Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Annonces

Mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 décembre : jours de jeûne et d’abstinence pour les Quatre-Temps.
En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Dom Delatte

Aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre.

Commentaire de l’épître du jour (Phil 4, 4-9) par Dom Paul Delatte

D’après le Docteur Angélique la joie vient ou d’un bonheur possédé par nous, ou d’un bonheur assuré à ce que nous aimons. En effet, aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre. Et Dieu étant avec nous, et Dieu étant heureux, la joie doit être au centre même de toute vie chrétienne. Elle est assurée si nous prenons notre foi au sérieux. La joie n’est pas une vertu, parce qu’elle n’est pas une disposition directement opérative ; mais elle est l’atmosphère de la vertu, l’indice, le fruit, la cause, la mesure, la condition de la charité. Elle en est aussi le rayonnement comme elle est le premier fruit de l’Esprit. Aucun précepte, plus que ce précepte de la joie qui vient de la charité, n’était de nature à effacer toutes les dissonances qui affligeaient la communauté de Philippes : mais le précepte de la joie va plus loin, et dessine une attitude de la vie chrétienne. La joie est la condition de tout bien. Nous l’avons dit déjà, nous ne sommes fidèles, nous ne sommes aimants, nous ne sommes délicats, nous ne sommes reconnaissants, nous ne sommes persévérants que dans la joie. Nous puisons la joie aux sources mêmes de la vie chrétienne. Une religion se traduit par le caractère de ses préceptes. Et en même temps qu’il révèle toute la religion, le précepte de la joie révèle Dieu, comme le précepte de l’abnégation, comme le précepte de la paix, comme le précepte de la prière, comme le précepte de la charité : en même temps qu’ils sont la norme de notre vie, tous ces éléments nous définissent la religion, et Dieu même. Dieu seul et le christianisme prescrivent la joie, parce que seuls ils la motivent.

Mais nous n’avons pas le droit de nous écarter du texte. Le Seigneur avait dit déjà : Nolite fieri sicut hypocritae, tristes. On ne sert pas Dieu avec un air maussade. L’Apôtre ajoute : Réjouissez-vous. C’est l’objet du précepte : la joie ; puis la qualité de cette joie, son motif : Réjouissez-vous dans le Seigneur. Quand faut-il se réjouir ? Toujours. Et après, que faut-il faire ? Il semble qu’après avoir prescrit la joie, il y avait place pour un autre devoir et une autre prescription; mais l’Apôtre a foi dans la suffisance de la joie seule : Je vous le dis de nouveau : réjouissez-vous. Cela suffit. Lorsque l’âme est joyeuse, elle est bienveillante aussi. La charité s’exerce spontanément et d’elle-même. Même elle est contagieuse, la joie. Ceux qui ont de la joie en donnent tout autour d’eux. Il n’y a plus alors de dissidences possibles. S’il en est autrement, le bruit des discussions s’entend à l’extérieur, et crée contre nous un préjugé ; les païens se disent alors : Ils nous ressemblent, ils ont leurs divisions et leurs rivalités, eux aussi. Qu’un sage esprit de mesure et de douceur, répandu sur toute notre vie, se laisse donc apercevoir de tous les hommes. L’effacement de l’égoïsme, la charité mutuelle sont un motif de crédibilité, les âmes vont si volontiers là où on s’aime. Mais le motif de cette douceur et de cette mesure est plus profond que l’édification elle-même : le Seigneur est proche. Il est tout près. Il est intime. Il vit en nous. Nous vivons dans un sanctuaire vivant et incréé, où les attitudes et les mouvements doivent être mesurés et définis par le respect.

N’ayez pas l’âme divisée par des soucis et des inquiétudes, par toutes les anxiétés ou préoccupations du lendemain (Mt 6, 25). En toute chose, nous dit l’Apôtre, en toute circonstance, que vos prières et vos demandes exposent à Dieu vos besoins : et que votre prière soit toujours mêlée de reconnaissance pour les bienfaits obtenus. Ainsi votre âme cessera d’être partagée et déchirée par des soucis que vous aurez confiés à Dieu. Ainsi au milieu même des épreuves et des anxiétés d’ici-bas, la paix de Dieu régnera sur toute votre vie, la paix qui surpasse tout sentiment.

Peut-être le commentaire, d’ailleurs très vrai et très aimable, habituellement donné à ce passage trahit-il quelque peu le sens littéral. La pensée de l’Apôtre nous semble celle-ci : en face des problèmes qui s’offrent à nous, notre premier mouvement, et il est très légitime, est de faire appel aux ressources de notre esprit pratique, d’étudier les voies, moyens et combinaisons qui pourront nous tirer d’affaire. Sans blâmer aucunement cette disposition naturelle, et de peur qu’elle ne devienne naturaliste, l’Apôtre nous avertit qu’il y a quelque chose qui l’emporte sur la sagesse de nos réflexions et sur nos combinaisons les plus profondes : c’est le repos en Dieu, l’attachement à Dieu, en un mot la paix de Dieu.

Ayons donc moins confiance en nous qu’en elle. C’est elle qui gardera nos cœurs et nos pensées à l’abri de l’anxiété, et formera autour de notre vie comme une sorte de clôture divine d’où nous ne sortirons jamais. Nous y sommes avec Dieu. C’est parce qu’il craint d’oublier un conseil utile à ses chers Philippiens que l’Apôtre résume rapidement (8 et 9) tout l’ensemble pratique des devoirs du christianisme toujours menacés dans les divisions, petites et grandes : Que tout ce qui est vrai et saint, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est aimable et digne d’éloges, tout ce qui est vertu et objet de louange, soit l’objet habituel de vos pensées. Et si ce programme abstrait vous semble trop peu précis, songez à tout ce que vous avez appris et reçu de moi, à tout ce que votre souvenir vous rappellera de mes paroles et de mes actes ; mettez-le en pratique, et le Dieu de la paix, de cette paix chrétienne un instant menacée, sera toujours avec vous.

Saint Lucie, Vierge et Martyre († ca 304) : leçons des Matines

Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »

Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » À ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Prières

Oratio

Aurem tuam, quǽsumus, Dómine, précibus nostris accómmoda : et mentis nostræ ténebras, grátia tuæ visitatiónis illústra : Qui vivis.

Oraison

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Oratio

Exáudi nos, Deus, salutáris noster : ut, sicut de beátæ Lúciæ Vírginis tuæ festivitáte gaudémus ; ita piæ devotiónis erudiámur affectu. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. Ô lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Iuste et pie vivamus exspectantes beatam spem et adventum Domini.
Ã. Vivons avec justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

Antienne grégorienne “Iuste et pie”

Antienne Iuste et pie
Ã. Tanto pondere eam fixit Spiritus Sanctus ut virgo Domini immobilis permaneret.
Ã. L’Esprit-Saint rendit Lucie si pesante, que la Vierge du Seigneur demeura sans pouvoir être déplacée.

Antienne grégorienne “Tanto pondere”

Antienne Tanto pondere

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Annonce

Cette page vient clore notre quarantaine spirituelle. Nous continuerons à vous proposer des méditations et prières mais pas quotidiennement. Si vous avez apprécié cette page, pensez à nous aider par une offrande (voir en bas de page).

La Punchline de Saint Anselme

Dieu est le Père des choses créées ; Marie est la mère des choses recréées.

Sermon

Extraits de la Bulle « Ineffabilis Deus » du Pape Pie IX (8 décembre 1954)

Marie fut toujours sans aucune tache.

Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute‑puissante, dont la sagesse atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain ; et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d’accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l’incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l’homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le second. Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes, et l’enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu’elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au‑dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur.

Raison de ce privilège : la maternité divine.

Et certes, il convenait bien qu’il en fût ainsi, il convenait qu’elle resplendît toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite, qu’elle fût entièrement préservée, même de la tache du péché originel, et qu’elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l’ancien serpent, cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, Celui qu’il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu’il aime comme lui‑même, et de le lui donner de telle manière qu’il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui‑même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint‑Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.

L’Immaculée Conception est une vérité révélée.

Cette innocence originelle de l’auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l’Église catholique qui, toujours enseignée par l’Esprit‑Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l’a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l’exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n’a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C’est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l’esprit des fidèles, et propagée d’une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l’Église elle‑même a manifesté son sentiment d’une manière si significative, lorsqu’elle n’a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l’Église ne célèbre de fêtes qu’en l’honneur de ce qui est saint. C’est pour la même raison, qu’empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Écritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge ; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l’Incarnation de la Sagesse divine.

L’enseignement ordinaire de l’Église sur l’Immaculée Conception.

Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez quel zèle l’Église romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, a montré pour cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge ; toutefois, il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de l’autorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu’elle est le centre de la vérité et de l’unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, et celle dont il faut que toutes les autres Églises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Église romaine n’a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l’Immaculée Conception : c’est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d’actes importants des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des apôtres, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ lui‑même a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l’Église universelle.

L’enseignement ordinaire de l’Église par le culte liturgique.

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d’instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l’Église romaine, et d’en relever l’importance et la dignité par un office propre et par une messe propre où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l’Immaculée Conception ; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l’honneur de l’Immaculée Conception ; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l’Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s’engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l’Église avec la même solennité que la fête de la Nativité ; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l’Église universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

L’enseignement doctrinal de l’Église.

Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que l’un ne peut avoir de consistance et de durée si l’autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs, en même temps qu’ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l’objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c’était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l’Église, l’opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n’était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l’Église honorait. Ils n’ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, prétendaient qu’à la vérité c’était bien la Conception qu’on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception. Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu’il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d’une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII (Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661), l’un de Nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l’Église : « C’est assurément, dit‑il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l’abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception. »

Mais surtout Nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n’ont jamais souffert que cette doctrine fût l’objet d’un blâme ou d’une censure quelconque ; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d’accord avec le culte de l’Église, et qu’on la considérait à bon droit comme telle ; que c’était l’ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l’Église romaine s’était chargée elle‑même de la favoriser et de la défendre ; enfin, qu’elle était tout à fait digne d’avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l’abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l’opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.

La tradition des Anciens et des Pères.

Cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l’Église ; l’Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l’a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d’une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique ; mais, de tout temps, elle l’a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d’une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l’Église d’Orient et de l’Église d’Occident, les plus vénérables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Église de Jésus‑Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée.

L’antithèse de la première et de la seconde Ève.

Les Pères ont exprimé, aussi unanimement qu’éloquemment, que la très glorieuse Vierge, Celle en qui le Tout‑Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d’une telle effusion de tous les dons célestes, d’une telle plénitude de grâces, d’un tel éclat de sainteté, qu’elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef‑d’œuvre de tous les miracles ; qu’elle a été la digne Mère de Dieu, qu’elle s’est approchée de Dieu même autant qu’il est permis à la nature créée, et qu’ainsi elle est au‑dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes. C’est aussi pour cela, qu’afin d’établir l’innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l’ont très souvent comparée avec Eve encore vierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu’elle eût été trompée par le piège mortel de l’astucieux serpent, mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.

Tout cela est plus clair que le jour ; cependant, comme si ce n’était point assez, les Pères ont, en propres termes et d’une manière expresse, déclaré que, lorsqu’il s’agit de péché, il ne doit pas en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie parce qu’elle a reçu plus de grâce, afin qu’en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts. Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu’elle avait vivifié sa postérité ; que le Très-Haut l’avait choisie et se l’était réservée dès le commencement des siècles ; que Dieu l’avait prédite et annoncée quand il dit au serpent : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme » (Gn 3, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent ; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l’âme, et de l’intelligence ; qu’elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu’unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n’avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu’elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

Définition dogmatique de l’Immaculée Conception.

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que condamnés par leur propre jugement ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église ; et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s’ils osent exprimer ce qu’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.

Résultats espérés.

En vérité, Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l’allégresse ; et Nous rendons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de Notre part, d’offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde ; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l’honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante de l’univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation ; la gloire la plus belle, l’ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Église ; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l’Église catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu’elle règne d’une mer à l’autre et depuis les rives du fleuve jusqu’aux extrémités du monde ; qu’elle jouisse d’une paix entière, d’une parfaite tranquillité et liberté ; que les coupables obtiennent leur pardon les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours ; que tous ceux qui sont dans l’erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu’il n’y ait plus qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur.

Que les enfants de l’Église catholique, Nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu’animés chaque jour d’une piété, d’une vénération, d’un amour plus ardents, ils continuent d’honorer, d’invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle ; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même l’affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des  saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficacement par toute la puissance des prières maternelles, et trouve ce qu’elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.

Promulgation.

Enfin, pour que cette définition dogmatique par Nous prononcée touchant l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l’Église universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu’il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de Notre déclaration, décision et définition ou bien d’y porter atteinte et de s’y opposer. Que si quelqu’un avait la hardiesse de l’entreprendre, qu’il sache qu’il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année mil huit cent cinquante quatrième de l’Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l’an 1854, de Notre pontificat le neuvième.

Prières

Oratio

Deus, qui per immaculátam Vírginis Conceptiónem dignum Fílio tuo habitáculum præparásti : quæsumus ; ut, qui ex morte eiúsdem Filii tui prævísa eam ab omni labe præservásti, nos quoque mundos eius intercessióne ad te perveníre concédas. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, nous vous en supplions, vous qui, en prévision de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, accordez-nous, par son intercession, d’être purifiés et de parvenir jusqu’à vous.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie, à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous. Ainsi soit-il.

Prière d’Eadmer de Canterbury (vers 1060-1124)

Ô vous, bienheureuse entre toutes les femmes ! Car Dieu a voulu faire de vous sa mère, et parce qu’il l’a voulu, il l’a fait. Que dis-je ? Il a fait de vous sa mère, lui le créateur, le maître et le souverain de toutes choses, lui l’auteur et le seigneur de tous les êtres non seulement intelligibles mais de ceux qui dépassent toute intelligence. Il vous a faite, ô Notre Dame, sa mère unique et par là il vous a constituée en même temps la maîtresse et l’impératrice de l’univers. Vous êtes donc devenue la souveraine et la reine des cieux, des terres et des mers, de tous les éléments et de tout ce qu’ils contiennent, et c’est pour être tout cela qu’il vous formait par l’opération du Saint-Esprit dans le sein de votre mère dès le premier instant de votre conception. Il en est ainsi, ô bonne Dame, et nous nous réjouissons qu’il en soit ainsi.

Prière de Saint Anselme de Canterbury (1033-1109)

Ô Vierge d’un mérite incomparable et qui n’avez jamais eu de modèle, Vierge sans seconde, Vierge Mère, le seigneur s’est lui-même fait le gardien de la virginité de votre corps et de la virginité de votre âme, afin de pouvoir dignement revêtir en votre sein cette chair qui est le prix de notre rédemption. Je vous en supplie, ô très Miséricordieuse, et grâce à qui, après Dieu, le monde tout entier a été sauvé, intercédez pour moi qui suis tout couvert de la boue du péché et souillé de toutes les iniquités, afin que Dieu accorde à cette âme toute misérable l’amour de la pureté et la passion de la chasteté. Malheureux que je suis, j’ai perdu la grâce de l’innocence et celle de la sainteté ; j’ai violé en moi-même la majesté du temple de Dieu. Mais que fais-je ? Ne voilà-t-il pas que je raconte mes impuretés à la plus immaculée de toutes les oreilles. J’ai horreur de moi, ô ma Dame. Ma conscience m’accuse. Je sens, comme Adam, ma nudité mauvaise. Je me vois mourir. À qui donc irai-je montrer la blessure de mon âme, exposer ma douleur, dire mes larmes ? Et comment pourrai-je recouvrer la santé s’il ne m’est plus permis d’entrer dans ce lieu de repos de la miséricorde éternelle ? Dame, ayez pitié de moi ; ayez pitié de ce citoyen de votre royaume qui s’est banni lui-même de votre domaine céleste, et qui, après un long exil, après de longs soupirs, après de cruelles déceptions et des tortures sans nombre, revient enfin à sa consolatrice et à sa Mère.

Je me rappelle ici, et ce souvenir m’est bien doux, que pour encourager tous les pécheurs à s’adresser à votre incomparable patronage, vous avez bien voulu révéler votre nom délicieusement mémorable à un de vos serviteurs qui allait mourir. Comme il était dans les affres de l’agonie, vous lui êtes apparue : « me reconnais-tu ? » et il vous a répondu tout tremblant : « non, Dame, je ne vous reconnais point ». Alors avec quelle bonté, avec quelle tendresse, avec quelle familiarité, vous lui avez dit : « je suis la Mère de miséricorde ». Non, non, il n’y a personne qui puisse recevoir la confidence de nos misères, de nos calamités et de nos larmes ; il n’y a que vous, ô Marie, qui êtes vraiment, qui êtes indubitablement la Mère de miséricorde. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée, Mère d’amour, Mère de pardon, Mère de bonté, ouvrez votre cœur si aimant, et accueillez dans ce cœur le malheureux qui est mort en son péché. Et ce malheureux, c’est moi.

Voici l’enfant prodigue qui revient : il est nu, il a les pieds broyés, il arrive d’un lieu horrible, il sort d’une obscurité immonde et infecte. Et il soupire et il crie, et il appelle sa Mère : car il se souvient que vous l’avez bien des fois couvert quand il était nu, réchauffé quand il avait froid, et excusé auprès de son père. Quel père et comme il est bon ! Quelle Mère et comme elle est douce ! Reconnaissez donc en nous ces enfants que votre fils unique, Jésus, n’a pas rougi d’appeler ses frères. Vous avez senti le glaive percer votre cœur à la vue de votre Fils très innocent qu’on avait mis en croix : comment ne pourriez vous pas pleurer sur vos fils adoptifs, qui, comme moi, sont morts dans leur péché ? Comment pourriez-vous, à leur vue, contenir vos sanglots et vos gémissements maternels ? Nous sommes entrainés par l’ennemi, arrachés à notre patrie et jetés en captivité. Et il n’y a personne pour nous délivrer, personne pour nous racheter, personne enfin qui se lève un matin et consente à se faire caution pour nous !

Levez-vous, ô Vierge ; levez-vous, Miséricordieuse. Entrez dans le sanctuaire céleste où Dieu écoute les prières, et restez là, vos mains étendues, vos mains qui sont immaculées, devant cet autel d’or où se fera la réconciliation de Dieu et de l’homme. Et vous nous obtiendrez aisément tout ce que nous osons demander par votre intercession. Et les crimes qui nous remplissent de crainte seront, grâce à vous, pardonnés. Est-ce qu’il pourrait vous laisser longtemps à ses pieds, priant pour nous, celui que, douce Mère, vous avez si souvent consolé, alors qu’il était un petit enfant vagissant. Et qui mériterait d’apaiser la colère de ce juge, si ce n’est celle qui a mérité d’être sa Mère ? N’hésitez donc pas, ô ma Dame.

Ce Dieu que vous allez prier, c’est mon salut et ma gloire, c’est aussi ma chair, c’est notre tête à tous. Il nous connait ; il connait bien son œuvre. Honneur des Vierges, souveraine des nations, reine des anges, fontaine des jardins fermés, virginité sans tâches, ô Marie, tendez la main à un malheureux qui se voit perdu. Il n’a pas l’audace d’espérer encore la robe des anges. Mais, du moins, qu’il reçoive de vous une robe nuptiale, pour s’asseoir au banquet du ciel, ne fût-ce qu’à la dernière place. Enfin, si je ne mérite point, et par là même que je ne mérite pas de m’approcher plus près de ces chœurs odorants et fleuris qui chantent votre gloire là-haut, faites du moins que, de loin, de bien loin, je mérite de voir et d’entendre ces processions et ces concerts du paradis, et tout ce qu’il y aura dans le ciel de joie, de triomphe et de gloire quand nous vous verrons suivre l’agneau partout où il va.

Vierge d’un mérite incomparable, Vierge souverainement et perpétuellement virginale, la seule des Vierges qui ait été Mère, me voici arrivé à la fin de cette prière, de cette misérable supplication. Et je n’ai à vous demander qu’une seule chose au nom de votre Fils : c’est le souvenir perpétuel, le souvenir toujours présent de votre nom si suave. Que ce soit la nourriture très douce de mon âme. Que ce nom soit présent dans tous mes périls, dans toutes mes angoisses, et qu’il soit le principe de toutes mes joies. Si j’obtiens ce don de Dieu et de vous, je ne crains plus l’éternelle mort. Votre protection et votre grâce ne me quitteront plus jamais. Et quand bien même, je serais plongé au fond de l’enfer, vous m’y viendriez chercher, vous m’en arracheriez et me rendriez victorieusement à votre Fils qui m’a racheté et lavé de son sang, à ce Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne éternellement Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Alma Redemptoris Mater quæ pervia caeli Porta manes, et stella maris succurre cadenti suggere qui curat populum, tu quæ genuisti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem ; Virgo prius, tu posterius Gabrihelis ab ore sumens illud ave, peccatorum miserere.
Ã. Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte, Étoile de la mer, venez au secours de ceux qui chancellent, soyez leur soutien, vous qui prenez soin du peuple. Vous avez enfanté, devant la nature émerveillée, Celui qui vous a créée. Vierge avant, vous l’êtes encore après, en ayant reçu cet « ave » de la bouche de Gabriel : ayez pitié de nous, pécheurs.

Antienne grégorienne “Alma Redemptoris Mater”

Antienne Alma Redemptoris Mater

Ã. Super te Hierusalem orietur Dominus, et gloria eius in te videbitur.

Ã. Sur toi, Jérusalem, se lèvera le Seigneur, et sa gloire en toi se verra.

Antienne grégorienne “Super te Hierusalem”

Antienne Super te Hierusalem

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Annonces

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La Punchline de Saint Ambroise

En vérité, il est juste d’appeler courageux celui qui se vainc soi-même, contient la colère, n’est amolli et fléchi par aucune séduction, n’est pas troublé par l’adversité, n’est pas exalté par la prospérité, et n’est pas entraîné par le tourbillon du changement et de la variété des choses.

Saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l’Église (340-397)

Ambroise, Évêque de Milan, fils d’Ambroise citoyen romain, vint au monde tandis que son père était préfet des Gaules. On dit qu’en son enfance un essaim d’abeilles se posa sur ses lèvres : présage de la divine éloquence qu’il devait montrer un jour. On l’instruisit dans les arts libéraux, et bientôt le préfet Probus le préposa au gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Il se rendit à Milan par l’ordre du même Probus, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension touchant le choix de son successeur. Ambroise se rendit donc à l’église selon le devoir de sa charge, pour calmer la sédition. Quand il eut, à cette fin, parlé avec éloquence de la paix et de la tranquillité publique, un enfant s’écria tout à coup : « Ambroise Évêque ! » Tout le peuple répéta cette acclamation, demandant Ambroise pour son Évêque.

Comme Ambroise refusait d’accepter et résistait aux prières de la multitude, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir qu’on demandait pour le sacerdoce ceux qu’il avait choisis pour magistrats. Cette élection ne satisfit pas moins le préfet Probus qui, au départ d’Ambroise pour Milan, lui avait dit comme par inspiration divine : « Allez et agissez, non pas en juge mais en Évêque. » La volonté impériale s’accordant avec le désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était encore catéchumène), initié aux mystères sacrés, et, ayant passé par tous les degrés des Ordres de l’Église, il reçut la charge épiscopale huit jours après son élection, le sept des ides de décembre. Devenu Évêque, il défendit résolument la foi catholique et la discipline ecclésiastique, convertit à la vraie foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, et parmi ceux-ci il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, cette lumière éclatante de l’Église.

Quand l’empereur Gratien eut été tué, Ambroise se rendit deux fois en députation auprès de Maxime, son meurtrier ; mais celui-ci refusant de faire pénitence, il cessa toute relation avec lui. Il interdit à l’empereur Théodose l’entrée de l’église, à cause du massacre des Thessaloniciens ; comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans sa pénitence. » C’est pourquoi Théodose accomplit humblement la pénitence publique que lui avait imposée Ambroise. Le saint Évêque s’étant donc acquitté de sa charge en multipliant pour l’Église de Dieu ses travaux et ses soins, et ayant écrit beaucoup de livres remarquables, prédit le jour de sa mort, avant de tomber malade. Honorat, Évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut auprès de lui, et lui donna le corps sacré du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, pria, les mains étendues en forme de croix, puis il rendit son âme à Dieu. C’était la veille des nones d’avril, l’an de Jésus-Christ trois cent quatre-vingt-dix-sept.

Sur la Virginité de Marie (Lc 1, 26) : commentaire de Saint Ambroise

« En ce même temps l’ange Gabriel fut envoyé par le Seigneur dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge qu’avait épousée un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et la vierge se nommait Marie. » Sans doute les mystères divins sont cachés et, comme l’a dit le prophète, il n’est pas facile à l’homme, quel qu’il soit, d’arriver à connaître les desseins de Dieu (Is 40, 13). Pourtant l’ensemble des actions et des enseignements de notre Seigneur et Sauveur nous donne à entendre qu’un dessein bien arrêté a fait choisir de préférence, pour enfanter le Seigneur, celle qui avait épousé un homme. Mais pourquoi ne fut-elle pas rendue mère avant ses épousailles ? Peut-être pour qu’on ne pût dire qu’elle avait conçu dans l’adultère. Et l’Écriture, fort à propos, a indiqué ces deux choses ; elle était épouse et vierge ; vierge, ce qui la montre exempte de tout rapport avec un homme ; épouse, pour soustraire au stigmate infamant d’une virginité perdue celle dont la grossesse eût semblé manifester la déchéance. Et le Seigneur a mieux aimé laisser certains mettre en doute son origine plutôt que la pureté de sa Mère : il savait combien délicat est l’honneur d’une vierge, combien fragile son renom de pureté ; et il n’a pas jugé à propos d’établir la vérité de son origine aux dépens de sa Mère. Ainsi fut préservée la virginité de sainte Marie, sans détriment pour sa pureté, sans atteinte à sa réputation ; car les saints doivent avoir bonne réputation même auprès des gens du dehors (1 Tim 3, 7), et il ne convenait pas de laisser aux vierges dont la conduite est en fâcheux renom le couvert et l’excuse de voir diffamée jusqu’à la Mère du Seigneur. Puis, que reprocher aux Juifs, à Hérode, s’ils avaient semblé poursuivre l’enfant d’un adultère ? Et comment lui-même eut-il dit : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17), s’il avait paru commencer par une atteinte à la Loi, puisque l’enfantement hors mariage est condamné par la Loi ? Mieux encore, la pureté trouve un témoin de toute sûreté : un mari, en mesure et de ressentir l’injure et de venger l’affront, s’il n’avait reconnu un mystère. Ajoutons encore que cela donne plus de crédit aux paroles de Marie et lui épargne tout sujet de mentir : car elle eût semblé vouloir couvrir sa faute par un mensonge, si sans mariage elle eût été enceinte ; elle aurait eu sujet de mentir, n’étant pas épouse ; épouse, elle n’en avait pas, puisque la récompense du mariage et le bienfait des noces, c’est, pour les femmes, la fécondité.

Autre raison, qui n’est pas négligeable : la virginité de Marie devait tromper le prince du monde, qui, la voyant unie à un époux, n’a pu se méfier de son enfantement. Qu’il y ait eu intention de tromper le prince du monde, les paroles mêmes du Seigneur le proclament, quand il commande aux Apôtres de ne pas parler du Christ (Mt 16, 20), interdit à ceux qu’il guérit de publier leur guérison (Mt 8, 4), ordonne aux démons de ne point parler du Fils de Dieu (Lc 4, 35). Qu’il y ait eu, comme je l’ai dit, intention de tromper le prince du monde, l’Apôtre à son tour l’a proclamé : « Nous prêchons, dit-il, la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, que nul des princes de ce monde n’a connue ; car, s’ils l’avaient connue, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté » (1 Cor 2, 7 sqq.) : autrement dit, jamais ils n’auraient fait que je sois racheté par la mort du Seigneur. Il l’a donc trompé pour nous, il l’a trompé pour le vaincre ; il a trompé le diable quand celui-ci le tentait, quand il le priait, quand il l’appelait Fils de Dieu, ne convenant jamais de sa propre divinité. Pourtant il a plus encore trompé le prince de ce monde : car le diable, malgré un moment d’incertitude, quand il disait : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Mt 4, 6), a du moins fini par le reconnaître et s’est retiré de lui ; les démons aussi l’ont connu, puisqu’ils disaient : « Nous savons qui tu es, Jésus, le Fils de Dieu ; pourquoi es-tu venu avant le temps nous torturer ? » (Mt 8, 29) ; et ils ont reconnu sa venue précisément parce qu’ils savaient d’avance qu’il viendrait. Mais les princes de ce monde ne l’ont pas connu ; quelle meilleure preuve pouvons-nous alléguer que le texte de l’Apôtre : « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté ? » En effet, la malice des démons arrive à pénétrer même les choses cachées, mais ceux qu’absorbent les vanités du monde ne sauraient connaître les choses de Dieu.

Il y a eu répartition heureuse entre les évangélistes. S. Matthieu nous montre Joseph averti par l’ange de ne pas renvoyer Marie, l’évangéliste Luc témoigne par ailleurs qu’ils ne s’étaient pas unis (Lc 1, 27) et Marie elle-même le reconnaît ici, quand elle dit à l’ange : « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » mais de plus S. Luc même la proclame vierge en disant : « Et la vierge se nommait Marie », et le prophète nous l’avait appris par ces paroles : « Voici qu’une vierge va concevoir » (Is 7, 14) ; Joseph aussi l’a montré, puisque, voyant la grossesse de celle qu’il n’avait pas connue, il s’apprêtait à la congédier ; et le Seigneur lui-même, sur la croix, l’a rendu manifeste en disant à sa Mère : « Femme, voici votre fils », puis au disciple : « Voici votre mère » ; même l’un et l’autre, le disciple et la mère, en sont témoins, puisqu’ « à partir de cette heure le disciple la prit chez lui» (Io 19, 26 sqq.). S’il y avait eu union, jamais à coup sûr elle n’eût quitté son époux, et cet homme juste n’aurait pas souffert qu’elle s’éloignât. Comment d’ailleurs le Seigneur aurait-il prescrit ce divorce, ayant lui-même prononcé que nul ne doit répudier son épouse sauf le cas de fornication ?

Quant à S. Matthieu, il montre bien ce que doit faire un juste qui constate la faute de son épouse, pour se garder innocent d’un homicide, pur d’un adultère ; car « qui s’unit à une débauchée n’est qu’un corps avec elle» (1 Cor 6, 16). Ainsi, en toute circonstance, Joseph garde le mérite et fait figure de juste, ce qui relève son témoignage ; car la bouche du juste ignore le mensonge et sa langue parle justice, son jugement profère la vérité.

Ne soyez pas ému si l’Écriture l’appelle souvent épouse : elle n’exprime pas la perte de sa virginité, mais témoigne des épousailles et de la célébration des noces ; aussi bien nul ne répudie celle qu’il n’a pas prise pour épouse : donc vouloir la répudier, c’est reconnaître qu’il l’avait épousée. Il ne faut pas davantage s’émouvoir des paroles de l’évangéliste : « il n’eut pas de rapports avec elle jusqu’à ce qu’elle mit au monde un fils » (Mt 1, 25). Ou bien c’est là une locution scripturaire que vous rencontrez ailleurs : « Jusqu’à votre vieillesse, je suis » (Is 46, 4) ; est-ce qu’après leur vieillesse Dieu a cessé d’être ? Et dans le psaume : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds » (Ps. 109, 1) ; serait-ce qu’après cela il ne sera plus assis ? Ou bien encore, c’est qu’en plaidant une cause on estime suffisant de dire ce qui a trait à la cause et on ne s’enquiert pas du surplus ; il suffit en effet de traiter la cause dont on s’est chargé, en ajournant l’incident. Ayant donc entrepris de montrer que le mystère de l’Incarnation fut exempt de tout commerce charnel, on n’a pas cru devoir pousser plus loin l’attestation de la virginité de Marie, pour ne point sembler défendre la Vierge plus qu’affirmer le mystère. Certes, en nous apprenant que Joseph était juste, on indique suffisamment qu’il n’a pu profaner le Temple de l’Esprit Saint, la Mère du Seigneur, le sein consacré par le mystère.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Ambrósium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez accordé à votre peuple le bienheureux Ambroise pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui fut sur cette terre Docteur de la vie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Guéranger (1805-1875) à Saint Ambroise

Nous vous louerons, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël ; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Épouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ambrosi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Ã. Ecce rex veniet Dominus terræ et ipse auferet iugum captivitatis nostræ.

Ã. Voici venir le Roi, le Seigneur de la terre, et lui-même ôtera le joug de notre captivité.

Antienne grégorienne “Ecce Rex veniet"

Antienne Ecce Rex veniet

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Annonces

Demain, lundi 7 décembre : jour de jeûne et d’abstinence pour la Vigile de l’Immaculée Conception.

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Saint Alphonse

Prenez l’habitude de vous entretenir seul à seul avec Dieu, familièrement, avec confiance et amour, comme avec l’ami le plus cher que vous ayez, et le plus affectueux.

Sermon

Message de Saint Jean-Baptiste au Christ (Mt 11, 2-6) : commentaire de Dom Delatte

Depuis de longs mois, saint Jean-Baptiste était incarcéré à Machéronte. Hérode Antipas lui témoignait quelque déférence et s’entretenait avec lui volontiers (Mc 6, 20). La captivité de Jean n’était pas tellement rigoureuse que ses disciples n’eussent accès auprès de lui. Ils lui racontèrent ce qui se passait dans la Galilée : comment Jésus de Nazareth accomplissait de grands prodiges, entraînait des foules à sa suite, accueillait les pécheurs, faisait bon marché de la casuistique des pharisiens et entrait en conflit avec eux. Les récits qui passent par beaucoup de bouches se teignent, en chemin, des dispositions variées de chacun et, finalement, sont de moins en moins d’accord avec la réalité. N’oublions pas les sentiments de rivalité qui animaient certains disciples de Jean à l’égard des disciples du Seigneur, et un peu à l’égard du Seigneur lui-même (Io 3, 25-26) ; ces dispositions n’avaient pu que s’accentuer après l’emprisonnement du Précurseur. On conçoit bien que les rapports qui parvenaient à celui-ci fussent très divers. Quoi qu’il en soit, saint Jean manda un jour deux de ses disciples et les députa vers Jésus, avec mission de lui demander : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

La question est reproduite dans les mêmes termes par les deux évangélistes. Elle crée une difficulté réelle et les solutions sont diverses. Écartons d’abord celle de Tertullien, pour qui la foi de saint Jean-Baptiste aurait subi une réelle éclipse, par soustraction de la lumière du Saint-Esprit. Si Jean-Baptiste n’avait pas cru au Seigneur, il ne lui aurait pas envoyé d’ambassade ; il eût été puéril d’aller demander à un homme de qui l’on doute un témoignage sur son propre cas ! Et quelle démonstration aurait pu convaincre celui que ni la voix céleste, ni la vue de la colombe, ni la parole intérieure n’avaient pu persuader ? — L’explication qui a rallié le plus de suffrages, et celui notamment de saint Jean Chrysostome, veut que l’intention de saint Jean ait été d’éclairer ses disciples, et non lui-même ; de rendre ainsi sous une forme détournée un nouveau témoignage au Seigneur. Ils étaient étonnés, scandalisés, et ne reconnaissaient point en Jésus le signalement du Messie. « Allez donc le voir, aurait dit saint Jean, rendez-vous compte par vous-mêmes, et demandez-lui la lumière. » Mais ici encore le texte de l’évangile semble contraire : c’est bien de Jean-Baptiste que vient la question, c’est à lui que la réponse est adressée. D’ailleurs, étant donné l’état d’esprit des disciples de Jean, son autorité était plus efficace que toute autre pour les convaincre.

Cherchons encore. Sans doute, la foi de saint Jean demeure intacte ; il ne peut démentir, lui, le saint incomparable, l’acte de foi si complet qui a commencé son ministère ; mais il est encore un homme. Il touche à la fin de sa vie : c’est l’heure des tentations suprêmes, de celles qui éprouvent et couronnent la sainteté. Il advient parfois aux meilleurs ouvriers de Dieu d’être visités, vers la dernière heure de leur vie, par une tentation redoutable : une sorte de vision du néant : « Si je m’étais trompé! Si ma vie était vaine! S’il n’y avait ni Dieu, ni âme, ni éternité… » Ainsi leur est demandé un acte de foi qui scelle définitivement leur persévérance et leur fidélité. Or, la captivité de Jean-Baptiste se prolonge; le roi impudique auquel il a rappelé la loi divine n’a pas obéi à ses réclamations ; celui-là même dont il connaît bien et la personne et la mission, cet Agneau de Dieu qu’il a désigné du doigt comme étant le Sauveur d’Israël, pourquoi tarde-t-il? pourquoi s’est-il retiré dans l’obscurité de la Galilée? pourquoi consent-il à entrer dans toutes ces contestations avec la Synagogue, au lieu de fonder le Royaume de Dieu?… Ce ne serait qu’une tentation, très compatible avec la fidélité profonde du Précurseur. Et la preuve de cette fidélité demeure impliquée dans la démarche même qu’il provoque : il s’adresse directement au Seigneur, à celui-là seul qui peut dissiper les ombres et à qui l’âme de Jean est attachée pour l’éternité. Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas éprouvé quelque chose de cette angoisse dernière : « Maintenant, mon âme est troublée ; et que dirai-je? Père, sauvez- moi de cette heure » (Io 12, 27). Et dans son agonie, il disait : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26, 39) : il savait bien, pourtant, que le programme de son Père et le sien exigeaient son sang et sa mort. Dans le cas de saint Jean-Baptiste, il s’agit moins, peut-être, d’une tentation que d’une pieuse impatience, d’un vif désir de voir en lui la vraie lumière se donner au monde : « Pourquoi ne venez-vous pas au plus tôt? Pourquoi cette lenteur et cette discrétion calculées? Devons-nous donc espérer en un autre qu’en vous? » Ce qui signifie : Vous êtes l’unique Sauveur et Seigneur, les âmes vous attendent : Veni, Domine Jesu !

Les disciples de saint Jean viennent donc au Seigneur et s’acquittent fidèlement de leur message : « Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, et vous demande : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Et le Seigneur commence par leur donner une leçon de choses. À l’heure même, il multiplie les miracles et les bienfaits ; il guérit les malades et les infirmes, chasse les esprits mauvais ; à nombre d’aveugles il rend la vue. Puis, s‘adressant aux deux disciples : « Allez, leur dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux humbles. » Tout cela était l’accomplissement d’une prophétie d’Isaïe (35, 5-6). Les temps messianiques sont donc ouverts. Et ce qui est surtout caractéristique, ce qui est l’œuvre spéciale du Messie, c’est la sollicitude qu’il témoigne aux petits, aux humbles, aux méprisés, à ceux dont la vie ne compte que devant Dieu : Pauperes evangelizantur (cf. Is 61, 1). Les disciples de saint Jean, sinon saint Jean lui-même, peuvent trouver, dans cette réponse aimable et symbolique, la solution de toutes leurs difficultés. Non, le Messie n’est pas éloigné ; non, il ne faut pas attendre un autre Sauveur que Jésus de Nazareth ; non, l’Agneau ne se dérobe pas à sa mission, il poursuit doucement la longue série de miracles et d’enseignements qui doit lui concilier les âmes de bonne volonté. Mais il en est qui ne consentiront point à l’accueillir, et qui, trompés par leur fausse conception du Messie, trouveront occasion de ruine dans cela même qui était ménagé pour leur salut. « Heureux, dit le Seigneur, celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Voyons dans cette remarque non pas une leçon voilée à l’adresse du Précurseur, mais plutôt une allusion à tous ceux pour qui Jésus sera « une pierre d’achoppement » et de scandale, à la Synagogue notamment.

Saint Nicolas de Myre, évêque et confesseur († ca 350) : leçons des Matines

Nicolas naquit d’une famille illustre, à Patara, ville de Lycie. Ses parents avaient obtenu de Dieu cet enfant par leurs prières. Dès le berceau il fit présager l’éminente sainteté qu’il devait faire paraître dans la suite. On le vit, en effet, les mercredis et vendredis ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fît fréquemment les autres jours. Il conserva toute sa vie l’habitude de jeûner la quatrième et la sixième férie. Orphelin dès l’adolescence, il distribua ses biens aux pauvres. On raconte de lui ce bel exemple de charité chrétienne : un indigent, ne parvenant point à marier ses trois filles, pensait a les abandonner au vice ; Nicolas l’ayant su jeta, la nuit, par une fenêtre, dans la maison de cet homme, autant d’argent qu’il en fallait pour doter une de ces jeunes filles. Ayant réitéré une seconde et une troisième fois cet acte de générosité, toutes trouvèrent d’honorables partis.

Le Saint s’étant entièrement consacré à Dieu, partit pour la Palestine, afin de visiter et de vénérer les lieux saints. Durant son voyage, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer tranquille, l’approche d’une horrible tempête. Elle s’éleva bientôt, et tous les passagers coururent un grand danger : mais il l’apaisa miraculeusement par ses prières. De retour dans sa patrie, il donna à tous les exemples d’une grande sainteté ; et, par un avertissement de Dieu, il se rendit à Myre, métropole de la Lycie. Cette ville venait de perdre son Évêque, et tous les Évêques de la province étaient rassemblés afin de pourvoir à l’élection d’un successeur. Pendant leur délibération ils furent divinement avertis de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et se nommerait Nicolas. Cet ordre du ciel fut exécuté, et Nicolas, trouvé à la porte de l’église, fut créé Évêque de Myre à la grande satisfaction de tous. Durant son épiscopat on vit constamment briller en lui la chasteté, qu’il avait toujours gardée, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité et l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Il ne cessa d’assister les veuves et les orphelins de ses aumônes, de ses conseils et de ses services, il s’employa avec tant d’ardeur à soulager les opprimés, que trois tribuns, condamnés sur une calomnie par l’empereur Constantin, encouragés par le bruit des miracles du Saint, s’étant recommandés à lui dans leurs prières, malgré la distance, Nicolas, encore vivant, apparut à l’empereur avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites impériaux, emmené au loin et jeté en prison. Il y resta jusqu’à l’avènement de l’empereur Constantin, par l’ordre duquel il fut délivré de captivité, revint à Myre, puis se rendit au concile de Nicée, et, avec les trois cent dix-huit Pères de cette assemblée, y condamna l’hérésie arienne. De Nicée, il retourna dans sa ville épiscopale, où, peu de temps après, il sentit sa mort approcher ; élevant les yeux au ciel il vit les Anges venir à sa rencontre, et commença le Psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré. » Arrivé à ce verset : « En vos mains, je remets mon âme », il s’en alla dans la patrie céleste. Son corps fut transporté à Bari dans les Pouilles, où il est honoré par une grande affluence de peuple et avec la plus profonde vénération.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum.

Oraison

Excitez, Seigneur, nos cœurs pour préparer la route à votre Fils unique, afin que sa venue nous permette de vous servir avec une âme plus pure.

Oratio

Deus, qui beátum Nicoláum Pontíficem innúmeris decorásti miráculis : tríbue, quæsumus ; ut eius méritis et précibus a gehénnæ incéndiis liberémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez rendu illustre par d’innombrables miracles, le bienheureux Pontife Nicolas, accordez-nous, s’il vous plaît, par ses mérites et ses prières d’être préservés des feux de l’enfer.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Venez, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais daignez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâtissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : « Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. » Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : « Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus ! »

Prière d’Adam de Saint-Victor († vers 1140) à Saint Nicolas

Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire. Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ; cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse. Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ; et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ecce in nubibus cæli Dominus veniet cum potestate magna, alleluia.

Ã. Voici que dans les nuées du ciel le Seigneur viendra avec une grande puissance, alleluia.

Antienne grégorienne “Ecce in nubibus”

Antienne Ecce in nubibus

Samedi 5 décembre (ReConfinement J37)

Samedi 5 décembre (ReConfinement J37)

Samedi 5 décembre (ReConfinement J37)

Annonce

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Sainte Crispine

Chaque jour j’adore, mais le Dieu vivant et véritable, qui est mon Seigneur. En dehors de lui, je n’en connais pas d’autre.

Le procès d’une martyre : Sainte Crispine († 304)

Le mot Crispina vient du latin crispus, « frisé ». La martyre qui portait ce nom a une Passio qui, dans l’ensemble, paraît fort bonne aux critiques. Son rédacteur s’est servi d’une relation officielle qu’il a peu retouchée. L’Afrique a la chance d’avoir ainsi plusieurs documents où l’on entend, presque comme dans un procès-verbal, les réponses admirables de la sainteté au tentateur. Ici, la scène est à Tébessa en Proconsulaire, vers les confins de la Numidie (aujourd’hui Tbessa en Algérie). Crispine était de Thagora en Numidie (aujourd’hui Taoura en Algérie). D’après saint Augustin, c’était une femme mariée, noble et riche, qui avait des fils; il donne sur ses épreuves quelques détails qu’on ne trouve pas dans la Passio, puisés probablement dans les Acta lus avant son sermon. Ces Acta ont disparu. Le juge Anulinus fait allusion aux « complices » de Crispina. Il s’agirait difficilement de saintes Maxima, Donatilla et Secunda, immolées à Thuburbo, en Tunisie, probablement le 30 juillet 304. Il y a donc là une allusion à d’autres martyrs.

Nous traduisons la Passio d’après l’édition critique de Franchi de’ Cavalieri. Ce texte vénérable ne donne que l’interrogatoire suprême. On remarquera qu’il omet les questions d’usage sur l’identité de l’accusée, sa profession, peut-être parce que Anulinus avait pris connaissance du dossier de Crispine, fourni par un magistrat municipal.

« Sous le neuvième consulat de Dioclétien et le huitième de Maximien, Augustes consuls (en 304), le jour des nones de décembre (5), dans la colonie de Tébessa, le proconsul Anulinus siège au tribunal dans la salle du conseil. »
Le greffier. — Crispine de Thagore a méprisé le décret de nos seigneurs les princes. Faut-il procéder à son interrogatoire?
Anulinus. — Qu’on l’introduise.
Crispine entre.
Anulinus. — Connais-tu le texte de l’édit sacré?
Crispine. — Cet édit, je ne sais pas ce que c’est.
A. — Il te dit de sacrifier à tous nos dieux pour le salut des princes, selon la loi fixée par nos seigneurs Dioclétien et Maximien, pieux Augustes, et Constance et Maxime, très nobles Césars.
C. — Je n’ai jamais sacrifié; je ne veux sacrifier qu’au seul Dieu véritable, et à Notre-Seigneur Jésus-Christ, son fils, qui est né et a soufert.
A. — Laisse la superstition, et courbe ta tête devant les images des dieux romains.
C. — Chaque jour j’adore mon Dieu tout-puissant. En dehors de lui, je ne connais aucun autre Dieu.
A. — Tu fais ta courageuse, avec ton mauvais esprit. Tu vas voir la force des lois malgré toi tu la sentiras !
C. — Quoi qu’il arrive, pour ma foi je souffrirai avec plaisir.
A. — Quelle sottise de ne pas quitter la superstition pour adorer les saintes divinités!
C. — Chaque jour j’adore, mais le Dieu vivant et véritable, qui est mon Seigneur. En dehors de lui, je n’en connais pas d’autre.
A. — Et moi, je te dis qu’il y a la loi sacrée. Il faut que tu l’observes.
C. — J’observerai la loi, mais de mon Seigneur Jésus-Christ.
A. — J’ordonne de te faire trancher la tête, si tu n’obéis pas aux lois des empereurs nos seigneurs. Tu seras bien contrainte de t’y plier. D’ailleurs toute l’Afrique a sacrifié, tu ne l’ignores pas.
C. — Jamais on n’arrivera à me faire sacrifier aux démons. Non, je sacrifie au seul Dieu qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent.
A. — Donc, ces dieux, tu n’en veux pas? Tu seras bien forcée de les servir, si tu veux vivre et garder une religion.
C. — Ce n’est pas une religion, cette contrainte qui opprime les opposants.
A. — En fait de religion, tout ce que nous demandons, c’est que, dans les temples sacrés, tu inclines la tête et offres de l’encens aux dieux des Romains.
C. — Cela, je ne l’ai jamais fait depuis que je suis née. J’ignorais cela, et ne le ferai pas tant que je serai en vie.
A. — Allons! fais-le, si tu veux échapper sans souffrance à la rigueur des lois.
C. — Ce que tu dis ne m’effraie pas. Ce n’est rien. Mais Dieu qui est dans les cieux, si je consentais à un sacrilège, me perdrait aussitôt et il n’y aurait pas moyen de me retrouver au dernier jour.
A. — Sacrilège, tu ne le seras pas, en obéissant aux ordres sacrés!
C. — À bas les dieux qui n’ont pas fait le ciel et la terre! Moi, je sacrifie au Dieu éternel, qui demeure dans les siècles des siècles, qui est le Dieu vrai et redoutable, qui a fait la mer et les herbes vertes et la terre aride. Les hommes, c’est lui qui les a faits : que peuvent-ils contre moi?
A. — Observe la religion romaine, comme nos seigneurs les Césars très invincibles, comme nous-mêmes.
C. — Eh! je te l’ai déjà dit : tous les supplices que tu voudras m’infliger, je suis prête à les subir. J’aime mieux cela que salir mon âme avec vos idoles, qui sont des pierres, des fabrications de main d’homme.
A. — Tu blasphèmes. Tu ne prends pas le chemin pour t’en tirer.
Et le proconsul Anulinus ajoute pour le greffier : — Qu’on la livre au complet déshonneur. Rasez-lui les cheveux, que son visage soit d’abord couvert d’ignominie.
C. — Qu’ils parlent eux-mêmes, les dieux, et j’y croirai. Si je cherchais à m’en tirer, je ne serais pas là. devant ton tribunal en audience.
A. — Veux-tu vivre longtemps, ou mourir dans les supplices comme tes autres complices? [Allusion à des martyres exécutées précédemment]
C. — Si je voulais la mort, et livrer mon âme à sa perte dans le feu éternel, je n’aurais qu’à donner mon assentiment aux démons.
A. — J’ordonnerai de te trancher la tête, si tu refuses d’adorer les dieux vénérables.
C. — Je rends grâces à mon Dieu, si j’obtiens cela. Ma tête, j’aurai très grand plaisir à l’abandonner pour mon Dieu. C’est ce que je désire. Car vos idoles parfaitement ridicules, muettes et sourdes, je ne leur sacrifie pas!
A. — Inutile d’insister? Tu t’entêtes dans ta folie?
C. — Mon Dieu qui est et qui demeure pour l’éternité m’a fait naître, m’a donné le salut par l’eau salutaire du baptême. Il est avec moi pour m’aider. Il soutient à tout moment sa servante, pour qu’elle ne commette pas de sacrilège.
A. — À quoi bon tolérer plus longtemps une chrétienne impie? Qu’on relise les actes du procès [instruit par un magistrat municipal qui a transmis le dossier au proconsul].
Lecture faite, le proconsul Anulinus rendit la sentence et lut : — Crispina s’obstine dans sa superstition indigne, et refuse de sacrifier à nos dieux; selon les prescriptions divines de la loi
d’Auguste, j’ordonne de la décapiter.
Crispine répond : — Je bénis Dieu qui daigne ainsi me délivrer de tes mains. Deo gratias!
Elle fit le signe de croix sur son front, et, tendant le cou, elle fut décapitée pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Honneur à lui dans les siècles des siècles, amen. »

Voici maintenant les allusions à Crispine introduites par saint Augustin dans son sermon au peuple sur le psaume 120, § 13 : « Les persécuteurs s’en donnaient sur Crispine, dont nous célébrons aujourd’hui la fête; ils s’en donnaient, sur cette femme riche et délicate; mais elle était forte, car le Seigneur était sa protection… Cette femme, mes frères, y a-t-il quelqu’un qui ne la connaisse pas en Afrique? Elle fut très célèbre, de famille noble et très riche… Oui, elle était faible par son sexe, et peut-être un peu amollie par ses richesses et un peu débilitée par sa complexion… L’âme n’a pas cédé; c’est le corps qui fut frappé…
Le psaume est court, et pourtant le commentaire a été long, le sermon a été long. Dites, mes frères, pour la fête de sainte Crispine, je vous ai invités et j’ai manqué à la tempérance en prolongeant outre mesure le banquet… Ces martyrs, ils ne souffrent plus, et ils sont ici avec nous. »

Dans son commentaire du psaume 137, § 3, l’évêque d’Hippone reparle de la sainte : « Le vaurien trouve sa joie dans le cabaret, le martyr trouve sa joie dans le cadenas. Comme elle était dans la joie, cette sainte Crispine dont on célèbre aujourd’hui la solennité ! Elle était dans la joie quand on la menait au juge, quand on la mettait au cachot, quand on la poussait dehors ligotée, quand on la montait sur le pilori [certaine tribune mobile dressée face au tribunal, sur laquelle les accusés montaient pour être interrogés et torturés], quand on l’écoutait, quand on la condamnait. Dans toutes ces circonstances, elle était dans la joie. Ces malheureux la croyaient malheureuse, elle qui était dans la joie devant les anges! » Après quelques élévations sur le texte sacré, il reprend (§ 7) : « Tu célèbres la fête d’une sainte et bienheureuse femme, et peut-être désires-tu la félicité terrestre. Elle, à cause d’un saint désir, a abandonné la félicité qu’elle avait sur la terre; elle a abandonné ses fils en pleurs, navrés de la cruauté de leur mère; elle avait comme perdu l’humaine miséricorde, elle qui courait vers la divine couronne. Ne savait-elle pas ce qu’elle désirait, ce qu’elle foulait aux pieds? Certes, elle avait appris à psalmodier devant les anges de Dieu, à désirer leur société, une amitié sainte et pure, où il n’y aurait plus de mort, où, elle le savait, le juge serait inaccessible au mensonge. » Et plus loin (§ 17) : « Si sainte Crispine la martyre avait désiré le « jour des hommes » (Ier 17, 16), elle aurait renié le Christ. Elle aurait vécu plus longtemps ici, mais ne vivrait pas éternellement. Elle a mieux aimé vivre éternellement que vivre un peu plus temporairement. » Autre allusion dans le sermon 286, § 2 : « Avant la mort du Christ, saint Pierre n’avait pas encore l’étofffe d’un martyr : il n’était pas encore comme certaines femmes, certaines jeunes filles, une Crispine, une Agnès. »

Ailleurs (sermon 354, § 5), le grand orateur met en garde contre l’orgueil. « Au temps de la persécution, Agnès la vierge ne fut pas la seule couronnée; il y eut aussi Crispine, une femme. Et peut-être, sans doute, quelques-uns de ceux qui pratiquaient la continence faiblirent, tandis que beaucoup de personnes mariées combattirent et furent victorieuses. »

Ainsi parlait Augustin. On a retrouvé la basilique de Théveste, où il fit l’éloge de notre martyre. Nous ignorons si elle y était enterrée. Aux confins de Tébessa, un titulus a été découvert, portant SCE CRISPINÆ MARTIRIS, le premier mot étant l’abréviation de sanctæ. La sainte a été figurée dans les mosaïques de Saint-Martin in cælo aureo, actuellement Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne.

Le calendrier de Carthage (avant 520) donne au 5 décembre : « Les saints martyrs Bilus, Félix, Potamia, Crispina et leurs compagnons. » Dans les manuscrits du martyrologe hiéronymien, celui d’Echternach (avant 750) porte : « dans la ville de Togora, mort de Iulius, Potamia, Crispina et de sept autres. » On trouve parfois après Crispina le nom de Gnatus ou Gratus. La Passio de Crispina ne mentionne pas d’autres martyrs, ni saint Augustin. Peut-être la liste du calendrier de Carthage groupe-t-elle des martyrs qui ont souffert le même jour que Crispine, mais en des lieux différents.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prière

Prière de Saint Bruno (1030-1101)

Vous êtes mon Seigneur, vous dont je préfère les volontés aux miennes propres ; puisque je ne puis toujours prier avec des paroles, si quelque jour j’ai prié avec une vraie dévotion, comprenez mon cri : prenez en gré cette dévotion qui vous prie comme une immense clameur ; et pour que mes paroles soient de plus en plus dignes d’être exaucées de vous, donnez intensité et persévérance à la voix de ma prière. Ô Dieu, qui êtes puissant et dont je me suis fait le serviteur, quant à moi je vous prie et vous prierai avec persévérance afin de mériter et de vous obtenir ; ce n’est pas pour obtenir quelque bien terrestre : je demande ce que je dois demander, vous seul.

Antienne

Ã. Sion noli timere : ecce Deus tuus veniet, alleluia
Ã. Sion, ne crains point : voici que ton Dieu vient, alleluia.

Antienne grégorienne “Sion noli timere"

Antienne Sion noli