Dimanche in albis

Dimanche in albis

Dimanche in albis

Le mot de Notre-Seigneur

Bienheureux ceux qui auront cru sans avoir vu.

Apparitions de Jésus ressuscité à ses Apôtres au cénacle : commentaire de Dom Delatte

Le soir de la Résurrection : le pouvoir de remettre les péchés (Lc 24, 33-43 et Io 20, 19-23)

Sans perdre un instant, les pèlerins quittent Emmaüs et rentrent à Jérusalem. Ils trouvent assemblés les onze apôtres, avec les disciples, leurs compagnons habituels. Saint Luc dit «les onze » pour désigner, en son ensemble, le collège apostolique ; mais nous savons par saint Jean que Thomas était absent. Peut-être est-ce la première réunion des apôtres depuis le soir du Jeudi saint, sans doute au Cénacle. L’heure est tardive. Silencieusement, les portes se referment sur les arrivants, par crainte des Juifs. La rumeur de la Résurrection avait peut-être circulé déjà ; nul ne savait à quels excès se porterait la Synagogue ; la persécution, après s’être exercée contre le Maître, ne s’étendrait-elle pas aux disciples? Ils n’ont pas encore reçu le don de force et prennent toutes leurs sécurités. Pourtant, la foi s’est réveillée chez le plus grand nombre ; et les pèlerins d’Emmaüs sont accueillis par une exclamation joyeuse : « Oui, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » A leur tour, ils racontent les incidents de leur voyage et comment Jésus s’est fait reconnaître d’eux dans la fraction du pain.

Ils parlaient encore, lorsque Jésus se présenta soudain au milieu de l’assemblée, les portes closes. « La paix soit avec vous ! » dit-il (les mots ego sum, nolite timere paraissent une glose). Saisis de stupeur et épouvantés, les disciples se crurent en face d’un fantôme, d’un « esprit ». Mais le Seigneur leur dit : « Pourquoi vous troubler? Pourquoi ces anxiétés, ces pensées de doute qui s’élèvent dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds. (Saint Jean écrit : mes mains et mon côté, faisant allusion à la blessure du côté, dont, seul, il a parlé.) C’est bien moi ! Touchez- moi et voyez ; un esprit n’a ni chair ni os , et vous les pouvez constater en moi ! » Et ce disant, il leur montrait ses mains et ses pieds. Quod vidimus oculis nostris, écrira saint Jean, quod perspeximus et manus nostrae contrectaverunt de verbo vitae (1 Io 1, 1).

Quelques-uns ne semblaient pas persuadés encore ; peut-être n’osaient-ils pas croire à tant de bonheur; ils demeuraient muets d’étonnement, tandis que la joie envahissait leurs âmes. Et le Seigneur s’applique à fournir toutes les preuves qui peuvent les convaincre de la réalité de sa vie physique : « Avez-vous ici, leur dit-il, quelque chose à manger? » Le repas du soir était terminé, mais il restait un peu de poisson grillé et des rayons de miel. On les présenta au Seigneur, qui accepta et mangea devant eux, montrant par là que le corps ressuscité est un vrai corps ; bien que manger ne lui soit pas nécessaire pour réparer une usure qui n’existe plus, manger lui demeure possible. (Les éditions critiques ne portent pas que le Seigneur distribua les restes aux disciples, et elles omettent aussi la mention des rayons de miel.)

Si nous avions ici autre chose à donner qu’une glose rapide, nous devrions observer que les œuvres de Dieu réussissent par des procédés qui ne sont pas les nôtres. Au point de vue humain, tout l’effort du Seigneur a échoué ; la pensée d’un royaume spirituel, qui n’a jamais été comprise par les Juifs, a succombé au Calvaire ; ses apôtres eux-mêmes et ses premiers disciples l’ont abandonné : ce grand travail divin s’est donc dépensé en pure perte ! Or, c’est à l’heure même où il semble que tout soit perdu que tout commence ; les conquérants que le Seigneur choisit pour se soumettre son royaume spirituel, et s’emparer de toute l’humanité, sont les mêmes qui ont fui il y a trois jours et qui maintenant se sont enfermés et verrouillés, de peur, dans le Cénacle. « La paix soit avec vous ! » répète le Seigneur. Dans cette première entrevue, il ne fait aucune allusion à la défaillance des siens. Aujourd’hui que toutes choses sont nouvelles, il n’y a de place que pour la paix et la joie. Son souhait : Pax vobis! n’a rien de la banalité du salut ordinaire ; il contient l’effusion d’une paix surabondante en vue de l’investiture qui va suivre. « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Le Fils a l’autorité du Père, et l’œuvre à laquelle il convie ses apôtres est celle-là même à laquelle il a consacré sa vie ; c’est la même mission, la même autorité, la même doctrine, le même dessein : l’alliance avec Dieu de toutes les âmes baptisées.

Ayant parlé ainsi, il souffla sur eux. Les apôtres pouvaient interpréter ce symbole en se rappelant la création : « Dieu souffla sur la face de l’homme un souffle de vie, et l’homme reçut une âme vivante » (Gn 2, 7). C’était par un souffle de sa bouche que le Seigneur avait autrefois donné à l’homme la vie naturelle : un rite divin analogue établissait les apôtres dans une vie plus haute. Lorsque saint Paul décrit les différences qui existent entre le premier et le second Adam, il nous dit que le premier a été doué d’une âme vivante, mais le second Adam, le Seigneur, est en possession de l’Esprit vivifiant (1 Cor 15, 45). L’Esprit-Saint est l’Esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il procède de lui comme du Père. Et il est communiqué par le Seigneur aux apôtres : « Recevez l’Esprit-Saint, » Le dessein de Dieu étant de composer une humanité nouvelle, le « Corps du Christ », à la fois mystique et réel, il faut bien que ce Corps soit animé de l’Esprit même du Seigneur. Toute œuvre de sanctification est, en effet, appropriée à la troisième Personne, expliquent les théologiens ; et la Personne divine qui est le lien de la Sainte Trinité devient aussi le lien de tout ce qui est uni à Dieu.

Mais on se demandera peut-être si cette effusion du Saint-Esprit ne fait pas double emploi avec celle de la Pentecôte. Autant qu’il est possible de ramener à des catégories précises les œuvres surnaturelles, il semble que l’effusion du jour de Pâques soit tout à la fois et personnelle aux apôtres, et partielle quant à son objet, — réelle néanmoins et actuelle : il ne faudrait pas traduire accipite comme s’il y avait accipietis, dans le sens d’une promesse. Mais enfin, ce n’est pas encore l’effusion opulente de la Pentecôte, avec les manifestations charismatiques variées ; ce n’est pas encore l’animation, par l’Esprit de Dieu, de tout le corps de l’Église, la création de tout l’Adam nouveau : ce n’en est que la préparation, infiniment considérable d’ailleurs, puisqu’elle a pour objet la rémission des péchés.

« Recevez l’Esprit-Saint. Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, retenus à qui vous les retiendrez. » Il n’y avait, et il n’y a jamais entre Dieu et l’homme, d’autre obstacle à l’union que le péché ; c’est pour cela que l’expiation et la réconciliation doivent être antérieures à l’alliance, comme l’explique l’épître aux Hébreux. Mais dès que la rançon de notre Rédemption a été fournie, dès que le sang qui purifie les consciences a été versé, rien ne s’oppose plus à l’application de sa vertu. Aussi les apôtres sont-ils investis du pouvoir de remettre les péchés, c’est-à-dire de les effacer, — et du pouvoir de les retenir, s’ils s’abstiennent de leur appliquer la vertu du sang rédempteur. On peut remarquer, au sujet de ce texte, d’abord que le péché, étant une dette contractée envers Dieu et une souillure intérieure, ne peut, de soi, être remis que par Dieu seul ; les Juifs l’avaient proclamé jadis devant le Seigneur : Quis potest dimittere peccata, nisi solus Deus (Mc 2, 7) ? C’est donc un pouvoir essentiellement divin qui est conféré aux apôtres. — Il est conféré avec une telle plénitude que Dieu regarde comme sienne toute sentence prononcée par les apôtres et leurs successeurs. Et parce que cette autorité s’exerce avec discernement, et non d’une façon arbitraire ou inconditionnée, il y aura jugement, appréciation, sentence juridique. Ces paroles du Seigneur contiennent l’institution même du sacrement de pénitence, selon l’interprétation formelle du concile de Trente (Sess. XIV, can. 3).

« Post dies octo » : l’incrédule saint Thomas (Io 20, 24-31)

L’un des Douze, Thomas, appelé aussi Didyme, n’était pas avec ses frères la première fois que leur apparut le Seigneur. Il serait superflu, dans le silence de l’évangile, de rechercher quel fut le motif de cette absence. Les apôtres lui dirent à son retour : « Nous avons vu le Seigneur ! » Jadis, la foi et le dévouement de saint Thomas avaient mérité des éloges; c’est lui qui, au moment où Jésus, voulant ressusciter Lazare, proposa de retourner en Judée où tout était à craindre, s’était écrié : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui » (Io 11, 16) ! Mais, depuis lors, sa foi avait été mise à une trop rude épreuve. Le témoignage, même consolant, même concordant de ses frères, se heurte à une disposition d’esprit faite de désillusion et de découragement. En vain les apôtres lui rapportent leurs expériences. Non, ce n’était pas un esprit, un fantôme ; ce n’était pas davantage un personnage qui lui ressemblât, puisqu’ils avaient pu constater chez leur Maître les traces, gardées miraculeusement, de ses blessures. Même ce trait d’évidence ne parvient pas à satisfaire le disciple incrédule. Et il formule, pour croire, de hautaines exigences : « Si je ne vois dans ses mains la trace des clous, et si je ne mets mon doigt à l’endroit des clous, et si je ne place ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Quelle est la mesure de l’infidélité de saint Thomas? Il est équitable de remarquer qu’il ne résiste ni au témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ni à celui de l’Église, car les apôtres parlaient alors comme simples témoins, et non comme apôtres. Observons de plus que le Seigneur a déféré lui-même aux exigences de saint Thomas. N’y a-t-il pas, nous ne dirons point ù son incrédulité, mais plutôt à la lenteur de sa foi, une large part d’excuse dans la force même que la foi de tous devait retirer de sa contestation? A voir l’empressement avec lequel le Seigneur se prête au contrôle des apôtres : C’est à eux aussi qu’après sa passion il se montra vivant, avec force preuves, leur apparaissant pendant quarante jours (Act 1, 3) ; à reconnaître aussi l’indispensable nécessité, pour le miracle, d’être surabondamment démontré, nous n’avons pas à nous élever outre mesure contre des prétentions qui avaient, somme toute, un côté très justifié. Car il ne s’agit pas ici d’un miracle quelconque : c’est un miracle prédit, nécessaire, un miracle qui, pour fonder la foi de tout le genre humain, devait être entouré de garanties irrécusables. Quel a donc été le tort réel de saint Thomas? Peut-être d’avoir porté en lui une disposition critique et boudeuse ; surtout d’avoir lui-même déterminé à Dieu les conditions moyennant lesquelles il donnerait sa foi, obligeant par conséquent le Seigneur à passer sous le joug de ses vouloirs personnels.

Quoi qu’il en soit, huit jours après, nouvelle réunion des apôtres, mais complète, cette fois, et nouvelle apparition du Seigneur. Il n’est aucunement probable que cette réunion ait eu lieu en Galilée ; elle se tint à Jérusalem, sans doute au Cénacle, alors que les fêtes de Pâque touchaient à leur fin et que les apôtres étaient sur le point de partir. Les choses se passent comme le dimanche précédent : les portes demeurant fermées, Jésus paraît au milieu des siens et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saint Thomas avait eu le temps de se ressaisir un peu, dans la société des apôtres, et peut-être son âme était-elle devenue plus accueillante. Le Seigneur l’aborde aussitôt. C’était trop déjà d’avoir perdu un apôtre ; il s’applique, affectueusement, à reconquérir celui-ci. Il se prête aux exigences précédemment formulées par Thomas : «Mettez votre doigt ici et voyez mes mains; approchez votre main et mettez-la dans mon côté, et ne soyez plus incrédule, mais croyant. » Le Seigneur veut amener une intelligence inquiète à cette disposition de simplicité et de confiance, qui n’est aucunement la naïveté, ni l’étourderie, mais qui trahit l’absence de tout égoïsme et procure la libre et joyeuse adhésion de l’âme à la vérité. Omnia credit, dira saint Paul de la charité.

La profession de foi de saint Thomas s’était fait attendre, mais enfin elle vient, très complète, semblable à celle de saint Pierre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ce n’est pas, comme on l’a prétendu, une simple interjection, mais, sous la forme d’une exclamation ardente, une formule assertive et qui s’adresse directement à Jésus lui-même. Le Seigneur en rendra témoignage dans un instant. Même, cette profession de la divinité du Sauveur prépare la conclusion doctrinale sur laquelle s’achèvera l’avant-dernier chapitre de saint Jean, il faut noter aussi que l’apôtre semble avoir renoncé à toute son enquête, et que l’aspect et la parole du Seigneur ont obtenu, sans le moindre retard, l’acte de foi plénier. Aussi le Seigneur ajoute-t-il une béatitude à celles qui ont ouvert la prédication évangélique : « Parce que vous m’avez vu, dit-il à Thomas, vous avez cru : bienheureux ceux qui, sans avoir vu, croiront. » Ce n’est pas que saint Thomas ne soit heureux, lui aussi, et ne soit même félicité ; mais le Seigneur semble attacher plus de prix encore à une foi qui n’a été obtenue que par la grâce intérieure et par le témoignage des apôtres. La déférence à Dieu semble alors plus complète, plus large, n’ayant été sollicitée que par des procédés d’ordre surnaturel.

Après l’épisode de saint Thomas, vient une première conclusion de l’évangile de saint Jean. « Jésus opéra, dit-il, sous les yeux de ses disciples, beaucoup d’autres miracles encore qui ne sont pas écrits dans ce livre. » Le terme grec que nous traduisons par miracles ne désigne pas simplement les preuves de la Résurrection, et les miracles proprement dits, mais bien les événements notables, tous les actes du Seigneur capables de lui concilier l’autorité, de servir de « signes » à sa personne et à sa mission. Nous sommes donc avertis de ne point chercher dans le quatrième évangile une biographie complète du Seigneur. Bien des faits merveilleux se sont accomplis en présence des disciples, et par conséquent de saint Jean lui-même, qu’il n’a pas jugé nécessaire de raconter. Il s’est borné à recueillir ce qu’il y avait de plus conforme à son dessein, dessein défini maintenant en termes très nets : « Ce qui a été raconté dans ce livre l’a été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que cette foi vous procure la vie dans son nom. »

Si l’évangéliste avait dit simplement qu’il a écrit pour obtenir notre foi : ut credatis, peut-être quelqu’un aurait-il pu supposer, avec des rêveurs modernes, que notre foi n’est qu’une sorte d’élan aveugle, un mouvement spontané et instinctif, une vague tendance vers Dieu, ou même un tressaillement poétique, comme celui que nous éprouvons devant le ciel étoilé. Mais non : notre foi a un objet précis, un contenu nettement défini ; c’est la foi à une personne et la foi à une doctrine. Nous croyons que Jésus (c’est la désignation individuelle du Seigneur, son nom comme homme), que Jésus est le Christ, le Messie, le Législateur, le Rédempteur promis par Dieu, le Pontife et la Victime de la nouvelle loi, celui en qui se sont accomplies les prophéties anciennes sur la consolation d’Israël ; et nous croyons aussi qu’il est le Fils de Dieu, selon l’affirmation de saint Pierre et de saint Thomas. La croyance à la divinité et à l’humanité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, c’est le christianisme tout entier. Et saint Jean nous apprend ensuite la condition personnelle où nous établit notre foi : afin que croyant vous ayez la vie éternelle en son Nom. C’est un abrégé de l’enseignement de saint Jean et de saint Paul. Lorsque nous aurons reconnu que Jésus est le Christ, le Médiateur unique entre Dieu et nous, nous entrerons dans sa vie, par le Baptême, et serons, grâce à lui, et « en son nom », mis en possession de la vie, de la vie qui est toute en lui, de la vie surnaturelle, de la vie qui est éternelle et qui consiste « à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu’il a envoyé. »

Prières

Prière de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897)

Je remercie mon Jésus, de me faire marcher dans les ténèbres ; j’y suis dans une paix profonde. Volontiers je consens à rester toute ma vie dans ce souterrain obscur où Il m’a fait entrer ; je désire seulement que mes ténèbres obtiennent la lumière aux pécheurs. Je suis heureuse, oui bien heureuse de n’avoir aucune consolation. Ainsi soit-il.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui paschália festa perégimus, hæc, te largiénte, móribus et vita teneámus. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, de faire qu’après avoir achevé la célébration des fêtes pascales, nous retenions, au moyen de votre grâce, l’esprit de ces fêtes dans nos habitudes et dans notre vie.

Antienne

Ã. Post dies octo iánuis clausis ingréssus Dóminus et dixit eis : Pax vobis, allelúia, allelúia.​

Ã. Huit jours après, le Seigneur entra, les portes étant fermées, et dit à ses disciples : Paix à vous, alleluia, alleluia.

Antienne grégorienne “Post dies octo”

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Samedi in Albis

Samedi in Albis

La Punchline du Saint-Esprit (Prv 13, 10)
L’orgueil ne produit que des querelles; mais la sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller.
Note concernant le précepte de la communion pascale
En ce Temps pascal et dans cette période de confinement nécessaire pour la santé publique, certains catholiques ont peur de ne pas satisfaire au précepte de la communion pascale. Ce cas de conscience, de soi légitime, doit être considéré à la lumière de la Morale catholique, non selon des vues passionnelles.

Le précepte (cf. Code de Droit Canonique de 1917)

Canon 859 § 1. Tous les fidèles des deux sexes, après être parvenus aux années de discrétion, c’est-à-dire à l’usage de la raison, doivent une fois par an, au moins à Pâques, recevoir le sacrement de l’eucharistie, à moins que sur le conseil du propre prêtre, pour quelque motif raisonnable, ils estiment devoir s’en abstenir pour un temps.

Commentaire : Ce précepte est un précepte positif, c’est-à-dire qu’il oblige à poser une action. Un précepte négatif interdit de poser une action. Par exemple : le précepte dominical contient un précepte positif (il faut aller à la Messe le dimanche) et un précepte négatif (il ne faut pas travailler le dimanche).

Canon 859 § 2. La communion pascale se fera du dimanche des Rameaux au dimanche in Albis ; mais il est permis aux Ordinaires de lieu, selon que l’exigent les circonstances de personnes et de lieux, d’anticiper ce temps pour tous leurs fidèles, pas cependant avant le quatrième dimanche de carême ou de le proroger, mais pas au delà de la fête de la Sainte-Trinité.

Commentaire : Dans la plupart des diocèses de France, le précepte de la communion pascale peut être accompli depuis le 1er dimanche de la Passion jusqu’au 2ème dimanche après Pâques. Hors crise dans l’Église, on remarquera que, dans les circonstances de pandémie, les évêques auraient sans aucun doute prorogé la date limite pour accomplir ce précepte.

Canon 859 § 4. Le précepte de la communion pascale urge toujours, si quelqu’un, pour quelque motif que ce soit, ne l’a pas accompli au temps prescrit.

Commentaire : « Urge » cela signifie qu’on reste tenu d’accomplir ce précepte même si on ne l’a pas accompli dans le temps imparti, peu importent les raisons pour lesquelles on ne l’a pas accompli.

Canon 860. L’obligation du précepte de communier, qui incombe aux impubères, retombe également principalement sur ceux qui doivent avoir charge d’eux, à savoir les parents, les tuteurs, le confesseur, les instituteurs et le curé.

Commentaire : Si, pour un temps, cette obligation cesse pour les fidèles, cela signifie aussi qu’elle cesse pour ceux qui en ont la charge.

Principes moraux

Une loi positive n’oblige pas lorsqu’il y a un inconvénient grave.
À l’impossible nul n’est tenu.

L’impossibilité est physique : quand fait défaut la possibilité de poser un acte (par exemple : défaut de liberté, coaction extérieure, maladie grave, impossibilité d’obéir à la loi sans violer une loi supérieure, etc.).
L’impossibilité est morale : quand il y a un danger de dommage corporel ou spirituel conjoint accidentellement à l’accomplissement de la loi (par exemple : risque de nuisance à la santé, à la fortune, occasion de scandale, etc.).

Conclusion

Vu que l’esprit de cette loi ecclésiastique est que les fidèles communient au moins une fois par an, cela signifie, pour ce qui me concerne personnellement, que la grande majorité des fidèles qui fréquentent le Prieuré, ont déjà satisfait à l’esprit de la loi (pas à la lettre) puisqu’ils communient tous très régulièrement.

Vu que le confinement ne va pas durer indéfiniment, et vu que de véritables autorités ecclésiastiques, dans une situation similaire à celle que nous vivons, auraient prolongé le délai pour faire ses Pâques.

Pour ces motifs, l’accomplissement de ce précepte peut être différé. D’ailleurs selon le §1 de ce canon : même le curé (=propre prêtre) ou le confesseur peuvent en toute légitimité retarder l’accomplissement de ce précepte pour une personne particulière.

Vu que le précepte de la communion pascale est un précepte positif qui n’oblige pas lorsqu’il y a de graves inconvénients à l’accomplir.

Vu que ces inconvénients graves existent, et sont même nombreux (liste non-exhaustive) : restriction de la libre circulation en raison du confinement, risque de péché contre la Charité en ne respectant pas le confinement ou au minimum les gestes barrières, risque de péché contre la Charité en exposant nos chapelles (et nos prêtres) à des amendes et à des poursuites judiciaires, risque pour la fortune (amende multipliée par le nombre de personnes dans la voiture, majorée pour les récidivistes), etc.

Il ressort de tous ces éléments que les fidèles non seulement ne sont pas tenus de prendre tous les moyens et tous les risques pour accomplir ce précepte, mais encore, dans un grand nombre de cas particuliers, sont tenus par la Charité de surseoir à l’accomplissement de ce précepte.

Dans la pratique, je conseille aux fidèles de se rapprocher du prêtre chez qui ils vont habituellement, de rester soumis à ses avis, de ne pas chercher à opposer les prêtres entre eux (les contextes peuvent être différents et les fidèles n’ont pas tous les éléments pour en juger prudemment et selon l’esprit de Foi). La situation actuelle est très pénible, et nous devrions particulièrement nous serrer les coudes dans l’esprit de Charité des premiers chrétiens.

Pour finir, je ne suis pas prêtre pour inciter les gens à la révolte mais plutôt à la vertu :

  • Foi dans la Providence divine qui permet cette situation pour notre plus grand bien.
  • Espérance dans la Providence divine qui nous donne toutes les grâces nécessaires pour survivre spirituellement à cette situation temporaire.
  • Charité, c’est-à-dire amour de Dieu qui s’exprime dans la soumission à SA volonté, et le renoncement à notre volonté propre; et amour du prochain en veillant, a minima, à ne pas propager le virus, et en veillant à la pérennité de nos chapelles.
  • Prudence surnaturelle : le chrétien ne s’expose pas aux persécutions réelles ou supposées.
  • Patience : le chrétien supporte les situations inconfortables qui lui permettent d’être plus conformes au Christ crucifié.
P-S aux personnes qui fréquentent habituellement le Prieuré : Même quand le déconfinement commencera, je vous prie de ne prendre aucune initiative sans en discuter au préalable avec moi. Merci d’avoir ce soucis du Bien commun du Prieuré. †P. J-MM
Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Mon Dieu, vous êtes toute tendresse pour moi. Je vous le demande par votre Fils bien-aimé, accordez-moi de me laisser emplir de miséricorde et d’aimer tout ce que vous m’inspirez. Donnez-moi de compatir à ceux qui sont dans l’affliction, et d’aller au secours de ceux qui sont dans le besoin, de consoler les affligés, d’encourager les opprimés. Donnez-moi de pardonner à celui qui m’aura offensé, d’aimer ceux qui me haïssent, de rendre toujours le bien pour le mal, de n’avoir de mépris pour personne, et d’honorer tous les hommes. Donnez-moi d’imiter les bons, de renoncer à la fréquentation des méchants, de pratiquer les vertus et d’éviter les vices. Donnez-moi, Seigneur la patience quand tout va mal et la modération quand tout va bien. Donnez-moi de savoir maîtriser ma langue, et de poser, au besoin, une garde à ma bouche. Enfin, mon Dieu, donnez-moi le mépris des choses qui passent et la soif des biens éternels. Ainsi soit-il.

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui festa paschália venerándo égimus, per hæc contíngere ad gaudia ætérna mereámur. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous qu’après avoir célébré religieusement les Fêtes pascales, nous méritions d’arriver, grâce à elles, aux joies de l’éternité.

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Vendredi dans l’octave de Pâques

Vendredi dans l’octave de Pâques

Vendredi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Saint Benoît

Haïr sa volonté propre.

Jésus ressuscité donne sa mission à l’Autorité de l’Église (Mt 28, 16-20) : commentaire de Dom Paul Delatte

Les onze apôtres s’étaient rendus en Galilée ; ils vinrent, selon saint Matthieu, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. On ne nous dit pas le nom de cette montagne du rendez-vous ; elle fut sans doute désignée aux apôtres au cours d’une entrevue que les évangélistes n’ont pas racontée. Or cette entrevue ne saurait être confondue, ni avec la scène décrite au chapitre 21 de saint Jean, ni avec l’entrevue qui se termina par l’Ascension ; mais peut-être faut-il l’identifier avec la réunion plénière mentionnée par saint Paul : Visus est plus quam quingentis fratribus simul (1 Cor 15, 6). On s’expliquerait, dans cette hypothèse, que « quelques-uns », parmi les cinq cents disciples, aient encore douté de la Résurrection ; à cette date, les apôtres, eux, ne doutaient plus. « En le voyant, poursuit saint Matthieu, ils se prosternèrent ; mais quelques-uns doutèrent. Et s’approchant, Jésus leur parla en ces termes : Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez les hommes de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. »

Il n’est personne qui méconnaisse l’importance souveraine de chacune de ces paroles. Le Seigneur est roi ; l’univers entier lui a été donné par son Père en héritage ; il l’a acquis de son sang. Bientôt, à l’Ascension, il va prendre possession du ciel ; puis, par ses envoyés, par ses apôtres, il prendra possession de la terre. Les apôtres n’attendront point qu’on vienne chercher la vérité auprès d’eux ; ils iront la porter à ceux qui ne la cherchent pas. Leur premier office sera de rendre un témoignage, et la réponse du croyant consistera dans une adhésion de son intelligence à des vérités proposées par Dieu. Le second office des apôtres sera de baptiser, c’est-à-dire de pardonner, de sanctifier, de donner une vie nouvelle in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Et le Seigneur fait allusion ici non seulement à la confession, à la profession de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qui sera impliquée dans le baptême : mais encore au caractère de cette vie même communiquée au baptême, laquelle est essentiellement, et par Jésus-Christ, la vie avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cependant, il ne suffit pas d’avoir, par le baptême, commencé à appartenir au Seigneur ; il faut encore maintenir, dans tous les domaines de notre activité, les conditions de cette union première, la docilité aux vouloirs de Dieu ; les apôtres sont chargés d’y veiller : Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis. Il y a donc ici-bas des hommes accrédités par Dieu, munis par lui de pleins pouvoirs, dispensateurs pour le monde entier de la doctrine, de la grâce, de la direction surnaturelle. Organe d’enseignement, organe de sanctification, organe de gouvernement : telle est l’Église, dans sa hiérarchie.

Le séjour permanent dont nous parle ensuite le Seigneur n’est pas la permanence de l’Eucharistie, ni celle de la vie surnaturelle en chaque âme fidèle ; mais une forme d’assistance spéciale, d’une absolue fermeté, soustraite aux conditions du temps : et ecce ego vobiscum sum : «Je suis avec vous. – Mais nous mourrons. Seigneur? – Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Pour que cette promesse se réalise, il faut que les disciples à qui parle le Seigneur se succèdent jusqu’à la fin du monde ; dans ce passage, il ne s’adresse donc pas aux seuls apôtres présents. « Je suis avec vous tous les jours » : c’est la continuité parfaite. Et nous voyons bien à quel dessein se rapporte la présence ainsi promise : assurer l’efficacité du ministère apostolique, soutenir perpétuellement ceux, présents ou futurs, qui enseignent, qui baptisent, qui gouvernent en son nom.

Dans la crise que traverse actuellement l’Église, on complètera le commentaire de Dom Delatte par la lecture de cet article.

Prières

Prière de Saint Anselme (1033-1109)

Ne m’abandonnez pas, Seigneur, à ma volonté, ni à l’ignorance ou à la faiblesse humaine, ni à mes propres mérites, ni à tout autre conseil qu’aux saintes dispositions de votre sagesse. Mais dans votre bonté gouvernez ma personne, mes pensées et mes actions selon votre bon plaisir, afin que votre volonté seule s’accomplisse par moi, en moi et sur moi. Délivrez-moi de tout mal et conduisez-moi à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui paschále sacraméntum in reconciliatiónis humánæ fœdere contulísti : da méntibus nostris ; ut, quod professióne celebrámus, imitémur efféctu. Per Dóminum.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui, par le mystère pascal, avez formé un pacte de réconciliation avec l’humanité : donnez à nos âmes de reproduire dans nos actes les vérités que nous professons en célébrant ce mystère.

Antiennes

Ã. Undecim discípuli in Galilǽam vidéntes Dóminum adoravérunt, allelúia.

Ã. Les onze disciples allèrent en Galilée, et voyant le Seigneur, ils l’adorèrent, alleluia.

Antienne grégorienne “Undecim discipuli”

Ã. Data est mihi omnis potéstas in cælo et in terra, allelúia.​
Ã. Il m’a été donné toute puissance dans le ciel et sur la terre, alleluia​.

Antienne grégorienne “Data est”

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Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

Jeudi dans l’octave de Pâques

La Punchline de Saint Benoît

Nul ne recherchera ce qu’il juge utile pour soi-même, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui

Jésus ressuscité apparaît à Marie-Madeleine (Io 20, 10-18) : commentaire de Dom Paul Delatte

Madeleine se tenait en pleurs près du tombeau. Au milieu de ses larmes, elle s’inclina pour regarder à l’intérieur de la salle funéraire. Et elle vit deux anges vêtus de blanc, l’un à la tête, l’autre aux pieds de l’endroit où avait été placé le corps de Jésus. Peut-être n’y a-t-il rien qui soit aussi extatique que la douleur : ni la joie, ni l’admiration, ni même la tendresse ne le sont au même degré. Il n’y avait au monde pour Marie-Madeleine que le Seigneur. Le Seigneur était mort et son corps avait disparu. Le reste ne compte pas. Elle n’éprouve aucun effroi en face des anges, alors que les autres saintes femmes s’étaient enfuies bouleversées. Que pourrait-il lui arriver, maintenant que le Seigneur n’est plus? Elle est inattentive : elle voit les anges, mais ce sont eux qui parlent les premiers. « Femme, disent-ils, pourquoi pleurez-vous? » La réponse est polie, mais sobre ; elle n’a rien de la verbosité familière au sexe : « C’est qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » C’est exactement ce qu’elle a dit aux apôtres ; on dirait qu’elle ne sait plus dire ni penser autre chose. La formule de réponse est presque indirecte, sans appellatif adressé aux anges ; elle pourrait être aussi bien une réflexion de Marie-Madeleine se parlant à elle-même… Il n’était pas possible que le Seigneur se dérobât à tant d’amour : il se rendit présent.

Comment Marie-Madeleine fut-elle avertie de sa présence? Y eut-il un bruit de pas? Les anges avaient-ils donné un signe d’attention ou de respect à celui qui venait d’apparaître ? Quoi qu’il en soit, Marie se retourna. Jésus était là, devant ses yeux : elle ne le reconnut pas. Même après sa Résurrection, le Seigneur n’était pas contraint de paraître avec l’auréole. Il demanda lui aussi, comme les anges : « Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? » Les larmes de Madeleine, ses réflexions, sa douleur, ne lui permettaient pas de bien voir ; elle crut que c’était le jardinier, le gardien de cette petite propriété où était le tombeau. Il est si régulier, lorsque le Seigneur se montre, que les âmes ne le reconnaissent pas ! C’est un fantôme ; c’est Élie ; c’est Jérémie ; c’est un prophète ; c’est le jardinier ; c’est un étranger, diront les disciples d’Emmaüs.

Le jardinier, du moins, doit savoir. C’est peut-être lui qui, pour éviter des allées et venues trop fréquentes dans son jardin, aura emporté le corps ailleurs. L’hypothèse est bien invraisemblable, en face surtout du suaire et des bandelettes ; mais ceux qui aiment et ceux qui souffrent songent-ils toujours à écarter l’invraisemblable? Madeleine suppose, en tout cas, que rien n’a pu se faire qu’avec le gardien et moyennant sa complicité. Il lui a demandé : « Qui cherchez-vous? » Elle est tellement préoccupée du seul Jésus, qu’elle ne songe même pas à prononcer son nom, et répond comme si le jardinier était sûrement au courant de tout. Puisqu’il a témoigné de la compassion, peut-être consentira-t-il à dire son secret : et alors que, tout à l’heure, Madeleine ne donnait aucun appellatif aux anges, voici maintenant qu’elle décerne le titre de seigneur au jardinier : «Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez déposé, et je l’emporterai ! » Ce mort était un ennui pour vous ; vous ne l’aimiez pas, vous ; mais moi qui l’aime, je l’emporterai, il ne vous gênera plus… O sainte folie de l’amour ! Le cœur du Seigneur n’y résiste point. Celle qu’il venait d’appeler d’un terme vague, il l’appelle maintenant de son nom : « Marie ! » Peut-être était-ce la coutume à Béthanie, dans l’intimité. Elle se retourne alors pour tout de bon, reconnaissant la voix, et répond : « Rabboni, mon Maître ! » Et elle tombe à ses pieds, son lieu d’élection pour le temps et l’éternité.

Le verset qui suit a été fort tourmenté par les exégètes et les maîtres de la vie spirituelle. Assez universellement, après saint Augustin, saint Jean de la Croix, Bossuet, on a considéré le Noli me tangere comme un mouvement de protestation contre des témoignages d’une tendresse trop extérieure. Le Seigneur, appartenant désormais à une vie nouvelle et plus haute, aurait écarté de lui des manifestations qui ne s’accordaient plus avec les conditions de sa vie ressuscitée. Ses paroles impliqueraient donc une injonction adressée à Marie-Madeleine de se tenir à distance, et l’invitation de s’élever à une charité plus spirituelle, plus affranchie des sens. Cette explication, nous l’avouons, nous a toujours paru très loin de l’évangile. Il nous semble, d’abord, que le Seigneur ne saurait être pour nous ni un danger, ni un piège, ni un obstacle. Il n’est pas de condition surnaturelle où nous puissions, où nous devions nous détourner de l’humanité du Seigneur, ni nous distraire de sa beauté. Sans doute, le Seigneur conduit chacun de nous par des voies diverses ; sans doute, il y a lieu, selon les différentes étapes de notre vie spirituelle et sous la direction de la grâce, de nous porter vers tels ou tels mystères, vers telle ou telle portion de la doctrine : mais exclure systématiquement et de parti pris, exclure de notre oraison et de notre contemplation soit la divinité, soit l’humanité du Seigneur, soit la Sainte Vierge, ceci est irrégulier et ne peut conduire qu’à l’illusion.

Nous savons bien ce qu’on répondra : « Le danger n’est pas dans l’objet, mais dans le sujet. C’est peut-être dans le procédé selon lequel sainte Madeleine était attachée au Seigneur qu’il y avait matière à correction. » Ceci non plus ne parvient pas à nous satisfaire. Est-il vrai qu’on puisse aimer mal le Seigneur? On peut l’aimer trop peu ; mais l’aimer mal? Dans les trois circonstances évangéliques où le Seigneur eut l’occasion d’apprécier l’amour de Madeleine, il l’a loué sans réserve. Le Seigneur aurait-il changé? Nous verrons bientôt qu’il n’en est rien. Quant à Marie- Madeleine, tout ce qui s’est passé ces derniers jours n’a fait qu’accroître jusqu’à l’extrême sa charité. Il faut donc renoncer à interpréter la parole de Jésus comme un reproche, même voilé : n’aurait-il pas, dans la circonstance, l’apparence d’une cruauté ? Aussi bien, le texte lui-même, s’il est lu attentivement, nous semble exclure cette interprétation. Au cours de toutes les apparitions, le Seigneur a eu le visible souci d’établir le fait de sa Résurrection ; et, dans ce dessein, il a invité les apôtres à s’assurer qu’ils n’étaient point en présence d’un fantôme. Ceci posé, le Noli me tangere, entendu au sens du mot-à-mot, devient inintelligible, — surtout pour celle dont il veut faire l’apôtre des apôtres eux-mêmes. Une interdiction de cette nature aurait facilement fait douter de la réalité de la Résurrection et suggéré l’erreur docétiste.

Mais ce qui nous paraît décisif contre l’explication courante, c’est ce qui suit : Nondum enim ascendi. La conjonction enim indique une liaison logique entre le premier membre et le second : « Ne me touchez pas, parce que, ou puisque je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Avec l’interprétation que nous écartons, on est conduit, logiquement, à ce raisonnement plutôt étrange : « Aujourd’hui que je suis avec vous, ne me touchez pas ; bientôt vous me toucherez, lorsque je n’y serai plus ; ajournez vos démonstrations jusqu’à l’heure où vous ne pourrez plus vous y livrer, puisque j’aurai disparu. « Il faut reconnaître, d’ailleurs, que les commentateurs nous répondent : le Seigneur sera alors vraiment touché, appréhendé, possédé « par la foi » !

Mais les vraisemblances, le caractère du texte et du contexte, tout nous invite à adopter une explication plus simple. Madeleine a retrouvé le Seigneur (Cant 3, 4). Dans l’effusion de sa tendresse et de sa joie, elle s’attache à lui, mais en quelque sorte désespérément, et semble ne plus vouloir quitter ces pieds bénis où elle a trouvé autrefois la conversion et le pardon, aujourd’hui la consolation souveraine. Le Seigneur ne s’y oppose pas ; silencieux, il laisse un instant toute liberté à l’amour de Madeleine. Et lorsqu’il reprend la parole, c’est pour lui indiquer, affectueusement, qu’il y a autre chose à faire : « Non, ne vous attachez pas à moi comme pour me retenir, comme si vous deviez me perdre aussitôt, comme si cette entrevue était la dernière. Nous aurons l’occasion de nous revoir, car l’heure n’est pas venue encore pour moi de remonter à mon Père. Mais elle viendra ; et au lieu de demeurer ici, allez dire à mes frères : Je monte vers mon Père, qui est votre Père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu. » Le Seigneur n’a donc pas changé : c’est toujours la même tendresse, la même intimité qu’au soir de la Cène.

Marie-Madeleine, comme tous ceux qui aiment, se prête aussitôt à sa volonté. Elle quitte le Seigneur et s’en va vers les disciples, non pas seulement vers les apôtres, mais vers tous ceux qui, avant la Passion, paraissaient attachés à Jésus ; et elle leur annonce : « J’ai vu le Seigneur et il m’a dit ceci. » — L’apparition à Marie-Madeleine est la première dont fassent mention les évangiles ; mais la piété chrétienne a deviné, dès l’antiquité (cf. Sedulius, Paschale carmen, livre V, vers 360-364), que le Seigneur s’était montré premièrement à sa Mère : Resurrexi, et adhuc tecum sum… Étant donné le caractère tout privé de cette rencontre, on s’explique que les évangélistes, qui rédigeaient un récit officiel et avec un dessein d’enseignement dogmatique, aient jugé superflu de la raconter.

Prières

Neuvaine à l’Enfant-Jésus (du 16 au 24 de chaque mois)

Comme de coutume au Prieuré Notre-Dame de Bethléem, nous commençons aujourd’hui la Neuvaine à l’Enfant-Jésus. Dans cette période particulière, nous demanderons : que la pandémie prenne fin, et que les chrétiens réagissent chrétiennement à cette épreuve.

Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.
Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.
Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.

Oratio

Deus, qui diversitátem géntium in confessióne tui nóminis adunásti : da, ut renátis fonte baptísmatis una sit fides méntium, et píetas actiónum. Per Dóminum.

Oraison

Dieu, qui avez réuni la diversité des nations dans la confession de votre nom : faites que, pour ceux qui ont eu la grâce de renaître dans la fontaine baptismale, la foi de l’esprit et la piété des œuvres soient une même chose.

Antiennes

Ã. María stabat ad monuméntum plorans, vidit Angelum in albis, sedéntem, et sudárium quod fúerat super caput Iesu, allelúia.

Ã. Marie se tenait près du sépulcre, pleurant, elle vit un Ange vêtu de blanc, assis, et le suaire qui avait été mis sur la tête de Jésus, alleluia​.

Antienne grégorienne “Maria stabat”

Ã. Tulérunt Dóminum meum, et néscio ubi posuérunt eum : si tu sustulísti eum, dícito mihi, allelúia : et ego eum tollam, allelúia.

Ã. Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis : si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, alleluia : et je l’emporterai, alleluia​.

Antienne grégorienne “Tulerunt”

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Mardi de Pâques

Mardi de Pâques

Mardi de Pâques

Le mot de Saint Benoît

Ne pas nourrir de fausseté dans son cœur.
Ne point donner une fausse paix.
Ne jamais abandonner la Charité.

Paul et Barnabé dans la synagogue d’Antioche (Act 13, 16-41) : résumé de Dom Paul Delatte

Saint Paul et saint Barnabé entrèrent dans la synagogue d’Antioche, le jour du sabbat, et prirent place. Le judaïsme était une grande et large fraternité : grâce aux synagogues, lieux de réunion et de prière commune, mais non de sacrifice, un Juif était partout chez lui. Peut-être Paul et Barnabé étaient-ils connus déjà. Peut-être avaient-ils avisé de leur venue ; toujours est-il que le premier accueil fut courtois et affectueux. Et après la lecture accoutumée de la Loi et des Prophètes, qui fournissait le texte de l’homélie ou exhortation (Lc 4, 17-22), les chefs de la synagogue invitèrent gracieusement Paul et Barnabé, qui sans prétention s’étaient rangés parmi les simples fidèles, à prendre la parole pour l’édification de la communauté. On a pu supposer que les divisions de l’Écriture lues ce jour-là étaient le premier chapitre du Deutéronome, qui ménageait à l’Apôtre l’occasion de résumer, comme l’avait fait saint Etienne, l’histoire religieuse des Juifs, ce qui leur était toujours sensible. Le passage des Prophètes aurait été le chapitre I d’Isaïe et amenait le thème de la rémission des péchés. Quoi qu’il en soit, l’Apôtre ne se fit pas prier pour prendre la parole ; toute chaire lui était bonne pour parler de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il se leva, demanda de la main le silence et commença, s’adressant tout à la fois et aux Juifs de nation et aux prosélytes. Le discours, plus spécialement encore que les événements de ce voyage, n’a pu être établi que sur les indications de l’Apôtre lui-même : saint Luc n’est ici que narrateur.

Prédilection de Dieu envers son peuple qui s’achève dans le salut offert en la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le fils de David (Act 13, 16-25).

Les Juifs, par leur naissance, les prosélytes en vertu de leur adoption, étaient les fils des Patriarches ; c’était leur histoire commune que rappelait saint Paul en parlant du séjour des Hébreux en Égypte, de leur libération miraculeuse, des quarante années de pèlerinage dans le désert, des peuples chananéens éliminés d’une terre promise par Dieu à la race élue, à la famille d’Abraham. Saint Paul assigne quatre siècles et demi au régime des Juges, depuis l’occupation de la terre de Chanaan jusqu’à l’avènement de la royauté. Les chiffres sont arrondis à dessein, les formules approximatives, et la leçon douteuse.

Le discours ne donne qu’une mention rapide au premier des rois d’Israël, Saül, (de même nom et de même tribu que le prédicateur lui-même), pour arriver, au plus tôt, au roi prédestiné, au roi selon le cœur de Dieu, et en lui et par lui, à Celui de ses fils dont il n’était lui-même que la glorieuse figure, Jésus, celui qui sauve. Les voies lui ont été ouvertes auprès de Jérusalem par Jean le Précurseur, que plusieurs regardèrent comme le Messie ; mais Jean-Baptiste les détrompait : « Non, leur disait-il, ce n’est pas moi ; mais voici qu’il vient après moi, ajoutait-il, d’une grandeur telle que je ne suis pas digne de lui dénouer la chaussure. »

Les Juifs de Jérusalem ont écarté le salut qui leur était offert, ils ont mis à mort le libérateur lui-même, mais Dieu l’a retiré du tombeau (Act 13, 26-37).

Eh bien ! disait l’Apôtre, c’est à vous tous, Juifs et prosélytes, que ce salut par le Seigneur Jésus est offert aujourd’hui. Les gens de Jérusalem et leurs chefs l’ont méconnu, l’ont jugé ; ils ont accompli, à leur insu, les prophéties qu’ils lisaient à chaque jour de sabbat ; et n’ayant pu trouver en lui aucun crime, ils ont obtenu de Pilate qu’il fût mis à mort. Descendu de la croix, il fut mis au tombeau. Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, et il s’est montré durant quarante jours à nombre de témoins qui l’avaient accompagné de la Galilée à Jérusalem. Et nous-mêmes, Barnabé et moi, nous venons vous apporter la bonne nouvelle. Le peuple juif tout entier a attendu le Messie : il n’a plus désormais à attendre. Cette grande promesse que Dieu a faite à nos pères, il l’a réalisée pour nous, leurs enfants, en relevant Jésus d’entre les morts. Cela était écrit au deuxième Psaume : « Vous êtes mon Fils, c’est aujourd’hui que je vous ai donné la vie » : car c’est à dater de la résurrection que commence, pour le Verbe de Dieu incarné, sa vie d’Adam nouveau et de chef de toute l’humanité ; c’est une vie nouvelle qu’il est allé chercher au tombeau, une vie sans fin, selon la promesse faite à David par le Dieu qui ne trompe pas. Il est dit encore dans un autre Psaume : « Vous ne permettrez pas que votre Saint subisse la corruption du tombeau. » (Ps 15, 10). Or, dit l’Apôtre saint Paul, et nous retrouvons sur ses lèvres l’exégèse donnée par saint Pierre lui-même (Act 2, 24-32), David, après avoir au cours de sa vie obéi à la volonté de Dieu, s’est endormi ; il a rejoint ses pères et a subi le sort de toute chair. Il n’en va pas de même de celui dont il était la figure, que Dieu a réveillé d’entre les morts, et qui n’a point connu la corruption du tombeau.

C’est en Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité que nous obtenons la justice et le salut (Act 13, 38-41).

La dernière partie du discours de saint Paul contient l’exhortation et la conclusion pratique. On dirait une mise en demeure, et déjà, comme en germe, toute la doctrine de saint Paul. Sachez-le donc, mes frères, la loi de Moïse a été impuissante à nous justifier : nos fautes ne sont effacées qu’en Notre-Seigneur Jésus. Il n’y a pour nous de justice et de salut qu’à la condition de croire en lui et de lui appartenir. Gardons-nous d’encourir par nos résistances la menace du prophète : « Prenez garde, est-il dit à ceux qui méprisent la parole de Dieu, prenez garde aux surprises et aux terreurs du lendemain ; car je vais, sous vos yeux, accomplir une œuvre telle que vous ne pourriez la croire, si elle vous était seulement racontée. » C’est au prophète Habacuc (Hab 2, 4) que l’Apôtre emprunte à la fois et la formule qu’il développera plus tard dans ses épîtres aux Galates, aux Romains, aux Hébreux : « Le juste vit de la Foi » ; et la menace suspendue sur la tête de ceux qui méprisent (Hab 1, 4 et Hab 2, 5 d’après les Septante). Dans la prophétie, le péril dénoncé est l’invasion des Chaldéens ; ici, c’est un châtiment de Dieu dont tous les fléaux antérieurs ne sont qu’une pâle figure : le châtiment qui ne finit pas, la captivité éternelle.

Prières

Exhortation de Saint Ephrem le Syrien (306-373)

Jésus, Notre-Seigneur, le Christ, nous est apparu du sein de son Père. Il est venu et nous a tirés des ténèbres et nous a illuminés de sa joyeuse lumière. Le jour s’est levé pour les hommes ; la puissance des ténèbres est chassée. De sa lumière s’est levée pour nous une lumière qui a éclairé nos yeux obscurcis. Il a fait lever sa gloire sur le monde et a éclairé les plus profonds abîmes. La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin, les portes de l’enfer sont en pièces. Il a illuminé toutes les créatures, ténèbres depuis les temps anciens. Il a réalisé le salut et nous a donné la vie ; ensuite il viendra dans la gloire et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu. Notre Roi vient dans sa grande gloire : allumons nos lampes, sortons à sa rencontre (Mt 25,6) ; réjouissons-nous en lui comme il s’est réjoui en nous et nous réjouit par sa glorieuse lumière. Mes frères, levez-vous, préparez-vous pour rendre grâce à notre Roi et Sauveur qui viendra dans sa gloire et nous réjouira de sa joyeuse lumière dans le Royaume. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui Ecclésiam tuam novo semper fœtu multíplicas : concéde fámulis tuis ; ut sacraméntum vivéndo téneant, quod fide percepérunt. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui agrandissez sans cesse votre Église par une nouvelle génération : accordez à vos serviteurs de garder dans leur vie le sacrement qu’il ont reçu par la foi.

Antiennes

Ã. Stetit Iesus in médio discipulórum suórum, et dixit eis : Pax vobis, allelúia, allelúia.

Ã. Jésus se tint au milieu de ses disciples et leur dit : Paix à vous, alleluia, alleluia​.

Antienne grégorienne “Stetit Iesus”

Ã. Vidéte manus meas et pedes meos, quia ego ipse sum, allelúia, allelúia.

Ã. Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi, alleluia, alleluia​.

Antienne grégorienne “Videte manus”

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