Ascension de Notre-Seigneur

Ascension de Notre-Seigneur

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Saint Benoît

Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de notre esprit.

Sermon

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui hodiérna die Unigénitum tuum, Redemptórem nostrum, ad cælos ascendísse crédimus ; ipsi quoque mente in cæléstibus habitémus. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Actes des Apôtres (Act 1, 1-11) commentés par Dom Delatte

Préambule

Comme le troisième Évangile, le livre des Actes contient un préambule adressé par l’Evangéliste saint Luc à un chrétien du nom de Théophile. De part et d’autre même style et même procédé. Seulement, au début des Actes, il est fait allusion formelle à un écrit premier, l’Évangile, qui a précédé les Actes et qui finit précisément où commencent les Actes. Cela suffirait, en dehors même du témoignage de la tradition, pour nous faire conclure que le troisième Évangile et le livre des Actes sont de la même main. Mais, comme il le reconnaît lui-même, au lieu qu’il n’a écrit l’Évangile que sur des documents et des témoignages recueillis auprès des apôtres ou des premiers disciples du Seigneur, saint Luc a pris une part personnelle à un large ensemble des faits racontés dans les Actes. À dater, en effet, du chapitre 16, verset 10, il parle comme compagnon assidu de l’Apôtre saint Paul, à la première personne du pluriel : le récit des voyages et des discours qu’il rapporte trahit le témoin oculaire. Nous avons donc affaire, en dehors même de l’inspiration, à un témoignage de la plus grande autorité, aux mémoires d’un homme qui a vu, à un écrit contemporain des faits qu’il rappelle, à un écrit signé, à un écrit daté, daté deux fois, puisqu’il est dit postérieur à l’Évangile, et qu’il s’arrête brusquement (Act 28, 30) vers l’année 60, ayant été conduit par l’écrivain jusqu’à ce qu’il fût à jour.

Les Actes ne forment donc que le second écrit de saint Luc ; dans un écrit antérieur, il a retracé l’histoire du Seigneur en sa vie mortelle. Non sans doute qu’en ce premier écrit il ait tout rapporté, ni qu’on puisse l’opposer à saint Jean, protestant à la fin de son Évangile qu’il serait impossible de rappeler tout ce que le Seigneur a fait ou enseigné. Mais l’Évangéliste a dit ce qu’il savait, ce que lui apprenaient les témoignages et les documents dignes de foi. Le personnage à qui ont été adressés d’abord l’Évangile, puis le livre des Actes, Théophile, est plus probablement un personnage réel, étranger à la Judée, un converti du paganisme, et sans doute un homme considérable si l’on en juge par l’appellation grecque qui lui est décernée dans l’Évangile, et que l’usage réservait à des personnes constituées en dignité.

Les prédicateurs ne manquent jamais de nous faire remarquer l’ordre dans lequel sont disposés le « facere » (faire) d’abord et le « docere » (enseigner) ensuite, pour nous inviter à la fidélité pratique et nous inspirer l’estime première que nous devons donner aux œuvres. La leçon est bonne : elle ne ressort pas du texte: « facere » ici implique les œuvres accomplies par le Seigneur ; « docere » la doctrine enseignée par lui depuis le début de son ministère jusqu’au jour où, ayant laissé aux apôtres qu’il s’était choisis sous l’influence de l’Esprit de Dieu ses dernières instructions, il fut élevé aux cieux.

L’Ascension du Seigneur

Au cours de ces quarante jours, qui s’écoulent entre la Résurrection et l’Ascension, le Seigneur apparut fréquemment aux siens : les douze apparitions rapportées par l’Évangile ne sont pas sans doute les seules dont le Seigneur ait honoré les siens. Elles avaient pour dessein de créer dans l’esprit des apôtres une conviction absolue de la Résurrection et d’achever l’enseignement de la doctrine sur le royaume de Dieu. C’est du royaume de Dieu qu’avaient parlé le Précurseur, puis le Seigneur lui-même, venu sur terre pour y établir la vraie Théocratie, la souveraineté de Dieu sur toutes les âmes qui aiment et qui croient, la royauté spirituelle dont l’Ancien Testament fut une ébauche, dont le Nouveau Testament est la réalisation, dont l’éternité sera l’achèvement.

Au cours d’un repas ou d’une dernière réunion, il enjoint aux disciples de ne pas se séparer entre eux, de ne pas s’éloigner de Jérusalem, « parce que de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de Dieu » (Is 2, 3), et d’y attendre, ensemble, la venue de l’Esprit de Dieu, promis par le Père et par le Fils. L’Evangile de saint Jean n’était pas écrit encore, mais aucun des apôtres n’ignorait la promesse qui avait été faite du don divin (Io 14, 26 ; 15, 26 ; 16, 7).

C’était à l’Esprit de Dieu qu’il était réservé d’accomplir la révolution religieuse de l’humanité. Sans doute, les apôtres étaient en possession de la grâce surnaturelle et l’Esprit de Dieu les avait investis déjà de leurs privilèges ; mais le Seigneur promet une effusion de l’Esprit de Dieu commune à tous les membres de l’Église : véritable immersion spirituelle qui, quelques jours après, inaugurera dans le monde la royauté de Dieu, y créera une vie sociale nouvelle, en même temps qu’elle abolira, au cœur des apôtres, l’idéal chétif qui les obsédait encore. Cette grande immersion, ce baptême spirituel aura pour dessein la formation d’une humanité nouvelle unie au nouvel Adam. Quand sera-ce ? Le Seigneur ne détermine pas. Il dit : « dans peu de jours ».

Les quarante jours s’étaient écoulés au milieu d’enseignements concernant le royaume de Dieu. Le Seigneur traitait affectueusement, presque familièrement avec ses disciples. Ce qu’il leur disait du royaume, le charme même et la liberté de ces entretiens qui devaient être les derniers suggérèrent aux apôtres une question qui nous montre un côté de leur âme, et leurs secrètes préoccupations. Ils étaient Galiléens ; ils n’avaient pas renoncé encore au rêve de leur enfance, à cet espoir qui avait bercé le peuple juif tout entier, d’un royaume temporel du Messie, restituant au peuple choisi de Dieu l’indépendance, la prospérité, la gloire nationale dont il avait joui au temps de David et de Salomon. Le royaume spirituel dont ils allaient devenir les conquérants prédestinés n’effaçait pas encore en eux toute trace de leurs aspirations nationales. Et voici que le Seigneur va se retirer bientôt, il dit : non post multos hos dies. Et il ne semble pas songer à cette partie de sa mission qui doit restituer à Israël son ancienne grandeur. C’est alors que, dans leur curiosité, dans leur anxiété aussi, ils se réunissent, entourent leur Maître et lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez rendre à Israël sa gloire première ? » La question nous semble naïve, à nous qui savons l’histoire. Après tout, cette question où perçait une préoccupation nationale, valait mieux encore que la demande de Salomé en une rencontre analogue, sollicitant du Seigneur le trône de droite pour l’un, et le trône de gauche pour l’autre de ses fils. Telle qu’elle était d’ailleurs, elle fournissait au Seigneur l’occasion de définir une fois de plus aux yeux des siens la nature de ce royaume nouveau qu’ils allaient eux-mêmes fonder et conquérir.

Peut-être la réponse du Seigneur réserve-t-elle encore, mais dans un avenir indéterminé, une chance de relèvement pour le peuple d’Israël. Du moins il ne l’écarté pas, il détourne seulement les siens d’une recherche curieuse sur un avenir dont Dieu s’est réservé le secret. Aussi bien, l’Apôtre saint Paul dans son épître aux Romains (Rm 11, 15, 24-32), sans promettre non plus aucune restauration nationale, pressent néanmoins qu’Israël, aux derniers jours, se tournera vers Dieu.

Quoi qu’il en soit, les paroles du Seigneur n’accordent ni satisfaction aux préjugés des apôtres, ni aliment à leur curiosité. Elles ont la forme d’une diversion divine, et dessinent une réalité plus étendue et plus glorieuse : au-dessus de l’Israël réduit et étroit, elles montrent l’Israël de Dieu. « Il est des heures et des événements dont le Père s’est réservé le secret. » La mission apostolique ne consistera point à explorer l’avenir, mais à témoigner du passé : non à poursuivre les intérêts d’un royaume terrestre, mais à conquérir pour un empire spirituel et aussi étendu que le monde toutes les âmes de bonne volonté.

Ceux à qui il revient de réaliser un tel programme ne sauraient plus dorénavant s’attarder à d’autres soucis. Et le Seigneur ajoute : « Dès que vous aurez reçu en vous la force de l’Esprit de Dieu, avec plénitude, avec surabondance, vous me rendrez témoignage dans cette Jérusalem qui m’a repoussé, dans toute cette Palestine qui n’a pas voulu de moi ; et au lieu que mon ministère et le vôtre jusqu’à ce jour se sont réduits aux brebis perdues de la maison d’Israël, désormais le vôtre s’étendra jusqu’aux limites de la terre. Je l’ai demandé à mon Père (Io 17, 1-6), votre voix sera conquérante, et se fera entendre jusqu’aux confins du monde. Vous porterez la doctrine nouvelle dans cent régions dont’ vous ignorez la langue, la situation, et même l’existence : au lieu d’une monarchie étroite et resserrée entre la Méditerranée, le Jourdain et le désert, — un royaume universel ; au lieu de l’unité des grands empires réalisée par le fer et la violence, — l’unité dans la pensée et la charité ; enfin au lieu de groupements précaires et instables, — un royaume d’une durée indéfinie, la vraie Théocratie.

C’est ainsi qu’on parlait du Royaume de Dieu sur la montagne des Oliviers, quarante jours après la Résurrection, quelques instants avant l’Ascension.

Et c’est au milieu de ces entretiens que le Seigneur, sous le regard de ses disciples, est porté au ciel. Bientôt un nuage le dérobe à leurs yeux : deux anges, vêtus de blanc, peut-être ceux-là mêmes qui furent au tombeau, apparaissent alors aux disciples attentifs encore à cette région du ciel où leur Maître venait de s’élever : « Hommes de Galilée, disent-ils, pourquoi demeurer ainsi les yeux fixés au ciel ? Ce même Jésus qui vient de vous quitter pour retourner à son Père descendra vers vous, avec la même grâce et la même beauté, de ce ciel où vous l’avez vu monter. »

Prières

Prière de Guerric d’Igny (vers 1087-1157)​

Quoi de plus sublime, ô mon Dieu, que de s’envoler, à la suite de votre Fils, au plus haut des Cieux ? Mais comment pourrait-il soudain prendre son vol pour le Ciel, celui qui ne s’y serait pas exercé tous les jours ? Notre divin Sauveur, durant sa vie mortelle, n’exerçait-il pas ses Apôtres à le suivre dans son Ascension glorieuse, de même que l’aigle excite ses petits à voler et vole lui-même à l’entour pour les provoquer davantage ? Faites, ô mon Dieu, que nous nous prêtions, comme les Apôtres, à ces essais qu’un Dieu favorise. S’il nous voit trop faibles, nous espérons qu’il aura pitié de notre faiblesse, qu’il étendra ses grandes ailes, nous prendra dessus, et nous portera jusqu’au Ciel. Mais accordez-nous, Seigneur, de ne pas être des aiglons trop paresseux ou trop lâches. Saint Paul s’est élevé jusqu’au troisième ciel : le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas ramper. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Bernard (1090-1153) à la Très Sainte Vierge

​Nous élevons les yeux vers vous, ô Reine du monde. Nous devons comparaître devant notre Juge, après tant de révoltes ; qui pourra l’apaiser ? Il n’est personne qui le puisse mieux que vous, ô Vierge Sainte, qui aimez tant ce Juge et en êtes si tendrement aimée. Ouvrez donc, ô Mère de Miséricorde, les oreilles de votre cœur à nos soupirs et à nos prières. Nous nous réfugions sous votre patronage, apaisez le courroux de votre Fils et faites-nous rentrer en grâce avec lui. Vous ne reculez pas à l’aspect du pécheur, quelque infection qu’il exhale, vous ne le méprisez pas s’il soupire vers vous, et que repentant il vous demande votre protection : de votre main compatissante vous éloignez de lui le désespoir : vous l’encouragez à espérer, vous le fortifiez et vous ne l’abandonnez pas avant que vous ne l’ayez réconcilié avec le Juge. Vous êtes cette Femme unique dans laquelle le Sauveur a trouvé son repos, et a déposé sans mesure tous ses trésors. Voilà pourquoi le monde entier, ô ma sainte Reine, honore votre chaste sein, comme le Temple de Dieu, dans lequel a été commencé le Salut du monde. C’est là que s’est faite la réconciliation entre Dieu et l’homme. Mère auguste de Dieu, vous êtes ce jardin fermé dans lequel la main souillée par le péché n’a jamais pénétré pour en cueillir les fleurs. Vous êtes le beau jardin où Dieu a mis toutes les fleurs qui ornent l’Église, et entre autres la violette de l’humilité, le lys de votre pureté et les roses de votre charité. À qui pourrons-nous vous comparer, ô Mère de grâce et de beauté ? Vous êtes le paradis de Dieu. De vous est sortie la Source d’eau vive qui arrose la terre entière. Oh ! Que de bienfaits vous avez apportés au monde, en méritant de devenir un Aqueduc si salutaire ! C’est de vous qu’il est dit : « Quelle est celle qui s’avance brillante comme l’aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil » ? Vous êtes donc venue au monde, ô Marie, comme une aurore resplendissante, précédant par la lumière de votre sainteté la levée du soleil de justice. Le jour où vous êtes apparue au monde peut bien s’appeler un jour de salut, un jour de grâce. Vous êtes belle comme la lune, car de même qu’il n’y a point de planète plus semblable au soleil que la lune, ainsi il n’est pas de créature plus que vous semblable à Dieu. La lune éclaire la nuit avec la lumière qu’elle reçoit du soleil, mais vous êtes plus belle que la lune, parce qu’en vous il n’y a ni tâche, ni ombre. Vous êtes pure comme le soleil : j’entends ce soleil qui a créé le soleil : il a été discerné entre tous les hommes, et vous entre toutes les femmes. Ô douce, ô grande, ô toute aimable Marie ! On ne peut prononcer votre Nom, sans avoir le cœur embrasé d’amour : et ceux qui vous aiment ne peuvent penser à vous qu’ils ne se sentent portés à vous aimer davantage. Ô Sainte Reine, assistez notre faiblesse. Eh ! Qui est plus à même de parler à notre Seigneur Jésus-Christ que vous qui êtes admise à goûter si intimement les douceurs de sa conversation ? Parlez, parlez, Reine du Ciel, votre Fils vous écoute, et vous obtiendrez tout ce que vous Lui demanderez. Ainsi soit-il.

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Samedi 9 mai (Confinement J54) : Saint Grégoire de Nazianze

Déconfinement

Du point de vue pratique, les dispositions du gouvernement français se trouvent ici, et, quant à la vie du Prieuré, il est impératif de vous renseigner au préalable sur les horaires des Offices.

La Punchline de Dom Delatte

Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier.

Saint Grégoire de Nazianze, Évêque et Docteur de l’Église (329-390)

Grégoire le Théologien (c’est ainsi que les Grecs le nomment) naquit en 329. à Nazianze, en Cappadoce. Il fut une des « trois lumières » de Cappadoce. Sa mère, sainte Nonna, posa les assises de sa sainteté future. Pour sa formation intellectuelle, il visita les écoles les plus célèbres de son temps, celles de Césarée, d’Alexandrie et d’Athènes. Dans cette dernière ville, il noua avec saint Basile une amitié devenue historique. En 381, il célébrait encore cette amitié avec un enthousiasme juvénile. En 360, il reçut le baptême et vécut ensuite pendant quelque temps dans la solitude. En 372, il reçut la consécration épiscopale des mains de saint Basile. Son père, Grégoire, évêque de Nazianze, insista pour qu’il l’aidât dans le ministère des âmes. En 379, il fut appelé au siège de Constantinople. Mais, en raison des nombreuses difficultés qu’il rencontra, il retourna à la solitude tant désirée. Il se consacra entièrement à la vie contemplative. Sa vie se caractérise par une alternance entre la vie contemplative et le ministère des âmes. Tous nos désirs vont vers la solitude, mais les besoins du temps le rappellent sans cesse à la vie active ; il doit prendre part au mouvement religieux d’alors. Ce qui lui valut ses succès, ce fut son éloquence entraînante. Il fut, sans conteste, l’un des meilleurs orateurs de l’antiquité chrétienne. Ses écrits lui ont valu le titre d’honneur de docteur de l’Église. Il rendit son âme à Dieu le 9 mai 390.

Pratique : Nous devons, nous aussi, concilier harmonieusement les deux aspects de la vie religieuse ; la vie de piété et de contemplation qui recherche la solitude, et la vie active, adonnée à la charité et au zèle des âmes, qui convient aux besoins de notre temps. La messe est tirée du commun des docteurs (In medio). Saint Grégoire est vraiment « la lumière placée sur le chandelier, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison (l’Église) » (Évangile). Il fut rempli de « l’Esprit de sagesse et de science » (Int. Ép.). La leçon (Iustus) convient : mieux au caractère contemplatif du saint que celle du commun.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5, 13-16) : commentaire de Dom Delatte

Au moyen de deux comparaisons, le Seigneur détermine la fonction des apôtres et des disciples, et, en eux, de toute l’Église dont ils sont le noyau. Cette fonction est toujours considérée comme universelle dans son exercice : sal terrae, lumen mundi ; le règne de Dieu doit grouper l’humanité entière. Ce qui a déterminé saint Matthieu à placer ici des éléments de doctrine que saint Luc (Lc 8, 16 ; 11, 33 ; 14, 34-35) et saint Marc (Mc 4, 21 ; 9, 49) ont rapportés dans des conditions historiques différentes, c’est peut-être le rapport qui existe entre les persécutions qui viennent d’être prophétisées et l’affadissement qu’elles produisent trop souvent chez les persécutés. La persécution est déprimante ; seules les trempes courageuses et surnaturellement soutenues de Dieu sont capables de dire « quand même ! » à tout danger et à toute menace. La tentation, alors, c’est le libéralisme, la disposition d’esprit qui nous fait composer avec la persécution, la faiblesse secrète qui nous fait réduire la vérité à cette proportion chétive où elle cessera d’être un scandale pour le monde et un péril pour nous. Or, la doctrine et la fonction des apôtres ne sont pas des biens personnels, sur lesquels ils aient qualité pour consentir des concessions. On laisse conclure au monde qu’une doctrine n’est point divine lorsqu’il semble loisible aux hommes de la réduire, de l’humilier à leur gré. Apôtres et chrétiens, vous êtes le sel de la terre ; gardez-vous de vous affadir ! Dès lors que vous n’agirez plus sur le monde pour en limiter la corruption, ce sera le monde qui agira sur vous. Le sel s’affadit dans l’eau ; il se souille dans la poussière.

Et la conséquence est double ; elle atteint Dieu, elle atteint l’apôtre lui-même ou le chrétien. Elle atteint Dieu, qui avait eu confiance, qui comptait sur son ministre pour transformer le monde. In quo salietur? Nous ne traduisons pas : « Avec quoi salera-t-on ? » au sens impersonnel ; mais bien : « Qui lui rendra sa saveur? » Comment guérir, s’il est volontairement malade, celui-là même, celui-là seul à qui l’on avait confié l’office de guérir? Le plan divin est comme déconcerté. Et il y a déchéance pour celui qui se dérobe à Dieu. Le Seigneur lui avait donné action sur le monde : en désertant son œuvre, il perd sa raison d’être ; il n’a plus de titre à exister. On ne sait plus qu’en faire. Ce n’est plus qu’un être de rebut, inutile, encombrant. Il est nuisible même ; gardez-vous de le répandre sur une terre féconde ; il la rendrait stérile. Les anciens semaient du sel sur les villes maudites, afin de signifier qu’elles ne se relèveraient jamais. Celui qui s’est dérobé à Dieu n’est bon qu’à être jeté sur les chemins, comme un sel affadi, pour être foulé aux pieds des hommes et des bêtes.

« Vous êtes la lumière du monde. » C’est le Seigneur qui est la Vie et la Lumière ; mais c’est le Seigneur encore qui donne aux siens d’être, par la communion avec lui, vie et lumière. Observons la nature des métaphores employées pour dessiner la mission des apôtres et des chrétiens. On ne leur dit pas : Vous êtes la foudre ! On leur dit : Vous êtes le sel, une substance active, qui fait le bien sans violence ; vous êtes la lumière, une puissance bienfaisante, mais douce, aimable, et qui agit silencieusement. — « Une ville ne peut demeurer cachée, lorsqu’elle est située sur une montagne. » Des commentateurs, qui aiment à voir le Seigneur puiser dans les circonstances extérieures, dans le spectacle de la nature environnante, la matière et l’occasion de son enseignement, ont supposé que, de la montagne des Béatitudes, on apercevait, sur un des contreforts de l’Antiliban, soit la ville de Séphet, soit la bourgade de Thabor. L’hypothèse n’est pas invraisemblable. On peut croire, pourtant, que la pensée du Sauveur se porte plutôt vers la prophétie d’Isaïe (Is 2, 2) et de Michée (Mich 4, 1) : « Et il arrivera, dans les derniers jours, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes, élevée au-dessus des collines, et tous les peuples afflueront vers elle. » La cité que Dieu a placée à dessein sur la montagne, afin qu’elle fût visible de partout, ne saurait échapper aux yeux. Sa fonction, sa raison d’exister, c’est d’être visible, nécessairement visible, et d’attirer vers elle, vers sa grande clarté, les hommes égarés hors de leur chemin. Le rôle de la lumière est d’appeler à soi ; et c’est pour cela que, dans une maison, lorsqu’on allume une lampe, on ne la met pas sous le boisseau, on ne la coiffe pas sottement d’un vase opaque ; mais on la place sur le chandelier, de sorte qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la demeure. La fonction des apôtres et des fidèles, en d’autres termes, la fonction de l’Église, vraie théophanie, est d’agir sur ceux qui sont dehors et sur ceux qui sont dedans.

De même donc, poursuit le Seigneur, que la lumière avertit et guide ceux qui sont dans la maison ; de même, la lumière de votre doctrine, appuyée par une vie conforme à vos enseignements, doit briller aux yeux des hommes. Non pas que nous devions briller dans le dessein que les hommes nous admirent, ni que nous agissions jamais comme en spectacle et sur la scène, pour être vus. Il n’est guère de disposition plus périlleuse que d’agir avec un certain parti pris d’édifier ; elle conduit facilement à l’hypocrisie. Mais c’est chose légitime de nous détourner du mal par crainte de malédifier. Notre vie est ordonnée par notre conscience et par le devoir d’être, dans la pratique, ce que nous sommes en réalité. La traduction exacte de ce passage, comme le remarquait autrefois déjà saint Grégoire le Grand, est celle-ci : Que la lumière que vous êtes brille aux yeux des hommes, de telle sorte que, voyant vos bonnes œuvres, ils rendent hommage à celui qui en est le principe, l’agent principal, et le terme : votre Père céleste. C’est lui qui remporte les victoires ; même en nous couronnant, Dieu ne couronne que ses dons.

Prières

Oratio

Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Gregórium minístrum tribuísti : præsta, quæsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Grégoire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

C’est par vos entrailles innocentes et toutes pures, par vos entrailles ruisselantes de miséricorde, qu’est descendu le Fleuve des miséricordes, véritable déluge de grâces inondant le monde, et le purifiant de ses souillures. Par vos paroles qui distillaient un miel d’une incomparable douceur, notre Tout-Petit a grandi jusqu’à devenir homme parfait, il a pu supporter, dans la force de sa patience, la charge de notre faiblesse : « vraiment il a pris sur lui nos langueurs, il a porté lui-même toutes nos douleurs ». C’est vous qui lui avez donné des épaules pour les porter, puisque c’est de votre chair qu’il a reçu un corps capable de sacrifice. Par vous il est descendu, par vous le Tout-Petit est venu jusqu’aux petits misérables, lui qui, dans notre procès, vous a établie notre Avocate ; lui qui vous a donnée au monde comme un merveilleux présent. C’est vous qu’il a choisie comme chemin pour venir jusqu’à nous, c’est vous qu’il a disposée comme voie à suivre pour regagner notre Patrie. Oh ! Chemin exempt d’obstacles et de dureté, exempt d’ignorance et d’erreur. Oh ! Voie de salut ouverte à tous, voie où ne se rencontre ni le péché, ni la malice, ni l’ennui, ni le labeur. Vous êtes toute suave, toute lumineuse, toute douce, toute droite, tendre et pleine de paix, vous qui faites parvenir jusqu’à nos cœurs la Lumière émanée du cœur du Père céleste, et qui, nous parlant au cœur, attirez en vous les cœurs des fidèles. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Gregori, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Grégoire, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

Mercredi 6 Mai (Conf. J51) : Saint Jean devant la Porte Latine

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange O.P.

Malgré les tristesses parfois accablantes de la vie présente, nous avons trouvé le vrai bonheur ou la paix, du moins au sommet de l’âme, lorsque nous aimons Dieu par-dessus tout, car la paix est la tranquillité de l’ordre, et nous sommes alors unis au principe même de tout ordre et de toute vie.

Saint Jean devant la Porte Latine (Vies des Pères, etc. par Alban Butler et Godescard)

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne connaissaient encore ni le mystère de la croix, ni la nature du royaume de Jésus-Christ, lorsque, par l’organe de leur mère, ils le priaient de les faire asseoir l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche, c’est-à-dire, de leur donner les deux premières places de son royaume. Pouvez-vous, leur dit le Sauveur, boire le calice que je dois boire ? Pouvez-vous participer à mes opprobres et à mes souffrances ? Les deux disciples répondirent affirmativement, et protestèrent à leur divin maître qu’ils étaient dans la résolution de tout endurer pour lui. Alors Jésus leur prédit qu’ils boiraient son calice, et qu’ils auraient beaucoup à souffrir pour la vérité de son évangile. Cette prédiction fut littéralement accomplie dans saint Jacques, lorsque Hérode le fit mourir à cause de la religion qu’il professait.

Quant à saint Jean, qui aimait si tendrement son divin maître, et qui en était si tendrement aimé, on peut dire, sans faire violence au texte sacré, qu’il but du calice du Sauveur, et qu’il en partagea l’amertume lorsqu’il assista à son crucifiement. En effet, son cœur était déchiré par le sentiment des douleurs qu’il lui voyait souffrir ; mais ce n’était encore là qu’un prélude de ses peines. Après la descente du Saint-Esprit, il se vit condamné, avec les autres apôtres, à la prison, aux fouets, aux opprobres. Enfin la prédiction de Jésus-Christ eut son entier accomplissement, lorsqu’il mérita, sous le règne de Domitien (81-96), la couronne du martyre.

L’empereur Domitien, auteur de la seconde persécution générale suscitée à l’église, était universellement haï pour sa cruauté, son orgueil et ses impudicités. Il fut, au rapport de Tacite, encore plus cruel que Néron, et il prenait plaisir à repaître ses yeux du spectacle des exécutions barbares dont l’autre au moins se dérobait ordinairement la vue. Sous son règne, Rome fut inondée du sang de ses plus illustres habitants. Ennemi de tout bien, il bannit ceux qui avaient la réputation d’hommes vertueux, entre autres Dion Chrysostome et le philosophe Epictète; mais ce fut sur les Chrétiens que tombèrent ses principaux coups. Outre qu’il ne pouvait souffrir la sainteté de leur doctrine et de leur vie, qui lui était un reproche tacite de ses crimes, il était encore animé contre eux par cette haine que leur portaient tous les païens.

Saint Jean l’évangéliste vivait encore. Il était chargé du gouvernement de toutes les églises d’Asie, et jouissait d’une grande réputation tant à cause de cette éminente dignité que pour ses vertus et ses miracles. Ayant été arrêté à Éphèse, il fut conduit à Rome l’an 95 de Jésus-Christ. Il parut devant l’empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d’ordonner qu’on le jetât dans une chaudière remplie d’huile bouillante. Il y a toute apparence que le saint apôtre souffrit d’abord une cruelle flagellation, conformément à ce qui se pratiquait à l’égard des criminels qui n’avaient point le droit de bourgeoisie romaine. Quoiqu’il en soit, on ne peut au moins douter qu’il n’ait été jeté dans l’huile bouillante : Tertullien, Eusèbe et saint Jérôme le disent expressément.

Nous ne craignons point d’assurer que le Saint fit éclater une grande joie lorsqu’il entendit prononcer su sentence ; il brûlait d’un ardent désir d’aller rejoindre son divin maître, de lui rendre amour pour amour, et de se sacrifier pour celui qui nous a tous sauvés par l’effusion de son sang. Mais Dieu se contenta de ses dispositions, en lui accordant toutefois le mérite et l’honneur du martyre ; il suspendit l’activité du feu, et lui conserva la vie, comme il l’avait conservée aux trois enfants qui furent jetés dans la fournaise de Babylone. L’huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu’il n’y était entré.

L’empereur fut très frappé, ainsi que la plupart des païens, de cet événement ; mais il l’attribua au pouvoir de la magie. Ce que l’on publiait des prétendus prodiges opérés par le fameux Apollonius de Tyane, qu’il avait fait venir à Rome, ne contribua pas peu à le confirmer dans cette opinion. La délivrance miraculeuse de l’apôtre ne fit donc sur lui aucune impression, ou plutôt elle ne servit qu’à augmenter son endurcissement dans le crime. Il se contenta toutefois de bannir le Saint dans l’île de Pathmos. Ce mauvais prince ayant été assassiné l’année suivante, Nerva, rempli de bonnes qualités, et d’un caractère naturellement pacifique, fut élevé à l’empire. Saint Jean eut la liberté de sortir du lieu de son exil, et de retourner à Éphèse.

Ce fut auprès de la porte appelée Latine par les Romains, qu’il remporta ce glorieux triomphe. Pour conserver la mémoire du miracle, on consacra une église dans cet endroit sous les premiers empereurs chrétiens. On dit qu’il y avait un temple de Diane, dont on changea la destination pour le faire servir au culte du vrai Dieu. Cette église fut rebâtie en 772 par le pape Adrien I. La fête de saint Jean devant la porte Latine a été longtemps chômée en plusieurs églises. Elle a été d’obligation en Angleterre, au moins depuis le douzième siècle jusqu’à la prétendue réforme; mais on la mettait seulement au nombre des fêtes du second rang, auxquelles toute œuvre servile était défendue, excepté le labour des terres. Les Saxons qui s’établirent dans la Grande-Bretagne avaient une dévotion singulière à saint Pierre et à saint Jean l’évangéliste.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia nos úndique mala nostra pertúrbant : præsta, quǽsumus ; ut beáti Ioánnis Apóstoli tui et Evangelístæ intercéssio gloriósa nos prótegat. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui nous voyez troublés par les maux qui nous arrivent de toutes parts, faites, nous vous en prions, que la glorieuse intercession du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, nous serve de protection.

Prière d’Adam de Perseigne (1145-1221) à la Très Sainte Vierge

Ô Marie, pour moi, vous êtes l’ancre au milieu du ballottement des flots, le port dans le naufrage, le secours dans la tribulation, la consolation dans la douleur. Vous êtes le soulagement dans l’angoisse, le secours dans les moments où tout va mal, la juste modération quand cela va trop bien, la joie dans l’attente, le rafraîchissement dans le labeur. Tout ce que je puis gazouiller de vos louanges, ne parvient pas à être de vous une digne louange, ô digne de toute louange ! Quand même je parlerais les langues des hommes et des anges, quand même je m’épuiserais totalement, non, ce serait encore trop peu ! Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. In fervéntis ólei dólium missus beátus Ioánnes Apóstolus, divína se protegénte grátia, intactus exívit, allelúia.

Ã. Jeté dans une chaudière d’huile bouillante, le bienheureux Apôtre Jean, protégé par la grâce divine, en sortit sain et sauf, alleluia.

Antienne grégorienne “In ferventis”

Antienne In ferventis

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Mardi 5 mai (Conf. J50) : Dédicace de la Cathédrale de Besançon

La Punchline du P. Garrigou-Lagrange

Dans les choses de ce monde, qui contiennent du bien et du mal intimement mêlés et sont pour cela très complexes, celui qui veut être simple, manque de pénétration, reste naïf, ingénu et superficiel.

Sermon

Sur la Dédicace de la Cathédrale de Besançon

Sur la Dédicace des églises (texte de Dom Gaspard Lefebvre)

De tous temps Dieu a voulu qu’on lui érigeât des autels et qu’on lui consacrât des endroits où le peuple se réunirait pour lui rendre le culte qui lui est dû (All.) et pour y recevoir plus abondamment ses grâces (Or.). Comme autrefois Salomon pour le temple de Jérusalem, l’Église s’est toujours plu à employer toutes les ressources du génie humain et toutes les richesses de la nature pour qu’elles fissent retour à Dieu dans la construction de sanctuaires dignes de Lui.

La cérémonie de la Dédicace du Temple de Jérusalem dura huit jours et les Juifs en renouvelaient solennellement la mémoire chaque année. L’Église consacre de même ses temples par une fête qui avait autrefois presque l’éclat de Pâques et de l’Epiphanie, et dont les rites se ramènent à trois chefs principaux : consécration de l’église, consécration de l’autel et translation des reliques. Par sa dédicace à Dieu, l’église est revêtue d’un caractère qui commande le respect et la confiance. C’est là en effet, comme chez Zachée, que Jésus descend (Évang.). L’église est « la maison de Dieu, la porte du ciel, on l’appelle le palais divin » (Intr.). Elle est « le tabernacle de Dieu parmi les hommes » (Ép.) et c’est là que s’établissent les relations officielles qui relient l’homme à son Créateur, car c’est là que se déroulent les cérémonies du culte liturgique prescrites par l’Église et par lesquelles on honore les trois personnes divines. « Soyez ici présent, dit l’Évêque au jour de la Consécration, ô Dieu éternel, un en nature et trois en personnes : Père, Fils, Esprit-Saint. » La pierre ferme sur laquelle est solidement bâtie la maison du Seigneur (All.), c’est l’autel où descend Jésus et qui est le centre où tout converge dans l’église. Le Christ est en effet la pierre d’angle de l’édifice spirituel dont le temple matériel n’est que l’emblème et qui est formé par la réunion de tous les chrétiens, « ces pierres vivantes taillées par le ciseau des épreuves et polies par le marteau des souffrances, pour devenir le temple divin où honneur et gloire sont rendus en tous lieux au Père, au Fils et au Saint-Esprit » (Hymne de Mat., Postc.). Et ce symbole est d’autant plus réel que, comme l’église et l’autel qui sont d’abord lavés, puis oints de l’huile sainte, et qui reçoivent Jésus-Hostie, chaque chrétien est lavé dans les eaux du Baptême, oint du chrême de la Confirmation et reçoit l’Eucharistie dans son cœur. Le temple matériel est enfin le symbole de la Jérusalem céleste où retentissent continuellement les chants d’allégresse des élus. Un jour en effet l’Église glorifiée entrera à tout jamais dans le vrai sanctuaire de Dieu qui est le ciel (Ép.).

Jésus s’invite chez Zachée (Lc 19, 1-10) : Commentaire de Dom Delatte

L’histoire de Zachée est propre à saint Luc. L’enseignement qu’elle contient nous sera révélé dans la conclusion de l’épisode : l’évangile est universel ; tout le monde peut devenir fils d’Abraham, moyennant une conversion sincère et la foi ; le Royaume des cieux n’est fermé ni aux riches, ni aux publicains, ni aux pécheurs. — Le Seigneur était entré dans Jéricho et traversait la ville. Et voici qu’un homme, nommé Zachée, cherchait à voir qui était Jésus. C’était un chef des publicains, de la corporation détestée. Les fonctionnaires qui prélevaient les impôts au nom de Rome étaient considérés comme des pécheurs publics, et leurs exactions achevaient de les rendre impopulaires. Zachée était riche : il reconnaîtra lui-même que sa gestion n’avait pas toujours été sans reproche; mais une curiosité éveillée par la grâce lui faisait désirer de voir le Seigneur. Il n’y parvenait point, car la foule était dense et lui de petite taille. Alors il devança le cortège, courut dans la direction que Jésus devait prendre, monta sur un sycomore, et attendit. Le Seigneur n’ignorait pas le dessein du publicain, puisqu’il l’avait intérieurement inspiré ; et, arrivé sous le sycomore, il leva les yeux et interpella Zachée par son nom : « Zachée, hâtez-vous de descendre, car aujourd’hui c’est dans votre maison que je dois demeurer. » Le Seigneur s’invite lui-même, familièrement ; il donne au publicain beaucoup plus que celui-ci n’avait espéré. Et Zachée, en hâte, descendit et le reçut chez lui, tout heureux.

Mais en constatant quel gîte s’était choisi le Seigneur, tous, c’est-à-dire la portion pharisienne de la cité, les nombreux prêtres de Jéricho, tous s’étonnent, murmurent, selon leur habitude, et se disent l’un à l’autre : «Il a pris son logement chez un pécheur! » Cependant la bonté du Seigneur fut justifiée par son fruit même. La conversion de Zachée, en effet, fut immédiate, et la seule présence de Jésus accomplit en un instant ce que toute la hauteur pharisienne eût été bien incapable d’obtenir. À l’entrée de sa maison, ou un peu plus tard, le chef des publicains, debout, dit au Seigneur sa résolution généreuse et bien arrêtée : « La moitié de mes biens. Seigneur, je la donne aux pauvres ; et si j’ai nui à quelqu’un, je lui restitue le quadruple. » Il parle comme si la chose était déjà faite. Et le Seigneur affirme qu’en cette heure même le salut a été accordé à la maison de Zachée, et qu’il est, lui aussi, un vrai fils d’Abraham. En dépit du mépris qu’affectait la Synagogue pour les collecteurs de l’impôt étranger, la grâce de Dieu a prévenu ce publicain. Car le Fils de l’homme est venu en ce monde à dessein de chercher et de sauver ce qui était perdu (Mt 25, 24 ; Lc 5, 32). En vérité, dira bientôt le Seigneur aux pharisiens, les publicains et les pécheresses vous précéderont dans le Royaume de Dieu (Mt 21, 31).

Saint Pie V (1504-1572) : extrait du Liber Sacramentorum du Cardinal Schuster O.S.B.

Le nom de Frère Michel Ghislieri — Pie V — orne le frontispice du Missel et du Bréviaire romains, parce que c’est sous son autorité que s’acheva la révision des livres liturgiques expressément réservée au Saint-Siège par le Concile de Trente. Outre ces mérites dans le domaine de la liturgie, saint Pie V a la gloire d’avoir été le Pape de la réforme que depuis deux siècles déjà, appelaient en vain les Pontifes ses prédécesseurs, les conciles, un grand nombre d’évêques et de saints de cette époque si complexe qu’on appelle communément la Renaissance.

Saint Pie V est donc le Pape de la réforme ecclésiastique ; non pas en ce sens qu’il fût le premier à la vouloir et à l’inaugurer, puisque, quand il monta sur le trône de saint Pierre, le Concile de Trente était déjà terminé depuis un certain temps. Mais il fut le Pape de la réforme en tant que, par son autorité et par son exemple, il mit définitivement la Curie romaine et l’épiscopat tout entier sur la voie de ce réveil salutaire de l’esprit ecclésiastique, que plusieurs de ses prédécesseurs, tout en le désirant dans leur cœur, n’avaient pas su soutenir, faute de courage et de constance.

On s’étonne que saint Pie V, de famille modeste, et pauvre religieux dominicain, ait pu s’élever si haut pour le bien de l’Église. Mais c’était un saint, et les instruments de sa puissance étaient la recherche de la seule gloire de Dieu et la prière assidue. Par celle-ci surtout il triompha de l’insolence des Turcs, et il sanctifia le peuple confié à ses soins.

Le saint Pontife sortit pour la dernière fois du Vatican le 21 avril 1572, huit jours avant sa mort, et ce fut une scène admirable.

Quoique malade, il voulut en ce jour visiter pour la dernière fois les sept basiliques principales de Rome, dans l’espérance, disait-il, d’en revoir sous peu les martyrs au ciel. De la basilique de Saint-Paul, il parcourut à pied presque tout le long et mauvais chemin qui conduit à Saint-Sébastien. Arrivé enfin, à bout de forces, à Saint-Jean, ses familiers le supplièrent de monter en litière, ou de remettre le reste du pèlerinage au lendemain. Il répondit en latin : Qui fecit totum, Ipse perficiat opus, et continua sa route.

Il arriva le soir seulement au Vatican, où, s’étant reposé quelque peu, il se fit lire les sept psaumes de la pénitence et le récit de la Passion du Seigneur, n’ayant même plus la force d’enlever son camauro quand il entendait prononcer le saint Nom de Jésus.

Le 28 avril, il essaya de célébrer la messe mais n’y parvint pas. Muni des sacrements, il rendit sa sainte âme à. Dieu le soir du 1er mai, et ses dernières paroles furent une invocation liturgique du Bréviaire :

Quaesumus, Auctor omnium,
In hoc Paschali gaudio,
Ab omni mortis impetu
Tuum defende populum.

« Daignez, Auteur de toutes choses, En cette joie de Pâques, contre tout retour de la mort, défendre votre peule »
.Sixte-Quint transporta son corps dans une chapelle de Sainte-Marie-Majeure, où on le vénère encore aujourd’hui.

Prières

Oratio

Deus, qui nobis per síngulos annos huius sancti templi tui consecratiónis réparas diem, et sacris semper mystériis repæséntas incólumes : exáudi preces pópuli tui, et præsta ; ut, quisquis hoc templum benefícia petitúrus ingréditur, cuncta se impetrásse lætétur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues.

Oratio

Deus, qui, ad conteréndos Ecclésiæ tuæ hostes et ad divínum cultum reparándum, beátum Pium Pontíficem Máximum elígere dignátus es : fac nos ipsíus deféndi præsídiis et ita tuis inhærére obséquiis ; ut, ómnium hóstium superátis insídiis, perpétua pace lætémur. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui, afin d’écraser les ennemis de votre Église, et de réformer le culte divin, avez daigné choisir pour Pontife suprême le bienheureux Pie, faites que nous ressentions le secours de sa protection, et que nous nous attachions à votre service de telle sorte qu’après avoir triomphé de toutes les embûches de nos ennemis, nous goûtions les joies de l’éternelle paix.

Prière de Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) à la Très Sainte Vierge

Ô glorieuse Marie, qui pourra mesurer la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur de votre miséricordieuse bonté ? Sa longueur s’étend jusqu’aux derniers jours du monde, où vous exaucerez encore ceux qui vous invoqueront ; sa largeur enveloppe l’univers entier, et toute la terre est remplie de votre clémence ; sa hauteur s’élève jusque dans la céleste Jérusalem, dont elle a réparé les ruines ; sa profondeur est descendue jusqu’aux régions des ténèbres ; elle a porté la rédemption à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort. Ô Marie, par votre douce miséricorde, vous compatissez avec tendresse à nos misères, et par votre charité puissante, vous les soulagez avec efficacité. Ô Vierge bénie, faites-nous sentir la douceur de votre grâce ; obtenez, par vos saintes prières, aux pécheurs leur pardon, aux malades leur guérison, aux faibles le courage, aux affligés la consolation, à tous ceux qui sont dans le danger le secours et la délivrance. Que tous ceux, ô Vierge clémente, que tous ceux qui invoqueront avec confiance le nom si doux de Marie, reçoivent en récompense la grâce de Jésus-Christ, votre Fils et Notre Seigneur, qui est le Dieu béni sur toutes choses dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Prière de Pierre de Celle (1115-1187) à la Très Sainte Vierge

Attirez-moi sur vos pas, ô Vierge Marie, afin que je cours à l’odeur de vos parfums ; attirez-moi, retenu que je suis par le poids de mes péchés et par la malice de mes ennemis. De même que nul ne va à votre Fils si le Père ne l’attire, ainsi, j’ose le dire, en quelque manière, nul ne va à lui si vous ne l’attirez par vos saintes prières. C’est vous qui enseignez la véritable sagesse, c’est vous qui obtenez la grâce aux pécheurs parce que vous êtes leur avocate, c’est vous qui promettez la gloire à quiconque vous honore parce que vous êtes la trésorière des grâces. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Zachǽe, festínans descénde ; quia hódie in domo tua opórtet me manére. At ille festínans descéndit, et excépit illum gaudens in domum suam. Hódie huic dómui salus a Deo facta est, allelúia.

Ã. Zachée, descends vite, car aujourd’hui, il faut que je demeure dans ta maison. Et lui descendit bien vite, et le reçut avec joie dans sa maison. Aujourd’hui le salut a été accordé par Dieu à cette maison, alleluia.

Antienne grégorienne “Zachæe”

Antienne Zachaee

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Dimanche 3 mai (Confinement J48) : Invention de la Sainte Croix

Le mot d’Aelred de Rievaulx

Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus, sur la Croix, est suspendu entre ciel et terre, trait d’union d’ici-bas et d’en-haut, pour joindre les réalités terrestres aux célestes.

L’Invention ou découverte de la Sainte Croix

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait une grande dévotion pour les lieux saints ; ce fut pour la satisfaire qu’elle passa dans la Palestine en 326, quoiqu’elle fut âgée de près de quatre-vingts ans. À son arrivée à Jérusalem, elle se sentit animée d’un désir ardent de trouver la croix sur laquelle Jésus-Christ avait souffert pour nos péchés, mais rien ne désignait où elle pouvait être. Les païens, en haine du Christianisme, avaient mis tout en œuvre pour dérober la connaissance du lieu où le corps du Sauveur avait été enseveli. Non contents d’y avoir amassé une grande quantité de pierres et de décombres, ils y avaient encore bâti un temple à Vénus, afin qu’il parût que les fidèles venaient honorer cette fausse divinité, lorsqu’ils allaient rendre leurs adorations à Jésus-Christ. Ils avaient aussi profané le lieu où s’était accompli le mystère de la Résurrection, en y élevant une statue de Jupiter, qui subsista depuis le règne d’Adrien jusqu’à celui de Constantin.

Hélène, résolue de ne rien épargner pour réussir dans son pieux dessein, consulta les habitants de Jérusalem, et tous ceux dont elle pouvait tirer quelques lumières. On lui répondit que si elle pouvait découvrir le sépulcre du Sauveur, elle ne manquerait pas de trouver les instruments de son supplice. En effet, c’était la coutume chez les Juifs de creuser une fosse auprès du lieu où le corps des personnes condamnées à mort était enterré, et d’y jeter tout ce qui avait servi à leur exécution; ces sortes de choses étaient devenues un objet d’horreur, et l’on se hâtait d’en dérober la vue pour toujours. La pieuse impératrice fit aussitôt démolir le temple et abattre la statue de Vénus, ainsi que celle de Jupiter. On nettoya la place, et on se mit à creuser. Enfin l’on trouva le saint sépulcre. Il y avait auprès trois croix, avec les clous qui avaient percé le corps du Sauveur, et le titre qui avait été attaché au haut de sa croix. Il fut aisé de connaître qu’une de ces croix était celle que l’on cherchait, et que les autres étaient celles des malfaiteurs au milieu desquels Jésus-Christ avait expiré. Mais on ne savait pas comment les distinguer, d’autant plus que le titre était séparé et ne tenait à aucune des trois. Saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, fit porter les trois croix chez une dame de qualité, qui était à l’extrémité, puis s’étant adressé à Dieu par une prière fervente, il appliqua séparément les croix sur la malade, qui ne ressentit aucun effet des deux premières, mais qui se trouva parfaitement guérie dès qu’elle eut touché la troisième.

L’impératrice témoigna une grande joie à l’occasion du miracle qui faisait connaître la vraie croix. Elle fonda une église à l’endroit où ce précieux trésor avait été découvert, et l’y déposa avec une grande vénération, après l’avoir fait renfermer dans un étui d’un très grand prix.

Elle en donna une partie à l’empereur son fils, qui la reçut à Constantinople avec beaucoup de respect. Elle en envoya une autre partie à l’église qu’elle fonda à Rome, et qui est connue sous le nom de la Sainte Croix de Jérusalem. Elle fit présent à la même église du titre de la croix du Sauveur. On le mit sur le haut d’une arcade, où il fut trouvé en 1492 renfermé dans une boîte de plomb: l’inscription qui est en hébreu, en grec et en latin, est en lettres rouges et sur du bois blanchi. Les mots « Iesus » et « Iudæorum » sont effacés.

Sainte Hélène fit enfermer dans un étui d’argent la plus considérable portion de la croix, et la laissa à Jérusalem sous la garde du saint évêque Macaire, pour la conserver à la postérité. On la déposa dans la magnifique église que l’impératrice et son fils avaient fait bâtir. On accourait de toutes parts pour la vénérer.

La fête de l’Invention de la Sainte Croix est très ancienne. On la célèbre dans l’Église Latine depuis le cinquième ou le sixième siècle. Ce fut en 327 que sainte Hélène découvrit le bois sacré sur lequel s’était opéré le mystère de notre rédemption.

Pratique. En honorant la Croix, nous renouvelons le souvenir de la mort de Jésus-Christ. Nous professons que nous le regardons comme notre Rédempteur; nous nous excitons à espérer en ses mérites; nous allumons dans nos cœurs le feu sacré de l’amour divin.

Prière. Puisse, Seigneur, la vue de l’image de la croix de notre divin Sauveur crucifié pour nos péchés, nous pénétrer des sentiments de la plus vive reconnaissance, pour ce qu’il a daigné faire en notre faveur, et nous porter efficacement à pratiquer les vertus dont il nous a donné l’exemple, afin de mériter le bonheur de lui être réunis dans le ciel pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

Alban Butler, Abrégé des vies des Pères, des Martyrs et autres principaux Saints

« Il fallait que le Fils de l’homme soit élevé sur la Croix » (Io 3, 14) : commentaire de Dom Delatte

Comme Nicodème l’avait reconnu, Jésus était venu de Dieu : mais il en venait mieux que les prophètes, à un titre infiniment supérieur. Il vit dans la pleine lumière ; il est lui-même la lumière. Qui est jamais allé puiser la vérité à sa source? qui est descendu de ce sanctuaire pour nous apporter la vie? Il n’en est qu’un seul au monde qui possède l’autorité absolue : c’est le Fils de l’homme, celui qui est descendu du ciel, qui y est remonté, qui y règne aujourd’hui. Il est le vrai docteur de l’humanité. Et il faut qu’il soit élevé sur le monde, montré au monde, vu de lui. Il faut que l’évangélisation porte son nom partout. S’il a été élevé en croix, c’est pour que sa croix même lui fût une chaire d’où il parlât au monde, pour le salut de ceux qui ont foi en lui. Les choses se passent comme jadis au désert (Nm 21, 6-9). Lorsque le peuple des murmurateurs fut atteint par la plaie des serpents de feu. Moïse fit dresser sur une croix un serpent d’airain : il suffisait de le regarder pour être guéri. Il en va de même dans l’économie nouvelle : tout homme qui lève les yeux avec foi vers le Seigneur crucifié, qui croit à la doctrine du Seigneur crucifié, échappera à la mort éternelle. L’efficacité de cette seconde naissance dont il a été parlé à Nicodème se puise au sacrifice du Calvaire. Tout homme, Juif ou gentil, qui croit « en lui », c’est-à-dire qui a foi, qui est baptisé et qui demeure en lui, possède la vie éternelle. On ne peut puiser la vie que là où elle est.

Prières

Oratio

Deus, qui in præclára salutíferæ Crucis Inventióne passiónis tuæ mirácula suscitásti : concéde ; ut, vitális ligni prétio, ætérnæ vitæ suffrágia consequámur : Qui vivis et regnas.

Oraison

Ô Dieu, qui lors de la glorieuse Découverte de la Croix, instrument de notre salut, avez renouvelé les miracles de votre passion : faites qu’au prix de cet arbre de vie, nous méritions d’obtenir la vie éternelle.

Oratio

Deus, qui errántibus, ut in viam possint redíre iustítiæ, veritátis tuæ lumen osténdis : da cunctis, qui christiána professióne censéntur, et illa respúere, quæ huic inimíca sunt nómini ; et ea, quæ sunt apta, sectári. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient.

Prière de Thomas a Kempis (1380-1471)

Louange et gloire vous soient rendues à jamais, Seigneur Jésus, qui, pour un pécheur tel que moi, avez daigné descendre des cieux, et monter sur l’arbre de la Croix, afin de satisfaire à la divine justice pour mes péchés ! Là, dépouillé de vos vêtements, et couvert de blessures en tout votre corps, vous avez été suspendu entre deux larrons, comme le plus infâme voleur, vous le plus beau des enfants des hommes, vous le vrai Fils de Dieu, vous le Roi des rois et le Seigneur des anges ! Soyez environné de bénédictions, de splendeurs, d’actions de grâces, et de cantiques de louanges, ô Agneau de Dieu, modèle de douceur ! Car il n’y a pas d’honneurs que vous n’ayez mérités par votre Passion et votre Mort, et par les ignominies de toutes sortes que vous avez endurées sur la Croix. Recevez donc cet humble tribut de louanges, ces dévotes actions de grâces, ces adorations de mon esprit, ces pieux hommages de ma bouche, pour la souveraine charité, l’immense charité que vous m’avez témoignée en votre Passion. Oh ! Combien donc m’avez-vous estimé, pour me racheter à si haut prix ? Vous avez donné certes ce que vous aviez de plus précieux, car est-il rien de plus précieux que votre personne sacrée ? Et vous vous êtes livré tout entier pour moi ! C’est pourquoi, je vous en conjure, ô doux Jésus, source de bonté, de charité, ne permettez pas que j’en perde jamais le souvenir ; faites que l’image de votre corps attaché à la Croix brille sans cesse à mes yeux, et que chacune de vos cicatrices imprime profondément votre Amour en mon cœur. Ainsi soit-il.

Prière de Saint Ildefonse de Tolède (606-667) à la Très Sainte Vierge

Ô douce Vierge, Illuminatrice des cœurs, guérissez mon aveuglement, illuminez ma foi, fortifiez mon espérance, allumez en moi la charité. Comme l’aurore brillante, vous avez précédé la course du Soleil éternel, vous éclairez le monde de la lumière de la grâce, vous illustrez l’Église par l’éclat de vos vertus. Ô glorieuse Souveraine, vous êtes Celle dont parle l’Écriture en ces termes : Dieu dit : « que la lumière soit », et la lumière fut. Ô Lumière pure, Lumière ravissante, Lumière illuminant le ciel, éclairant le ciel, faisant trembler l’enfer ! Lumière ramenant les égarés, fortifiant ceux qui languissent, réjouissant les Anges et tous les saints de la Cour céleste ! Ô Lumière révélant les Mystères, découvrant les choses cachées, dissipant les ténèbres ! Faites-nous voir nos souillures ; relevez nos ruines, dissipez nos ténèbres, guérissez les malades, éclairez les pécheurs dans la voie de la pénitence. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. O Crux splendídior cunctis astris, mundo célebris, homínibus multum amábilis, sánctior univérsis, quæ sola fuísti digna portáre taléntum mundi : dulce lignum, dulces clavos, dúlcia ferens póndera ; salva præséntem catérvam in tuis hódie láudibus congregátam, allelúia.

Ã. Ô Croix plus brillante que tous les astres, célèbre dans le monde, vraiment aimable aux hommes, plus sainte que toutes choses, seule tu as été digne de porter la rançon du monde : doux bois, doux clous, portant un doux fardeau ; sauve ce peuple assemblé aujourd’hui pour chanter tes louanges, alleluia.

Antienne grégorienne “O Crux splendidior”

Antienne O Crux splendidior

Ã. Módicum, et non vidébitis me, dicit Dóminus : íterum módicum, et vidébitis me, quia vado ad Patrem, allelúia, allelúia.

Ã. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur, et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais à mon Père, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Modicum”

Antienne Modicum