Notre vie monastique tient tout entière comme dans son germe, dans le propos de saint Benoît quittant Rome et l’étude des Belles Lettres pour vivre seul avec Dieu dans la grotte de Subiaco. Des disciples étant venus se placer sous sa conduite, saint Benoît les répartit dans des monastères et leur donna une Règle.

VIE MONASTIQUE

Saint Benoît, fresque de Subiaco« En écrivant sa Règle, saint Benoît ne veut pas instituer quelque chose en dehors ni à côté de la vie chrétienne : il n’assigne à ses moines aucune œuvre spéciale comme but particulier à poursuivre; le but, c’est, comme il le dit, de “chercher Dieu” (Règle, ch. 58) » (Dom Marmion, o.s.b.).
Dieu est notre fin dernière, la fin de notre vie chrétienne, la fin de notre vie religieuse : « Toute forme authentique de vie religieuse a pour dessein de ramener à l’unité les forces de l’âme, afin de les faire converger vers la contemplation et le service de Dieu » (Dom Paul Delatte, o.s.b.).
Alors, le monastère bénédictin sera une “école du service divin” (Prologue). Et comment s’exprimera ce service de Dieu ? Notre bienheureux Père répond à cette question dès le début du Prologue : il adresse sa parole à « qui renonce à ses volontés et prend les armes très puissantes et glorieuses de l’obéissance pour combattre au service du Seigneur Christ, le vrai Roi ».
Cette obéissance (ch. 4) intérieure et voulue librement, est l’expression achevée de l’humilité (ch. 7), vertu caractéristique du moine. Par elle, notre volonté fusionne avec celle de Dieu manifestée par la volonté des supérieurs. C’est ainsi que nous devenons de vrais disciples de Jésus-Christ, “obéissant jusqu’à la mort”.
À cette obéissance, sont liés, comme matière des voeux, les deux autres conseils évangéliques de pauvreté et de chasteté, ainsi que la stabilité.
« La pauvreté est le renoncement parfait et sans exception à toute possession des choses de la terre ».
« Par la chasteté religieuse, l’homme diminue les droits qu’il a sur lui-même, et s’approche de Dieu » (Dom Guéranger, o.s.b.).
Quant à la stabilité, elle attache le bénédictin à la famille que forme le monastère et qui a pour père l’Abbé. (ch. 2 et 64) : « La vie monastique est une vie en commun, et l’esprit de Dieu l’a disposée ainsi afin que les moines y trouvassent un secours puissant dans l’exemple de leurs frères et un mérite excellent dans l’exercice de la charité fraternelle (ch. 72) » (Dom Guéranger).
Au moyen de ces vertus favorisées par l’exercice de saines pratiques (jeûnes, veilles), « les frères ne préféreront absolument rien au Christ, qu’Il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle ! » (ch. 72).

Messe solennelleVIE DE PRIERE : “ORA…
Mais par “service de Dieu”, saint Benoît veut aussi parler de l’Office divin, “l’Œuvre de Dieu à laquelle on ne doit rien préférer” (ch. 43). Cette Œuvre trouve son centre dans la Sainte Messe : « De même que le sacrifice sanglant et l’entrée de notre Pontife dans le sanctuaire du ciel constituent le point culminant de son œuvre, de même la liturgie a son centre dans la messe » . La liturgie est “l’activité” principale du moine : « Nous autres moines, nous sommes religieux “sine addito”, nous ne sommes que religieux; nous sommes à Dieu pour être à Dieu uniquement. (…) L’œuvre propre et distinctive du bénédictin, son lot, sa mission, c’est la liturgie. Il émet profession pour être dans l’Église, société de louange divine, celui qui glorifie Dieu selon les formes instituées par elle, elle qui sait comment honorer le Seigneur et possède les paroles de la vie éternelle. Il est tout entier homme de prière et les formes diverses de son activité prennent spontanément une couleur religieuse, une valeur d’adoration et de louange » (Dom Delatte).

Jardinage…ET LABORA” : VIE DE TRAVAIL
Notre saint Père Benoît, qui détestait l’oisiveté, dit dans sa Règle : « L’oisiveté est ennemie de l’âme aussi les frères doivent-ils s’occuper tantôt au travail des mains, tantôt à l’étude des choses de Dieu » (ch. 48).
Ainsi Dom Guéranger a pu dire : « La vie monastique se soutient sur deux ailes : ces deux ailes sont le service divin et le travail. Par le service divin nous vaquons à Dieu; par le travail nous occupons avec mérite les heures que la faiblesse de notre esprit ne nous permet pas de donner à la contemplation » .
Dans l’atmosphère de silence du monastère (ch. 6), l’étude des choses de Dieu relève de la prière et du travail. En commençant par la lecture attentive des choses divines (lectio divina), elle doit nous conduire à la contemplation de sorte que nous “cherchons Jésus dans les livres” selon le mot de saint Augustin.