4ème dimanche de l’Avent

4ème dimanche de l’Avent

Le mot de Saint Grégoire le Grand

Tous ceux qui prêchent la foi droite et les bonnes œuvres, que font-ils d’autre que préparer le chemin au Seigneur qui vient dans les cœurs de ceux qui les écoutent ?

Sermon

Invoquer le Seigneur dans la vérité

La Prédication de Saint Jean-Baptiste : Com. de l’Évangile (Lc 3, 1-6) par Saint Grégoire le Grand

Le temps où le précurseur de notre Rédempteur reçut la parole de sa prédication est désigné par la mention du chef de l’État romain et des rois de Judée : « La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant procurateur de la Judée, Hérode, tétrarque de Galilée, Philippe, son frère, tétrarque d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias, tétrarque d’Abilène, sous les grands-prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. »
Puisque Jean-Baptiste venait annoncer celui qui devait racheter quelques Juifs et beaucoup de païens, le temps de sa prédication est désigné par la mention de l’empereur des païens et des princes des Juifs. Mais parce que les païens devaient être réunis, et les Juifs dispersés à cause de leur incroyance, cette description du gouvernement du monde indique qu’un chef unique était à la tête de l’État romain, alors que le royaume de Judée, partagé en quatre, était gouverné par plusieurs princes. Notre Rédempteur n’a-t-il pas dit : « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine. » (Lc 11, 17). Il est donc clair que celui de Judée était arrivé au terme de son existence comme royaume, puisqu’il était divisé entre tant de rois.
C’est encore bien à propos que cet évangile ne nous dit pas seulement sous quels rois, mais aussi sous quels prêtres ces faits se produisirent. Jean-Baptiste annonçait celui qui devait être à la fois Roi et Prêtre ; c’est pourquoi l’évangéliste Luc situe le temps de la prédication de Jean en référence aux autorités royales et sacerdotales.
« Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » Il est évident pour tous les lecteurs que Jean n’a pas seulement prêché le baptême de pénitence, mais qu’il l’a aussi administré à certains, sans pouvoir toutefois conférer par ce baptême la rémission des péchés. En effet, la rémission des péchés nous est accordée par le seul baptême du Christ. Aussi faut-il remarquer qu’il est dit : « Prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés », car ne pouvant administrer le baptême qui remet les péchés, il l’annonçait. De même que la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole du Père faite chair, ainsi son baptême, par lequel les péchés ne pouvaient être remis, devait être l’avant-coureur du baptême de pénitence, par lequel les péchés sont remis ; et de même que sa parole était l’avant-coureur de la personne du Rédempteur, ainsi son baptême, précédant celui du Seigneur, devait être l’ombre de la vérité.
Le texte poursuit : « Comme il est écrit dans le livre des oracles du prophète Isaïe : “Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers” (Is 40, 3). » Interrogé sur ce qu’il était, Jean-Baptiste répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. » (Io 1, 23). Comme nous venons de le dire, s’il fut appelé « la voix » par le prophète, c’est qu’il précédait la Parole.
La suite nous révèle ce qu’il criait : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Tous ceux qui prêchent la foi droite et les bonnes œuvres, que font-ils d’autre que préparer le chemin au Seigneur qui vient dans les cœurs de ceux qui les écoutent ? Leur dessein est que la force de la grâce pénètre ces cœurs, et que la lumière de la vérité les éclaire ; ils veulent rendre droits les sentiers du Seigneur, en suggérant aux âmes des pensées pures par leur bonne prédication.
« Toute vallée sera comblée, toute montagne ou colline sera abaissée. » Que désignent ici les vallées, sinon les humbles, et les montagnes ou les collines, sinon les orgueilleux ? À la venue du Rédempteur, les vallées ont donc été comblées, et les montagnes ou les collines abaissées, parce que, suivant sa parole, « tous ceux qui s’élèvent seront abaissés, et tous ceux qui s’abaissent seront élevés » (Lc 14, 11). Oui, la vallée est comblée et son niveau s’élève, tandis que la montagne ou la colline est abaissée et que son niveau descend : par leur foi au Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ fait homme (cf. 1 Tm 2, 5), les païens ont reçu la plénitude de la grâce, tandis que les Juifs, en s’écartant de la vérité par leur refus de croire, ont perdu cela même qui faisait leur orgueil. Toute vallée sera comblée, car les cœurs des humbles, recevant la doctrine sacrée de l’Écriture, seront remplis de la grâce des vertus, selon ce qui est écrit : « Il fait jaillir des sources dans les vallées » (Ps 104, 10), et aussi : « Les vallées regorgeront de froment. » (Ps 65, 14). L’eau s’écoule du haut des montagnes, c’est-à-dire que la doctrine de vérité abandonne les esprits orgueilleux ; mais les sources naissent dans les vallées, en ce sens que les esprits humbles reçoivent la parole de la prédication. Que les vallées regorgent de froment, nous le voyons et le constatons déjà, puisque tant d’hommes doux et simples, qui paraissaient méprisables à ce monde, ont été comblés à satiété de l’aliment de la vérité.
Ayant reconnu de quelle admirable sainteté Jean-Baptiste était investi, le peuple voyait en lui cette montagne d’une hauteur et d’une fermeté incomparables, dont il est écrit : « À la fin des jours, la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes. » (Mi 4, 1). Car on pensait que Jean était le Christ, ainsi que le rapporte l’Évangile : « Comme le peuple était dans l’attente et que tous se demandaient dans leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ, ils l’interrogèrent : “Serais-tu le Christ ?” » (cf. Lc 3, 15). Mais si Jean ne s’était pas considéré comme une vallée, il n’aurait pas été rempli de l’esprit de grâce. Et pour bien montrer ce qu’il était, il déclara : « Un plus fort que moi vient après moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale. » (Mc 1, 7). Il dit ailleurs : « Celui qui a l’épouse est l’époux, mais l’ami de l’époux, qui se tient là et l’écoute, se réjouit d’une grande joie à la voix de l’époux. Ainsi, ma joie est complète. Il faut qu’il croisse et que je diminue. » (Io 3, 29-30). Voyez : alors que Jean se montrait d’une vertu si extraordinaire dans ses œuvres qu’on le prenait pour le Christ, il répondit non seulement qu’il n’était pas le Christ, mais même qu’il n’était pas digne de délier la courroie de sa sandale, c’est-à-dire de sonder le mystère de son Incarnation. Ceux qui le prenaient pour le Christ croyaient aussi que l’Église était son épouse ; mais il affirma : « Celui qui a l’épouse est l’époux. » C’est comme s’il avait dit : « Je ne suis pas l’époux, mais l’ami de l’époux. » Et il déclarait se réjouir, non pas du fait de sa propre voix, mais à la voix de l’époux. En effet, ce qui réjouissait son cœur, ce n’était pas que le peuple écoute sa parole avec humilité, mais que lui-même entende au-dedans la voix de la Vérité qui le faisait parler au-dehors. C’est ce qu’il appelle justement une joie complète ; car celui qui se réjouit de sa propre voix n’a pas une joie parfaite.
Le Précurseur ajoute encore ceci : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Ici, il faut se demander en quoi le Christ a crû, en quoi Jean a diminué. Ne serait-ce pas que le peuple, voyant l’austérité de Jean et le considérant éloigné des hommes, pensait qu’il était le Christ, alors qu’apercevant le Christ lui-même mangeant avec les publicains et circulant au milieu des pécheurs, il croyait qu’il n’était pas le Christ, mais un prophète ? Mais lorsqu’au bout d’un certain temps, le Christ, qu’on pensait être un prophète, fut reconnu comme étant le Christ, tandis que Jean, qu’on croyait être le Christ, se découvrit n’être qu’un prophète, ce que le Précurseur avait dit du Christ se réalisa : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Dans l’opinion du peuple, en effet, le Christ a grandi en étant reconnu pour ce qu’il était, et Jean a baissé en cessant d’être dit ce qu’il n’était pas. Ainsi, puisque Jean a persévéré dans la sainteté pour être demeuré dans l’humilité du cœur, alors que beaucoup d’autres sont tombés pour s’être gonflés de pensées d’orgueil, c’est à bon droit qu’on dit : « Toute vallée sera comblée, toute montagne ou colline sera abaissée. » Car les humbles reçoivent le don que repoussent les cœurs orgueilleux.
Le texte poursuit : « Les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux seront aplanis. » Les chemins tortueux deviennent droits quand les cœurs des méchants, que l’injustice a tordus, sont ramenés à la rigueur d’une droite justice. Et les chemins raboteux sont aplanis lorsque les esprits violents et colériques redeviennent doux et bons par l’infusion de la grâce céleste. En effet, quand un esprit colérique n’accueille pas la parole de vérité, c’est comme si un chemin raboteux détournait les pas du marcheur. Mais lorsque cet esprit colérique, ayant reçu une grâce de bonté, accueille la parole de réprimande ou d’exhortation, le prédicateur trouve une route aplanie au lieu du chemin raboteux qui l’empêchait auparavant d’avancer, c’est-à-dire de poser le pied de sa prédication.
Le texte poursuit : « Et toute chair verra le salut de Dieu. » « Toute chair » signifie tout homme ; or il n’a pas été donné à tout homme de voir en cette vie le salut de Dieu, c’est-à-dire le Christ ; il est donc bien clair que dans cette sentence prophétique, le prophète a en vue le jour du jugement dernier, où, devant les cieux ouverts, le Christ apparaîtra sur son trône de majesté, au milieu des anges qui le serviront et des apôtres qui siégeront avec lui. Tous, élus et réprouvés, le verront pareillement, en sorte que les justes se réjouissent sans fin de leur récompense et que les pécheurs gémissent à jamais dans le supplice de leur châtiment. Et comme cette sentence vise ce que toute chair verra au jugement dernier, le texte ajoute bien à propos : « Il disait aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : “Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?” » La colère qui vient, c’est la punition du châtiment final, auquel le pécheur ne saurait échapper s’il ne recourt dès maintenant aux larmes de la pénitence. Et remarquez que les mauvais rejetons qui imitent les actions de leurs mauvais parents sont appelés « race de vipères », parce que portant envie aux bons et les persécutant, rendant le mal à autrui et cherchant à nuire à leurs proches, ils suivent en tout cela les traces de leurs pères selon la chair, et sont, pour ainsi dire, des enfants venimeux nés de parents venimeux.
Mais puisque nous avons péché et que nous sommes devenus esclaves de nos mauvaises habitudes, que Jean nous dise ce qu’il nous faut faire pour fuir la colère qui vient. Le texte poursuit : « Faites donc de dignes fruits de pénitence. » En ces paroles, nous devons remarquer que l’ami de l’époux ne nous exhorte pas seulement à faire des fruits de pénitence, mais de dignes fruits de pénitence. En effet, une chose est de faire un fruit de pénitence, une autre de faire un digne fruit de pénitence. Et pour bien parler des dignes fruits de pénitence, il faut savoir que celui qui n’a rien fait de défendu peut de plein droit user des choses permises : il lui est ainsi possible de pratiquer les œuvres de charité sans pour autant se priver des biens de ce monde contre son gré. Mais si quelqu’un est tombé dans une faute de fornication, ou bien encore — ce qui est plus grave — dans l’adultère, il doit renoncer d’autant plus à ce qui est permis qu’il se rappelle avoir commis ce qui ne l’est pas. Car on n’est pas tenu d’accomplir le même fruit de bonne œuvre selon qu’on a plus ou moins péché : selon qu’on n’a commis aucun péché, qu’on en a commis quelques-uns, ou qu’on est tombé en beaucoup de fautes. Ces paroles : « Faites de dignes fruits de pénitence » prennent donc à partie la conscience de chacun, et l’invitent à se constituer par la pénitence un trésor de bonnes œuvres d’autant plus riche que ses fautes lui ont mérité de plus lourds châtiments.

Prières

Oratio

Excita, quæsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : et magna nobis virtúte succúrre ; ut per auxílium grátiæ tuæ, quod nostra peccáta præpédiunt, indulgéntiæ tuæ propitiatiónis accéleret : Qui vivis et regnas.

Oraison

Excitez, Seigneur, votre puissance et venez : secourez-nous par votre grande votre force, afin que, avec l’aide de votre grâce, votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés.

Prière de Saint Bernard (1090-1153)

Attente des nations, Seigneur Jésus, venez ; que votre divine présence nous réjouisse. Nous avons besoin de conseils, de secours, de protection. Si nous voulons discerner entre le bien et le mal, nous sommes trop facilement trompés ou séduits. Si nous essayons de faire le bien, nous manquons de courage ; si nous nous efforçons de résister au mal, nous ne faisons que trop la triste expérience de notre fragilité. Nous sommes vaincus, nous succombons. Venez donc remédier à notre aveuglement, aider notre faiblesse, protéger notre fragilité. Venez, ô Splendeur de la Gloire de Dieu, ô Sagesse de Dieu, ô Force de Dieu. Changez nos ténèbres en lumière, préservez-nous des périls qui nous menacent, soulagez-nous dans les difficultés que nous traversons, affermissez notre courage dans les combats qui nous sont livrés, afin qu’après nous avoir tenus comme par la main et conduits, selon votre volonté, dans cette carrière que nous avons à parcourir ici-bas, vous nous receviez un jour dans la Cité permanente dont vous êtes le fondateur et l’architecte. Ainsi soit-il.

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Samedi des Quatre-Temps de l’Avent

Samedi des Quatre-Temps de l’Avent

Le mot de Dom Delatte

Le règne de Dieu ne s’établira dans l’âme qu’à la condition d’une droiture et d’une pureté parfaites ; toute aspérité, toute tortuosité ne peuvent que ralentir ou compromettre la venue du Seigneur.

La Prédication de Saint Jean-Baptiste : Commentaire de l’Évangile (Lc 3, 1-6) par Dom Delatte
C’est avec la prédication de saint Jean que commence le récit des faits sur lesquels devait porter l’enseignement apostolique (Act 1, 21-22) ; et c’est par là que débute l’évangile de saint Marc. La date est mémorable. Depuis Moïse jusqu’à Samuel, et depuis Samuel jusqu’à Malachie (430 avant J.-C.), le peuple juif n’avait cessé de jouir de la prophétie. Mais, avec Malachie, la voix de Dieu avait retenti pour la dernière fois. Il régnait une sorte d’anxiété chez le peuple. Lorsque s’élevaient des problèmes auxquels la science ordinaire ne pouvait trouver de solution, on les mettait en réserve jusqu’à ce que vînt un prophète qui donnât la réponse divine (1 Mcc 4, 46). On conçoit dès lors quel dut être le frémissement de tout l’Israël religieux lorsqu’il apprit qu’un envoyé de Dieu était venu rompre enfin ce long silence. C’était une époque nouvelle qui commençait, une date qu’il convenait de fixer en la coordonnant avec tous les synchronismes politiques et religieux de la Judée et du monde. Saint Luc, avec son sens d’historien, emploie le même procédé que Thucydide dans son histoire de la guerre du Péloponnèse ; et alors que saint Matthieu se borne à dire : in diebus illis, pour introduire la prédication de saint Jean-Baptiste, saint Luc multiplie les références chronologiques et marque six points d’attache.
Dans la quinzième année du règne de Tibère César. C’est le 19 août 767 de Rome que mourut Auguste ; nous serions donc en 781-782. Mais nous savons d’ailleurs que Tibère avait été associé à l’empire, avec Auguste, dès 761 ; et des auteurs estiment que saint Luc reporte à cette date le début du gouvernement de Tibère ; les termes qu’il emploie ne signifient point nécessairement l’exercice exclusif de l’autorité. — Après l’indication du pouvoir civil, lointain et universel, vient celle du pouvoir local et prochain : Ponce Pilate étant procurateur de la Judée. Il était le sixième gouverneur romain, depuis la déposition de l’ethnarque Archélaüs, fils d’Hérode le Grand. Bien que jouissant du droit de glaive, Pilate dépendait en partie du légat de Syrie. — Archélaüs avait hérité, à lui seul, de la moitié des États d’Hérode ; ses deux frères, Hérode Antipas et Philippe, s’étant partagé ce qui restait, chacun d’eux possédait un quart du royaume paternel ; et le titre de tétrarque qui leur était donné, comme en général à certains petits princes tributaires, retrouvait ainsi sa signification originelle. C’est avec Hérode Antipas que saint Jean-Baptiste et le Seigneur lui-même se rencontreront dans la suite. Il gouvernait non seulement la Galilée, mais aussi la Pérée, sur la rive gauche du Jourdain. On lui donnait parfois par flatterie le titre de roi, et il s’efforça de l’obtenir de Caligula, qui l’envoya en exil. Philippe était alors tétrarque de l’Iturée et de la Trachonitide, un vaste croissant au nord et à l’est du lac de Tibériade. Césarée “de Philippe” avait été créée par lui, ainsi que Bethsaïde-Julias, bâtie en l’honneur de Julia, femme de Tibère et fille d’Auguste. Il ne faut pas le confondre avec un autre fils d’Hérode, du même nom, à qui Antipas ravit sa femme Hérodias. Saint Luc mentionne encore Lysanias, tétrarque de l’Abylène, c’est-à-dire de la région qui est autour d’Abila, dans l’Anti-Liban et le voisinage de Damas.
Vient ensuite l’indication des autorités religieuses : « sous le grand-prêtre Anne et Caïphe », dit saint Luc : car dans le texte original ces deux noms sont désignés par l’appellatif au singulier, ce qui veut marquer sans doute une situation spéciale ; elle était encore existante à l’époque des Actes (4, 6). Le grand-prêtre Anne avait été déposé par Valerius Gratus, le prédécesseur de Ponce Pilate. Mais il conserva parmi les Juifs une influence considérable sous les pontifes que l’autorité romaine lui substitua tour à tour. Joseph ou Caïphe (Caiaphas), son beau-fils (Io 18, 13), qui était alors titulaire du souverain pontificat, le demeura jusqu’à l’an 36, où il fut déposé par Vitellius.
Un prophète s’est levé enfin, avec l’esprit et la vocation d’Élie : c’est Jean, fils de Zacharie, que saint Matthieu appelle, par anticipation, le Baptiste. L’heure de sa manifestation à Israël (Lc 1, 80) est arrivée. Depuis son enfance, il a vécu « dans les lieux déserts », peut-être vers le sud des solitudes de Juda, auprès de la mer Morte. C’est là que lui vint l’ordre de Dieu, et que lui fut précisée sa mission ; il y eut pour lui, comme pour Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, une divine investiture. Et il remonta dans la partie nord du désert, plus accessible, vers l’endroit où le Jourdain se jette dans le mer Morte. Mais il allait et venait dans toute la vallée du Jourdain, les conditions mêmes de sa prédication et de sa mission l’obligeant de ne point s’éloigner du fleuve.
Non seulement le Seigneur a été annoncé par son Précurseur, mais l’office du Précurseur lui-même était prophétiquement dessiné. « Voici, dit le Père à son Fils, que j’envoie mon messager devant vous ; il fraiera le chemin où vous devez passer. » Saint Marc est le seul qui rapporte ici les paroles de Malachie (3, 1), et il les réunit à une citation d’Isaïe (40, 3-5), commune aux trois synoptiques, mais plus étendue chez saint Luc. S’il attribue le tout à Isaïe, c’est peut-être pour abréger et parce qu’Isaïe était le plus illustre des prophètes, leur maître à tous. Des critiques ont supposé qu’un glossateur ancien avait ajouté au texte de saint Marc la citation de Malachie qui se lit, et sans nom de prophète, en saint Matthieu (11, 10), et en saint Luc (7, 27). Quand Isaïe avait voulu annoncer à Jérusalem le retour de la captivité de Babylone, son message avait pris une forme dramatique et saisissante. Dieu se mettait à la tête de son peuple, comme un généralissime, et envoyait devant lui, vers la ville désolée, un héraut à la voix puissante qui devait annoncer à tous les échos de la Judée le retour du peuple de Dieu. Or, les œuvres divines se répètent, les faits de l’histoire sont symétriques : ce qui s’est accompli autrefois trouve maintenant encore sa réalisation, plus large et plus étendue. Ici, c’est vraiment le Seigneur en personne, Emmanuel, qui vient arracher son peuple à la captivité et l’introduire dans une patrie définitive. La proclamation du messager royal retentit soudain : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ! Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront aplanies ; les voies tortueuses seront rectifiées et les chemins raboteux adoucis ; et toute chair verra le salut de Dieu. » C’est donc bien un salut offert à tous et dont la préparation est spirituelle. Les sentiers et les voies de Dieu, ce sont les dispositions morales : le règne de Dieu ne s’établira dans l’âme qu’à la condition d’une droiture et d’une pureté parfaites ; toute aspérité, toute tortuosité ne peuvent que ralentir ou compromettre la venue du Seigneur.
La prédication de Jean et le baptême qu’il administrait avaient pour dessein de frayer un chemin au Messie tout proche. Héraut de Dieu, « il proclamait le baptême de pénitence pour la rémission des péchés », il en affirmait la nécessité et la valeur. Trop souvent, chez les Juifs, la pénitence était œuvre extérieure et d’ostentation. Ce que saint Jean réclame, c’est un changement intérieur de vie, une orientation nouvelle de la pensée, une sincère conversion des mœurs. Se soumettre à ce baptême, c’était se reconnaître pécheur, puisque le texte sacré mentionne même une accusation, une déclaration sans doute générale et globale des fautes commises ; c’était aussi s’engager à une vie nouvelle par le symbole d’une purification et d’une seconde naissance : l’idée de baptême appelant l’idée d’une régénération (Io 3, 5). Les ablutions étaient cérémonies très familières aux Juifs ; et pour faire un prosélyte, il fallait un bain rituel, avec l’engagement de se soumettre à la Loi. Mais on voit bien que le baptême de Jean était distinct de tout ce qui avait été pratiqué jusque-là. Il était d’efficacité supérieure et donné une fois pour toutes. Il inaugurait une économie plus parfaite, où la justice serait vraiment chose d’âme. À lui seul néanmoins il ne suffisait pas (Io 1, 26 sq. ; Act 19, 1-5). Le baptême de Jean était, comme Jean lui-même, préparatoire et précurseur : il disposait à cette rémission des péchés qui ne pouvait venir que du Seigneur ; et s’il remettait les fautes, ce n’était que moyennant les dispositions des pénitents, ex opere operantis, à la manière des sacrements de l’Ancienne Loi.
Le motif qui exige ce changement intérieur est assigné par saint Jean-Baptiste : Convertissez-vous, dit-il, car le Royaume des cieux est proche. Ce n’est pas le lieu d’exposer l’ensemble de la doctrine scripturaire sur « le Royaume des cieux » ou « le Royaume de Dieu » : deux expressions synonymes, la première étant propre à saint Matthieu. Toute l’histoire providentielle est ordonnée à la constitution de la royauté de Dieu. Le but des choses est le règne de Dieu, tel qu’il existera dans l’éternité, le Fils de Dieu s’est incarné pour aller recruter des sujets à son Père : il les lui présentera au dernier jour du monde (1 Cor 15, 24-28). De cette théocratie, l’Ancien Testament a offert l’esquisse. Dieu est le roi d’Israël, et il témoigne peu de joie lorsque le peuple lui demande de mettre à sa tête, comme chez les autres nations, un roi visible, qui le conduise au combat (1 Sm 8 ; 10, 19). Surtout Dieu s’irrite lorsqu’il voit Israël chercher dans les peuples voisins un appui qu’il ne devait demander qu’à son roi invisible mais attentif et tout-puissant. Cependant, Dieu a voulu faire mieux dans la nouvelle alliance, et constituer, par l’Église, une théocratie universelle et permanente, vraiment céleste, spirituelle et intérieure, extérieure aussi et visible. Que de fois les prophètes l’ont annoncée ! Il y aura désormais sur terre un avant-goût de l’éternité et comme une réalisation anticipée de ces conditions futures dont parle l’Apocalypse : « Voici la tente où Dieu habitera avec les hommes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu » (Apc 21, 3). Jean, le héraut du Fils de Dieu incarné, annonçait que ce royaume ou ce règne était là, tout proche, à portée de la main.
Il ne faisait pas de miracles, mais sa vie était sainte ; et sa mortification héroïque explique en partie la popularité dont il jouit aussitôt. Il avait été dit à Zacharie que son fils marcherait devant le Messie selon l’esprit et la vertu d’Élie. Jusque dans son vêtement, Jean rappelait l’illustre prophète : vir pilosus, et zona pellicea accinctus renibus (4 Rg 1, 8). Lui aussi portait un manteau grossier, tissé de poils de chameau, et, autour des reins, une ceinture de cuir. Sa nourriture était des plus frugales et telle que la pouvait offrir la région sauvage et pierreuse qu’on appelait le désert de Judée : des sauterelles et du miel sauvage. Les sauterelles de Palestine sont longues et fortes, grosses à peu près comme des crevettes, et, assaisonnées de certaine manière, elles en ont le goût, paraît-il ; elles constituaient souvent en Orient l’aliment des pauvres. Il y avait aussi des abeilles à foison ; elles construisaient leurs rayons dans le creux des arbres et des rochers, et la chaleur du soleil en faisait parfois ruisseler le miel : terra fluens lac et mel. On pouvait donc vivre au désert, on pouvait même s’adjoindre des disciples. De tous côtés, les pénitents et les curieux affluaient autour de Jean : avec Jérusalem, toute la Judée, tout le pays qui avoisinait le Jourdain, Juifs de la Pérée, de la Samarie, de la Décapole. Et Jean baptisait dans le fleuve tous ceux qui consentaient à avouer leurs péchés.

Prières

Oratio

Deus, qui cónspicis, quia ex nostra pravitáte afflígimur : concéde propítius ; ut ex tua visitatióne consolémur : Qui vivis.

Oraison

Seigneur Dieu, vous voyez les épreuves que nous subissons à cause du péché qui est en nous : accordez-nous de trouver le réconfort dans votre venue.

Oratio

Concéde, quæsumus, omnípotens Deus : ut, qui sub peccáti iugo et vetústa servitúte deprímimur ; exspectáta unigéniti Fílii tui nova nativitáte liberémur : Qui tecum vivit.

Oraison

Dieu tout puissant, par un vieil esclavage, nous sommes écrasés sous le joug du péché ; faites que la naissance nouvelle de votre Fils unique que nous attendons nous rende la liberté.

Oratio

Indignos nos, quæsumus, Dómine, fámulos tuos, quos actiónis própriæ culpa contrístat, unigéniti Fílii tui advéntu lætífica : Qui tecum vivit et regnat.

Oraison

Nous sommes, Seigneur, des serviteurs indignes, et c’est notre vie coupable qui nous attriste. Cependant, rendez-nous la joie par l’avènement de votre Fils Unique.

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut Fílii tui ventúra sollémnitas et præséntis nobis vitæ remédia cónferat, et præmia ætérna concédat. Per eúndem Dóminum nostrum.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout puissant, permettez que la fête toute proche de votre Fils nous apporte les remèdes nécessaires à la vie présente et nous mérite la récompense éternelle.

Oratio

Preces pópuli tui, quæsumus, Dómine, cleménter exáudi : ut, qui iuste pro peccátis nostris afflígimur, pietátis tuæ visitatióne consolémur : Qui vivis.

Oraison

Écoutez avec bienveillance, nous vous en supplions, Seigneur, les prières de votre peuple ; afin que, justement affligés à cause de nos péchés, nous soyons consolés par la visite de votre bonté.

Méditation de Saint Augustin (354-430)

Dieu ne rejette pas un cœur contrit : « Quand bien même vos péchés seraient semblables à la pourpre, je saurai les rendre blancs comme la neige », dit le Seigneur. Elle a une grande vertu cette componction qui peut nous rendre semblable à la neige et en donner à notre âme toute la blancheur, après que le péché l’avait longtemps défigurée en lui enlevant sa première beauté. Oui, celui qui s’humilie se trouve sauvé, non pas toujours pour avoir pratiqué les vertus ni fidèlement accompli les préceptes divins, mais par la pure Miséricorde de Dieu, lorsque ce pécheur, devenu pénitent, fait l’aveu de ses fautes avec un abaissement profond et une contrition sincère. Oui, si cette pauvre âme, embarrassée dans les filets du démon, peut néanmoins faire un retour sur elle-même, déplorer son état, montrer à Dieu qu’une douleur intime et profonde habite dans son cœur, s’attacher à Lui par la prière, et baiser en quelque sorte, par toutes ces bonnes œuvres, les pieds invisibles du Sauveur ; alors le Seigneur dit à ses anges ce qu’Élisée disait de la femme sunamite : « Laissez-la venir à moi, et ne la repoussez pas ». Quoiqu’elle ne se sente encore appuyée d’aucune vertu qui puisse lui préparer un accès auprès de moi et lui donner confiance en ma Miséricorde, néanmoins, puisque je suis témoin de la tristesse dont son cœur est pénétré, parce que je la vois prosternée sans cesse en ma présence et y verser des torrents de larmes, son attitude humble et pénitente m’émeut de compassion ; je cède à ce sentiment, je la reçois et je la sauve.

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Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent

Le mot de Saint Ambroise

Vous êtes aussi bienheureux, vous qui avez entendu et cru ! Car toute âme qui croit, conçoit et engendre la parole de Dieu et reconnaît ses œuvres. Qu’en tous réside l’âme de Marie pour glorifier le Seigneur ; qu’en tous réside l’esprit de Marie pour exulter en Dieu. S’il n’y a corporellement qu’une Mère du Christ ; par la foi, le Christ est le fruit de tous.

La Visitation de Marie à Élisabeth : Commentaire de l’Évangile (Lc 1, 39-56) par Dom Delatte
La Sainte Vierge, avertie du bonheur de sa cousine, désire la féliciter aussitôt. Nous ne saurions préciser l’origine et le degré de la parenté qui unissait Notre-Dame et Élisabeth. Au souvenir de la Visitation, les paroles de saint Ambroise se présentent d’elles-mêmes à notre mémoire : « Ce n’est pas qu’elle fût incrédule à l’oracle de l’Ange, ou qu’elle doutât de la réalité de la mission du messager qui lui était envoyé, ni même qu’elle hésitât sur l’exemple qui lui avait été donné ; mais Marie était heureuse de voir les désirs de sa cousine réalisés ; elle voulut remplir, en la visitant, un pieux devoir, et partit en toute hâte vers les montagnes, car la joie la transportait. » Depuis l’Incarnation, les œuvres et les démarches de Notre-Dame sont les œuvres et les démarches communes d’elle et de son Fils. C’est une communion douce et continue. Elle appartient toute à ce sacrement de pureté, de beauté, de tendresse, qui repose dans son sein. Elle se lève, elle va sans retard, cum festinatione, dans la région montagneuse d’Hébron ou de Juttah, pour féliciter sa cousine ; mais elle accomplit toutes choses, répétons-le, sous la pression intérieure de son Fils.
Notre-Dame était venue seule, semble-t-il. Elle entra dans la demeure de Zacharie, et salua Élisabeth. Ce n’était pas seulement une mère vierge qui venait féliciter une mère jadis stérile ; c’était le Sauveur encore voilé qui venait sanctifier son Précurseur. Élisabeth fut avertie de cette œuvre de sanctification par le tressaillement et l’exultation de son enfant. Zacharie avait pu lui faire connaître les promesses angéliques concernant le fils qu’elle avait miraculeusement conçu. Il devait être un précurseur : mais le précurseur de qui, exactement ? Avant même que la Sainte Vierge eût prononcé d’autre parole que celles de la salutation, la mission de l’enfant, le mystère dès lors réalisé du Messie, la maternité virginale de Marie, tout cela fut montré à Élisabeth. L’Esprit de Dieu, qui sanctifiait son fils par le sacrement du Seigneur et de sa Mère, éclaira son âme et sa pensée. Un transport de joie surnaturelle la saisit, lui fit poursuivre la salutation angélique et chanter un cantique ; car c’est un vrai cantique, au même titre que le Magnificat et le Benedictus ; c’est à peine s’il leur cède en beauté :
« Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.
Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ?
Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein.
Bienheureuse êtes vous, qui avez cru ! Car elles seront accomplies les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur ! »
À la salutation de l’ange : « pleine de grâce », se joint le salut d’Élisabeth : « bénie entre les femmes ». Une malédiction a été portée à l’origine, prononcée contre le diable et contre la terre : maledicta terra in opere tuo. Mais une bénédiction universelle a été promise aux patriarches ; et la voici venue ; Notre-Dame la porte en elle. Elle est bénie elle-même, parce qu’elle a été, en vue des mérites de son Fils, éminemment rachetée au jour de l’Immaculée-Conception. Bénie entre toutes les femmes, cela veut dire au-dessus de toutes, et aussi bénie parmi elles : car les femmes, qui s’attristaient autrefois du châtiment attiré par Ève sur leur sexe, chantent maintenant la bénédiction apportée par Marie. Élisabeth fait d’ailleurs remonter jusqu’au Fils de la Vierge cette bénédiction dont il est le principe : « Et le fruit de votre sein est béni. » — « Et comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » On peut comparer l’attitude de sainte Élisabeth devant Notre-Dame à celle de saint Jean-Baptiste en face du Seigneur ; elles sont absolument identiques : « C’est moi, s’écriera saint Jean, qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi ! » Élisabeth dit : « la Mère de mon Seigneur », c’est-à-dire de mon Dieu ; elle est donc bien renseignée ; elle confesse d’un mot toute l’Incarnation. Même, elle ajoute les indices qui ont formé sa conviction et ouvert son âme à la lumière divine. Dieu est l’auteur de nos certitudes, il peut créer en nous une conviction que rien ne puisse ébranler. « Car voici qu’au moment où le son de votre voix parvenait à mes oreilles, le petit enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein. Et bienheureuse celle qui a eu foi, car elles s’accompliront, les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur. » Peut-être la pensée d’Élisabeth se replie-t-elle sur la peine infligée à l’incrédulité de son mari ; au moins, du côté de Notre-Dame, il n’y a eu ni hésitation ni défiance ; et si splendide qu’ait été la promesse angélique, toute la parole de Dieu se réalisera.
Les trois cantiques de saint Luc sont singulièrement expressifs des personnages qui les prononcent, et l’Esprit de Dieu qui les inspire laisse à chacun d’eux son entière physionomie. Élisabeth est surtout Une mère, une mère pieuse. Elle croit, elle croit tout le mystère ; elle s’étonne que la grandeur de la Mère de Dieu s’incline vers elle ; mais elle ne songe qu’incidemment à la « consolation » du peuple juif. Elle ne dit rien non plus de l’universalité de la Rédemption : ce sera le thème réservé à Notre- Dame. Elle songe, elle, à son fils, à la relation de son fils avec le fruit béni que Notre-Dame porte en son sein. Le cantique de la Sainte Vierge, en réponse à celui d’Élisabeth, n’est pas original dans son expression, mais dans son acception seulement. Il rappelle divers passages des Psaumes, des Prophètes, et surtout le cantique d’Anne, mère de Samuel (1 Sm 2, 1-10). Notre-Dame ne loue Dieu qu’avec les propres paroles de Dieu, et les formules inspirées lui sont tellement familières qu’elles se placent d’elles-mêmes sur ses lèvres. On peut diviser le Magnificat en quatre strophes.
« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon salut. » C’est une louange qui naît de l’âme et de l’esprit de Notre-Dame : tout son être intérieur, âme, esprit, se traduit dans cette louange, comme si la personne entière était un cantique vivant et s’employait à exalter Dieu. Elle appelle Dieu son salut : et en effet, nous l’avons remarqué déjà, la Sainte Vierge a été sauvée d’une façon éminente, puisque la mort de son Fils lui a donné, par anticipation, d’être conçue sans tache. Son allégresse sainte n’efface pas l’humilité. Elle reconnaît que le premier amour de Dieu envers elle est, comme Dieu même, sans motif et sans cause. Tout ce qui n’est pas Dieu est si petit ! Notre-Dame s’est déclarée naguère la servante du Seigneur : elle le rappelle aujourd’hui. Qu’avait-elle qui la recommandât aux préférences divines ? Tout est venu de Dieu, qui s’est incliné, dit-elle, non vers des mérites personnels, mais vers l’obscurité, la petitesse, la simplicité de sa servante ; et voici que désormais toutes les générations diront bienheureuse cette humble Vierge de Juda. N’est-il pas vrai que la prophétie est extraordinaire, sur les lèvres de Marie ? N’est-il pas vrai qu’elle s’est bien réalisée ? Depuis vingt siècles, et de plus en plus, toutes les nations, bénies dans le Fils, ont béni la Mère, l’ont acclamée, l’ont enveloppée d’une vénération et d’une tendresse incomparables. À elle seule, cette gloire de Notre-Dame pourrait prouver la vérité de l’Incarnation et la divinité du christianisme.
La deuxième strophe commence à célébrer l’œuvre de Dieu en Notre-Dame et par elle. Ce que le Tout-Puissant a réalisé en elle, Notre-Dame ne le précise point : « Il a réalisé de grandes choses, il a fait grand pour moi, celui qui est puissant ; et son nom est saint. Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent, » c’est-à-dire, en langage biblique, qui le regardent, qui l’aiment et qui lui sont fidèles. Notons le caractère large, volontairement imprécis, de toutes ces paroles, qui rappellent le style des Psaumes. Même en remerciant Dieu d’un bienfait très déterminé, Notre-Dame et les auteurs inspirés dirigent leur parole comme si elle devait servir toujours et devenir l’expression éternelle de la reconnaissance chrétienne. Observons aussi que la Sainte Vierge, comme son Fils, comme l’apôtre saint Paul, aperçoit la miséricorde de Dieu s’étendant universellement sur tous les hommes. C’est l’annonce de l’Église et de sa catholicité.
Même, dans la troisième strophe, Notre-Dame, voyant réalisées déjà les dernières conséquences de ce qui s’est accompli en elle, annonce, en style prophétique, que la force du bras divin a désormais déplacé l’axe des choses, dissipé la vanité des sages remplis d’eux-mêmes, fait descendre les potentats de leur trône et exalté les humbles, appelé au festin les pauvres affamés et écarté les opulents. C’est, à grands traits, la description d’une révolution qui a déçu les Juifs charnels, recueilli les gentils, déconcerté la pensée purement humaine. Nous retrouverons le développement de cette idée au cours de tout le récit évangélique.
Enfin, la Sainte Vierge termine par la louange un cantique commencé par la louange. Elle rend hommage à la fidélité de Dieu. Dieu est venu au secours d’Israël, son serviteur, en envoyant le Messie dont le monde avait besoin, mais non le Messie conquérant et guerrier que rêvait la Judée. Après une longue attente, durant laquelle l’humanité a eu le loisir d’éprouver sa faiblesse. Dieu s’est souvenu enfin de sa miséricorde, selon qu’il l’avait promis à nos pères, à Abraham surtout, et à sa postérité, pour jamais. Mais cette postérité éternelle, c’est le Christ et tous ceux qui sont nés de lui (Gal 3, 16). Notre-Dame a bien retenu et compris la parole de l’ange ; c’est la même chose de parler, comme Gabriel, du roi « dont le règne n’aura point de fin », et de « la postérité d’Abraham, pour l’éternité ».
Il nous paraît très probable que la Sainte Vierge est demeurée près de sa cousine jusqu’après la naissance de saint Jean-Baptiste ; mais pour achever aussitôt ce qui concerne Notre-Dame, saint Luc fait ici une interversion (nous aurons dans la suite d’autres exemples de ce procédé) ; il nous dit que la Mère de Dieu retourna chez elle après trois mois environ. L’Annonciation ayant eu lieu au sixième mois de la maternité d’Élisabeth et Notre-Dame étant partie presque aussitôt pour Hébron ou Juttah, la nativité du Précurseur dut coïncider avec la fin du séjour de Notre-Dame en cette région.

Prières

Oratio

Excita, quæsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni : ut hi, qui in tua pietáte confídunt, ab omni cítius adversitáte liberéntur : Qui vivis.

Oraison

Excitez votre puissance, Seigneur, et venez, pour que vos fidèles, confiants en votre bonté, soient très vite délivrés de tout ce qui leur fait obstacle.

Exhortation de Thomas a Kempis (1380-1471)

Invoquez Marie, et vous obtiendrez la victoire ; honorez Marie, et vous mériterez la récompense éternelle. Rappelée souvent à la mémoire, la vie sainte de Marie vous offre deux avantages principaux : elle vous apprend, dans le bonheur et la prospérité, à louer Dieu du fond du cœur ; et dans les revers, à conserver persévéramment la patience. Comme elle n’a cessé de rendre à Dieu de sublimes louanges pour les bienfaits excellents par lesquels il avait daigné l’élever au-dessus des autres créatures, ainsi a-t-elle su montrer une douceur inaltérable, au milieu des dures épreuves de ce siècle, et choisir l’abjection de préférence à la prospérité. Invoquez Marie, honorez-la, glorifiez-la. Dans la joie, dans les larmes, soyez avec Marie ; travaillez avec Marie, veillez avec Marie, priez avec Marie, récréez-vous avec Marie, reposez-vous dans Marie, surtout cherchez Jésus avec Marie, enfin désirez vivre et mourir avec Jésus et avec Marie.

Antienne

Ã. Ex quo facta est vox salutationis tuæ in auribus meis, exsultavit in gaudio infans in utero meo, alleluia.

Ã. Dès que la voix de votre salutation est venue à mes oreilles, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein, alleluia.

Antienne grégorienne “Ex quo facta est”

Antienne Ex quo facta est

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Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent

Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent

Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent

Le mot de Saint Bernard

Rougis donc, homme, ô cendre orgueilleuse ! Un Dieu s’abaisse et toi tu t’élèves ! Un Dieu se soumet aux hommes, et toi, non content de dominer tes semblables, tu vas jusqu’à te préférer à ton Créateur ?

L’Annonciation à Marie : Commentaire de l’Évangile (Lc 1, 26-38) par Dom Delatte
Après l’annonciation du Précurseur, saint Luc nous rapporte l’annonciation du Messie. Les cinq mois silencieux d’Élisabeth se sont écoulés. Nous sommes arrivés au sixième mois depuis la scène du temple. Maintenant, la scène est à Nazareth, dans la Galilée. Une humble maison, plus auguste que le temple. Un ménage humble et pauvre : un artisan, son épouse vierge. Regardons. Là nous pouvons tout apprendre. Nazareth est l’école par excellence. Nous voyons le milieu et l’atmosphère où s’accomplissent les œuvres de Dieu : l’humilité, la pauvreté, la solitude, la pureté, l’obéissance. — Ce même archange Gabriel, envoyé, dans l’Ancien Testament, pour renseigner Daniel sur le mystère des semaines d’années et la date de l’avènement du Messie, député à Zacharie pour lui apprendre que l’heure est proche, est envoyé maintenant de Dieu dans une ville de la Galilée, Nazareth, à une vierge du nom de Marie, épouse de Joseph, un rejeton de la famille de David.
« Et ayant pénétré près d’elle, il dit : “Je vous salue, pleine de grâce”… » Ce n’est pas avec des paroles qu’il faut commenter. Aussi bien, les termes sacrés sont pleins, riches de signification profonde. C’est vraiment la joie qui est annoncée au monde, et depuis cette heure-là, il n’y a plus que du bonheur pour ceux qui acceptent l’incarnation. Cette création surnaturelle qui s’éveille à la parole de l’ange suffit à l’allégresse du temps et à celle de l’éternité. — Le terme grec traduit par gratia plena signifie une plénitude de grâce reçue par Notre-Dame. Saint Thomas nous a dit en quoi consiste cette plénitude (S. Th., 3a, q. 27, art. 5). Et comme la grâce est la dot de l’âme et la condition de son union à Dieu, celle qui est pleine de grâce est pleinement à Dieu, pleinement avec Dieu ; elle est sainte non seulement par ses privilèges, mais par ses vertus. « Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. »
L’ange ne dit rien de plus. La salutation était plus large que toutes celles adressées dans l’Ancien Testament, l’attitude de l’ange infiniment respectueuse, la Vierge infiniment humble. Joignons ensemble tous ces éléments, et nous aurons la raison de la prudente réserve de Notre-Dame. Lorsqu’on remarque qu’elle fut troublée à ces paroles de l’ange, cela veut dire qu’elle demeura indécise sur ce qu’elle devait répondre. Et, gardant le silence, elle recherchait, à part elle, ce que pouvait signifier une telle salutation. Encore une fois, elle est humble, elle est prudente : l’ange l’a abordée comme une reine, mais il n’a encore rien dit de son message divin.
En face de ce silence, qui contenait une interrogation muette, Gabriel reprit la parole. Le ne timeas n’a pas pour dessein de bannir une crainte proprement dite, mais seulement d’exclure même le trouble et l’indécision que nous venons de décrire. Cette fois Notre-Dame est appelée par son nom : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. » La faveur de Dieu, la tendresse de Dieu, qui est souveraine, qui est gracieuse, qui est active, s’est reposée sur elle. La même expression a été employée au sujet de Noé, qui bâtit l’arche du salut : Noe vero invenit gratiam coram Domino (Gn 6, 8). Mais il s’agit aujourd’hui d’une faveur plus haute, d’une arche plus sainte, d’un salut plus complet. La Sainte Vierge connaissait les Écritures ; elle avait lu et médité, au chapitre 7 d’Isaïe, des expressions que l’ange emploie à son tour. « Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils, et on l’appellera Emmanuel. » — « Voici, dit l’ange, que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un Fils, et vous l’appellerez Jésus. » Le parallélisme était flagrant. Emmanuel, « Dieu avec nous », c’était l’équivalent de Jésus, « Dieu Sauveur ».
Observons par quels traits l’ange dessine la mission du Fils de la Vierge. Il sera grand : il sera appelé, parce qu’il sera réellement, Fils du Très-Haut. L’ange ne dit pas : le Fils du Très-Haut. Ses paroles semblent calculées pour marquer une relation intime avec Dieu, sans exprimer encore nettement la filiation divine et la seconde personne de la très Sainte Trinité. — Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera pour les siècles sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. Remarquons les termes et l’étendue de la prophétie. C’est chose extraordinaire que cet enfant, qui n’est pas né encore, soit promis à sa Mère comme un roi, et comme un roi éternel, en dépit de l’humiliation à laquelle était réduit, à cette époque, le peuple juif tout entier. Peut-être avons-nous le droit de remarquer aussi que cette prophétie s’est accomplie, qu’elle s’accomplit chaque jour encore, qu’elle est partiellement inachevée, et que le temps ne dure que pour lui donner le loisir de sa pleine réalisation.
Il semble que Notre-Dame, même avant la salutation angélique, aurait dû se reconnaître comme prédestinée à devenir la Mère de Dieu. Elle connaissait admirablement les Livres Saints ; elle était pleine de grâce ; elle savait que les temps étaient venus ; elle était de la famille de David ; le Messie devait naître d’une vierge : or il lui avait été inspiré de vouer, la première, sa virginité à Dieu. Tous les indices semblaient donc réunis. Comment ne s’est-elle pas demandé : « Mais n’est-ce pas de moi qu’il est question ? » Elle ne se l’est pas demandé. Les humbles s’ignorent. Peut-être avait-elle souhaité seulement d’être la servante de la Mère du Messie. Et la salutation de l’ange, si claire pour nous après l’événement, ne fit pas sortir la Vierge de cette divine ignorance d’elle-même. Après tout, il y avait moyen d’interpréter les paroles angéliques de manière à demeurer en deçà d’une grandeur à laquelle elle n’avait jamais songé. Aussi longtemps qu’il demeurait une imprécision, une part d’obscurité dans le message divin, ce serait une retraite, un abri où se réfugierait l’humilité de la Vierge. Y a-t-il au monde un spectacle plus beau que celui-là ? Dieu, qui y était attentif, dut s’y complaire. Nous aussi, perdons-nous dans cette splendeur. — Voici comment on pourrait traduire cet incomparable malentendu : « Dieu, par l’ange, me promet un fils. Il sera glorieux. Mais puisque l’ange n’a pas dit formellement qu’il est le Messie, qu’il est le Fils de Dieu, ce sera un roi comme les autres, un homme comme les autres. Il naîtra d’une femme, non d’une vierge. Or, j’ai voué à Dieu mon corps et mon âme ; mon mariage n’est qu’un voile, et mon époux le gardien prédestiné de ma virginité. Comment donc pourra s’accomplir la promesse angélique, puisque j’ai fait vœu de n’être à aucun homme ? » Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco ?
Dans la réponse de l’ange, nous entendons la réponse de Dieu. Le Fils qui sera donné à Marie ne sera pas le fruit d’un commerce humain : le vœu de virginité demeurera donc sauf. « C’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit-Saint, qui descendra sur vous ; c’est la force du Très-Haut qui vous couvrira de son ombre. » Le texte grec est susceptible de plusieurs interprétations. La Vertu de Dieu, c’est-à-dire le Fils de Dieu, vous demandera son voile, sa nature humaine, l’ombre dont il s’enveloppera pour se rendre visible aux regards humains ; la Vertu de Dieu, le Fils de Dieu, entrera en vous, comme on entre dans sa demeure ; il se reposera à l’ombre de votre sein ; il sera, par vous, Dieu avec nous, Emmanuel, beaucoup plus vraiment que dans le Saint des Saints et à l’ombre des grands chérubins qui étendent leurs ailes sur le propitiatoire ; une troisième interprétation, celle qui est commune, et préférable, semble-t-il, reconnaît qu’il est question encore du Saint-Esprit, comme dans la première partie du verset ; nous aurions affaire à un cas de parallélisme synthétique et d’équivalence entre Spiritus Sanctus superveniet in te et Virtus Altissimi obumbrabit tibi. Par deux fois, l’ange a voulu signifier la pureté virginale de la conception promise. Ce n’est point l’homme, c’est Dieu seul, c’est la sainteté et la pureté de Dieu qui interviendra. Esprit-Saint et Vertu du Très-Haut indiquent tous deux une même réalité : Dieu dans sa sainteté et son pouvoir infini, en un mot l’élément actif de cette création surnaturelle. Les paroles qui suivent marquent le résultat, le fruit béni de cette action : « C’est pourquoi l’enfant qui doit naître sera appelé Saint et Fils de Dieu. » Le Fils de Dieu prendra, grâce à Notre-Dame, sa place dans la création, sa place, la première et l’unique, dans la famille humaine : Ut sit ipse primogenitus in multis fratribus (Rm 8, 29).
Il y a une grande différence entre l’accueil fait par Zacharie au message angélique : « Comment saurai-je qu’il en sera ainsi ? » et celui de la Sainte Vierge : « Comment cela se fera-t-il ? » Aucun doute n’effleure l’âme de Notre-Dame ; elle demande seulement à l’ange comment, dans sa vie, se pourront concilier deux devoirs : celui de l’obéissance et celui de son vœu. Néanmoins, nous remarquerons que Dieu use, dans l’un et l’autre cas, du même procédé. Il traite sa créature avec respect ; il lui donne un signe, c’est-à-dire une preuve de ses dires et une garantie de la foi qu’il réclame. Ainsi, ses témoignages sont croyables à l’infini : Testimonia tua credibilia facta sunt nimis. Ce signe, la Sainte Vierge ne le sollicitait pas : il lui fut gracieusement accordé. Pour obtenir son consentement, l’ange en appelle à une autre conception miraculeuse : Votre parente Élisabeth, elle aussi, a conçu un fils dans sa vieillesse ; depuis six mois déjà elle le porte en son sein, elle, la stérile. Car nulle parole prononcée par Dieu, nulle promesse sortie de ses lèvres ne sera jamais trahie, ni démentie, ni inexécutée.
II y avait un intérêt extrême, pour l’humanité et pour Dieu même, à ce que la Sainte Vierge donnât son adhésion au mystère. Lorsqu’il s’agit d’union et de mariage, il doit y avoir un consentement libre des deux parties. L’union hypostatique n’échappe pas à cette loi. C’est une union : ce n’est pas une conquête, ni une contrainte, une sorte de mainmise violente, où ne seraient point respectés les droits et la dignité d’un des contractants. Dieu, nous l’avons dit, traite sa créature avec égards. Or, ce consentement indispensable à l’Incarnation, Dieu ne pouvait le demander ni à la portion de l’humanité qui avait précédé et qui n’existait plus ; ni à la portion qui existait alors et qu’on ne pouvait plébisciter pour savoir si elle consentait à l’union divine ; ni à la portion future de l’humanité. On ne pouvait non plus consulter la nature humaine individuelle que devait revêtir le Verbe : elle n’existait pas encore, et c’était précisément en vue de son existence que le consentement était sollicité. Voilà donc les destinées du monde suspendues aux lèvres et au cœur de Notre-Dame. Entendons l’Église, dans sa liturgie, la supplier de consentir à Dieu : Suscipe verbum, Virgo Maria, quod tibi a Domino per angelum transmissum est… Monde créé et monde incréé, tous les deux sont anxieux, attentifs, épiant la réponse de la Vierge, qui, pour tous deux, sera décisive. Ce n’est pas un rêve arbitraire, mais la doctrine de saint Thomas d’Aquin : l’Annonciation, dit-il, était convenable : « Pour montrer ainsi un certain mariage spirituel entre le Fils de Dieu et la nature humaine. Et voilà pourquoi l’annonciation demandait le consentement de la Vierge représentant toute la nature humaine » (S. Th., IIIa, q. 30, art. 1). La Sainte Vierge n’ignorait pas ce que devait impliquer pour elle la maternité divine. Dieu n’a pas surpris sa Mère. Elle savait, par l’Écriture, sur quelles épines nues son cœur serait traîné. C’est, non les yeux fermés, mais les yeux ouverts, l’âme avertie et pleinement consciente, qu’elle adhère au vouloir du Seigneur.
La condition faite à Notre-Dame par l’Incarnation entraîne deux conséquences, qu’il nous suffira ici d’indiquer. La première, c’est que jamais fils n’a été le bien de sa mère autant que le Seigneur l’a été de Marie. La virginité de Notre-Dame attache son Fils à elle toute seule, à elle exclusivement, comme le fruit de sa pureté ; il est le Fils de sa chair et de sa volonté ; à lui elle a vraiment tout donné. Mais comment osons-nous parler de tels mystères ? Il nous faudrait pourtant ajouter encore qu’à l’heure même de l’Incarnation, Notre-Dame a concentré et ramassé en elle l’humanité entière ; que son âme a comme embrassé et enveloppé tout ce que nous sommes ; et qu’à l’exemple de son Fils, à raison du même acquiescement qui lui a été demandé par Dieu, nous sommes à elle comme nous ne sommes à personne. Elle est la Mère de tous les vivants, la nouvelle Ève. Comment peut-il demeurer une tristesse sur terre, depuis que l’éternité elle-même s’est inclinée, que les cieux se sont abaissés, que l’ange est venu au nom de Dieu, et que Notre- Dame et notre Mère lui a répondu simplement : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » ?
Et l’ange se retira d’auprès d’elle. Et, en même temps que la Vierge disait à Dieu : Ecce ancilla Domini, dans une adoration parfaite, s’élevait de son sein une adoration plus parfaite encore. La Mère de Dieu se disait la servante du Seigneur ; le Fils de Dieu se disait l’esclave et le serviteur de Dieu. L’apôtre saint Paul nous l’a révélé : « Lorsque le Christ fit son entrée ici-bas, il dit : Vous ne vouliez plus d’hosties et d’oblations, alors vous m’avez donné un corps ; les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous plaisaient point, alors j’ai dit : Me voici, selon qu’en tête du livre il est écrit de moi, pour faire, ô Dieu, votre volonté. » (Hbr 10, 5-7.) C’est au même instant que, du cœur du Fils comme de celui de la Mère, montait vers Dieu le parfum d’un même sacrifice, d’une même adoration.

Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut redemptiónis nostræ ventúra sollémnitas et præséntis nobis vitæ subsídia cónferat, et ætérnæ beatitúdinis præmia largiátur. Per Dóminum.

Oraison

Faites, nous vous le demandons, Seigneur : que la solennité approchant de notre rédemption nous apporte avec elle les grâces nécessaires pour la vie présente et nous obtienne la récompense du bonheur éternel.

Oratio

Festína, quæsumus, Dómine, ne tardáveris, et auxílium nobis supérnæ virtútis impénde : ut advéntus tui consolatiónibus sublevéntur, qui in tua pietáte confídunt : Qui vivis et regnas.

Oraison

Hâtez-vous, Seigneur, nous vous le demandons, ne tardez plus : assistez-nous de la force d’en haut pour que votre venue réconforte ceux qui se confient en votre bonté.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Salut, Marie, Reine de clémence, Olivier de miséricorde, vous par qui nous est venu le Remède de vie ; Reine de clémence, Vierge et Mère du divin Rejeton, vous par qui nous est venu le Fils de l’éternelle lumière, l’odorant Rejeton d’Israël. Ah ! Puisque, par votre Fils, vous êtes devenue la véritable Mère de tous les hommes dont lui, votre unique, n’a pas dédaigné devenir le frère ; ainsi maintenant, pour son amour, recevez-moi, malgré mon indignité, en votre amour de Mère : aidez ma foi, conservez-la et fortifiez-la. Et ainsi maintenant, soyez pour moi la marraine de mon renouvellement et de ma foi, afin d’être pour l’éternité mon unique et très aimante Mère toujours affectueuse ; accordez-moi vos soins en cette vie, et recevez-moi à la plénitude de votre maternité à l’heure de ma mort. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Missus est Gabrihel Angelus ad Mariam virginem, desponsatam Ioseph.

Ã. L’Ange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, qu’avait épousée Joseph.

Antienne grégorienne “Missus est”

Antienne Missus est

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8 décembre — Immaculée Conception de Marie

8 décembre — Immaculée Conception de Marie

8 décembre — Immaculée Conception de Marie

La Punchline de Saint Anselme

Dieu est le Père des choses créées ; Marie est la mère des choses recréées.

Sermon

Extraits de la Bulle « Ineffabilis Deus » du Pape Pie IX (8 décembre 1954)

Marie fut toujours sans aucune tache.

Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute‑puissante, dont la sagesse atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain ; et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d’accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l’incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l’homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le second. Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes, et l’enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu’elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au‑dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur.

Raison de ce privilège : la maternité divine.

Et certes, il convenait bien qu’il en fût ainsi, il convenait qu’elle resplendît toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite, qu’elle fût entièrement préservée, même de la tache du péché originel, et qu’elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l’ancien serpent, cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, Celui qu’il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu’il aime comme lui‑même, et de le lui donner de telle manière qu’il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui‑même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint‑Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.

L’Immaculée Conception est une vérité révélée.

Cette innocence originelle de l’auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l’Église catholique qui, toujours enseignée par l’Esprit‑Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l’a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l’exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n’a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C’est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l’esprit des fidèles, et propagée d’une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l’Église elle‑même a manifesté son sentiment d’une manière si significative, lorsqu’elle n’a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l’Église ne célèbre de fêtes qu’en l’honneur de ce qui est saint. C’est pour la même raison, qu’empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Écritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge ; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l’Incarnation de la Sagesse divine.

L’enseignement ordinaire de l’Église sur l’Immaculée Conception.

Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez quel zèle l’Église romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, a montré pour cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge ; toutefois, il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de l’autorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu’elle est le centre de la vérité et de l’unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, et celle dont il faut que toutes les autres Églises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Église romaine n’a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l’Immaculée Conception : c’est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d’actes importants des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des apôtres, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ lui‑même a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l’Église universelle.

L’enseignement ordinaire de l’Église par le culte liturgique.

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d’instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l’Église romaine, et d’en relever l’importance et la dignité par un office propre et par une messe propre où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l’Immaculée Conception ; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l’honneur de l’Immaculée Conception ; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l’Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s’engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l’Église avec la même solennité que la fête de la Nativité ; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l’Église universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

L’enseignement doctrinal de l’Église.

Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que l’un ne peut avoir de consistance et de durée si l’autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs, en même temps qu’ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l’objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c’était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l’Église, l’opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n’était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l’Église honorait. Ils n’ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, prétendaient qu’à la vérité c’était bien la Conception qu’on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception. Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu’il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d’une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII (Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661), l’un de Nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l’Église : « C’est assurément, dit‑il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l’abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception. »

Mais surtout Nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n’ont jamais souffert que cette doctrine fût l’objet d’un blâme ou d’une censure quelconque ; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d’accord avec le culte de l’Église, et qu’on la considérait à bon droit comme telle ; que c’était l’ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l’Église romaine s’était chargée elle‑même de la favoriser et de la défendre ; enfin, qu’elle était tout à fait digne d’avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l’abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l’opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.

La tradition des Anciens et des Pères.

Cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l’Église ; l’Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l’a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d’une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique ; mais, de tout temps, elle l’a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d’une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l’Église d’Orient et de l’Église d’Occident, les plus vénérables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Église de Jésus‑Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée.

L’antithèse de la première et de la seconde Ève.

Les Pères ont exprimé, aussi unanimement qu’éloquemment, que la très glorieuse Vierge, Celle en qui le Tout‑Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d’une telle effusion de tous les dons célestes, d’une telle plénitude de grâces, d’un tel éclat de sainteté, qu’elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef‑d’œuvre de tous les miracles ; qu’elle a été la digne Mère de Dieu, qu’elle s’est approchée de Dieu même autant qu’il est permis à la nature créée, et qu’ainsi elle est au‑dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes. C’est aussi pour cela, qu’afin d’établir l’innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l’ont très souvent comparée avec Eve encore vierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu’elle eût été trompée par le piège mortel de l’astucieux serpent, mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.

Tout cela est plus clair que le jour ; cependant, comme si ce n’était point assez, les Pères ont, en propres termes et d’une manière expresse, déclaré que, lorsqu’il s’agit de péché, il ne doit pas en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie parce qu’elle a reçu plus de grâce, afin qu’en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts. Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu’elle avait vivifié sa postérité ; que le Très-Haut l’avait choisie et se l’était réservée dès le commencement des siècles ; que Dieu l’avait prédite et annoncée quand il dit au serpent : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme » (Gn 3, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent ; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l’âme, et de l’intelligence ; qu’elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu’unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n’avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu’elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

Définition dogmatique de l’Immaculée Conception.

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que condamnés par leur propre jugement ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église ; et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s’ils osent exprimer ce qu’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.

Résultats espérés.

En vérité, Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l’allégresse ; et Nous rendons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de Notre part, d’offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde ; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l’honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante de l’univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation ; la gloire la plus belle, l’ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Église ; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l’Église catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu’elle règne d’une mer à l’autre et depuis les rives du fleuve jusqu’aux extrémités du monde ; qu’elle jouisse d’une paix entière, d’une parfaite tranquillité et liberté ; que les coupables obtiennent leur pardon les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours ; que tous ceux qui sont dans l’erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu’il n’y ait plus qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur.

Que les enfants de l’Église catholique, Nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu’animés chaque jour d’une piété, d’une vénération, d’un amour plus ardents, ils continuent d’honorer, d’invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle ; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même l’affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des  saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficacement par toute la puissance des prières maternelles, et trouve ce qu’elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.

Promulgation.

Enfin, pour que cette définition dogmatique par Nous prononcée touchant l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l’Église universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu’il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de Notre déclaration, décision et définition ou bien d’y porter atteinte et de s’y opposer. Que si quelqu’un avait la hardiesse de l’entreprendre, qu’il sache qu’il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année mil huit cent cinquante quatrième de l’Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l’an 1854, de Notre pontificat le neuvième.

Prières

Oratio

Deus, qui per immaculátam Vírginis Conceptiónem dignum Fílio tuo habitáculum præparásti : quæsumus ; ut, qui ex morte eiúsdem Filii tui prævísa eam ab omni labe præservásti, nos quoque mundos eius intercessióne ad te perveníre concédas. Per eúndem Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, nous vous en supplions, vous qui, en prévision de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, accordez-nous, par son intercession, d’être purifiés et de parvenir jusqu’à vous.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Ô Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie, à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous. Ainsi soit-il.

Prière d’Eadmer de Canterbury (vers 1060-1124)

Ô vous, bienheureuse entre toutes les femmes ! Car Dieu a voulu faire de vous sa mère, et parce qu’il l’a voulu, il l’a fait. Que dis-je ? Il a fait de vous sa mère, lui le créateur, le maître et le souverain de toutes choses, lui l’auteur et le seigneur de tous les êtres non seulement intelligibles mais de ceux qui dépassent toute intelligence. Il vous a faite, ô Notre Dame, sa mère unique et par là il vous a constituée en même temps la maîtresse et l’impératrice de l’univers. Vous êtes donc devenue la souveraine et la reine des cieux, des terres et des mers, de tous les éléments et de tout ce qu’ils contiennent, et c’est pour être tout cela qu’il vous formait par l’opération du Saint-Esprit dans le sein de votre mère dès le premier instant de votre conception. Il en est ainsi, ô bonne Dame, et nous nous réjouissons qu’il en soit ainsi.

Prière de Saint Anselme de Canterbury (1033-1109)

Ô Vierge d’un mérite incomparable et qui n’avez jamais eu de modèle, Vierge sans seconde, Vierge Mère, le seigneur s’est lui-même fait le gardien de la virginité de votre corps et de la virginité de votre âme, afin de pouvoir dignement revêtir en votre sein cette chair qui est le prix de notre rédemption. Je vous en supplie, ô très Miséricordieuse, et grâce à qui, après Dieu, le monde tout entier a été sauvé, intercédez pour moi qui suis tout couvert de la boue du péché et souillé de toutes les iniquités, afin que Dieu accorde à cette âme toute misérable l’amour de la pureté et la passion de la chasteté. Malheureux que je suis, j’ai perdu la grâce de l’innocence et celle de la sainteté ; j’ai violé en moi-même la majesté du temple de Dieu. Mais que fais-je ? Ne voilà-t-il pas que je raconte mes impuretés à la plus immaculée de toutes les oreilles. J’ai horreur de moi, ô ma Dame. Ma conscience m’accuse. Je sens, comme Adam, ma nudité mauvaise. Je me vois mourir. À qui donc irai-je montrer la blessure de mon âme, exposer ma douleur, dire mes larmes ? Et comment pourrai-je recouvrer la santé s’il ne m’est plus permis d’entrer dans ce lieu de repos de la miséricorde éternelle ? Dame, ayez pitié de moi ; ayez pitié de ce citoyen de votre royaume qui s’est banni lui-même de votre domaine céleste, et qui, après un long exil, après de longs soupirs, après de cruelles déceptions et des tortures sans nombre, revient enfin à sa consolatrice et à sa Mère.

Je me rappelle ici, et ce souvenir m’est bien doux, que pour encourager tous les pécheurs à s’adresser à votre incomparable patronage, vous avez bien voulu révéler votre nom délicieusement mémorable à un de vos serviteurs qui allait mourir. Comme il était dans les affres de l’agonie, vous lui êtes apparue : « me reconnais-tu ? » et il vous a répondu tout tremblant : « non, Dame, je ne vous reconnais point ». Alors avec quelle bonté, avec quelle tendresse, avec quelle familiarité, vous lui avez dit : « je suis la Mère de miséricorde ». Non, non, il n’y a personne qui puisse recevoir la confidence de nos misères, de nos calamités et de nos larmes ; il n’y a que vous, ô Marie, qui êtes vraiment, qui êtes indubitablement la Mère de miséricorde. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée, Mère d’amour, Mère de pardon, Mère de bonté, ouvrez votre cœur si aimant, et accueillez dans ce cœur le malheureux qui est mort en son péché. Et ce malheureux, c’est moi.

Voici l’enfant prodigue qui revient : il est nu, il a les pieds broyés, il arrive d’un lieu horrible, il sort d’une obscurité immonde et infecte. Et il soupire et il crie, et il appelle sa Mère : car il se souvient que vous l’avez bien des fois couvert quand il était nu, réchauffé quand il avait froid, et excusé auprès de son père. Quel père et comme il est bon ! Quelle Mère et comme elle est douce ! Reconnaissez donc en nous ces enfants que votre fils unique, Jésus, n’a pas rougi d’appeler ses frères. Vous avez senti le glaive percer votre cœur à la vue de votre Fils très innocent qu’on avait mis en croix : comment ne pourriez vous pas pleurer sur vos fils adoptifs, qui, comme moi, sont morts dans leur péché ? Comment pourriez-vous, à leur vue, contenir vos sanglots et vos gémissements maternels ? Nous sommes entrainés par l’ennemi, arrachés à notre patrie et jetés en captivité. Et il n’y a personne pour nous délivrer, personne pour nous racheter, personne enfin qui se lève un matin et consente à se faire caution pour nous !

Levez-vous, ô Vierge ; levez-vous, Miséricordieuse. Entrez dans le sanctuaire céleste où Dieu écoute les prières, et restez là, vos mains étendues, vos mains qui sont immaculées, devant cet autel d’or où se fera la réconciliation de Dieu et de l’homme. Et vous nous obtiendrez aisément tout ce que nous osons demander par votre intercession. Et les crimes qui nous remplissent de crainte seront, grâce à vous, pardonnés. Est-ce qu’il pourrait vous laisser longtemps à ses pieds, priant pour nous, celui que, douce Mère, vous avez si souvent consolé, alors qu’il était un petit enfant vagissant. Et qui mériterait d’apaiser la colère de ce juge, si ce n’est celle qui a mérité d’être sa Mère ? N’hésitez donc pas, ô ma Dame.

Ce Dieu que vous allez prier, c’est mon salut et ma gloire, c’est aussi ma chair, c’est notre tête à tous. Il nous connait ; il connait bien son œuvre. Honneur des Vierges, souveraine des nations, reine des anges, fontaine des jardins fermés, virginité sans tâches, ô Marie, tendez la main à un malheureux qui se voit perdu. Il n’a pas l’audace d’espérer encore la robe des anges. Mais, du moins, qu’il reçoive de vous une robe nuptiale, pour s’asseoir au banquet du ciel, ne fût-ce qu’à la dernière place. Enfin, si je ne mérite point, et par là même que je ne mérite pas de m’approcher plus près de ces chœurs odorants et fleuris qui chantent votre gloire là-haut, faites du moins que, de loin, de bien loin, je mérite de voir et d’entendre ces processions et ces concerts du paradis, et tout ce qu’il y aura dans le ciel de joie, de triomphe et de gloire quand nous vous verrons suivre l’agneau partout où il va.

Vierge d’un mérite incomparable, Vierge souverainement et perpétuellement virginale, la seule des Vierges qui ait été Mère, me voici arrivé à la fin de cette prière, de cette misérable supplication. Et je n’ai à vous demander qu’une seule chose au nom de votre Fils : c’est le souvenir perpétuel, le souvenir toujours présent de votre nom si suave. Que ce soit la nourriture très douce de mon âme. Que ce nom soit présent dans tous mes périls, dans toutes mes angoisses, et qu’il soit le principe de toutes mes joies. Si j’obtiens ce don de Dieu et de vous, je ne crains plus l’éternelle mort. Votre protection et votre grâce ne me quitteront plus jamais. Et quand bien même, je serais plongé au fond de l’enfer, vous m’y viendriez chercher, vous m’en arracheriez et me rendriez victorieusement à votre Fils qui m’a racheté et lavé de son sang, à ce Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne éternellement Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Alma Redemptoris Mater quæ pervia caeli Porta manes, et stella maris succurre cadenti suggere qui curat populum, tu quæ genuisti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem ; Virgo prius, tu posterius Gabrihelis ab ore sumens illud ave, peccatorum miserere.
Ã. Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte, Étoile de la mer, venez au secours de ceux qui chancellent, soyez leur soutien, vous qui prenez soin du peuple. Vous avez enfanté, devant la nature émerveillée, Celui qui vous a créée. Vierge avant, vous l’êtes encore après, en ayant reçu cet « ave » de la bouche de Gabriel : ayez pitié de nous, pécheurs.

Antienne grégorienne “Alma Redemptoris Mater”

Antienne Alma Redemptoris Mater

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