mais ils disaient : Non pas un jour de fête, de peur qu’il ne s’élevât du tumulte parmi le peuple.

Antienne grégorienne “Principes sacerdotum”

Antienne Principes sacerdotum

Jeudi de la Passion

Jeudi de la Passion

Jeudi de la Passion

La Punchline des Pères du désert

Abba Sarmatas a dit : Je préfère le pécheur qui sait qu’il a péché et qui se repent à celui qui n’a pas péché et qui se considère comme pratiquant la justice.

L’onction de la pécheresse (Lc 7, 36-50) : commentaire de Dom Delatte

Le récit de la première onction du Seigneur n’appartient qu’à saint Luc ; les autres évangélistes font mention d’une seconde, qui eut lieu à Béthanie, chez Simon le lépreux, peu de temps avant la Passion. À quelle époque se place celle-ci, dans quelle ville, avant ou après quel événement ? Rien dans le texte ne l’indique. Simon le pharisien est-il le même personnage que Simon le lépreux, et la pécheresse d’aujourd’hui est-elle Marie-Madeleine ? Autant de problèmes que l’Écriture Sainte abandonne à nos libres recherches. L’opposition des Juifs fournit à saint Luc une occasion nouvelle de montrer vers qui s’incline la bienveillance du Seigneur. Quelqu’un d’entre les pharisiens le pria de venir manger chez lui, par politesse, peut-être aussi par curiosité ; peut-être pour s’assurer si réellement le Seigneur était un prophète. En tout cas, il pourra constater une fois de plus que Jésus, comme on le lui reproche, est l’ami des publicains et des pécheurs. Jésus entre dans la maison et s’assied pour le repas, appuyé sur le bras gauche, le bras droit libre vers la table, les pieds un peu en arrière et dégagés des sandales, et une femme entre après lui. Toute la ville la connaissait bien : c’était une pécheresse. Avait-elle entendu le Seigneur proclamer la miséricorde et se dire le médecin de tous ceux qui étaient malades en Israël ? Du moins, elle avait appris sa présence chez le pharisien, et apparut dans la salle du festin, soit grâce aux facilités de la coutume orientale, soit qu’elle eût ses entrées dans cette maison. Elle portait un vase d’albâtre rempli de parfum. Elle se tint un instant debout, puis s’agenouilla, arrosa de ses larmes les pieds du Seigneur, les essuya de ses cheveux, les baisa et les couvrit de parfum. Tous ces détails ont leur prix, et le Seigneur les rappellera dans un instant. Maintenant il laisse faire et se prête ; la pécheresse, de son côté, ne s’occupe nullement de l’assistance, il n’est pour elle au monde que le Seigneur.

Le pharisien regardait la scène, et disait dans son cœur : « Cet homme-là, s’il était prophète, saurait bien qui est cette femme qui le touche ; il saurait que c’est une pécheresse ». D’un fait exact, le pharisien tire une conclusion qui ne l’est pas, et se scandalise. Le Seigneur entend sa difficulté. Il ne revendique rien pour lui-même, ni ne reproche à Simon de le diminuer. Là où le pharisien dédaignant la pécheresse incrimine l’attitude de Jésus, le Seigneur, lui, n’a souci que de la pauvre femme, et prend en main sa cause contre Simon, comme il fera contre Marthe, et plus tard contre les disciples. Avec une courtoisie parfaite, il demande à son hôte, pour répondre à sa pensée secrète, la permission de lui parler en toute franchise. Le pharisien lui répond : Parlez, maître. Un créancier, reprend Jésus, avait deux débiteurs : l’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante. Comme ils ne pouvaient s’acquitter ni l’un ni l’autre, il remit à tous deux toute leur dette. Lequel des deux l’aimera le plus ? — Il s’agit bien de l’amour de gratitude, de celui qui est la conséquence de la rémission. Peut-être y eut-il un peu d’indifférence affectée dans la réponse du pharisien : le problème était trop simple pour être proposé. Il me semble, dit-il, que celui-là aimera davantage à qui l’on a plus remis. — En effet, dit le Seigneur.

Jusqu’à ce moment, le Sauveur avait feint de ne s’apercevoir de rien. Il traitait la pécheresse comme il traitera la Chananéenne, avec une apparente inattention. Mais alors il se tourna vers elle, et dit à Simon : Vous voyez cette femme ? Lorsque je suis entré dans votre maison, vous ne m’avez point donné d’eau pour laver mes pieds ; mais elle, c’est de ses larmes qu’elle les a couverts, et de ses cheveux qu’elle les a essuyés. — Simon avait donc négligé de rendre à son hôte les devoirs habituels de l’hospitalité orientale, lorsqu’elle voulait se montrer empressée et affectueuse. Le Seigneur poursuit : Vous ne m’avez point accueilli par un baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, n’a cessé de couvrir mes pieds de ses baisers. Vous n’avez point versé d’huile sur ma tête ; elle, c’est sur mes pieds qu’elle a versé un parfum exquis. C’est pourquoi, je vous le dis, beaucoup de péchés lui sont pardonnés parce qu’elle a aimé beaucoup ; celui-là aime moins à qui on a moins pardonné.

Le pharisien s’était dit : C’est une pécheresse, et puisque Jésus ne paraît pas s’en douter, il n’est donc pas prophète. À quoi le Seigneur répond : Vous vous trompez, ses péchés sont remis, elle est pure. L’indice et la cause de ce pardon, c’est sa charité même. Il n’y a plus de souillure dans une âme qui témoigne d’une pareille tendresse. Tout son passé est effacé, puisqu’elle aime et qu’elle aime à ce point. La charité est donc ici tout à la fois cause et effet : cause, puisque c’est à raison de sa charité que ses péchés lui sont remis ; effet et fruit du pardon, puisqu’elle aime davantage, dans la mesure de ses fautes et du large pardon qui les a effacées. La grâce divine et la charité avaient purifié la pécheresse dès avant qu’elle touchât le Seigneur, Il lui donne maintenant l’assurance qu’il ne reste plus rien de ses fautes. « Vos péchés sont pardonnés », dit-il. Et les convives de se demander à part eux : « Quel est-il donc, cet homme qui remet les péchés eux-mêmes ? » Il ne semble pas que ces réflexions soient hostiles. Et le Seigneur met fin à tout l’incident en disant à la pécheresse : « Votre foi vous a sauvée : allez en paix. »

Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut dígnitas condiciónis humánæ, per immoderántiam sauciáta, medicinális parsimóniæ stúdio reformétur. Per Dóminum.

Oraison

Faites, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, que la dignité de la nature humaine, qui a été blessée par l’intempérance, soit rétablie au moyen de cette abstinence salutaire.

Oratio

Esto, quæsumus, Dómine, propítius plebi tuæ : ut, quæ tibi non placent, respuéntes ; tuórum pótius repleántur delectatiónibus mandatórum. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, Seigneur, soyez .propice à votre peuple afin que repoussant ce qui vous déplaît, il ressente toujours davantage les délices que vous réservez à ceux qui observent vos commandements.

Prière du Pape Pie VI (1717-1799)

Ô Juste Dieu ! Je confesse avec douleur, que je suis le plus ingrat des hommes, et que j’ai contracté près de vous les plus grandes dettes par le grand nombre de mes péchés : je ne mérite ni pardon, ni grâce ; cependant, puisque vos bontés et miséricordes sont sans bornes, et que vous-même invitez les pécheurs à la pénitence, je crie vers vous avec un cœur contrit : « Pardonnez-nous nos offenses ». Souvenez-vous que votre Fils bien-aimé s’est chargé de tous nos péchés, qu’il a affiché à sa Croix le titre de nos dettes, et l’a effacé par son Sang. C’est à ce Sang Très Précieux que j’unis mes larmes, en satisfaction de mes péchés, que j’éviterai sérieusement à l’avenir, et que je haïrai plus que tous les autres maux. Mais, ô Père de Miséricorde ! Afin que, selon vos promesses, vous me pardonniez d’autant plus : par amour de vous et suivant l’exemple de mon Sauveur, je pardonne de cœur à tous et un chacun, qui m’ont offensé. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Magíster dicit : Tempus meum prope est, apud te fácio Pascha cum discípulis meis.

Ã. Le Maître dit : Mon temps est proche, je veux faire chez toi la Pâque avec mes disciples.

Antienne grégorienne “Magister dicit”

Ã. Desidério desiderávi Pascha manducáre vobíscum, ántequam pátiar.​

Ã. J’ai désiré d’un grand désir de manger la Pâque avec vous, avant de souffrir.

Antienne grégorienne “Desiderio”

Antiennes Magister dicit +

Mercredi de la Passion

Mercredi de la Passion

Mercredi de la Passion

La Punchline des Pères du désert

Abba Antoine a dit : Je vis tous les filets de l’ennemi déployés sur la terre, et je dis en gémissant : « Qui donc passera outre ces pièges ? » Et j’entendis une voix me répondre : « l’humilité ».

Les juifs veulent lapider Jésus (Io 10, 22-38) : commentaire de Dom Delatte

La fête de la Dédicace (Encænia, ou encore fête des Lumières) se célébrait deux mois environ après la Scénopégie, vers la fin de décembre. Après la captivité de Babylone, le temple avait été rebâti par Zorobabel ; Hérode, pour flatter les Juifs, s’était appliqué à lui rendre sa magnificence première. On y avait consacré près d’un demi-siècle de travaux, et l’œuvre n’était pas terminée encore. Sans doute afin que ce nouveau temple n’eût rien à envier à l’ancien, on avait restitué le « portique de Salomon ». Mais la fête des Encænia n’a pour objet de célébrer ni la dédicace du temple de Salomon, ni celle du temple de Zorobabel : elle a simplement pour dessein de perpétuer le souvenir de la purification accomplie par Judas Macchabée (1 Mcc 4, 42-58 et 2 Mcc 1, 18-36 ; 10, 1-8), après trois ans de profanation.

Le Seigneur était arrivé à Jérusalem pour la fête. C’était l’hiver, remarque saint Jean. Jésus se promenait sous le portique de Salomon, à l’est du temple, lorsque les Juifs l’entourent et l’interrogent : « Pourquoi tenir davantage notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le donc ouvertement. » La fête de la Dédicace, qui rappelait la chute d’Antiochus Épiphane et les victoires des Macchabées, réveillait les espérances nationales ; quelques-uns peut-être interrogeaient avec droiture et se demandaient si l’heure de l’affranchissement était enfin venue. À ceux qui ne veulent pas croire, comme à ceux qui attendent un règne de Dieu tout terrestre, le Seigneur fait la même réponse : Que de fois je vous ai dit ce que je suis ! Que de fois vous l’ont prouvé ces œuvres que je fais au nom de mon Père, et qui montrent que je suis son Fils ! Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. — Si les Juifs ne se rendent ni aux paroles, ni aux miracles du Seigneur, la cause en est dans leurs dispositions intimes, dans l’esclavage volontaire que leur créent les préjugés ou la haine. Il faudrait, pour croire, apporter à l’école du Seigneur une intelligence docile et confiante ; en un mot, il faudrait être une brebis du Seigneur.

Telle est, en effet, la condition des vraies brebis. Elles obéissent à la voix de leur pasteur, et leur pasteur les connaît, et elles le suivent. Le Seigneur, une fois de plus, revient à ces invitations tendres au prix desquelles il s’efforce d’attirer à lui les hommes par le souci de leur intérêt surnaturel. Être à Dieu, être la brebis d’un tel pasteur, être enseigné de lui, être connu de lui, le suivre partout ; et, grâce à lui, être assuré de vivre éternellement, sans que personne au monde puisse nous ravir à lui : n’y a-t-il pas dans ces perspectives de quoi lui amener les âmes et les lui attacher à jamais ? « Et je leur donne la vie éternelle, ajoute-t-il, et elles ne périront point, et nul ne les arrachera de mes mains. » Et, comme ces dernières paroles contenaient l’affirmation de sa toute-puissance, le Seigneur la fait remonter à son Père, de qui il la reçoit, mais de qui il la reçoit comme Fils, dans l’unité de nature. D’où vient la sécurité des brebis ? D’où vient la sérénité du pasteur ? « Ce que mon Père m’a donné est plus puissant que toutes choses » : c’est donc la toute-puissance qui est aux mains du Fils ; « et nul ne peut ravir les âmes des mains de mon Père » : c’est donc la même toute-puissance qui est aux mains du Père. La conclusion naissait d’elle-même du jeu mutuel de ces deux affirmations : « le Père et moi nous sommes un », une même réalité, donnée par l’un, reçue par l’autre, donnée et possédée, reçue et possédée au même titre.

En face de ce qu’ils considèrent comme un blasphème nouveau, les Juifs se préparent à lapider le coupable : c’était une réponse en action. Peut-être le portique de Salomon n’était-il pas terminé et fournissait-il abondance de projectiles : la tentative essayée naguère (Io 8, 59) se répète. Cette fois, au lieu de se dérober, le Seigneur en appelle à la conscience et à la loyauté de ses juges, bientôt ses bourreaux. Il plaide ; mais dans son plaidoyer même, il affirme de nouveau ce dont on veut lui faire un crime. « J’ai accompli sous vos yeux, dit-il, après en avoir reçu de mon Père le pouvoir, nombre d’œuvres de miséricorde et de bienveillance : quelle est donc celle qui me vaut d’être lapidé par vous ? » Les Juifs répondent : « Ce n’est pour aucune œuvre bonne que nous vous lapidons, mais à cause de votre blasphème. Vous êtes un homme, et vous vous faites Dieu. » Dès lors que le Seigneur, en effet, se dit le Fils de Dieu, il est et il se dit de même nature que son Père. Les Juifs ne se méprennent aucunement sur la portée de l’assertion.

Sans rien retirer de cette assertion divine, sans même cesser de la reproduire, le Seigneur montre combien peu sont recevables ses ennemis et combien justifié le témoignage qu’il se rend à lui-même. Dans la Loi juive, au Psaume 81, il est écrit des magistrats de l’Ancien Testament qu’ils sont des dieux, des fils du Très-Haut. On ne peut, dit le Seigneur, ni contester ni effacer cette parole de l’Écriture que Dieu lui-même adresse à des hommes. Ils sont hommes, et ils sont dieux aussi. Pourquoi dieux ? Simplement parce qu’ils ont communié à Dieu, par l’investiture qu’il leur a donnée de sa vérité et de son autorité ; à raison, par conséquent, d’une participation accidentelle, limitée, temporaire, à l’un de ses attributs divins. Et lorsque celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde dit de lui-même : « Je suis le Fils de Dieu, » vous l’accusez de blasphème ?

Ne croyons pas que le Seigneur adoucisse ou atténue la vérité, ni qu’il réduise sa filiation divine à ]a mesure de cette filiation adoptive reconnue à d’autres par l’Écriture. Non ; jamais, au contraire, on n’a raisonné plus rigoureusement, et toutes les paroles du Seigneur contiennent une solennelle confirmation de ce qu’il a dit plus haut (verset 30). Parce qu’ils ont communié accidentellement à la parole et au pouvoir de Dieu, on a donné aux juges le titre de dieux par participation : dans le cas présent, la condition est tout autre. Il y a ici quelqu’un qui est de la Sainte Trinité. Le Père l’a sanctifié par la communication de sa sainteté infinie et aussi en le destinant éternellement à l’œuvre rédemptrice qu’il devait accomplir. Puis, dans le temps, il a, de son titre de Père, envoyé dans le monde celui qui reposait et continue de reposer dans son sein ; celui-là se nomme lui-même le Fils de Dieu : qui pourrait lui contester le titre qu’il se donne ?

Aussi bien, le Seigneur fournissait-il une preuve irrécusable de sa parole, une démonstration de sa filiation. Nous l’avons entendue déjà plus d’une fois. Celui qui n’est que Fils, qui n’agit que comme tel, accomplit les œuvres de son Père ; c’est le Père qui agit en lui et par lui. Étaient-ce des œuvres divines et dignes du Père, celles que le Seigneur accomplissait depuis si longtemps au milieu des Juifs ? Dès lors, comment refuser de croire ? S’il vous est difficile de me croire sur parole, ajoute Jésus, croyez à mes œuvres : elles vous apprendront, et de jour en jour vous croirez davantage que mon Père est en moi, que je suis dans mon Père ; que nous sommes deux, — et que nous sommes un, par la nature, par l’union vitale qui existe entre nous, par l’inhabitation et l’inexistence mutuelle du Fils dans le Père, du Père dans le Fils.

Prières

Oratio

Sanctificáto hoc ieiúnio, Deus, tuórum corda fidélium miserátor illústra : et quibus devotiónis præstas afféctum, præbe supplicántibus pium benígnus audítum. Per Dóminum.

Oraison

Dieu de miséricorde, sanctifiez ce jeûne, éclairez les cœurs de vos fidèles, et prêtez une oreille favorable aux supplications de ceux auxquels vous inspirez le sentiment de la piété.

Oratio

Adésto supplicatiónibus nostris, omnípotens Deus : et, quibus fidúciam sperándæ pietátis indúlges ; consuétæ misericórdiæ tríbue benígnus efféctum. Per Dóminum.

Oraison

Soyez attentif à nos supplications, Dieu tout-puissant, et dans votre bonté, accordez l’effet de votre habituelle miséricorde à ceux à qui vous donnez la confiance d’espérer votre clémence.

Prière de Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148)

Seigneur, donnez-moi la charité, vous qui avez voulu être nommé Charité, afin que je vous aime plus que moi-même, et que je ne me soucie aucunement de ce que je ferai de moi, pourvu que je fasse ce qui vous plaît. Donnez-moi, Père, de toujours être, je n’ose dire votre fils, mais votre fidèle petit serviteur, et la brebis de votre pâturage. Parlez, Seigneur, de temps en temps au cœur de votre serviteur, et que vos consolations réjouissent mon âme. Apprenez-moi à vous parler plus souvent, à vous confier, Seigneur, mon Dieu et mon Père, toute ma pauvreté et tout mon manque. Ô vous qui êtes ma force, ayez pitié de moi qui suis fragile. Et que ce soit grande gloire pour vous qu’un être aussi faible que moi puisse persévérer à votre service. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Oves meæ vocem meam áudient : et ego Dóminus agnósco eas.

Ã. Mes brebis écouteront ma voix : et moi, le Seigneur, je les connais.

Antienne grégorienne “Oves meæ”

Ã. Multa bona ópera operátus sum vobis : propter quod opus vultis me occídere ?

Ã. Beaucoup d’œuvres excellentes, j’ai faites devant vous : pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me faire mourir ?

Antienne grégorienne “Multa bona opera”

Antiennes Oves meæ +