Mystique de Noël d’après saint Bernard

Mystique de Noël d’après saint Bernard

Si la fête de Noël est l’occasion de réjouissances bien légitimes pour nous, chrétiens, il faut cependant veiller à respecter l’ordre, de sorte que la réjouissance du corps n’étouffe pas celle de l’âme, et que la nourriture spirituelle ne soit pas entamée par la charnelle :

« Pour certains, la mémoire de cette faveur se tourne en prétextes pour la chair (Gal 5, 13), et tu peux les voir déployer en ces jours-là une grande agitation pour préparer des vêtements fastueux, des aliments délicats, comme si c’était cela, ou des réalités de ce genre, que le Christ recherchait par sa naissance » (Adv. III, 1).

Il nous faut donc considérer ces mystères de la nativité du Seigneur (enfant-Dieu, naissant d’une vierge, etc) qui sont comme

« les récipients d’or et d’argent (cf. Ex 3, 22) dans lesquels, en ces jours de si grande fête, on sert à manger, à la table du Seigneur, même à tous les indigents (1 Cor 10, 21). Ces récipients, nous n’avons pas à les emporter : les plats et les coupes d’or ne nous sont pas donnés, mais bien la nourriture et la boisson qu’ils contiennent » (Nat. III, 1).

Ces vases d’or qui représentent la dimension divine de l’événement, nous les contemplerons, puis nous prendrons la nourriture qu’ils contiennent, vertus du Sauveur à imiter.

Importance du Mystère de l’Incarnation

Pour saisir l’importance de la Nativité, nous devons revenir au principe de notre histoire. Ainsi, dans son deuxième sermon saint Bernard commence par expliquer l’admirable création de l’homme, glaise dans laquelle Dieu a insufflé une âme, source de la dignité de l’homme par rapport aux autres créatures corporelles :

« Comment ne pas se rendre compte, frères, de tout ce que l’âme apporte au corps? Sans âme, la chair ne serait-elle pas une souche insensible? C’est de l’âme, en effet, que surgit la beauté, de l’âme que vient la croissance, de l’âme que dépendent la clarté du regard et la sonorité de la voix » (Nat. II, 2).

Mais ce n’est pas tout, Dieu avait élevé l’homme à l’état surnaturel, le créant “à son image et à sa ressemblance”, la justice originelle d’Adam était comme un sceau de Dieu en lui :

« Oui, Dieu a fait l’homme droit, et l’homme en cela était à la ressemblance de Celui dont il est écrit : “Droit est le Seigneur notre Dieu: en lui, point d’iniquité” (Ps 91, 16). De même Dieu a fait l’homme véridique et juste, selon qu’il est Lui-même vérité et justice » (Nat. II, 3).

En convoitant la sagesse, connaissance du bien et du mal, Adam et Ève (après Lucifer) voulurent s’attribuer ce qui était le propre de Dieu le Fils; et, par cet orgueil, se condamnèrent eux-même, perdant ce qui leur venait de Dieu en voulant devenir comme des dieux.

Dieu allait-Il perdre irrémédiablement sa créature dans sa justice ? Non, l’homme, contrairement au diable, et en raison même de sa nature à la fois spirituelle et corporelle, pouvait être racheté, et c’est ce que Dieu a voulu :

«Faire miséricorde Lui est propre. Car c’est en Lui-même qu’Il puise la réalité même et la semence, en quelque sorte, du pardon. Pour ce qui est de juger et de condamner, c’est nous qui L’y contraignons, d’une certaine manière» (Nat. V, 3).

Et puisque c’était les prérogatives du Fils de Dieu qui étaient visées, c’est par Lui que l’homme serait comme recréé plus admirablement encore qu’il n’avait été créé :

«Tous Me portent envie – semblait-Il dire – : Je vais donc venir et Me comporter de telle manière que, pour quiconque aura voulu M’envier et désiré M’imiter, cette rivalité tourne à son bien» (Adv. I, 4).

Nous voyons donc dans la Nativité du Verbe fait chair l’accomplissement parmi nous de cette miséricorde après laquelle le monde pécheur soupirait :

«Que paraisse, Seigneur, ta bonté, à laquelle l’homme, créé à ton image (Gn 1, 27), puisse se conformer. Car, pour ce qui est de la majesté, de la puissance et de la sagesse, il nous est impossible de les imiter, et il serait inconvenant pour nous de les convoiter» (Nat.I, 2).

Grâces du Mystère de l’Incarnation

Voici le mystère à contempler en cette fête de Noël, mystère de l’infinie miséricorde de Dieu à notre égard : Dieu vient à nous pour nous sauver non pour nous juger, qu’avons nous à craindre ?

«Oui, Il s’est fait petit enfant; la Vierge, sa mère, enveloppe de langes ses membres délicats (Lc 2, 7) : et toi, tu tremblerais encore d’effroi (cf Ps 13, 5) ? A ce signe du moins tu sauras qu’Il est venu non pour te perdre mais pour te sauver (Lc 9, 56), pour te délivrer non pour t’enchaîner. Déjà Il part en guerre contre tes ennemis, déjà Il piétine la nuque des orgueilleux et des superbes (Dt 33, 29), Lui qui est puissance et sagesse de Dieu (1 Cor 1, 24)» (Nat. I, 4).

Il vient pour mettre à mort la double mort qui nous affecte : celle de l’âme, le péché, et celle du corps.

«Et déjà, en vérité, dans sa propre personne Il a vaincu le péché quand Il a assumé la nature humaine sans la moindre contamination. Grande, effectivement, a été la violence infligée ainsi au péché, et on peut être certain que celui-ci a été réellement chassé lorsque notre nature, qu’il se glorifiait d’avoir totalement investie et occupée, s’est trouvée dans le Christ absolument dégagée de sa possession» (Nat. I, 4).

Et durant toute sa vie ici-bas le Sauveur poursuivra le péché par son enseignement et son exemple, de sorte qu’Il deviendra pour nous comme les quatre sources qui arrosaient le Paradis terrestre (Gn 2, 10 ss.) :

«De la source de la miséricorde, nous recevons, pour laver nos fautes, les eaux de la rémission des péchés. De la source de la sagesse, nous recevons, pour étancher notre soif, les eaux du discernement. De la source de la grâce, pour arroser les plantes de nos bonnes œuvres, nous recevons les eaux de l’empressement spirituel. Cherchons alors, pour cuire nos aliments, des eaux brûlantes : les eaux de l’émulation. Ce sont elles qui préparent et chauffent à point l’élan de nos désirs : elles sortent en bouillonnant de la source de la charité» (Nat. I, 6).

Mais, c’est par sa passion que le Christ enchaînera cette mort de l’âme. Nous voyons déjà se dessiner sur la crèche l’ombre de la Croix :

«Oui, le Christ pleure, mais autrement que les autres enfants, ou au moins pour une autre raison.(…) Ceux-là pleurent en raison du joug pesant qui accable tous les fils d’Adam (Si 40, 1), Lui à cause des péchés des fils d’Adam. Et si maintenant, pour eux, Il répand ses larmes, pour eux aussi, plus tard, Il répandra son sang» (Nat. III, 3).

Quant à la mort du corps, le Christ la vaincra d’abord en Lui-même par sa résurrection puis en nous quand Il ressuscitera nos corps mortels (Rom 8, 11; cf. Nat. I, 4).

Les exemples du Seigneur dans sa Nativité

Si Notre Seigneur est la cause de notre salut, Il en est aussi le modèle, l’exemplaire auquel nous devons nous conformer. De là, après avoir contemplé la beauté de ce mystère de Noël, mystère de miséricorde, laissons-nous exhorter à la vertu par l’Enfant-Dieu et toutes les circonstances dont Il a voulu que sa naissance fut entourée. Saint Bernard dit ailleurs :

«C’est donc par Dieu, sans aucun doute, que le commencement de notre salut s’opère, ce n’est en tout cas ni par nous ni avec nous. Mais le consentement et l’œuvre du salut, même s’ils ne viennent pas de nous, ne se font cependant plus sans nous» (De gratia et libero arbitrio, XIV, 46).

Le fait lui-même de l’incarnation du Verbe qui se manifeste au monde dans la nativité constitue le premier et le plus profond enseignement, celui de l’humilité, fondement de toutes les vertus :

«Efforcez-vous à l’humilité, car elle est le fondement et la gardienne de toutes les vertus; suivez-la à la trace, car elle seule peut sauver vos âmes (cf. Lc 1, 21). Quoi de plus inconvenant, en effet, quoi de plus abominable, et de plus gravement punissable, pour un homme, que de voir le Dieu du Ciel se faire petit enfant, et de continuer soi-même à se grandir au dessus de la terre ? Quelle insupportable impudence, alors que la Majesté s’est anéantie Elle-même, si le vermisseau s’enfle et se gonfle d’importance » (Nat. I, 1).

En second lieu, nous pouvons considérer le temps auquel le Christ a voulu naître. Pourquoi choisir l’hiver comme saison de sa naissance ? L’été n’aurait-il pas mieux convenu au Soleil de justice ? Non, la gloire devait être au terme de son pèlerinage terrestre et non au commencement, sa vie devant être l’exemplaire de notre vie spirituelle :

«Voilà pourquoi, en vue de sa naissance, le Fils de Dieu, doté du pouvoir d’en déterminer le moment, a choisi le plus pénible, surtout pour un nourrisson et, un nourrisson dont la mère, toute pauvre, dispose tout juste de quelques chiffons pour le langer et d’une crèche pour le coucher (Lc 2, 7)» (Nat. III, 1).

Il nous faut donc, pour suivre le Christ, commencer par la pénitence, naître en hiver. De plus c’est de nuit qu’Il voulut naître, comme pour se cacher; Il nous enseigne par là la modestie et l’esprit de silence :

«Où sont donc ceux qui, avec tant d’impudence, n’ont qu’un désir : celui de se faire voir ? (…) Si le Christ garde le silence, c’est qu’Il ne veut ni se hausser, ni se magnifier, ni se faire connaître : voici alors qu’un ange L’annonce et que la multitude de l’armée céleste Le loue (Lc 2, 13). Par conséquent, toi qui veux suivre le Christ, cache le trésor que tu as trouvé (Mt13, 44). Aime à passer inaperçu; que la bouche d’un autre s’occupe de ton renom, que la tienne garde le silence (Prv 27, 2)» (Nat. III, 2).

Enfin, approchons-nous encore et voyons le lieu dans lequel Notre Seigneur a voulu naître :

«Pourquoi donc choisi-t’Il une étable ? -pour désapprouver, bien sûr, la gloire du monde, pour condamner la vanité de ce siècle » (Nat. III, 2).

Si nous pénétrons plus avant dans cette étable, nous voyons l’Enfant-Dieu entouré de Marie et de Joseph (Lc 2, 12) qui représentent deux vertus à pratiquer :

«De même que la petite enfance du Sauveur manifeste l’humilité, de même la continence est mise en valeur par la Vierge, et la justice par Joseph, que l’Évangile, non sans raison, qualifie d’homme juste (Mt 1, 19) en faisant son éloge (cf. 2 Cor 8, 18)» (Nat. IV, 2).

Nous y voyons encore les bergers invités par les anges eux-mêmes, bergers qui représentent l’esprit de pauvreté, le labeur à la sanctification et la vigilance sur nos actes :

«C’est en effet aux bergers qui veillaient et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit qu’est proclamée la joie de la lumière nouvelle; c’est à eux que la naissance du Sauveur est annoncée (Lc 2, 12)» (Nat. V, 5).

Ainsi donc, en ces saints jours de Noël, aimons à nous pencher sur la crèche par la méditation quotidienne de ce mystère de la miséricorde divine qui a employé un moyen si admirable pour opérer notre salut. Pourrons-nous jamais considérer toute la portée de ces paroles du prologue de l’évangile de saint Jean : «Et le Verbe était Dieu… Et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous… Et nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce.» ? Qu’il nous soit permis, pour finir, de citer une dernière fois le saint abbé de Clairvaux à la parole si douce et si forte :

«Oui, vraiment, frères, le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous (Io 1, 14). Alors qu’Il demeurait au commencement près de Dieu (Io 1, 2), Il habitait la lumière inaccessible et personne ne pouvait Le saisir (1 Tim 6, 16). Qui, en effet, a connu la pensée du Seigneur, ou qui fut son conseiller (Rom 11, 34) ? L’homme charnel ne percevra jamais ce qui relève de l’Esprit de Dieu (1 Cor 2, 14); mais, désormais, que l’homme même charnel le saisisse, car le Verbe s’est fait chair. Si l’homme ne sait rien entendre, sauf ce qui est chair, et bien, voici que le Verbe s’est fait chair : que l’homme au moins l’écoute dans la chair. Ô homme, dans la chair, la Sagesse se montre à toi. Autrefois cachée, voici que désormais elle pénètre les sens mêmes de ta chair. C’est charnellement, pour ainsi dire, qu’il t’est proclamé : “fuis la jouissance, car la mort est placée au seuil du plaisir (Regula Sancti Benedicti, VII, 24); fais pénitence, car c’est par cette dernière que le Royaume approche (cf. Mt 3, 2)”» (Nat. III, 3).

«Oui, à moi toutes ces réalités : c’est pour moi qu’elles sont survenues, c’est à moi qu’elles sont offertes, à moi qu’elles sont proposées comme un modèle à imiter » (Nat. III, 1).

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Annonce

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La Punchline de Saint Anselme

Dieu est le Père des choses créées ; Marie est la mère des choses recréées.

Sermon

Extraits de la Bulle « Ineffabilis Deus » du Pape Pie IX (8 décembre 1954)

Marie fut toujours sans aucune tache.

Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute‑puissante, dont la sagesse atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain ; et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d’accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l’incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l’homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le second. Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes, et l’enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu’elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au‑dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur.

Raison de ce privilège : la maternité divine.

Et certes, il convenait bien qu’il en fût ainsi, il convenait qu’elle resplendît toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite, qu’elle fût entièrement préservée, même de la tache du péché originel, et qu’elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l’ancien serpent, cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, Celui qu’il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu’il aime comme lui‑même, et de le lui donner de telle manière qu’il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui‑même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint‑Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.

L’Immaculée Conception est une vérité révélée.

Cette innocence originelle de l’auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l’Église catholique qui, toujours enseignée par l’Esprit‑Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l’a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l’exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n’a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C’est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l’esprit des fidèles, et propagée d’une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l’Église elle‑même a manifesté son sentiment d’une manière si significative, lorsqu’elle n’a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l’Église ne célèbre de fêtes qu’en l’honneur de ce qui est saint. C’est pour la même raison, qu’empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Écritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge ; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l’Incarnation de la Sagesse divine.

L’enseignement ordinaire de l’Église sur l’Immaculée Conception.

Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez quel zèle l’Église romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, a montré pour cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge ; toutefois, il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de l’autorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu’elle est le centre de la vérité et de l’unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, et celle dont il faut que toutes les autres Églises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Église romaine n’a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l’Immaculée Conception : c’est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d’actes importants des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des apôtres, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ lui‑même a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l’Église universelle.

L’enseignement ordinaire de l’Église par le culte liturgique.

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d’instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l’Église romaine, et d’en relever l’importance et la dignité par un office propre et par une messe propre où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l’Immaculée Conception ; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l’honneur de l’Immaculée Conception ; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l’Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s’engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l’Église avec la même solennité que la fête de la Nativité ; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l’Église universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

L’enseignement doctrinal de l’Église.

Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que l’un ne peut avoir de consistance et de durée si l’autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs, en même temps qu’ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l’objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c’était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l’Église, l’opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n’était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l’Église honorait. Ils n’ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, prétendaient qu’à la vérité c’était bien la Conception qu’on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception. Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu’il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d’une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII (Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661), l’un de Nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l’Église : « C’est assurément, dit‑il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l’abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception. »

Mais surtout Nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n’ont jamais souffert que cette doctrine fût l’objet d’un blâme ou d’une censure quelconque ; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d’accord avec le culte de l’Église, et qu’on la considérait à bon droit comme telle ; que c’était l’ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l’Église romaine s’était chargée elle‑même de la favoriser et de la défendre ; enfin, qu’elle était tout à fait digne d’avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l’abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l’opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.

La tradition des Anciens et des Pères.

Cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l’Église ; l’Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l’a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d’une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique ; mais, de tout temps, elle l’a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d’une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l’Église d’Orient et de l’Église d’Occident, les plus vénérables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Église de Jésus‑Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée.

L’antithèse de la première et de la seconde Ève.

Les Pères ont exprimé, aussi unanimement qu’éloquemment, que la très glorieuse Vierge, Celle en qui le Tout‑Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d’une telle effusion de tous les dons célestes, d’une telle plénitude de grâces, d’un tel éclat de sainteté, qu’elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef‑d’œuvre de tous les miracles ; qu’elle a été la digne Mère de Dieu, qu’elle s’est approchée de Dieu même autant qu’il est permis à la nature créée, et qu’ainsi elle est au‑dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes. C’est aussi pour cela, qu’afin d’établir l’innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l’ont très souvent comparée avec Eve encore vierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu’elle eût été trompée par le piège mortel de l’astucieux serpent, mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.

Tout cela est plus clair que le jour ; cependant, comme si ce n’était point assez, les Pères ont, en propres termes et d’une manière expresse, déclaré que, lorsqu’il s’agit de péché, il ne doit pas en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie parce qu’elle a reçu plus de grâce, afin qu’en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts. Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu’elle avait vivifié sa postérité ; que le Très-Haut l’avait choisie et se l’était réservée dès le commencement des siècles ; que Dieu l’avait prédite et annoncée quand il dit au serpent : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme » (Gn 3, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent ; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l’âme, et de l’intelligence ; qu’elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu’unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n’avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu’elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

Définition dogmatique de l’Immaculée Conception.

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que condamnés par leur propre jugement ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église ; et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s’ils osent exprimer ce qu’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.

Résultats espérés.

En vérité, Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l’allégresse ; et Nous rendons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de Notre part, d’offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde ; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l’honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante de l’univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation ; la gloire la plus belle, l’ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Église ; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l’Église catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu’elle règne d’une mer à l’autre et depuis les rives du fleuve jusqu’aux extrémités du monde ; qu’elle jouisse d’une paix entière, d’une parfaite tranquillité et liberté ; que les coupables obtiennent leur pardon les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours ; que tous ceux qui sont dans l’erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu’il n’y ait plus qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur.

Que les enfants de l’Église catholique, Nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu’animés chaque jour d’une piété, d’une vénération, d’un amour plus ardents, ils continuent d’honorer, d’invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle ; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même l’affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des  saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficacement par toute la puissance des prières maternelles, et trouve ce qu’elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.

Promulgation.

Enfin, pour que cette définition dogmatique par Nous prononcée touchant l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l’Église universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu’il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de Notre déclaration, décision et définition ou bien d’y porter atteinte et de s’y opposer. Que si quelqu’un avait la hardiesse de l’entreprendre, qu’il sache qu’il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année mil huit cent cinquante quatrième de l’Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l’an 1854, de Notre pontificat le neuvième.

Prières

Oratio

Deus, qui per immaculátam Vírginis Conceptiónem dignum Fílio tuo habitáculum præparásti : quæsumus ; ut, qui ex morte eiúsdem Filii tui prævísa eam ab omni labe præservásti, nos quoque mundos eius intercessióne ad te perveníre concédas. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, nous vous en supplions, vous qui, en prévision de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, accordez-nous, par son intercession, d’être purifiés et de parvenir jusqu’à vous.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie, à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous. Ainsi soit-il.

Prière d’Eadmer de Canterbury (vers 1060-1124)

Ô vous, bienheureuse entre toutes les femmes ! Car Dieu a voulu faire de vous sa mère, et parce qu’il l’a voulu, il l’a fait. Que dis-je ? Il a fait de vous sa mère, lui le créateur, le maître et le souverain de toutes choses, lui l’auteur et le seigneur de tous les êtres non seulement intelligibles mais de ceux qui dépassent toute intelligence. Il vous a faite, ô Notre Dame, sa mère unique et par là il vous a constituée en même temps la maîtresse et l’impératrice de l’univers. Vous êtes donc devenue la souveraine et la reine des cieux, des terres et des mers, de tous les éléments et de tout ce qu’ils contiennent, et c’est pour être tout cela qu’il vous formait par l’opération du Saint-Esprit dans le sein de votre mère dès le premier instant de votre conception. Il en est ainsi, ô bonne Dame, et nous nous réjouissons qu’il en soit ainsi.

Prière de Saint Anselme de Canterbury (1033-1109)

Ô Vierge d’un mérite incomparable et qui n’avez jamais eu de modèle, Vierge sans seconde, Vierge Mère, le seigneur s’est lui-même fait le gardien de la virginité de votre corps et de la virginité de votre âme, afin de pouvoir dignement revêtir en votre sein cette chair qui est le prix de notre rédemption. Je vous en supplie, ô très Miséricordieuse, et grâce à qui, après Dieu, le monde tout entier a été sauvé, intercédez pour moi qui suis tout couvert de la boue du péché et souillé de toutes les iniquités, afin que Dieu accorde à cette âme toute misérable l’amour de la pureté et la passion de la chasteté. Malheureux que je suis, j’ai perdu la grâce de l’innocence et celle de la sainteté ; j’ai violé en moi-même la majesté du temple de Dieu. Mais que fais-je ? Ne voilà-t-il pas que je raconte mes impuretés à la plus immaculée de toutes les oreilles. J’ai horreur de moi, ô ma Dame. Ma conscience m’accuse. Je sens, comme Adam, ma nudité mauvaise. Je me vois mourir. À qui donc irai-je montrer la blessure de mon âme, exposer ma douleur, dire mes larmes ? Et comment pourrai-je recouvrer la santé s’il ne m’est plus permis d’entrer dans ce lieu de repos de la miséricorde éternelle ? Dame, ayez pitié de moi ; ayez pitié de ce citoyen de votre royaume qui s’est banni lui-même de votre domaine céleste, et qui, après un long exil, après de longs soupirs, après de cruelles déceptions et des tortures sans nombre, revient enfin à sa consolatrice et à sa Mère.

Je me rappelle ici, et ce souvenir m’est bien doux, que pour encourager tous les pécheurs à s’adresser à votre incomparable patronage, vous avez bien voulu révéler votre nom délicieusement mémorable à un de vos serviteurs qui allait mourir. Comme il était dans les affres de l’agonie, vous lui êtes apparue : « me reconnais-tu ? » et il vous a répondu tout tremblant : « non, Dame, je ne vous reconnais point ». Alors avec quelle bonté, avec quelle tendresse, avec quelle familiarité, vous lui avez dit : « je suis la Mère de miséricorde ». Non, non, il n’y a personne qui puisse recevoir la confidence de nos misères, de nos calamités et de nos larmes ; il n’y a que vous, ô Marie, qui êtes vraiment, qui êtes indubitablement la Mère de miséricorde. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée, Mère d’amour, Mère de pardon, Mère de bonté, ouvrez votre cœur si aimant, et accueillez dans ce cœur le malheureux qui est mort en son péché. Et ce malheureux, c’est moi.

Voici l’enfant prodigue qui revient : il est nu, il a les pieds broyés, il arrive d’un lieu horrible, il sort d’une obscurité immonde et infecte. Et il soupire et il crie, et il appelle sa Mère : car il se souvient que vous l’avez bien des fois couvert quand il était nu, réchauffé quand il avait froid, et excusé auprès de son père. Quel père et comme il est bon ! Quelle Mère et comme elle est douce ! Reconnaissez donc en nous ces enfants que votre fils unique, Jésus, n’a pas rougi d’appeler ses frères. Vous avez senti le glaive percer votre cœur à la vue de votre Fils très innocent qu’on avait mis en croix : comment ne pourriez vous pas pleurer sur vos fils adoptifs, qui, comme moi, sont morts dans leur péché ? Comment pourriez-vous, à leur vue, contenir vos sanglots et vos gémissements maternels ? Nous sommes entrainés par l’ennemi, arrachés à notre patrie et jetés en captivité. Et il n’y a personne pour nous délivrer, personne pour nous racheter, personne enfin qui se lève un matin et consente à se faire caution pour nous !

Levez-vous, ô Vierge ; levez-vous, Miséricordieuse. Entrez dans le sanctuaire céleste où Dieu écoute les prières, et restez là, vos mains étendues, vos mains qui sont immaculées, devant cet autel d’or où se fera la réconciliation de Dieu et de l’homme. Et vous nous obtiendrez aisément tout ce que nous osons demander par votre intercession. Et les crimes qui nous remplissent de crainte seront, grâce à vous, pardonnés. Est-ce qu’il pourrait vous laisser longtemps à ses pieds, priant pour nous, celui que, douce Mère, vous avez si souvent consolé, alors qu’il était un petit enfant vagissant. Et qui mériterait d’apaiser la colère de ce juge, si ce n’est celle qui a mérité d’être sa Mère ? N’hésitez donc pas, ô ma Dame.

Ce Dieu que vous allez prier, c’est mon salut et ma gloire, c’est aussi ma chair, c’est notre tête à tous. Il nous connait ; il connait bien son œuvre. Honneur des Vierges, souveraine des nations, reine des anges, fontaine des jardins fermés, virginité sans tâches, ô Marie, tendez la main à un malheureux qui se voit perdu. Il n’a pas l’audace d’espérer encore la robe des anges. Mais, du moins, qu’il reçoive de vous une robe nuptiale, pour s’asseoir au banquet du ciel, ne fût-ce qu’à la dernière place. Enfin, si je ne mérite point, et par là même que je ne mérite pas de m’approcher plus près de ces chœurs odorants et fleuris qui chantent votre gloire là-haut, faites du moins que, de loin, de bien loin, je mérite de voir et d’entendre ces processions et ces concerts du paradis, et tout ce qu’il y aura dans le ciel de joie, de triomphe et de gloire quand nous vous verrons suivre l’agneau partout où il va.

Vierge d’un mérite incomparable, Vierge souverainement et perpétuellement virginale, la seule des Vierges qui ait été Mère, me voici arrivé à la fin de cette prière, de cette misérable supplication. Et je n’ai à vous demander qu’une seule chose au nom de votre Fils : c’est le souvenir perpétuel, le souvenir toujours présent de votre nom si suave. Que ce soit la nourriture très douce de mon âme. Que ce nom soit présent dans tous mes périls, dans toutes mes angoisses, et qu’il soit le principe de toutes mes joies. Si j’obtiens ce don de Dieu et de vous, je ne crains plus l’éternelle mort. Votre protection et votre grâce ne me quitteront plus jamais. Et quand bien même, je serais plongé au fond de l’enfer, vous m’y viendriez chercher, vous m’en arracheriez et me rendriez victorieusement à votre Fils qui m’a racheté et lavé de son sang, à ce Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne éternellement Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Alma Redemptoris Mater quæ pervia caeli Porta manes, et stella maris succurre cadenti suggere qui curat populum, tu quæ genuisti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem ; Virgo prius, tu posterius Gabrihelis ab ore sumens illud ave, peccatorum miserere.
Ã. Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte, Étoile de la mer, venez au secours de ceux qui chancellent, soyez leur soutien, vous qui prenez soin du peuple. Vous avez enfanté, devant la nature émerveillée, Celui qui vous a créée. Vierge avant, vous l’êtes encore après, en ayant reçu cet « ave » de la bouche de Gabriel : ayez pitié de nous, pécheurs.

Antienne grégorienne “Alma Redemptoris Mater”

Antienne Alma Redemptoris Mater

Ã. Super te Hierusalem orietur Dominus, et gloria eius in te videbitur.

Ã. Sur toi, Jérusalem, se lèvera le Seigneur, et sa gloire en toi se verra.

Antienne grégorienne “Super te Hierusalem”

Antienne Super te Hierusalem

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

Samedi 2 mai (Confinement J47) : Saint Athanase

La Punchline de Saint Athanase

Pour obtenir la vie éternelle, en plus de la vraie Foi, il faut avoir une vie bonne, une âme pure, et la vertu selon le Christ.

Saint Athanase, Évêque et Docteur de l’Église (ca295-373)

Nous sommes en présence d’un héros de la foi, né vers 295. Sans doute il ne fut pas martyr, mais sa vie fut un martyre au vrai sens du mot. Athanase le Grand, le père de l’orthodoxie (de la vraie foi), mena le combat de l’Église contre l’arianisme — une hérésie qui niait la divinité du Christ. Jeune diacre, il avait déjà été, au Concile de Nicée (325), le « plus intrépide champion contre les Ariens et le principal soutien de la foi de l’Église ». À la mort de son évêque (328), « tout le peuple de l’Église catholique se réunit comme un corps et une âme et cria, à mainte reprise, qu’Athanase devait être évêque. C’était d’ailleurs le désir de l’évêque Alexandre, à son lit de mort. Tout le monde appelait Athanase un homme vertueux et saint, un chrétien, un ascète, un véritable évêque » ; Ce fut alors un combat de 50 ans. Sous cinq empereurs différents, le saint évêque fut exilé cinq fois. Au prix de ces épreuves incessantes, il rendit témoignage à la vérité de la foi catholique. Jamais son attachement à l’Église ne fut ébranlé ; jamais son courage ne faiblit. Au milieu des horribles calomnies et des terribles persécutions dont il était l’objet, il trouva sa principale consolation dans l’amour indéfectible du peuple catholique. Mais la haine des Ariens était implacable. Pour échapper à leur rage et au péril continuel de mort, il dut se cacher pendant cinq ans dans une citerne desséchée. Seul un ami fidèle connaissait sa retraite et lui apportait de la nourriture. Mais quand il fuyait devant ses persécuteurs, Dieu le protégeait visiblement. Un jour que les satellites de l’empereur le poursuivaient pour le tuer, il tourna son bateau, lui fit remonter le courant et alla ainsi à la rencontre de ceux qui le poursuivaient. Les soldats lui demandèrent si Athanase était loin. Il répondit bravement : « Il n’est pas loin d’ici ». Les soldats continuèrent la poursuite dans le sens opposé et le saint gagna du temps pour se mettre en sûreté. Il échappa ainsi à plusieurs dangers par la protection divine. Il mourut enfin à Alexandrie, dans son lit, sous le règne de l’empereur Valens (373). Saint Athanase laissa plusieurs écrits remarquables tant pour l’édification des fidèles que pour la défense de la foi catholique. Il avait gouverné l’Église d’Alexandrie pendant 46 ans. —  Tombeau : Actuellement dans l’église de Sainte-Croix, à Venise. Image : On le représente en évêque grec, avec un livre à la main.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’Année liturgique

Sur la question des rapports entre Saint Athanase et le Pape Libère lors de la crise arienne, on lira avec profit cet article de la revue Sodalitium.

Commentaire de l’épître du jour (2 Cor 4, 5-15) par dom Paul Delatte

​Non, dit saint Paul, je ne me prêche pas moi-même ; je ne sais rien que Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne parle que de lui : je ne suis, moi, et les apôtres ne sont que vos serviteurs pour vous conduire à lui (cf. 1 Cor 3, 22-23). Nous ne sommes personnellement que ténèbres et n’avons rien de nous-mêmes; mais le même Dieu qui, au jour de la création, a fait des ténèbres jaillir la lumière, s’est révélé dans nos cœurs afin de répandre partout la connaissance de la gloire de Dieu, qui resplendit toute sur la face du Christ. Moïse ne possède qu’un reflet lointain, le Christ est toute la gloire de Dieu. Et comme Dieu s’est versé dans le Christ, c’est dans l’âme et l’intelligence des apôtres que le Seigneur a d’abord formé son Église ; c’est à eux qu’a été primitivement confié le trésor de la foi et de la sanctification.

Il n’y a pas de grand homme, a-t-on dit, ou équivalemment, pour ceux qui vivent très près de lui ; on admire peu ceux qu’on coudoie. La dignité apostolique était éminente, sans doute ; mais la personne extérieure de celui qui en était revêtu, était humainement si peu en harmonie avec cette dignité. « Un homme de trois coudées, dit saint Jean Chrysostome, sans apparence, avec des yeux brûlés par la fièvre, une parole sans art, une phrase sans éclat, et pour couronner le tout, des inimitiés acharnées contre lui : quel prédicateur pour tant de nations ! » Mais voici que l’Apôtre se réjouit de tous ces désavantages humains. Cette éminence de la vocation apostolique, dit-il, nous la portons dans des vases fragiles et sans beauté : c’est afin que la grandeur de l’œuvre soit toute attribuée à Dieu, et non à la faiblesse de l’instrument.

Seuls les effets naturels requièrent des causes visibles qui leur soient proportionnées. Mais plus l’Apôtre est chétif, plus l’action de Dieu se manifeste en lui. Aussi que nul ne se scandalise, ni de notre petitesse, ni des épreuves qui sembleraient devoir nous accabler : toujours traqués, jamais écrasés, toujours inquiétés, jamais abandonnés, toujours poursuivis par les hommes, jamais oubliés de Dieu, toujours frappés, jamais abattus, communiant dans notre corps à la souffrance du Seigneur, afin que sa vie se manifeste aussi en nous. L’Apôtre est ainsi un motif de crédibilité vivant, une traduction du Seigneur. Là est le motif, le sens, et aussi l’efficacité de sa souffrance. Sa vie est un problème, car sans cesse il est livré à la mort pour le Seigneur ; mais c’est afin que la vie du Seigneur éclate en sa chair mortelle, et de là se répande en tous les fidèles. Celui qui dira un jour aux Colossiens qu’il achève en son corps les souffrances du Seigneur, dans l’intérêt de l’Église ; le disciple de celui qui nous a enseigné que le grain de blé demeure infécond s’il ne consent à mourir, nous révèle ici le dessein de ses souffrances, en même temps qu’il défend les fidèles contre le scandale qu’ils en pourraient concevoir. Il ne souffre et n’est livré à la mort, dans la pensée de Dieu, que pour que les Corinthiens vivent et recueillent le bénéfice surnaturel de ses souffrances : comment y pourraient-ils trouver un sujet d’étonnement et de scandale ?

La vie de l’Apôtre n’est donc aucunement guidée par des vues humaines, mais seulement par ce même esprit de foi auquel obéissait le Psalmiste lorsqu’il disait : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ». Nous aussi, Paul, Timothée, Tite, nous croyons ; et c’est pour cela, dans le seul esprit de foi, que nous parlons, passant outre à la souffrance, puisque cette souffrance vous est utile, et sachant bien d’ailleurs que le père céleste, qui a éveillé le Seigneur Jésus d’entre les morts, nous accordera la même indemnité, nous ressuscitera avec lui et nous réunira à vous. Alors tout est bien, et la douleur même est un bienfait si elle doit vous servir. Toute la théorie de la souffrance apostolique et chrétienne est renfermée dans ces courageuses paroles. Comment la souffrance elle-même ne serait-elle pas aimée lorsque les Corinthiens, lorsque Dieu, lorsque l’Apôtre lui-même y trouvent ensemble leur avantage: les Corinthiens, puisqu’ils puisent la vie aux épreuves mêmes de l’Apôtre et que tout est pour eux ; Dieu, puisqu’il recueille gloire et honneur de cette abondance de vie surnaturelle déversée sur les Corinthiens reconnaissants ; et l’Apôtre lui-même, par l’accroissement de la récompense espérée ?

Prières

Prières de Saint Athanase à la Très Sainte Vierge Marie

Ô très heureuse Fille de David et d’Abraham, écoutez nos prières et rendez-vous favorable à nos demandes, et n’oubliez pas votre peuple : car il est de notre devoir de vous reconnaître et de vous appeler notre Mère, notre Dame et notre souveraine Princesse ; parce que de vous est né Celui que nous adorons pour notre Dieu et notre souverain Seigneur. Nous recourons à vous, à ce qu’il vous plaise de vous souvenir de nous, ô Très Sainte Vierge, qui êtes toujours restée très parfaitement Vierge, même après votre divin Enfantement. Et puisque vous êtes pleine de grâce, faites-nous part avec largesse de ces trésors immenses que vous possédez en considération de ces chétives louanges que nous tachons de vous donner. C’est un archange qui a dressé le premier panégyrique de vos louanges, et qui vous a porté cet honorable salut, disant : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; et toutes les hiérarchies des anges vous bénissent et vous déclarent Bienheureuse, et disent que vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le Fruit de votre ventre ». C’est de ces hiérarchies célestes que nous, qui vivons sur terre, avons appris à vous louer et exalter ; c’est de ces bienheureux esprits que nous empruntons ces paroles : « Soyez à jamais bénie, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; intercédez pour nous, ô très chère Maîtresse ! Notre Dame, notre Reine et la très digne Mère de notre Dieu, d’autant que vous avez pris naissance parmi nous, et que Celui qui s’est revêtu de notre faible nature en vos chastes entrailles est notre vrai Dieu, auquel est dû toute Gloire, Louange et Honneur. Ainsi soit-il.

Ô Très Sainte Vierge, écoutez nos prières, distribuez-nous les dons de vos tendresses, et donnez-nous part à l’abondance des grâces dont vous êtes remplie ! L’archange vous salue et vous appelle pleine de grâce : toutes les nations vous nomment Bienheureuse ; toutes les célestes hiérarchies vous bénissent, et nous qui sommes relégués dans la sphère terrestre, nous vous disons aussi : « Salut, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; priez pour nous, ô Mère de Dieu ! Notre puissante Reine et notre auguste Souveraine ». Ainsi soit-il.

Oratio

Exáudi, quǽsumus, Dómine, preces nostras, quas in beáti Athanásii Confessóris tui atque Pontíficis sollemnitáte deférimus : et, qui tibi digne méruit famulári, eius intercedéntibus méritis, ab ómnibus nos absólve peccátis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Athanase, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Athanasi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Athanase, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Le mot de Saint Bernardin de Sienne

Si vous considérez saint Joseph par rapport à toute l’Église du Christ, n’est-il point cet homme choisi et doué d’une prérogative unique, sous la garde duquel le Christ a été placé à son entrée dans le monde, et dont Dieu s’est servi pour sauvegarder l’ordre et l’honneur de cette naissance divine ? Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c’est par Marie qu’elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph.

Encyclique «Quamquam pluries » (15 août 1889) du Pape Léon XIII (1810-1903)

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Invitation à la prière

Bien que, plusieurs fois déjà, Nous ayons ordonné que des prières spéciales fussent faites dans le monde entier, et que les intérêts catholiques fussent avec plus d’instances recommandés à Dieu, personne, néanmoins, ne s’étonnera que Nous jugions opportun, au temps présent, d’inculquer de nouveau ce même devoir.

Aux époques de difficultés et d’épreuves, surtout lorsque la licence de tout oser pour la ruine de la religion chrétienne semble laissée à la puissance des ténèbres, l’Eglise a toujours eu la coutume d’implorer avec plus de ferveur et de persévérance Dieu, son auteur et son défenseur, en recourant aussi à l’intercession des saints – et principalement de l’auguste Vierge, Mère de Dieu, dont le patronage lui paraît devoir être le plus efficace. Le fruit de ces pieuses supplications et de la confiance mise dans la bonté divine apparaît tôt ou tard.

Or, Vous connaissez les temps où nous vivons, Vénérables Frères ; ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de calamités. Nous voyons s’éteindre dans un grand nombre d’âmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi ; la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l’Église de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l’astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le Souverain Pontificat ; les fondements mêmes de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. À quel degré on en est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c’est trop connu pour qu’il soit besoin de le dire. Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants, et le seul recours est de solliciter de la puissance divine la guérison.

C’est pourquoi Nous avons jugé devoir Nous adresser à la piété du peuple chrétien pour l’exciter à implorer avec plus de zèle et de constance le secours de Dieu tout-puissant. À l’approche donc du mois d’octobre, que Nous avons précédemment prescrit de consacrer à la Vierge Marie sous le titre de Notre-Dame du Rosaire, Nous exhortons vivement les fidèles à accomplir les exercices de ce mois avec le plus de religion, de piété et d’assiduité possible. [Nous entrons aujourd’hui dans le mois de mai spécialement consacré à la dévotion envers Notre-Dame]

La dévotion à la Vierge

Nous savons qu’un refuge est prêt dans la bonté maternelle de la Vierge, et Nous avons la certitude de ne point placer vainement en elle Nos espérances. Si cent fois elle a manifesté son assistance dans les époques critiques du monde chrétien, pourquoi douter qu’elle ne renouvelle les exemples de sa puissance et de sa faveur, si d’humbles et constantes prières lui sont partout adressées ? Bien plus, Nous croyons que son intervention sera d’autant plus merveilleuse qu’elle aura voulu se laisser implorer plus longtemps.

La dévotion à saint Joseph

Mais Nous avons un autre dessein que, selon Votre coutume, Vénérables Frères, Vous seconderez avec zèle. Afin que Dieu se montre plus favorable à Nos prières et que, les intercesseurs étant nombreux, il vienne plus promptement et plus largement au secours de son Église, Nous jugeons très utile que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge, Mère de Dieu, son très chaste Époux, le bienheureux Joseph : ce que Nous estimons de science certaine être, pour la Vierge elle-même, désiré et agréable.

Au sujet de cette dévotion, dont nous parlons publiquement pour la première fois aujourd’hui, Nous savons sans doute que, non seulement le peuple y est incliné, mais qu’elle est déjà établie et en progrès. Nous avons vu, en effet, le culte de saint Joseph que, dans les siècles passés, les Pontifes Romains s’étaient appliqués à développer peu à peu et à propager, croître et se répandre à notre époque, surtout après que Pie IX, d’heureuse mémoire, Notre prédécesseur, eut proclamé, sur la demande d’un grand nombre d’évêques, le très saint patriarche patron de l’Église catholique. Toutefois, comme il est d’une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s’enracine dans les mœurs et dans les institutions catholiques, Nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par Notre parole et par Notre autorité.

Les motifs qui font de Joseph le patron de l’Église

Les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église et qui font que l’Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage, sont que Joseph fut l’époux de Marie et qu’il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire.

Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la Bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il n’ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la société et l’union de toutes la plus intime, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.

Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu’il lui obéissait et qu’il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.

De cette double dignité découlaient d’elles-mêmes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. Il s’appliqua à protéger avec un souverain amour et une sollicitude quotidienne son Épouse et le divin Enfant ; il gagna régulièrement par son travail ce qui était nécessaire à l’un et à l’autre pour la nourriture et le vêtement ; il préserva de la mort l’Enfant menacé par la jalousie d’un roi, en lui procurant un refuge ; dans les incommodités des voyages et les amertumes de l’exil, il fut constamment le compagnon, l’aide et le soutien de la Vierge et de Jésus.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Eglise naissante. De même que la Très Sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens qu’elle a enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des souffrances suprêmes du Rédempteur ; Jésus-Christ aussi est comme le premier-né des chrétiens, qui, par l’adoption et la rédemption, sont ses frères.

Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l’Eglise, c’est-à-dire cette immense famille répandue par toute la terre, sur laquelle, parce qu’il est l’époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle. Il est donc naturel et très digne du bienheureux Joseph que, de même qu’il subvenait autrefois à tous les besoins de la famille de Nazareth et l’entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende l’Église de Jésus-Christ.

Vous comprenez facilement, Vénérables Frères, que ces considérations sont confirmées par l’opinion qu’un grand nombre de Pères de l’Église ont admise et à laquelle acquiesce la sainte liturgie elle-même, que ce Joseph des temps anciens, fils du patriarche Jacob, fut la figure du nôtre, et, par son éclat, témoigna de la grandeur du futur gardien de la divine famille.

Et, en effet, outre que le même nom, point dénué de signification, fut donné à l’un et à l’autre, vous connaissez parfaitement les similitudes évidentes qui existent entre eux : celle-ci d’abord, que le premier Joseph obtint la faveur et la particulière bienveillance de son maître, et que, étant préposé par lui à l’administration de sa maison, il arriva que la prospérité et l’abondance affluèrent, grâce à Joseph, dans la maison du maître ; celle-ci ensuite, plus importante, que, par l’ordre du roi, il présida avec une grande puissance au royaume, et en un temps où la disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Égyptiens et de leurs voisins, que le roi décréta qu’on l’appellerait le Sauveur du monde.

C’est ainsi que, dans cet ancien patriarche, il est permis de reconnaître la figure du nouveau. De même que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l’Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre.

 

Il existe des raisons pour que les hommes de toute condition et de tout pays se recommandent et se confient à la foi et à la garde du bienheureux Joseph.

Les pères de famille trouvent en Joseph la plus belle personnification de la vigilance et de la sollicitude paternelle ; les époux, un parfait exemple d’amour, d’accord et de fidélité conjugale, les vierges ont en lui, en même temps que le modèle, le protecteur de l’intégrité virginale. Que les nobles de naissance apprennent de Joseph à garder, même dans l’infortune, leur dignité ; que les riches comprennent par ses leçons, quels sont les biens qu’il faut désirer et acquérir au prix de tous ses efforts.

Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à recourir à Joseph et à se proposer son imitation. Joseph, en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus grande et à la plus sainte des femmes, regardé comme le père du Fils de Dieu, passe néanmoins sa vie à travailler et demande à son labeur d’artisan tout ce qui est nécessaire à l’entretien de sa famille.

Il est donc vrai que la condition des humbles n’a rien d’abject, et non seulement le travail de l’ouvrier n’est pas déshonorant, mais il peut, si la vertu vient s’y joindre, être grandement ennobli. Joseph, content du peu qu’il possédait, supporta les difficultés inhérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur d’âme, à l’imitation de son Fils qui, après avoir accepté la forme d’esclave, lui, le Seigneur de toutes choses, s’assujettit volontairement à l’indigence et au manque de tout.

Au moyen de ces considérations, les pauvres et tout ceux qui vivent du travail de leurs mains doivent relever leur courage et penser juste. S’ils ont le droit de sortir de la pauvreté et d’acquérir une meilleure situation par des moyens légitimes, la raison et la justice leur défendent de renverser l’ordre établi par la Providence de Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives par voie de sédition et de violence sont des moyens insensés, qui aggravent la plupart du temps les maux pour la suppression desquels on les entreprend. Que les pauvres, donc, s’ils veulent être sages, ne se fient pas aux promesses des hommes de désordre, mais à l’exemple et au patronage du bienheureux Joseph, et aussi à la maternelle charité de l’Eglise, qui prend chaque jour de plus en plus souci de leur sort.

Conclusion

C’est pourquoi nous promettant beaucoup de Votre autorité et de Votre zèle épiscopal, Vénérables Frères, et ne doutant pas que les pieux et bons fidèles ne fassent volontairement plus encore qu’il ne sera ordonné, Nous prescrivons que, pendant tout le mois d’octobre, à la récitation du Rosaire, au sujet duquel il a été précédemment statué, on ajoute une prière à saint Joseph, dont la formule vous sera transmise en même temps que cette Lettre ; il sera ainsi fait chaque année à perpétuité. A ceux qui réciteront dévotement cette prière, Nous accordons pour chaque fois une indulgence de sept ans et sept quarantaines.

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra pas être facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l’église principale de chaque lieu, un triduum de prières soit célébré.

Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n’est pas fête de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l’honneur de leur céleste patron, comme si c’était une fête de précepte.

En attendant, comme présage des dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérables Frères, à Votre clergé et à Votre peuple, la Bénédiction apostolique.

Prières

Prière du Pape Pie XII (1876-1958)

Ô glorieux Patriarche saint Joseph, humble et juste artisan de Nazareth, qui avez donné à tous les chrétiens, mais spécialement à nous, l’exemple d’une vie parfaite dans le travail constant et dans l’admirable union à Marie et à Jésus, assistez-nous dans notre tâche quotidienne, afin que, nous aussi, artisans catholiques, nous puissions trouver en elle le moyen efficace de glorifier le Seigneur, de nous sanctifier et d’être utiles à la société dans laquelle nous vivons, idéals suprêmes de toutes nos actions. Obtenez-nous du Seigneur, ô notre très aimé protecteur, humilité et simplicité de cœur, goût du travail et bienveillance envers ceux qui sont nos compagnons de labeur, conformité aux divines volontés dans les peines inévitables de cette vie et joie dans leur support, conscience de notre mission sociale particulière, et sentiment de notre responsabilité, esprit de discipline et de prière, docilité et respect à l’égard de nos supérieurs, fraternité envers les égaux, charité et indulgence pour nos subordonnés. Soyez avec nous dans nos moments de prospérité, quand tout nous invite à goûter honnêtement les fruits de nos fatigues ; mais soutenez-nous dans les heures de tristesse, alors que le ciel semble se fermer pour nous et que les instruments du travail eux-mêmes paraissent se rebeller dans nos mains. Faites que, à votre exemple, nous tenions les yeux fixés sur notre Mère Marie, votre très douce épouse, qui, dans un coin de votre modeste atelier, filait silencieusement, laissant errer sur ses lèvres le plus gracieux sourire ; faites aussi que nous n’éloignions pas notre regard de Jésus, qui peinait à votre établi de menuisier, afin que nous puissions ainsi mener sur terre une vie pacifique et sainte, prélude de celle éternellement heureuse qui nous attend dans le ciel, durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui ineffábili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quæsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis.

Oraison

Ô Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.

Prière des copistes et enlumineurs du haut Moyen-Age, sans doute d’origine anglaise

Apprenez-moi, Seigneur, à bien user du temps que vous me donnez pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprenez-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprenez-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprenez-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aidez-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aidez-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comblez vous-même les vides de mon œuvre, Seigneur!
Dans tout le labeur de mes mains laissez une grâce de vous pour parler aux autres, et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
Gardez en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur. Gardez-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.
Purifiez mon regard: quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.
Seigneur, ne me laissez jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a du labeur, et que tout labeur est vain sauf là où il y a amour, et que tout amour est vain qui ne me lie à moi-même, aux autres et à vous, Seigneur!
Enseignez-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.
Rappelez-moi que l’ouvrage de mes mains vous appartient et qu’il m’appartient de vous le rendre en le donnant ; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne ; que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir ; mais si je le fais pour l’amour du Bien, je demeurerai dans le Bien ; et le temps de faire bien et à votre Gloire, c’est tout de suite. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Antienne Ioseph fili David

Ã. Fili, quid fecísti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego doléntes quærebámus te, allelúia.

Ã. Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voici que votre père et moi, fort affligés, nous vous cherchions, alléluia.

Antienne grégorienne “Fili, quid fecisti”

Un vrai Pape peut-il faire de fausses canonisations ?

Un vrai Pape peut-il faire de fausses canonisations ?

Un vrai Pape peut-il faire de fausses canonisations ?

C’est ce que tentent de démontrer un certain nombre d’articles émanant de prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), à l’approche de la « canonisation » de Jean-Paul II.
Après avoir admis en théorie l’infaillibilité du Pape dans les canonisations (ce qui n’a pas toujours été le cas dans la FSSPX : voir la revue Sodalitium n°53 de juillet 2002, pp. 29-31), ces prêtres la nient dans la pratique par rapport aux « nouvelles canonisations » des « nouveaux papes ». Leurs arguments sont divers mais peuvent se résumer dans l’ajout indu de conditions subjectives aux notes de l’infaillibilité telles que définies par le Concile Vatican I : prudence, examen attentif, volonté subjective d’engager (ou non) son infaillibilité du côté du Pape.
Or cet ajout indu rend incertain l’exercice de l’infaillibilité non seulement par rapport aux derniers « papes », mais par rapport à tous les Papes de tous les temps chez lesquels on pourrait toujours remettre en question les intentions subjectives. Au contraire la doctrine catholique définie précisément par le Concile Vatican I est expliquée avec clarté par Mgr Gasser dans ces réponses aux objections des Gallicans contre le texte du Concile Vatican I :

« Le sujet de l’infaillibilité est le Romain Pontife, en tant que Pontife, ou bien en tant que personne publique en relation à l’Eglise universelle »… « Or, quelques Pères du Concile ne se contentent pas de ces conditions ; ils veulent encore introduire dans cette constitution dogmatique certaines conditions ultérieures qui, de différentes manières, se trouvent dans plusieurs traités de théologie et qui se rapportent à la bonne volonté et au zèle du Pape pour la recherche de la vérité ». Mgr Gasser répondit que peu importaient les motivations et les intentions du Pontife, qui regardaient sa conscience, mais que seul comptait le fait qu’il parlait à l’Eglise : « Notre-Seigneur Jésus-Christ (…) a voulu faire dépendre le charisme de la vérité de ses [du Pontife] rapports publics avec toute l’Eglise ; autrement, le don de l’Infaillibilité ne serait pas un moyen efficace pour le maintien et le rétablissement de l’unité chrétienne. C’est pourquoi il n’est pas à craindre que l’Eglise puisse jamais être induite en erreur par la mauvaise volonté ou par la négligence d’un Pape. La protection de Jésus-Christ et l’assistance promise à Pierre sont si puissantes, qu’elles empêcheraient le jugement du Pape s’il était erroné ou nuisible à l’Eglise, et que, si, de fait, le Pape rend un décret, ce décret sera infailliblement vrai ».

Les prêtres de la FSSPX tombent ainsi dans le subjectivisme qu’ils prétendent dénoncer, et rendent vain le dogme de l’Infaillibilité pontificale. Pourquoi ces arguties qui sentent le Gallicanisme (anti-infaillibiliste), le naturalisme (Autorité du Pape n’est rien de plus que les autorités naturelles comme celle du père de famille), et même le modernisme subjectiviste ? Tout simplement parce qu’ils refusent de tirer la conclusion qui découle inéluctablement de la Foi catholique : Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, Bergoglio, bien qu’occupant le siège de Pierre ne sont pas vraiment Papes, ce que confirme l’absence d’infaillibilité chez eux. Hélas, la FSSPX entraîne dans son sillage un grand nombre d’âmes qui finissent par ne plus croire dans le dogme de l’Infaillibilité et par ne plus avoir que du mépris pour la Papauté.
Donc si la « canonisation » de Jean-Paul II ne peut pas être valable c’est parce qu’elle n’émane pas d’un vrai Pape, et non pas parce qu’elle émanerait du « pape non-infaillible » inventé par la FSSPX.

Sur l’Infaillibilité pontificale et les positions de la FSSPX on lira avec profit les articles suivant de la revue Sodalitium (voir ici) :

Sodalitium n°33, octobre 1993 : Réflexions sur la position doctrinale de la FSSPX. pp. 49-52
Sodalitium n°40, janvier 1996 : L’infaillibilité de l’Eglise. pp. 36-56
Sodalitium n°43, avril 1997 : La règle de notre Foi. pp. 31-35 ; et Les erreurs de SI SI NO NO. pp. 35-58
Sodalitium n°47, décembre 1998 : Mgr Williamson contre le Concile Vatican…I ! pp. 48-64
Sodalitium n°50, juin-juillet 2000 : L’infaillibilité du Pape. pp. 36-41
Sodalitium n°52, janvier 2002 : L’Abbé Carandino et le témoignage de la Foi. pp. 35-40

Plus de détails dans le sermon suivant :

Sermon pour le 5ème dimanche après l'Epiphanie (9 février 2014) : Un vrai Pape peut-il faire de fausses canonisations?

Sur des sujets liés à cette question :

Sermon pour la fête de la Purification de Marie (2 février 2014) : Sur l'obéissance à l'Eglise

Sermon pour la solennité de l'Epiphanie (12 janvier 2014) : Sur la Foi

Sermon pour le 2ème dimanche après la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ (5 janvier 2014) : Sur l'infaillibilité de l'Eglise

Sermon pour le 1er dimanche après Pâques (1er mai 2011) : Foi catholique et foi de Jean-Paul II