Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

Vendredi 4 décembre (ReConfinement J36) : Illation de Saint Benoît

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Bossuet sur la Règle de Saint Benoît

Cette règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien.

Le culte de Saint Benoît

Le culte rendu à saint Benoît eut d’abord un caractère privé et domestique. La catastrophe de 580 et la destruction du monastère par les barbares avec l’évasion des religieux ajoutèrent à la gloire du fondateur du Mont-Cassin, en réalisant à la lettre ce qu’il avait annoncé. Ce fut pour saint Grégoire le Grand l’occasion de glorifier celui qu’il appela « l’homme de Dieu, le serviteur du Christ, rempli de l’esprit de tous les justes » : sorte de canonisation anticipée. Cependant le nom n’était pas encore entré dans les martyrologes : il fallut, pour franchir cette étape, un fait important qui a donné lieu à de longues contestations, savoir :

1°. La translation des reliques. — Tradition de France. — Vers le milieu du 7ème siècle fut fondé non loin d’Orléans le monastère de Fleury-sur-Loire. Un de ses premiers abbés, apprenant l’état de ruines où se trouvait le Mont-Cassin après la destruction par les Lombards, et sachant que dans leur fuite, les religieux n’avaient pu emporter les corps de Benoît et de Scholastique, conçut le projet d’enlever ces deux corps ; à son entreprise se trouva mêlé le diocèse du Mans. En 703, un religieux prêtre, avec quelques moines de Fleury, partit en pèlerinage et fut rejoint par une députation de l’évêque du Mans. Ils arrivèrent sans encombre au pied du Mont-Cassin, puis montèrent jusqu’aux ruines. Après des prières, des jeûnes et des veilles, ils découvrirent l’emplacement de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste où reposaient les deux corps. Le terrain déblayé en grande hâte et la dalle funéraire brisée, ils se trouvèrent en face des deux corps dont les ossements furent mis à part, enveloppés soigneusement dans des linceuls. Le retour s’opéra heureux et rapide : le 4 décembre, les deux corps furent solennellement reçus à l’abbaye de Fleury-sur-Loire. Le trésor fut déposé dans l’église de Saint-Pierre : on décida d’aménager une sépulture plus noble dans l’église Sainte-Marie. Le corps de sainte Scholastique fut remis aux députés du Mans ; celui de saint Benoît fut solennellement transféré le 11 juillet. Pendant cinquante ans, l’abbaye de Fleury s’abstint d’ébruiter l’événement : le moine de Lorsch, qui écrivit la première chronique de son abbaye, inscrivit comme première date, l’an 703 pour la première translation de saint Benoît du Mont-Cassin à Fleury-sur-Loire.

Au Mont-Cassin, le pape Grégoire II voulant entreprendre la restauration, trouva pour cette tâche Pétronax de Brescia qui partit de Rome avec quelques moines du Latran. Ce Pétronax soutenu par Grégoire II, puis par Zacharie put relever l’église de Saint-Martin, puis construire une église dite de Saint-Benoît en place de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste : les restes de saint Benoît ne furent point retrouvés. Sollicité par l’abbé Optat, le pape Zacharie (vers 750) adresse aux évêques francs une lettre demandant la restitution des reliques de saint Benoît. Par une transaction, les moines de Fleury cédèrent quelques ossements ; le corps de saint Benoît resta à Fleury.

Ce récit a été contesté par les moines du Mont-Cassin. Mais dom L’Huillier (Le patriarche saint Benoît, appendice V) résume les arguments en sa faveur. Ce sont quatre faits d’histoire bien avérés : a) Durant cinq siècles, la fête de la translation de saint Benoît s’est trouvée admise universellement dans l’Europe chrétienne. Le Mont-Cassin a imaginé d’y substituer la fête du patronage de saint Benoît, le 11 juillet. — b) Au Mont-Cassin, il n’y a jamais eu d’élévation solennelle des reliques de saint Benoît. Les chroniques y parlent, il est vrai, de plusieurs inventions du tombeau, à partir de 1066, mais les récits sont inconciliables dans leurs détails. En 1659, Angello della Noce, abbé du Mont-Cassin, constate dans le tombeau la présence de quelques ossement sans aucune inscription : tout ce que l’on peut montrer c’est un ossement jadis reçu de Fleury, puis donné à l’abbaye de Léno, près Brescia. — c) Le défunt-Cassin a cru à la translation pendant trois siècles et plus (de 703 a 1066) : durant ce temps, il n’y a de sa part aucune réclamation, et qui plus est des faits positifs attestent sa créance comme la lettre du Pape Zacharie, la concession de quelques reliques par l’abbaye de Fleury, etc. — d) Le témoignage de la Chronique de Léno impuissant à infirmer le récit de l’enlèvement des reliques.

2°. Les fêtes de saint Benoît. À trois dates différentes dans les documents anciens, on trouve une mention de saint Benoît, 21 mars, 11 juillet, 4 décembre. Le martyrologe de Bède a les deux mentions suivantes : 21 mars, Sancti Benedicti abbatis ; 11 juillet, Depositio sancti Benedicti abbatis. La plus ancienne mention que l’on ait du 4 décembre, porte ces mots : a partibus Romæ, adventus corporis sancti Benedicti. Ce fut pour Fleury, la première déposition du corps de saint Benoît dans une des deux églises de l’abbaye, Saint-Pierre ou Sainte-Marie : les chroniqueurs l’appelèrent translatio, puis (il)latio. Adrevald croyant que le corps était arrivé le 11 juillet intervertit les deux fêtes, se mettant ainsi en contradiction avec les martyrologes antérieurs. La confusion devint complète au 11ème siècle, quand un moine allemand, ayant séjourné à Fleury, imagina de baser la fête du 4 décembre sur une prétendue reversion des reliques d’Orléans. Les deux autres fêtes du 21 mars et du 11 juillet furent adoptées universellement.

Les cassiniens se sont toujours refusés à faire l’ouverture liturgique du tombeau dans lequel ils paraissaient affirmer la présence du corps de saint Benoît. À partir du 17ème siècle, ils s’efforcèrent de démontrer la fausseté des prétentions françaises ; de la fête du 11 juillet qui subsistait, ils ont fait la commémoration ou le patronage de saint Benoît. Les moines français sont seuls demeurés fidèles à la fête antique de la translation du 11 juillet.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle

Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître (Prv 1, 8), et prête l’oreille de ton cœur (Prv 4, 20). Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.

D’abord, en tout bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut, en effet, lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’en maître redoutable, irrité par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.

Levons-nous donc enfin à cette exhortation de l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cette voix de Dieu qui nous crie : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez vos cœurs ! » (Ps 94, 8)  ; et encore : « Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! » (Apc 2, 7) Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. (Io 12, 35)

Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : « Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33, 13) Que si, à cette parole, tu réponds : « C’est moi ! » , Dieu te dit alors : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et agis bien ; cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 14-15). Et lorsque vous aurez fait ces choses, « mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières » (Ps 33, 16), et « avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici » (Is 58, 9). Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.

Nos reins ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvres (Is 11, 5 ; Eph 6, 14), sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeure, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n’y parvient pas.

Prières

Oratio

Excita, Dómine, in Ecclésia tua Spíritum, cui beátus Pater noster Benedíctus Abbas servívit : ut eódem nos repléti, studeámus amáre quod amávit, et ópere exercére quod dócuit. Per Dóminum… in unitáte eiúsdem.

Oraison

Manifestez, Seigneur, dans votre Église, l’Esprit auquel a obéi notre Bienheureux Père Benoît : afin que, en étant remplis, nous nous appliquions à aimer ce qu’il a aimé et à pratiquer ce qu’il a enseigné. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prières de Dom Joseph Mège (1625-1691)

Je vous rends grâces, mon Dieu, de tous les avantages que vous avez faits au Corps du grand Saint Benoît, et des merveilles dont vous avez bien voulu l’honorer. Je vous rends grâces aussi de ce que vous en avez enrichi la France. Faites, mon Dieu, que ce précieux trésor ne me soit pas inutile, mais que j’en tire cet avantage, qu’à l’exemple de ce Saint je mortifie ma chair, afin qu’elle vous soit parfaitement soumise , et que par votre puissant secours j’anéantisse si bien le péché dans mon corps mortel, qu’il mérite de jouir de l’immortalité bienheureuse. Ainsi soit-il

Antiennes

Antiennes Expectabo et Benedicta tu
Ã. O cæléstis norma vitæ, pastor et dux, Benedícte ! cuius cum Christo spíritus exsúltat in cæléstibus : gregem, Pastor alme, serva, sancta prece corróbora ; via cælos clarescénte fac te duce penetráre.
Ã. Ô norme de vie céleste, notre pasteur et chef, Benoît : avec le Christ votre âme exulte dans les cieux ; pasteur saint, conservez votre troupeau, aidez-le de votre sainte prière, et par une voie lumineuse, faites-le entrer au ciel sous votre égide.

Antienne grégorienne “O cælestis norma vitæ”

Ã. Ex Ægypto vocavi Filium meum : veniet, ut salvet populum suum.

Ã. D’Égypte j’ai rappelé mon Fils : il va venir pour sauver son peuple.

Antienne grégorienne “Ex Ægypto"

Antienne Ex Ægypto

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

Vendredi 27 novembre (ReConfinement J29) : Saint Colomban

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La Punchline de Saint Colomban

La mortification consiste donc en trois points : exclure de son esprit la discorde, ne pas laisser sa langue dire ce qui lui plaît, n’aller nulle part sans permission.

Les deux premiers points se comprennent aisément : mortifier notre esprit en renonçant à notre jugement propre, facteur de discorde ; mortifier notre langue… et nos doigts tapotant, trop souvent sans mesure, sur les claviers et écrans. Enfin, le 3ème point s’adresse surtout aux moines… ou aux confinés que nous sommes !

Saint Colomban, Abbé de Luxeuil

Vers la fin du 6ème siècle, un souffle puissant, venu d’Irlande, passa sur la Gaule mérovingienne. Après y avoir tourbillonné pendant une vingtaine d’années, il s’éloigna vers l’Est, passa les Alpes et descendit en Italie. Ce cyclone, qui remua bien des choses dans l’Église et dans la société, est celui du moine Colomban. À une chrétienté rongée par le péché et entourée de peuples encore païens, ce moine celte apportait les « remèdes de la pénitence », comprise de façon neuve, et le zèle missionnaire. La jeune foi de l’Irlande, un vigoureux idéal de renoncement, une observance monastique sans compromission faisaient la force de ce barbare cultivé, capable de bâtir autant que de prêcher. Intransigeant et obstiné, non moins attaché à son particularisme irlandais qu’à l’Évangile universel qu’il annonçait, il se heurta aux rois et aux évêques, subit persécution et bannissement, mais sa sainteté s’imposa à tous et son œuvre prospéra par l’épreuve.

Saint Colomban est né en Irlande vers 540. Tout jeune, il entendit l’appel de Dieu et entra à Cluain-Inis où il fut formé par Sinell, disciple de Saint Finian de Clonard, puis au monastère de Bangor que venait de fonder Saint Comgall. C’est pour participer, lui aussi, à la « peregrinatio pro Christo », chère aux Irlandais, qu’il quitta son pays pour débarquer en Gaule avec ses douze disciples.

Notre pays, dévasté et pillé un siècle plus tôt, présentait à tous égards un aspect pitoyable. La plupart des habitants avaient été massacrés et le paganisme régnait de nouveau presque partout. Les anciens monastères ou évêchés avaient survécus, mais que restait-il vraiment du souvenir de saint Jean de Réomé, Saint Honorat, Saint Germain ou Saint Martin ? La Règle de Saint Benoît, mort quelques années auparavant, n’avait pas encore pénétré en Gaule.

Il y avait alors un vaste désert nommé Vosges où se trouvait un poste militaire en ruine depuis longtemps, auquel une tradition ancienne donnait le nom d’Annegray. Arrivé là, le Saint s’y installa avec les siens. Il se contentait d’un peu de nourriture pour subsister, se souvenant de la parole de Notre Seigneur selon laquelle l’homme ne vit pas seulement de pain, mais se rassasie de la parole de Dieu. Le monastère d’Annegray devenant trop petit par suite de l’affluence des vocations, saint Colomban songea qu’il fallait chercher dans ce même désert un autre emplacement pour y construire un Monastère. Il obtint du roi Childebert la concession des ruines de Luxovium, situées alors à l’extrémité de l’épaisse forêt de la « Vôge », peuplées uniquement de bêtes sauvages. Plus tard encore, l’affluence des novices obligea Saint Colomban à une nouvelle fondation, celle de Fontaine, mais Luxeuil fut la résidence habituelle du saint Abbé. Luxeuil demeure le centre et l’âme de l’institut colombanien.

Gontran, roi de Bourgogne, avait attiré Saint Colomban dans ses terres, ce fut son petit neveu Thierry qui joua le rôle le plus important dans la vie de notre Saint. Les mœurs de Thierry, comme celles de la plupart des princes francs, étaient libres. Brunehaut, son aïeule, dont l’ambition redoutait une rivale, ne lui permit point de contracter un légitime mariage et encouragea les désordres du jeune prince. Saint Colomban ne put supporter cela, ce qui déplût très fort à Brunehaut qui en conçut une haine terrible pour l’apôtre et finalement obtint du roi sa condamnation à l’exil. Le dessein de Thierry avait été de renvoyer Saint Colomban en Irlande, d’où il était venu. Mais à Nantes, le vaisseau qui devait le rapatrier, lui et ses compagnons, fut rejeté pendant trois jours sur la plage: finalement, on laissa Saint Colomban en liberté. Il se rendit successivement à Soissons, puis à Metz. Colomban rêvait dès lors d’une vie de prédication tout apostolique : il s’embarqua sur le Rhin, pénétra en Suisse et demeura quelques temps dans la région de Bregenz sur le lac de Constance, où il établit une Abbaye. De là, il passa finalement les Alpes et entra en Lombardie où le roi Agilulfe lui donna les terres de Bobbio dans une gorge des Apennins. C’est là qu’il fit sa dernière fondation monastique et mourut le 21 ou le 23 novembre 615. Il est fêté le 27 novembre dans le diocèse de Besançon.

La Regula Monachorum nous dit, entre autre, que l’on doit « chaque jour prier, chaque jour jeûner, chaque jour travailler, chaque jour lire ». Cela nous donne une idée de la vie quotidienne de nos premiers moines, et il n’est pas douteux que Saint Colomban ait institué de véritables cours, destinés à enseigner la lecture, l’écriture, le dessin, les lettres, l’étude de la Bible et des Pères de l’Église. N’avait-il pas, lui-même, composé un Commentaire sur les Psaumes et plusieurs traités concernant le chant et l’enseignement ?

À cette école seront formés : Saint Cagnoald, qui deviendra évêque de Laon ; Saint Attale, qui succèdera au maître à Bobbio ; Saint Ermenfroy, futur évêque de Verdun ; Saint Potentin, le fondateur de Coutances ; Saint Desle, qui établira Lure ; Saint Gall qui donnera son nom au célèbre monastère suisse ; Saint Sigisbert, qui fondera Disentis dans les Alpes ; Saint Valéry, le premier abbé de Sithiu, et tant d’autres… Malgré l’exil forcé de Saint Colomban, en 612, ordonné par le roi Thierry et la reine Brunehaut, l’école fut maintenue, grâce à deux abbés remarquables : saint Eustaise (612-629) et surtout saint Valbert (629-670), qui introduisit la Règle Bénédictine. Nous y trouverons de nouveaux élèves : Saint Amé, fondateur de Remiremont ; Saint Donat, évêque de Besançon ; Saint Eloi, le célèbre orfèvre, fondateur de Solignac ; Saint Faron, évêques de Meaux ; saint Achaire à Noyon ; Saint Leudemond à Sion ; Saint Philibert à Jumièges ; Saint Germain, abbé de Moutier-Grandval ; Saint Ouen à Rouen, et toute une pléiade de saints, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Luxeuil s’est donc épanoui comme un chef d’ordre et fut véritablement, selon le mot de Dom Grappin, le dernier savant de l’Abbaye, « l’école de toutes les sciences, l’académie des grands hommes, le modèle de tous les monastères de France ».

Saint Colomban peut être regardé comme un des plus grands moines ; son œuvre fut immense. Tous les monastères colombaniens adoptèrent par la suite la Règle de Saint Benoît. Toute notre région, et même l’Europe entière lui doivent la Foi.

R. P. Valbert-Marie Verrier (†2011)

De la Discrétion ou juste mesure vertueuse : extrait de la Règle de Saint Colomban

Combien la discrétion est nécessaire, l’égarement de beaucoup le fait voir et la ruine de certains le démontre. Ils ont commencé sans discrétion et, faute de science pour les diriger, ils ont été incapables de mener jusqu’au bout une vie louable. Car, de même que l’erreur égare ceux qui marchent sans suivre un chemin, de même, pour ceux qui vivent sans discrétion, la démesure est inévitable, et celle-ci est toujours contraire aux vertus, qui se situent au milieu, entre deux excès contraires. Passer la mesure, c’est rencontrer fatalement le danger, puisque, le long du droit sentier de la discrétion, nos adversaires placent les pierres d’achoppement du mal et les embûches de toutes sortes d’erreurs. On doit donc prier Dieu continuellement qu’il dispense la lumière de la vraie discrétion pour illuminer ce chemin bordé de chaque côté des épaisses ténèbres du monde, de telle sorte que ses vrais adorateurs soient capables de traverser cette obscurité, sans s’égarer, jusqu’à lui.

La discrétion tire donc son nom de « discerner », car c’est elle qui discerne en nous entre bien et mal, et aussi entre moyens et fins. Depuis le début, après que le mal eut commencé d’exister, du fait du démon, par la corruption du bien, les deux catégories, à savoir les biens et les maux, ont été séparées comme la lumière et les ténèbres, mais Dieu, qui opéra la séparation, avait d’abord donné la lumière (Gn 1, 3-4). Ainsi le pieux Abel choisit le bien, tandis que l’impie Caïn tombait dans le mal (Gn 4, 1-8).

Dieu a fait bon tout ce qu’il a créé (Gn 1, 31), mais le diable est venu y semer le mal (Mt 13, 24-30), avec sa ruse perfide et la suggestion sournoise de sa périlleuse flatterie (Gn 3, 1-5). Quels sont donc ces biens ? Ceux qui sont restés inviolés et intacts, tels qu’ils avaient été créés. Dieu seul les a créés et « préparés », suivant l’Apôtre (Eph 2, 10), « pour que nous y marchions ; ce sont les œuvres bonnes dans lesquelles nous avons été créés dans le Christ Jésus » : bonté, pureté, piété, justice, vérité, miséricorde, charité, paix qui procure le salut, joie spirituelle, avec le fruit de l’Esprit (Ga 5, 22) — toutes ces choses, avec leurs fruits, sont bonnes.

Et voici les maux qui en sont le contraire : malice, corruption, impiété, injustice, mensonge, avarice, haine, discorde, amertume, avec les multiples fruits qui en proviennent. Innombrables, en effet, sont les rejetons engendrés par ces deux contraires, à savoir le bien et le mal. Ce qui s’écarte de la bonté et de l’intégrité de la création, voilà le premier mal, à savoir l’orgueil de la malice première. Son contraire est l’humble estimation d’une pieuse bonté, qui reconnaît son Créateur et le glorifie, ceci constituant le premier bien d’une créature raisonnable. C’est ainsi que tout le reste s’est développé peu à peu dans les deux sens en un immense foisonnement de noms.

Dans ces conditions, il faut s’en tenir fortement au bien, en recevant le secours de Dieu, qu’il faut sans cesse demander par la prière, tant dans le succès que dans l’adversité, afin d’éviter l’enivrement de la vanité dans le succès et la chute dans le découragement au sein de l’adversité. Il faut donc se garder sans cesse de ce double danger, c’est-à-dire de tout excès, par une noble tempérance et une véritable discrétion, qui se maintienne dans l’humilité chrétienne et ouvre le chemin de la perfection aux vrais soldats du Christ. Cela revient à toujours discerner avec rectitude dans les cas douteux et à savoir distinguer en toutes circonstances le bien du mal, soit entre biens et maux extérieurs à nous, soit en nous-mêmes entre corps et âme, soit entre actes et habitudes, entre activité et repos, entre vie publique et privée.

Quant aux maux, on doit pareillement s’en garder : orgueil, envie, mensonge, corruption, impiété, mauvaises mœurs, gourmandise, fornication, cupidité, colère, tristesse, instabilité, vaine gloire, élèvement, médisance. Et maintenant les biens des vertus qu’il faut rechercher : humilité, bienveillance, pureté, obéissance, abstinence, chasteté, libéralité, patience, joie, stabilité, ferveur, ardeur au travail, vigilance, silence. Tout cela, par la force d’âme qui fait supporter et la tempérance qui modère, est à mettre sur les plateaux de la discrétion comme dans une balance, pour y peser nos actes habituels selon les possibilités de nos efforts, dans la recherche continuelle de ce qui suffit. Si le suffisant ne suffit pas, il ne fait de doute pour personne que l’on a passé la mesure de la discrétion, et tout ce qui dépasse cette mesure est manifestement vicieux.

Entre le trop et le trop peu, la juste mesure se trouve donc au milieu. Sans cesse elle nous détourne de tout ce qui est superflu d’un côté ou de l’autre. Introduite en toute chose, elle procure partout le nécessaire et refuse les caprices déraisonnables d’une volonté superflue. Cette mesure de la vraie discrétion, en pesant tous nos actes à leur juste poids, ne nous permettra jamais de nous écarter de ce qui est juste, et si nous la suivons toujours tout droit, à la manière d’un guide, elle ne nous laissera pas nous égarer. Car s’il faut toujours se garder de part et d’autre, selon le mot de l’Écriture : « Gardez- vous à droite et à gauche » (Dt 5, 52), il faut toujours marcher droit par la discrétion, c’est-à-dire par la lumière de Dieu, en répétant souvent et en chantant le verset du Psalmiste victorieux : « Mon Dieu, illumine mes ténèbres, car c’est par toi que j’échapperai à la tentation » (Ps 17, 29-30). En effet, « la vie de l’homme sur terre est une tentation » (Jb 7, 1).

Prières

Oratio

Deus, qui Beáti Columbáni præcéptis et exémplis innúmeros ad perfectiónem evangélicam elevásti : accénde, quæsumus, in nobis ardens sanctitátis desidérium. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez élevé d’innombrables âmes à la perfection évangélique par les préceptes et les exemples du Bienheureux Colomban : nous prions d’allumer en nous un ardent désir de la sainteté. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Saint Colomban (ca 540-615)

Seigneur Dieu, détruisez et déracinez tout ce que le Mauvais a planté en moi. Ces iniquités une fois détruites, mettez dans ma bouche et mon cœur de penser et d’agir bien, en sorte que mon action et ma volonté vous servent vous uniquement, que je comprenne vos commandements, que je vous cherche. Donnez-moi la mémoire. Donnez-moi la charité. Donnez-moi la chasteté. Donnez-moi la foi. Donnez-moi tout ce que vous savez utile à mon âme. Faites en moi le bien, accordez-moi ce qui me convient, vous qui règnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Invocations aux Saints de Luxeuil

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Vierge des Vierges, priez pour nous.

Saint Colomban, priez pour nous.
Saint Colomban le jeune, priez pour nous.
Saint Lua, priez pour nous.
Saint Sigisbert, priez pour nous.
Saint Léobard, priez pour nous.
Saint Ragnacaire, priez pour nous.
Saint Hermenfroi, priez pour nous.
Saint Waldolène, priez pour nous.
Saint Valéry, priez pour nous.
Saint Desles, priez pour nous.
Saint Colombin, priez pour nous.
Saint Gall, priez pour nous.
Saint Ursanne, priez pour nous.
Saint Bertulfe, priez pour nous.
Saint Attale, priez pour nous.
Saint Babolein, priez pour nous.
Saint Eustase, priez pour nous.
Saint Cagnoald, priez pour nous.
Saint Achaire, priez pour nous.
Saint Amé, priez pour nous.
Saint Romaric, priez pour nous.
Saint Waldalène, priez pour nous.

Saint Omer, priez pour nous.
Saint Mommolin, priez pour nous.
Saint Bertin, priez pour nous.
Saint Ebertramm, priez pour nous.
Saint Valbert, priez pour nous.
Saint Agile, priez pour nous.
Saint Chuane, priez pour nous.
Saint Ermenfroi, priez pour nous.
Saint Adelphe, priez pour nous.
Saint Frobert, priez pour nous.
Saint Théoffroy, priez pour nous.
Saint Berchaire, priez pour nous.
Saint Ingofroy, priez pour nous.
Saint Emmon, priez pour nous.
Saint Mellin, priez pour nous.
Saint Anségise, priez pour nous.
Saint Gibard, priez pour nous.
Saint Tételme, priez pour nous.
Saint Baltram, priez pour nous.
Saint Antoine de Froidemont, priez pour nous.
Bienheureux Angelôme, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Prions.
Par l’intercession de la Bienheureuse Marie toujours vierge et de tous nos Saints, nous vous prions, Seigneur, de préserver de toute adversité cette famille humblement prosternée à vos pieds, et de la défendre avec bonté contre toutes les embûches des ennemis du Salut. Par Jésus-Christ N-S. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Hic vir despiciens mundum et terrena triumphans divitias cælo condidit ore manu.

Ã. Cet homme, montrant du mépris pour le monde et triomphant des choses terrestres, a amassé des richesses au paradis à travers ses paroles et ses actes.

Antienne grégorienne “Hic vir”

Antienne Hic vir

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

Jeudi 26 novembre (ReConfinement J28) : Saint Silvestre Abbé

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La Punchline des Pères du désert

On demanda à un vieillard : « Pourquoi n’es-tu jamais découragé ? » Et il répondit : « Parce que chaque jour je m’attends à mourir. »

Saints Bénédictins : Saint Silvestre Guzzolini, Abbé (1177-1267)

La sainte Église avait trouvé, pour stimuler au bien les hommes, vers le début du 13ème siècle, saint Dominique et saint François. Est-ce à dire que le vieil ordre monastique sommeillait ? Peut-être un peu. Mais un animateur comme saint Silvestre, dans les Marches, sut le galvaniser en le ramenant vigoureusement à ses origines.

Silvestre était né vers 1177 a Osimo (près d’Ancône et de Lorette) d’un juriste, Ghislerio di Jacopo, et de Bianca (Blanche) Ghislieri. L’adolescent, bon, bien doué, fut envoyé aux écoles de Bologne et de Pavie où il pourrait devenir l’émule de son père. Là il se prit d’amitié pour le futur évêque d’Ancône, Benvenuto Scatiroli, et, trouvant le droit sans intérêt, se voua à la théologie. Il buvait, buvait ardemment aux fontaines du Sauveur, et plus tard il ranimerait les hommes mourant de soif. Mais son père, très mécontent de ce changement d’étude, le rappela chez lui et le retint quasi-esclave pendant dix ans. Sous le boisseau, la douce lumière ne s’éteignit point. Le clergé local réussit à prendre Silvestre à son service : il devint prêtre, chanoine dévoré de zèle. La science de l’ancien étudiant rendait sa parole attrayante et victorieuse. On raconte que, venu au cimetière a l’occasion d’un enterrement, il aperçut dans la fosse le cadavre d’un parent jadis beau et admiré (1217?). Ce spectacle l’aurait bouleversé : il quitta de nuit sa demeure et, avec l’aide d’un ami, gagna le maquis effrayant de la Rossa, non loin de ce Val di Castro où était mort saint Romuald, le père des Camaldules, deux siècles avant. Un disciple lui vint. Bientôt la solitude de Silvestre à Grotta Fucile fut troublée par bien des pèlerins, voire des compagnons. Le saint se transporte en un lieu plus inhospitalier, à Monte Fano, non loin de Fabriano, dans les Marches. Dans une nouvelle grotte il vécut quelque temps sans autre société qu’un loup. Ses compagnons, cependant, le rejoignirent. En 1231, il érigea un petit monastère dont la population grandit très vite. Comme saint Benoît à Subiaco, Silvestre fonda douze monastères, entre 1231 et 1267, qui auraient compté 433 moines. Monte Fano était dédié à la reine du ciel et à saint Benoît. Innocent IV approuve cette nouvelle congrégation bénédictine en 1247. Érémitisme, cénobitisme rustique et pauvre, faisant la part belle au travail manuel : on était revenu au grand modèle, à saint Benoît de Subiaco et du Mont-Cassin. Idéal austère, capable de rivaliser avec celui des religieux mendiants, et qui connut un réel succès. Silvestre mourut à Monte Fano dans la nuit du 26 novembre 1267. Presque aussitôt, le pape Clément IV autorisa le premier procès diocésain. Le culte se développa dans les Marches dés le 13ème siècle. Léon XIII en 1890 étendit a toute l’Église l’office et la messe du saint. Silvestre fut introduit dans le martyrologe romain en 1598 et Paul V en 1617 lui consacrait une lettre élogieuse. Dès 1301, on parlait de « l’ordre de Saint-Silvestre ». En 1233 fut fondé le premier monastère de moniales silvestrines. Les silvestrins ont actuellement des missions à Ceylan, dans l’Amérique du Nord et en Australie.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Prières

Oratio

Clementíssime Deus, qui sanctum Silvéstrum Abbátem, sǽculi huius vanitátem in apérto túmulo pie meditántem, ad erémum vocáre et præcláris vitæ méritis decoráre dignátus es : te súpplices exorámus ; ut, eius exémplo terréna despiciéntes, tui consórtio perfruámur ætérno. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu très clément, qui avez appelé à la solitude le bienheureux Abbé Sylvestre, tandis qu’il méditait devant un tombeau ouvert la vanité de ce monde, et qui avez daigné l’orner des mérites d’une vie très sainte ; nous vous supplions de faire que, méprisant à son exemple les biens de la terre, nous jouissions du bonheur de votre éternelle compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de Dom Claude Martin (1619-1696)

Mon Seigneur, mon Dieu, très adorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, souverain bien, infiniment aimable, mon principe et ma fin, en qui consiste ma vraie félicité, je vous adore, je vous loue et vous rends mes très humbles hommages en reconnaissance de mon entière dépendance de votre souverain domaine. J’offre à votre divine Majesté pour toujours et en particulier pour ce jour-ci mon corps, mon âme, ma vie, toutes mes pensées, mes paroles, mes actions, en union du corps, de l’âme, de la vie, des pensées, des paroles et des actions de votre très cher Fils, mon Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, et de tout ce qui a été fait en votre grâce depuis le commencement du monde, qui se fait à présent, et qui se fera ci-après. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Domine quinque talenta tradidisti mihi ecce alia quinque superlucratus sum.

Ã. Seigneur, vous m’avez confié cinq talents ; voici que j’en ai gagné de plus cinq autres.

Antienne grégorienne “Domine quinque talenta”

Antienne Domine quinque talenta

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

Vendredi 20 novembre (ReConfinement J22)

La Punchline de Sainte Mechtilde

Ne te défie jamais de la miséricorde de Dieu,
même s’il permet à la tribulation de t’approcher ou s’il te soustrait les consolations de sa grâce.

Saints Bénédictins : Sainte Mechtilde de Hackeborn, moniale d’Helfta

Elle est, avec Sœur Mechtilde de Magdebourg (1207-1282?) et sainte Gertrude la Grande (1256-1302?), la gloire du monastère saxon de Helfta et l’un des principaux auteurs spirituels et mystiques de l’Allemagne médiévale.

Née vers 1241, elle appartenait à une des premières familles de Thuringe, et avait pour sœur aînée cette Gertrude de Hackeborn qui, en 1251, à dix-neuf ans, devint abbesse, et devait rester quarante ans en fonction. Mechtilde la rejoignit à sept ans, vers 1248. L’abbesse confia à sa cadette le soin de diriger les études, sacrées et profanes. Elle avait une réelle culture, connaissait Origène et Trajan, Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Au chœur, secondée par sainte Gertrude, elle présidait le chant. Elle aida et encouragea Sœur Mechtilde de Magdebourg, attaquée et calomniée à cause de certains propos contre les mauvais chrétiens; la Lumière de la divinité, recueil des dires de la sœur, nous donne un écho de ces propos.

Sainte Mechtilde atteignait la cinquantaine lorsqu’elle tombe malade, pour l’avent de 1290. Sa sœur l’abbesse, malade également, mourut bientôt. Dans l’émoi de sa faiblesse physique, Mechtilde livra son grand secret : les merveilles que la grâce opérait en son âme, tout ce que Dieu lui montrait… Deux sœurs notèrent ces confidences. L’une d’elle fut, semble-t-il, Gertrude la Grande. Le Hérault d’amour divin, recueil gertrudien, nomme plus d’une fois sainte Mechtilde, tandis que le volume mechtildien, le Livre de grâce spéciale, ne mentionne pas Gertrude, ce qui est, croyons-nous, un indice de la part prise par Gertrude dans la rédaction du Livre. Le crédit de Mechtilde était grand à Helfta : la nouvelle abbesse s’adressait à elle pour connaître le sort de son père défunt. Les deux rédactrices travaillèrent de 1291 à 1298 environ. Leur besogne touchait à sa fin quand Mechtilde tremble : Dieu ne serait-il pas trahi dans ces textes forcément déficients? Le Seigneur la rassura. Elle trépassa un 19 novembre, en 1298 ou 1299. La date de 1310 est moins probable.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Extraits du Livre de la grâce spéciale de Sainte Mechtilde de Hackeborn

Fidélité de la glorieuse Vierge Marie (1ère partie, ch. 44)

Une autre fois, comme elle s’accusait devant Dieu de n’avoir jamais aimé sa Mère autant qu’elle l’aurait dû, et de ne l’avoir pas assez honorée et servie, le Seigneur lui dit : « Pour réparer cette négligence, loue ma Mère de l’incomparable fidélité qu’elle m’a gardée durant sa vie, préférant en toutes ses actions ma volonté à la sienne. Exalte secondement la fidélité avec laquelle ma Mère s’est toujours trouvée présente lorsque j’avais besoin de son secours. Vois : elle a été jusqu’à ressentir en son âme tout ce que mon corps a souffert. Proclame en troisième lieu la grandeur de cette fidélité qu’elle me conserve dans le ciel, où elle travaille encore pour moi par la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes. Ses mérites ont ramené d’innombrables pécheurs ; des âmes que ma justice équitable destinait aux peines éternelles en ont été sauvées par sa miséricorde ; d’autres ont été retirées des feux du purgatoire. »

Du jardin et des arbres des vertus (3ème partie, ch. 50)

Une fois, après s’être confessée et avoir accompli sa pénitence, elle pria la glorieuse Vierge d’intercéder pour elle auprès du Seigneur. Il lui parut alors que la Vierge Marie la conduisait-elle même dans un jardin délicieux, planté de beaux arbres, transparents et brillants comme le cristal qui reflète le soleil. Elle demanda à être conduite vers l’arbre de la miséricorde, dont Adam avait été privé si longtemps. Or cet arbre immense, aux rameaux élevés, avait ses racines dans un sol d’or, ses fleurs et ses fruits étaient d’or, et trois ruisseaux prenaient en lui leur source. Le premier était destiné à purifier, le second à polir, le troisième à désaltérer. Sous cet arbre était prosternée la bienheureuse Marie-Madeleine, et auprès d’elle Zachée, agenouillé, adorait Dieu. Elle se prosterna entre ces deux personnages, pour adorer aussi et demander pardon.

Elle vit ensuite un bel arbre dont la hauteur signifiait la longue patience de Dieu. Ses feuilles étaient d’argent ; et ses fruits rouges, renfermés dans une écorce dure et amère, ressemblaient à une amande très douce. Il y avait aussi là un arbre assez bas pour être à la portée de toutes les mains ; sous le souffle de l’auster, il s’inclinait vers tous les hommes et figurait ainsi la mansuétude du Seigneur. II ne portait point de fruits, parce que ses feuilles, d’un vert plus accentué que celles des autres arbres, possédaient la même vertu que les fruits.

Elle vit alors un arbre d’un aspect attrayant, délicieux, semblable au pur cristal. Ses feuilles d’or portaient toutes un anneau incrusté, et ses fruits, couleur de neige, étaient aussi agréables au toucher qu’au goût. Il signifiait la très brillante pureté de la nature divine que le Seigneur désire communiquer à tous. Cet arbre s’entrouvrit, et le Seigneur y entra, s’unissant à cette âme dans une intimité qui lui sembla réaliser cette parole du Psaume : « Je l’ai dit : vous êtes des dieux » (Ps. 71, 6). Sous cet arbre germait la rose, la violette, le crocus, l’herbe appelée benoîte. Le Seigneur prenait ses délices parmi ces fleurs, c’est-à-dire dans la charité, l’humilité, l’abaissement, et l’action de grâces qui tient la créature prête à dire en tout ce qui lui advient : « Béni soit le nom du Seigneur, » et à remercier et bénir Dieu en tout temps.

Du libre arbitre de l’homme (4ème partie, ch. 20)

Elle vit un jour le Seigneur Jésus ; en face de lui, un homme se tenait debout. Dans le Cœur divin elle aperçut une roue qui tournait sans cesse et une longue corde qui se dirigeait vers le cœur de l’homme, où il y avait aussi une roue en mouvement. Cet homme figurait tous les humains, et la roue signifiait que Dieu a communiqué de son libre arbitre aux hommes, la libre volonté de se tourner vers le bien et vers le mal. La corde, c’est la volonté de Dieu, qui attire toujours au bien et non au mal. Cette corde va donc du cœur de Dieu à celui de l’homme ; et plus la roue tourne rapidement, plus l’homme se rapproche de Dieu. Mais si la créature choisit le mal, la roue se met aussitôt à tourner en sens inverse et l’homme s’éloigne de Dieu. S il persévère dans le mal jusqu’à sa mort, la corde se rompt et il tombe dans la damnation éternelle. S’il se relève par la pénitence, Dieu, qui est toujours prêt à pardonner, le reçoit de nouveau en sa grâce ; la roue tourne alors dans le même sens qu’auparavant, et l’homme recommence à se rapprocher de Dieu.

Prières

Prières de Sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1298)

Ô mon Unique, je vous offre mon cœur comme une rose printanière ; que sa grâce, tout le jour, charme vos yeux, que son parfum ravisse votre Cœur divin. Je vous offre mon cœur, pour que vous en usiez comme d’une coupe, où vous pourrez goûter votre propre douceur en tout ce que vous daigneriez opérer en moi pendant cette journée. Je vous offre mon cœur comme une grenade exquise, digne de votre table royale. Veuillez le prendre entièrement et que lui-même, à son tour, se délecte en vous seul. Faites, je vous en supplie, qu’aujourd’hui toutes mes pensées, toutes mes paroles, toutes mes actions et ma volonté même se règlent sur le bon plaisir de votre bénigne volonté. Ainsi soit-il.

À l’occasion d’une grâce

Seigneur, je vous offre cette épreuve (cette joie, ce succès…) à votre éternelle louange et gloire, vous priant, si elle ne vient pas de vous, qu’elle ne me soit plus accordée, car, Seigneur, à cause de vous, je préférerais me voir privé de toute douceur et consolation.

Dans l’épreuve

Seigneur, je vous offre mon cœur et ma volonté, et je suis prêt à supporter de bonne grâce, pour votre amour, non seulement ce qui m’arrive présentement, mais toute adversité qui pourrait survenir.

Antienne

Ã. Ad dandam scientiam plebi tuae, Domine, in remissionem peccatorum eorum.​

Ã. Afin de donner connaissance à votre peuple, Seigneur, pour la rémission de leurs péchés.​

Antienne grégorienne “Ad dandam scientiam"

Antienne Ad dandam scientiam

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Jeudi 19 novembre (ReConfinement J21) : Saint Odon

Le mot de Saint Jean Climaque

Le silence est sage et prudent; il donne l’esprit d’oraison, délivre l’âme de la captivité, conserve le feu de l’amour divin, veille sur les pensées de l’esprit, observe attentivement les mouvements des ennemis du salut, soutient et nourrit la ferveur de la pénitence, se plaît dans les larmes, rappelle sans cesse l’image de la mort et le souvenir des supplices éternels, fait considérer les Jugements de Dieu avec une crainte salutaire, est très favorable à la sainte tristesse du cœur, combat l’esprit de présomption, favorise la tranquillité de l’âme, augmente la science du salut, nous forme à la contemplation des vérités surnaturelles, nous perfectionne dans les bonnes œuvres et nous fait monter jusqu’à Dieu.

Saints Bénédictins : Saint Odon, Abbé de Cluny

Odon, né dans la région de Tours vers 879, était fils d’Abbon, Seigneur de grande qualité. Il passa les premières années auprès de Foulques, Comte d’Anjou, et auprès de Guillaume, Comte d’Auvergne et Duc d’Aquitaine, qui fonda depuis l’Abbaye de Cluny. Il montra dès son enfance beaucoup d’amour pour la prière. Sa piété lui faisait regarder comme perdu le temps qu’il était forcé de donner à la chair et aux autres amusements du siècle. À l’âge de dix-neuf ans il reçut la tonsure, et fut nommé à un Canonicat de l’Église de Tours. Il renonça alors à l’étude des Auteurs profanes et ne voulut plus lire que l’Écriture et les livres propres à nourrir dans son cœur la componction, la ferveur et l’amour divin. Il vint passer quatre ans à Paris pour y faire un cours de Théologie. Étant retourné dans la ville de Tours, il se renferma dans une cellule, pour se livrer uniquement à la prière et à la méditation des Livres Saints.

La lecture de la Règle de Saint Benoît acheva de le détacher du monde. Voyant combien sa vie était éloignée des maximes de perfection qui y sont tracées, il résolut d’embrasser l’état monastique, mais le Comte d’Anjou refusa d’y consentir. Il resta donc encore près de trois ans dans sa cellule avec le compagnon qui suivait les mêmes exercices. Enfin, lassé des obstacles qu’il rencontrait, il se démit de son Canonicat, et se retira secrètement dans le Monastère de Baume au Diocèse de Besançon. Saint Bernon qui en était Abbé, lui donna l’habit en 909. Il n’avait emporté avec lui que sa Bibliothèque, qui consistait en une centaine de volumes.

L’Année suivante, l’Abbaye de Cluny, qui venait d’être fondée, fut mise sous la conduite de saint Bernon, qui eut à la fois le gouvernement de six Monastères. Après la mort de ce Saint Abbé, arrivée en 927, les Évêques du pays obligèrent saint Odon à prendre la conduite de trois de ces Monastères, savoir, Cluny, Massay et Déols. Il fit sa résidence dans le premier et y devint bientôt célèbre par la régularité qui s’y observait, et par la sainteté de ceux qui l’habitaient. Il y établit l’observance de la Règle de S. Benoit dans toute sa pureté. Il recommandait surtout le silence, et disait à ce sujet que c’était une condition nécessaire pour se soutenir dans la solitude intérieure et pour converser avec Dieu. Après le silence, il recommandait l’obéissance, l’humilité et le renoncement à soi-même. Plusieurs Monastères de différents pays embrassèrent sa réforme, et se soumirent à sa Juridiction ; en sorte que la Congrégation de Cluny devint bientôt aussi florissante que nombreuse.

Les Papes et les Princes avaient une grande confiance dans le saint Abbé. Ils le chargèrent de plusieurs négociations importantes, où sa prudence et sa piété lui assurèrent un heureux succès.

Odon avait une singulière dévotion à saint Martin : ce qui lui fit désirer de mourir à Tours. Ayant été attaqué d’une maladie dont il prévit qu’il ne guérirait point, il se fit porter dans cette ville ; où il mourut le 18 Novembre 942. Il fut enterré dans l’Église de Saint-Julien. Les Huguenots ont brûlé la plus grande partie de ses Reliques.

Prières

Oratio

Deus, qui beátum Odónem abbátem, ad monástici órdinis decórem renovándum, in Ecclésia tua suscitásti : eius méritis et précibus concéde ; ut conversiónis nostræ propósitum fidéliter exsequéntes, viam mandatórum tuórum dilatáto corde currámus. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui avez suscité en votre Église le bienheureux Abbé Odon pour renouveler l’éclat de l’ordre monastique, accordez à ses mérites et à ses prières d’obtenir qu’accomplissant fidèlement le bon propos de notre conversion, nous courions, le cœur dilaté, dans la voie de vos commandements. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière de saint Odon de Cluny (879-942) à Notre-Dame

Ô Dame et Mère de Miséricorde, vous qui avez mis au monde le Sauveur, daignez dans votre bonté intercéder pour moi par vos Prières ; je me réfugie en votre glorieux et unique Enfantement, Mère très bonne. Inclinez aussi les oreilles de votre bonté vers mes prières. Je redoute tant que ma vie déplaise à votre Fils ! Et puisque c’est par vous, ma Dame, qu’Il s’est manifesté au monde, que grâce à vous aussi, je vous prie, Il me prenne en pitié sans tarder. Ainsi soit-il.

Prière d’Anne de Saint-Barthélémy (1549-1626)

Ô bienheureux silence ! C’est par ce silence, Seigneur, que vous criez et que vous faites retentir votre enseignement dans le monde entier, et c’est dans ce silence, plutôt que dans les livres et dans l’étude, que ceux qui vous aiment puisent la Sagesse. Le Seigneur s’est fait pour nous source d’eau vive pour que nous ne périssions pas dans cet océan d’épreuves. Sans la Foi nous ne pouvons pas avancer dans la voie royale des Mystères de Dieu. La Foi nous ouvre les yeux, elle nous guide. Là où il n’y a pas de Foi, il n’y a pas de lumière ni de chemin qui mène au Bien. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Domus Cluníaci, domus Dómini, fundáta est supra firmam petram.

Ã. La maison de Cluny, maison du Seigneur, a été fondé sur un roc solide.

Antienne grégorienne “Domus Cluniaci"

Ã. Iste est Odo quem régulæ sanctæ zelus ádeo illustrávit, ut abbas abbátum éffici mererétur.

Ã. C’est lui, Odon, que le zèle de la Sainte Règle a tellement illustré qu’il a mérité d’être Abbé des Abbés.

Antienne grégorienne “Iste est Odo"

Antiennes pour Saint Odon