Dimanche après l’Ascension

Dimanche après l’Ascension

Dimanche après l’Ascension

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Bernard

La première œuvre de la Foi, opérant par la Charité, c’est la componction de l’âme, car elle chasse les démons, en déracinant les péchés de notre cœur.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus : fac nos tibi semper et devótam gérere voluntátem ; et maiestáti tuæ sincéro corde servíre. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère.

Sermon de Saint Bernard sur l’Ascension du Sauveur

s« Jésus apparut aux onze apôtres lorsqu’ils étaient à table (Mc 16, 14). » On peut bien dire qu’alors apparurent la bonté de notre Sauveur et son amour pour les hommes (Tit 3, 4). En effet, quelle confiance ne nous donne-t-il point qu’il viendra au milieu de nous, lorsque nous serons en prières, quand nous le voyons arriver parmi ses disciples au moment même où ils sont à table? Oui, dis-je, on a vu apparaître alors la bonté de celui qui connaît le limon dont nous sommes pétris et qui, bien loin de dédaigner nos misères, en a plutôt pitié si nous ne prenons de notre corps le seul soin que la nécessité, non la concupiscence de la chair, veut que nous en prenions. C’est dans cette pensée que l’Apôtre disait : « Soit que nous mangions, soit que nous buvions, ou que nous fassions toute autre chose, faisons tout pour la gloire de Dieu (1 Cor 10, 31). » Peut-être pourrait-on dire aussi que si le Sauveur leur apparut pendant qu’ils étaient à table, c’est parce que, dans une circonstance, les Juifs avaient critiqué la conduite des apôtres qui ne jeûnaient point. Le Seigneur avait répondu : « Les amis de l’Époux ne peuvent être dans le deuil pendant que l’Épouse est avec eux » (Mt 9, 15).

L’Évangéliste continue : « Il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient point ajouté foi aux paroles de ceux qui l’avaient vu ressusciter » (Mc 14, 14). Vous l’entendez, le Christ reprend ses apôtres, que dis-je, le mot de l’Évangile est plus énergique encore, il leur adresse des reproches, et cela, à un moment où il semble qu’il aurait dû se montrer moins sévère, puisqu’il était sur le point de les priver pour toujours de la vue de sa présence corporelle. Mais pourquoi leur reproche-t-il « de n’avoir pas ajouté foi aux paroles de ceux qui l’avaient vu ressusciter ? » Qui sont, en effet, ceux qui ont eu le bonheur de voir de leurs propre yeux le miracle de la résurrection du Seigneur ? Car, on ne lit point dans l’Évangile, et on ne dit nulle part que quelqu’un eut ce bonheur. C’est donc des anges qu’il voulait parler, et, en effet, malgré le témoignage qu’ils rendaient de la résurrection du Sauveur, les apôtres hésitaient à croire aux anges mêmes.

Mais, pour que ces paroles du Psalmiste: « Enseignez-moi la bonté, la discipline et la science » (Ps 118, 66), trouvent leur accomplissement, il faut que la grâce que le Sauveur fait à ses apôtres en les visitant, que son blâme et ses reproches soient suivis d’un enseignement doctrinal, et qu’il leur dise : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16). Que dirons-nous, mes frères, en entendant ce langage ? Ne donne-t-il pas aux gens du monde une confiance excellente, et n’y a-t-il pas lieu de craindre qu’ils n’en abusent pour choyer la chair, et ne comptent outre mesure sur la foi et le baptême, indépendamment des bonnes œuvres ? Mais, avant de le penser, écoutons ce qui suit : « Or, voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru » (Mc 16, 17). Peut-être, ces paroles ne semblent-elles pas moins propres à jeter le découragement parmi les religieux que les premières à inspirer un excès de confiance aux gens du monde. En effet, qui est-ce qui fait les miracles de foi dont il est parlé ici ? Or, sans la foi, nul ne saurait être sauvé, car il est écrit « Celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16). Et encore : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (Hbr 11, 6). Or, je vous le demande, où sont ceux qui chassent les démons, qui parlent de nouvelles langues, qui prennent des serpents dans les mains, sans qu’ils leur fassent du mal ? Eh quoi! s’il n’y a personne, ou du moins, s’il n’y a presque personne qui fasse ces sortes de miracles de nos jours, n’y aura-t-il donc personne de sauvé, ou du moins, n’y aura-t-il que ceux qui peuvent se glorifier de ce pouvoir miraculeux qui, après tout, est beaucoup moins un mérite que la conséquence du mérite, puisque, au jugement dernier, ceux qui diront : « Seigneur, n’avons-nous pas chassé les démons en votre nom, et, toujours en votre nom, n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles ? » (Mt 7, 22) entendront cette réponse du souverain juge : « Je ne vous connais point, retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquités » (Mt 7, 23) ? Où serait d’ailleurs, ce que disait l’Apôtre en parlant du juste juge : « Il rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 6). Si, ce qu’à Dieu ne plaise, si, dis-je, au jugement dernier, il était tenu plus de compte des miracles que des bonnes œuvres ?

Il y des signes plus certains et des miracles plus salutaires que ceux-là, ce sont les mérites. Et je ne crois pas qu’il soit difficile de savoir en quel sens on doit entendre les miracles dont il est parlé en cet endroit, pour qu’ils soient des signes certains de foi, et par conséquent de salut. En effet, la première œuvre de la foi, opérant par la charité, c’est la componction de l’âme, car elle chasse évidemment les démons, en déracinant les péchés de notre cœur. Quant aux langues nouvelles que doivent parler les hommes, qui croient en Jésus-Christ, cela a lieu, lorsque le langage du vieil homme cesse de se trouver sur nos lèvres, et que nous ne parlons plus la langue antique de nos premiers parents, qui cherchaient dans des paroles pleines de malice à s’excuser de leurs péchés (Ps 140, 4). Dès que par la componction du cœur et la confession de la bouche, nos premiers péchés sont effacés, en sorte que nous ne retombons plus dans nos anciennes fautes qui rendaient notre état pire qu’il n’était auparavant, alors nous sommes arrivés au point de prendre les serpents dans nos mains sans qu’ils nous nuisent, c’est-à-dire, nous savons étouffer dans notre cœur les suggestions envenimées du malin esprit. Mais, qu’arrivera-t-il néanmoins si quelque rejeton mauvais vient à pousser des racines qu’il ne nous soit pas possible d’arracher à l’instant même, c’est-à-dire si la concupiscence de la chair assaille notre âme? Il arrivera infailliblement que « le breuvage mortel que nous aurons pu avaler ne nous fera aucun mal » (Mc 16, 18) ; car, à l’exemple du Sauveur, à peine en aurons-nous approché les lèvres que nous ne voudrons point y goûter davantage; non, ce breuvage de mort ne nous fera point de mal; car, il n’y a plus de damnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ : le sentiment de la concupiscence n’est absolument rien sans l’assentiment de notre âme. Mais quoi? La lutte que nous avons à soutenir contre cette affection morbide et corrompue n’en est pas moins pénible et pleine de périls; mais « ceux qui croiront imposeront les mains sur les malades et les malades seront guéris » (Mc 16, 18), c’est-à-dire, ils couvriront ces affections morbides de l’appareil des bonnes œuvres, et ils les guériront par ce remède.

Prières

Prière du Pape Urbain VIII (1568-1644)​ à la Très Sainte Vierge

Salut, Porte d’ivoire du Ciel radieux ; salut, Messagère de la Paix véritable, Flambeau inextinguible du divin Amour, Escorte fidèle des voyageurs, saint Asile de bonté, Port ami et fidèle dans les tempêtes, douce Consolation dans les misères de la vie, Lumière dans les ténèbres, Guide et Appui des âmes fidèles, céleste Impératrice, Bonheur des âmes qui vous sont dévouées, Mère de Dieu, qui, par votre souveraine Puissance, guérissez toute maladie.

Prière de Saint François de Sales (1567-1622) à la Très Sainte Vierge

Je vous salue, très douce Vierge Marie, Mère de Dieu, et vous choisis pour ma très chère mère ; je vous supplie de m’accepter pour votre fils et serviteur ; je ne veux plus avoir d’autre mère et maîtresse que vous. Je vous prie donc, ma bonne, gracieuse et douce Mère, qu’il vous plaise de vous souvenir que je suis votre fils, que vous êtes très puissante et que je suis une créature pauvre, vile et faible. Je vous supplie aussi, très douce et chère Mère, de me gouverner et défendre en toutes mes actions ; car, hélas ! Je suis un pauvre nécessiteux et mendiant qui ai besoin de votre sainte aide et protection. Eh bien donc ! Très Sainte Vierge, ma douce Mère, de grâce faites-moi participant de vos biens et de vos vertus, principalement de votre sainte humilité, de votre excellente pureté et fervente charité ; mais accordez-moi surtout : Ici demandez la grâce que vous désirez. Ne me dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouvez pas, car votre bien-aimé Fils vous a donné toute puissance tant au Ciel que sur la terre. vous n’allèguerez pas non plus que vous ne devez pas, car vous êtes la Mère commune à tous les pauvres enfants d’Adam, et singulièrement la mienne ; ainsi donc, très douce Vierge, puisque vous êtes ma Mère et que vous êtes très puissante, qu’est-ce qui pourrait vous excuser si vous ne me prêtiez votre assistance ? Voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte de m’accorder ce que je vous demande et d’acquiescer à mes gémissements. Soyez donc exaltée dans les Cieux, et, par votre intercession, faites-moi présent de tous les biens et de toutes les grâces qui plaisent à la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, l’objet de tout mon amour pour le temps présent et pour la grande éternité. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Cum vénerit Paráclitus, quem ego mittam vobis a Patre, Spíritum veritátis, qui a Patre procédit, ille testimónium perhibébit de me, allelúia.​

Ã. Lorsque sera venu le Paraclet, que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi, alleluia.

Antienne grégorienne “Cum venerit Paraclitus”

Antienne Cum venerit Paraclitus

Ascension de Notre-Seigneur

Ascension de Notre-Seigneur

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Benoît

Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de notre esprit.

Sermon

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui hodiérna die Unigénitum tuum, Redemptórem nostrum, ad cælos ascendísse crédimus ; ipsi quoque mente in cæléstibus habitémus. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Actes des Apôtres (Act 1, 1-11) commentés par Dom Delatte

Préambule

Comme le troisième Évangile, le livre des Actes contient un préambule adressé par l’Evangéliste saint Luc à un chrétien du nom de Théophile. De part et d’autre même style et même procédé. Seulement, au début des Actes, il est fait allusion formelle à un écrit premier, l’Évangile, qui a précédé les Actes et qui finit précisément où commencent les Actes. Cela suffirait, en dehors même du témoignage de la tradition, pour nous faire conclure que le troisième Évangile et le livre des Actes sont de la même main. Mais, comme il le reconnaît lui-même, au lieu qu’il n’a écrit l’Évangile que sur des documents et des témoignages recueillis auprès des apôtres ou des premiers disciples du Seigneur, saint Luc a pris une part personnelle à un large ensemble des faits racontés dans les Actes. À dater, en effet, du chapitre 16, verset 10, il parle comme compagnon assidu de l’Apôtre saint Paul, à la première personne du pluriel : le récit des voyages et des discours qu’il rapporte trahit le témoin oculaire. Nous avons donc affaire, en dehors même de l’inspiration, à un témoignage de la plus grande autorité, aux mémoires d’un homme qui a vu, à un écrit contemporain des faits qu’il rappelle, à un écrit signé, à un écrit daté, daté deux fois, puisqu’il est dit postérieur à l’Évangile, et qu’il s’arrête brusquement (Act 28, 30) vers l’année 60, ayant été conduit par l’écrivain jusqu’à ce qu’il fût à jour.

Les Actes ne forment donc que le second écrit de saint Luc ; dans un écrit antérieur, il a retracé l’histoire du Seigneur en sa vie mortelle. Non sans doute qu’en ce premier écrit il ait tout rapporté, ni qu’on puisse l’opposer à saint Jean, protestant à la fin de son Évangile qu’il serait impossible de rappeler tout ce que le Seigneur a fait ou enseigné. Mais l’Évangéliste a dit ce qu’il savait, ce que lui apprenaient les témoignages et les documents dignes de foi. Le personnage à qui ont été adressés d’abord l’Évangile, puis le livre des Actes, Théophile, est plus probablement un personnage réel, étranger à la Judée, un converti du paganisme, et sans doute un homme considérable si l’on en juge par l’appellation grecque qui lui est décernée dans l’Évangile, et que l’usage réservait à des personnes constituées en dignité.

Les prédicateurs ne manquent jamais de nous faire remarquer l’ordre dans lequel sont disposés le « facere » (faire) d’abord et le « docere » (enseigner) ensuite, pour nous inviter à la fidélité pratique et nous inspirer l’estime première que nous devons donner aux œuvres. La leçon est bonne : elle ne ressort pas du texte: « facere » ici implique les œuvres accomplies par le Seigneur ; « docere » la doctrine enseignée par lui depuis le début de son ministère jusqu’au jour où, ayant laissé aux apôtres qu’il s’était choisis sous l’influence de l’Esprit de Dieu ses dernières instructions, il fut élevé aux cieux.

L’Ascension du Seigneur

Au cours de ces quarante jours, qui s’écoulent entre la Résurrection et l’Ascension, le Seigneur apparut fréquemment aux siens : les douze apparitions rapportées par l’Évangile ne sont pas sans doute les seules dont le Seigneur ait honoré les siens. Elles avaient pour dessein de créer dans l’esprit des apôtres une conviction absolue de la Résurrection et d’achever l’enseignement de la doctrine sur le royaume de Dieu. C’est du royaume de Dieu qu’avaient parlé le Précurseur, puis le Seigneur lui-même, venu sur terre pour y établir la vraie Théocratie, la souveraineté de Dieu sur toutes les âmes qui aiment et qui croient, la royauté spirituelle dont l’Ancien Testament fut une ébauche, dont le Nouveau Testament est la réalisation, dont l’éternité sera l’achèvement.

Au cours d’un repas ou d’une dernière réunion, il enjoint aux disciples de ne pas se séparer entre eux, de ne pas s’éloigner de Jérusalem, « parce que de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de Dieu » (Is 2, 3), et d’y attendre, ensemble, la venue de l’Esprit de Dieu, promis par le Père et par le Fils. L’Evangile de saint Jean n’était pas écrit encore, mais aucun des apôtres n’ignorait la promesse qui avait été faite du don divin (Io 14, 26 ; 15, 26 ; 16, 7).

C’était à l’Esprit de Dieu qu’il était réservé d’accomplir la révolution religieuse de l’humanité. Sans doute, les apôtres étaient en possession de la grâce surnaturelle et l’Esprit de Dieu les avait investis déjà de leurs privilèges ; mais le Seigneur promet une effusion de l’Esprit de Dieu commune à tous les membres de l’Église : véritable immersion spirituelle qui, quelques jours après, inaugurera dans le monde la royauté de Dieu, y créera une vie sociale nouvelle, en même temps qu’elle abolira, au cœur des apôtres, l’idéal chétif qui les obsédait encore. Cette grande immersion, ce baptême spirituel aura pour dessein la formation d’une humanité nouvelle unie au nouvel Adam. Quand sera-ce ? Le Seigneur ne détermine pas. Il dit : « dans peu de jours ».

Les quarante jours s’étaient écoulés au milieu d’enseignements concernant le royaume de Dieu. Le Seigneur traitait affectueusement, presque familièrement avec ses disciples. Ce qu’il leur disait du royaume, le charme même et la liberté de ces entretiens qui devaient être les derniers suggérèrent aux apôtres une question qui nous montre un côté de leur âme, et leurs secrètes préoccupations. Ils étaient Galiléens ; ils n’avaient pas renoncé encore au rêve de leur enfance, à cet espoir qui avait bercé le peuple juif tout entier, d’un royaume temporel du Messie, restituant au peuple choisi de Dieu l’indépendance, la prospérité, la gloire nationale dont il avait joui au temps de David et de Salomon. Le royaume spirituel dont ils allaient devenir les conquérants prédestinés n’effaçait pas encore en eux toute trace de leurs aspirations nationales. Et voici que le Seigneur va se retirer bientôt, il dit : non post multos hos dies. Et il ne semble pas songer à cette partie de sa mission qui doit restituer à Israël son ancienne grandeur. C’est alors que, dans leur curiosité, dans leur anxiété aussi, ils se réunissent, entourent leur Maître et lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez rendre à Israël sa gloire première ? » La question nous semble naïve, à nous qui savons l’histoire. Après tout, cette question où perçait une préoccupation nationale, valait mieux encore que la demande de Salomé en une rencontre analogue, sollicitant du Seigneur le trône de droite pour l’un, et le trône de gauche pour l’autre de ses fils. Telle qu’elle était d’ailleurs, elle fournissait au Seigneur l’occasion de définir une fois de plus aux yeux des siens la nature de ce royaume nouveau qu’ils allaient eux-mêmes fonder et conquérir.

Peut-être la réponse du Seigneur réserve-t-elle encore, mais dans un avenir indéterminé, une chance de relèvement pour le peuple d’Israël. Du moins il ne l’écarté pas, il détourne seulement les siens d’une recherche curieuse sur un avenir dont Dieu s’est réservé le secret. Aussi bien, l’Apôtre saint Paul dans son épître aux Romains (Rm 11, 15, 24-32), sans promettre non plus aucune restauration nationale, pressent néanmoins qu’Israël, aux derniers jours, se tournera vers Dieu.

Quoi qu’il en soit, les paroles du Seigneur n’accordent ni satisfaction aux préjugés des apôtres, ni aliment à leur curiosité. Elles ont la forme d’une diversion divine, et dessinent une réalité plus étendue et plus glorieuse : au-dessus de l’Israël réduit et étroit, elles montrent l’Israël de Dieu. « Il est des heures et des événements dont le Père s’est réservé le secret. » La mission apostolique ne consistera point à explorer l’avenir, mais à témoigner du passé : non à poursuivre les intérêts d’un royaume terrestre, mais à conquérir pour un empire spirituel et aussi étendu que le monde toutes les âmes de bonne volonté.

Ceux à qui il revient de réaliser un tel programme ne sauraient plus dorénavant s’attarder à d’autres soucis. Et le Seigneur ajoute : « Dès que vous aurez reçu en vous la force de l’Esprit de Dieu, avec plénitude, avec surabondance, vous me rendrez témoignage dans cette Jérusalem qui m’a repoussé, dans toute cette Palestine qui n’a pas voulu de moi ; et au lieu que mon ministère et le vôtre jusqu’à ce jour se sont réduits aux brebis perdues de la maison d’Israël, désormais le vôtre s’étendra jusqu’aux limites de la terre. Je l’ai demandé à mon Père (Io 17, 1-6), votre voix sera conquérante, et se fera entendre jusqu’aux confins du monde. Vous porterez la doctrine nouvelle dans cent régions dont’ vous ignorez la langue, la situation, et même l’existence : au lieu d’une monarchie étroite et resserrée entre la Méditerranée, le Jourdain et le désert, — un royaume universel ; au lieu de l’unité des grands empires réalisée par le fer et la violence, — l’unité dans la pensée et la charité ; enfin au lieu de groupements précaires et instables, — un royaume d’une durée indéfinie, la vraie Théocratie.

C’est ainsi qu’on parlait du Royaume de Dieu sur la montagne des Oliviers, quarante jours après la Résurrection, quelques instants avant l’Ascension.

Et c’est au milieu de ces entretiens que le Seigneur, sous le regard de ses disciples, est porté au ciel. Bientôt un nuage le dérobe à leurs yeux : deux anges, vêtus de blanc, peut-être ceux-là mêmes qui furent au tombeau, apparaissent alors aux disciples attentifs encore à cette région du ciel où leur Maître venait de s’élever : « Hommes de Galilée, disent-ils, pourquoi demeurer ainsi les yeux fixés au ciel ? Ce même Jésus qui vient de vous quitter pour retourner à son Père descendra vers vous, avec la même grâce et la même beauté, de ce ciel où vous l’avez vu monter. »

Prières

Prière de Guerric d’Igny (vers 1087-1157)​

Quoi de plus sublime, ô mon Dieu, que de s’envoler, à la suite de votre Fils, au plus haut des Cieux ? Mais comment pourrait-il soudain prendre son vol pour le Ciel, celui qui ne s’y serait pas exercé tous les jours ? Notre divin Sauveur, durant sa vie mortelle, n’exerçait-il pas ses Apôtres à le suivre dans son Ascension glorieuse, de même que l’aigle excite ses petits à voler et vole lui-même à l’entour pour les provoquer davantage ? Faites, ô mon Dieu, que nous nous prêtions, comme les Apôtres, à ces essais qu’un Dieu favorise. S’il nous voit trop faibles, nous espérons qu’il aura pitié de notre faiblesse, qu’il étendra ses grandes ailes, nous prendra dessus, et nous portera jusqu’au Ciel. Mais accordez-nous, Seigneur, de ne pas être des aiglons trop paresseux ou trop lâches. Saint Paul s’est élevé jusqu’au troisième ciel : le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas ramper. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Bernard (1090-1153) à la Très Sainte Vierge

​Nous élevons les yeux vers vous, ô Reine du monde. Nous devons comparaître devant notre Juge, après tant de révoltes ; qui pourra l’apaiser ? Il n’est personne qui le puisse mieux que vous, ô Vierge Sainte, qui aimez tant ce Juge et en êtes si tendrement aimée. Ouvrez donc, ô Mère de Miséricorde, les oreilles de votre cœur à nos soupirs et à nos prières. Nous nous réfugions sous votre patronage, apaisez le courroux de votre Fils et faites-nous rentrer en grâce avec lui. Vous ne reculez pas à l’aspect du pécheur, quelque infection qu’il exhale, vous ne le méprisez pas s’il soupire vers vous, et que repentant il vous demande votre protection : de votre main compatissante vous éloignez de lui le désespoir : vous l’encouragez à espérer, vous le fortifiez et vous ne l’abandonnez pas avant que vous ne l’ayez réconcilié avec le Juge. Vous êtes cette Femme unique dans laquelle le Sauveur a trouvé son repos, et a déposé sans mesure tous ses trésors. Voilà pourquoi le monde entier, ô ma sainte Reine, honore votre chaste sein, comme le Temple de Dieu, dans lequel a été commencé le Salut du monde. C’est là que s’est faite la réconciliation entre Dieu et l’homme. Mère auguste de Dieu, vous êtes ce jardin fermé dans lequel la main souillée par le péché n’a jamais pénétré pour en cueillir les fleurs. Vous êtes le beau jardin où Dieu a mis toutes les fleurs qui ornent l’Église, et entre autres la violette de l’humilité, le lys de votre pureté et les roses de votre charité. À qui pourrons-nous vous comparer, ô Mère de grâce et de beauté ? Vous êtes le paradis de Dieu. De vous est sortie la Source d’eau vive qui arrose la terre entière. Oh ! Que de bienfaits vous avez apportés au monde, en méritant de devenir un Aqueduc si salutaire ! C’est de vous qu’il est dit : « Quelle est celle qui s’avance brillante comme l’aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil » ? Vous êtes donc venue au monde, ô Marie, comme une aurore resplendissante, précédant par la lumière de votre sainteté la levée du soleil de justice. Le jour où vous êtes apparue au monde peut bien s’appeler un jour de salut, un jour de grâce. Vous êtes belle comme la lune, car de même qu’il n’y a point de planète plus semblable au soleil que la lune, ainsi il n’est pas de créature plus que vous semblable à Dieu. La lune éclaire la nuit avec la lumière qu’elle reçoit du soleil, mais vous êtes plus belle que la lune, parce qu’en vous il n’y a ni tâche, ni ombre. Vous êtes pure comme le soleil : j’entends ce soleil qui a créé le soleil : il a été discerné entre tous les hommes, et vous entre toutes les femmes. Ô douce, ô grande, ô toute aimable Marie ! On ne peut prononcer votre Nom, sans avoir le cœur embrasé d’amour : et ceux qui vous aiment ne peuvent penser à vous qu’ils ne se sentent portés à vous aimer davantage. Ô Sainte Reine, assistez notre faiblesse. Eh ! Qui est plus à même de parler à notre Seigneur Jésus-Christ que vous qui êtes admise à goûter si intimement les douceurs de sa conversation ? Parlez, parlez, Reine du Ciel, votre Fils vous écoute, et vous obtiendrez tout ce que vous Lui demanderez. Ainsi soit-il.

5ème Dimanche après Pâques

5ème Dimanche après Pâques

5ème Dimanche après Pâques

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Augustin

C’est un don de Dieu que d’aimer Dieu.

Sermon

Oratio

Deus, a quo bona cuncta procédunt, largíre supplícibus tuis : ut cogitémus, te inspiránte, quæ recta sunt ; et, te gubernánte, eadem faciámus. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, de qui procèdent tous les biens, accordez à vos serviteurs suppliants : que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien ; et que notre volonté, guidée par vous, l’accomplisse.

Évangile du jour (Io 16, 23-28) commenté par Saint Augustin

Il nous faut maintenant expliquer ces paroles de Notre-Seigneur : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera ». Déjà, dans les premières parties de ce discours de Notre-Seigneur, et par rapport à ceux qui demandent certaines choses au Père au nom de Jésus-Christ et ne les reçoivent pas, nous avons dit que demander quelque chose de contraire au salut, ce n’est pas demander au nom du Sauveur ; car lorsque Jésus a dit : « En mon nom », il a voulu faire allusion, non pas au bruit que font les lettres et les syllabes, mais à ce que ce son signifie et représente réellement. Ainsi celui qui pense de Jésus-Christ ce qu’il ne doit pas penser du Fils unique de Dieu, ne demande pas en son nom, bien qu’il prononce les lettres et les syllabes qui composent son nom; il demande au nom de celui dont il se fait l’idée au moment où il formule sa demande. Pour celui qui pense de Jésus-Christ ce qu’il doit en penser, il demande en son nom, et il reçoit ce qu’il demande, si d’ailleurs il ne demande rien de contraire à son salut éternel. Mais il le reçoit quand il doit le recevoir. Il est certaines choses qui ne sont pas refusées, mais qui sont différées, pour être données dans un temps opportun. Il faut donc entendre que, par ces paroles. « Il vous donnera, à vous », Notre-Seigneur a voulu désigner les bienfaits particuliers à ceux qui les demandent. Tous les saints, en effet, sont toujours exaucés pour eux-mêmes, mais ils ne le sont pas toujours pour tous, pour leurs amis, leurs ennemis, ou les autres; car Notre-Seigneur ne dit pas absolument : « il donnera » ; mais : « il vous donnera à vous ».

« Jusqu’à présent », dit Notre-Seigneur, « vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit entière ». Cette joie qu’il appelle une joie pleine, n’est pas une joie charnelle, mais une joie spirituelle, et quand elle sera si grande qu’on ne pourra plus rien y ajouter, alors elle sera pleine. Donc tout ce que nous demandons pour nous aider à obtenir cette joie, il faut le demander au nom de Jésus-Christ, si nous comprenons bien la grâce divine, et si nous demandons vraiment la vie bienheureuse. Demander tout autre chose, c’est ne rien demander. Sans doute, il y a autre chose; mais en comparaison d’une si grande chose, tout ce que nous pourrions désirer n’est rien. On ne peut pas dire, en effet, que l’homme n’est rien, et cependant l’Apôtre dit de lui : « Il pense être quelque chose, et il n’est rien » (Gal 6, 3). Car, en comparaison de l’homme spirituel qui sait que c’est par la grâce de Dieu qu’il est ce qu’il est, celui qui s’abandonne à de vains sentiments de lui-même n’est rien. Ainsi on peut très bien entendre que, dans ces paroles : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera », Notre-Seigneur, par ces mots, « quelque chose », a voulu parler, non pas de toute sorte de choses, mais de quelque chose dont on ne puisse dire que ce n’est rien en comparaison de la vie éternelle.

Ce qui suit : « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom », peut s’entendre de deux manières. Ou bien vous n’avez pas demandé en mon nom, parce que vous n’avez pas connu mon nom comme il doit être connu; ou bien vous n’avez rien demandé, parceque, en comparaison de ce que vous deviez demander, ce que vous avez demandé doit être regardé comme rien. Aussi, pour les exciter à demander en son nom, non pas rien, mais une joie pleine (car s’ils demandent autre chose, cette autre chose n’est rien), il leur dit : « Demandez, et vous recevrez, afin que votre a joie soit pleine » ; c’est-à-dire, demandez en mon nom que votre joie soit pleine, et vous le recevrez. Car les saints qui demandent avec persévérance ce bien-là, la miséricorde divine ne les trompera pas.

Notre-Seigneur continue : « Je vous ai dit ces choses en paraboles : l’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement de mon Père ». Je pourrais dire que cette heure dont parle Notre-Seigneur doit s’entendre du siècle futur, où nous verrons ouvertement ce que l’apôtre Paul appelle « face à face »; ainsi ces mots : « Je vous ai dit ces choses en paraboles », semblent n’être autre chose que ce que dit le même Apôtre : « Nous voyons maintenant par miroir en énigme » (1 Cor 13, 12). « Je vous parlerai ouvertement », parce que c’est par le Fils que le Père se fera voir, selon ce qu’il dit lui-même ailleurs : « Et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui auquel le Fils voudra le révéler » (Mt 11, 27). Mais ce sens paraît opposé à ce qui suit : « En ce jour vous demanderez en mon nom ». Car dans le siècle futur, quand nous serons arrivés à ce royaume, où nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Io 3, 2), que pourrons-nous demander, puisqu’au milieu de tous les biens nos désirs seront satisfaits ? (Ps 102, 5) C’est pourquoi il est dit dans un autre psaume: « Je serai rassasié, quand votre gloire paraîtra » (Ps 16, 15). Une demande, en effet, est la preuve d’une certaine indigence; or, nulle indigence ne peut exister là où il y aura satiété complète.

Autant que je puis m’en rapporter à mon jugement, il n’y a donc plus qu’une chose à faire, c’est de croire que Jésus a voulu promettre à ses disciples de les rendre spirituels, de charnels et grossiers qu’ils étaient; sans les rendre néanmoins tels que nous serons, quand notre corps lui-même sera spiritualisé, mais en les rendant tels qu’était celui qui disait : « Nous prêchons la sagesse au milieu des parfaits » (1 Cor 2, 6) ; et encore : « Je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels » (1 Cor 3, 1) ; et encore : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde, mais l’esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données par Dieu ; choses que nous annonçons, non avec les doctes paroles de la sagesse humaine, mais avec les doctes paroles de l’esprit : appropriant les choses spirituelles aux spirituels; car l’homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l’esprit de Dieu » (1 Cor 2, 12-15). L’homme animal ne percevant pas les choses qui sont de l’esprit de Dieu, tout ce qu’il entend sur la nature de Dieu, il l’entend de telle sorte qu’il ne peut s’imaginer qu’il soit autre chose qu’un corps, aussi grand, aussi étendu que vous voudrez, aussi lumineux, aussi beau que vous le supposez, mais enfin toujours un corps. Toutes les paroles de la Sagesse sur la substance incorporelle et immuable sont donc pour lui des paraboles : non qu’il les regarde comme telles; mais parce qu’il se fait des idées comme ceux qui entendent les paraboles et ne les comprennent pas. Mais l’homme spirituel commence à juger toutes choses et à n’être jugé par personnes; quoique dans cette vie il voie encore par miroir et en partie, néanmoins, sans l’intermédiaire d’aucun sens du corps et sans le secours de cette imagination qui reçoit ou produit les images des corps, mais bien par la très certaine intelligence de son âme, il comprend que Dieu n’est pas un corps, mais un esprit. À la manière si positive dont le Fils nous parle du Père, on comprend qu’il est la même nature avec celui qui l’annonce. Alors ceux qui demandent, demandent en son nom; parce que par le son de son nom ils ne comprennent pas autre chose que ce qui est désigné par ce nom, et la vanité ou la faiblesse de leur esprit ne leur fait pas imaginer que le Père est dans un lieu et que le Fils se trouve dans un autre, qu’il est debout devant lui et qu’il le prie pour nous : ils ne s’imaginent pas non plus que le Père et le Fils aient des corps, que ces corps occupent des places différentes, et que le Verbe adresse à celui dont il est le Verbe des paroles qui auraient à traverser l’espace interposé entre la bouche de celui qui parle et les oreilles de celui qui écoute; ils ne se représentent pas davantage des choses semblables à celles que forgent dans leurs cœurs les hommes charnels et grossiers. Pour les hommes spirituels, lorsqu’ils pensent à Dieu, tout ce que l’habitude de voir et de toucher des corps leur rappelle de matériel, ils le renient et le repoussent, comme on chasse des mouches importunes; ils l’éloignent des yeux de leur âme ; ils acquiescent à la vérité de cette lumière dont le témoignage et le jugement leur prouvent que ces images corporelles qui se présentent aux yeux de leur esprit, sont absolument fausses. Ceux-là peuvent en quelque manière se représenter Notre-Seigneur Jésus-Christ, en tant qu’homme intercédant pour nous auprès du Père, et en tant que Dieu nous exauçant avec le Père. C’est, j’imagine, ce que Jésus a voulu nous faire comprendre quand il a dit : « Et je ne vous dis point que je prierai le Père pour vous ». Mais l’œil spirituel de l’âme peut seul parvenir à comprendre comment le Fils ne prie pas le Père, et comment le Père et le Fils exaucent par ensemble ceux qui les prient.

« Car le Père lui-même », dit Notre-Seigneur, « vous aime parce que vous m’avez aimé ». Le Père nous aime-t-il parce que nous l’aimons, ou bien ne l’aimons-nous point parce qu’il nous aime? Notre évangéliste va nous répondre dans son épître : « Nous aimons », dit-il, « parce qu’il nous a aimés le premier » (1 Io 4, 10). Le motif qui nous le fait aimer, c’est donc qu’il nous a aimés le premier; c’est donc un don de Dieu que d’aimer Dieu. Il nous a donné de l’aimer, car avant d’être aimé, il nous a aimés. Nous lui déplaisions, et il nous a aimés, afin qu’il y eût en nous de quoi lui plaire. Car nous n’aimerions pas le Fils, si nous n’aimions aussi le Père. Le Père nous aime parce que nous aimons le Fils ; mais c’est du Père et du Fils que nous avons reçu la grâce d’aimer et le Père et le Fils; la charité, en effet, a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit des deux (Rm 5, 5); et cet Esprit nous fait aimer et le Père et le Fils, et avec le Père et le Fils il se fait aimer lui-même. Ce pieux amour dont nous honorons Dieu, c’est Dieu lui-même qui l’a fait naître en nous, et il a vu qu’il était bon; c’est pourquoi il a aimé ce qu’il avait fait lui-même. Mais il n’aurait pas fait en nous ce qu’il aime en nous, si, avant de le faire, il ne nous avait pas aimés.

« Et vous avez cru », continue Notre-Seigneur, « que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. Maintenant, je laisse le monde et je vais à mon Père ». Nous l’avons cru entièrement, et, certes, ce n’est pas difficile à croire, parce qu’en venant dans ce monde il est sorti du Père sans abandonner le Père; et il retourne au Père en laissant le monde, mais sans quitter le monde. Il est sorti du Père, parce qu’il est du Père; il est venu dans le monde, parce qu’il a montré au monde le corps qu’il avait pris dans le sein d’une vierge. Il a laissé le monde en s’éloignant de lui corporellement; il est retourné au Père par l’ascension de son humanité. Mais il n’a pas quitté le monde, car il y est présent par sa providence.

Prière

Prière de Saint Anselme (1033-1109) à la Très Sainte Vierge

Le ciel et les astres, la terre et les fleuves, le jour et la nuit, et tout ce qui obéit ou sert à l’homme, se félicite d’être par vous, ô Notre Dame, rendu en quelque sorte à sa beauté première, et même doté d’une grâce nouvelle et ineffable. Car tous, pour ainsi dire, étaient morts, alors que dépouillés de leur dignité naturelle, qui est d’être au pouvoir et au service de ceux qui louent Dieu — c’est là le motif même de leur création — ils étaient opprimés et dégradés par un culte idolâtrique, étranger au but de leur existence. Ils se réjouissent donc d’être comme ressuscités, puisque désormais les voilà soumis à la domination et embellis par l’usage des adorateurs du vrai Dieu. Ils ont comme exulté lorsque leur fut accordée la faveur, nouvelle et inestimable, non seulement de sentir invisiblement au-dessus d’eux la royauté de Dieu, leur propre Créateur, mais encore de le voir les sanctifier visiblement, dans leur sphère à eux, en en faisant lui-même usage. Tels sont les si grands biens échus à l’univers, par le fruit béni du sein de Marie, la bénie. Par la plénitude de votre grâce, Marie, les êtres retenus en enfer se réjouissent d’être libérés, et les créatures au-delà du ciel d’être restaurées. Oui, c’est bien par ce glorieux Fils de votre glorieuse virginité que tous les justes disparus avant sa mort vivifiante exultent de voir la fin de leur captivité, et les anges, le relèvement de leur cité à moitié détruite. Ô femme remplie et plus que remplie de grâce, dont la surabondante plénitude se répand sur toute la création pour la rétablir  ! Ô vierge bénie et plus que bénie, dont la bénédiction est source de bénédictions pour toute la nature, non seulement pour la nature créée, de la part de son Créateur, mais aussi pour le Créateur, de la part de sa création ! Dieu a donné son Fils, fruit unique de son cœur, qui était son égal et qu’il aimait comme lui-même : il l’a donné à Marie, et, du sein de Marie, il en fait son fils, non pas quelqu’un d’autre, mais le même en personne, de sorte qu’il est par sa nature le même Fils unique de Dieu et de Marie. Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie ! Dieu a tout créé, et Marie a enfanté Dieu ! Dieu qui a tout formé, s’est formé lui-même du sein de Marie, et ainsi il a refait tout ce qu’il avait fait. Lui qui a pu tout faire de rien, n’a pas voulu refaire sans Marie sa création détruite. Dieu est donc le Père de toutes les choses créées, et Marie la mère de toutes les choses recréées. Dieu est le père de la création universelle, et Marie la mère de la rédemption universelle. Car Dieu a engendré Celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté celui par qui tout a été sauvé. Dieu a engendré Celui sans qui absolument rien n’existe, et Marie a enfanté Celui sans qui absolument rien n’est bon. Oui, le Seigneur est vraiment avec vous : il vous a fait un don tel que la nature entière vous est grandement redevable, à vous, en même temps qu’à lui. Ainsi soit-il.

Antienne

Antienne Alleluia x10

Antienne grégorienne “Alleluia..........”

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Dom Delatte

Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier.

Saint Grégoire de Nazianze, Évêque et Docteur de l’Église (329-390)

Grégoire le Théologien (c’est ainsi que les Grecs le nomment) naquit en 329. à Nazianze, en Cappadoce. Il fut une des « trois lumières » de Cappadoce. Sa mère, sainte Nonna, posa les assises de sa sainteté future. Pour sa formation intellectuelle, il visita les écoles les plus célèbres de son temps, celles de Césarée, d’Alexandrie et d’Athènes. Dans cette dernière ville, il noua avec saint Basile une amitié devenue historique. En 381, il célébrait encore cette amitié avec un enthousiasme juvénile. En 360, il reçut le baptême et vécut ensuite pendant quelque temps dans la solitude. En 372, il reçut la consécration épiscopale des mains de saint Basile. Son père, Grégoire, évêque de Nazianze, insista pour qu’il l’aidât dans le ministère des âmes. En 379, il fut appelé au siège de Constantinople. Mais, en raison des nombreuses difficultés qu’il rencontra, il retourna à la solitude tant désirée. Il se consacra entièrement à la vie contemplative. Sa vie se caractérise par une alternance entre la vie contemplative et le ministère des âmes. Tous nos désirs vont vers la solitude, mais les besoins du temps le rappellent sans cesse à la vie active ; il doit prendre part au mouvement religieux d’alors. Ce qui lui valut ses succès, ce fut son éloquence entraînante. Il fut, sans conteste, l’un des meilleurs orateurs de l’antiquité chrétienne. Ses écrits lui ont valu le titre d’honneur de docteur de l’Église. Il rendit son âme à Dieu le 9 mai 390.

Pratique : Nous devons, nous aussi, concilier harmonieusement les deux aspects de la vie religieuse ; la vie de piété et de contemplation qui recherche la solitude, et la vie active, adonnée à la charité et au zèle des âmes, qui convient aux besoins de notre temps. La messe est tirée du commun des docteurs (In medio). Saint Grégoire est vraiment « la lumière placée sur le chandelier, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison (l’Église) » (Évangile). Il fut rempli de « l’Esprit de sagesse et de science » (Int. Ép.). La leçon (Iustus) convient : mieux au caractère contemplatif du saint que celle du commun.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5, 13-16) : commentaire de Dom Delatte

Au moyen de deux comparaisons, le Seigneur détermine la fonction des apôtres et des disciples, et, en eux, de toute l’Église dont ils sont le noyau. Cette fonction est toujours considérée comme universelle dans son exercice : sal terrae, lumen mundi ; le règne de Dieu doit grouper l’humanité entière. Ce qui a déterminé saint Matthieu à placer ici des éléments de doctrine que saint Luc (Lc 8, 16 ; 11, 33 ; 14, 34-35) et saint Marc (Mc 4, 21 ; 9, 49) ont rapportés dans des conditions historiques différentes, c’est peut-être le rapport qui existe entre les persécutions qui viennent d’être prophétisées et l’affadissement qu’elles produisent trop souvent chez les persécutés. La persécution est déprimante ; seules les trempes courageuses et surnaturellement soutenues de Dieu sont capables de dire « quand même ! » à tout danger et à toute menace. La tentation, alors, c’est le libéralisme, la disposition d’esprit qui nous fait composer avec la persécution, la faiblesse secrète qui nous fait réduire la vérité à cette proportion chétive où elle cessera d’être un scandale pour le monde et un péril pour nous. Or, la doctrine et la fonction des apôtres ne sont pas des biens personnels, sur lesquels ils aient qualité pour consentir des concessions. On laisse conclure au monde qu’une doctrine n’est point divine lorsqu’il semble loisible aux hommes de la réduire, de l’humilier à leur gré. Apôtres et chrétiens, vous êtes le sel de la terre ; gardez-vous de vous affadir ! Dès lors que vous n’agirez plus sur le monde pour en limiter la corruption, ce sera le monde qui agira sur vous. Le sel s’affadit dans l’eau ; il se souille dans la poussière.

Et la conséquence est double ; elle atteint Dieu, elle atteint l’apôtre lui-même ou le chrétien. Elle atteint Dieu, qui avait eu confiance, qui comptait sur son ministre pour transformer le monde. In quo salietur? Nous ne traduisons pas : « Avec quoi salera-t-on ? » au sens impersonnel ; mais bien : « Qui lui rendra sa saveur? » Comment guérir, s’il est volontairement malade, celui-là même, celui-là seul à qui l’on avait confié l’office de guérir? Le plan divin est comme déconcerté. Et il y a déchéance pour celui qui se dérobe à Dieu. Le Seigneur lui avait donné action sur le monde : en désertant son œuvre, il perd sa raison d’être ; il n’a plus de titre à exister. On ne sait plus qu’en faire. Ce n’est plus qu’un être de rebut, inutile, encombrant. Il est nuisible même ; gardez-vous de le répandre sur une terre féconde ; il la rendrait stérile. Les anciens semaient du sel sur les villes maudites, afin de signifier qu’elles ne se relèveraient jamais. Celui qui s’est dérobé à Dieu n’est bon qu’à être jeté sur les chemins, comme un sel affadi, pour être foulé aux pieds des hommes et des bêtes.

« Vous êtes la lumière du monde. » C’est le Seigneur qui est la Vie et la Lumière ; mais c’est le Seigneur encore qui donne aux siens d’être, par la communion avec lui, vie et lumière. Observons la nature des métaphores employées pour dessiner la mission des apôtres et des chrétiens. On ne leur dit pas : Vous êtes la foudre ! On leur dit : Vous êtes le sel, une substance active, qui fait le bien sans violence ; vous êtes la lumière, une puissance bienfaisante, mais douce, aimable, et qui agit silencieusement. — « Une ville ne peut demeurer cachée, lorsqu’elle est située sur une montagne. » Des commentateurs, qui aiment à voir le Seigneur puiser dans les circonstances extérieures, dans le spectacle de la nature environnante, la matière et l’occasion de son enseignement, ont supposé que, de la montagne des Béatitudes, on apercevait, sur un des contreforts de l’Antiliban, soit la ville de Séphet, soit la bourgade de Thabor. L’hypothèse n’est pas invraisemblable. On peut croire, pourtant, que la pensée du Sauveur se porte plutôt vers la prophétie d’Isaïe (Is 2, 2) et de Michée (Mich 4, 1) : « Et il arrivera, dans les derniers jours, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes, élevée au-dessus des collines, et tous les peuples afflueront vers elle. » La cité que Dieu a placée à dessein sur la montagne, afin qu’elle fût visible de partout, ne saurait échapper aux yeux. Sa fonction, sa raison d’exister, c’est d’être visible, nécessairement visible, et d’attirer vers elle, vers sa grande clarté, les hommes égarés hors de leur chemin. Le rôle de la lumière est d’appeler à soi ; et c’est pour cela que, dans une maison, lorsqu’on allume une lampe, on ne la met pas sous le boisseau, on ne la coiffe pas sottement d’un vase opaque ; mais on la place sur le chandelier, de sorte qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la demeure. La fonction des apôtres et des fidèles, en d’autres termes, la fonction de l’Église, vraie théophanie, est d’agir sur ceux qui sont dehors et sur ceux qui sont dedans.

De même donc, poursuit le Seigneur, que la lumière avertit et guide ceux qui sont dans la maison ; de même, la lumière de votre doctrine, appuyée par une vie conforme à vos enseignements, doit briller aux yeux des hommes. Non pas que nous devions briller dans le dessein que les hommes nous admirent, ni que nous agissions jamais comme en spectacle et sur la scène, pour être vus. Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier. Notre vie est ordonnée par notre conscience et par le devoir d’être, dans la pratique, ce que nous sommes en réalité. La traduction exacte de ce passage, comme le remarquait autrefois déjà saint Grégoire le Grand, est celle-ci : Que la lumière que vous êtes brille aux yeux des hommes, de telle sorte que, voyant vos bonnes œuvres, ils rendent hommage à celui qui en est le principe, l’agent principal, et le terme : votre Père céleste. C’est lui qui remporte les victoires ; même en nous couronnant, Dieu ne couronne que ses dons.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Gregórium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Grégoire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

C’est par vos entrailles innocentes et toutes pures, par vos entrailles ruisselantes de miséricorde, qu’est descendu le Fleuve des miséricordes, véritable déluge de grâces inondant le monde, et le purifiant de ses souillures. Par vos paroles qui distillaient un miel d’une incomparable douceur, notre Tout-Petit a grandi jusqu’à devenir homme parfait, il a pu supporter, dans la force de sa patience, la charge de notre faiblesse : « vraiment il a pris sur lui nos langueurs, il a porté lui-même toutes nos douleurs ». C’est vous qui lui avez donné des épaules pour les porter, puisque c’est de votre chair qu’il a reçu un corps capable de sacrifice. Par vous il est descendu, par vous le Tout-Petit est venu jusqu’aux petits misérables, lui qui, dans notre procès, vous a établie notre Avocate ; lui qui vous a donnée au monde comme un merveilleux présent. C’est vous qu’il a choisie comme chemin pour venir jusqu’à nous, c’est vous qu’il a disposée comme voie à suivre pour regagner notre Patrie. Oh ! Chemin exempt d’obstacles et de dureté, exempt d’ignorance et d’erreur. Oh ! Voie de salut ouverte à tous, voie où ne se rencontre ni le péché, ni la malice, ni l’ennui, ni le labeur. Vous êtes toute suave, toute lumineuse, toute douce, toute droite, tendre et pleine de paix, vous qui faites parvenir jusqu’à nos cœurs la Lumière émanée du cœur du Père céleste, et qui, nous parlant au cœur, attirez en vous les cœurs des fidèles. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Gregori, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Grégoire, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

Malgré les tristesses parfois accablantes de la vie présente, nous avons trouvé le vrai bonheur ou la paix, du moins au sommet de l’âme, lorsque nous aimons Dieu par-dessus tout, car la paix est la tranquillité de l’ordre, et nous sommes alors unis au principe même de tout ordre et de toute vie.

Saint Jean devant la Porte Latine (Vies des Pères, etc. par Alban Butler et Godescard)

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne connaissaient encore ni le mystère de la croix, ni la nature du royaume de Jésus-Christ, lorsque, par l’organe de leur mère, ils le priaient de les faire asseoir l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche, c’est-à-dire, de leur donner les deux premières places de son royaume. Pouvez-vous, leur dit le Sauveur, boire le calice que je dois boire ? Pouvez-vous participer à mes opprobres et à mes souffrances ? Les deux disciples répondirent affirmativement, et protestèrent à leur divin maître qu’ils étaient dans la résolution de tout endurer pour lui. Alors Jésus leur prédit qu’ils boiraient son calice, et qu’ils auraient beaucoup à souffrir pour la vérité de son évangile. Cette prédiction fut littéralement accomplie dans saint Jacques, lorsque Hérode le fit mourir à cause de la religion qu’il professait.

Quant à saint Jean, qui aimait si tendrement son divin maître, et qui en était si tendrement aimé, on peut dire, sans faire violence au texte sacré, qu’il but du calice du Sauveur, et qu’il en partagea l’amertume lorsqu’il assista à son crucifiement. En effet, son cœur était déchiré par le sentiment des douleurs qu’il lui voyait souffrir ; mais ce n’était encore là qu’un prélude de ses peines. Après la descente du Saint-Esprit, il se vit condamné, avec les autres apôtres, à la prison, aux fouets, aux opprobres. Enfin la prédiction de Jésus-Christ eut son entier accomplissement, lorsqu’il mérita, sous le règne de Domitien (81-96), la couronne du martyre.

L’empereur Domitien, auteur de la seconde persécution générale suscitée à l’église, était universellement haï pour sa cruauté, son orgueil et ses impudicités. Il fut, au rapport de Tacite, encore plus cruel que Néron, et il prenait plaisir à repaître ses yeux du spectacle des exécutions barbares dont l’autre au moins se dérobait ordinairement la vue. Sous son règne, Rome fut inondée du sang de ses plus illustres habitants. Ennemi de tout bien, il bannit ceux qui avaient la réputation d’hommes vertueux, entre autres Dion Chrysostome et le philosophe Epictète; mais ce fut sur les Chrétiens que tombèrent ses principaux coups. Outre qu’il ne pouvait souffrir la sainteté de leur doctrine et de leur vie, qui lui était un reproche tacite de ses crimes, il était encore animé contre eux par cette haine que leur portaient tous les païens.

Saint Jean l’évangéliste vivait encore. Il était chargé du gouvernement de toutes les églises d’Asie, et jouissait d’une grande réputation tant à cause de cette éminente dignité que pour ses vertus et ses miracles. Ayant été arrêté à Éphèse, il fut conduit à Rome l’an 95 de Jésus-Christ. Il parut devant l’empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d’ordonner qu’on le jetât dans une chaudière remplie d’huile bouillante. Il y a toute apparence que le saint apôtre souffrit d’abord une cruelle flagellation, conformément à ce qui se pratiquait à l’égard des criminels qui n’avaient point le droit de bourgeoisie romaine. Quoiqu’il en soit, on ne peut au moins douter qu’il n’ait été jeté dans l’huile bouillante : Tertullien, Eusèbe et saint Jérôme le disent expressément.

Nous ne craignons point d’assurer que le Saint fit éclater une grande joie lorsqu’il entendit prononcer su sentence ; il brûlait d’un ardent désir d’aller rejoindre son divin maître, de lui rendre amour pour amour, et de se sacrifier pour celui qui nous a tous sauvés par l’effusion de son sang. Mais Dieu se contenta de ses dispositions, en lui accordant toutefois le mérite et l’honneur du martyre ; il suspendit l’activité du feu, et lui conserva la vie, comme il l’avait conservée aux trois enfants qui furent jetés dans la fournaise de Babylone. L’huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu’il n’y était entré.

L’empereur fut très frappé, ainsi que la plupart des païens, de cet événement ; mais il l’attribua au pouvoir de la magie. Ce que l’on publiait des prétendus prodiges opérés par le fameux Apollonius de Tyane, qu’il avait fait venir à Rome, ne contribua pas peu à le confirmer dans cette opinion. La délivrance miraculeuse de l’apôtre ne fit donc sur lui aucune impression, ou plutôt elle ne servit qu’à augmenter son endurcissement dans le crime. Il se contenta toutefois de bannir le Saint dans l’île de Pathmos. Ce mauvais prince ayant été assassiné l’année suivante, Nerva, rempli de bonnes qualités, et d’un caractère naturellement pacifique, fut élevé à l’empire. Saint Jean eut la liberté de sortir du lieu de son exil, et de retourner à Éphèse.

Ce fut auprès de la porte appelée Latine par les Romains, qu’il remporta ce glorieux triomphe. Pour conserver la mémoire du miracle, on consacra une église dans cet endroit sous les premiers empereurs chrétiens. On dit qu’il y avait un temple de Diane, dont on changea la destination pour le faire servir au culte du vrai Dieu. Cette église fut rebâtie en 772 par le pape Adrien I. La fête de saint Jean devant la porte Latine a été longtemps chômée en plusieurs églises. Elle a été d’obligation en Angleterre, au moins depuis le douzième siècle jusqu’à la prétendue réforme; mais on la mettait seulement au nombre des fêtes du second rang, auxquelles toute œuvre servile était défendue, excepté le labour des terres. Les Saxons qui s’établirent dans la Grande-Bretagne avaient une dévotion singulière à saint Pierre et à saint Jean l’évangéliste.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia nos úndique mala nostra pertúrbant : præsta, quǽsumus ; ut beáti Ioánnis Apóstoli tui et Evangelístæ intercéssio gloriósa nos prótegat. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui nous voyez troublés par les maux qui nous arrivent de toutes parts, faites, nous vous en prions, que la glorieuse intercession du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, nous serve de protection.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

Ô Marie, pour moi, vous êtes l’ancre au milieu du ballottement des flots, le port dans le naufrage, le secours dans la tribulation, la consolation dans la douleur. Vous êtes le soulagement dans l’angoisse, le secours dans les moments où tout va mal, la juste modération quand cela va trop bien, la joie dans l’attente, le rafraîchissement dans le labeur. Tout ce que je puis gazouiller de vos louanges, ne parvient pas à être de vous une digne louange, ô digne de toute louange ! Quand même je parlerais les langues des hommes et des anges, quand même je m’épuiserais totalement, non, ce serait encore trop peu ! Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In fervéntis ólei dólium missus beátus Ioánnes Apóstolus, divína se protegénte grátia, intactus exívit, allelúia.

Ã. Jeté dans une chaudière d’huile bouillante, le bienheureux Apôtre Jean, protégé par la grâce divine, en sortit sain et sauf, alleluia.

Antienne grégorienne “In ferventis”

Antienne In ferventis