19 mars — Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

19 mars — Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

19 mars — Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

La Punchline de Bossuet

Ne me demandez pas, chrétiens, ce que faisait saint Joseph dans sa vie cachée : il n’a rien fait. En effet, il n’a rien fait pour les yeux des hommes, parce qu’il a tout fait pour les yeux de Dieu. C’est ainsi que vivait le juste Joseph. Il voyait Jésus-Christ, et il se taisait : il le goûtait, et il n’en parlait point ; il se contentait de Dieu seul, sans partager sa gloire avec les hommes. Il accomplissait sa vocation, parce que, comme les apôtres sont les ministres de Jésus-Christ découvert, Joseph était le ministre et le compagnon de sa vie cachée.

Sermon pour la fête de saint Joseph

Sur la fidélité de saint Joseph (19 mars 2011)

Vie de Saint Joseph d’après les Évangiles et la Tradition (Bénédictins de Paris)

Nous ne trouvons aucun renseignement sur l’origine et les premières années du patriarche Joseph. Le nom figure dans la généalogie du Sauveur, et saint Luc (3, 23) a soin de faire remarquer que, selon l’expression, Jésus passait pour être le fils de Joseph. Celui-ci, remarque saint Matthieu (1, 20), était de la descendance de David, puis époux de Marie de laquelle est né Jésus. Charpentier de son état, c’était un homme juste, fidèle observateur de la Loi mosaïque ; il habitait Nazareth.

Le titre de gloire de Joseph sur lequel les évangélistes insistent avec plus de complaisance, c’est qu’il était l’époux de Marie, qui sans cesser d’être vierge est devenue mère par l’opération du Saint-Esprit. Et pour que Joseph n’ignore rien de cet adorable mystère qui s’est accompli en celle qui lui a été donnée pour épouse, un ange vient du ciel pour le rassurer. « Joseph, fils de David, lui dit-il, ne crains point de prendre avec toi Marie, ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. Et elle enfantera un fils, tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple du péché. » Joseph qui avait pu concevoir quelque inquiétude au sujet du grand mystère, n’eut plus désormais d’autre souci que d’exécuter les ordres du ciel. Réveillé de son sommeil, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé ; il prit avec lui Marie son épouse. Mais respectueux du trésor qui lui était confié, il fut le gardien de la virginité de Marie. Son rôle fut de veiller sur la mère et l’enfant avec toute l’autorité d’un père de famille, mais avec une docilité inviolable aux ordres venus du ciel. Nous le trouvons constamment aux côtés de Marie pour l’accompagner à Bethléem où s’accomplissent les mystères de la naissance du Fils de Dieu et de sa circoncision. Il donne à l’enfant le nom de Jésus, suivant ce qui lui a été prescrit ; il le porte au temple avec Marie, au temps marqué pour accomplir la Loi du Seigneur concernant la purification de la mère et la présentation de l’enfant ; sur un ordre du ciel, il fuit en Égypte, et part immédiatement sans la moindre hésitation ; il reste sur la terre d’exil jusqu’à ce que l’ange l’invite au retour. Toujours sur l’avis du ciel, il se retire en Galilée dans son humble demeure de Nazareth, car les prophètes ont annoncé que Jésus serait appelé Nazaréen.

Lorsque Jésus atteint sa douzième année, la vigilance de Joseph est mise à l’épreuve ; trois jours durant, avec Marie, il doit chercher le divin Enfant dont il a la garde ; il le retrouve enfin dans le temple au milieu des docteurs, et c’est Marie qui se fait l’interprète de la peine profonde que cet incident lui causa. Le silence de Joseph dans cette circonstance nous est une nouvelle preuve de la docilité avec laquelle il reçut toujours l’expression des volontés divines. Les années du séjour de Jésus à Nazareth se résument en ces quelques mots qui nous révèlent la dignité et le bonheur de Joseph : « Et Jésus leur était soumis. »

Joseph mourut sans nul doute avant l’époque où Jésus commença sa vie publique, mais sur cette mort nous n’avons aucun détail ni dans l’Évangile, ni dans la tradition. Du langage des évangélistes, a écrit saint François de Sales (Amour de Dieu, 7, 13) : « On ne peut quasiment pas bonnement douter que le grand saint Joseph ne fût trépassé avant la passion et la mort du Sauveur qui, sans cela, n’eût pas recommandé sa Mère à saint Jean. » L’opinion commune est que le saint patriarche mourut au commencement de la vie publique de Jésus. Il s’éteignit doucement entre les bras de Jésus et de Marie. Une tradition respectable, acceptée par l’Église, dit que ce fut le 19 mars.

Fut-ce à Nazareth, où il passa la plus grande partie de sa vie ? Une opinion probable le soutient. Cependant des auteurs affirment que ce fut à Jérusalem, où il s’était transporté avec Jésus et Marie pour les fêtes de Pâques. Saint Bède le Vénérable reproduisant une croyance très ancienne, affirme que son corps fut enseveli dans la vallée de Josaphat. Sur l’âge de saint Joseph, on ne peut faire que des conjectures. Saint Épiphane a écrit qu’au moment de son mariage avec la très vierge Marie, Joseph était déjà un vieillard. Mais le plus grand nombre des Pères et des docteurs affirment, avec beaucoup de vraisemblance, qu’il était alors un homme dans la force de l’âge, entre trente et quarante ans.

Sanctification, prérogatives et vertus de Saint Joseph (Bénédictins de Paris)

Sanctification

On ne peut douter que Dieu, dans sa Providence, n’ait préparé le patriarche Joseph, par des grâces spéciales, à la mission qu’il devait remplir sur la terre et aux prérogatives dont il serait revêtu. Cependant on ne peut pas dire que Joseph ait été conçu sans péché, son âme à l’origine a été privée de la grâce et de l’habitation de la Sainte Trinité. Parmi les pures créatures, l’âme de Marie échappa seule à cette loi de la souillure originelle. Mais Joseph n’aurait-il pas été, à l’exemple de Jérémie et de Jean-Baptiste, sanctifié dans le sein de sa mère ? Des auteurs comme Gerson, Isidore de Lille, Bernardin de Busto l’ont pensé et ont appuyé leur sentiment sur des raisons de convenance. Saint Ligori a signalé cette opinion en des termes qui semblent l’appuyer. Saint Thomas d’Aquin leur répond qu’il ne convient pas d’étendre ce privilège à des personnages dont l’Écriture ne fait pas une mention expresse. D’ailleurs, l’Église n’a rien dit à ce sujet et, d’après Benoît XIV, ce sentiment pieux n’a pas en théologie, de fondement ferme et stable. L’expression cum esset iustus de l’Évangile, sur laquelle on a voulu s’appuyer, s’entend d’une justice au sens général. Il restera donc que l’âme de Joseph fut, de bonne heure, purifiée de la tache originelle, enrichie de la grâce sanctifiante suivant le rite de la circoncision institué par Dieu sous l’Ancien Testament. Le nom qu’il reçut représentait pour lui les plus saints et les plus riches accroissements de la grâce. Sans éteindre en lui le foyer de la concupiscence, Dieu le comprima, le lia en quelque façon et cette âme, venant à l’âge de discrétion, se porta comme d’elle-même vers son Créateur pour l’adorer, l’aimer, lui obéir en tout. Comme l’ancien patriarche Joseph dont la Sagesse fait l’éloge (Sap 10, 13, 14), l’époux de Marie ne commit jamais le péché. De là vint une somme immense de grâces auxquelles il coopéra fidèlement et qui furent pour lui une source de mérites.

Prérogatives

Joseph fut l’époux de Marie. — Il fut uni à la très sainte Vierge par un vrai mariage : les expressions du saint Évangile ne nous permettent pas d’en douter, quoiqu’il y ait dans ce mariage établi sur le double vœu de virginité de Marie et de Joseph un spectacle qui étonne la nature. C’est ce que Bossuet, dans son premier panégyrique de saint Joseph a fait admirablement ressortir : « Ce fut, dit-il, un mariage céleste, destiné par la Providence à protéger la virginité et donner par ce moyen Jésus­-Christ au monde. L’incomparable saint Augustin remarque avant tout trois liens dans le mariage : a) le sacré contrat par lequel ceux que l’on unit se donnent entièrement l’un à l’autre ; b) l’amour conjugal par lequel ils se vouent mutuellement un cœur qui n’est plus capable de se partager et qui ne peut brûler d’autres flammes ; c) enfin les enfants qui sont un troisième lien, parce que l’amour des parents venant pour ainsi dire à se rencontrer dans ces fruits communs de leur mariage, l’amour se lie par un nœud plus ferme. Et saint Augustin trouve ces trois liens dans le mariage de saint Joseph où tout concourt à garder la virginité.

« Il y a : a) le Sacré Contrat par lequel ils se sont donnés l’un à l’autre ; et c’est là qu’il faut admirer le triomphe de la pureté dans la vérité de ce mariage. Car Marie appartient à Joseph, et Joseph à la divine Marie ; si bien que leur mariage est très véritable, parce qu’ils se sont donnés l’un à l’autre. Ils se donnent réciproquement leur virginité ; sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel… Ce sont deux virginités qui s’unissent pour se conserver éternellement l’une à l’autre par une chaste correspondance de désirs pudiques, et, il me semble que je vois deux astres qui n’entrent ensemble en conjonction qu’à cause que leurs lumières s’allient. Nœud, d’autant plus ferme, dit saint Augustin, que les promesses qu’ils se sont données doivent être plus inviolables en cela même qu’elles sont plus saintes.

« Il y a : b) l’amour conjugal des deux conjoints. Sainte Virginité, vos flammes sont d’autant plus fortes qu’elles sont plus pures et plus dégagées, le feu de la convoitise qui est allumé dans nos corps ne peut jamais égaler l’ardeur des chastes embrassements des esprits que lie ensemble l’amour de la pureté. Un grand miracle rapporté par saint Grégoire de Tours (Hist. Franc., I, 42), établira cette vérité : Deux personnes de condition et de la première noblesse d’Auvergne ayant vécu dans le mariage avec une continence parfaite, passèrent à une vie plus heureuse et leurs corps furent inhumés en deux places assez éloignées. Mais il arriva une chose assez étrange : ils ne purent pas demeurer longtemps dans cette dure séparation, et tout le monde fut étonné qu’on trouvât tout à coup leurs tombeaux réunis sans que personne y eût mis la main… Dieu permit qu’ils se rapprochassent pour nous montrer par cette merveille, que les flammes où la convoitise se mêle ne sont pas les plus belles, mais que deux virginités bien unies par un mariage spirituel en produisent de bien plus fortes et qui peuvent, ce semble, se conserver sous les cendres mêmes de la mort. Cet amour spirituel ne s’est jamais trouvé si parfait que dans le mariage de saint Joseph : l’amour y était tout céleste puisque toutes ses flammes et tous ses désirs ne tendaient qu’à conserver la virginité.

« Il y a enfin : c) le fruit sacré de ce mariage. Je veux dire le Sauveur Jésus. Mais, direz-vous, nous comprenons bien que l’incomparable Joseph est père de Jésus-Christ par ses soins, nous savons aussi qu’il n’a point de part à sa bienheureuse naissance. Comment donc nous assurez-vous que Jésus est le fruit de ce mariage ? Cela peut paraître impossible. Il faut bien accorder cependant que Jésus, ce béni enfant, est sorti en quelque manière de l’union virginale de ces deux époux. Nous avons dit ailleurs que c’est la virginité de Marie qui a attiré Jésus­-Christ du ciel. Jésus est donc le fruit bienheureux que la virginité a produit. Il est, a dit saint Fulgence, le fruit, l’ornement, le prix et la récompense de la sainte virginité. C’est à cause de sa pureté que Marie a plu au Père éternel, que le Saint-Esprit s’est répandu sur elle. Mais, s’il en est ainsi, je ne craindrai plus d’assurer que Joseph a eu part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph, bien plus elle est le bien du chaste Joseph, par son mariage, par les chastes soins par lesquels il l’a conservée. Cette féconde virginité, Marie l’a vouée, Joseph la conserve ; tous deux la présentent au Père éternel comme un bien gardé par leurs soins communs. Comme Joseph a tant de part à la virginité de Marie, il en prend aussi au fruit qu’elle porte ; c’est pourquoi Jésus est son Fils, non pas à la vérité par la chair, mais par l’esprit, à cause de l’alliance virginale qui le joint à sa Mère. Honorons cette sainte virginité qui nous a donné le Sauveur, qui a rendu sa Mère féconde, qui a fait que Joseph a eu sa part de cette fécondité bienheureuse. »

Joseph fut le Père de Jésus. — Saint Augustin expliqué par Bossuet vient de nous faire saisir tout ce qu’il y a de profondément vrai dans ce titre et cette prérogative de Joseph : l’expression est à diverses reprises donnée dans les Évangiles, Marie s’en sert, quand elle s’adresse à Jésus retrouvé dans le temple. Bossuet va nous dire tout ce que contient de vérité cette autre expression de saint Augustin : « Joseph est père d’autant plus assurément qu’il l’est d’une façon plus chaste. » « Jésus, ce divin enfant sur lequel Joseph a toujours les yeux et qui fait l’aimable sujet de ses inquiétudes est né sur la terre comme un orphelin, et il n’a point de père en ce monde. Il est vrai qu’il en a un dans le ciel, mais à voir comme il l’abandonne, il semble que ce Père ne le connaît plus. Il s’en plaindra un jour sur la croix : mais ce qu’il a dit en mourant, il pouvait le dire dès sa naissance, puisque dès ce premier moment, ce Père du ciel l’expose aux persécutions et commence à l’abandonner aux injures. Tout ce qu’il fait, c’est de le mettre en la garde d’un homme mortel qui conduira sa pénible enfance, et Joseph est choisi pour ce ministère. Depuis ce temps-là Joseph ne vit plus que pour Jésus, il prend pour ce Jésus un cœur et des entrailles de père ; ce qu’il n’est pas par nature, il le devient par affection. Aussi bien, dit saint Jean Chrysostome, si nous parcourons l’Évangile, nous y trouvons que partout Joseph y paraît en Père : il donne le nom à Jésus, ·comme les pères le donnaient alors à leurs enfants ; c’est lui seul que l’ange avertit des périls de l’enfant pour qu’il le protège : Jésus le révère comme tel et lui obéit. Tout ce qui appartient à un père sans que la virginité soit intéressée, Dieu le donne à Joseph : il fait en quelque sorte couler dans le sein de Joseph quelque rayon ou quelque étincelle de l’amour infini qu’il a pour son Fils : c’est ce qui lui change le cœur, si bien que le juste Joseph qui sent en lui­-même un cœur paternel formé par la main de Dieu, sent aussi que Dieu lui ordonne d’user d’une autorité paternelle. »

Vertus

On pourrait passer en revue toutes les vertus, et l’on verrait qu’elles brillèrent toutes en Joseph : la foi en la parole de l’ange qui pour calmer son trouble lui révèle le mystère de l’Incarnation, qui l’avertit du péril et lui ordonne de fuir en Égypte ; l’espérance et la confiance inébranlable dans la Providence ; la charité envers Dieu le Père qui se traduit dans une obéissance à tous les décrets divins ; envers Jésus et Marie à qui appartiennent tous les instants de sa vie. Mais, dit encore Bossuet, ce sont les vertus particulières qu’il importe de considérer dans le juste Joseph :

Simplicité ou droiture de cœur et pureté d’intention. — Joseph surpasse la foi d’Abraham louée dans les saintes lettres pour avoir cru l’enfantement d’une stérile. Joseph a cru celui d’une vierge et il a reconnu en simplicité cet impénétrable mystère de la virginité féconde.

Détachement. — Le juste Joseph a Dieu dans sa maison et entre ses mains, mais il s’est rendu digne d’un si grand trésor par un détachement sans réserve, car il est détaché de ses passions, de son intérêt, de son propre repos.

Amour de la vie cachée. — Mystère admirable. Joseph a dans sa maison de quoi attirer les yeux de toute la terre et le monde ne le connaît pas ; il possède un Dieu homme et il n’en dit mot ; il est témoin d’un si grand mystère, et il le goûte en secret sans le divulguer. Nul autre que lui ne pouvait rendre meilleur témoignage du mystère de Jésus-Christ, lui qui en était le dépositaire, qui savait le miracle de sa naissance, que l’ange avait si bien instruit de sa dignité. Quel père ne parlerait pas d’un fils si aimable ? Et cependant rien n’est capable d’ouvrir sa bouche pour découvrir le secret qui lui a été confié. Ainsi, Joseph a mérité les plus grands honneurs, parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur ; l’Église n’a rien de plus illustre, parce qu’elle n’a rien de plus caché (Second panégyrique de saint Joseph).

L’annonciation à Saint Joseph (Mt 1, 18-21) : commentaire de Saint Bernard

Il était nécessaire que Marie fut fiancée à Joseph, puisque c’était le moyen de soustraire aux chiens un saint mystère, de faire constater par son propre époux la virginité de Marie, et de ménager en même temps la pudeur et la réputation de la Vierge. Est-il rien de plus sage, rien de plus digne de la divine providence ? Par ce moyen, les secrets desseins de Dieu ont un témoin, se trouvent soustraits à la reconnaissance de l’ennemi, et l’honneur de la Vierge mère est conservé sans tache. Autrement Joseph aurait-il été juste en épargnant l’adultère ? Or il est écrit : « Joseph son mari, étant un homme juste et ne voulant pas la déshonorer en la traduisant en justice, résolut de la renvoyer en secret » (Mt 1, 19). Ainsi, c’est parce qu’il était juste qu’il ne voulut point la traîner en justice ; mais de même qu’il n’eût point été juste, si, connaissant la faute de Marie il l’avait dissimulé ainsi il n’est point juste non plus, si, connaissant son innocence, il l’eût néanmoins condamnée. Comme il était juste et qu’il ne voulait point la traduire devant les juges, il résolut de la renvoyer en secret.

Mais, pourquoi voulut-il la renvoyer ? Écoutez sur ce point, non pas ma propre pensée, mais la pensée des Pères. Si Joseph voulut renvoyer Marie, c’était dans le même sentiment qui faisait dire à saint Pierre, quand il repoussait le Seigneur loin de lui : « Éloignez-vous de moi car je suis un pécheur » (Lc 5, 8), et au centurion, quand il dissuadait le Sauveur de venir chez lui : « Seigneur je ne suis pas digne que vous veniez dans ma maison » (Mt 8, 8). C’est donc dans cette pensée que Joseph aussi, se jugeant indigne et pécheur, se disait à lui-même, qu’il ne devait pas vivre plus longtemps dans la familiarité d’une femme si parfaite et si sainte, dont l’admirable grandeur le dépassait tellement et lui inspirait de l’effroi. Il voyait avec une sorte de stupeur à des marques certaines qu’elle était grosse de la présence d’un Dieu, et, comme il ne pouvait pénétrer ce mystère, il avait formé le dessein de la renvoyer. La grandeur de la puissance de Jésus inspirait une sorte d’effroi à Pierre, comme la pensée de sa présence majestueuse déconcertait le centurion ; ainsi Joseph, n’étant que simple mortel, se sentait également déconcerté par la nouveauté d’une si grande merveille et par la profondeur d’un pareil mystère ; voilà pourquoi il songea à renvoyer secrètement Marie. Faut-il vous étonner que Joseph se soit trouvé indigne de la société de la Vierge devenue grosse, quand on sait que sainte Élisabeth ne put supporter sa présence sans une sorte de crainte mêlée de respect ? En effet, « d’où me vient, s’écria-t-elle, ce bonheur, que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (Lc 1, 43) Voilà donc pourquoi Joseph voulait la renvoyer. Mais pourquoi avait-il l’intention de le faire en secret, non point ouvertement ? De peur, sans doute, qu’on ne lui demandât la cause de ce divorce et qu’il ne fût obligé d’en faire connaître le motif. En effet, qu’est-ce que cet homme juste aurait pu répondre à un peuple à la tête dure, à des gens incrédules et contradicteurs ? S’il leur avait dit ce qu’il pensait, et la preuve qu’il avait de la pureté de Marie ? est-ce que les Juifs incrédules et cruels ne se seraient point moqués de lui et n’auraient point lapidé Marie ? Comment, en effet, auraient-ils cru à la Vérité muette encore dans le sein de la Vierge, eux qui ont méprisé sa voix quand elle leur parlait dans le temple ? À quels excès n’auraient-ils pas osé se porter contre celui qu’ils ne pouvaient pas voir encore, quand ils ont pu porter des mains impies sur sa personne resplendissante alors de l’éclat des miracles ? C’est donc avec raison que cet homme juste, pour ne point être dans l’alternative, ou de mentir, ou de déshonorer une innocente, prit le parti de la renvoyer en secret.

Si quelqu’un pense et soutient que Joseph eut le soupçon que tout autre homme aurait eu à sa place, mais que, comme il était juste, il ne voulut point habiter avec Marie, à cause de ses doutes mêmes, et que c’est parce qu’il était bon qu’il ne voulait point la traduire en justice, quoiqu’il la soupçonnât d’être coupable, et qu’il songeait à la renvoyer en secret ; je répondrai en deux mots qu’il faut pourtant reconnaître que les doutes de Joseph, quels qu’ils fussent, méritent d’être dissipés par un miracle d’en haut. Car il est écrit que comme il était dans ces pensées, c’est-à-dire pendant qu’il songeait à renvoyer Marie, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craignez point de retenir avec vous Marie, votre épouse, car ce qui est né en elle est l’œuvre du Saint-Esprit » (Mt 1, 20). Voilà donc pour quelles raisons Marie fut fiancée à Joseph, ou plutôt, selon les expressions de l’Évangéliste « à un homme appelé Joseph » (Lc 1, 27). Il cite le nom même de cet homme, non pas parce qu’il fut son mari, mais parce qu’il était un homme de vertu, ou plutôt d’après un autre Évangéliste (Mt, 1), il n’est point simplement un homme, mais il est appelé son mari ; il était juste qu’il fût désigné par le titre même qui devait nécessairement paraître lui appartenir. Ainsi il dut être appelé son mari parce qu’il fallait qu’on crût qu’il l’était effectivement. De même il mérita d’être appelé le père du Sauveur, quoiqu’il ne le fût pas effectivement, afin qu’on crût qu’il l’était, comme l’Évangéliste remarque qu’on le croyait en effet : « Quant à Jésus, dit-il, il entrait dans sa douzième année, et passait pour être le fils de Joseph » (Lc 3, 23). Il n’était donc en réalité ni le mari de la mère, ni le père du Fils, quoique par une certaine et nécessaire disposition, comme je l’ai dit plus haut, il reçut pendant un temps les noms de père et d’époux et fut regardé comme étant l’un et l’autre en effet.

Mais d’après le titre de père de Dieu que Dieu même voulut bien qu’on lui donnât et qu’on crût pendant quelque temps lui appartenir, et d’après son propre nom qu’on ne peut hésiter à regarder aussi comme un honneur de plus, on peut se faire une idée de ce que fut cet homme, ce Joseph. Rappelez-vous maintenant le patriarche de ce nom qui fut vendu en Égypte ; non seulement il portait le même nom, mais encore il eut sa chasteté, son innocence et sa grâce. En effet, le Joseph qui fut vendu par ses frères qui le haïssaient et conduit en Égypte, était la figure du Christ qui, lui aussi, devait être vendu ; notre Joseph, de son côté, pour fuir la haine d’Hérode, porta le Christ en Égypte (Mt 2, 14), Le premier, pour demeurer fidèle à son maître, ne voulut point partager le lit de sa maîtresse (Gn 39, 12) ; le second, reconnaissant sa maîtresse dans la mère de son Seigneur, la vierge Marie, observa lui-même fidèlement les lois de la continence. À l’un fut donnée l’intelligence des songes, à l’autre il fut accordé d’être le confident des desseins du ciel et d’y coopérer pour sa part. L’un a mis le blé en réserve non pour lui, mais pour son peuple ; l’autre reçut la garde du pain du ciel non seulement pour son peuple, mais aussi pour lui. On ne peut douter que ce Joseph, à qui fut fiancée la mère du Sauveur, n’ait été un homme bon et fidèle, ou plutôt le serviteur même fidèle et prudent que le Seigneur a placé près de Marie pour être le consolateur de sa mère, le père nourricier de son corps charnel et le fidèle coopérateur de sa grande œuvre sur la terre. Ajoutez à cela qu’il était de la maison de David, selon l’Évangéliste ; il montra qu’il descendait en effet de cette source royale, du sang même de David, ce Joseph, cet homme noble par sa naissance ; mais plus noble encore par le cœur. Oui, ce fut un digne fils de David, un fils qui n’était point dégénéré de son père ; mais quand je dis qu’il était un digne fils de David, je dis non seulement selon la chair, mais pour sa foi, pour sa sainteté et pour sa dévotion. Dieu le trouva en effet comme son aïeul David un homme selon son cœur, puisqu’il lui confia son plus saint mystère, lui révéla les secrets les plus cachés de sa sagesse, lui fit connaître une merveille qu’aucun des princes de ce monde n’a connu, lui accorda la grâce de voir ce dont la vue fut ardemment désirée mainte fois par une foule de rois et de prophètes, d’entendre celui qu’ils n’ont point entendu ; non seulement il lui fut donné de le voir et de l’entendre, mais il eut l’honneur de le porter dans ses bras, de le conduire par la main, de le presser sur son cœur, de le couvrir de baisers, de le nourrir et de veiller à sa garde. Il faut croire que Marie ne descendait pas moins que lui de la maison de David, car elle n’aurait point été fiancée à un homme de cette royale lignée, si elle n’en eût point été elle-même. Ils étaient donc l’un et l’autre de la famille royale de David ; mais ce n’est qu’en Marie que se trouva accomplie la promesse véridique que le Seigneur avait faite à David, Joseph ne fut que le témoin et le confident de son accomplissement.

Prières

Oratio

Sanctíssimæ Genetrícis tuæ Sponsi, quæsumus. Dómine, méritis adiuvémur : ut, quod possibílitas nostra non óbtinet, eius nobis intercessióne donétur : Qui vivis.

Oraison

Faites Seigneur, que les mérites de l’Époux de votre Mère très sainte nous viennent en aide ; afin que les grâces que nous ne pouvons obtenir par nous-mêmes nous soient accordées par son intercession.

Prière à saint Joseph pour obtenir la grâce d’une bonne mort

Grand Saint Joseph, qui êtes le modèle, le patron et le consolateur des mourants, je vous demande aujourd’hui votre protection pour le dernier instant de ma vie, pour ce moment terrible où je ne sais si j’aurai la force de vous appeler à mon aide. Faites, je vous en conjure, que je meure de la mort des justes.

Mais afin que je puisse espérer une si grande grâce, obtenez-moi de vivre, comme vous, en la présence de Jésus et de Marie et de ne jamais blesser leurs regards par la tache hideuse du péché.

Que je meure, dès ce moment, à moi-même, à mes passions, à mes désirs terrestres, à tout ce qui n’est pas Dieu, afin de vivre uniquement pour celui qui a donné sa vie pour moi.

Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans mes derniers moments, soutenez-moi, défendez-moi contre les assauts du démon et accordez-moi d’expirer saintement.

Prière du Pape Léon XIII à saint Joseph

Nous recourons à vous dans notre tribulation, ô bienheureux Joseph, et, après avoir imploré le secours de votre très sainte épouse, nous sollicitons aussi avec confiance votre patronage.

Par l’affection qui vous a uni à la Vierge immaculée, Mère de Dieu ; par l’amour paternel dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de regarder avec bonté l’héritage que Jésus-Christ a conquis au prix de son sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins.

Protégez, Ô très sage gardien de la divine Famille, la race élue de Jésus-Christ ; Préservez-nous, ô Père très aimant, de toute souillure d’erreur et de corruption ; soyez-nous favorable, ô notre très puissant libérateur.

Du haut du ciel assistez-nous dans le combat que nous livrons à la puissance des ténèbres ; et, de même que vous avez arraché autrefois l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la sainte Eglise de Dieu des embûches de l’ennemi et de toute adversité.

Couvrez chacun de nous tous de votre perpétuelle protection, afin que, soutenus par votre secours, nous puissions vivre saintement, pieusement mourir et obtenir la béatitude éternelle du Ciel. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Missus est Gabrihel Ángelus ad Maríam Vírginem desponsátam Ioseph.

Ã. L’Ange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, l’épouse de Joseph.

Antienne grégorienne “Missus est”

Antienne Missus est

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Antienne Ioseph fili David

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Saint Joseph, artisan, époux de la Bse Vierge Marie

Le mot de Saint Bernardin de Sienne

Si vous considérez saint Joseph par rapport à toute l’Église du Christ, n’est-il point cet homme choisi et doué d’une prérogative unique, sous la garde duquel le Christ a été placé à son entrée dans le monde, et dont Dieu s’est servi pour sauvegarder l’ordre et l’honneur de cette naissance divine ? Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c’est par Marie qu’elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph.

Encyclique «Quamquam pluries » (15 août 1889) du Pape Léon XIII (1810-1903)

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Invitation à la prière

Bien que, plusieurs fois déjà, Nous ayons ordonné que des prières spéciales fussent faites dans le monde entier, et que les intérêts catholiques fussent avec plus d’instances recommandés à Dieu, personne, néanmoins, ne s’étonnera que Nous jugions opportun, au temps présent, d’inculquer de nouveau ce même devoir.

Aux époques de difficultés et d’épreuves, surtout lorsque la licence de tout oser pour la ruine de la religion chrétienne semble laissée à la puissance des ténèbres, l’Eglise a toujours eu la coutume d’implorer avec plus de ferveur et de persévérance Dieu, son auteur et son défenseur, en recourant aussi à l’intercession des saints – et principalement de l’auguste Vierge, Mère de Dieu, dont le patronage lui paraît devoir être le plus efficace. Le fruit de ces pieuses supplications et de la confiance mise dans la bonté divine apparaît tôt ou tard.

Or, Vous connaissez les temps où nous vivons, Vénérables Frères ; ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de calamités. Nous voyons s’éteindre dans un grand nombre d’âmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi ; la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l’Église de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l’astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le Souverain Pontificat ; les fondements mêmes de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. À quel degré on en est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c’est trop connu pour qu’il soit besoin de le dire. Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants, et le seul recours est de solliciter de la puissance divine la guérison.

C’est pourquoi Nous avons jugé devoir Nous adresser à la piété du peuple chrétien pour l’exciter à implorer avec plus de zèle et de constance le secours de Dieu tout-puissant. À l’approche donc du mois d’octobre, que Nous avons précédemment prescrit de consacrer à la Vierge Marie sous le titre de Notre-Dame du Rosaire, Nous exhortons vivement les fidèles à accomplir les exercices de ce mois avec le plus de religion, de piété et d’assiduité possible. [Nous entrons aujourd’hui dans le mois de mai spécialement consacré à la dévotion envers Notre-Dame]

La dévotion à la Vierge

Nous savons qu’un refuge est prêt dans la bonté maternelle de la Vierge, et Nous avons la certitude de ne point placer vainement en elle Nos espérances. Si cent fois elle a manifesté son assistance dans les époques critiques du monde chrétien, pourquoi douter qu’elle ne renouvelle les exemples de sa puissance et de sa faveur, si d’humbles et constantes prières lui sont partout adressées ? Bien plus, Nous croyons que son intervention sera d’autant plus merveilleuse qu’elle aura voulu se laisser implorer plus longtemps.

La dévotion à saint Joseph

Mais Nous avons un autre dessein que, selon Votre coutume, Vénérables Frères, Vous seconderez avec zèle. Afin que Dieu se montre plus favorable à Nos prières et que, les intercesseurs étant nombreux, il vienne plus promptement et plus largement au secours de son Église, Nous jugeons très utile que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge, Mère de Dieu, son très chaste Époux, le bienheureux Joseph : ce que Nous estimons de science certaine être, pour la Vierge elle-même, désiré et agréable.

Au sujet de cette dévotion, dont nous parlons publiquement pour la première fois aujourd’hui, Nous savons sans doute que, non seulement le peuple y est incliné, mais qu’elle est déjà établie et en progrès. Nous avons vu, en effet, le culte de saint Joseph que, dans les siècles passés, les Pontifes Romains s’étaient appliqués à développer peu à peu et à propager, croître et se répandre à notre époque, surtout après que Pie IX, d’heureuse mémoire, Notre prédécesseur, eut proclamé, sur la demande d’un grand nombre d’évêques, le très saint patriarche patron de l’Église catholique. Toutefois, comme il est d’une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s’enracine dans les mœurs et dans les institutions catholiques, Nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par Notre parole et par Notre autorité.

Les motifs qui font de Joseph le patron de l’Église

Les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église et qui font que l’Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage, sont que Joseph fut l’époux de Marie et qu’il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire.

Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la Bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il n’ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la société et l’union de toutes la plus intime, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.

Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu’il lui obéissait et qu’il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.

De cette double dignité découlaient d’elles-mêmes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. Il s’appliqua à protéger avec un souverain amour et une sollicitude quotidienne son Épouse et le divin Enfant ; il gagna régulièrement par son travail ce qui était nécessaire à l’un et à l’autre pour la nourriture et le vêtement ; il préserva de la mort l’Enfant menacé par la jalousie d’un roi, en lui procurant un refuge ; dans les incommodités des voyages et les amertumes de l’exil, il fut constamment le compagnon, l’aide et le soutien de la Vierge et de Jésus.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Eglise naissante. De même que la Très Sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens qu’elle a enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des souffrances suprêmes du Rédempteur ; Jésus-Christ aussi est comme le premier-né des chrétiens, qui, par l’adoption et la rédemption, sont ses frères.

Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l’Eglise, c’est-à-dire cette immense famille répandue par toute la terre, sur laquelle, parce qu’il est l’époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle. Il est donc naturel et très digne du bienheureux Joseph que, de même qu’il subvenait autrefois à tous les besoins de la famille de Nazareth et l’entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende l’Église de Jésus-Christ.

Vous comprenez facilement, Vénérables Frères, que ces considérations sont confirmées par l’opinion qu’un grand nombre de Pères de l’Église ont admise et à laquelle acquiesce la sainte liturgie elle-même, que ce Joseph des temps anciens, fils du patriarche Jacob, fut la figure du nôtre, et, par son éclat, témoigna de la grandeur du futur gardien de la divine famille.

Et, en effet, outre que le même nom, point dénué de signification, fut donné à l’un et à l’autre, vous connaissez parfaitement les similitudes évidentes qui existent entre eux : celle-ci d’abord, que le premier Joseph obtint la faveur et la particulière bienveillance de son maître, et que, étant préposé par lui à l’administration de sa maison, il arriva que la prospérité et l’abondance affluèrent, grâce à Joseph, dans la maison du maître ; celle-ci ensuite, plus importante, que, par l’ordre du roi, il présida avec une grande puissance au royaume, et en un temps où la disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Égyptiens et de leurs voisins, que le roi décréta qu’on l’appellerait le Sauveur du monde.

C’est ainsi que, dans cet ancien patriarche, il est permis de reconnaître la figure du nouveau. De même que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l’Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre.

 

Il existe des raisons pour que les hommes de toute condition et de tout pays se recommandent et se confient à la foi et à la garde du bienheureux Joseph.

Les pères de famille trouvent en Joseph la plus belle personnification de la vigilance et de la sollicitude paternelle ; les époux, un parfait exemple d’amour, d’accord et de fidélité conjugale, les vierges ont en lui, en même temps que le modèle, le protecteur de l’intégrité virginale. Que les nobles de naissance apprennent de Joseph à garder, même dans l’infortune, leur dignité ; que les riches comprennent par ses leçons, quels sont les biens qu’il faut désirer et acquérir au prix de tous ses efforts.

Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à recourir à Joseph et à se proposer son imitation. Joseph, en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus grande et à la plus sainte des femmes, regardé comme le père du Fils de Dieu, passe néanmoins sa vie à travailler et demande à son labeur d’artisan tout ce qui est nécessaire à l’entretien de sa famille.

Il est donc vrai que la condition des humbles n’a rien d’abject, et non seulement le travail de l’ouvrier n’est pas déshonorant, mais il peut, si la vertu vient s’y joindre, être grandement ennobli. Joseph, content du peu qu’il possédait, supporta les difficultés inhérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur d’âme, à l’imitation de son Fils qui, après avoir accepté la forme d’esclave, lui, le Seigneur de toutes choses, s’assujettit volontairement à l’indigence et au manque de tout.

Au moyen de ces considérations, les pauvres et tout ceux qui vivent du travail de leurs mains doivent relever leur courage et penser juste. S’ils ont le droit de sortir de la pauvreté et d’acquérir une meilleure situation par des moyens légitimes, la raison et la justice leur défendent de renverser l’ordre établi par la Providence de Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives par voie de sédition et de violence sont des moyens insensés, qui aggravent la plupart du temps les maux pour la suppression desquels on les entreprend. Que les pauvres, donc, s’ils veulent être sages, ne se fient pas aux promesses des hommes de désordre, mais à l’exemple et au patronage du bienheureux Joseph, et aussi à la maternelle charité de l’Eglise, qui prend chaque jour de plus en plus souci de leur sort.

Conclusion

C’est pourquoi nous promettant beaucoup de Votre autorité et de Votre zèle épiscopal, Vénérables Frères, et ne doutant pas que les pieux et bons fidèles ne fassent volontairement plus encore qu’il ne sera ordonné, Nous prescrivons que, pendant tout le mois d’octobre, à la récitation du Rosaire, au sujet duquel il a été précédemment statué, on ajoute une prière à saint Joseph, dont la formule vous sera transmise en même temps que cette Lettre ; il sera ainsi fait chaque année à perpétuité. A ceux qui réciteront dévotement cette prière, Nous accordons pour chaque fois une indulgence de sept ans et sept quarantaines.

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra pas être facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l’église principale de chaque lieu, un triduum de prières soit célébré.

Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n’est pas fête de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l’honneur de leur céleste patron, comme si c’était une fête de précepte.

En attendant, comme présage des dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérables Frères, à Votre clergé et à Votre peuple, la Bénédiction apostolique.

Prières

Prière du Pape Pie XII (1876-1958)

Ô glorieux Patriarche saint Joseph, humble et juste artisan de Nazareth, qui avez donné à tous les chrétiens, mais spécialement à nous, l’exemple d’une vie parfaite dans le travail constant et dans l’admirable union à Marie et à Jésus, assistez-nous dans notre tâche quotidienne, afin que, nous aussi, artisans catholiques, nous puissions trouver en elle le moyen efficace de glorifier le Seigneur, de nous sanctifier et d’être utiles à la société dans laquelle nous vivons, idéals suprêmes de toutes nos actions. Obtenez-nous du Seigneur, ô notre très aimé protecteur, humilité et simplicité de cœur, goût du travail et bienveillance envers ceux qui sont nos compagnons de labeur, conformité aux divines volontés dans les peines inévitables de cette vie et joie dans leur support, conscience de notre mission sociale particulière, et sentiment de notre responsabilité, esprit de discipline et de prière, docilité et respect à l’égard de nos supérieurs, fraternité envers les égaux, charité et indulgence pour nos subordonnés. Soyez avec nous dans nos moments de prospérité, quand tout nous invite à goûter honnêtement les fruits de nos fatigues ; mais soutenez-nous dans les heures de tristesse, alors que le ciel semble se fermer pour nous et que les instruments du travail eux-mêmes paraissent se rebeller dans nos mains. Faites que, à votre exemple, nous tenions les yeux fixés sur notre Mère Marie, votre très douce épouse, qui, dans un coin de votre modeste atelier, filait silencieusement, laissant errer sur ses lèvres le plus gracieux sourire ; faites aussi que nous n’éloignions pas notre regard de Jésus, qui peinait à votre établi de menuisier, afin que nous puissions ainsi mener sur terre une vie pacifique et sainte, prélude de celle éternellement heureuse qui nous attend dans le ciel, durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Oratio

Deus, qui ineffábili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quæsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis.

Oraison

Ô Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.

Prière des copistes et enlumineurs du haut Moyen-Age, sans doute d’origine anglaise

Apprenez-moi, Seigneur, à bien user du temps que vous me donnez pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprenez-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprenez-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprenez-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aidez-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aidez-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comblez vous-même les vides de mon œuvre, Seigneur!
Dans tout le labeur de mes mains laissez une grâce de vous pour parler aux autres, et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
Gardez en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur. Gardez-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.
Purifiez mon regard: quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.
Seigneur, ne me laissez jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a du labeur, et que tout labeur est vain sauf là où il y a amour, et que tout amour est vain qui ne me lie à moi-même, aux autres et à vous, Seigneur!
Enseignez-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.
Rappelez-moi que l’ouvrage de mes mains vous appartient et qu’il m’appartient de vous le rendre en le donnant ; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne ; que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir ; mais si je le fais pour l’amour du Bien, je demeurerai dans le Bien ; et le temps de faire bien et à votre Gloire, c’est tout de suite. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Antienne Ioseph fili David

Ã. Fili, quid fecísti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego doléntes quærebámus te, allelúia.

Ã. Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voici que votre père et moi, fort affligés, nous vous cherchions, alléluia.

Antienne grégorienne “Fili, quid fecisti”

Confinement jour 3 : Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

Confinement jour 3 : Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

Confinement jour 3 : Saint Joseph, époux de la Bse Vierge Marie

Sermon pour la fête de saint Joseph

Sur la fidélité de saint Joseph (19 mars 2011)

Évangile du jour commenté par Saint Bernard

Mt 1, 18-19 — Marie, la mère de Jésus, étant fiancée à Joseph, avant qu’ils habitassent ensemble, il se trouva qu’elle avait conçu de l’Esprit-Saint. Mais Joseph, son époux, étant un homme juste, et ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement.

Il était nécessaire que Marie fut fiancée à Joseph, puisque c’était le moyen de soustraire aux chiens un saint mystère, de faire constater par son propre époux la virginité de Marie, et de ménager en même temps la pudeur et la réputation de la Vierge. Est-il rien de plus sage, rien de plus digne de la divine providence ? Par ce moyen, les secrets desseins de Dieu ont un témoin, se trouvent soustraits à la reconnaissance de l’ennemi, et l’honneur de la Vierge mère est conservé sans tache. Autrement Joseph aurait-il été juste en épargnant l’adultère ? Or il est écrit : « Joseph son mari, étant un homme juste et ne voulant pas la déshonorer en la traduisant en justice, résolut de la renvoyer en secret (Mt 1, 19). » Ainsi, c’est parce qu’il était juste qu’il ne voulut point la traîner en justice ; mais de même qu’il n’eût point été juste, si, connaissant la faute de Marie il l’avait dissimulé ainsi il n’est point juste non plus, si, connaissant son innocence, il l’eût néanmoins condamnée. Comme il était juste et qu’il ne voulait point la traduire devant les juges, il résolut de la renvoyer en secret.

Mais, pourquoi voulut-il la renvoyer ? Ecoutez sur ce point, non pas ma propre pensée, mais la pensée des Pères. Si Joseph voulut renvoyer Marie, c’était dans le même sentiment qui faisait dire à saint Pierre, quand il repoussait le Seigneur loin de lui : « Éloignez-vous de moi car je suis un pécheur (Lc 5, 8), » et au centurion, quand il dissuadait le Sauveur de venir chez lui : «Seigneur je ne suis pas digne que vous veniez dans ma maison (Mt 8, 8). » C’est donc dans cette pensée que Joseph aussi, se jugeant indigne et pécheur, se disait à lui-même, qu’il ne devait pas vivre plus longtemps dans la familiarité d’une femme si parfaite et si sainte, dont l’admirable grandeur le dépassait tellement et lui inspirait de l’effroi. Il voyait avec une sorte de stupeur à des marques certaines qu’elle était grosse de la présence d’un Dieu, et, comme il ne pouvait pénétrer ce mystère, il avait formé le dessein de la renvoyer. La grandeur de la puissance de Jésus inspirait une sorte d’effroi à Pierre, comme la pensée de sa présence majestueuse déconcertait le centurion ; ainsi Joseph, n’étant que simple mortel, se sentait également déconcerté par la nouveauté d’une si grande merveille et par la profondeur d’un pareil mystère ; voilà pourquoi il songea à renvoyer secrètement Marie. Faut-il vous étonner que Joseph se soit trouvé indigne de la société de la Vierge devenue grosse, quand on sait que sainte Elisabeth ne put supporter sa présence sans une sorte de crainte mêlée de respect ? En effet, « d’où me vient, s’écria-t-elle, ce bonheur, que la mère de mon Seigneur vienne à moi (Lc 1, 43) ? » Voilà donc pourquoi Joseph voulait la renvoyer. Mais pourquoi avait-il l’intention de le faire en secret, non point ouvertement ? De peur, sans doute, qu’on ne lui demandât la cause de ce divorce et qu’il ne fût obligé d’en faire connaître le motif. En effet, qu’est-ce que cet homme juste aurait pu répondre à un peuple à la tête dure, à des gens incrédules et contradicteurs ? S’il leur avait dit ce qu’il pensait, et la preuve qu’il avait de la pureté de Marie ? est-ce que les Juifs incrédules et cruels ne se seraient point moqués de lui et n’auraient point lapidé Marie ? Comment, en effet, auraient-ils cru à la Vérité muette encore dans le sein de la Vierge, eux qui ont méprisé sa voix quand elle leur parlait dans le temple ? A quels excès n’auraient-ils pas osé se porter contre celui qu’ils ne pouvaient pas voir encore, quand ils ont pu porter des mains impies sur sa personne resplendissante alors de l’éclat des miracles ? C’est donc avec raison que cet homme juste, pour ne point être dans l’alternative, ou de mentir, ou de déshonorer une innocente, prit le parti de la renvoyer en secret.

Mt 1, 20-21 — Et comme il y pensait, voici qu’un Ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés.

Si quelqu’un pense et soutient que Joseph eut le soupçon que tout autre homme aurait eu à sa place, mais que, comme il était juste, il ne voulut point habiter avec Marie, à cause de ses doutes mêmes, et que c’est parce qu’il était bon qu’il ne voulait point la traduire en justice, quoiqu’il la soupçonnât d’être coupable, et qu’il songeait à la renvoyer en secret ; je répondrai en deux mots qu’il faut pourtant reconnaître que les doutes de Joseph, quels qu’ils fussent, méritent d’être dissipés par un miracle d’en haut. Car il est écrit que comme il était dans ces pensées, c’est-à-dire pendant qu’il songeait à renvoyer Marie, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craignez point de retenir avec vous Marie, votre épouse, car ce qui est né en elle est l’œuvre du Saint-Esprit (Mt 1, 20). » Voilà donc pour quelles raisons Marie fut fiancée à Joseph, ou plutôt, selon les expressions de l’Évangéliste « à un homme appelé Joseph (Lc 1, 27). » Il cite le nom même de cet homme, non pas parce qu’il fut son mari, mais parce qu’il était un homme de vertu, ou plutôt d’après un autre Évangéliste (Mt, 1), il n’est point simplement un homme, mais il est appelé son mari ; il était juste qu’il fût désigné par le titre même qui devait nécessairement paraître lui appartenir. Ainsi il dut être appelé son mari parce qu’il fallait qu’on crût qu’il l’était effectivement. De même il mérita d’être appelé le père du Sauveur, quoiqu’il ne le fût pas effectivement, afin qu’on crût qu’il l’était, comme l’Évangéliste remarque qu’on le croyait en effet : « Quant à Jésus, dit-il, il entrait dans sa douzième année, et passait pour être le fils de Joseph (Lc 3, 23).» Il n’était donc en réalité ni le mari de la mère, ni le père du Fils, quoique par une certaine et nécessaire disposition, comme je l’ai dit plus haut, il reçut pendant un temps les noms de père et d’époux et fut regardé comme étant l’un et l’autre en effet.

Mais d’après le titre de père de Dieu que Dieu même voulut bien qu’on lui donnât et qu’on crût pendant quelque temps lui appartenir, et d’après son propre nom qu’on ne peut hésiter à regarder aussi comme un honneur de plus, on peut se faire une idée de ce que fut cet homme, ce Joseph. Rappelez-vous maintenant le patriarche de ce nom qui fut vendu en Egypte ; non-seulement il portait le même nom, mais encore il eut sa chasteté, son innocence et sa grâce. En effet, le Joseph qui fut vendu par ses frères qui le haïssaient et conduit en Egypte, était la figure du Christ qui, lui aussi, devait être vendu ; notre Joseph, de son côté, pour fuir la haine d’Hérode, porta le Christ en Egypte (Mt 2, 14), Le premier, pour demeurer fidèle à son maître, ne voulut point partager le lit de sa maîtresse (Gn 39, 12) ; le second, reconnaissant sa maîtresse dans la mère de son Seigneur, la vierge Marie, observa lui-même fidèlement les lois de la continence. A l’un fut donnée l’intelligence des songes, à l’autre il fut accordé d’être le confident des desseins du ciel et d’y coopérer pour sa part. L’un a mis le blé en réserve non pour lui, mais pour son peuple ; l’autre reçut la garde du pain du ciel non-seulement pour son peuple, mais aussi pour lui. On ne peut douter que ce Joseph, à qui fut fiancée la mère du Sauveur, n’ait été un homme bon et fidèle, ou plutôt le serviteur même fidèle et prudent que le Seigneur a placé près de Marie pour être le consolateur de sa mère, le père nourricier de son corps charnel et le fidèle coopérateur de sa grande œuvre sur la terre. Ajoutez à cela qu’il était de la maison de David, selon l’Evangéliste ; il montra qu’il descendait en effet de cette source royale, du sang même de David, ce Joseph, cet homme noble par sa naissance ; mais plus noble encore par le cœur. Oui, ce fut un digne fils de David, un fils qui n’était point dégénéré de son père ; mais quand je dis qu’il était un digne fils de David, je dis non-seulement selon la chair, mais pour sa foi, pour sa sainteté et pour sa dévotion. Dieu le trouva en effet comme son aïeul David un homme selon son cœur, puisqu’il lui confia son plus saint mystère, lui révéla les secrets les plus cachés de sa sagesse, lui fit connaître une merveille qu’aucun des princes de ce monde n’a connu, lui accorda la grâce de voir ce dont la vue fut ardemment désirée mainte fois par une foule de rois et de prophètes, d’entendre celui qu’ils n’ont point entendu ; non-seulement il lui fut donné de le voir et de l’entendre, mais il eut l’honneur de le porter dans ses bras, de le conduire par la main, de le presser sur son cœur, de le couvrir de baisers, de le nourrir et de veiller à sa garde. Il faut croire que Marie ne descendait pas moins que lui de la maison de David, car elle n’aurait point été fiancée à un homme de cette royale lignée, si elle n’en eût point été elle-même. Ils étaient donc l’un et l’autre de la famille royale de David ; mais ce n’est qu’en Marie que se trouva accomplie la promesse véridique que le Seigneur avait faite à David, Joseph ne fut que le témoin et le confident de son accomplissement.

En résumé (selon Saint Bernard)

Fidélis servus, et prudens, quem constítuit Dóminus suæ Matris solátium, suæ carnis nutrítium, solum dénique in terris magni consílii coadiutórem sibi fidíssimum.

Joseph fut ce serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a établi pour soutenir Marie, sa mère, pour être le père nourricier de sa chair, et, en un mot, comme le seul sur la terre, à être associé à sa grande œuvre.

Prières

Sanctíssimæ Genitrícis tuæ Sponsi, quæsumus, Dómine, méritis adiuvémur : ut, quod possibílitas nostra non óbtinet, eius nobis intercessióne donétur : Qui vivis et regnas.

Faites Seigneur, que les mérites de l’Époux de votre Mère très sainte nous viennent en aide ; afin que les grâces que nous ne pouvons obtenir par nous-mêmes nous soient accordées par son intercession. Vous qui vivez & régnez avec le Père en l’unité du Saint Esprit, Dieu pour tous les siècles des siècles.

Prière à saint Joseph pour obtenir la grâce d’une bonne mort

Grand Saint Joseph, qui êtes le modèle, le patron et le consolateur des mourants, je vous demande aujourd’hui votre protection pour le dernier instant de ma vie, pour ce moment terrible où je ne sais si j’aurai la force de vous appeler à mon aide. Faites, je vous en conjure, que je meure de la mort des justes.

Mais afin que je puisse espérer une si grande grâce, obtenez-moi de vivre, comme vous, en la présence de Jésus et de Marie et de ne jamais blesser leurs regards par la tache hideuse du péché.

Que je meure, dès ce moment, à moi-même, à mes passions, à mes désirs terrestres, à tout ce qui n’est pas Dieu, afin de vivre uniquement pour celui qui a donné sa vie pour moi.

Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans mes derniers moments, soutenez-moi, défendez-moi contre les assauts du démon et accordez-moi d’expirer saintement.

Prière du Pape Léon XIII à saint Joseph

Nous recourons à vous dans notre tribulation, ô bienheureux Joseph, et, après avoir imploré le secours de votre très sainte épouse, nous sollicitons aussi avec confiance votre patronage.

Par l’affection qui vous a uni à la Vierge immaculée, Mère de Dieu ; par l’amour paternel dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de regarder avec bonté l’héritage que Jésus-Christ a conquis au prix de son sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins.

Protégez, Ô très sage gardien de la divine Famille, la race élue de Jésus-Christ ; Préservez-nous, ô Père très aimant, de toute souillure d’erreur et de corruption ; soyez-nous favorable, ô notre très puissant libérateur.

Du haut du ciel assistez-nous dans le combat que nous livrons à la puissance des ténèbres ; et, de même que vous avez arraché autrefois l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la sainte Eglise de Dieu des embûches de l’ennemi et de toute adversité.

Couvrez chacun de nous tous de votre perpétuelle protection, afin que, soutenus par votre secours, nous puissions vivre saintement, pieusement mourir et obtenir la béatitude éternelle du Ciel. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Missus est * Gabrihel Ángelus ad Maríam Vírginem desponsátam Ioseph.

Ã. L’Ange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, l’épouse de Joseph.

Antienne grégorienne “Missus est”

Ã. Ioseph, fili David, noli timére accípere Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.

Ã. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton Épouse ; car ce qui est né en Elle vient du Saint-Esprit.

Antienne grégorienne “Ioseph, fili David”

Pour le jeudi de la 3ème semaine de Carême

Aujourd’hui la Station romaine du Carême est l’Église des Saints Côme et Damien, patron des médecins. Prions-les spécialement pour tout le personnel médical qui lutte contre la maladie.

Magníficet te, Dómine, sanctórum tuórum Cosmæ et Damiáni beáta solémnitas : qua et illis glóriam sempitérnam, et opem nobis ineffábili providéntia contulísti. Per Dóminum.

Qu’elle vous glorifie, Seigneur, la bienheureuse solennité de vos saints Côme et Damien, en laquelle vous leur avez donné la gloire éternelle, et  à nous le secours de votre ineffable providence. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ã. Omnes qui habébant infírmos, ducébant illos ad Iesum, et sanabántur.

Ã. Tous ceux qui avaient des malades les amenaient à Jésus, et ils étaient guéris.

Antienne grégorienne “Omnes qui habebant”

Antienne Omnes qui habebant