17 novembre — Sainte Gertrude la Grande

17 novembre — Sainte Gertrude la Grande

17 novembre — Sainte Gertrude la Grande

La Punchline de Sainte Gertrude

Je ne demande à Jésus qu’une seule chose : que jamais ma volonté ne soit en désaccord avec la sienne.

Saints Bénédictins : Sainte Gertrude d’Helfta, Vierge

Nous sommes à Helfta, monastère fondé par les comtes de Mansfeld, non loin de Eisleben, qui doit être la patrie de Luther. L’abbaye compte parmi ses religieuses une jeune fille de vingt-cinq ans, qui est notre Gertrude. L’abbesse était Gertrude de Hackeborn, née en 1232, abbesse en 1251, morte en 1291. Notre sainte n’est donc pas et ne sera jamais l’abbesse de cette maison, comme une similitude de nom l’a fait croire à des critiques peu sagaces. Mais elle en est le charme et l’exemple, et, si nous osions prononcer ce mot en parlant de religieuses ferventes, elle en est l’orgueil : aucune ne sait comme elle saisir les enseignements de l’école du monastère, et elle a fait de rapides progrès dans l’étude des arts libéraux, telle qu’on la comprend à cette époque. N’oublions pas que la culture des lettres était en faveur dans les monastères allemands du moyen âge, et qu’elle était regardée comme une partie essentielle du patrimoine des deux Ordres bénédictins. Ajoutons aussi que Gertrude s’applique surtout à la lecture de la Sainte Écriture, qui n’était pas délaissée comme les protestants ont voulu le faire croire, et qu’elle ne néglige rien pour chanter l’office comme il convient. Il y a vingt ans qu’elle est au monastère; car elle y est entrée à l’âge de cinq ans (1261). Or, c’est en ce moment qu’elle est convertie (27 janvier 1281), d’une de ces conversions dont parlent les saints quand ils pleurent leur vie passée, et qu’ils chantent les miséricordes de Dieu. Souvenons-nous, pour nous en faire une idée, de la conversion de sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Parmi les désordres dont Gertrude s’accusait plus tard, il faut noter un goût exagéré pour l’étude des lettres et des sciences.

Mais Jésus-Christ voulait devenir son seul maître, et il donna tant de charme et de puissance à ses exhortations, que la sainte en fut complètement transformée. Comme Marie, sœur de Marthe, elle oublia tout pour se mettre à ses pieds, et elle s’appliqua toute à l’écouter dans le silence des puissances de son âme et dans une entière docilité. L’action de la grâce s’affirma de plus en plus efficace. Elle produisit d’abord dans le cœur de la religieuse une sorte de trouble, qui lui inspira le dégoût de tout ce qui est terrestre. Puis elle lui fit voir que ce cœur n’était pas assez purifié pour être une demeure digne du céleste Époux. Elle la remplissait en même temps de courage et de confiance. Jésus-Christ lui disait : « Ton salut viendra bientôt  : pourquoi t’attrister à ce point? N’as-tu pas un conseiller, un ami, qui peut apaiser tes douleurs toujours renaissantes? » Et il ajoutait : « Je te sauverai et te délivrerai : ne crains rien… Avec mes ennemis, tu as léché la terre, sucé le miel adhérent aux épines. Reviens enfin à moi, et je te ferai bon accueil, et je t’enivrerai du torrent des joies divines. »

Gertrude répondit à cet appel, et, pour récompenser sa bonne volonté, le Maître voulut lui témoigner d’une manière sensible qu’il prenait possession de son cœur. Écoutons la voyante, quand elle nous raconte ce qui lui arriva à cette occasion : « Un jour, — c’était entre la Résurrection et l’Ascension, avant prime —, je m’assis près de l’étang, et je me mis à considérer la beauté de ce lieu. Il me plaisait à cause de la limpidité de l’eau courante, de la verdeur des ombrages, des oiseaux, et particulièrement des colombes, qui s’y ébattaient en toute liberté, mais surtout pour la profonde quiétude que je goûtais dans ce lieu retiré. Je me demandai ce que je voudrais ajouter aux charmes de cet endroit pour que mon bonheur fût parfait, et je souhaitai qu’il y eût quelqu’un pour s’entretenir avec moi dans cette solitude. Et vous, mon Dieu, qui savez procurer des joies inestimables, et qui, j’en ai la confiance, aviez dès le principe dirigé le cours de mes pensées, vous avez fait aussi aboutir vers vous la fin de cette méditation, en m’inspirant la réflexion suivante: si, à la manière d’un cours d’eau, je faisais retourner à vous, par une gratitude continuelle et appropriée, les grâces qui me sont venues de vous; si, croissant en vertus de même que les arbres grandissent, je m’ornais de bonnes œuvres comme ils se parent de feuillage; si, enfin, méprisant les choses terrestres, je volais comme une colombe vers les biens célestes, et si, imposant à mes sens corporels une rupture avec le tumulte des choses extérieures, j’occupais mon âme de vous seul, alors mon cœur deviendrait pour vous la plus délicieuse des demeures. » La sainte continue : « Tout le jour, j’eus l’esprit occupé de ces pensées. Le soir, avant de prendre mon repos, au moment où je venais de fléchir les genoux et de m’incliner pour faire ma prière, je me rappelai tout à coup ce passage de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »( Jean 4, 23). Et, au-dedans de moi-même, mon cœur de boue sentit d’une manière très intime votre arrivée en moi. Je voudrais mille et mille fois que la mer fût changée en sang, pour la faire passer sur ma tête, afin d’inonder cette sentine d’extrême misère que vous avez daigné choisir pour demeure, ô vous, qui êtes ce qu’il y a de plus parfait dans l’ineffable majesté ! Si, du moins, je pouvais avoir pendant une heure mon cœur entre les mains, pour le mettre en pièces, le purifier et en brûler toutes les scories, afin qu’il devienne pour vous une demeure, non pas digne, mais moins indigne de vous! »

Admirables accents! où l’amour le plus éprouvé est toujours accompagné de l’humilité la plus profonde et la plus sincère ! Nous les retrouvons, variés sans doute dans leur expression, mais au fond toujours les mêmes, dans les pages où Gertrude nous raconte les autres faveurs qu’elle reçut du Maître: quand, par exemple, il daigna imprimer ses plaies dans le cœur de sa docile épouse, ou quand il le transverbéra d’une blessure d’amour. Mais comment pourrions-nous rendre comme il faut ces récits admirables, pour lesquels le latin de Gertrude est lui-même insuffisant?

Nous ne pouvons toutefois résister au désir de traduire le passage où elle nous raconte un autre trait de la condescendance de Jésus-Christ à son égard : « C’était, nous dit-elle, en cette nuit sacrée où, grâce à la douceur apportée par la rosée de votre divinité, les cieux versèrent le miel. Mon âme, comme une toison exposée dans l’aire de la charité, essaya de se pénétrer de cette rosée par la méditation, et, par l’exercice de sa dévotion, elle essaya de remplir un office dans cet enfantement plus que céleste, par lequel la Vierge mit au monde son Fils, vrai Dieu et vrai homme, de même que l’astre émet son rayon. Il me sembla tout à coup que l’on me présentait et que je recevais dans un coin de mon cœur un tendre enfant, né à l’heure même, dans lequel était caché le don de la suprême perfection., un don vraiment excellent ! Pendant que mon âme le possédait en elle, il lui sembla qu’elle était tout à coup changée dans la même couleur que lui, si l’on peut appeler « couleur» ce qui n’est comparable à aucune espèce visible. Mon âme perçut encore une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur: « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28), alors qu’elle se sentait posséder son Bien-Aimé descendu dans son cœur, et qu’elle se réjouissait de l’heureuse présence d’un Époux si plein d’une suave douceur. C’est pourquoi elle buvait avec une insatiable avidité les paroles suivantes, qu’une main divine lui versait ainsi qu’un doux breuvage: « Comme je suis, dans ma divinité, la figure de la substance de Dieu le Père, ainsi tu seras l’image de ma substance du côté de l’humanité, en recevant dans ton âme déifiée des effluves de ma divinité, de même que l’air reçoit les rayons du soleil: pénétrée de ce principe unitif, tu seras disposée à une union plus intime avec moi. »

Par une faveur plus grande encore, elle fut marquée du sceau de la Sainte Trinité. Mais au lieu de nous arrêter à discuter la nature de ce miracle, nous aimons mieux parler de sa dévotion au Sacré Cœur. Elle avait reçu de Jésus-Christ saint Jean l’Évangéliste pour patron particulier. Or, un jour qu’elle avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ, elle demanda à l’apôtre ; « N’avez-vous pas ressenti, vous aussi, le bien-aimé de Dieu, la douceur de ces très suaves pulsations, quand vous avez reposé pendant la Cène sur cette même poitrine, dont la douceur cause encore maintenant un tel bonheur à mon âme? » ll répondit : « Oui, je le confesse, j’ai senti et ressenti cette douceur: la suavité de ces pulsations pénétra jusqu’à l’intime de mon âme, de même que la liqueur la plus suave donne de la douceur à une miette de pain frais. De plus, elles ont enflammé mon cœur d’une manière puissante, de même qu’une chaudière bouillante est échauffée par l’ardeur excessive du feu. » Alors la sainte: « Et pourquoi, reprit-elle, avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu, que vous n’en avez pas dit un seul mot qui le donnât à entendre pour notre progrès spirituel? » L’apôtre répondit: « Ma mission était autre. À l’Église récemment fondée, j’avais à faire connaître, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une seule parole, propre à satisfaire jusqu’à la fin du monde l’intelligence du genre humain tout entier, mais telle que personne ne peut la comprendre parfaitement. Mais la suave éloquence que possèdent ces pulsations a été réservée à notre temps, afin qu’à les entendre, le monde déjà vieux et tiède dans l’amour de Dieu se sente réchauffé. »

Il faudrait citer tout le livre; mais nous nous arrêterons ici. Aussi bien, ce que nous avons le plus admiré, ce ne sont pas ces dons extraordinaires dont nous venons de donner une faible idée, ni les miracles et les prophéties qui ont marqué la vie de Gertrude et montré le caractère divin de sa mission. C’est la théologie sublime qui apparaît dans tous ses écrits, et dont une synthèse suffisamment étudiée serait utile à bien des âmes. On a dit que sainte Gertrude était la théologienne du Sacré Cœur. Nous l’admettrons bien volontiers, pourvu que ce mot ne soit pas pris dans un sens trop exclusif: elle a parlé très souvent et très explicitement de ce divin Cœur, mais elle a traité aussi d’autres points très importants. Nous préférons dire que sainte Gertrude a enseigné d’une manière admirable la théologie de l’Incarnation.

Essayons de résumer sa doctrine : par là même nous caractériserons sa sainteté et sa direction spirituelle. Jésus-Christ est tout pour l’homme. La conséquence de ce principe, c’est que nous devons recourir à lui dans tous nos besoins, toutes nos détresses et toutes nos peines. Il est l’ami auquel nous devons nous confier, le refuge où nous devons nous retirer, le trésor où nous pouvons toujours puiser. Pour être conforme aux desseins de Dieu, notre vie sera toujours unie à la sienne, animée et vivifiée par elle. La sainte recourait à lui avec une entière confiance. Se sentait-elle insuffisamment préparée pour la communion, elle priait Jésus de suppléer à son indigence, et elle s’approchait sans crainte de la Sainte Table. Rien de ce qu’elle put lire n’eut assez de pouvoir pour lui faire omettre une seule de ses communions. Et, pour le dire en passant, nous ne saurions trop recommander ses écrits à ceux qui gardent au fond de leur cœur des objections contre la communion fréquente. Cette confiance apparaissait dans une foule de circonstances. Un jour qu’elle marchait dans un chemin escarpé, elle fit une chute dangereuse. Sa première pensée fut de s’écrier : « Quel bonheur pour moi, Seigneur bien-aimé, si cette chute avait précipité ma réunion avec vous ! » Les religieuses présentes, tout étonnées, lui demandèrent si elle ne craignait pas de mourir sans sacrements. « Je désire de tout mon cœur, reprit-elle, recevoir les sacrements de l’Église, si utiles à l’âme; mais je place au-dessus de toutes les préparations la providence et la volonté de mon Maître. Je suis certaine, quel que soit le genre de mort qui m’enlève de ce monde, de n’être pas privée de la miséricorde du Seigneur : seule elle peut me sauver, aussi bien dans une mort subite que dans une mort à laquelle je me serais longuement préparée. »

Par une conséquence naturelle et nécessaire, Gertrude sentait que pour répondre à tant d’amour et à des bienfaits si multiples, l’homme doit être tout à Dieu et ne rien se réserver. De là une pureté de cœur qui eut pour résultat non pas seulement de garder dans toute sa Splendeur le beau lis de sa virginité, non pas seulement de la préserver de tout péché volontaire, mais encore de la détacher de toute amitié naturelle, de toute propriété, de toute sollicitude inutile. Notre-Seigneur daigna témoigner un jour à sainte Mechtilde, la maîtresse de sainte Gertrude, combien il aimait dans la jeune religieuse ce désir de lui plaire en toutes choses: « Elle marche devant moi, disait-il, sans me perdre de vue un seul instant. Elle n’a qu’un désir: connaître le bon plaisir de mon cœur; et, dès qu’elle l’a appris, elle l’exécute avec un incroyable empressement. À peine a-t-elle accompli une de mes volontés qu’elle m’interroge pour en savoir une autre, et elle s’y conforme avec la même promptitude. Ainsi, toute sa vie est pour ma gloire.»

Est-il besoin d’ajouter que l’humilité de la sainte était profonde, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en passant? L’âme qui a conscience de ce que Dieu est pour elle, échappe plus facilement aux tentations de l’orgueil. Elle voit les bienfaits dont elle est comblée, et elle se rend compte du mauvais usage qu’elle en fait : comment pourrait-elle être impressionnée par les séductions de l’amour-propre? L’admirable voyante disait avec une profonde conviction : « Le plus grand de vos miracles à mes yeux, Seigneur, c’est que la terre puisse porter une pécheresse aussi indigne que je le suis. » Longtemps elle balaya seule la maison, et elle aimait à rendre aux plus petits les services les plus répugnants. Mais, d’autre part, elle ne jugeait pas à propos de cacher les grâces dont elle était l’objet. Profondément convaincue que personne plus qu’elle n’en était indigne, elle estimait que c’étaient des semences qui passaient dans son âme pour aller fructifier sur de meilleures terres. C’était donc déshonorer les dons de Dieu que de les laisser enfouis dans la sentine de son cœur, et elle devait les tirer de ce cœur pour les déposer dans d’autres cœurs, plus dignes de les recevoir et plus propres à en user pour la gloire de Dieu. C’était par une pensée semblable qu’elle repoussait les tentations de vaine gloire. Elle se disait alors : « Si quelqu’un, en te voyant, cherche à imiter ce qui lui paraît bon, sans imiter ton orgueil, tout sera pour le mieux : ce sera autant de gagné pour Dieu. »

Mais ce que nous croyons devoir signaler comme un trait particulier de la piété de sainte Gertrude, c’est ce que le P. Faber appelle « la liberté d’esprit ». Voici ce que l’éminent Oratorien écrit à ce sujet : « Où règne la loi de Dieu, où souffle l’esprit du Christ, là est la liberté. Nul ne peut lire les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d’exemplaires et de traductions de leurs œuvres. Sainte Gertrude en est un bel exemple : elle respire partout l’esprit de saint Benoît. » Et plus loin : « Il est assez difficile de parler de liberté d’esprit sans avoir l’air de recommander la négligence, ou de soutenir l’inexactitude, la paresse et le caprice. Mais nous pouvons en toute sécurité développer ce sujet d’après sainte Gertrude elle-même. » Un trait nous montrera comment elle pratiquait cette liberté d’esprit. Une nuit, se sentant défaillir, elle mange une grappe de raisin dans l’intention de soulager dans sa personne le Seigneur lui-même. Celui-ci daigna accepter cette intention, et il lui dit : « Maintenant, je puise à ton cœur un délicieux breuvage. Il compense, par sa douceur, l’amertume du fiel et du vinaigre que, pour l’amour de toi, je laissai exprimer sur mes lèvres, quand j’étais attaché à la Croix. »

Nous voudrions continuer, et parler, par exemple, de cette charité de Gertrude qui se portait vers le soulagement de toutes les misères, aussi bien dans le purgatoire que sur la terre. La sainte est encore, tous le savent, une des âmes favorisées des révélations que l’on consulte avec le plus de fruit pour savoir comment soulager les âmes des défunts. Toutefois, nous ne voulons pas la quitter sans signaler sa tendre dévotion à Marie, et rappeler un trait qui nous montre comment cette dévotion était récompensée. Le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Gertrude récitait le Salve Regina. Quand elle arriva à ces mots : « Illos tuos misericordes oculos ad nos converte », elle vit Marie tenant dans ses bras le divin Enfant. La Vierge toucha délicatement le menton de son Fils, et, dirigeant vers Gertrude et ses compagnes le visage et les yeux de Jésus : « Les voici, dit-elle, mes yeux très miséricordieux: ce sont les yeux de mon Fils, et je puis en tourner les regards vers tous ceux qui m’invoquent, pour le salut éternel et la sanctification des âmes. »

Insondables desseins de la Providence, nous nous étonnerions si nous ignorions que vous êtes voulus et dictés par l’infinie Sagesse! Quarante ans environ après la mort de sainte Gertrude survenue en 1302 ou 1303, le monastère de Helfta fut incendié, et le souvenir de la sainte ne put le défendre des horreurs de la guerre. Aujourd’hui, il ne reste plus de ce monastère que la petite chapelle où elle pria si souvent, et où elle fut favorisée bien des fois des apparitions de Notre-Seigneur : encore cette chapelle est-elle profanée, puisqu’elle sert de grenier à foin. Du moins, la sainte nous a laissé de sa sagesse et de sa piété deux monuments incomparables, que personne, il faut l’espérer, ne parviendra désormais à faire disparaître : le Héraut de l’amour divin et les Exercices spirituels. C’est devant ces livres que nous irons nous recueillir, comme dans un sanctuaire, pour écouter ce que Gertrude nous enseigne au nom du Maître qu’elle a choisi de préférence aux docteurs du siècle. À l’école de sainte Gertrude, nous rencontrerons sainte Thérèse, qui avait tant de dévotion pour elle, et aussi saint François de Sales, qui citait avec tendresse et avec bonheur les aspirations de la pieuse Bénédictine . Ceux qui ne la connaissent pas encore seront étonnés qu’une si admirable voyante ait pu leur demeurer jusqu’alors étrangère. Ils s’efforceront comme nous, sans aucun doute, de la signaler à l’admiration de leurs frères.

A. Lépître dans La Revue Universitaire, T. XXV, Lyon, 1897, pp. 228-236

Prières

Oratio

Deus, qui in corde beátæ Gertrudis Vírginis iucúndam tibi mansionem præparásti : ipsíus méritis et intercessióne ; cordis nostri máculas cleménter abstérge, et eiúsdem tríbue gaudére consórtio. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière à Sainte Gertrude

​Grâces soient rendues au Seigneur Dieu, source de tous les vrais biens, par tout ce qui est renfermé dans l’étendue des cieux, les limites de la terre et les profondeurs de l’abîme. Que tous les êtres chantent en son honneur cette louange éternelle, immense, immuable, qui, procédant de l’Amour incréé, ne s’achève parfaitement qu’en Lui. Louanges pour la plénitude débordante de cette tendresse divine qui, dirigeant son cours impétueux vers la vallée de notre humaine fragilité, a jeté sur Gertrude, parmi toutes les autres, un regard de prédilection, à cause de ses propres dons par lesquels le Seigneur l’avait attirée à Lui.

Seigneur, je vous loue et vous rends grâces pour tous les bienfaits dont vous avez comblé votre servante Gertrude, je vous loue par cet amour qui vous a fait la choisir de toute éternité pour une grâce si spéciale, l’attirer à vous si suavement, l’unir à vous par une telle familiarité, trouver en elle vos complaisances et vos joies, enfin consommer si heureusement sa vie.

Je vous offre, Seigneur, cette prière de dévotion en union avec l’amour qui vous a fait descendre du ciel sur la terre et accomplir toute votre œuvre de la rédemption des hommes ; en union aussi avec l’amour qui vous fit endurer la mort, puis offrir celle-ci au Père avec tout le fruit de votre très sainte Humanité. Ainsi soit-il.

Prière de Sainte Gertrude pour offrir à Dieu nos actions

Père, je vous confie ceci en union avec les œuvres très parfaites du Seigneur votre Fils, afin que vous l’ordonniez au salut de l’univers, selon votre volonté toujours digne de louanges.

Prière de Sainte Gertrude à Marie pour réparer nos négligences

Je vous offre, ô Mère sans tache, en réparation pour toutes mes négligences, le Cœur très noble et très doux de Jésus-Christ. Seul, en effet, ô Marie, ce Cœur si glorieux et qui renferme en lui tous les biens, peut vous présenter la somme de tout ce qui existe de plus désirable, de tout ce que la dévotion de chaque homme et l’ardeur de ses prières peuvent témoigner d’honneur à votre divine maternité.

Prière de Sainte Gertrude avant de s’endormir

Par la suavité tranquille avec laquelle, de toute éternité, vous avez reposé dans le sein du Père ; par le séjour délicieux qui fut votre repos; durant neuf mois, dans le sein de la Vierge ; par la délectation très agréable que vous daignez savourer en certaines âmes que vous chérissez davantage, je vous supplie, ô Dieu de toute miséricorde, veuillez m’accorder, non pour ma commodité, mais à votre éternelle louange, ce repos de la nuit, afin que mes membres fatigués retrouvent le libre exercice de leurs forces.

Antienne

Ã. Rogemus omnes beatam Gertrudim et humiliter supplicemus ut fiat nobis in caelo coram excelso supplicatrix quae pro Christi amore suam castitatem reservavit in terris.

Ã. Prions tous la bienheureuse Gertrude, et supplions-la avec humilité : qu’elle devienne pour nous dans le Ciel une médiatrice auprès du Très-Haut, elle qui, pour l’amour du Christ, a gardé sa chasteté sur la terre.

Antienne grégorienne “Rogemus omnes"

Antienne Rogemus omnes

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10 novembre — Saint Vanne et Saint Hydulphe

10 novembre — Saint Vanne et Saint Hydulphe

10 novembre — Saint Vanne et Saint Hydulphe

Le mot du Vénérable Dom Didier de la Cour à ses moines

Si j’avais quelque pouvoir sur vous, je vous défendrais, sous peine d’excommunication, de dire du bien de moi après ma mort ; car j’ai mené une vie fort commune aux yeux des hommes et très misérable devant Dieu. Un peu de gravité et de retenue, voilà tout ce que je puis avoir de bon.

Les Saints Vanne et Hydulphe sont réunis en une seule et même fête dans la Congrégation bénédictine de France. Celle-ci a en effet été approuvée en 1833 par le Pape Grégoire XVI en tant qu’héritière des anciennes Congrégations bénédictines présentes en France avant la Révolution, dont la Congrégation des Saints Vanne et Hydulphe.

Saints Bénédictins : Saint Vanne, évêque de Verdun

Saint Vanne (en latin : Vitonus, Videnus ou Victo) qui avait embrassé de bonne heure la vie monastique, fut élevé sur le siège épiscopal de Verdun vers l’an 498. La haute opinion qu’on avait conçue de sa sainteté fut confirmée par plusieurs miracles qu’il opéra. Il travailla vingt-six ans avec un zèle infatigable à la sanctification de son troupeau. Il mourut le 9 novembre vers l’an 525, épuisé de fatigues et d’austérités.

D’après Alban Butler, Vies des Pères, des Martyrs et des autres principaux Saints.

Saints Bénédictins : Saint Hydulphe, chorévêque de Trèves et Abbé

Saint Hydulphe, issu d’une des plus illustres familles de Bavière, naquit à Ratisbonne vers l’an 612. Il renonça dès sa jeunesse aux espérances flatteuses qu’il pouvait avoir dans le monde, et se consacra au service de Dieu en embrassant l’état ecclésiastique. Son exemple fut suivi par Erard, son frère, qui devint depuis évêque régionnaire à Ratisbonne et dans la Bavière. Ce dernier est honoré comme saint le 8 janvier. Il mourut à Ratisbonne, suivant l’ancien martyrologe de Moyenmoutier. Ce furent Hydulphe et Erard qui tinrent sur les fonts baptismaux la fille d’Adalric, duc d’Alsace, laquelle était aveugle; ils lui donnèrent le nom d’Odile, parce qu’elle avait reçu la grâce de la vue avec celle du baptême.

Saint Hydulphe ayant été fait chorévêque de Trêves (espèce de coadjuteur de l’évêque du lieu, s’occupant des zones rurales du diocèse) remplit tous les devoirs d’un pasteur zélé et vigilant. Vers l’an 665, il introduisit la règle de Saint-Benoît dans le monastère de Saint-Maximin, qui avait été fondé dans le 4ème siècle, et où sans doute on suivait les observances des moines de l’Orient. Il en augmenta considérablement les revenus, et y établit une régularité si parfaite que cette maison devint l’admiration de ce siècle. Cette abbaye était une des plus célèbres de l’Allemagne.

Après une trentaine d’années, il se démet de sa charge et arrive dans la vallée vosgienne du Rabodeau vers 670. Il bâtit sa hutte à mi-chemin d’Étival et de Senones, dans la forêt. La renommée du nouvel ermite attire bientôt une foule de disciples. Hydulphe décide alors la construction d’un monastère sur le lieu, qui devient « medianum monasterium ». Premier abbé de Moyenmoutier, il adopte la règle de saint Benoît comme mode de vie de la nouvelle communauté. Il y avait plus d’un quart de siècle que Saint Hydulphe était à Moyenmoutier aux prises avec une œuvre de cette ampleur, lorsqu’il sentit faiblir ses forces. Il se démit de sa charge, afin de retrouver au soir de sa vie ce calme auquel il avait aspiré en venant ici comme ermite. Il confia donc la dignité abbatiale à Leutbald, un de ses meilleurs disciples, et prit modestement sa place au milieu de ses frères. Mais ce dernier mourut si prématurément en 704 que les moines s’en émurent, et tout désemparés se tournèrent vers leur fondateur. Le pauvre abbé, dans son ardente foi, vit un signe de la Providence qui lui demandait à nouveau le sacrifice de sa volonté propre. Avec un tranquille courage, il reprit donc sa crosse, mais pour peu de temps, car le Seigneur le rappelait à lui le 11 juillet 707, au terme d’une courte maladie. On l’inhuma dans la chapelle Saint-Grégoire, auprès de ses trois fils de prédilection, Spinule, Jean et Bénigne, qui l’y avaient précédé de peu.

D’après Alban Butler, Vies des Pères, des Martyrs et des autres principaux Saints.

La Congrégation bénédictine de Saint Vanne (Dom Stephanus Hilpisch, Histoire du monachisme bénédictin)

Pendant les guerres de religion du 16ème siècle, les monastères français avaient souffert de nombreuses destructions et ravages. Beaucoup d’abbayes avaient été saccagées ou entièrement détruites, la plupart appauvries et sans ressources. Quand un monastère avait encore du bien, ses revenus étaient donnés en commende par le roi ; et les abbés commendataires négligeaient l’intérêt du monastère à tous points de vue. C’est au milieu de ces circonstances que le projet d’une réforme naquit dans l’âme du Cardinal Charles de Lorraine. Outre son évêché de Metz, le Cardinal possédait en commende quatre grandes abbayes, et avait la légation de Lorraine et de Barrois. Il se décida à agir dans le ressort de sa légation. À la même époque l’évêque de Verdun, Éric de Vaudemont, qui tenait en commende l’abbaye de Saint-Vanne dans sa ville épiscopale, travaillait lui aussi à une réforme. Un bref de Grégoire XV donna au Cardinal pouvoir de réunir les abbés et prieurs de sa légation, et de discuter avec eux la question d’une réforme dans l’esprit du concile de Trente. L’assemblée, comptant seulement quatre abbés et quatre prieurs, eut lieu le 5 juin 1595 à Saint-Mihiel et décida l’érection d’une Congrégation. Mais le moment de s’exécuter, le Cardinal découragé fit au Pape Clément VIII (1592-1605) la singulière proposition de supprimer les monastères bénédictins de sa légation. Le Pape Clément refusa résolument, et avisa le cardinal qu’il était envoyé pour sauver les malades, non pour les étrangler. La seule pensée de la suppression était déjà un crime.

Le Cardinal appelle alors à l’aide l’abbaye Saint-Maximin de Trèves qui jouissait d’une bonne réputation. Il en reçu deux moines pour Saint-Vanne, et la moisson leva comme d’elle-même. Le prieur était Didier de la Cour, dépendant de l’évêque Éric de Verdun, abbé commendataire. En janvier 1600, sous l’inspiration du prieur, quatre novices et un profès se résolurent à une exacte observance de la règle : humble début. Mais dès 1601 Moyenmoutier recevait de Saint-Vanne des moines réformés, et les deux abbayes décidaient de se constituer en une Congrégation qui, en 1604, fut approuvée par Clément VIII sous le nom des Saint-Vanne et Hydulphe, patrons respectifs des deux abbayes. On adopta la formule de la Congrégation cassinienne. Un bref de Paul V recommanda en 1605 à tous les monastères de Lorraine de se rallier à la nouvelle réforme, et bientôt d’autres abbayes vinrent s’unir à la Congrégation. Jusqu’en 1670 celle-ci compris quarante-cinq abbayes dans les diocèses de Metz, Toul, Verdun, Bâle, Besançon (dont l’Abbaye Notre-Dame de Faverney, réformée en 1613), Châlons, Langres, Laon, Reims, Sens et Troyes, distribués en trois provinces. À la fin du 18ème siècle, elle comptait plus de 600 membres.

Au sommet de la Congrégation se tenait un président élu par le chapitre général pour un an. Le chapitre général était la plus haute autorité et se composait des supérieur de chaque maison et d’un délégué par convent. Comme la plupart des monastères étaient en commende, les supérieurs n’y avait que le titre de prieur, les autres étaient abbés à vie et élu par le convent. La Congrégation possédait sa maison d’études philosophiques et théologiques au Prieuré de Breuil (Commercy). Les études étaient florissantes. La Congrégation compta des noms célèbres qui méritent d’être cités auprès de ceux des mauristes : principalement Dom Calmet, grand exégète et historien de la Lorraine, abbé de Senones, l’un des premiers érudits de son temps ; puis Alliot et Petit-Didier, spécialisés dans l’étude de la Bible. Il fallut la Révolution pour supprimer la Congrégation.

La Congrégation Lorraine de Saint-Vanne exerça bientôt une influence salutaire sur les monastères français et trouva en France des appuis éminents, au premier rang desquels il faut placer le prieur du collège de Cluny à Paris, Laurent Bénard, et Dom Anselme Rolle de la Congrégation des Exemps. Le premier monastère français qui appela la réforme de Saint-Vanne fut l’abbaye de Saint-Augustin de Limoges. En 1614 Saint Germain-des-Prés demanda son agrégation. Bientôt suivirent Nouaillé près de Poitiers (1615), Saint-Faron de Meaux et Jumièges (1617). Ces abbayes entraient dans la congrégation Lorraine. Mais comme le gouvernement ne voyait pas d’un bon œil que les monastères du royaume s’unissent à une congrégation étrangère, il fut décidé au chapitre général de 1618 que les monastères français de l’Union se grouperaient en une congrégation spéciale. On compta pour débuter cinq monastères : Saint Augustin de Limoges, Saint-Julien de Nouaillé, Saint-Faron de Meaux, Jumièges, et les Blancs-Manteaux de Paris. Ce fut, à partir de 1618, la Congrégation « gallicana Parisiensis ». Dès 1621 la nouvelle fondation fut approuvée par Grégoire XV sous le nom de Congrégation de Saint-Maur.

Prières

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui per beátos pontífices Vitónum et Hydúlphum Ecclésiam tuam lætificásti, et órdinis monástici splendórem restituére dignátus es : fac nos opem eórum iúgiter experíri, et præmia cónsequi sempitérna. Per Dóminum.

Oraison

Dieu, tout-puissant et éternel qui par les bienheureux Pontifes Vanne et Hydulphe avez réjoui votre Église, et qui avez daigné restituer la splendeur de l’Ordre monastique : faites-nous ressentir continuellement les effets de leur aide et obtenir la récompense éternelle. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Claude Martin (1619-1696)

Ô Bonté infinie ! Que votre patience m’étonne et me confond ! Ô mon Dieu ! Elle m’étonne, parce que je vois que tous les hommes la fatiguent et que personne ne la soulage ; et elle me confond, parce que je lui suis à charge moi-même, par mes dérèglements, par mes infidélités, par mes péchés. Cet excès de bonté, ô mon Dieu, me porte à faire trois résolutions. La première, puisque tous les hommes exercent votre patience, de la soulager de tout mon possible, en menant avec le secours de votre grâce une vie toute pure, et – s’il est possible – toute angélique et toute céleste. La seconde, de me mettre entre Vous et les pécheurs, comme Abraham se mit entre vous et les villes impures de Sodome et de Gomorrhe, afin d’empêcher, par la prière et par le sacrifice, que leurs fautes ne montent jusqu’à vous et que votre colère ne descende jusqu’à eux. Et la troisième, de prendre votre patience pour la règle de la mienne, afin que, comme vous supportez mes fautes avec une douceur digne de votre infinie Bonté, je supporte aussi avec une parfaite soumission les peines et les privations que votre Providence m’envoie, et me fait ressentir dans le service que vous demandez de moi. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Isti sunt duæ olívæ, et duo candelábra lucéntia ante Dóminum : habent potestátem cláudere cælum núbibus et aperíre portas eius, quia linguæ eórum claves cæli factæ sunt.

Ã. Ceux-ci sont deux oliviers et deux flambeaux qui brillent devant le Seigneur ; ils ont le pouvoir de fermer le ciel aux nuées, et d’ouvrir ses portes, parce que leurs langues sont devenues les clefs du ciel.

Antienne grégorienne “Isti sunt duae olivae”

Antienne Isti sunt duae olivae

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Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Annonces

Mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 décembre : jours de jeûne et d’abstinence pour les Quatre-Temps.
En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Dom Delatte

Aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre.

Commentaire de l’épître du jour (Phil 4, 4-9) par Dom Paul Delatte

D’après le Docteur Angélique la joie vient ou d’un bonheur possédé par nous, ou d’un bonheur assuré à ce que nous aimons. En effet, aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre. Et Dieu étant avec nous, et Dieu étant heureux, la joie doit être au centre même de toute vie chrétienne. Elle est assurée si nous prenons notre foi au sérieux. La joie n’est pas une vertu, parce qu’elle n’est pas une disposition directement opérative ; mais elle est l’atmosphère de la vertu, l’indice, le fruit, la cause, la mesure, la condition de la charité. Elle en est aussi le rayonnement comme elle est le premier fruit de l’Esprit. Aucun précepte, plus que ce précepte de la joie qui vient de la charité, n’était de nature à effacer toutes les dissonances qui affligeaient la communauté de Philippes : mais le précepte de la joie va plus loin, et dessine une attitude de la vie chrétienne. La joie est la condition de tout bien. Nous l’avons dit déjà, nous ne sommes fidèles, nous ne sommes aimants, nous ne sommes délicats, nous ne sommes reconnaissants, nous ne sommes persévérants que dans la joie. Nous puisons la joie aux sources mêmes de la vie chrétienne. Une religion se traduit par le caractère de ses préceptes. Et en même temps qu’il révèle toute la religion, le précepte de la joie révèle Dieu, comme le précepte de l’abnégation, comme le précepte de la paix, comme le précepte de la prière, comme le précepte de la charité : en même temps qu’ils sont la norme de notre vie, tous ces éléments nous définissent la religion, et Dieu même. Dieu seul et le christianisme prescrivent la joie, parce que seuls ils la motivent.

Mais nous n’avons pas le droit de nous écarter du texte. Le Seigneur avait dit déjà : Nolite fieri sicut hypocritae, tristes. On ne sert pas Dieu avec un air maussade. L’Apôtre ajoute : Réjouissez-vous. C’est l’objet du précepte : la joie ; puis la qualité de cette joie, son motif : Réjouissez-vous dans le Seigneur. Quand faut-il se réjouir ? Toujours. Et après, que faut-il faire ? Il semble qu’après avoir prescrit la joie, il y avait place pour un autre devoir et une autre prescription; mais l’Apôtre a foi dans la suffisance de la joie seule : Je vous le dis de nouveau : réjouissez-vous. Cela suffit. Lorsque l’âme est joyeuse, elle est bienveillante aussi. La charité s’exerce spontanément et d’elle-même. Même elle est contagieuse, la joie. Ceux qui ont de la joie en donnent tout autour d’eux. Il n’y a plus alors de dissidences possibles. S’il en est autrement, le bruit des discussions s’entend à l’extérieur, et crée contre nous un préjugé ; les païens se disent alors : Ils nous ressemblent, ils ont leurs divisions et leurs rivalités, eux aussi. Qu’un sage esprit de mesure et de douceur, répandu sur toute notre vie, se laisse donc apercevoir de tous les hommes. L’effacement de l’égoïsme, la charité mutuelle sont un motif de crédibilité, les âmes vont si volontiers là où on s’aime. Mais le motif de cette douceur et de cette mesure est plus profond que l’édification elle-même : le Seigneur est proche. Il est tout près. Il est intime. Il vit en nous. Nous vivons dans un sanctuaire vivant et incréé, où les attitudes et les mouvements doivent être mesurés et définis par le respect.

N’ayez pas l’âme divisée par des soucis et des inquiétudes, par toutes les anxiétés ou préoccupations du lendemain (Mt 6, 25). En toute chose, nous dit l’Apôtre, en toute circonstance, que vos prières et vos demandes exposent à Dieu vos besoins : et que votre prière soit toujours mêlée de reconnaissance pour les bienfaits obtenus. Ainsi votre âme cessera d’être partagée et déchirée par des soucis que vous aurez confiés à Dieu. Ainsi au milieu même des épreuves et des anxiétés d’ici-bas, la paix de Dieu régnera sur toute votre vie, la paix qui surpasse tout sentiment.

Peut-être le commentaire, d’ailleurs très vrai et très aimable, habituellement donné à ce passage trahit-il quelque peu le sens littéral. La pensée de l’Apôtre nous semble celle-ci : en face des problèmes qui s’offrent à nous, notre premier mouvement, et il est très légitime, est de faire appel aux ressources de notre esprit pratique, d’étudier les voies, moyens et combinaisons qui pourront nous tirer d’affaire. Sans blâmer aucunement cette disposition naturelle, et de peur qu’elle ne devienne naturaliste, l’Apôtre nous avertit qu’il y a quelque chose qui l’emporte sur la sagesse de nos réflexions et sur nos combinaisons les plus profondes : c’est le repos en Dieu, l’attachement à Dieu, en un mot la paix de Dieu.

Ayons donc moins confiance en nous qu’en elle. C’est elle qui gardera nos cœurs et nos pensées à l’abri de l’anxiété, et formera autour de notre vie comme une sorte de clôture divine d’où nous ne sortirons jamais. Nous y sommes avec Dieu. C’est parce qu’il craint d’oublier un conseil utile à ses chers Philippiens que l’Apôtre résume rapidement (8 et 9) tout l’ensemble pratique des devoirs du christianisme toujours menacés dans les divisions, petites et grandes : Que tout ce qui est vrai et saint, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est aimable et digne d’éloges, tout ce qui est vertu et objet de louange, soit l’objet habituel de vos pensées. Et si ce programme abstrait vous semble trop peu précis, songez à tout ce que vous avez appris et reçu de moi, à tout ce que votre souvenir vous rappellera de mes paroles et de mes actes ; mettez-le en pratique, et le Dieu de la paix, de cette paix chrétienne un instant menacée, sera toujours avec vous.

Saint Lucie, Vierge et Martyre († ca 304) : leçons des Matines

Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »

Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » À ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Prières

Oratio

Aurem tuam, quǽsumus, Dómine, précibus nostris accómmoda : et mentis nostræ ténebras, grátia tuæ visitatiónis illústra : Qui vivis.

Oraison

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Oratio

Exáudi nos, Deus, salutáris noster : ut, sicut de beátæ Lúciæ Vírginis tuæ festivitáte gaudémus ; ita piæ devotiónis erudiámur affectu. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. Ô lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Iuste et pie vivamus exspectantes beatam spem et adventum Domini.
Ã. Vivons avec justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

Antienne grégorienne “Iuste et pie”

Antienne Iuste et pie
Ã. Tanto pondere eam fixit Spiritus Sanctus ut virgo Domini immobilis permaneret.
Ã. L’Esprit-Saint rendit Lucie si pesante, que la Vierge du Seigneur demeura sans pouvoir être déplacée.

Antienne grégorienne “Tanto pondere”

Antienne Tanto pondere

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Lundi 7 décembre (ReConfinement J39) : Saint Ambroise

Annonces

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La Punchline de Saint Ambroise

En vérité, il est juste d’appeler courageux celui qui se vainc soi-même, contient la colère, n’est amolli et fléchi par aucune séduction, n’est pas troublé par l’adversité, n’est pas exalté par la prospérité, et n’est pas entraîné par le tourbillon du changement et de la variété des choses.

Saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l’Église (340-397)

Ambroise, Évêque de Milan, fils d’Ambroise citoyen romain, vint au monde tandis que son père était préfet des Gaules. On dit qu’en son enfance un essaim d’abeilles se posa sur ses lèvres : présage de la divine éloquence qu’il devait montrer un jour. On l’instruisit dans les arts libéraux, et bientôt le préfet Probus le préposa au gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Il se rendit à Milan par l’ordre du même Probus, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension touchant le choix de son successeur. Ambroise se rendit donc à l’église selon le devoir de sa charge, pour calmer la sédition. Quand il eut, à cette fin, parlé avec éloquence de la paix et de la tranquillité publique, un enfant s’écria tout à coup : « Ambroise Évêque ! » Tout le peuple répéta cette acclamation, demandant Ambroise pour son Évêque.

Comme Ambroise refusait d’accepter et résistait aux prières de la multitude, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir qu’on demandait pour le sacerdoce ceux qu’il avait choisis pour magistrats. Cette élection ne satisfit pas moins le préfet Probus qui, au départ d’Ambroise pour Milan, lui avait dit comme par inspiration divine : « Allez et agissez, non pas en juge mais en Évêque. » La volonté impériale s’accordant avec le désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était encore catéchumène), initié aux mystères sacrés, et, ayant passé par tous les degrés des Ordres de l’Église, il reçut la charge épiscopale huit jours après son élection, le sept des ides de décembre. Devenu Évêque, il défendit résolument la foi catholique et la discipline ecclésiastique, convertit à la vraie foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, et parmi ceux-ci il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, cette lumière éclatante de l’Église.

Quand l’empereur Gratien eut été tué, Ambroise se rendit deux fois en députation auprès de Maxime, son meurtrier ; mais celui-ci refusant de faire pénitence, il cessa toute relation avec lui. Il interdit à l’empereur Théodose l’entrée de l’église, à cause du massacre des Thessaloniciens ; comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans sa pénitence. » C’est pourquoi Théodose accomplit humblement la pénitence publique que lui avait imposée Ambroise. Le saint Évêque s’étant donc acquitté de sa charge en multipliant pour l’Église de Dieu ses travaux et ses soins, et ayant écrit beaucoup de livres remarquables, prédit le jour de sa mort, avant de tomber malade. Honorat, Évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut auprès de lui, et lui donna le corps sacré du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, pria, les mains étendues en forme de croix, puis il rendit son âme à Dieu. C’était la veille des nones d’avril, l’an de Jésus-Christ trois cent quatre-vingt-dix-sept.

Sur la Virginité de Marie (Lc 1, 26) : commentaire de Saint Ambroise

« En ce même temps l’ange Gabriel fut envoyé par le Seigneur dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge qu’avait épousée un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et la vierge se nommait Marie. » Sans doute les mystères divins sont cachés et, comme l’a dit le prophète, il n’est pas facile à l’homme, quel qu’il soit, d’arriver à connaître les desseins de Dieu (Is 40, 13). Pourtant l’ensemble des actions et des enseignements de notre Seigneur et Sauveur nous donne à entendre qu’un dessein bien arrêté a fait choisir de préférence, pour enfanter le Seigneur, celle qui avait épousé un homme. Mais pourquoi ne fut-elle pas rendue mère avant ses épousailles ? Peut-être pour qu’on ne pût dire qu’elle avait conçu dans l’adultère. Et l’Écriture, fort à propos, a indiqué ces deux choses ; elle était épouse et vierge ; vierge, ce qui la montre exempte de tout rapport avec un homme ; épouse, pour soustraire au stigmate infamant d’une virginité perdue celle dont la grossesse eût semblé manifester la déchéance. Et le Seigneur a mieux aimé laisser certains mettre en doute son origine plutôt que la pureté de sa Mère : il savait combien délicat est l’honneur d’une vierge, combien fragile son renom de pureté ; et il n’a pas jugé à propos d’établir la vérité de son origine aux dépens de sa Mère. Ainsi fut préservée la virginité de sainte Marie, sans détriment pour sa pureté, sans atteinte à sa réputation ; car les saints doivent avoir bonne réputation même auprès des gens du dehors (1 Tim 3, 7), et il ne convenait pas de laisser aux vierges dont la conduite est en fâcheux renom le couvert et l’excuse de voir diffamée jusqu’à la Mère du Seigneur. Puis, que reprocher aux Juifs, à Hérode, s’ils avaient semblé poursuivre l’enfant d’un adultère ? Et comment lui-même eut-il dit : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17), s’il avait paru commencer par une atteinte à la Loi, puisque l’enfantement hors mariage est condamné par la Loi ? Mieux encore, la pureté trouve un témoin de toute sûreté : un mari, en mesure et de ressentir l’injure et de venger l’affront, s’il n’avait reconnu un mystère. Ajoutons encore que cela donne plus de crédit aux paroles de Marie et lui épargne tout sujet de mentir : car elle eût semblé vouloir couvrir sa faute par un mensonge, si sans mariage elle eût été enceinte ; elle aurait eu sujet de mentir, n’étant pas épouse ; épouse, elle n’en avait pas, puisque la récompense du mariage et le bienfait des noces, c’est, pour les femmes, la fécondité.

Autre raison, qui n’est pas négligeable : la virginité de Marie devait tromper le prince du monde, qui, la voyant unie à un époux, n’a pu se méfier de son enfantement. Qu’il y ait eu intention de tromper le prince du monde, les paroles mêmes du Seigneur le proclament, quand il commande aux Apôtres de ne pas parler du Christ (Mt 16, 20), interdit à ceux qu’il guérit de publier leur guérison (Mt 8, 4), ordonne aux démons de ne point parler du Fils de Dieu (Lc 4, 35). Qu’il y ait eu, comme je l’ai dit, intention de tromper le prince du monde, l’Apôtre à son tour l’a proclamé : « Nous prêchons, dit-il, la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, que nul des princes de ce monde n’a connue ; car, s’ils l’avaient connue, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté » (1 Cor 2, 7 sqq.) : autrement dit, jamais ils n’auraient fait que je sois racheté par la mort du Seigneur. Il l’a donc trompé pour nous, il l’a trompé pour le vaincre ; il a trompé le diable quand celui-ci le tentait, quand il le priait, quand il l’appelait Fils de Dieu, ne convenant jamais de sa propre divinité. Pourtant il a plus encore trompé le prince de ce monde : car le diable, malgré un moment d’incertitude, quand il disait : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Mt 4, 6), a du moins fini par le reconnaître et s’est retiré de lui ; les démons aussi l’ont connu, puisqu’ils disaient : « Nous savons qui tu es, Jésus, le Fils de Dieu ; pourquoi es-tu venu avant le temps nous torturer ? » (Mt 8, 29) ; et ils ont reconnu sa venue précisément parce qu’ils savaient d’avance qu’il viendrait. Mais les princes de ce monde ne l’ont pas connu ; quelle meilleure preuve pouvons-nous alléguer que le texte de l’Apôtre : « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de majesté ? » En effet, la malice des démons arrive à pénétrer même les choses cachées, mais ceux qu’absorbent les vanités du monde ne sauraient connaître les choses de Dieu.

Il y a eu répartition heureuse entre les évangélistes. S. Matthieu nous montre Joseph averti par l’ange de ne pas renvoyer Marie, l’évangéliste Luc témoigne par ailleurs qu’ils ne s’étaient pas unis (Lc 1, 27) et Marie elle-même le reconnaît ici, quand elle dit à l’ange : « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » mais de plus S. Luc même la proclame vierge en disant : « Et la vierge se nommait Marie », et le prophète nous l’avait appris par ces paroles : « Voici qu’une vierge va concevoir » (Is 7, 14) ; Joseph aussi l’a montré, puisque, voyant la grossesse de celle qu’il n’avait pas connue, il s’apprêtait à la congédier ; et le Seigneur lui-même, sur la croix, l’a rendu manifeste en disant à sa Mère : « Femme, voici votre fils », puis au disciple : « Voici votre mère » ; même l’un et l’autre, le disciple et la mère, en sont témoins, puisqu’ « à partir de cette heure le disciple la prit chez lui» (Io 19, 26 sqq.). S’il y avait eu union, jamais à coup sûr elle n’eût quitté son époux, et cet homme juste n’aurait pas souffert qu’elle s’éloignât. Comment d’ailleurs le Seigneur aurait-il prescrit ce divorce, ayant lui-même prononcé que nul ne doit répudier son épouse sauf le cas de fornication ?

Quant à S. Matthieu, il montre bien ce que doit faire un juste qui constate la faute de son épouse, pour se garder innocent d’un homicide, pur d’un adultère ; car « qui s’unit à une débauchée n’est qu’un corps avec elle» (1 Cor 6, 16). Ainsi, en toute circonstance, Joseph garde le mérite et fait figure de juste, ce qui relève son témoignage ; car la bouche du juste ignore le mensonge et sa langue parle justice, son jugement profère la vérité.

Ne soyez pas ému si l’Écriture l’appelle souvent épouse : elle n’exprime pas la perte de sa virginité, mais témoigne des épousailles et de la célébration des noces ; aussi bien nul ne répudie celle qu’il n’a pas prise pour épouse : donc vouloir la répudier, c’est reconnaître qu’il l’avait épousée. Il ne faut pas davantage s’émouvoir des paroles de l’évangéliste : « il n’eut pas de rapports avec elle jusqu’à ce qu’elle mit au monde un fils » (Mt 1, 25). Ou bien c’est là une locution scripturaire que vous rencontrez ailleurs : « Jusqu’à votre vieillesse, je suis » (Is 46, 4) ; est-ce qu’après leur vieillesse Dieu a cessé d’être ? Et dans le psaume : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds » (Ps. 109, 1) ; serait-ce qu’après cela il ne sera plus assis ? Ou bien encore, c’est qu’en plaidant une cause on estime suffisant de dire ce qui a trait à la cause et on ne s’enquiert pas du surplus ; il suffit en effet de traiter la cause dont on s’est chargé, en ajournant l’incident. Ayant donc entrepris de montrer que le mystère de l’Incarnation fut exempt de tout commerce charnel, on n’a pas cru devoir pousser plus loin l’attestation de la virginité de Marie, pour ne point sembler défendre la Vierge plus qu’affirmer le mystère. Certes, en nous apprenant que Joseph était juste, on indique suffisamment qu’il n’a pu profaner le Temple de l’Esprit Saint, la Mère du Seigneur, le sein consacré par le mystère.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Ambrósium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez accordé à votre peuple le bienheureux Ambroise pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui fut sur cette terre Docteur de la vie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Guéranger (1805-1875) à Saint Ambroise

Nous vous louerons, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël ; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Épouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

Antiennes

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Ambrosi, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Ã. Ecce rex veniet Dominus terræ et ipse auferet iugum captivitatis nostræ.

Ã. Voici venir le Roi, le Seigneur de la terre, et lui-même ôtera le joug de notre captivité.

Antienne grégorienne “Ecce Rex veniet"

Antienne Ecce Rex veniet

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Dimanche 6 décembre (ReConfinement J38) : 2ème dimanche de l’Avent

Annonces

Demain, lundi 7 décembre : jour de jeûne et d’abstinence pour la Vigile de l’Immaculée Conception.

En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Saint Alphonse

Prenez l’habitude de vous entretenir seul à seul avec Dieu, familièrement, avec confiance et amour, comme avec l’ami le plus cher que vous ayez, et le plus affectueux.

Sermon

Message de Saint Jean-Baptiste au Christ (Mt 11, 2-6) : commentaire de Dom Delatte

Depuis de longs mois, saint Jean-Baptiste était incarcéré à Machéronte. Hérode Antipas lui témoignait quelque déférence et s’entretenait avec lui volontiers (Mc 6, 20). La captivité de Jean n’était pas tellement rigoureuse que ses disciples n’eussent accès auprès de lui. Ils lui racontèrent ce qui se passait dans la Galilée : comment Jésus de Nazareth accomplissait de grands prodiges, entraînait des foules à sa suite, accueillait les pécheurs, faisait bon marché de la casuistique des pharisiens et entrait en conflit avec eux. Les récits qui passent par beaucoup de bouches se teignent, en chemin, des dispositions variées de chacun et, finalement, sont de moins en moins d’accord avec la réalité. N’oublions pas les sentiments de rivalité qui animaient certains disciples de Jean à l’égard des disciples du Seigneur, et un peu à l’égard du Seigneur lui-même (Io 3, 25-26) ; ces dispositions n’avaient pu que s’accentuer après l’emprisonnement du Précurseur. On conçoit bien que les rapports qui parvenaient à celui-ci fussent très divers. Quoi qu’il en soit, saint Jean manda un jour deux de ses disciples et les députa vers Jésus, avec mission de lui demander : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

La question est reproduite dans les mêmes termes par les deux évangélistes. Elle crée une difficulté réelle et les solutions sont diverses. Écartons d’abord celle de Tertullien, pour qui la foi de saint Jean-Baptiste aurait subi une réelle éclipse, par soustraction de la lumière du Saint-Esprit. Si Jean-Baptiste n’avait pas cru au Seigneur, il ne lui aurait pas envoyé d’ambassade ; il eût été puéril d’aller demander à un homme de qui l’on doute un témoignage sur son propre cas ! Et quelle démonstration aurait pu convaincre celui que ni la voix céleste, ni la vue de la colombe, ni la parole intérieure n’avaient pu persuader ? — L’explication qui a rallié le plus de suffrages, et celui notamment de saint Jean Chrysostome, veut que l’intention de saint Jean ait été d’éclairer ses disciples, et non lui-même ; de rendre ainsi sous une forme détournée un nouveau témoignage au Seigneur. Ils étaient étonnés, scandalisés, et ne reconnaissaient point en Jésus le signalement du Messie. « Allez donc le voir, aurait dit saint Jean, rendez-vous compte par vous-mêmes, et demandez-lui la lumière. » Mais ici encore le texte de l’évangile semble contraire : c’est bien de Jean-Baptiste que vient la question, c’est à lui que la réponse est adressée. D’ailleurs, étant donné l’état d’esprit des disciples de Jean, son autorité était plus efficace que toute autre pour les convaincre.

Cherchons encore. Sans doute, la foi de saint Jean demeure intacte ; il ne peut démentir, lui, le saint incomparable, l’acte de foi si complet qui a commencé son ministère ; mais il est encore un homme. Il touche à la fin de sa vie : c’est l’heure des tentations suprêmes, de celles qui éprouvent et couronnent la sainteté. Il advient parfois aux meilleurs ouvriers de Dieu d’être visités, vers la dernière heure de leur vie, par une tentation redoutable : une sorte de vision du néant : « Si je m’étais trompé! Si ma vie était vaine! S’il n’y avait ni Dieu, ni âme, ni éternité… » Ainsi leur est demandé un acte de foi qui scelle définitivement leur persévérance et leur fidélité. Or, la captivité de Jean-Baptiste se prolonge; le roi impudique auquel il a rappelé la loi divine n’a pas obéi à ses réclamations ; celui-là même dont il connaît bien et la personne et la mission, cet Agneau de Dieu qu’il a désigné du doigt comme étant le Sauveur d’Israël, pourquoi tarde-t-il? pourquoi s’est-il retiré dans l’obscurité de la Galilée? pourquoi consent-il à entrer dans toutes ces contestations avec la Synagogue, au lieu de fonder le Royaume de Dieu?… Ce ne serait qu’une tentation, très compatible avec la fidélité profonde du Précurseur. Et la preuve de cette fidélité demeure impliquée dans la démarche même qu’il provoque : il s’adresse directement au Seigneur, à celui-là seul qui peut dissiper les ombres et à qui l’âme de Jean est attachée pour l’éternité. Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas éprouvé quelque chose de cette angoisse dernière : « Maintenant, mon âme est troublée ; et que dirai-je? Père, sauvez- moi de cette heure » (Io 12, 27). Et dans son agonie, il disait : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26, 39) : il savait bien, pourtant, que le programme de son Père et le sien exigeaient son sang et sa mort. Dans le cas de saint Jean-Baptiste, il s’agit moins, peut-être, d’une tentation que d’une pieuse impatience, d’un vif désir de voir en lui la vraie lumière se donner au monde : « Pourquoi ne venez-vous pas au plus tôt? Pourquoi cette lenteur et cette discrétion calculées? Devons-nous donc espérer en un autre qu’en vous? » Ce qui signifie : Vous êtes l’unique Sauveur et Seigneur, les âmes vous attendent : Veni, Domine Jesu !

Les disciples de saint Jean viennent donc au Seigneur et s’acquittent fidèlement de leur message : « Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, et vous demande : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Et le Seigneur commence par leur donner une leçon de choses. À l’heure même, il multiplie les miracles et les bienfaits ; il guérit les malades et les infirmes, chasse les esprits mauvais ; à nombre d’aveugles il rend la vue. Puis, s‘adressant aux deux disciples : « Allez, leur dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux humbles. » Tout cela était l’accomplissement d’une prophétie d’Isaïe (35, 5-6). Les temps messianiques sont donc ouverts. Et ce qui est surtout caractéristique, ce qui est l’œuvre spéciale du Messie, c’est la sollicitude qu’il témoigne aux petits, aux humbles, aux méprisés, à ceux dont la vie ne compte que devant Dieu : Pauperes evangelizantur (cf. Is 61, 1). Les disciples de saint Jean, sinon saint Jean lui-même, peuvent trouver, dans cette réponse aimable et symbolique, la solution de toutes leurs difficultés. Non, le Messie n’est pas éloigné ; non, il ne faut pas attendre un autre Sauveur que Jésus de Nazareth ; non, l’Agneau ne se dérobe pas à sa mission, il poursuit doucement la longue série de miracles et d’enseignements qui doit lui concilier les âmes de bonne volonté. Mais il en est qui ne consentiront point à l’accueillir, et qui, trompés par leur fausse conception du Messie, trouveront occasion de ruine dans cela même qui était ménagé pour leur salut. « Heureux, dit le Seigneur, celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Voyons dans cette remarque non pas une leçon voilée à l’adresse du Précurseur, mais plutôt une allusion à tous ceux pour qui Jésus sera « une pierre d’achoppement » et de scandale, à la Synagogue notamment.

Saint Nicolas de Myre, évêque et confesseur († ca 350) : leçons des Matines

Nicolas naquit d’une famille illustre, à Patara, ville de Lycie. Ses parents avaient obtenu de Dieu cet enfant par leurs prières. Dès le berceau il fit présager l’éminente sainteté qu’il devait faire paraître dans la suite. On le vit, en effet, les mercredis et vendredis ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fît fréquemment les autres jours. Il conserva toute sa vie l’habitude de jeûner la quatrième et la sixième férie. Orphelin dès l’adolescence, il distribua ses biens aux pauvres. On raconte de lui ce bel exemple de charité chrétienne : un indigent, ne parvenant point à marier ses trois filles, pensait a les abandonner au vice ; Nicolas l’ayant su jeta, la nuit, par une fenêtre, dans la maison de cet homme, autant d’argent qu’il en fallait pour doter une de ces jeunes filles. Ayant réitéré une seconde et une troisième fois cet acte de générosité, toutes trouvèrent d’honorables partis.

Le Saint s’étant entièrement consacré à Dieu, partit pour la Palestine, afin de visiter et de vénérer les lieux saints. Durant son voyage, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer tranquille, l’approche d’une horrible tempête. Elle s’éleva bientôt, et tous les passagers coururent un grand danger : mais il l’apaisa miraculeusement par ses prières. De retour dans sa patrie, il donna à tous les exemples d’une grande sainteté ; et, par un avertissement de Dieu, il se rendit à Myre, métropole de la Lycie. Cette ville venait de perdre son Évêque, et tous les Évêques de la province étaient rassemblés afin de pourvoir à l’élection d’un successeur. Pendant leur délibération ils furent divinement avertis de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et se nommerait Nicolas. Cet ordre du ciel fut exécuté, et Nicolas, trouvé à la porte de l’église, fut créé Évêque de Myre à la grande satisfaction de tous. Durant son épiscopat on vit constamment briller en lui la chasteté, qu’il avait toujours gardée, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité et l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Il ne cessa d’assister les veuves et les orphelins de ses aumônes, de ses conseils et de ses services, il s’employa avec tant d’ardeur à soulager les opprimés, que trois tribuns, condamnés sur une calomnie par l’empereur Constantin, encouragés par le bruit des miracles du Saint, s’étant recommandés à lui dans leurs prières, malgré la distance, Nicolas, encore vivant, apparut à l’empereur avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites impériaux, emmené au loin et jeté en prison. Il y resta jusqu’à l’avènement de l’empereur Constantin, par l’ordre duquel il fut délivré de captivité, revint à Myre, puis se rendit au concile de Nicée, et, avec les trois cent dix-huit Pères de cette assemblée, y condamna l’hérésie arienne. De Nicée, il retourna dans sa ville épiscopale, où, peu de temps après, il sentit sa mort approcher ; élevant les yeux au ciel il vit les Anges venir à sa rencontre, et commença le Psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré. » Arrivé à ce verset : « En vos mains, je remets mon âme », il s’en alla dans la patrie céleste. Son corps fut transporté à Bari dans les Pouilles, où il est honoré par une grande affluence de peuple et avec la plus profonde vénération.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, corda nostra ad præparándas Unigéniti tui vias : ut, per eius advéntum, purificátis tibi méntibus servíre mereámur : Qui tecum.

Oraison

Excitez, Seigneur, nos cœurs pour préparer la route à votre Fils unique, afin que sa venue nous permette de vous servir avec une âme plus pure.

Oratio

Deus, qui beátum Nicoláum Pontíficem innúmeris decorásti miráculis : tríbue, quæsumus ; ut eius méritis et précibus a gehénnæ incéndiis liberémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez rendu illustre par d’innombrables miracles, le bienheureux Pontife Nicolas, accordez-nous, s’il vous plaît, par ses mérites et ses prières d’être préservés des feux de l’enfer.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Venez, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais daignez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâtissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : « Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. » Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : « Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus ! »

Prière d’Adam de Saint-Victor († vers 1140) à Saint Nicolas

Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire. Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ; cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse. Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ; et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ecce in nubibus cæli Dominus veniet cum potestate magna, alleluia.

Ã. Voici que dans les nuées du ciel le Seigneur viendra avec une grande puissance, alleluia.

Antienne grégorienne “Ecce in nubibus”

Antienne Ecce in nubibus