Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Le mot de Saint Benoît

Craindre le jour du jugement.
Redouter l’enfer.
Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de l’esprit.
Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.

Du livre de Saint Augustin : « Des devoirs à rendre aux morts »

Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.

Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décédés dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.

Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre le soin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #2

Depuis l’an 680 jusqu’à l’an 780.

Outre les Apôtres des nations que notre Ordre a produits au siècle précédent, que nous avons rapportés ; outre un plus grand nombre que nous avons omis, il ne faut pas oublier saint Kilian, qui convertit toute la Franconie à la foi de Jésus-Christ, après en avoir instruit et baptisé le Prince. Il ne faut pas oublier non plus plusieurs de nos Solitaires, qui plantèrent la foi chrétienne dans la Saxe Orientale, et qui en convertirent le Roi. Les glorieux saints Egbert, Wigbert et Théodore portèrent l’Évangile en diverses provinces avec un succès merveilleux. Saint Lambert gagna à Jésus-Christ la Champagne et le Brabant. La Westphalie, la Frise et la Hollande converties au Sauveur du monde furent les fruits des travaux de saint Wigbert. Saint Willibrord combattit et surmonta l’idolâtrie dans plusieurs provinces. De Moine Bénédictin il fut fait Évêque d’Utrecht. Saint Turmie prêcha la vérité chrétienne aux Saxons dans des lieux où elle n’avait jamais été connue. Le même S. Willibrord soumit à Jésus-Christ une grande partie des peuples du Septentrion; il fut l’Apôtre des Danois. S. Suitbert n’acquit pas moins de gloire et n’eut pas moins de succès en portant la parole de Dieu dans les provinces les plus farouches de l’Allemagne et de la Thrace; et en obligeant par son admirable éloquence les peuples du Brenzen et leurs voisins à adorer Jésus-Christ qu’ils avaient toujours méprisé. S. Marcellin établit la véritable Religion dans toute la Transylvanie, après en avoir entièrement banni l’idolâtrie. Il faut ajouter à ces Apôtres de tant de nations saint Boniface, que le Pape Grégoire II envoya en Allemagne; car ce Saint éclaira toutes ces grandes provinces des lumières du Saint-Esprit dont il était rempli. Le Cardinal Baronius parlant de lui, l’a justement nommé le fils du tonnerre ; puisqu’il exerça son apostolat avec tant de ferveur, de zèle et de succès, qu’après avoir entièrement ruiné l’idolâtrie, et dissipé les hérésies, il soumit encore à Jésus-Christ les pays de Hesse et de Thuringe. Nos Solitaires savants et zélés après avoir dissipé avec tant de gloire l’idolâtrie de presque toute l’Europe, eurent d’autres ennemis à combattre et une autre nuit à dissiper par la clarté de Jésus-Christ. Car ce siècle fut infecté d’un très grand nombre d’hérésiarques, et obscurci par une infinité d’hérésies. Mais tout cela ne servit qu’à donner à nos Solitaires une moisson plus ample de travaux, de combats, de victoires et de nouveaux triomphes. Saint Agathon, qui avait été tiré du Monastère pour être élevé sur le trône apostolique, s’opposa généreusement aux Monothélites et aux Iconoclastes ; il les combattit et les surmonta, assurant à Jésus-Christ ses deux volontés comme ses deux natures, et aux saintes images l’honneur qui leur est dû, et qu’on leur refusait. Ce fût pour ce sujet qu’il assembla ce Concile célèbre de Constantinople, qui est le sixième général. Le Pape Sergius son successeur au Siège de saint Pierre, qui avait été Moine comme lui, imita son courage et sa conduite. Il s’opposa avec une constance digne du Chef de l’Église à l’Empereur et au faux Concile qu’il avait assemblé dans la même ville impériale, Grégoire II, qui avait aussi ajouté à la profession monastique la première dignité de l’Église, a laissé à la postérité un exemple admirable de courage et de force, lors que pour soutenir l’honneur des saintes images et la pureté de la foi, il excommunia l’Empereur Léon et le priva de l’Empire d’Italie.

Les autres Prélats, qui avaient été tirés de nos Cloitres pour gouverner les Églises, imitèrent ces saints Pontifes. Ils attaquèrent et confondirent les mêmes hérésies avec un semblable succès, Saint Jean de Damas vainquit les ennemis des images. La Bavière était toute infectée d’hérésie, et saint Boniface l’en purgea. La simonie fut aussi combattue et surmontée par Othon un de nos Religieux. Enfin S. Étienne Pape assembla un Concile à Rome, dans lequel il abolit entièrement l’hérésie des ennemis des images, qui renaissait et qui s’augmentait sans cesse.

Qui pourrait expliquer les grands et importants services que nos Solitaires ont rendus à l’Église Romaine durant ce siècle, et les avantages qu’ils lui ont procurés. Benoît II lui a rendu et assuré sa liberté, et a fait reconnaitre au monde son autorité souveraine. La plus grande partie de son domaine temporel est un des soins et du courage du Pape Zacharie; et si en ce temps elle triompha des Schismatiques, qui étaient si puissants, ce fut par les travaux et par la générosité du Pape Sergius, de saint Anselme et de plusieurs autres savants et généreux Bénédictins. Le Pape Grégoire II rebâtit et embellit la ville de Rome, ce fut lui qui défendit même avec les armes les droits de son Église. Enfin le Pape saint Étienne réforma les mœurs du Clergé, et mourut plein de gloire et de mérite, après avoir banni de l’Église les vices et les erreurs.

Si un Ordre Monastique peut encore recevoir quelque gloire et quelque éclat des personnes de grande qualité qui en ont fait profession, celui de saint Benoît en doit avoir beaucoup ; car durant ces trois siècles il en a reçu et en a sanctifié un très grand nombre. Ce siècle nous en fournit plusieurs, même des Princes et des Rois, qui méprisèrent la couronne et la pourpre, pour assurer leur salut dans nos Monastères sous l’habit de saint Benoît. D’un très grand nombre, que je trouve dans de très bons Auteurs, je n’en rapporterai que fort peu. Wamba Roi d’Espagne, Ethelred, Cenred, Asta, et Chinesuinde, Alfrede, Winoc, Atroc, Ceolwulf, Ine, Ratchis, Tassia, Tatrude, Etheldrède (Audrey), et Carloman Roi d’Austrasie. Tous ces Princes et ces Princesses désabusés de la vanité du monde, lassés du bruit et des embarras de la Cour, pénétrés de la crainte de Dieu, éclairés de sa lumière, et embrasés du feu saint de son amour, se réfugièrent dans nos Cloitres, y vécurent saintement, et y moururent pour vivre dans l’éternité.

Nous ne parlons pas d’un nombre presque infini de glorieux Martyrs qui ont arrosé et embelli durant ce siècle toute l’Église de leur sang, qu’ils ont généreusement répandu pour l’amplifier et pour la défendre.

Mais je ne veux pas oublier un très grand nombre de beaux esprits, qui ont été élevés dans notre Ordre, qui se sont rendus admirables dans tous les arts et dans toutes les sciences, et qui ont fait l’ornement de ce siècle. Le vénérable Bède a éclairé l’Angleterre, et tant de Solitaires très célèbres qui ont établi et rendu si célèbre l’Université de Fulda, autrefois la plus savante d’Allemagne. Il ne faut pas oublier aussi le grand Egbert qui a fondé la belle Académie et la riche Bibliothèque d’York.

Un nombre qu’on ne peut pas compter de parfaits Religieux se sont sanctifiés dans l’Ordre par la pratique exacte de la Règle durant ce siècle, et ont mérité le Paradis par leurs vertus et par leur austérité.

Depuis l’an 800 jusqu’à l’an 900.

Nous ouvrirons ce siècle par les Apôtres de beaucoup de nations, qui n’avaient pas encore entendu parler de Jésus-Christ, ou qui après leur première conversion étaient retombées dans l’idolâtrie. Le premier sera saint Sturme excellent Abbé de Fulda qui prêcha l’Évangile dans la Thuringe et dans la Saxe ; et qui au commencement de ce siècle couronna ses glorieux travaux par une mort encore plus glorieuse, puisqu’il la souffrit pour la querelle de Jésus-Christ. Saint Willehad détruisit heureusement les restes du Paganisme dans plusieurs provinces d’Allemagne. Nos Historiens disent des merveilles de saint Ludger, qui après avoir abandonné l’Évêché de Trèves, qu’il gouvernait fort saintement, et où il vivait en repos et avec beaucoup d’honneur, souffrit des peines infinies pour la conversion des Frisons. Saint Burchard a mérité le nom de Père et d’Apôtre de la Franconie par ses invincibles travaux. Saint Ludger éclaira le Septentrion comme un astre nouveau. Il porta la chaleur de sa charité et la lumière de la doctrine dans les climats les plus écartés et les plus froids, et acquit à Jésus-Christ toute la Scandinavie. Saint Anschaire convertit à la foi toute la Gothie avec son Roi, la Suède et les nations voisines avec leurs Souverains. La Saxe que nos Bénédictins avaient éclairé tant de fois de la lumière de l’Évangile, et qui s’était pervertie tant de fois, fut encore éclairée durant ce siècle de la même clarté par les prédications de saint Kortilla un très savant Abbé. Saint Anschaire prêcha encore aux Danois, qui avaient repris l’idolâtrie, et les reconquit à Jésus-Christ. Saint Rembert travailla encore dans ce même Royaume à convertir les peuples à la foi et à racheter les captifs. Je n’oublierai pas ici l’admirable conversion des Bulgares, à laquelle nos Pères ont travaillé avec tant de succès. Trebellius leur Roi conçut tant de ferveur par les prédications et par la conversion de ses saints Apôtres ; qu’il abandonna le monde et ses États, prit l’habit de l’Ordre et en fit profession, Saint Adalbert fermera cette glorieuse troupe d’Apôtres des nations, il mourut après avoir glorieusement semé la parole de Dieu dans le Danemark, dans la Suède et dans la Gothie avec des travaux infinis. On y peut ajouter nos généreux et savants Moines de Corbie, qui prêchèrent Jésus-Christ dans la Slavonie et dans les provinces voisines avec un succès merveilleux.

Rien n’approche davantage de la gloire de l’Apostolat que la couronne du martyre; on ne saurait compter les généreux Martyrs de l’Ordre de saint Benoît, qui ont empourpré de leur sang durant ce siècle presque toutes les nations du monde. Le seul Danemark fut arrosé du sang précieux d’un grand nombre de nos Solitaires, qui y furent massacrés pour la foi de Jésus-Christ. L’Espagne fut consacrée par le martyre de saint Parfait et de plusieurs de nos pères. C’est encore là que Saint Pierre un Solitaire très zélé reçut une semblable couronne, pour le juste et magnifique fruit de ses travaux. Saint Hiéron mourut dans la Frise pour le même sujet et saint Ménard en Allemagne. L’Angleterre et l’Écosse furent toutes teintes et embellies des vertus et du sang de nos Religieux, répandu pour la foi de Jésus-Christ et pour couronner ce grand nombre de nos Martyrs, nous y ajouterons saint Salomon Roi de l’Armorique ou petite Bretagne, Religieux et Martyr.

Les Apôtres des nations sèment le grain précieux de la parole divine, les Martyrs cultivent cette sainte semence et l’arrosent de leur sang : et on peut dire, que ceux qui combattent les hérésies par leurs controverses, et les vices par leurs Sermons, ou qui apaisent les schismes qui naissent dans le champ de l’Église, contribuent beaucoup à nourrir ce grain sacré et à le multiplier au centuple.

C’est principalement durant ce siècle, que le zèle de nos Pères parut en réfutant les hérétiques par leurs discours éloquents, et par leurs doctes écrits, et en réunissant les esprits et les cœurs des fidèles, que divers intérêts avaient aigris et séparés. Saint Béat et saint Éthérée combattirent. généreusement la pernicieuse hérésie d’Élipante et l’anéantirent presque en même temps. Amaury travailla avec beaucoup de soin à traiter la paix de l’Église avec l’Empereur, et la conclut heureusement pour le bien et pour le repos de toute la République Chrétienne. Le Pape Grégoire vint en France pour apaiser les différends qui étaient entre l’Empereur et les Princes ses enfants. Raban et Hincmar étouffèrent les erreurs de Godescalc presque dans leur naissance.

À peine trouverez-vous une Église considérable durant ce siècle, qui n’ait été gouvernée par nos Bénédictins. Car l’Ordre a donné au Saint-Siège le grand et généreux saint Léon, qui par la fermeté de la foi, par la sainteté de ses mœurs, par la grandeur de son courage et par ses belles actions a mérité une gloire éternelle. C’est à ce grand Pontife que l’Occident a obligation de l’Empire. Il faut ajouter à ce Saint le Pape Étienne V célèbre par son éminente Sainteté; et Pascal premier, qui mérite beaucoup de gloire pour avoir augmenté le patrimoine de saint Pierre, et pour avoir vigoureusement soutenu l’élection libre des Évêques et des Souverains Pontifes. Grégoire IV délivra l’Italie de la tyrannie des Sarrasins. Et saint Léon IV soutint encore la liberté des élections, délivra la ville de Rome de la peste et d’un funeste embrasement. Il rendit encore toute l’Angleterre tributaire au Saint-Siège par la seule réputation de sa sainteté. Je ne parle pas d’une infinité d’autres Prélats que l’Ordre a donnés à toutes les Églises ; puisqu’on peut dire, que durant tout ce siècle il y en avait fort peu d’autres.

Si ce siècle a passé pour un des plus savants, et des plus riches en hommes excellents dans tous les arts et dans toutes les sciences, il en a l’obligation à l’Ordre de S. Benoît qui les lui a presque tous donnés. Je n’en marquerai qu’un petit nombre. Paul Diacre abandonna les plus glorieux emplois pour se faire Bénédictin, et fut après tendrement aimé de l’Empereur Charlemagne. Il composa et mit en ordre tout l’Office divin, et enrichit l’Église de beaucoup d’autres écrits. L’Université de Paris la plus célèbre et la plus savante du monde, doit à nos Pères sa naissance et son premier éclat; le grand Alcuin l’institua et l’éclaira de la doctrine. C’est à ce grand homme que nous devons aussi l’institution de la Fête de la Très-sainte Trinité ; il en composa l’Office, et en prêcha le culte. Il laissa encore plusieurs écrits, qui font connaitre la force de son esprit et la profondeur de sa doctrine. L’Université de Pavie, la plus illustre de l’Italie, a la même obligation à Jean Scot. Enfin on peut dire sans crainte que nos savants Solitaires ont éclairé toute l’Europe, en établissant durant ce siècle dans toutes les provinces des Collèges, où ils enseignaient toutes les sciences et tous les arts. Et ce fut par leur moyen que la France égala en ce temps, et même surpassa toute la science de la Grèce. L’Allemagne fut aussi si bien cultivée par nos Solitaires, que durant ce siècle elle produisit un très-grand nombre d’hommes excellents pour la sainteté de leur vie et pour l’éminence de leur doctrine, Et ce n’est pas une petite gloire pour nos Pères, que par des exemples de leurs vertus et par leurs savantes leçons ces peuples grossiers et farouches se soient rendus en ce temps si doctes et si saints. Le premier qui enseigna la Théologie, et qui établit des écoles de toutes les sciences dans Lyon fut le savant Solitaire Laidrad. Saint Anschaire porta dans le Danemark les sciences et les arts libéraux, qui jusqu’à lui y avaient été inconnues. Raban Maur porta le premier la langue grecque en Allemagne. Le très éloquent Aimon d’Alberstat parut encore dans ce siècle. Strabon y parut aussi ; c’est à lui que nous devons la glose ordinaire. Nous avons encore assez de marques de l’esprit et de la rare doctrine d’Hincmar Archevêque de Reims, comme aussi de l’Abbé Hilduin, qui vivait dans ce siècle. Anségise Abbé de Luxeuil, s’y distingua aussi avec un éclat merveilleux. Il ne faut pas oublier tant de grands hommes qui sortirent d’Irlande et qui passèrent par troupes en France et en Allemagne, et qui remplirent avec tant de gloire et de sainteté les sièges Épiscopaux et les principales chaires des Universités. Il nous serait bien facile d’ajouter encore ici un très grand nombre de Prélats, d’Empereurs, de Rois, de Princes, de Princesses, et d’autres personnes de la première qualité, qui méprisèrent durant ce siècle tout le lustre et tout l’éclat du monde, pour se cacher dans l’obscurité de nos Cloitres. Mais je les veux passer, parce que je fais un abrégé, et que je n’ai promis qu’une légère idée et un tableau raccourci de la gloire de l’Ordre de saint Benoît. Je ne dirai rien non plus de cette troupe, qu’on ne peut pas compter de Saints et de Saintes, que notre Ordre a envoyés en Paradis durant ce siècle.

Prières

Oratio

Deus, véniæ largítor, et humánæ salútis amátor : quæsumus cleméntiam tuam ; ut nostræ Congregatiónis Fratres, propínquos et benefactóres, qui ex hoc sæculo transiérunt, beáta María semper Vírgine intercedénte cum ómnibus Sanctis tuis, ad perpétuæ beatitúdinis consórtium perveníre concédas.

Oraison

Ô Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez à tous les Frères, les proches et les bienfaiteurs de notre Ordre, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Père Éternel, j’offre le Très Précieux Sang de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes qui sont dites aujourd’hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs dans l’Église universelle, pour ceux de ma maison et de mes proches. Ainsi soit-il.

Prière de Dom Edmond Martène (1654-1739)

Prions pour les âmes de ceux que nous aimons, pour ces âmes que Dieu a retirées des tristes et mortels filets de cette terre. Que le Dieu dont la Toute-Puissance s’étend à toutes choses et qui possède un trésor infini de richesses spirituelles, que ce Dieu vienne du haut du Ciel, au secours de ces chères âmes. Qu’il les préserve des ardeurs du feu qui ne s’éteint jamais, qu’il leur donne le rafraichissement de l’éternel Royaume. Que là-Haut ces âmes soient enivrées de félicité et de joie en présence du Roi, au milieu de tous les justes et de tous les élus qui les ont précédées dans la splendeur des Saints, sur un trône d’une incomparable majesté et dans la Lumière de la région des vivants. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ego sum resurrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; et omnis qui credit in me, non morietur in æternum.

Ã. C’est moi qui suis la résurrection et la vie : qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et qui croit en moi ne mourra pas pour toujours.

Antienne grégorienne “Ego sum resurrectio et vita”

Antienne Ego sum resurrectio et vita

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Vendredi 13 novembre (ReConfinement J15) : Toussaint bénédictine

Annonce du Martyrologe Bénédictin

Fête de tous les Saints qui ont milité sous la Règle de Notre Saint Père Benoît, fête instituée par le Pape Paul V.

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. Et si, désireux d’éviter les peines de l’enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.

Sermon

Extrait d’un sermon de Saint Bernard sur Saint Benoît

Vous avez entendu aujourd’hui même les promesses que le Seigneur fait dans son Évangile à ses apôtres, à qui il disait: « Vous serez assis sur des trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël (Mt 19, 28). » Vous avez là le repos, « vous serez assis », et l’honneur, « vous jugerez. » Mais Notre-Seigneur lui-même n’a pas voulu arriver à ce repos et à cet honneur sans passer par le travail et par les abaissements. S’il fut condamné à la mort la plus honteuse, mis à l’épreuve des tourments et rassasié d’opprobres, ce ne fut que pour couvrir de confusion son ennemi, et quiconque l’imite et le suit dans ses égarements. Voilà, esprit inique, voilà celui qui doit aller s’asseoir sur le trône de sa majesté, parce qu’il est semblable au Très-Haut et le Très-Haut est avec lui. C’est à quoi ont pensé les saints anges qui ne voulurent point partager l’apostasie du Malin qu’ils ont vu précipité, et nous ont laissé ainsi un exemple, afin que, de même qu’ils ont mieux aimé se tenir au rang des serviteurs, nous fissions de même de notre côté. Quiconque fuit le labeur et aspire aux honneurs doit donc savoir qu’il marche sur les pas de l’ange qui a aspiré à s’élever et à aller s’asseoir, et si la faute de cet esprit ne l’épouvante point, que du moins son châtiment l’effraie; car tout a tourné pour lui différemment de ce qu’il avait pensé, en sorte qu’il devint un objet de risée et qu’un feu éternel fut préparé pour le recevoir. C’est pour éviter ces malheurs que les saints anges ont semé pour nous la semence de la prudence, dont ils ont commencé de faire preuve eux-mêmes au moment où les autres sont tombés.

C’est aussi la semence que les apôtres ont répandue pour nous, lorsqu’ils s’attachèrent au Seigneur au moment où tant d’autres qui, préférant la sagesse de ce monde qui n’est que folie auprès de Dieu, et la prudence de la chair qui opère la mort et est ennemie de Dieu, s’éloignaient de lui, scandalisés de ce qu’ils lui entendaient dire, du sacrement de la chair et de son sang; ils ne continuèrent pas davantage à marcher à sa suite. Les disciples, au contraire, à la demande que leur fit le Seigneur pour savoir s’ils voulaient, eux aussi, le quitter, répondirent: « Seigneur à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle (Io 6, 69). » Mes frères, il faut que nous imitions cette prudence, il y en a beaucoup encore qui marchent dans la société de Jésus jusqu’à ce que vienne le moment pour eux de manger sa chair et boire son sang, c’est-à-dire de prendre part à sa passion, car c’est ce que signifient ces paroles, c’est le sens même de ce sacrement, et qui alors se scandalisent aussi et retournent sur leurs pas, en disant : « C’est une parole dure à entendre (Ibid. 61). » Pour nous, partageons la prudence des apôtres et écrions-nous avec eux : « Seigneur, à qui irons-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. » Non, nous ne vous quitterons point; vous nous donnerez la vie. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui tombe de la bouche de Dieu (Dt 8, 3 et Mt 4, 4). Le monde n’est pas seul à avoir ses délices, il s’en trouve de plus grandes que les siennes dans vos paroles. C’est ce qui faisait dire au Prophète: « Que vos paroles semblent douces à mes lèvres ! elles le sont plus que ne le serait le rayon de miel (Ps 118, 103). » À qui donc pourrions-nous aller, Seigneur, puisque vous avez les paroles de la vie éternelle, c’est-à-dire, des paroles qui sont au dessus de toutes celles que le monde peut avoir ? Non-seulement, mes frères, il est la vie même, mais il en est aussi la promesse, il est l’attente des justes, il est leur joie, mais leur joie si grande que tout ce qu’on peut désirer ne lui pourrait être comparé. La prudence est donc la semence que les saints apôtres ont semée pour nous. Quant aux martyrs, il est clair que leur semence est une semence de force. Celle des confesseurs est la justice qu’ils n’ont cessé de poursuivre pendant toute leur vie ; car il y a la même différence entre les martyrs et les confesseurs qu’entre Pierre qui laisse tout, à la fois, et Abraham qui emploie les biens de ce monde à de bonnes œuvres. Les premiers ont, en effet, .vécu beaucoup de temps en quelques instants, et les seconds ont passé leur vie au milieu de longs martyres de toutes sortes. Pour ce qui est des vierges saintes, il est de toute évidence que leur semence est celle de la tempérance puisqu’elles ont su fouler la passion aux pieds.

Par sa doctrine Saint Benoît nous instruit et dirige nos pas dans les sentiers de la paix, et par la justice de sa vie, il nous donne des forces et du courage, et nous anime d’autant plus à faire ce qu’il nous a enseigné, que nous savons pertinemment qu’il ne nous a enseigné que ce qu’il a fait lui-même. Il n’est pas, en effet, d’exhortation si pleine de vie et d’efficacité que l’exemple, car celui qui fait ce qu’il conseille le rend facile à persuader, puisqu’il montre, par sa conduite, que ce qu’il conseille est praticable. Voilà donc comment la sainteté fortifie, la piété instruit, et la justice confirme. Quelle ne fut donc pas en effet la piété de cet homme, qui, non content d’être utile à ceux de son temps, se mit en peine de l’être aussi à ceux qui viendraient après lui? Non-seulement cet arbre a porté du fruit pour ceux qui vivaient alors, mais il en a produit qui dure et persévère jusqu’à nos jours. Il était, certes, bien aimé de Dieu et des hommes, celui dont la présence fut en bénédiction, comme nous voyons que le fut celle de bien des saints, qui, n’étaient aimés que de Dieu, parce qu’ils n’étaient connus que de lui, mais dont le souvenir, de plus, est encore en bénédiction maintenant. En effet, jusqu’à ce jour, par la triple confession de son amour de Dieu, il paît le troupeau du Seigneur de trois sortes de fruits à la fois. Il le paît par sa vie, par sa doctrine et par son intercession. Sans cesse aidés par elle, portez aussi des fruits à votre tour, mes très-chers frères, car c’est pour cela que vous avez été établis, c’est pour que vous alliez , et que vous produisiez du fruit (Io 15, 16). Mais d’où devez-vous sortir pour aller ? De vous mêmes, mes frères, selon ce mot de l’Écriture : « Détournez-vous de votre propre volonté (Eccl 18, 30). » Ne lisons-nous point aussi du Seigneur que « celui qui sème s’en alla semer » (Mt 13, 3)? Ainsi nous avons la semence, nous avons vu quels furent ses fruits; c’est à nous de l’imiter, mes frères, car il n’est venu que pour nous donner la forme, nous montrer la voie.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #1

Les progrès de l’Ordre de saint Benoît, après la mort de son saint Patriarche furent merveilleux, comme les grandes actions de ses enfants. J’aurais du plaisir à les écrire; mais comment pourrait-on enfermer dans un abrégé ce que tant de Solitaires si illustres et si parfaits ont fait et ont souffert dans toutes les parties du monde pour la gloire de Dieu, pour l’établissement, pour la défense et pour l’ornement de l’Église durant tant de siècles ? L’Ordre de S. Benoît a tant fait et de si grandes choses durant près de douze cens ans, il a porté la foi de Jésus-Christ et la sainteté des mœurs en tant de nations différentes, avec tant de gloire et de succès; qu’il faudrait écrire l’histoire de toute la Religion Chrétienne, ou plutôt l’histoire de tout le monde, pour faire exactement celle de ce Saint Institut.

Je ne dois pourtant pas passer sous silence tant de merveilles et tant de grands progrès ; il faut que j’en fasse ici un léger crayon: car il est important que tous nos Solitaires conçoivent une idée véritable de cet admirable Corps dont ils sont les membres ; afin de s’animer par cette vue à ne rien faire et à ne rien souffrir, qui soit indigne d’une profession si sainte et si glorieuse.

C’est cet Ordre qu’un écrivain fort éloquent a comparé à un ruisseau fort petit dans sa source; mais qui s’est si bien enflé dans son cours, qu’il est devenu un grand fleuve, duquel tant d’autres sont sortis et ont pris de sa plénitude; à cette petite pierre détachée sans le secours d’aucune main humaine, qui a renversé l’empire du démon, et qui est devenue une haute montagne. Enfin il le compare à ce petit grain de l’Évangile, qui est devenu un grand arbre, et qui a étendu ses branches dans toutes les parties du monde, qui a couvert sous son ombre les Prélats, les Rois, les Princes et les peuples, qui a fait l’ornement de l’Église et la joie du Paradis.

Mon dessein est de faire ici un petit Catalogue de quelques-uns de nos plus illustres Solitaires de l’un et de l’autre sexe, il sera assez court pour ne pas ennuyer le lecteur, et assez long pour former dans son esprit une magnifique idée de la sainteté et de la gloire d’un père, qui a produit tant d’illustres enfants. Il pourra aussi animer nos Solitaires, qui leur ont succédé; et qui vivent dans les mêmes Maisons et sous la même Règle, à pratiquer les mêmes vertus, et à s’éloigner de ce qui peut ternir la gloire et la sainteté d’un Ordre si glorieux et si saint.

Mais je suis obligé d’avertir, qu’en faisant ce Catalogue de nos illustres, je ne donnerai point dans le sentiment de quelques écrivains, qui par un zèle excessif ont donné à l’Ordre de saint Benoît des Saints qui ne lui appartiennent pas, et qui le parent sans nécessité d’ornements empruntés; car il est assez riche, il se contente de ses propres biens. Mais je ne donnerai pas non plus dans le sentiment de quelques nouveaux savants, qui par une critique trop sévère, rejettent comme supposé tout ce qu’ils ne trouvent pas appuyé par des Auteurs du même temps ; et qui sur des conjectures trop légères condamnent la tradition, et font cent injustices à la vérité, qu’ils prétendent défendre.

J’ai des Historiens plus anciens, plus célèbres, plus équitables, et qui méritent bien mieux d’être crus que ces nouveaux auteurs ; car ils nous ont laissé ce qu’ils avaient reçu de leurs pères, et nous devons recevoir leur tradition avec respect, et la laisser à ceux qui viendront après nous comme un précieux héritage. La plus grande partie des vérités de fait ne s’établit que de cette manière; et si on demandait toujours des témoins du même temps, où en serions-nous ? Les traditions les plus saintes seraient ébranlées.

Les premiers écrivains de notre Ordre ont eu, sans doute, plus de connaissance de ce qui s’est passé dans les premiers siècles, que ceux qui en écrivent à présent ; parce qu’ils étaient bien plus proches de la source. Les faits ne s’éclaircissent pas par la suite des temps, cet éloignement les obscurcit. Les anciens Auteurs ont vu très-assurément les écrits et les originaux que nous voyons, et ils en ont vu plusieurs que nous n’avons pas vus, et que nous ne verrons jamais. Car tout le monde sait qu’il s’en est perdu un très grand nombre par le malheur des temps, par la fureur de la guerre, par le saccagement des villes, par le pillage des Monastères les plus illustres, et par l’incendie des bibliothèques les plus nombreuses et les plus riches.

On ne peut donc pas sans témérité soupçonner seulement tant de savants historiens d’avoir manqué de lumière ou de sincérité. Et vouloir les accuser d’en avoir voulu imposer à la postérité en écrivant contre leur conscience et la bonne foi, c’est une grande injustice; car si ces écrivains qui ont composé leur histoire il y a trois cents, deux cents, ou même depuis cent ans, n’avaient point trouvé dans aucun Auteur plus ancien, ni dans aucune pièce authentique ce qu’ils ont avancé ; s’ils ne l’avaient appris d’aucune tradition, on aurait droit de les traiter de fourbes et de menteurs. Mais s’ils ne l’ont écrit qu’après s’en être assurés sur de bons mémoires, ou sur des témoignages dignes de foi; pourquoi est-ce que les nouveaux savants s’éloignent de leur sentiment, et les blâment d’ignorance ou d’infidélité ? pourquoi donnent-ils à ces grands hommes tant de démentis ?

Une possession si ancienne et si paisible dans laquelle nous sommes de tant de personnes illustres, et de tant de Saints du sixième et du septième siècle est trop bien établie, pour nous être ravie si légèrement. Il faut des titres et des titres incontestables pour nous la disputer. Tous les arguments négatifs et toutes les conjectures du monde sont des preuves trop légères pour affaiblir notre droit ; il est reçu dans l’Ordre et même dans toute l’Église, il est même reconnu par les écrivains étrangers.

[Certains saints de ces deux premiers siècles bénédictins ne sont pas au sens le plus strict « bénédictins ». En effet, à cette époque la plupart des monastères avaient leur propre règle de vie souvent composée de plusieurs règles écrites. La Règle de Saint Benoît va néanmoins s’imposer de plus en plus durant le 7ème siècle, notamment dans les monastères colombaniens semés à travers toute l’Europe.]

Les saints et les personnes illustres de l’Ordre de S. Benoît qui ont fleuri depuis l’année 480. jusqu’à l’année 580.

On ne doit marquer la naissance de l’Ordre de S. Benoît que presqu’à la fin du cinquième siècle de celle du Sauveur du monde. Et nous avons dit un mot de ses progrès jusqu’à la mort de son saint Patriarche. Nous avons dit aussi qu’en même temps notre Institut éclaira la France par les miracles et par la sainteté de saint Maur, et qu’il reçut aussi lui-même un éclat merveilleux dans ce grand Royaume. Car parmi un très-grand nombre de personnes de qualité qui abandonnèrent le monde et ce qu’il a de doux pour se donner à Dieu, Flore un des premiers Officiers de la Couronne et favori de son Prince, quitta tous ses avantages pour prendre notre habit. Ce fut encore en ce même temps qu’on bâtit en France et en Italie beaucoup de Monastères pour nos Religieux ; et que presque tous ceux qui étaient établis dans ces grandes provinces, quittèrent leurs Statuts et leurs manières de vivre, pour prendre la Règle de saint Benoît. Enfin ce fut durant ce premier siècle de notre Ordre et le sixième de Jésus-Christ, qu’un nombre infini de personnes de tous les âges, de tous les sexes et de toutes les conditions abandonnèrent le monde pour assurer leur salut en passant le reste de leur vie dans nos Monastères. Un des plus célèbres que je ne puis ne pas oublier, c’est le grand Cassiodore, lequel après avoir été Secrétaire d’état et pris tant de part au gouvernement de l’Empire sous trois divers Rois; après avoir été Consul et Sénateur, pour couronner sa vie par une heureuse fin, se soumit à la discipline de saint Benoît et fonda deux de nos Monastères : Hic primitus Consul, deinde Senator, ad postremum vero monachus extitit. Quelques Auteurs y ajoutent Denis le Petit, si célèbre pour le recueil qu’il a fait des Saints Canons. C’est tout ce que je dirai de ce premier siècle, qui a fourni assez de matière pour remplir plusieurs volumes. J’ai déjà parlé de la Mission de saint Placide et de nos premiers Martyrs.

Depuis l’année 580 jusqu’à l’année 680.

Ce second siècle de notre Ordre fut encore plus glorieux et bien plus utile à l’Église. Celui qui occupait dans son commencement la Chaire de saint Pierre et qui gouvernait toute l’Église était Pelage II. Ce grand pontife assembla plusieurs Conciles pour pourvoir aux présents besoins de la Religion. Des écrivains dignes de foi le font disciple de saint Benoît et Religieux de son Ordre: aussi eut-il un grand zèle pour notre Institut, qu’il favorisa à Rome et partout ailleurs. Il l’étendit et en multiplia les Maisons ; car quoique de son temps et même du vivant de saint Benoît, il y eut dans Rome des Monastères de l’Ordre, où nos Religieux vivaient avec une sainteté admirable; on y en bâtit encore d’autres de son temps : même les principales Églises de cette grande Ville furent données durant ce siècle à nos Solitaires, par la libéralité des Souverains Pontifes, du consentement du clergé.

Mais saint Grégoire le Grand surpassa tous ses prédécesseurs dans l’amour qu’il avait pour un Ordre, qu’il avait lui-même embrassé, et dans le zèle qu’il témoigna à le favoriser. Avant qu’il fut élevé au Souverain Pontificat, il fit de son propre Palais un Monastère, il y mit nos Religieux, et après cela il y entra lui-même et y fit profession. Rome servit d’exemple aux autres villes d’Italie, et à toutes les provinces de l’Empire. Car on bâtit partout de nouveaux Monastères, et on réforma les anciens, en y établissant l’observance de la Règle de saint Benoît: et dans tous ces saints lieux un nombre infini de Prélats, d’Abbés, d’Abbesses et de Solitaires très parfaits de l’un et l’autre sexe ont éclairé le monde par leur sainteté, par leur doctrine, par leurs miracles et par leurs grandes actions. Le Père Mabillon en rapporte une partie, après cent autres écrivains.

Je n’entreprends pas de nommer ici tous les grands Prédicateurs, que l’Ordre a produits durant ce siècle. Ce sont eux qui ont renversé l’idolâtrie et planté la foi de Jésus-Christ dans tant de nations et de provinces, qui les reconnaissent et qui les honorent comme leurs véritables Apôtres. D’un si grand nombre je ne nommerai que saint Omer et saint Amand, par qui les restes de la Gentilité furent arrachées en France et dans les Pays-bas. L’Angleterre fut éclairée par la lumière de l’Évangile, que saint Augustin, Saint Laurent, Saint Mélice, Saint Wilfried, et Cuthbert y répandirent. Et plusieurs provinces d’Allemagne reçurent la véritable Religion par les prédications de Winefride et de Rupert. Il ne faut pas douter que ces grands hommes, ces Solitaires zélés n’aient planté la profession monastique dans ces États avec la foi de Jésus-Christ. Car la France, qui avait déjà reçu dès le sixième siècle la vie religieuse par le ministère de S. Maur, fut dans celui-ci toute remplie et toute enrichie de Monastères de notre Institut dans toutes ses provinces par le zèle des saints Colomban, Eustase, Amand, Agile, et Philibert. Saint Fructueux et saint Ildefonse éclairèrent l’Église d’Espagne et étendirent notre Institut dans ce Royaume.

Prières

Oratio

Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut ad meliórem vitam sanctórum Monachórum exémpla nos próvocent ; quátenus, quorum solémnia ágimus, étiam actus imitémur. Per Dóminum.

Oraison

Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, que les exemples des Saints Moines nous excitent à une vie meilleure, en sorte que nous imitions aussi les œuvres de ceux dont nous célébrons la fête. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prières de Dom Joseph Mège à Saint Benoît (1625-1691)

Pourquoi, Seigneur, avez-vous rendu Saint Benoît si admirable et si parfait ? Pourquoi l’avez-vous élevé au milieu de votre Église comme un astre brillant et comme un éclatant flambeau ? N’est-ce pas pour nous éclairer ? Et à quoi nous servira sa lumière, si vous ne nous donnez des yeux pour la voir et des forces pour faire le bien qu’il nous découvre ? Faites-nous donc, mon Dieu, cette faveur parfaite; et après nous avoir montré un modèle si accompli, faites que nous l’imitions parfaitement. Ainsi soit-il.

Esprit divin, Consolateur adorable, qui êtes la source infinie et féconde de toutes les grâces et de toutes les vertus, qui les possédez toutes dans votre indivisible unité, et qui les répandez et les partagez sans vous épuiser. C’est vous qui avez inspiré, et qui avez enrichi les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Prélats et les Vierges. C’est de votre plénitude que les Solitaires de tous les siècles, de toutes les nations et de tous les Ordres ont tiré leur esprit. Et c’est vous adorable Esprit du Père et du Fils, qui avez donné à Saint Benoît, par un privilège unique, l’esprit de tous les justes. Faites-moi part de cet Esprit de sainteté afin que je puisse partager la gloire des bienheureux dans le Ciel. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Exsúltet ómnium turba fidélium pro glória almi Patris Benedícti : læténtur præcípue catérvæ monachórum, celebrántes eius festa in terris, de cuius societáte Sancti congáudent in cælis.

Ã. Que toute l’assemblée des fidèles se réjouisse de la gloire accordée à notre auguste Père Benoît ; que les phalanges des moines surtout se livrent à la joie de célébrer sur terre la fête de celui que les saints sont heureux d’avoir pour compagnon dans le Ciel.

Antienne grégorienne “Exultet omnium”

Antienne Exultet omnium

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Confinement jour 5 : Saint Benoît, Abbé

Sermon pour la fête de saint Benoît

Saint Benoît, Patriarche des moines d'occident (extrait d'un sermon du 11 juillet 2010)

Chronologie de Saint Benoît

  • ca 480 (491 ?) : Naissance à Norcia
  • ca 498 : études à Rome
  • ca 500 : vie érémitique au sacro speco à Subiaco
  • ca 503 : abbé à Vicovaro
  • ca 506 : retour à la vie érémitique puis fondation du monastère de Subiaco selon le modèle de saint Pacôme (12 maisons de 12 moines)
  • ca 529 : Fondation du Mont-Cassin
  • ca 534 : début de la composition de la Règle avec pour base la Règle du Maître
  • ca 539 : fondation de Terracine
  • ca 547 : Mort (21 mars) au Mont-Cassin

De l’Année liturgique de Dom Prosper Guéranger 

Avec quelle vénération profonde nous devons approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le VIIe siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, et jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Prière de Dom Prosper Guéranger à saint Benoît

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

Ô Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

Ô Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Élevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.

Autres prières

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez en ce jour tiré votre Confesseur, le Bienheureux Benoît, de la prison de son corps pour l’élever au ciel, daignez accorder à vos serviteurs qui célèbrent cette Fête le pardon de toutes leurs fautes, afin que, prenant part dans la joie de leur âme à sa gloire et à son bonheur, ils soient, grâce à son intercession, associés à ses mérites. Par Notre-Seigneur.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Neuvaine à Saint Benoît pour obtenir la grâce d’une bonne mort

Antienne. Benoît, aimé du Seigneur, s’étant fortifié par la réception du Corps et du Sang de Jésus-Christ, était debout dans l’église, appuyant ses membres défaillants sur les bras de ses disciples. Les mains élevées vers le ciel, il exhala son âme dans les paroles de la prière; et on le vit monter au ciel par une voie couverte de riches tapis et resplendissante de l’éclat d’innombrables flambeaux.
V/. Vous avez apparu plein de gloire en la présence du Seigneur.
R/. Et c’est pour cela que le Seigneur vous a revêtu de beauté.
Oraison
Ô Dieu, qui avez honoré de tant et de si glorieux, privilèges la précieuse mort de notre très saint Père Benoît, daignez accorder à nous qui honorons sa mémoire, la grâce d’être protégés contre les embûches de nos ennemis, à l’heure de notre mort, par sa bienheureuse présence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Oratio

Omnípotens sempitérne Deus, qui hodiérna die carnis edúctum ergástulo sanctíssimum Confessórem tuum Benedíctum sublevásti ad cælum :  concéde, quæsumus, hæc festa tuis fámulis celebrántibus cunctórum véniam delictórum ; ut, qui exsultántibus ánimis eius claritáti congáudent, ipso apud te interveniénte, consociéntur et méritis. Per Dóminum.

Oratio

Omnípotens, sempitérne Deus, qui per gloriósa exémpla humilitátis, triúmphum nobis ostendísti ætérnum ; da quæsumus, ut viam tibi plácitæ obœdiéntiæ, qua venerábilis Pater illésus antecedébat Benedíctus, nos, præclaris eius mentis adiúti, sine erróre subsequámur.

Preces (novemdiales) in honorem S.P.N. Benedicti ad postulandam gratiam bene moriendi

Antiphona. Stans in oratório diléctus Dómini Benedíctus, Córpore et Sánguine Domínico munítus, inter discipulórum manus imbecíllia membra susténtans, eréctis in cælum mánibus, inter verba oratiónis spíritum efflávit : qui per viam stratam pálliis, et innúmeris corúscam lampádibus cælum ascéndere visus est.
V/. Gloriósus apparuísti in conspéctu Dómini.
R/. Proptérea decórem índuit te Dóminus.
Oratio
Deus, qui pretiósam mortem sanctíssimi Patris nostri Benedícti tot tantísque privilégiis decorásti : † concéde, quæsumus, nobis : ut cuius memóriam recólimus, * eius in óbitu nostro beáta præséntia ab hóstium muniámur insídiis. Per Christum Dóminum nostrum. Amen.

Extraits de la Règle de Saint Benoît

Chapitre 36, Des frères malades

On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout. On les servira comme s’ils étaient le Christ en personne, puisqu’il a dit : « J’ai été malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36), et « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40) De leur côté, les malades considéreront que c’est en l’honneur de Dieu qu’on les sert. Aussi ils ne contristeront pas par des exigences superflues les frères qui les servent. Éventuellement, il faudrait cependant les supporter avec patience, parce qu’il en revient plus de mérite. L’abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les malades ne souffrent d’aucune négligence.

Chapitre 49, De l’observance du Carême

Nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême, et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences des autres temps. Nous le ferons dignement, si nous nous préservons alors de tous les vices, si nous nous appliquons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement. En ces jours donc, ajoutons quelque chose à la tâche accoutumée de notre service : oraisons particulières, restriction dans les aliments et la boisson. Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque pratique surérogatoire; (1 Th 1, 6) il retranchera à son corps sur la nourriture, la boisson, le sommeil, les entretiens; et il attendra la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel. Chacun cependant soumettra à son abbé ce qu’il se propose d’offrir à Dieu et n’agira qu’avec sa prière et son approbation : car tout ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera imputé à présomption et à vaine gloire, non à mérite. Partant, tout doit se faire avec l’assentiment de l’abbé.

Antienne

Ã. Hódie * sanctus Benedíctus per viam Oriéntis trámitis vidéntibus discípulis cælos ascéndit : hódie eréctis mánibus inter verba oratiónis migrirávit : hódie in glória ab Ángelis suscéptus est.

Ã. Aujourd’hui Saint Benoît, par la voie de l’Orient, sous les yeux de ses disciples, s’est dirigé rapidement vers les cieux. Aujourd’hui, les mains levées dans des paroles d’oraison, il s’en est allé. Aujourd’hui, dans la gloire il a été reçu par les Anges.

Antienne grégorienne “Hodie Sanctus Benedictus”

Pour le samedi de la 3ème semaine de Carême

Réflexion de Saint Augustin sur les paroles de Notre-Seigneur : « Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre sur cette femme ».

Consideret se unusquisque vestrum, intret in semetipsum, ascendat tribunal mentis suae, constituat se ante conscientiam suam, cogat se confiteri. Scit enim qui sit: quia nemo scit hominum quae sunt hominis, nisi spiritus hominis, qui in ipso est. Unusquisque in se intendens, peccatorem se invenit.

Que chacun d’entre vous se considère lui-même, qu’il rentre au dedans de lui; qu’il s’assoie au tribunal de son esprit; qu’il comparaisse devant sa conscience; qu’il s’oblige à passer aux aveux. Car il sait qui il est, et personne, parmi les hommes, ne sait ce qui est dans l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui. Chaque homme qui se regarde lui-même se trouve pécheur.

Præténde, Dómine, fidélibus tuis déxteram cæléstis auxílii : ut te toto corde perquírant ; et, quæ digne póstulant, cónsequi mereántur. Per Dóminum.

Étendez, Seigneur, la main droite de votre céleste secours sur vos fidèles, afin que de tout leur cœur ils vous recherchent, et que, ce qu’ils demandent convenablement, ils méritent de l’obtenir. Par N.-S.

Ã. Nemo te condemnávit, * múlier ? Nemo, Dómine. Nec ego te condemnábo : iam ámplius noli peccáre.

Ã. – Personne ne t’a condamnée, femme? – Personne, Seigneur. – Alors moi non plus je ne te condamnerai pas : mais ne pèche plus à l’avenir.

Antienne grégorienne “Nemo te”

La Règle de Saint Benoît

La Règle de Saint Benoît

“Il écrivit une règle des moines remarquable par sa discrétion et dans un langage élégant”. Ces paroles tirées de la vie d’un saint abbé nommé Benoît, auquel le Pape saint Grégoire le Grand consacre tout le livre 2 de ses Dialogues, nous permet d’identifier l’auteur  d’une Règle des moines écrite peu après l’an 530. Cette Règle de saint Benoît (désormais RB) est bien connue de nom, mais sa doctrine spirituelle, son contenu restent souvent ignorés ou mal connus. Généralement on résume la RB par l’adage célèbre : “Prie et travaille” (ora et labora). Or, cette sentence, qui d’ailleurs ne se trouve pas dans notre Règle, est certainement réductrice par rapport à toute la richesse de notre texte. C’est pourquoi nous voudrions présenter dans cet article comme un sommaire, parcourir page après page la RB afin que cette règle de notre vie, et par là notre vie même, soit mieux connue.
La RB se présente donc comme un ensemble de 73 chapitres précédés d’un prologue ; ces chapitres eux-mêmes peuvent être regroupés en trois parties : la première (ch. 1 à 7) pose des principes spirituels pour la vie monastique, la seconde (ch. 8 à 67) règle la vie monastique dans les divers domaines (emploi du temps, hiérarchie, etc.), enfin la troisième (ch. 68 à 73) est comme une conclusion spirituelle sur la charité fraternelle avec un épilogue ouvrant sur d’autres horizons textuels.

Le Prologue
Il consiste en une invitation à la conversion, c’est-à-dire à se détourner de la désobéissance à la loi de Dieu (le péché) pour se tourner (se convertere en latin) vers Dieu (RB Pr. 2-3). Pour cela, saint Benoît, père et maître (RB Pr. 1), nous invite à écouter les paroles du Seigneur et à les mettre en pratique en se mettant à son service dans le monastère, “école du service du Seigneur” (RB Pr. 45), le but étant de “mériter de prendre place dans le royaume du Christ après avoir partagé ses souffrances par la patience” (RB Pr. 50).

Principes de la vie monastique (ch. 1 à 7)
Cette première partie nous présente d’abord le cadre de la vie monastique : le chapitre 1 nous dit que saint Benoît s’adresse à des cénobites, c’est-à-dire à des moines qui vivent « dans un monastère, sous une règle et un abbé », et justement le chapitre 2 nous présente ce que doit être l’abbé, père du monastère qui tient la place du Christ (RB 2, 2) et qui doit conduire ses disciples au ciel par le double enseignement de ses paroles et du bon exemple de sa vie (RB 2, 12); enfin saint Benoît détermine au chapitre 3 les relations entre l’abbé et sa communauté quant à la gestion temporelle du monastère, l’abbé doit prendre conseil des frères même si ultimement toutes les décisions lui reviennent.
Les chapitres suivants nous exposent les principes de la vie spirituelle du moine. Ainsi le chapitre 4 nous propose 74 sentences spirituelles, faciles à retenir et se présentant comme des « instruments de l’art spirituel » (RB 4, 75), elles nous invitent à l’obéissance aux commandements de Dieu (RB 4, 1-9), au renoncement et à la mortification (RB 4, 10-13 et 20), à la pratique des oeuvres de miséricorde (RB 4, 14-19) et des vertus (RB 4, 21-43 et 59-74), à la considération de nos fins dernières (RB 4, 44-46), à la garde de nos actions, pensées et paroles (RB 4, 47-54), aux lectures saintes, à la prière, à la componction (RB 4, 55-58).
Le chapitre 5 est un développement sur la vertu d’obéissance, dont l’acte doit être accompli promptement (RB 5, 4-9) par amour et à l’exemple du Christ (RB 5, 2 et 10-13).
Le chapitre 6 traite du silence nécessaire pour éviter le péché (RB 6, 1-2 et 4-5).
Enfin, le chapitre 7, le plus long de notre Règle, est consacré à l’humilité. Saint Benoît nous présente une échelle de l’humilité composée de douze degrés qui, en fait, « sont moins des échelons à gravir l’un après l’autre que des signes de vertu qui peuvent et doivent se montrer simultanément ». Avec saint Thomas d’Aquin, nous ordonnerons ces différents échelons comme suit : le premier degré, la révérence envers Dieu, le sens de la présence de Dieu (RB 7, 10-30), est comme le fondement de l’humilité; les quatre degrés suivants régleront la volonté humaine, le deuxième nous invite à ne pas suivre notre volonté propre (RB 7, 31-33), le troisième à se régler d’après le sentiment des supérieurs (RB 7, 34), le quatrième à obéir même dans les contrariétés (RB 7, 35-43); l’humilité doit aussi régler notre intellect, ainsi nous devons reconnaître nos défauts (5è degré, RB 7, 44-48), nous considérer d’indignes et mauvais serviteurs (6è degré, RB 7, 49-50) et mettre les autres avant nous (7è degré, RB 7, 51-54); enfin l’humilité doit s’étendre à nos attitudes extérieures : chercher à ne pas se distinguer des autres (8è degré, RB 7, 55), à se modérer dans ses paroles (9è et 10è degrés, RB 7, 56-59) et dans toutes ses actions (11è et 12è degrés, RB 7, 60-66).

Législation (ch. 8 à 67)

Après avoir posé les principes spirituels de la vie monastique, il s’agit maintenant de l’organiser. Cette section comprendra trois parties : dans la première est réglée la prière monastique (ch. 8 à 20), la deuxième traite en détail du bon ordre de la communauté (ch. 21 à 57), la troisième du recrutement et de la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67).

La prière monastique (ch. 8 à 20)

Après le traité de l’humilité, saint Benoît, sans aucun préambule, enchaîne avec l’organisation de l’office communautaire de nuit, ce qu’il appelle « vigiles » et que nous appelons actuellement « matines » (ch. 8 à 11). Ensuite est réglé le premier des sept offices du jour, pour saint Benoît les « matines » que nous appelons aujourd’hui « laudes » (ch. 12 et 13). Le chapitre 14 est consacré à l’office des fêtes des saints, le 15 au temps où il faut chanter « alleluia ». Au chapitre 16 nous trouvons une justification à cette organisation de l’Office divin par saint Benoît dans l’application des paroles de la Sainte Ecriture « sept fois le jour je vous ai loué » (Psaume 118, 164) et « au milieu de la nuit je me levais pour vous rendre grâces » (Psaume 118, 62) à cette prière communautaire. Cette section se poursuit avec l’ordonnancement des heures du jour : Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies destinées à sanctifier toute la journée, à revenir sans cesse à Dieu (ch. 17). Enfin cette organisation de la prière communautaire se termine avec la distribution des psaumes entre ces différentes heures.
Saint Benoît termine cette section par deux chapitres qui concernent l’attitude spirituelle à avoir non seulement dans la prière communautaire (ch. 19), « notre pensée doit être en accord avec notre voix » (RB 19, 7), mais aussi dans la prière personnelle (ch. 20), humilité, pureté du coeur et componction.

Le bon ordre de la vie communautaire (ch. 21 à 57)

Cette section commence par un chapitre (ch. 21) sur les doyens qui doivent assister l’abbé dans sa charge, ayant chacun sous leur surveillance un groupe d’une dizaine de moines. Cette surveillance concerne particulièrement le bon ordre dans les dortoirs, spécialement lors du lever (ch. 22).
La Règle se poursuit avec un code pénitentiel pour les fautes graves (ch. 24 à 30). Les punitions (ch. 24-26 et 30) sont de deux ordres : dans l’ordre spirituel, l’excommunication, c’est-à-dire la séparation de la communauté soit quant à la prière commune de l’Office divin, soit quant à la table commune; dans l’ordre corporel, pour ceux qui ne comprenaient pas les peines spirituelles, on procédait au châtiment des coups de bâton. Enfin après ces peines, après les efforts miséricordieux de l’abbé pour le ramener dans la bonne voie (ch. 27), après les prières spéciales de toute la communauté pour sa conversion, le moine qui persévère dans son attitude sera expulsé (ch. 28), mais non sans espoir de retour (ch. 29).
Saint Benoît s’occupe ensuite de l’administration temporelle du monastère (ch. 31 à 34). Il nous décrit la fonction et les vertus du cellérier (économe), le père temporel de la communauté (ch. 31) qui sera aidé par d’autres frères si ses charges sont trop prenantes (ch. 32). Les deux chapitres suivants concernent la pauvreté du moine qui ne possède rien de propre (ch. 33) mais qui reçoit de la miséricorde de l’abbé ce dont il a besoin et selon ses propres besoins (ch. 34).
Ensuite il faut traiter de la vie quotidienne des moines (ch. 35 à 41) et d’abord de leur nourriture (ch.35-41). Ainsi le chapitre 35 traite du cuisinier ou plutôt des cuisiniers, puisque tous les moines, en principe, doivent se succéder dans cette tâche « parce qu’elle nous apporte une grande récompense et qu’elle est un moyen de pratiquer la Charité » (RB 35, 2). Ensuite il faut déterminer le régime particulier des malades (ch. 36), des enfants et des vieillards (ch. 37), ainsi que l’attitude de miséricorde et d’attention qu’on doit avoir à leur égard. Enfin est expliqué le déroulement des repas à l’écoute d’une lecture édifiante (ch. 38), ce qu’on y mange (ch. 39), ce qu’on y boit (ch. 40), et à quelle heure (ch. 41).
Les chapitres suivants poursuivent cette réglementation de la vie quotidienne du moine. Le chapitre 42 nous parle du rituel des Complies et du « grand silence » à respecter la nuit, après cet office. Les trois chapitres suivants reviennent sur les fautes et les peines : le chapitre 43 traite des retardataires à l’Office divin ou à la table; le chapitre 44 de la manière de réintégrer la communauté après l’excommunication; le chapitre 45 des fautes commises pendant l’Office divin et le chapitre 46 de toutes les autres fautes légères. Saint benoît poursuit avec l’emploi du temps de la journée dans le chapitre 47 qui traite de la charge d’annoncer les heures des offices qui en ponctuent le cours, le chapitre 48 qui règle la répartition des différentes activités selon les périodes de l’année, ce sont, à part l’Office divin : le travail manuel et la lecture spirituelle (11). Le chapitre 49 s’occupe de l’observance du Carême, les pénitences personnelles devant toujours être soumises au jugement de l’abbé, non moins qu’au secours de sa prière (RB 49, 8). Puis il faut penser aux frères qui ne peuvent chanter l’Office divin dans l’oratoire du monastère – on voit toujours l’importance donnée par saint Benoît à la prière liturgique – soit qu’ils travaillent dans les champs (ch. 50), soit qu’ils sont en voyage (ch. 51). Enfin le chapitre 52 est un magnifique petit paragraphe sur l’oratoire du monastère, lieu de rencontre avec Dieu dans la prière liturgique mais aussi personnelle, c’est de cette prière personnelle dont il s’agit ici.
Pour finir nous avons cinq chapitres qui s’occupent de circonstances particulières de la vie quotidienne comme l’accueil des hôtes (ch. 53) qu’on devra « recevoir comme le Christ lui-même » (RB 53, 1-2), comme la réception de cadeaux (ch. 54); qui traitent tour à tour de la garde-robe du moine (RB 55), de la table de l’abbé qui, à l’époque, mangeait avec les hôtes (RB 56), ou enfin de l’exercice de métiers dans le monastère et de la vente de ce qui est produit par ces métiers (RB 57).

Le recrutement et la hiérarchie du monastère (ch. 58 à 67)

Le chapitre 58 s’occupe donc de l’accueil de ceux qui veulent « se convertir » (RB 58, 1), c’est-à-dire entrer dans la vie religieuse. C’est l’occasion de parler du maître des novices qui doit veiller sur les dispositions des candidats à la vie monastique en observant « attentivement s’ils cherchent Dieu véritablement, s’ils s’appliquent avec soin à l’OEuvre de Dieu, à l’obéissance et aux opprobres » (RB 58, 7). Nous tenons dans ces quelques mots l’essentiel de la vie monastique : la recherche de Dieu, le moine cherchant Dieu parce que Dieu lui-même le cherche comme le notait saint Benoît dans son Prologue (RB Pr., 14), d’une part; et d’autre part, les signes de cette recherche de Dieu, les trois « o », Opus Dei, Obedientia, Obprobria, c’est-à-dire la prière liturgique, fondamentale pour saint Benoît, l’obéissance et les pratiques d’humilité. Ce chapitre ce termine sur le cérémonial de l’admission dans la communauté.
Les trois chapitres suivants ont trait à trois types de vocations particulières : les enfants qui étaient offerts au monastère par leurs parents (ch. 59), les prêtres ou autres clercs qui désireraient se faire moines (ch. 60), les moines d’un autre monastère qui voudraient intégrer la communauté (ch. 61). Dans la continuité du chapitre 60, le chapitre 62 traite des prêtres que l’abbé pourrait faire ordonner.
On entre ensuite au coeur de la communauté avec un petit code de politesse monastique et même tout simplement chrétienne (ch. 63), suivi de chapitres sur l’élection de l’abbé (ch. 64), sur le choix d’un prieur par l’abbé (ch. 65) afin de l’assister et non de le contredire (RB 65, 2 et 7), sur le portier du monastère qui a pour charge d’accueillir les hôtes (ch. 66), sur la prière pour les frères qui partent en voyage ou qui en reviennent (ch. 67).

La Charité fraternelle (ch. 68 à 72) et Epilogue (ch. 73)

Cette Charité s’exprimera d’abord vis à vis de Dieu, dans l’exercice de l’obéissance à l’abbé, qui représente le Christ, dans les choses difficiles ou même impossibles (ch. 68). Cette Charité s’exprimera vis à vis des autres frères dans le fait de les laisser à l’autorité parternelle de l’abbé sans les défendre (ch. 69) ni les frapper (ch. 70) quand ils commettent des fautes, et dans l’obéissance mutuelle des uns aux autres selon la place de chacun au sein la communauté (ch. 71). Enfin le chapitre 72 qui serait à citer dans son entier résume l’ordre et le mode de notre Charité : « Absolument rien ne devra être préféré au Christ; qu’il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle » (RB 72, 12).
Dans son épilogue saint Benoît fait profession d’humilité : sa Règle « n’est qu’une règle pour débutants », que les moines s’appliquent donc à l’étude de la Sainte Ecriture, des Vies et Conférences des Pères, de la Règle de saint Basile (RB 73, 3-5), « c’est ainsi qu’ils pourront parvenir, grâce à la protection de Dieu, aux sommets les plus élevés de la doctrine et de la vertu » (RB 73, 9).

Conclusion

Au terme de cette présentation de notre sainte Règle, nous aimons à rappeler l’actualité de ce texte du VIè siècle, ce texte est en effet actuel pour inviter les âmes à chercher l’essentiel c’est-à-dire Dieu, actuel pour conduire les âmes à la vie éternelle, la seule chose nécessaire. Nous sommes inquiets de constater le désintérêt des jeunes gens et jeunes filles pour la vie religieuse : on pense à se faire une place dans le monde, on pense aux études, on pense à s’amuser, mais on oublie l’éternité, on oublie les choses spirituelles, on oublie de tendre à Dieu. La vocation n’est pas une possibilité envisagée sérieusement, si, même, elle est envisagée. La vie elle-même n’est pas envisagée dans son ensemble car on oublie que la fin de la vie c’est la mort et que nous n’entrerons pas au ciel selon notre place dans le monde économique, mais selon notre place dans le monde spirituel, place qui s’acquiert par la pratique des bonnes oeuvres.

La vie bénédictine

La vie bénédictine

Notre vie monastique tient tout entière comme dans son germe, dans le propos de saint Benoît quittant Rome et l’étude des Belles Lettres pour vivre seul avec Dieu dans la grotte de Subiaco. Des disciples étant venus se placer sous sa conduite, saint Benoît les répartit dans des monastères et leur donna une Règle.

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