Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Mardi 8 décembre (ReConfinement J40) : Immaculée Conception de Marie

Annonce

Cette page vient clore notre quarantaine spirituelle. Nous continuerons à vous proposer des méditations et prières mais pas quotidiennement. Si vous avez apprécié cette page, pensez à nous aider par une offrande (voir en bas de page).

La Punchline de Saint Anselme

Dieu est le Père des choses créées ; Marie est la mère des choses recréées.

Sermon

Extraits de la Bulle « Ineffabilis Deus » du Pape Pie IX (8 décembre 1954)

Marie fut toujours sans aucune tache.

Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute‑puissante, dont la sagesse atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain ; et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d’accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l’incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l’homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le second. Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes, et l’enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu’elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au‑dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur.

Raison de ce privilège : la maternité divine.

Et certes, il convenait bien qu’il en fût ainsi, il convenait qu’elle resplendît toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite, qu’elle fût entièrement préservée, même de la tache du péché originel, et qu’elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l’ancien serpent, cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, Celui qu’il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu’il aime comme lui‑même, et de le lui donner de telle manière qu’il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui‑même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint‑Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.

L’Immaculée Conception est une vérité révélée.

Cette innocence originelle de l’auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l’Église catholique qui, toujours enseignée par l’Esprit‑Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l’a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l’exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n’a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C’est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l’esprit des fidèles, et propagée d’une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l’Église elle‑même a manifesté son sentiment d’une manière si significative, lorsqu’elle n’a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l’Église ne célèbre de fêtes qu’en l’honneur de ce qui est saint. C’est pour la même raison, qu’empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Écritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge ; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l’Incarnation de la Sagesse divine.

L’enseignement ordinaire de l’Église sur l’Immaculée Conception.

Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez quel zèle l’Église romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, a montré pour cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge ; toutefois, il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de l’autorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu’elle est le centre de la vérité et de l’unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, et celle dont il faut que toutes les autres Églises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Église romaine n’a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l’Immaculée Conception : c’est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d’actes importants des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des apôtres, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ lui‑même a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l’Église universelle.

L’enseignement ordinaire de l’Église par le culte liturgique.

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d’instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l’Église romaine, et d’en relever l’importance et la dignité par un office propre et par une messe propre où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l’Immaculée Conception ; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l’honneur de l’Immaculée Conception ; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l’Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s’engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l’Église avec la même solennité que la fête de la Nativité ; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l’Église universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

L’enseignement doctrinal de l’Église.

Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que l’un ne peut avoir de consistance et de durée si l’autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs, en même temps qu’ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l’objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c’était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l’Église, l’opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n’était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l’Église honorait. Ils n’ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, prétendaient qu’à la vérité c’était bien la Conception qu’on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception. Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu’il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d’une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII (Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661), l’un de Nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l’Église : « C’est assurément, dit‑il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l’abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception. »

Mais surtout Nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n’ont jamais souffert que cette doctrine fût l’objet d’un blâme ou d’une censure quelconque ; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d’accord avec le culte de l’Église, et qu’on la considérait à bon droit comme telle ; que c’était l’ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l’Église romaine s’était chargée elle‑même de la favoriser et de la défendre ; enfin, qu’elle était tout à fait digne d’avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l’abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l’opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.

La tradition des Anciens et des Pères.

Cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l’Église ; l’Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l’a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d’une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique ; mais, de tout temps, elle l’a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d’une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l’Église d’Orient et de l’Église d’Occident, les plus vénérables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Église de Jésus‑Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée.

L’antithèse de la première et de la seconde Ève.

Les Pères ont exprimé, aussi unanimement qu’éloquemment, que la très glorieuse Vierge, Celle en qui le Tout‑Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d’une telle effusion de tous les dons célestes, d’une telle plénitude de grâces, d’un tel éclat de sainteté, qu’elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef‑d’œuvre de tous les miracles ; qu’elle a été la digne Mère de Dieu, qu’elle s’est approchée de Dieu même autant qu’il est permis à la nature créée, et qu’ainsi elle est au‑dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes. C’est aussi pour cela, qu’afin d’établir l’innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l’ont très souvent comparée avec Eve encore vierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu’elle eût été trompée par le piège mortel de l’astucieux serpent, mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.

Tout cela est plus clair que le jour ; cependant, comme si ce n’était point assez, les Pères ont, en propres termes et d’une manière expresse, déclaré que, lorsqu’il s’agit de péché, il ne doit pas en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie parce qu’elle a reçu plus de grâce, afin qu’en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts. Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu’elle avait vivifié sa postérité ; que le Très-Haut l’avait choisie et se l’était réservée dès le commencement des siècles ; que Dieu l’avait prédite et annoncée quand il dit au serpent : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme » (Gn 3, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent ; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l’âme, et de l’intelligence ; qu’elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu’unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n’avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu’elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

Définition dogmatique de l’Immaculée Conception.

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que condamnés par leur propre jugement ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église ; et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s’ils osent exprimer ce qu’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.

Résultats espérés.

En vérité, Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l’allégresse ; et Nous rendons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de Notre part, d’offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde ; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l’honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante de l’univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation ; la gloire la plus belle, l’ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Église ; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l’Église catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu’elle règne d’une mer à l’autre et depuis les rives du fleuve jusqu’aux extrémités du monde ; qu’elle jouisse d’une paix entière, d’une parfaite tranquillité et liberté ; que les coupables obtiennent leur pardon les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours ; que tous ceux qui sont dans l’erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu’il n’y ait plus qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur.

Que les enfants de l’Église catholique, Nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu’animés chaque jour d’une piété, d’une vénération, d’un amour plus ardents, ils continuent d’honorer, d’invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle ; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même l’affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des  saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficacement par toute la puissance des prières maternelles, et trouve ce qu’elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.

Promulgation.

Enfin, pour que cette définition dogmatique par Nous prononcée touchant l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l’Église universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu’il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de Notre déclaration, décision et définition ou bien d’y porter atteinte et de s’y opposer. Que si quelqu’un avait la hardiesse de l’entreprendre, qu’il sache qu’il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année mil huit cent cinquante quatrième de l’Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l’an 1854, de Notre pontificat le neuvième.

Prières

Oratio

Deus, qui per immaculátam Vírginis Conceptiónem dignum Fílio tuo habitáculum præparásti : quæsumus ; ut, qui ex morte eiúsdem Filii tui prævísa eam ab omni labe præservásti, nos quoque mundos eius intercessióne ad te perveníre concédas. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, nous vous en supplions, vous qui, en prévision de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, accordez-nous, par son intercession, d’être purifiés et de parvenir jusqu’à vous.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie, à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous. Ainsi soit-il.

Prière d’Eadmer de Canterbury (vers 1060-1124)

Ô vous, bienheureuse entre toutes les femmes ! Car Dieu a voulu faire de vous sa mère, et parce qu’il l’a voulu, il l’a fait. Que dis-je ? Il a fait de vous sa mère, lui le créateur, le maître et le souverain de toutes choses, lui l’auteur et le seigneur de tous les êtres non seulement intelligibles mais de ceux qui dépassent toute intelligence. Il vous a faite, ô Notre Dame, sa mère unique et par là il vous a constituée en même temps la maîtresse et l’impératrice de l’univers. Vous êtes donc devenue la souveraine et la reine des cieux, des terres et des mers, de tous les éléments et de tout ce qu’ils contiennent, et c’est pour être tout cela qu’il vous formait par l’opération du Saint-Esprit dans le sein de votre mère dès le premier instant de votre conception. Il en est ainsi, ô bonne Dame, et nous nous réjouissons qu’il en soit ainsi.

Prière de Saint Anselme de Canterbury (1033-1109)

Ô Vierge d’un mérite incomparable et qui n’avez jamais eu de modèle, Vierge sans seconde, Vierge Mère, le seigneur s’est lui-même fait le gardien de la virginité de votre corps et de la virginité de votre âme, afin de pouvoir dignement revêtir en votre sein cette chair qui est le prix de notre rédemption. Je vous en supplie, ô très Miséricordieuse, et grâce à qui, après Dieu, le monde tout entier a été sauvé, intercédez pour moi qui suis tout couvert de la boue du péché et souillé de toutes les iniquités, afin que Dieu accorde à cette âme toute misérable l’amour de la pureté et la passion de la chasteté. Malheureux que je suis, j’ai perdu la grâce de l’innocence et celle de la sainteté ; j’ai violé en moi-même la majesté du temple de Dieu. Mais que fais-je ? Ne voilà-t-il pas que je raconte mes impuretés à la plus immaculée de toutes les oreilles. J’ai horreur de moi, ô ma Dame. Ma conscience m’accuse. Je sens, comme Adam, ma nudité mauvaise. Je me vois mourir. À qui donc irai-je montrer la blessure de mon âme, exposer ma douleur, dire mes larmes ? Et comment pourrai-je recouvrer la santé s’il ne m’est plus permis d’entrer dans ce lieu de repos de la miséricorde éternelle ? Dame, ayez pitié de moi ; ayez pitié de ce citoyen de votre royaume qui s’est banni lui-même de votre domaine céleste, et qui, après un long exil, après de longs soupirs, après de cruelles déceptions et des tortures sans nombre, revient enfin à sa consolatrice et à sa Mère.

Je me rappelle ici, et ce souvenir m’est bien doux, que pour encourager tous les pécheurs à s’adresser à votre incomparable patronage, vous avez bien voulu révéler votre nom délicieusement mémorable à un de vos serviteurs qui allait mourir. Comme il était dans les affres de l’agonie, vous lui êtes apparue : « me reconnais-tu ? » et il vous a répondu tout tremblant : « non, Dame, je ne vous reconnais point ». Alors avec quelle bonté, avec quelle tendresse, avec quelle familiarité, vous lui avez dit : « je suis la Mère de miséricorde ». Non, non, il n’y a personne qui puisse recevoir la confidence de nos misères, de nos calamités et de nos larmes ; il n’y a que vous, ô Marie, qui êtes vraiment, qui êtes indubitablement la Mère de miséricorde. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée, Mère d’amour, Mère de pardon, Mère de bonté, ouvrez votre cœur si aimant, et accueillez dans ce cœur le malheureux qui est mort en son péché. Et ce malheureux, c’est moi.

Voici l’enfant prodigue qui revient : il est nu, il a les pieds broyés, il arrive d’un lieu horrible, il sort d’une obscurité immonde et infecte. Et il soupire et il crie, et il appelle sa Mère : car il se souvient que vous l’avez bien des fois couvert quand il était nu, réchauffé quand il avait froid, et excusé auprès de son père. Quel père et comme il est bon ! Quelle Mère et comme elle est douce ! Reconnaissez donc en nous ces enfants que votre fils unique, Jésus, n’a pas rougi d’appeler ses frères. Vous avez senti le glaive percer votre cœur à la vue de votre Fils très innocent qu’on avait mis en croix : comment ne pourriez vous pas pleurer sur vos fils adoptifs, qui, comme moi, sont morts dans leur péché ? Comment pourriez-vous, à leur vue, contenir vos sanglots et vos gémissements maternels ? Nous sommes entrainés par l’ennemi, arrachés à notre patrie et jetés en captivité. Et il n’y a personne pour nous délivrer, personne pour nous racheter, personne enfin qui se lève un matin et consente à se faire caution pour nous !

Levez-vous, ô Vierge ; levez-vous, Miséricordieuse. Entrez dans le sanctuaire céleste où Dieu écoute les prières, et restez là, vos mains étendues, vos mains qui sont immaculées, devant cet autel d’or où se fera la réconciliation de Dieu et de l’homme. Et vous nous obtiendrez aisément tout ce que nous osons demander par votre intercession. Et les crimes qui nous remplissent de crainte seront, grâce à vous, pardonnés. Est-ce qu’il pourrait vous laisser longtemps à ses pieds, priant pour nous, celui que, douce Mère, vous avez si souvent consolé, alors qu’il était un petit enfant vagissant. Et qui mériterait d’apaiser la colère de ce juge, si ce n’est celle qui a mérité d’être sa Mère ? N’hésitez donc pas, ô ma Dame.

Ce Dieu que vous allez prier, c’est mon salut et ma gloire, c’est aussi ma chair, c’est notre tête à tous. Il nous connait ; il connait bien son œuvre. Honneur des Vierges, souveraine des nations, reine des anges, fontaine des jardins fermés, virginité sans tâches, ô Marie, tendez la main à un malheureux qui se voit perdu. Il n’a pas l’audace d’espérer encore la robe des anges. Mais, du moins, qu’il reçoive de vous une robe nuptiale, pour s’asseoir au banquet du ciel, ne fût-ce qu’à la dernière place. Enfin, si je ne mérite point, et par là même que je ne mérite pas de m’approcher plus près de ces chœurs odorants et fleuris qui chantent votre gloire là-haut, faites du moins que, de loin, de bien loin, je mérite de voir et d’entendre ces processions et ces concerts du paradis, et tout ce qu’il y aura dans le ciel de joie, de triomphe et de gloire quand nous vous verrons suivre l’agneau partout où il va.

Vierge d’un mérite incomparable, Vierge souverainement et perpétuellement virginale, la seule des Vierges qui ait été Mère, me voici arrivé à la fin de cette prière, de cette misérable supplication. Et je n’ai à vous demander qu’une seule chose au nom de votre Fils : c’est le souvenir perpétuel, le souvenir toujours présent de votre nom si suave. Que ce soit la nourriture très douce de mon âme. Que ce nom soit présent dans tous mes périls, dans toutes mes angoisses, et qu’il soit le principe de toutes mes joies. Si j’obtiens ce don de Dieu et de vous, je ne crains plus l’éternelle mort. Votre protection et votre grâce ne me quitteront plus jamais. Et quand bien même, je serais plongé au fond de l’enfer, vous m’y viendriez chercher, vous m’en arracheriez et me rendriez victorieusement à votre Fils qui m’a racheté et lavé de son sang, à ce Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne éternellement Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Alma Redemptoris Mater quæ pervia caeli Porta manes, et stella maris succurre cadenti suggere qui curat populum, tu quæ genuisti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem ; Virgo prius, tu posterius Gabrihelis ab ore sumens illud ave, peccatorum miserere.
Ã. Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte, Étoile de la mer, venez au secours de ceux qui chancellent, soyez leur soutien, vous qui prenez soin du peuple. Vous avez enfanté, devant la nature émerveillée, Celui qui vous a créée. Vierge avant, vous l’êtes encore après, en ayant reçu cet « ave » de la bouche de Gabriel : ayez pitié de nous, pécheurs.

Antienne grégorienne “Alma Redemptoris Mater”

Antienne Alma Redemptoris Mater

Ã. Super te Hierusalem orietur Dominus, et gloria eius in te videbitur.

Ã. Sur toi, Jérusalem, se lèvera le Seigneur, et sa gloire en toi se verra.

Antienne grégorienne “Super te Hierusalem”

Antienne Super te Hierusalem

Samedi 21 novembre (ReConfinement J23) : Présentation de la Bse Vierge Marie

Samedi 21 novembre (ReConfinement J23) : Présentation de la Bse Vierge Marie

Samedi 21 novembre (ReConfinement J23) : Présentation de la Bse Vierge Marie

La Punchline de Saint Bernard

Que le nom de Marie ne quitte pas tes lèvres,
Qu’il ne quitte pas ton cœur
Et, pour obtenir la faveur de ses prières,
N’oublie pas les exemples de sa vie.

La Présentation de la Vierge Marie au Temple par Dom Pius Parsch

« C’est aujourd’hui la préface des complaisances de Dieu (l’« eudoxie » du Gloria des anges) et l’annonce de la Rédemption du genre humain ; dans le temple de Dieu la Vierge est vraiment présentée et le Christ annoncé à tous. Disons-lui nous aussi à haute voix : Salut, instrument de la Rédemption divine ! » (Contakion des Grecs)

L’objet de la fête ne figure pas dans la Sainte Écriture, mais dans les apocryphes, spécialement dans ce que l’on nomme le protévangile de Jacques. Après que la future naissance de Marie lui eut été annoncée par un ange, sainte Anne aurait fait vœu de consacrer l’enfant au Seigneur. C’est pourquoi on la porta, après sa naissance, dans une sainte maison où avaient seules accès les vierges d’Israël. Puis, à l’âge de trois ans, elle fut conduite au Temple. Elle y fut élevée comme une colombe et recevait la nourriture de la main d’un ange. Telle est la légende. — La fête fut célébrée en Orient dès le VIIIe siècle et elle y avait même le caractère de solennité chômée. La fête est désignée en Orient sous la dénomination suivante : L’entrée de la Mère de Dieu au Temple. Elle fut introduite dans l’Église Romaine par un envoyé du roi de Chypre qui séjourna à la cour des papes à Avignon (1371). Sixte IV la rendit obligatoire pour l’Église universelle en 472. Pie V supprima la fête, mais elle fut rétablie quelques années plus tard.

La Messe est du commun (Salve sancta). L’Oraison propre demande pour nous la grâce « d’être présentés aussi un jour dans le temple de la gloire de Dieu ». Nous voyons comment la liturgie rapporte tout à notre transfiguration et à notre sanctification (une pensée du temps). Aujourd’hui nous voulons célébrer l’Offertoire de la messe en union avec Marie s’offrant au Temple. Quel entier abandon de la part de Marie et quelles complaisances de la part de Dieu dans cette offrande de la Mère de Dieu !

La prière des Heures. — Saint Ambroise nous trace un beau portrait de la vie cachée de Marie : « Quelles innombrables vertus brillent dans la Vierge incomparable ! Sanctuaire de la pureté, étendard de la foi, soumission de la piété ! Vierge à la maison, elle s’empresse comme associée au service divin, comme mère au Temple. Ô combien de vierges elle accueille par ces mots : « Voici celle qui a gardé dans une pureté immaculée le berceau de mon Fils, la chambre nuptiale. » À quoi bon rappeler avec quelle modération elle prenait sa nourriture, avec quelle abondance elle pratiquait ses devoirs (religieux) ? Cette abondance a dépassé les forces de la nature, cette modération a presque fait défaut aux besoins de la nature. Ici pas d’interruption, là des jours de jeûne successifs. Et, si le désir de refaire ses forces se présentait, la nourriture, ordinairement la première venue, servait plutôt à empêcher la mort qu’à procurer un plaisir. En Marie la recherche du sommeil n’en précédait jamais le besoin. Et, encore, l’âme continuait-elle de veiller pendant que le corps se reposait : en dormant elle pensait à ce qu’elle avait lu ou bien, interrompant le sommeil, elle continuait la lecture, ou bien elle exécutait les résolutions prises ou bien elle en prenait de nouvelles. »

La Vierge Marie, Maison de la Sagesse divine : Sermon de Saint Bernard

« La Sagesse s’est bâtie une maison, elle a taillé sept colonnes » (Prv 9, 1).

Comme le mot sagesse se prend en plusieurs sens, il faut rechercher qu’elle est la sagesse qui s’est bâtie une maison. En effet, il y a la sagesse de la chair qui est ennemie de Dieu. (Rm 8, 7), et la sagesse de ce monde qui n’est que folie aux yeux de Dieu (1 Cor 3, 19). L’une et l’autre, selon. l’apôtre saint Jacques, font la sagesse de la terre, « la sagesse animale, diabolique » (Iac 3, 15). C’est suivant cette sagesse que sont sages ceux qui ne le sont que pour faire le mal, et qui ne savent pas faire le bien; mais ils sont accusés et condamnés dans leur sagesse, selon ce mot de l’Écriture : « Je saisirai les sages dans leurs ruses, je perdrai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants » (1 Cor 1, 19). Il me semble qu’on peut parfaitement et proprement appliquer à ces sages cette parole de Salomon : « Il est encore un mal que j’ai vu sous le soleil, c’est l’homme qui est sage à ses yeux. » Ni la sagesse de la chair, ni celle du monde n’édifie, loin de là, elle détruit plutôt la maison où elle habite. Il y a donc une autre sagesse qui vient d’en haut; elle est avant tout prodigue, puis elle est pacifique. Cette Sagesse c’est le Christ, la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu, dont l’Apôtre a dit : « Il nous a été donné pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption » (1 Cor 1, 30).

Ainsi cette Sagesse qui était la sagesse de Dieu, et qui était Dieu, venant à nous du sein du Père, s’est édifié une demeure, je veux parler de la Vierge Marie sa mère, et dans cette demeure il a taillé sept colonnes. Qu’est-ce à dire, il a taillé dans cette maison sept colonnes, si ce n’est qu’il l’a préparée par la foi et par les œuvres à être une demeure digne de lui? Le nombre trois est le nombre de la foi à cause de la sainte Trinité, et le nombre quatre est celui des mœurs à cause des quatre vertus principales. Je dis donc que la sainte Trinité s’est trouvée dans la bienheureuse Marie, et s’y est trouvée par la présence de sa majesté, bien qu’elle n’ait reçu que le Fils quand il s’est uni la nature humaine : et j’en ai pour garant le témoignage même du messager céleste qui lui découvrit en ces termes le secret de ce mystère : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » : et un peu après : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre » (Lc 1, 28). Ainsi vous avez le Seigneur, vous avez la vertu du Très-Haut et vous avez le Saint-Esprit : en d’autres termes, vous avez le Père, le Fils et le Saint-Esprit. D’ailleurs le Père ne va point sans le Fils, non plus que le Fils sans le Père, de même que le Saint-Esprit, qui procède des deux, ne va ni sans l’un ni sans l’autre, s’il faut en croire ces paroles du Fils : « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Et ailleurs : « Quant à mon Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait tout » (Io 14, 10). Il est clair que la foi de la sainte Trinité se trouvait dans le cœur de la Vierge.

Mais eut-elle aussi les quatre autres colonnes, je veux dire les quatre vertus principales? Le sujet mérite que nous nous en assurions. Voyons donc d’abord si elle eut la vertu de force. Comment cette vertu lui aurait-elle fait défaut quand, rejetant les pompes du siècle et méprisant les voluptés de la chair, elle conçut le projet de vivre pour Dieu seul dans sa virginité? Si je ne me trompe, la Vierge est la femme dont Salomon parle en ces termes : « Qui trouvera une femme forte? Elle est plus précieuse que ce qu’on va chercher au bout du monde » (Prv 31, 10). Telle fut sa force, en effet, qu’elle écrasa la tête du serpent à qui le Seigneur avait dit : « Je mettrai des inimitiés entre la femme et toi, entre sa race et la tienne; elle t’écrasera la tête » (Gn 3, 15). Pour ce qui est de la tempérance, de la prudence et de la justice, on voit plus clair que le jour, au langage de l’Ange, et à sa réponse à elle, qu’elle possédait ces vertus. En effet, à ce salut si profond de l’Ange : « je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous », au lieu de s’élever dans sa pensée, en s’entendant bénir pour ce privilège unique de la grâce, elle garde le silence, et se demande intérieurement ce que pouvait être ce salut extraordinaire. N’est-ce point la tempérance qui la fait agir en cette circonstance? Puis, lorsque l’Ange l’instruit des mystères du ciel, elle s’informe de lui avec soin de la manière dont elle pourrait concevoir et enfanter un fils, puisqu’elle ne connaissait point d’homme; évidemment, dans ces questions, éclate sa prudence. Quant à sa justice, elle la prouve lorsqu’elle se déclare la servante du Seigneur. En effet, on trouve la preuve que la confession est le propre des justes dans ces paroles du Psalmiste : « Ainsi les justes confesseront votre nom, et ceux qui ont le cœur droit demeureront en votre présence » (Ps 139, 14). Ailleurs, on lit encore à propos des justes : « Et vous direz, en confessant ses louanges : « les œuvres du Seigneur sont souverainement bonnes »  » (Sir 39, 21).

Ainsi la bienheureuse Vierge Marie s’est montrée forte dans ses desseins, tempérante dans son silence, prudente dans ses questions et juste dans sa confession. C’est sur ces quatre colonnes des mœurs et sur les trois de la foi dont j’ai parlé plus haut, que la sagesse céleste s’est élevée en elle une demeure; elle remplit si bien son cœur que, de la plénitude de son âme, sa chair fut fécondée et que toute Vierge qu’elle fût, elle enfanta, par une grâce singulière, cette même Sagesse qui s’était revêtue de notre chair, et qu’elle avait commencé par concevoir auparavant dans son âme pleine de pureté. Et nous aussi, si nous voulons devenir la demeure de cette même Sagesse, il faut que nous lui élevions également en nous une demeure qui repose sur les sept mêmes colonnes, c’est-à-dire que nous nous préparions à la recevoir par la foi et les mœurs. Or, dans les vertus morales je crois que la justice toute seule peut suffire, mais à condition qu’elle se trouve entourée et soutenue par les autres vertus. Aussi, pour ne point nous trouver induits en erreur par l’ignorance, il faut que la prudence marche devant ses pas, que la tempérance et la force marchent à ses côtés, la soutiennent et l’empêchent de tomber soit à droite, soit à gauche.

Prières

Oratio

Deus, qui beátam Maríam semper Vírginem, Spíritus Sancti habitáculum, hodiérna die in templo præsentári voluísti : præsta, quæsumus ; ut, eius intercessióne, in templo glóriæ tuæ præsentári mereámur. Per Dóminum . . . in unitáte eiúsdem.

Oraison

Ô Dieu, qui avez voulu qu’en ce jour, la bienheureuse Marie toujours Vierge, en qui résidait l’Esprit-Saint, vous fût présentée au temple ; faites que, grâce à son intercession, nous méritions de vous être présentés dans le temple de votre gloire. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prières de Sainte Mechtilde de Hackeborn

Je vous salue au nom de la toute-puissance du Père, je vous salue au nom de la sagesse du Fils, je vous salue au nom de la bonté du Saint-Esprit, ô très douce Marie, lumière du ciel et de la terre.
Pleine de grâce, et votre plénitude découle sur tous ceux qui vous aiment.
Le Seigneur est avec vous, Fils unique du Père, Fils unique de votre cœur virginal, votre ami et très doux Epoux.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes, car vous avez mis en fuite la malédiction et attiré l’éternelle bénédiction.
Le fruit de vos entrailles est béni, lui le Créateur et le Seigneur de l’univers, qui bénit et sanctifie tout, qui unifie et enrichit toutes choses.

Je vous salue, ô Vierge très illustre, en cette douce rosée qui, du cœur de la très sainte Trinité, se répandit en vous dès l’éternité, à cause de votre bienheureuse prédestination !
Je vous salue, ô Vierge très sainte, en cette douce rosée qui, du cœur de la très sainte Trinité, s’est écoulée en vous durant votre vie très heureuse.
Je vous salue, ô Vierge très noble, en cette douce rosée qui, de la très bienheureuse Trinité, s’est écoulée en vous par la doctrine et la prédication de votre très doux Fils.
Je vous salue, ô Vierge très aimante, en cette douce rosée qui, de la sacrée Trinité, s’est écoulée en vous durant la très amère Passion et la mort de votre Fils.
Je vous salue, ô Vierge très vénérée, en cette douce rosée qui, du cœur de la très sainte Trinité, s’est écoulée en vous. Je vous salue, dans cette joie et cette gloire dont vous jouissez maintenant et dont vous jouirez à jamais, vous qui avez été choisie de préférence à toutes les créatures du ciel et de la terre, avant que le monde fût créé. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Dignare me laudare te, Virgo sacrata; da mihi virtutem contra hostes tuos.

Ã. Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte; donnez-moi la force contre vos ennemis.

Antienne grégorienne “Dignare me"

Antienne Dignare me

Ã. Ave spes nostra, Dei Genitrix intacta ave, illud ave per angelum accipies, ave concipies patris splendorem. Benedicta ave, casta, sanctissima virgo, sola innupta, te glorificat omnis creatura, Matrem luminis.

Ã. Salut, ô notre espérance ! Mère intacte de Dieu, salut ! Vous recevrez ce salut de l’Ange. Salut ! Vous concevrez la Splendeur du Père. Salut, ô bénie, ô chaste, ô très Sainte Vierge, seule intacte. Que toute créature vous glorifie, Mère de la Lumière.

Antienne grégorienne “Ave spes nostra"

Antienne Ave spes nostra

Dimanche après l’Ascension

Dimanche après l’Ascension

Dimanche après l’Ascension

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Bernard

La première œuvre de la Foi, opérant par la Charité, c’est la componction de l’âme, car elle chasse les démons, en déracinant les péchés de notre cœur.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus : fac nos tibi semper et devótam gérere voluntátem ; et maiestáti tuæ sincéro corde servíre. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère.

Sermon de Saint Bernard sur l’Ascension du Sauveur

s« Jésus apparut aux onze apôtres lorsqu’ils étaient à table (Mc 16, 14). » On peut bien dire qu’alors apparurent la bonté de notre Sauveur et son amour pour les hommes (Tit 3, 4). En effet, quelle confiance ne nous donne-t-il point qu’il viendra au milieu de nous, lorsque nous serons en prières, quand nous le voyons arriver parmi ses disciples au moment même où ils sont à table? Oui, dis-je, on a vu apparaître alors la bonté de celui qui connaît le limon dont nous sommes pétris et qui, bien loin de dédaigner nos misères, en a plutôt pitié si nous ne prenons de notre corps le seul soin que la nécessité, non la concupiscence de la chair, veut que nous en prenions. C’est dans cette pensée que l’Apôtre disait : « Soit que nous mangions, soit que nous buvions, ou que nous fassions toute autre chose, faisons tout pour la gloire de Dieu (1 Cor 10, 31). » Peut-être pourrait-on dire aussi que si le Sauveur leur apparut pendant qu’ils étaient à table, c’est parce que, dans une circonstance, les Juifs avaient critiqué la conduite des apôtres qui ne jeûnaient point. Le Seigneur avait répondu : « Les amis de l’Époux ne peuvent être dans le deuil pendant que l’Épouse est avec eux » (Mt 9, 15).

L’Évangéliste continue : « Il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient point ajouté foi aux paroles de ceux qui l’avaient vu ressusciter » (Mc 14, 14). Vous l’entendez, le Christ reprend ses apôtres, que dis-je, le mot de l’Évangile est plus énergique encore, il leur adresse des reproches, et cela, à un moment où il semble qu’il aurait dû se montrer moins sévère, puisqu’il était sur le point de les priver pour toujours de la vue de sa présence corporelle. Mais pourquoi leur reproche-t-il « de n’avoir pas ajouté foi aux paroles de ceux qui l’avaient vu ressusciter ? » Qui sont, en effet, ceux qui ont eu le bonheur de voir de leurs propre yeux le miracle de la résurrection du Seigneur ? Car, on ne lit point dans l’Évangile, et on ne dit nulle part que quelqu’un eut ce bonheur. C’est donc des anges qu’il voulait parler, et, en effet, malgré le témoignage qu’ils rendaient de la résurrection du Sauveur, les apôtres hésitaient à croire aux anges mêmes.

Mais, pour que ces paroles du Psalmiste: « Enseignez-moi la bonté, la discipline et la science » (Ps 118, 66), trouvent leur accomplissement, il faut que la grâce que le Sauveur fait à ses apôtres en les visitant, que son blâme et ses reproches soient suivis d’un enseignement doctrinal, et qu’il leur dise : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16). Que dirons-nous, mes frères, en entendant ce langage ? Ne donne-t-il pas aux gens du monde une confiance excellente, et n’y a-t-il pas lieu de craindre qu’ils n’en abusent pour choyer la chair, et ne comptent outre mesure sur la foi et le baptême, indépendamment des bonnes œuvres ? Mais, avant de le penser, écoutons ce qui suit : « Or, voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru » (Mc 16, 17). Peut-être, ces paroles ne semblent-elles pas moins propres à jeter le découragement parmi les religieux que les premières à inspirer un excès de confiance aux gens du monde. En effet, qui est-ce qui fait les miracles de foi dont il est parlé ici ? Or, sans la foi, nul ne saurait être sauvé, car il est écrit « Celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16). Et encore : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (Hbr 11, 6). Or, je vous le demande, où sont ceux qui chassent les démons, qui parlent de nouvelles langues, qui prennent des serpents dans les mains, sans qu’ils leur fassent du mal ? Eh quoi! s’il n’y a personne, ou du moins, s’il n’y a presque personne qui fasse ces sortes de miracles de nos jours, n’y aura-t-il donc personne de sauvé, ou du moins, n’y aura-t-il que ceux qui peuvent se glorifier de ce pouvoir miraculeux qui, après tout, est beaucoup moins un mérite que la conséquence du mérite, puisque, au jugement dernier, ceux qui diront : « Seigneur, n’avons-nous pas chassé les démons en votre nom, et, toujours en votre nom, n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles ? » (Mt 7, 22) entendront cette réponse du souverain juge : « Je ne vous connais point, retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquités » (Mt 7, 23) ? Où serait d’ailleurs, ce que disait l’Apôtre en parlant du juste juge : « Il rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 6). Si, ce qu’à Dieu ne plaise, si, dis-je, au jugement dernier, il était tenu plus de compte des miracles que des bonnes œuvres ?

Il y des signes plus certains et des miracles plus salutaires que ceux-là, ce sont les mérites. Et je ne crois pas qu’il soit difficile de savoir en quel sens on doit entendre les miracles dont il est parlé en cet endroit, pour qu’ils soient des signes certains de foi, et par conséquent de salut. En effet, la première œuvre de la foi, opérant par la charité, c’est la componction de l’âme, car elle chasse évidemment les démons, en déracinant les péchés de notre cœur. Quant aux langues nouvelles que doivent parler les hommes, qui croient en Jésus-Christ, cela a lieu, lorsque le langage du vieil homme cesse de se trouver sur nos lèvres, et que nous ne parlons plus la langue antique de nos premiers parents, qui cherchaient dans des paroles pleines de malice à s’excuser de leurs péchés (Ps 140, 4). Dès que par la componction du cœur et la confession de la bouche, nos premiers péchés sont effacés, en sorte que nous ne retombons plus dans nos anciennes fautes qui rendaient notre état pire qu’il n’était auparavant, alors nous sommes arrivés au point de prendre les serpents dans nos mains sans qu’ils nous nuisent, c’est-à-dire, nous savons étouffer dans notre cœur les suggestions envenimées du malin esprit. Mais, qu’arrivera-t-il néanmoins si quelque rejeton mauvais vient à pousser des racines qu’il ne nous soit pas possible d’arracher à l’instant même, c’est-à-dire si la concupiscence de la chair assaille notre âme? Il arrivera infailliblement que « le breuvage mortel que nous aurons pu avaler ne nous fera aucun mal » (Mc 16, 18) ; car, à l’exemple du Sauveur, à peine en aurons-nous approché les lèvres que nous ne voudrons point y goûter davantage; non, ce breuvage de mort ne nous fera point de mal; car, il n’y a plus de damnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ : le sentiment de la concupiscence n’est absolument rien sans l’assentiment de notre âme. Mais quoi? La lutte que nous avons à soutenir contre cette affection morbide et corrompue n’en est pas moins pénible et pleine de périls; mais « ceux qui croiront imposeront les mains sur les malades et les malades seront guéris » (Mc 16, 18), c’est-à-dire, ils couvriront ces affections morbides de l’appareil des bonnes œuvres, et ils les guériront par ce remède.

Prières

Prière du Pape Urbain VIII (1568-1644)​ à la Très Sainte Vierge

Salut, Porte d’ivoire du Ciel radieux ; salut, Messagère de la Paix véritable, Flambeau inextinguible du divin Amour, Escorte fidèle des voyageurs, saint Asile de bonté, Port ami et fidèle dans les tempêtes, douce Consolation dans les misères de la vie, Lumière dans les ténèbres, Guide et Appui des âmes fidèles, céleste Impératrice, Bonheur des âmes qui vous sont dévouées, Mère de Dieu, qui, par votre souveraine Puissance, guérissez toute maladie.

Prière de Saint François de Sales (1567-1622) à la Très Sainte Vierge

Je vous salue, très douce Vierge Marie, Mère de Dieu, et vous choisis pour ma très chère mère ; je vous supplie de m’accepter pour votre fils et serviteur ; je ne veux plus avoir d’autre mère et maîtresse que vous. Je vous prie donc, ma bonne, gracieuse et douce Mère, qu’il vous plaise de vous souvenir que je suis votre fils, que vous êtes très puissante et que je suis une créature pauvre, vile et faible. Je vous supplie aussi, très douce et chère Mère, de me gouverner et défendre en toutes mes actions ; car, hélas ! Je suis un pauvre nécessiteux et mendiant qui ai besoin de votre sainte aide et protection. Eh bien donc ! Très Sainte Vierge, ma douce Mère, de grâce faites-moi participant de vos biens et de vos vertus, principalement de votre sainte humilité, de votre excellente pureté et fervente charité ; mais accordez-moi surtout : Ici demandez la grâce que vous désirez. Ne me dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouvez pas, car votre bien-aimé Fils vous a donné toute puissance tant au Ciel que sur la terre. vous n’allèguerez pas non plus que vous ne devez pas, car vous êtes la Mère commune à tous les pauvres enfants d’Adam, et singulièrement la mienne ; ainsi donc, très douce Vierge, puisque vous êtes ma Mère et que vous êtes très puissante, qu’est-ce qui pourrait vous excuser si vous ne me prêtiez votre assistance ? Voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte de m’accorder ce que je vous demande et d’acquiescer à mes gémissements. Soyez donc exaltée dans les Cieux, et, par votre intercession, faites-moi présent de tous les biens et de toutes les grâces qui plaisent à la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, l’objet de tout mon amour pour le temps présent et pour la grande éternité. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Cum vénerit Paráclitus, quem ego mittam vobis a Patre, Spíritum veritátis, qui a Patre procédit, ille testimónium perhibébit de me, allelúia.​

Ã. Lorsque sera venu le Paraclet, que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi, alleluia.

Antienne grégorienne “Cum venerit Paraclitus”

Antienne Cum venerit Paraclitus

Ascension de Notre-Seigneur

Ascension de Notre-Seigneur

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Benoît

Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de notre esprit.

Sermon

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui hodiérna die Unigénitum tuum, Redemptórem nostrum, ad cælos ascendísse crédimus ; ipsi quoque mente in cæléstibus habitémus. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Actes des Apôtres (Act 1, 1-11) commentés par Dom Delatte

Préambule

Comme le troisième Évangile, le livre des Actes contient un préambule adressé par l’Evangéliste saint Luc à un chrétien du nom de Théophile. De part et d’autre même style et même procédé. Seulement, au début des Actes, il est fait allusion formelle à un écrit premier, l’Évangile, qui a précédé les Actes et qui finit précisément où commencent les Actes. Cela suffirait, en dehors même du témoignage de la tradition, pour nous faire conclure que le troisième Évangile et le livre des Actes sont de la même main. Mais, comme il le reconnaît lui-même, au lieu qu’il n’a écrit l’Évangile que sur des documents et des témoignages recueillis auprès des apôtres ou des premiers disciples du Seigneur, saint Luc a pris une part personnelle à un large ensemble des faits racontés dans les Actes. À dater, en effet, du chapitre 16, verset 10, il parle comme compagnon assidu de l’Apôtre saint Paul, à la première personne du pluriel : le récit des voyages et des discours qu’il rapporte trahit le témoin oculaire. Nous avons donc affaire, en dehors même de l’inspiration, à un témoignage de la plus grande autorité, aux mémoires d’un homme qui a vu, à un écrit contemporain des faits qu’il rappelle, à un écrit signé, à un écrit daté, daté deux fois, puisqu’il est dit postérieur à l’Évangile, et qu’il s’arrête brusquement (Act 28, 30) vers l’année 60, ayant été conduit par l’écrivain jusqu’à ce qu’il fût à jour.

Les Actes ne forment donc que le second écrit de saint Luc ; dans un écrit antérieur, il a retracé l’histoire du Seigneur en sa vie mortelle. Non sans doute qu’en ce premier écrit il ait tout rapporté, ni qu’on puisse l’opposer à saint Jean, protestant à la fin de son Évangile qu’il serait impossible de rappeler tout ce que le Seigneur a fait ou enseigné. Mais l’Évangéliste a dit ce qu’il savait, ce que lui apprenaient les témoignages et les documents dignes de foi. Le personnage à qui ont été adressés d’abord l’Évangile, puis le livre des Actes, Théophile, est plus probablement un personnage réel, étranger à la Judée, un converti du paganisme, et sans doute un homme considérable si l’on en juge par l’appellation grecque qui lui est décernée dans l’Évangile, et que l’usage réservait à des personnes constituées en dignité.

Les prédicateurs ne manquent jamais de nous faire remarquer l’ordre dans lequel sont disposés le « facere » (faire) d’abord et le « docere » (enseigner) ensuite, pour nous inviter à la fidélité pratique et nous inspirer l’estime première que nous devons donner aux œuvres. La leçon est bonne : elle ne ressort pas du texte: « facere » ici implique les œuvres accomplies par le Seigneur ; « docere » la doctrine enseignée par lui depuis le début de son ministère jusqu’au jour où, ayant laissé aux apôtres qu’il s’était choisis sous l’influence de l’Esprit de Dieu ses dernières instructions, il fut élevé aux cieux.

L’Ascension du Seigneur

Au cours de ces quarante jours, qui s’écoulent entre la Résurrection et l’Ascension, le Seigneur apparut fréquemment aux siens : les douze apparitions rapportées par l’Évangile ne sont pas sans doute les seules dont le Seigneur ait honoré les siens. Elles avaient pour dessein de créer dans l’esprit des apôtres une conviction absolue de la Résurrection et d’achever l’enseignement de la doctrine sur le royaume de Dieu. C’est du royaume de Dieu qu’avaient parlé le Précurseur, puis le Seigneur lui-même, venu sur terre pour y établir la vraie Théocratie, la souveraineté de Dieu sur toutes les âmes qui aiment et qui croient, la royauté spirituelle dont l’Ancien Testament fut une ébauche, dont le Nouveau Testament est la réalisation, dont l’éternité sera l’achèvement.

Au cours d’un repas ou d’une dernière réunion, il enjoint aux disciples de ne pas se séparer entre eux, de ne pas s’éloigner de Jérusalem, « parce que de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de Dieu » (Is 2, 3), et d’y attendre, ensemble, la venue de l’Esprit de Dieu, promis par le Père et par le Fils. L’Evangile de saint Jean n’était pas écrit encore, mais aucun des apôtres n’ignorait la promesse qui avait été faite du don divin (Io 14, 26 ; 15, 26 ; 16, 7).

C’était à l’Esprit de Dieu qu’il était réservé d’accomplir la révolution religieuse de l’humanité. Sans doute, les apôtres étaient en possession de la grâce surnaturelle et l’Esprit de Dieu les avait investis déjà de leurs privilèges ; mais le Seigneur promet une effusion de l’Esprit de Dieu commune à tous les membres de l’Église : véritable immersion spirituelle qui, quelques jours après, inaugurera dans le monde la royauté de Dieu, y créera une vie sociale nouvelle, en même temps qu’elle abolira, au cœur des apôtres, l’idéal chétif qui les obsédait encore. Cette grande immersion, ce baptême spirituel aura pour dessein la formation d’une humanité nouvelle unie au nouvel Adam. Quand sera-ce ? Le Seigneur ne détermine pas. Il dit : « dans peu de jours ».

Les quarante jours s’étaient écoulés au milieu d’enseignements concernant le royaume de Dieu. Le Seigneur traitait affectueusement, presque familièrement avec ses disciples. Ce qu’il leur disait du royaume, le charme même et la liberté de ces entretiens qui devaient être les derniers suggérèrent aux apôtres une question qui nous montre un côté de leur âme, et leurs secrètes préoccupations. Ils étaient Galiléens ; ils n’avaient pas renoncé encore au rêve de leur enfance, à cet espoir qui avait bercé le peuple juif tout entier, d’un royaume temporel du Messie, restituant au peuple choisi de Dieu l’indépendance, la prospérité, la gloire nationale dont il avait joui au temps de David et de Salomon. Le royaume spirituel dont ils allaient devenir les conquérants prédestinés n’effaçait pas encore en eux toute trace de leurs aspirations nationales. Et voici que le Seigneur va se retirer bientôt, il dit : non post multos hos dies. Et il ne semble pas songer à cette partie de sa mission qui doit restituer à Israël son ancienne grandeur. C’est alors que, dans leur curiosité, dans leur anxiété aussi, ils se réunissent, entourent leur Maître et lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez rendre à Israël sa gloire première ? » La question nous semble naïve, à nous qui savons l’histoire. Après tout, cette question où perçait une préoccupation nationale, valait mieux encore que la demande de Salomé en une rencontre analogue, sollicitant du Seigneur le trône de droite pour l’un, et le trône de gauche pour l’autre de ses fils. Telle qu’elle était d’ailleurs, elle fournissait au Seigneur l’occasion de définir une fois de plus aux yeux des siens la nature de ce royaume nouveau qu’ils allaient eux-mêmes fonder et conquérir.

Peut-être la réponse du Seigneur réserve-t-elle encore, mais dans un avenir indéterminé, une chance de relèvement pour le peuple d’Israël. Du moins il ne l’écarté pas, il détourne seulement les siens d’une recherche curieuse sur un avenir dont Dieu s’est réservé le secret. Aussi bien, l’Apôtre saint Paul dans son épître aux Romains (Rm 11, 15, 24-32), sans promettre non plus aucune restauration nationale, pressent néanmoins qu’Israël, aux derniers jours, se tournera vers Dieu.

Quoi qu’il en soit, les paroles du Seigneur n’accordent ni satisfaction aux préjugés des apôtres, ni aliment à leur curiosité. Elles ont la forme d’une diversion divine, et dessinent une réalité plus étendue et plus glorieuse : au-dessus de l’Israël réduit et étroit, elles montrent l’Israël de Dieu. « Il est des heures et des événements dont le Père s’est réservé le secret. » La mission apostolique ne consistera point à explorer l’avenir, mais à témoigner du passé : non à poursuivre les intérêts d’un royaume terrestre, mais à conquérir pour un empire spirituel et aussi étendu que le monde toutes les âmes de bonne volonté.

Ceux à qui il revient de réaliser un tel programme ne sauraient plus dorénavant s’attarder à d’autres soucis. Et le Seigneur ajoute : « Dès que vous aurez reçu en vous la force de l’Esprit de Dieu, avec plénitude, avec surabondance, vous me rendrez témoignage dans cette Jérusalem qui m’a repoussé, dans toute cette Palestine qui n’a pas voulu de moi ; et au lieu que mon ministère et le vôtre jusqu’à ce jour se sont réduits aux brebis perdues de la maison d’Israël, désormais le vôtre s’étendra jusqu’aux limites de la terre. Je l’ai demandé à mon Père (Io 17, 1-6), votre voix sera conquérante, et se fera entendre jusqu’aux confins du monde. Vous porterez la doctrine nouvelle dans cent régions dont’ vous ignorez la langue, la situation, et même l’existence : au lieu d’une monarchie étroite et resserrée entre la Méditerranée, le Jourdain et le désert, — un royaume universel ; au lieu de l’unité des grands empires réalisée par le fer et la violence, — l’unité dans la pensée et la charité ; enfin au lieu de groupements précaires et instables, — un royaume d’une durée indéfinie, la vraie Théocratie.

C’est ainsi qu’on parlait du Royaume de Dieu sur la montagne des Oliviers, quarante jours après la Résurrection, quelques instants avant l’Ascension.

Et c’est au milieu de ces entretiens que le Seigneur, sous le regard de ses disciples, est porté au ciel. Bientôt un nuage le dérobe à leurs yeux : deux anges, vêtus de blanc, peut-être ceux-là mêmes qui furent au tombeau, apparaissent alors aux disciples attentifs encore à cette région du ciel où leur Maître venait de s’élever : « Hommes de Galilée, disent-ils, pourquoi demeurer ainsi les yeux fixés au ciel ? Ce même Jésus qui vient de vous quitter pour retourner à son Père descendra vers vous, avec la même grâce et la même beauté, de ce ciel où vous l’avez vu monter. »

Prières

Prière de Guerric d’Igny (vers 1087-1157)​

Quoi de plus sublime, ô mon Dieu, que de s’envoler, à la suite de votre Fils, au plus haut des Cieux ? Mais comment pourrait-il soudain prendre son vol pour le Ciel, celui qui ne s’y serait pas exercé tous les jours ? Notre divin Sauveur, durant sa vie mortelle, n’exerçait-il pas ses Apôtres à le suivre dans son Ascension glorieuse, de même que l’aigle excite ses petits à voler et vole lui-même à l’entour pour les provoquer davantage ? Faites, ô mon Dieu, que nous nous prêtions, comme les Apôtres, à ces essais qu’un Dieu favorise. S’il nous voit trop faibles, nous espérons qu’il aura pitié de notre faiblesse, qu’il étendra ses grandes ailes, nous prendra dessus, et nous portera jusqu’au Ciel. Mais accordez-nous, Seigneur, de ne pas être des aiglons trop paresseux ou trop lâches. Saint Paul s’est élevé jusqu’au troisième ciel : le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas ramper. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Bernard (1090-1153) à la Très Sainte Vierge

​Nous élevons les yeux vers vous, ô Reine du monde. Nous devons comparaître devant notre Juge, après tant de révoltes ; qui pourra l’apaiser ? Il n’est personne qui le puisse mieux que vous, ô Vierge Sainte, qui aimez tant ce Juge et en êtes si tendrement aimée. Ouvrez donc, ô Mère de Miséricorde, les oreilles de votre cœur à nos soupirs et à nos prières. Nous nous réfugions sous votre patronage, apaisez le courroux de votre Fils et faites-nous rentrer en grâce avec lui. Vous ne reculez pas à l’aspect du pécheur, quelque infection qu’il exhale, vous ne le méprisez pas s’il soupire vers vous, et que repentant il vous demande votre protection : de votre main compatissante vous éloignez de lui le désespoir : vous l’encouragez à espérer, vous le fortifiez et vous ne l’abandonnez pas avant que vous ne l’ayez réconcilié avec le Juge. Vous êtes cette Femme unique dans laquelle le Sauveur a trouvé son repos, et a déposé sans mesure tous ses trésors. Voilà pourquoi le monde entier, ô ma sainte Reine, honore votre chaste sein, comme le Temple de Dieu, dans lequel a été commencé le Salut du monde. C’est là que s’est faite la réconciliation entre Dieu et l’homme. Mère auguste de Dieu, vous êtes ce jardin fermé dans lequel la main souillée par le péché n’a jamais pénétré pour en cueillir les fleurs. Vous êtes le beau jardin où Dieu a mis toutes les fleurs qui ornent l’Église, et entre autres la violette de l’humilité, le lys de votre pureté et les roses de votre charité. À qui pourrons-nous vous comparer, ô Mère de grâce et de beauté ? Vous êtes le paradis de Dieu. De vous est sortie la Source d’eau vive qui arrose la terre entière. Oh ! Que de bienfaits vous avez apportés au monde, en méritant de devenir un Aqueduc si salutaire ! C’est de vous qu’il est dit : « Quelle est celle qui s’avance brillante comme l’aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil » ? Vous êtes donc venue au monde, ô Marie, comme une aurore resplendissante, précédant par la lumière de votre sainteté la levée du soleil de justice. Le jour où vous êtes apparue au monde peut bien s’appeler un jour de salut, un jour de grâce. Vous êtes belle comme la lune, car de même qu’il n’y a point de planète plus semblable au soleil que la lune, ainsi il n’est pas de créature plus que vous semblable à Dieu. La lune éclaire la nuit avec la lumière qu’elle reçoit du soleil, mais vous êtes plus belle que la lune, parce qu’en vous il n’y a ni tâche, ni ombre. Vous êtes pure comme le soleil : j’entends ce soleil qui a créé le soleil : il a été discerné entre tous les hommes, et vous entre toutes les femmes. Ô douce, ô grande, ô toute aimable Marie ! On ne peut prononcer votre Nom, sans avoir le cœur embrasé d’amour : et ceux qui vous aiment ne peuvent penser à vous qu’ils ne se sentent portés à vous aimer davantage. Ô Sainte Reine, assistez notre faiblesse. Eh ! Qui est plus à même de parler à notre Seigneur Jésus-Christ que vous qui êtes admise à goûter si intimement les douceurs de sa conversation ? Parlez, parlez, Reine du Ciel, votre Fils vous écoute, et vous obtiendrez tout ce que vous Lui demanderez. Ainsi soit-il.

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Dom Delatte

Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier.

Saint Grégoire de Nazianze, Évêque et Docteur de l’Église (329-390)

Grégoire le Théologien (c’est ainsi que les Grecs le nomment) naquit en 329. à Nazianze, en Cappadoce. Il fut une des « trois lumières » de Cappadoce. Sa mère, sainte Nonna, posa les assises de sa sainteté future. Pour sa formation intellectuelle, il visita les écoles les plus célèbres de son temps, celles de Césarée, d’Alexandrie et d’Athènes. Dans cette dernière ville, il noua avec saint Basile une amitié devenue historique. En 381, il célébrait encore cette amitié avec un enthousiasme juvénile. En 360, il reçut le baptême et vécut ensuite pendant quelque temps dans la solitude. En 372, il reçut la consécration épiscopale des mains de saint Basile. Son père, Grégoire, évêque de Nazianze, insista pour qu’il l’aidât dans le ministère des âmes. En 379, il fut appelé au siège de Constantinople. Mais, en raison des nombreuses difficultés qu’il rencontra, il retourna à la solitude tant désirée. Il se consacra entièrement à la vie contemplative. Sa vie se caractérise par une alternance entre la vie contemplative et le ministère des âmes. Tous nos désirs vont vers la solitude, mais les besoins du temps le rappellent sans cesse à la vie active ; il doit prendre part au mouvement religieux d’alors. Ce qui lui valut ses succès, ce fut son éloquence entraînante. Il fut, sans conteste, l’un des meilleurs orateurs de l’antiquité chrétienne. Ses écrits lui ont valu le titre d’honneur de docteur de l’Église. Il rendit son âme à Dieu le 9 mai 390.

Pratique : Nous devons, nous aussi, concilier harmonieusement les deux aspects de la vie religieuse ; la vie de piété et de contemplation qui recherche la solitude, et la vie active, adonnée à la charité et au zèle des âmes, qui convient aux besoins de notre temps. La messe est tirée du commun des docteurs (In medio). Saint Grégoire est vraiment « la lumière placée sur le chandelier, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison (l’Église) » (Évangile). Il fut rempli de « l’Esprit de sagesse et de science » (Int. Ép.). La leçon (Iustus) convient : mieux au caractère contemplatif du saint que celle du commun.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5, 13-16) : commentaire de Dom Delatte

Au moyen de deux comparaisons, le Seigneur détermine la fonction des apôtres et des disciples, et, en eux, de toute l’Église dont ils sont le noyau. Cette fonction est toujours considérée comme universelle dans son exercice : sal terrae, lumen mundi ; le règne de Dieu doit grouper l’humanité entière. Ce qui a déterminé saint Matthieu à placer ici des éléments de doctrine que saint Luc (Lc 8, 16 ; 11, 33 ; 14, 34-35) et saint Marc (Mc 4, 21 ; 9, 49) ont rapportés dans des conditions historiques différentes, c’est peut-être le rapport qui existe entre les persécutions qui viennent d’être prophétisées et l’affadissement qu’elles produisent trop souvent chez les persécutés. La persécution est déprimante ; seules les trempes courageuses et surnaturellement soutenues de Dieu sont capables de dire « quand même ! » à tout danger et à toute menace. La tentation, alors, c’est le libéralisme, la disposition d’esprit qui nous fait composer avec la persécution, la faiblesse secrète qui nous fait réduire la vérité à cette proportion chétive où elle cessera d’être un scandale pour le monde et un péril pour nous. Or, la doctrine et la fonction des apôtres ne sont pas des biens personnels, sur lesquels ils aient qualité pour consentir des concessions. On laisse conclure au monde qu’une doctrine n’est point divine lorsqu’il semble loisible aux hommes de la réduire, de l’humilier à leur gré. Apôtres et chrétiens, vous êtes le sel de la terre ; gardez-vous de vous affadir ! Dès lors que vous n’agirez plus sur le monde pour en limiter la corruption, ce sera le monde qui agira sur vous. Le sel s’affadit dans l’eau ; il se souille dans la poussière.

Et la conséquence est double ; elle atteint Dieu, elle atteint l’apôtre lui-même ou le chrétien. Elle atteint Dieu, qui avait eu confiance, qui comptait sur son ministre pour transformer le monde. In quo salietur? Nous ne traduisons pas : « Avec quoi salera-t-on ? » au sens impersonnel ; mais bien : « Qui lui rendra sa saveur? » Comment guérir, s’il est volontairement malade, celui-là même, celui-là seul à qui l’on avait confié l’office de guérir? Le plan divin est comme déconcerté. Et il y a déchéance pour celui qui se dérobe à Dieu. Le Seigneur lui avait donné action sur le monde : en désertant son œuvre, il perd sa raison d’être ; il n’a plus de titre à exister. On ne sait plus qu’en faire. Ce n’est plus qu’un être de rebut, inutile, encombrant. Il est nuisible même ; gardez-vous de le répandre sur une terre féconde ; il la rendrait stérile. Les anciens semaient du sel sur les villes maudites, afin de signifier qu’elles ne se relèveraient jamais. Celui qui s’est dérobé à Dieu n’est bon qu’à être jeté sur les chemins, comme un sel affadi, pour être foulé aux pieds des hommes et des bêtes.

« Vous êtes la lumière du monde. » C’est le Seigneur qui est la Vie et la Lumière ; mais c’est le Seigneur encore qui donne aux siens d’être, par la communion avec lui, vie et lumière. Observons la nature des métaphores employées pour dessiner la mission des apôtres et des chrétiens. On ne leur dit pas : Vous êtes la foudre ! On leur dit : Vous êtes le sel, une substance active, qui fait le bien sans violence ; vous êtes la lumière, une puissance bienfaisante, mais douce, aimable, et qui agit silencieusement. — « Une ville ne peut demeurer cachée, lorsqu’elle est située sur une montagne. » Des commentateurs, qui aiment à voir le Seigneur puiser dans les circonstances extérieures, dans le spectacle de la nature environnante, la matière et l’occasion de son enseignement, ont supposé que, de la montagne des Béatitudes, on apercevait, sur un des contreforts de l’Antiliban, soit la ville de Séphet, soit la bourgade de Thabor. L’hypothèse n’est pas invraisemblable. On peut croire, pourtant, que la pensée du Sauveur se porte plutôt vers la prophétie d’Isaïe (Is 2, 2) et de Michée (Mich 4, 1) : « Et il arrivera, dans les derniers jours, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes, élevée au-dessus des collines, et tous les peuples afflueront vers elle. » La cité que Dieu a placée à dessein sur la montagne, afin qu’elle fût visible de partout, ne saurait échapper aux yeux. Sa fonction, sa raison d’exister, c’est d’être visible, nécessairement visible, et d’attirer vers elle, vers sa grande clarté, les hommes égarés hors de leur chemin. Le rôle de la lumière est d’appeler à soi ; et c’est pour cela que, dans une maison, lorsqu’on allume une lampe, on ne la met pas sous le boisseau, on ne la coiffe pas sottement d’un vase opaque ; mais on la place sur le chandelier, de sorte qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la demeure. La fonction des apôtres et des fidèles, en d’autres termes, la fonction de l’Église, vraie théophanie, est d’agir sur ceux qui sont dehors et sur ceux qui sont dedans.

De même donc, poursuit le Seigneur, que la lumière avertit et guide ceux qui sont dans la maison ; de même, la lumière de votre doctrine, appuyée par une vie conforme à vos enseignements, doit briller aux yeux des hommes. Non pas que nous devions briller dans le dessein que les hommes nous admirent, ni que nous agissions jamais comme en spectacle et sur la scène, pour être vus. Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier. Notre vie est ordonnée par notre conscience et par le devoir d’être, dans la pratique, ce que nous sommes en réalité. La traduction exacte de ce passage, comme le remarquait autrefois déjà saint Grégoire le Grand, est celle-ci : Que la lumière que vous êtes brille aux yeux des hommes, de telle sorte que, voyant vos bonnes œuvres, ils rendent hommage à celui qui en est le principe, l’agent principal, et le terme : votre Père céleste. C’est lui qui remporte les victoires ; même en nous couronnant, Dieu ne couronne que ses dons.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Gregórium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Grégoire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

C’est par vos entrailles innocentes et toutes pures, par vos entrailles ruisselantes de miséricorde, qu’est descendu le Fleuve des miséricordes, véritable déluge de grâces inondant le monde, et le purifiant de ses souillures. Par vos paroles qui distillaient un miel d’une incomparable douceur, notre Tout-Petit a grandi jusqu’à devenir homme parfait, il a pu supporter, dans la force de sa patience, la charge de notre faiblesse : « vraiment il a pris sur lui nos langueurs, il a porté lui-même toutes nos douleurs ». C’est vous qui lui avez donné des épaules pour les porter, puisque c’est de votre chair qu’il a reçu un corps capable de sacrifice. Par vous il est descendu, par vous le Tout-Petit est venu jusqu’aux petits misérables, lui qui, dans notre procès, vous a établie notre Avocate ; lui qui vous a donnée au monde comme un merveilleux présent. C’est vous qu’il a choisie comme chemin pour venir jusqu’à nous, c’est vous qu’il a disposée comme voie à suivre pour regagner notre Patrie. Oh ! Chemin exempt d’obstacles et de dureté, exempt d’ignorance et d’erreur. Oh ! Voie de salut ouverte à tous, voie où ne se rencontre ni le péché, ni la malice, ni l’ennui, ni le labeur. Vous êtes toute suave, toute lumineuse, toute douce, toute droite, tendre et pleine de paix, vous qui faites parvenir jusqu’à nos cœurs la Lumière émanée du cœur du Père céleste, et qui, nous parlant au cœur, attirez en vous les cœurs des fidèles. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Gregori, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Grégoire, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.