Samedi après les Cendres

Samedi après les Cendres

Samedi après les Cendres

Note sur le jeûne et l’abstinence

La loi ecclésiastique du jeûne oblige tous les fidèles, non excusés ou dispensés, qui ont entre 21 et 60 ans. La loi de l’abstinence de viande oblige dès l’âge de 7 ans.
Le jeûne consiste à faire un seul repas par jour, mais deux petites collations, que les théologiens limitent à 60 grammes le matin et 250 grammes le soir, sont tolérées.
Pendant le Carême, on doit jeûner tous les jours sauf les dimanches, et on doit s’abstenir de viande le mercredi des Cendres (17 février 2021), le mercredi des Quatre-Temps (24 février 2021), et tous les vendredis et samedis.

La Punchline de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
Elles sont bien rares les âmes qui ne mesurent pas la Puissance divine à leurs courtes pensées.
Jésus sur le lac de Génésareth (Mc 6, 47-56) : commentaire de Dom Delatte

À la nuit tombante, les apôtres avaient gagné le rivage et repris la mer. Le Seigneur devait les rejoindre par la voie de terre, dans la région de Capharnaüm, selon saint Jean, de Bethsaïde, selon saint Marc : ce qui est tout un, puisque Bethsaïde servait d’entrepôt à Capharnaüm. Sur la montagne silencieuse, le Seigneur pria, songeant sans doute à son œuvre du lendemain. Mais sur la mer la nuit était rude. Un grand vent s’était élevé, qui soulevait les flots, secouait fortement la barque et la poussait, non point dans la direction de Capharnaüm ou de Bethsaïde, mais vers le milieu du lac. Pendant des heures, avec vent contraire, les apôtres avaient fait force de rames, couvrant une distance de vingt-cinq ou trente stades (le stade équivaut à 180 mètres environ). Malgré leur longue habitude du travail et des luttes contre la mer, ils se sentaient pris de lassitude. Était-ce là le repos qu’on leur avait promis ? et le Seigneur n’était point avec eux : Et non venerat ad eos Iesus ! Du haut de la colline, à travers la nuit claire, Jésus, pourtant, sa prière terminée, les contemplait. Et vers la quatrième veille, vers trois heures du matin, il descendit dans leur direction, marchant sur les eaux. À distance, il semblait vouloir les rejoindre, et une fois proche, les gagner de vitesse, les dépasser. Mais eux, fatigués de corps et d’âme, voyant cette forme glisser sur la mer, dans la demi-obscurité, ne reconnurent point le Seigneur. « Un fantôme ! » s’écrièrent-ils, saisis de terreur. Et ce n’était point l’hallucination d’un seul : tous le voyaient, là, tout près d’eux : Omnes enim viderunt eum, et conturbati sunt.

Aussitôt, Jésus les interpelle : Rassurez-vous ! Non, ce n’est pas un fantôme, ni le fantôme de votre Maître. C’est moi ; ne craignez pas ! — Ici, s’intercale un incident relatif à saint Pierre et rapporté seulement par saint Matthieu. Il trahit bien la spontanéité de Simon-Pierre, son tempérament ardent, affectueux, mêlé d’une part de faiblesse et de témérité. Tout entier à sa joie d’avoir reconnu la voix du Seigneur, désireux peut-être aussi d’arriver à lui le premier, il adresse à Jésus une demande audacieuse et peu réfléchie. Sa question n’implique aucun doute, et nous ne devons pas nous arrêter à la formule conditionnelle dont il se sert : Domine, si tu es ; traduisons-la : « Seigneur, puisque c’est vous. » Et, en effet, l’ordre donné par le Seigneur de venir jusqu’à lui n’eût pas été un procédé de discernement, une démonstration de son identité : un fantôme peut donner un ordre imprudent. Mais une demande comme celle de Pierre était un témoignage primesautier de sa foi : « Ordonnez-moi, permettez-moi d’aller vers vous sur les eaux. » — « Venez ! » lui dit le Seigneur. Et Pierre descendit de la barque… On voit le geste : Pierre, un pied sur le bateau et l’autre sur la mer. Pour commencer, tout alla bien : l’Apôtre marchait réellement sur les vagues, dans la direction du Seigneur. Soudain, un coup de vent, — qu’il n’eût pas même ressenti, si, dans son cœur, ne s’était glissée quelque disposition imparfaite. L’apôtre est déjà moins assuré, dans la mesure où il oublie le Seigneur pour songer à lui-même ; fortement secoué par le vent, il perd pied et, aussi prompt à trembler qu’il a été empressé à s’offrir pour marcher sur les eaux, il crie au secours : « Seigneur ! sauvez-moi ! »

C’est l’éducation du Prince des apôtres qui se poursuit ainsi. Il aime, il a de la foi, mais une part de présomption aussi. Avec l’enthousiasme de sa nature, il se persuade à tort que l’ardeur de sa foi lui suffit et qu’elle suffit à tout. Il ne sait pas encore assez que toute notre force est dans le Seigneur. Mais Jésus, qui lui ménage d’ailleurs d’autres expériences, jugea inopportun de lui adresser, sur l’heure une longue exhortation. Il fit beaucoup mieux : aussitôt il étendit la main et le saisit. La force de cette main le maintint sur l’eau ; tandis que le Seigneur se bornait à lui dire : « Homme de peu de foi, de peu de confiance, pourquoi avez-vous hésité ? » Tous deux, le Seigneur et Pierre, celui-ci peut-être un peu confus, remontèrent dans la barque. Le vent tomba à l’instant même : ce qui témoignait d’une nouvelle intervention divine. Alors, tous s’empressent autour de Jésus ; prosternés à ses pieds, ils confessent sa puissance surhumaine et lui disent : « Vous êtes véritablement le Fils de Dieu. » Il ne semble pas cependant qu’ils aient compris dès lors tout ce que de tels prodiges révélaient sur la personne de leur auteur, sur ses desseins, sur le vrai caractère de sa mission ; le miracle de la multiplication des pains, qui venait d’avoir lieu et où l’on pouvait reconnaître le pouvoir créateur lui-même, demeurait pour eux enveloppé de mystère. Cet état d’âme des apôtres est exprimé en termes très précis par saint Marc : « Ils étaient, dit-il, étonnés en eux-mêmes au delà de toute mesure : car ils n’avaient pas compris au sujet des pains, mais leur cœur était encore endurci. » Lorsque le Seigneur eut pris place dans la barque, ils arrivèrent aussitôt, dit saint Jean, c’est-à-dire en fort peu de temps, au point où ils voulaient aborder.

On avait traversé la mer de Tibériade, et abordé dans la région de Génésar ou Génésareth, où était située Capharnaüm. À peine débarqué, le Seigneur fut reconnu sans peine par les gens du pays, et l’affluence des foules recommença. Saint Matthieu et saint Marc, omettant de nous raconter ce qui se passa immédiatement à Capharnaüm, résument à grands traits les bienfaits que sema le Seigneur en cette contrée. Des apôtres improvisés parcourent le pays et annoncent l’arrivée de Jésus. Partout où l’on apprend sa présence, lui sont amenés tous les malades, quelques-uns étendus sur des lits. Dans les villes, les bourgades et les hameaux, on installe les infirmes sur les places publiques, et on demande au Seigneur de vouloir bien les laisser seulement toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui le touchaient ainsi étaient guéris.

Jésus sur le lac de Génésareth (Mc 6, 47-56) : commentaire spirituel de Saint Bède

Le labeur des disciples qui ramaient, et le vent qui leur était contraire signifient les divers labeurs de la sainte Église qui, parmi les flots d’un monde hostile et le souffle d’esprits impurs, s’efforce de parvenir au repos de la patrie céleste comme à l’ancrage sûr du rivage. Il est donc bien de dire que la barque était au milieu de la mer alors que Jésus se trouvait seul, à terre ; car maintes fois l’Église a été non seulement affligée mais aussi salie par tant d’attaques des païens qu’elle semblerait complètement abandonnée pour un temps par son Rédempteur lui-même, si c’était possible.

C’est pourquoi la voix de celle qui est prise parmi les flots et les rafales des tentations houleuses, cherche secours et protection par ce cri angoissé : « Pourquoi Seigneur, restes-tu loin, te caches-tu aux temps de détresse ? » De même, elle rapporte le propos de l’ennemi harcelant, lorsqu’elle enchaîne la suite du psaume : « Il dit en son cœur : Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu’à la fin. »

Mais Dieu n’oublie pas le cri des malheureux ; il ne cache pas sa face à ceux qui espèrent en lui. Bien plus, il aide ceux qui sont aux prises avec l’ennemi pour qu’ils triomphent ; et les vainqueurs, il les couronne pour l’éternité. Aussi est-il dit bien à propos ici : « Il les voyait qui ramaient avec peine. » Oui, le Seigneur voit les siens peinant en mer, alors que lui cependant se trouve à terre. Car, même s’il semble différer un moment de venir en aide aux éprouvés, il les fortifie néanmoins par un regard de sa bonté de peur qu’ils ne défaillent dans les épreuves. Et parfois aussi, par un secours manifeste, il délivre des adversités qu’il dompte comme s’il marchait sur les tourbillons des vagues et les apaisait.

Prières

Oratio

Adésto, Dómine, supplicatiónibus nostris : et concéde ; ut hoc sollémne ieiúnium, quod animábus corporibúsque curándis salúbriter institútum est, devóto servítio celebrémus. Per Dóminum.

Oraison

Favorisez dans votre bonté, Seigneur, nous vous en supplions, les jeûnes dont nous avons commencé le cours ; afin qu’accomplissant corporellement cette observance, nous puissions aussi la poursuivre d’un cœur sincère.

Oratio

Fidéles tui, Deus, per tua dona firméntur : ut éadem et percipiéndo requírant, et quæréndo sine fine percípiant. Per Dóminum.

Oraison

Que vos fidèles, ô Dieu, soient affermis par vos dons, afin qu’en les recevant, ils les recherchent encore, et qu’en les recherchant toujours plus, ils les reçoivent sans fin.

Prière de Saint Jean Gualbert (985-1073)

Dès le premier rayon du jour, dès que je m’éveille, ô Dieu fort, venez à moi, demeurez avec moi, gouvernez mes pensées, mes paroles et mes actes. Soyez le gardien de tout mon corps, de tous mes sens. Soyez le gardien de mes mains : qu’elles soient pures, sans tache et élevées vers vous, ô mon Dieu ; qu’elles ne se déshonorent point par la colère. Soyez le gardien de mes pieds : qu’ils ne vaguent pas inutilement dans l’oisiveté ; mais, quand je serai debout, Seigneur, que ce soit pour le travail et la prière. Soyez le gardien de mes lèvres : qu’elles ne s’ouvrent ni pour des paroles inutiles, ni pour de coupables médisances, mais seulement pour la louange de Dieu. Soyez le gardien de mes oreilles : qu’elles n’entendent ni les calomnies, ni les mensonges, ni les inutilités ; mais qu’elles s’ouvrent volontiers pour écouter la parole de Dieu, en sorte que je conforme enfin ma vie à sa volonté. Soyez le gardien de mes yeux : qu’ils ne voient pas les vanités mondaines. Donnez-moi votre crainte, ô mon Dieu, la contrition, l’humilité et la pureté de la conscience, afin que je prise le ciel et méprise la terre ; que j’aie mon regard en haut, et non en bas ; que je haïsse le péché et me passionne éternellement pour la Justice. Ainsi soit-il.

Antienne
Ã. Me etenim de die in diem quærunt, et scire vias meas volunt.
Ã. Il y en a qui me cherchent vraiment, et veulent connaître mes voies.

Antienne grégorienne “Me etenim"

Antienne Me etenim

Vendredi après les Cendres

Vendredi après les Cendres

Vendredi après les Cendres

Note sur le jeûne et l’abstinence

La loi ecclésiastique du jeûne oblige tous les fidèles, non excusés ou dispensés, qui ont entre 21 et 60 ans. La loi de l’abstinence de viande oblige dès l’âge de 7 ans.
Le jeûne consiste à faire un seul repas par jour, mais deux petites collations, que les théologiens limitent à 60 grammes le matin et 250 grammes le soir, sont tolérées.
Pendant le Carême, on doit jeûner tous les jours sauf les dimanches, et on doit s’abstenir de viande le mercredi des Cendres (17 février 2021), le mercredi des Quatre-Temps (24 février 2021), et tous les vendredis et samedis.

La Punchline de Saint Jean Climaque
La marque véritable et le signe non équivoque de la pénitence, c’est d’être convaincu et persuadé qu’on mérite, soit pour le corps, soit pour l’esprit, toutes les peines, tous les maux et toutes les afflictions qu’on endure, et qu’on mériterait d’en souffrir encore davantage.
Charité et aumône (Mt 5, 43-48 et 6, 1-4) : commentaire de Dom Delatte

Dieu avait dit, au Lévitique : « Vous ne haïrez point votre frère dans votre cœur… Vous ne vous vengerez point et vous ne garderez point de rancune contre ceux de votre peuple. Vous aimerez votre prochain comme vous-même » (9, 17-18). Mais, comme nous le savons par saint Luc (10, 29), les Juifs, en face de ce précepte, se demandaient : Quel est donc notre prochain ? On eût dit que le peuple juif interrogeait surtout dans le dessein de savoir qui n’était pas son prochain et quels hommes il avait licence de haïr et de traiter en ennemis. Car, au précepte de charité formulé par le Lévitique, les rabbins avaient ajouté cette glose : « Et vous haïrez votre ennemi. » L’ami de l’Israélite et son prochain, ce pouvait être l’israélite, mais jamais l’étranger. Afin de défendre son peuple contre la perversité et l’idolâtrie, Dieu l’avait isolé et séparé ; d’où, chez le peuple juif, la disposition à n’estimer que soi, à regarder tous ses voisins comme des adversaires. N’étaient-ils pas d’ailleurs des païens, des ennemis de son Dieu ? Et Dieu lui-même n’avait-il pas autorisé et encouragé cette attitude hostile, en investissant jadis Israël d’une fonction de châtiment contre les peuplades environnantes : Ammonites, Moabites, Amalécites ? « Vous ne ferez point la paix avec eux, vous n’aurez point souci de leur prospérité, tant que vous vivrez, à jamais » (Dt 23, 6).

Mais aujourd’hui où la famille humaine est ramenée à son unité, les conditions sont tout autres. À la question : « Quel est le prochain? » le Seigneur va répondre, ici comme dans la parabole du Samaritain : c’est tout être humain, quel qu’il soit, c’est tout homme à qui vous pouvez faire du bien, fût-il votre ennemi. — « Que devrai-je faire pour lui ? » — Tout ce que vous souhaiterez qu’on vous fît à vous-même (Mt 7, 12). — « Et pour quel motif? » — À cause de la charité. L’économie nouvelle est charité. Proscrivons l’égoïsme, le souci du moi et du mien. L’intention du Seigneur est que la loi de la charité, non plus celle de l’égoïsme, règle mes relations avec tous. Sans doute, nous venons de le dire, il ne m’est pas défendu de sauvegarder ma personne et mes biens : souvent je ne puis, sans manquer à la justice et à la charité elle-même, abdiquer des droits réels. Dans mes revendications pourtant, il n’y aura ni âpreté personnelle, ni cupidité, ni calcul d’amour-propre. Je ne serai jamais éloigné d’une condescendance affectueuse. Même, la loi de charité me portera à faire bénéficier de mon bien ceux qui sont dans la détresse. Mon bien, c’est mon frère ; celui qui est à Jésus- Christ est plus à moi que mes richesses ; je l’aimerai donc plus que mes richesses. Tel est l’esprit de tous ces enseignements évangéliques. Quel contraste avec les mœurs de la société antique !

Aux Juifs on a pu jadis limiter le précepte de la charité fraternelle, mais à vous mes disciples, dit le Seigneur, à vous qui m’écoutez et qui êtes dociles, sed dico vobis qui auditis, je demande de passer outre à tout ce que ma parole semble impliquer de difficulté. Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ; bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous persécutent, qui vous maltraitent, qui vous calomnient. Ainsi, vous vous préparerez une grande récompense. Elle consistera tout d’abord en une ressemblance avec Celui qui est bon, même pour les méchants et pour les ingrats. Et vous apparaîtrez, aux yeux de tous, comme les fils du Très-Haut, comme les enfants de votre Père céleste ; il fait briller, lui, son soleil sur les méchants et sur les bons, il donne sa pluie et sa rosée aux justes et aux pécheurs. « Mais, Seigneur, ils ne nous aiment pas ! » Sans doute ; mais la charité est apôtre, et ils finiront par vous aimer. Et alors même qu’ils ne sauraient que dans l’éternité combien vous les avez aimés. Dieu aurait triomphé ainsi, et vous auriez, par le bien, vaincu le mal. Car enfin, quelle vertu et quel mérite y a-t-il à aimer ceux qui vous aiment ? quel avantage, quelle récompense en retirez-vous ? Est-ce que les publicains, ces hommes peu scrupuleux qui entrent au service de Rome pour exercer contre leurs compatriotes toutes sortes d’exactions, n’agissent pas de même ? Les pécheurs eux aussi, dit saint Luc (c’est-à-dire les païens et les publicains), aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, où est le mérite ? Si vous prêtez a ceux de qui vous comptez bien recouvrer le principal avec l’intérêt, quel avantage surnaturel y a-t-il là pour vous ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, avec espoir d’un retour égal. Si vous vous bornez à saluer vos seuls frères les Juifs, que faites-vous de plus que les païens? On ne se saluait pas entre étrangers. Les Juifs ne saluaient pas les gentils. Chez les Orientaux surtout, le salut a un caractère sérieux : c’est un indice de fraternité, un souhait de bonheur et de paix (2 Io 10-11).

La justice chrétienne doit donc l’emporter, en intimité comme en étendue, non seulement sur la justice païenne, mais encore sur celle des scribes et des pharisiens ; elle doit être quelque chose d’achevé, d’absolu, de surabondant. Aussi le Seigneur ajoute-t-il, en manière de conclusion générale : « Soyez donc miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (saint Luc) ; soyez parfaits en charité, comme votre Père céleste est parfait. » Le Royaume des cieux implique filiation de tous ses membres à l’égard de Dieu ; or, n’est-il pas normal que des enfants portent la ressemblance de leur Père ? C’est sur les bases d’une charité sans limites que le Seigneur veut constituer l’humanité nouvelle ; la charité distinguera les chrétiens et les fera tous reconnaître comme enfants de Dieu.

La justice chrétienne dépassera donc la mesure judaïque. Au lieu d’être extérieure, elle sera chose d’âme ; au lieu d’être une justice devant les hommes, elle sera une justice devant Dieu. Après avoir écarté comme insuffisante la justice des scribes, le Seigneur semble viser plus spécialement la conduite pratique des pharisiens. Regardons le verset 1 comme un équivalent du verset 20 au chapitre 5, et comme le principe général que le Seigneur développera par des exemples. Ce chapitre 6 de saint Matthieu est peut-être le plus important de tous. La première parole du Seigneur nous invite à une attention extrême : Attendite.

Il est plus aisé qu’on ne pense vulgairement de glisser sur la pente de l’hypocrisie, d’une ostentation secrète, du respect humain ; les motifs intérieurs qui déterminent nos actions sont facilement de nature complexe et confuse. Comment aurai-je de moi et du prochain, dans ma prière et dans mes œuvres, le souci que je dois avoir, et rien de plus ? C’est un problème très délicat, parce qu’il s’agit d’une habitude intérieure à conquérir. Et le Seigneur nous indique la solution unique : regarder sans cesse du côté de Dieu, tenir notre esprit attaché à lui. C’est la doctrine de la pureté d’intention, et quelque chose de plus profond encore. Vous n’accomplirez pas vos œuvres de justice, vos bonnes œuvres, devant les hommes, afin d’être vus par eux et de recueillir leur approbation et leur estime. Agir pour les hommes, c’est incliner devant eux, et non devant Dieu, notre vie morale ; c’est acheter une renommée humaine avec les biens de Dieu ; c’est se priver de tout titre et de tout mérite auprès de notre Père qui est aux cieux. Ne craignons pas de remarquer ici que le Seigneur propose une récompense surnaturelle à notre vie. Il est assez de mode, en effet, de dénoncer l’espérance comme une vertu chétive, de la décrier comme intéressée et mercenaire, et de prétendre que la vraie moralité n’a pas besoin de salaire. Laissons délirer philosophes et quiétistes. L’âme humaine, l’âme chrétienne ne saurait faire fi d’une récompense qui est Dieu même. On a beau raffiner et faire de l’amour pur : il n’est pas possible que la vue et la société de Dieu ne soit un ressort tout-puissant de la vie morale ; non plus qu’il n’est possible de pousser l’amour de Dieu jusqu’au point où on puisse lui dire : Je vous aime tant, mon Dieu, que je ne tiens plus à vous ! Réellement, chacun de nos actes nous fait gagner quelque chose de Dieu.

Six exemples ont été allégués au sujet de la doctrine des scribes : trois sont fournis maintenant pour mettre en garde contre la conduite pharisienne ; le Seigneur y applique le principe général qui vient d’être formulé. Ce ne sont que des exemples : ils n’embrassent pas tout l’ensemble des devoirs de la justice chrétienne ; ils ont pourtant été choisis de manière à définir nos obligations principales : celle de l’homme envers l’homme, l’aumône ; envers Dieu, la prière ; envers soi-même, la pénitence, le jeûne [voir le commentaire au Mercredi des Cendres]. Cum ergo facis eleemosynam : lorsque vous voulez distribuer des aumônes, ne faites pas sonner de la trompette devant vous, comme le font les hypocrites (lisons : les pharisiens), dans les synagogues et dans les rues. Malgré l’avis contraire de nombreux commentateurs, nous pouvons prendre ces paroles au sens littéral : un puissant pharisien, qui faisait largesse, convoquait à son de trompe, dans les carrefours et les synagogues, dans tous les lieux de réunion familiers aux Juifs, les pauvres de la cité. Le procédé était à double fin : grouper les indigents, et surtout satisfaire le goût de l’ostentation et se créer une réputation de bienfaisance : ut honorificentur ab hominibus. En vérité, je vous le dis, déclare le Seigneur, ils ont reçu leur récompense. Ils ont obtenu tout ce qu’ils cherchaient : des applaudissements, un vain bruit ; Dieu ne leur doit rien de plus. Pour vous, lorsque vous ferez l’aumône, que votre main gauche ignore ce que fait votre droite ; c’est-à-dire, aimez à n’être pas vu, à n’être pas connu. Votre aumône demeurera dans l’ombre ; les hommes n’en sauront rien, eux qui ne pénètrent pas l’intime. Mais comme vous n’aurez pas recueilli, ni même désiré de récompense humaine, la récompense divine vous demeurera toute : votre Père, qui voit dans le secret, et pour qui il n’y a pas de ténèbres, vous sera débiteur.

Prières

Oratio

Inchoáta ieiúnia, quǽsumus, Dómine, benígno favore proséquere : ut observántiam, quam corporáliter exhibémus, méntibus etiam sincéris exercére valeámus. Per Dóminum.

Oraison

Favorisez dans votre bonté, Seigneur, nous vous en supplions, les jeûnes dont nous avons commencé le cours ; afin qu’accomplissant corporellement cette observance, nous puissions aussi la poursuivre d’un cœur sincère.

Oratio

Tuére, Dómine, pópulum tuum et ab ómnibus peccátis cleménter emúnda : quia nulla ei nocébit advérsitas, si nulla ei dominétur iníquitas. Per Dóminum.

Oraison

Protégez votre peuple, Seigneur, et purifiez-le avec clémence de tous ses péchés, car si nulle iniquité ne le domine, aucune adversité ne lui nuira.

Élévation de Baudouin de Ford (1120-1190)

Pour dire la vérité, je dois avouer qu’il m’arrive d’oublier les bienfaits, mais que je ne peux oublier le mal qu’on me fait. Je suis si bien par nature « fils de colère » que je ne peux m’empêcher de me mettre en colère. Mais vous, Jésus, en éprouvez-vous de la colère, vous le Maître qui ne me permet ni de m’irriter, ni de ressentir la plus légère émotion contre mon ennemi, ni de murmurer dans mon cœur ? Qui donc me donnera de m’établir dans une telle paix que je ne puisse plus me sentir ému, et que je devienne insensible à toutes les injures ? Qui me permettra d’accomplir ce que vous désirez de moi, et de souffrir tout ce que vous voulez que je souffre, si ce n’est vous-même en m’accordant votre bénédiction ?

Prière de Monseigneur Jean-Joseph Gaume (1802-1879)

Ô mon Dieu qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir envoyé un Sauveur pour nous instruire et nous guérir de toutes les suites du péché. Faites-nous la grâce d’aimer, comme il nous l’a recommandé, la pauvreté, les humiliations, les souffrances ; donnez-nous aussi l’esprit de prière, afin que nous puissions parvenir à la perfection que vous demandez de nous. Je prends la résolution d’aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous ; et, en témoignage de cet amour, je veux prier pour ceux qui me feront du mal. Ainsi soit-il.

Antienne
Ã. Cum facis elemosinam, nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua.
Ã. Lorsque tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite.

Antienne grégorienne “Cum facis elemosinam"

Antienne Cum facis elemosinam

Jeudi après les Cendres

Jeudi après les Cendres

Jeudi après les Cendres

Note sur le jeûne et l’abstinence

La loi ecclésiastique du jeûne oblige tous les fidèles, non excusés ou dispensés, qui ont entre 21 et 60 ans. La loi de l’abstinence de viande oblige dès l’âge de 7 ans.

Le jeûne consiste à faire un seul repas par jour, mais deux petites collations, que les théologiens limitent à 60 grammes le matin et 250 grammes le soir, sont tolérées.

Pendant le Carême, on doit jeûner tous les jours sauf les dimanches, et on doit s’abstenir de viande le mercredi des Cendres (17 février 2021), le mercredi des Quatre-Temps (24 février 2021), et tous les vendredis et samedis.

La Punchline de Saint Bernard
Certains espèrent en Dieu, mais leur espérance est vaine, attendu qu’ils se flattent de cette espérance en sa miséricorde infinie, pour ne point se corriger de leurs défauts.
Guérison du serviteur du centurion (Mt 8, 5-13) : commentaire de Dom Delatte
Le Seigneur est à Capharnaüm où va avoir lieu la guérison du serviteur du centurion. Il règne entre le récit de saint Luc et celui de saint Matthieu des divergences de détail qui peuvent être facilement ramenées à l’unité. Dans saint Matthieu, il semble que ce soit le centurion qui se présente personnellement, et une seule fois ; le récit de saint Luc, l’évangéliste de la gentilité, est plus précis, plus circonstancié, et nous montre l’officier n’osant s’adresser au Seigneur que par intermédiaire, et à deux reprises. Le récit de saint Matthieu est abrégé et réduit à ce qui peut mettre en lumière la foi admirable de cet homme. Car de songer qu’il y eut deux miracles analogues nous semble une solution peu plausible. Le centurion est probablement un païen, non un prosélyte. Il sait que les Juifs considèrent comme une souillure d’entrer chez un gentil ; c’est parce qu’il a conscience de sa situation d’étranger et de profane, et à raison aussi de son humilité et de sa discrétion, qu’il dira : Domine, non sum dignus ut intres. Pourtant son âme est bienveillante, si elle n’est pas encore ralliée au judaïsme. Il a entendu parler de Jésus et appris son arrivée à Capharnaüm ; et pour obtenir le soulagement d’un serviteur très aimé, il envoie au-devant du Seigneur quelques anciens de la synagogue pour le prier de venir au secours du moribond. Ils sont chargés de dire en son nom : « Seigneur, mon serviteur est alité chez moi, paralytique, et en proie à de cruelles tortures ». Arrivés auprès de Jésus, les messagers lui présentent la requête, et avec insistance : « Il mérite bien, ajoutent-ils, que vous lui accordiez cela ; car il aime notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » — « J’irai, répond le Seigneur, et je le guérirai. » Et il se met en route avec les anciens.

Mais tandis qu’il approchait de la maison, le centurion, chez qui la foi et l’humilité avaient triomphé de l’anxiété première, envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne vous donnez pas cette peine, car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. C’est pour cela aussi que je ne me suis pas cru digne d’aller moi-même vers vous, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » Il écarte l’honneur que Jésus lui veut rendre, et confesse sa toute-puissance : Seigneur, vous êtes souverain, vous pouvez tout ce que vous voulez ; il n’est pas besoin de votre présence réelle ni de votre contact pour que toutes choses s’accomplissent à votre gré. Voyez, moi, je ne suis qu’un pauvre homme, n’ayant qu’un pouvoir limité, et j’ai des supérieurs au-dessus de moi. Pourtant, je suis obéi de ceux qui sont à moi. Aux soldats qui me sont soumis, je donne des ordres : Allez ! dis-je à celui-ci, et il va ; venez ! dis-je à l’autre, et il vient ; et à mon serviteur : faites cela, et il le fait. — Tout le raisonnement demeure inachevé, mais c’est parce que la conclusion a devancé l’argument lui-même : une parole de vous, et mon serviteur sera guéri. Quel exemple pour la Synagogue ! Elle doutait, elle s’inquiétait, elle dressait des pièges : et des gentils, des pécheurs méprisés par les rabbins les devançaient dans la foi !

En entendant les paroles de ce soldat, le Seigneur eut un mouvement d’admiration. Prenons ceci comme un fait, comme une émotion réelle chez le Fils de l’homme, mais sans conclure à une surprise ni à une ignorance antérieure. Il y a lieu à admiration quand la chose est admirable, qu’elle ait été antérieurement connue ou non. Et nous-mêmes, qui avons lu cent fois le récit évangélique, n’admirons-nous pas encore l’attitude du centurion ? La Synagogue et la masse des Juifs n’avaient pas accoutumé le Seigneur à une telle plénitude de foi ; et le mouvement joyeux du Seigneur ne vient que de la nouveauté du fait, de son caractère exceptionnel. Se retournant vers la foule qui le suivait, il dit : « En vérité, je vous le déclare, je n’ai pas trouvé en Israël une foi aussi grande. » L’occasion s’offrait pour le Seigneur d’introduire la question de la vocation des gentils. Saint Matthieu a recueilli avec soin des paroles qui réalisaient la prophétie d’Isaïe (44, 6; 49, 12) et de Malachie (1, 11), saint Luc les citera plus loin (13, 29). À l’exemple de saint Jean-Baptiste (Mt 3, 9-10), Jésus rappelle aux Juifs qu’il ne suffit plus, pour appartenir au vrai peuple de Dieu, de se réclamer de la descendance et du sang d’Abraham. Un grand nombre, leur dit-il avec assurance, viendront de l’Orient et de l’Occident, des régions les plus opposées et les plus lointaines ; ils prendront place au festin du Royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob, avec les élus de la souche bénie ; tandis que seront rejetés dans les ténèbres, hors de la maison, hors du Royaume, là où il n’y a que pleurs et grincements de dents, les fils du Royaume : c’est-à-dire ceux qui y semblaient prédestinés soit par la Providence divine, qui avait veillé spécialement sur eux, soit par la lignée à laquelle ils appartenaient, soit enfin par la longue préparation qui les acheminait vers le Christ. Et afin de montrer comment sa miséricorde se répand sur tous ; afin de renseigner une fois encore la Synagogue et les anciens qui sont venus eux-mêmes solliciter le miracle, le Seigneur mande au centurion : « Allez, qu’il advienne pour vous selon votre foi. » Les envoyés s’en retournèrent à la maison, et constatèrent que le serviteur malade avait été guéri à l’heure même où Jésus l’avait annoncé.

Prières

Oratio

Deus, qui culpa offénderis, pæniténtia placáris : preces pópuli tui supplicántis propítius réspice ; et flagélla tuæ iracúndiæ, quæ pro peccátis nostris merémur, avérte. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, que le péché offense et que la pénitence apaise, ayez égard dans votre clémence aux prières de votre peuple suppliant, et daignez détourner les fléaux de votre colère, que nous avons mérités pour nos péchés.

Oratio

Parce, Dómine, parce populo tuo : ut, dignis flagellatiónibus castigátus, in tua miseratióne respíret. Per Dóminum.

Oraison

Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, en sorte qu’après avoir été châtié par de justes afflictions, il respire par l’effet de votre miséricorde.

Prière de Sainte Angèle de Foligno (1248-1309)

Ô céleste Médecin qui procurez le Salut éternel, ô Seigneur, ô Maître, ô mon Dieu qui avez promis de me guérir de toutes mes maladies et infirmités sur le seul aveu repentant que je dois vous en faire, je confesse que j’ai péché par tous les membres de mon corps, par toutes les puissances et toutes les forces de mon âme ; que je suis très infirme ; que tout en moi est infect et corrompu, et que ma grande misère appelle votre miséricorde. Seigneur et miséricordieux Médecin, guérissez-moi.

Antienne
Ã. Dómine,non sum dignus, ut intres sub tectum meum : sed tantum dic verbo, et sanábitur puer meus.
Ã. Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement un mot, et mon serviteur sera guéri.

Antienne grégorienne “Domine non sum dignus"

Antienne Domine non sum dignus

Mercredi des Cendres

Mercredi des Cendres

Mercredi des Cendres

Note sur le jeûne et l’abstinence

La loi ecclésiastique du jeûne oblige tous les fidèles, non excusés ou dispensés, qui ont entre 21 et 60 ans. La loi de l’abstinence de viande oblige dès l’âge de 7 ans. Le jeûne consiste à faire un seul repas par jour, mais deux petites collations, que les théologiens limitent à 60 grammes le matin et 250 grammes le soir, sont tolérées. Pendant le Carême, on doit jeûner tous les jours sauf les dimanches, et on doit s’abstenir de viande le mercredi des Cendres (17 février 2021), le mercredi des Quatre-Temps (24 février 2021), et tous les vendredis et samedis.

La Punchline de Dom Guéranger
L’abstinence et le jeûne n’ont pas d’autre but que d’imposer un joug pénible à ce corps de péché !
Notre-Seigneur parle du jeûne (Mt 6, 16-18) : commentaire de Dom Paul Delatte
Le jeûne, comme l’aumône et la prière, doit s’accomplir devant Dieu, non devant les hommes. Notre-Seigneur commence par la critique des pharisiens, par l’indication de ce que ses disciples doivent éviter. “Quand vous jeûnez”, dit-il : le jeûne n’est donc ni supprimé, ni blâmé. Quand vous jeûnez, n’affectez pas la tristesse ; nous dirions aujourd’hui : ne montrez pas des mines de carême. Il n’est pas de recommandation plus opportune. Mortifier le corps, c’est l’irriter, et irrité, il se venge. Les heures de mortification sont toujours redoutables pour la charité. Chez la plupart, ce sont des heures de tristesse et de tension maussade. Nous souffrons, et notre humeur s’en ressent ; et le prochain se ressent de notre humeur ; et le diable, qui sait bien notre tempérament, profite de ces conditions pour nous persuader que tout est devenu intolérable. Nous sommes comme des hommes à qui l’on aurait arraché l’épiderme, et que tout contact fait tressaillir. Or, à ce résultat naturel du jeûne, les hypocrites, c’est-à-dire les pharisiens, ajoutaient encore un calcul. Le jour du jeûne de dévotion, ils se présentaient en public avec un air sombre et abattu, la chevelure inculte, le visage malpropre et exténué : exterminant facies suas. Tout le monde se trouvait averti, à de telles enseignes, qu’ils étaient de grands mortifiés. En vérité, dit le Seigneur, je vous le déclare, ils ont leur récompense : le regard et l’attention des hommes. Mais voici la livrée du jeûne chrétien : c’est de n’en avoir pas. Ce jour-là aura la physionomie de tous les jours. Si vous avez l’habitude des parfums, comme tout Oriental soigneux, vous en userez comme de coutume ; vous parfumerez votre tête et laverez votre visage. On ne s’apercevra aucunement de votre acte de dévotion. Le seul à le savoir, ce sera votre Père, qui est dans le sanctuaire du ciel, qui est dans le mystère et au centre de votre âme, là où va le chercher votre prière. Et votre Père, qui voit dans le secret, vous récompensera. Il sera votre débiteur, puisque vous n’aurez travaillé que pour lui.
Pratique du Carême par Dom Prosper Guéranger

Pénitence

​Après avoir employé les trois semaines du Temps de la Septuagésime à reconnaître les maladies de notre âme, à sonder la profondeur des blessures que le péché nous a faites, nous devons maintenant nous sentir préparés à la pénitence dont l’Église vient de nous ouvrir la carrière. Nous connaissons mieux la justice et la sainteté de Dieu et les dangers auxquels s’expose l’âme impénitente ; et pour opérer dans la nôtre un retour sincère et durable, nous avons rompu avec les vaines joies et les futilités du monde. La cendre a été répandue sur nos têtes ; et notre orgueil s’est humilié sous la sentence de mort qui doit s’accomplir en nous.

Dans le cours de cette épreuve de quarante jours, si longue pour notre faiblesse, nous ne serons pas délaissés de la présence de notre Sauveur. Il semblait s’être dérobé à nos regards durant ces semaines qui ne retentissaient que des malédictions prononcées contre l’homme pécheur ; mais cette absence nous était salutaire. Il était bon pour nous d’apprendre à trembler au bruit des vengeances divines. « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse » (Ps 110) ; et c’est parce que nous avons été saisis de terreur, que le sentiment de la pénitence s’est réveillé dans nos âmes.

Maintenant, ouvrons les yeux et voyons. C’est l’Emmanuel lui-même parvenu à l’âge d’homme, qui se montre à nos regards de nouveau, non plus sous l’aspect de ce doux enfant que nous avons adoré dans son berceau, mais semblable au pécheur, tremblant et s’humiliant devant la souveraine majesté que nous avons offensée, et auprès de laquelle il s’est fait notre caution. Dans l’amour fraternel qu’il nous porte, voyant que la carrière de la pénitence allait s’ouvrir pour nous, il est venu nous encourager par sa présence et par ses exemples. Nous allons nous livrer durant quarante jours au jeûne et à l’abstinence : lui, l’innocence même, va consacrer le même temps à affliger son corps. Nous nous séparons pour un temps des plaisirs bruyants et des sociétés mondaines : il se retire de la compagnie et de la vue des hommes. Nous voulons fréquenter plus assidûment la maison de Dieu et nous livrer à la prière avec plus d’ardeur : il passera quarante jours et quarante nuits à converser avec son Père, dans l’attitude d’un suppliant. Nous allons repasser nos années dans l’amertume de notre cœur et gémir sur nos iniquités : il va les expier par la souffrance et les pleurer dans le silence du désert, comme s’il les avait lui-même commises.

Il est à peine sorti des eaux du Jourdain qu’il vient de sanctifier et de rendre fécondes, et l’Esprit-Saint le pousse vers la solitude. L’heure est venue cependant pour lui de se manifester au monde : mais auparavant, il a un grand exemple à nous donner ; et se dérobant aux regards du Précurseur et de cette foule qui a vu la divine Colombe descendre sur lui et entendu la voix du Père céleste, c’est vers le désert qu’il se dirige. À peu de distance du fleuve s’élève une montagne âpre et sauvage, que les âges chrétiens ont nommée depuis la montagne de la Quarantaine. De sa crête abrupte on domine les riantes plaines de Jéricho, le cours du Jourdain et le lac maudit qui rappelle la colère de Dieu. C’est là, au fond d’une grotte naturelle creusée dans la roche stérile, que le Fils de l’Éternel vient s’établir, sans autre société que les bêtes farouches qui ont choisi leur tanière en ces lieux où l’homme ne paraît jamais. Jésus y pénètre sans aucun aliment pour soutenir ses forces humaines ; l’eau même qui pourrait le désaltérer manque dans ce réduit escarpé ; la pierre nue s’offre seule pour reposer ses membres épuisés. Dans quarante jours, les Anges s’approcheront et viendront lui présenter de la nourriture.

C’est ainsi que le Sauveur nous précède et nous dépasse dans la voie sainte du Carême ; il l’essaie et l’accomplit devant nous, afin de faire taire par son exemple tous nos prétextes, tous nos raisonnements, toutes les répugnances de notre mollesse et de notre orgueil. Acceptons la leçon dans toute son étendue, et comprenons enfin la loi de l’expiation. Le Fils de Dieu, descendu de cette austère montagne, ouvre sa prédication par cette sentence qu’il adresse à tous les hommes : « Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche » (Mt 4, 17). Ouvrons nos cœurs à cette invitation, afin que le Rédempteur ne soit pas obligé de réveiller notre assoupissement par cette menace terrible qu’il fit entendre dans une autre circonstance : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » (Lc 13, 3).

Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties lui sont essentielles. C’est le cœur de l’homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aidé à l’accomplir. L’homme étant d’ailleurs composé de l’un et de l’autre, il doit les unir dans l’hommage qu’il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l’éternité ou aux tourments de l’enfer. Il n’y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d’expiation valable, si dans l’une et l’autre il ne s’associe à l’âme.

Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l’apprenons de l’Évangile par les exemples de l’Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée, de saint Pierre. Il faut donc que le cœur rompe sans retour avec le péché, qu’il le regrette amèrement, qu’il l’ait en horreur et qu’il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disposition, l’Écriture se sert d’une expression qui a passé dans le langage chrétien et rend admirablement l’état de l’âme sincèrement revenue du péché : elle l’appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, s’exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l’on ne joignait l’hommage du corps aux sentiments intérieurs qu’elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés ; il les expie par la souffrance de son corps ; et l’Église, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n’y joignons la pratique exacte de l’abstinence et du jeûne.

Quelle est donc l’illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d’être irréprochables, surtout lorsqu’ils oublient leur passé ou qu’ils se comparent à d’autres, et qui, parfaitement contents d’eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu’ils comptent bien mener jusqu’au dernier jour ! Leurs péchés d’autrefois, ils n’y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n’est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu’ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L’abstinence les incommoderait ; le jeûne n’est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d’aujourd’hui. On n’a pas la prétention d’être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d’avoir même l’idée de suppléer par d’autres pratiques de pénitence à celles que l’Église prescrit, il en résulte que, sans s’en apercevoir et insensiblement, on arrive à n’être plus chrétien.

L’Église, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel, et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d’une vie qui va s’éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l’espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu lui-même des enfants qui ne l’écoutent plus, lorsqu’elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.

Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu’elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes, que d’exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n’a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : qu’ils ne font pas abstinence, qu’ils ne jeûnent pas, parce que l’abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l’abstinence et le jeûne avaient un autre but que d’imposer un joug pénible à ce corps de péché (Rm 6, 6) ! En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d’une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d’accomplir les rudes privations des trente jours de leur Ramadan.

Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d’autres qu’avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d’un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s’imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel, que l’on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au Moyen Âge, sans faire même attention que l’indulgence de l’Église en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses pères ; et l’on ne s’est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la Réforme protestante du 16ème siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son drapeau l’abolition de l’abstinence et du jeûne.

Mais, dira-t-on, n’y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d’épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que l’on prenne garde à l’illusion. Si vous avez les forces pour supporter d’autres fatigues, pourquoi n’en auriez-vous pas pour remplir le devoir de l’abstinence ? Si la crainte d’une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l’expiation. Le jugement des hommes de l’art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne, peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n’est pas précisément cette mortification de la chair que l’Église vous prescrit dans l’intérêt de votre âme. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l’Église ; dans ce cas, songez-vous à substituer d’autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d’entreprendre? Éprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S’il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de Pâques conviera les fidèles enfants de l’Église à ses joies ineffables, vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné ; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l’esprit du Carême.

Que de choses nous aurions à dire encore sur les illusions dont se berce la mollesse de nos jours, quand il s’agit du jeûne et de l’abstinence ! Il n’est pas rare de rencontrer des chrétiens qui remplissent le devoir pascal, qui se font honneur d’être enfants de l’Église catholique, et chez lesquels la notion même du Carême a totalement péri. Ils en sont venus à n’avoir pas même une idée précise de l’abstinence et du jeûne. Ils ignorent que ces deux éléments du Carême sont tellement distincts, que la dispense de l’un n’emporte en aucune façon celle de l’autre. Si, pour une raison fondée ou non, ils ont obtenu l’exemption de l’abstinence, il ne leur vient pas même en pensée que l’obligation de pratiquer le jeûne durant quarante jours est demeurée tout entière ; de même, si on leur a accordé l’exemption du jeûne, ils en concluent qu’ils peuvent faire servir sur leur table toute sorte d’aliments : tant est grande la confusion qui règne de toutes parts ; tant sont rares les exemples d’une parfaite exactitude aux ordonnances et aux traditions de l’Église.

Nous n’avons en vue, en écrivant ces pages, que les lecteurs chrétiens qui nous ont suivi jusqu’ici ; mais que serait-ce si nous venions à considérer le résultat de la suspension des saintes lois du Carême sur la masse des populations, principalement dans les villes ? Comment nos publicistes catholiques, qui ont éclairé tant de questions, n’ont-ils pas insisté sur les tristes effets que produit dans la société la cessation d’une pratique qui, rappelant chaque année le besoin de l’expiation, maintenait plus que toute autre institution le sentiment du bien et du mal ? Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d’un peuple qui s’impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations, dans le but de réparer les violations qu’il a commises dans l’ordre moral, sur cet autre peuple qu’aucune époque de l’année ne ramène aux idées de réparation et d’amendement. Et s’il faut en venir à examiner la question au point de vue de l’hygiène, n’est-il pas évident que cette profusion de nourriture animale, sans laquelle on prétend que les habitants des villes ne pourraient plus désormais se soutenir, loin d’avoir fortifié la race, ne fait que l’affaiblir de jour en jour ? Nous ne craignons pas de le dire, un temps viendra où les économistes sonderont cette plaie qui s’aggrave chaque jour, et déclareront que le seul moyen de relever l’affaiblissement qui se déclare toujours plus sensible à chaque nouvelle génération, est d’introduire dans l’alimentation des hommes une plus grande proportion de l’élément végétal, et de suspendre quelquefois la nourriture animale qui, devenue exclusive, altère de plus en plus le sang européen.

Que les enfants de l’Église raniment donc leur courage ; qu’ils aspirent à cette paix de la conscience qui n’est assurée qu’à l’âme vraiment pénitente. L’innocence perdue se recouvre par l’humble aveu de la faute, quand il est accompagné de l’absolution du prêtre ; mais le fidèle doit se garder de ce dangereux préjugé, qu’il ne resterait plus rien à faire après le pardon. Rappelons-nous cet avertissement si grave de l’Esprit-Saint dans l’Écriture : « Ne sois jamais sans crainte au sujet du péché qui t’a été pardonné » (Sir 5, 5). La certitude du pardon est en raison du changement du cœur ; et l’on peut d’autant mieux se laisser aller à la confiance, que l’on sent constamment le regret des péchés et l’empressement à les expier toute sa vie. « Nul ne sait s’il est digne d’amour ou de haine » (Sir 9, 1), dit encore l’Écriture ; mais celui-là peut espérer être digne d’amour, qui sent en lui-même que l’esprit de pénitence ne l’a pas abandonné.

Prière et aumône

Entrons donc avec résolution dans la voie sainte que l’Église ouvre devant nous, et fécondons notre jeûne par les deux autres moyens que Dieu nous propose dans les saints Livres : la Prière et l’Aumône. De même que sous le nom de Jeûne, l’Église entend toutes les œuvres de la mortification chrétienne ; sous le nom de la Prière elle comprend tous les pieux exercices par lesquels l’âme s’adresse à Dieu. La fréquentation plus assidue de l’Église, l’assistance journalière au saint Sacrifice, les lectures pieuses, la méditation des vérités du salut et des souffrances du Rédempteur, l’examen de la conscience, l’usage des Psaumes, l’assistance aux prédications particulières à ce saint temps, et surtout la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, sont les principaux moyens par lesquels les fidèles peuvent offrir au Seigneur l’hommage de la Prière.

L’Aumône renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l’Église l’ont-ils unanimement recommandée comme le complément nécessaire du Jeûne et de la Prière pendant le Carême. C’est une loi établie de Dieu, et à laquelle il a daigné lui-même se soumettre, que la charité exercée envers nos frères, dans le but de lui plaire, obtient sur son cœur paternel le même effet que si elle s’exerçait directement envers lui-même. Telle est la force et la sainteté du lien par lequel il a voulu unir les hommes entre eux ; et de même qu’il n’accepte pas l’amour d’un cœur fermé à la miséricorde, de même il reconnaît pour véritable, et comme se rapportant à lui, la charité du chrétien qui, soulageant son frère, rend hommage au lien sublime par lequel tous les hommes s’unissent dans une même famille dont Dieu est le père. C’est par ce sentiment que l’aumône n’est plus seulement un acte d’humanité, mais s’élève à la dignité d’un acte de religion qui monte directement à Dieu et apaise sa justice.

Rappelons-nous la dernière recommandation du saint Archange Raphaël à la famille de Tobie, au moment de remonter au ciel : « La prière accompagnée du jeûne et de l’aumône vaut mieux que tous les trésors ; l’aumône délivre de la mort, efface les péchés, ouvre la miséricorde et la vie éternelle » (Tb 12, 8-9). La doctrine des Livres Sapientiaux n’est pas moins expresse : « De même que l’eau éteint le feu le plus ardent, ainsi l’aumône détruit le péché » (Sir 3, 33). « Renferme ton aumône dans le sein du pauvre, et elle priera pour que tu sois délivré du mal » (Sir 29, 15).  Que ces consolantes promesses soient toujours présentes à la pensée du fidèle, mais plus encore dans le cours de la sainte Quarantaine ; et que le pauvre qui jeûne toute l’année s’aperçoive qu’il est aussi un temps où le riche s’impose des privations. Une vie plus frugale produit ordinairement le superflu, relativement aux autres temps de l’année ; que ce superflu serve au soulagement de Lazare. Rien ne serait plus contraire à l’esprit du Carême que de rivaliser en luxe et en dépenses de table avec les saisons où Dieu nous permet de vivre selon l’aisance qu’il nous a donnée. Il est beau que, dans ces jours de pénitence et de miséricorde, la vie du pauvre devienne plus douce, en proportion de ce que celle du riche participe davantage à la frugalité et à l’abstinence qui sont le partage de la plupart des hommes. C’est alors que pauvres et riches se présenteront avec un sentiment vraiment fraternel à ce solennel banquet de la Pâque que le Christ ressuscité nous offrira dans quarante jours.

Esprit de retraite

Enfin, il est un dernier moyen d’assurer en nous les fruits du Carême : c’est l’esprit de retraite et de séparation du monde. Les habitudes de ce saint temps doivent trancher en toutes choses sur celles du reste de l’année ; autrement l’impression salutaire que nous avons reçue, au moment où l’Église imposait la cendre sur nos fronts, se dissiperait en peu de jours. Le chrétien doit donc faire trêve aux vains amusements du siècle, aux fêtes mondaines, aux réunions profanes. Quant à ces spectacles pervers ou amollissants, à ces soirées de plaisirs qui sont l’écueil de la vertu et le triomphe de l’esprit du monde, si dans aucun temps il n’est permis au disciple de Jésus-Christ de s’y montrer autrement que par position et par nécessité, comment pourrait-on y paraître en ces jours de pénitence et de recueillement, sans abjurer en quelque sorte son titre de chrétien, sans rompre avec tous les sentiments d’une âme pénétrée de la pensée de ses fautes, et de la crainte des jugements de Dieu ? La société chrétienne n’a plus aujourd’hui, durant le Carême, cet extérieur si imposant de deuil et de sévérité que nous avons admiré dans les siècles de foi ; mais de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu, rien n’est changé. C’est toujours la grande parole : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ». Aujourd’hui, il en est peu qui prêtent l’oreille à cette parole ; et c’est pourquoi beaucoup périssent. Mais ceux sur qui tombe cette parole doivent se souvenir des avertissements que nous donnait le Sauveur lui-même, au Dimanche de la Sexagésime. Il nous disait qu’une partie de la semence est foulée sous les pieds des passants, ou dévorée par les oiseaux du ciel ; une autre desséchée par l’aridité de la pierre qui la reçoit ; une autre enfin étouffée par des épines. N’épargnons donc aucun soin, afin de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence non seulement est reçue, mais fructifie au centuple pour la récolte du Seigneur qui approche.

Conclusion

En lisant ces pages dans lesquelles nous avons tâché de rendre la pensée de l’Église telle qu’elle nous est exprimée, non seulement dans la Liturgie, mais dans les canons des Conciles et dans les écrits des saints Docteurs, plus d’un de nos lecteurs se sera pris à regretter de plus en plus la douce et gracieuse poésie dont l’année liturgique se montrait empreinte durant les quarante jours où nous célébrâmes la naissance de l’Emmanuel. Déjà le Temps de la Septuagésime est venu jeter son voile sombre sur toutes ces riantes images ; et voici que nous sommes entrés dans un désert aride, semé d’épines, et sans eaux jaillissantes. Ne nous en plaignons pas cependant ; la sainte Église connaît nos vrais besoins, et veut y satisfaire. Pour approcher du Christ enfant, elle n’a demandé de nous que la légère préparation de l’Avent, parce que les mystères de l’Homme-Dieu n’étaient encore qu’à leur début.

Beaucoup sont venus à la crèche avec la simplicité et l’ignorance des bergers de Bethléem, ne connaissant pas suffisamment encore ni la sainteté du Dieu incarné, ni l’état dangereux et coupable de leurs âmes ; mais aujourd’hui que le Fils de l’Éternel est entré dans la voie de la pénitence, quand bientôt nous allons le voir en proie à toutes les humiliations et à toutes les douleurs sur l’arbre de la croix, l’Église nous enlève à notre ignorante sécurité. Elle nous dit de frapper nos poitrines, d’affliger nos âmes, de mortifier nos corps, parce que nous sommes pécheurs. La pénitence devrait être le partage de notre vie entière ; les âmes ferventes ne l’interrompent jamais ; du moins est-il juste et salutaire pour nous d’en faire enfin l’essai, en ces jours où le Sauveur souffre au désert, en attendant qu’il expire sur le Calvaire. Recueillons encore de lui cette parole qu’il dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sur son passage, au jour de sa Passion : « Si l’on traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du bois sec ? » (Lc 23, 31). Mais, par la miséricorde du Rédempteur, le bois sec peut reprendre sève et échapper au feu.

Telle est l’espérance, tel est le désir de la sainte Église, et c’est pour cela qu’elle nous impose le joug du Carême. En parcourant avec constance cette voie laborieuse, nous verrons peu à peu la lumière briller à nos regards. Si nous étions loin de Dieu par le péché, ce saint temps sera pour nous la vie purgative, comme parlent les docteurs mystiques ; et nos yeux s’épureront afin de pouvoir contempler le Dieu vainqueur de la mort. Si déjà nous marchons dans les sentiers de la vie illuminative; après avoir sondé si utilement la profondeur de nos misères, au Temps de la Septuagésime, nous retrouvons maintenant celui qui est notre Lumière ; et si nous avons su le voir sous les traits de l’Enfant de Bethléem, nous le reconnaîtrons sans peine dans le divin Pénitent du désert, et bientôt dans la victime sanglante du Calvaire.

Prières

Oratio

Deus, qui humiliatióne flécteris, et satisfactióne placáris : aurem tuæ pietátis inclína précibus nostris ; et capítibus servórum tuórum, horum cínerum aspersióne contáctis, effúnde propítius grátiam tuæ benedictiónis : ut eos et spíritu compunctiónis répleas et, quæ iuste postuláverint, efficáciter tríbuas ; et concéssa perpétuo stabilíta et intácta manére decérnas. Per Christum, Dóminum nostrum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous laissez fléchir par l’humiliation et apaiser par la réparation, inclinez favorablement votre oreille à nos prières, et répandez la grâce de votre bénédiction sur vos serviteurs dont les têtes auront été touchées par l’aspersion de ces cendres, en sorte que vous les remplissiez de l’esprit de componction, et que vous leur accordiez l’effet de ce qu’ils auront justement demandé et qu’ils conservent perpétuellement stable et intact ce qu’ils ont reçu de votre main.

Oratio

Concéde nobis, Dómine, præsídia milítiæ christiánæ sanctis inchoáre ieiúniis : ut, contra spiritáles nequítias pugnatúri, continéntiæ muniámur auxíliis. Per Christum, Dóminum nostrum.

Oraison

Accordez-nous, Seigneur, d’entrer par de saints jeûnes dans les rangs de la milice chrétienne, de sorte qu’ayant à lutter contre les esprits mauvais, nous soyons munis des secours que procure l’abstinence.

Oratio

Præsta, Dómine, fidélibus tuis : ut ieiuniórum veneránda sollémnia, et cóngrua pietáte suscípiant, et secúra devotióne percúrrant. Per Dóminum.

Oraison

Accordez, Seigneur, à vos fidèles, d’entreprendre avec la piété convenable, la pratique de ces jeûnes vénérables et solennels et d’en parcourir la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler.

Prière de Saint Éphrem le Syrien (306-373)​

Vous qui seul êtes bon et qui ne gardez point le souvenir de nos offenses, Seigneur, je viens vous confesser mes péchés. Car même si je me tais, vous savez tout, Seigneur, et rien n’est caché devant vos yeux. Mais puisque vous avez dit par le prophète : « confessez d’abord vos fautes pour être justifiés », je vous dis : j’ai péché, Seigneur, j’ai péché et je ne suis pas digne de lever les yeux pour contempler la profondeur du ciel, à cause de la multitude de mes crimes ! Manifestez en moi votre clémence, ô Père très aimant, montrez-moi votre pardon et votre indulgence : ne me refusez pas à moi seul ce que vous avez accordé à tant d’autres. Je ne défends pas mes crimes et je confesse mes péchés devant vous. Je déteste ce que j’ai fait, je regrette d’avoir offensé votre majesté. J’accuse mon péché, je reconnais ma faute et je viens vous les confesser. Accueillez, Dieu tout-puissant, les cris de mon repentir, entendez ma supplication et exaucez la voix d’un pécheur qui vous crie : j’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi ! J’ai péché, Seigneur, soyez-moi propice ! Si vous gardez le souvenir de mes péchés, ô Dieu, comment subsisterai-je ? Songez à ce que je suis ; songez que je suis terrestre et charnel, poussière et cendre. Ouvrez pour moi les trésors de votre volonté, étendez sur moi votre main. Pardonnez-moi tous mes crimes et guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous, Seigneur, contre vous, à qui reviennent tout honneur et toute gloire dans l’éternité. Ainsi soit-il.

Antienne
Ã. Cum ieiunátis, nolíte fíeri, sicut hypócritæ, tristes.
Ã. Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme les hypocrites.

Antienne grégorienne “Cum ieiunatis"

Antienne Cum ieiunatis

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Dimanche 13 décembre (ReConfinement J45) : 3ème dimanche de l’Avent

Annonces

Mercredi 16, vendredi 18 et samedi 19 décembre : jours de jeûne et d’abstinence pour les Quatre-Temps.
En raison des restrictions gouvernementales, il est impératif de vous renseigner sur les horaires des Messes.

La Punchline de Dom Delatte

Aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre.

Commentaire de l’épître du jour (Phil 4, 4-9) par Dom Paul Delatte

D’après le Docteur Angélique la joie vient ou d’un bonheur possédé par nous, ou d’un bonheur assuré à ce que nous aimons. En effet, aimer c’est mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre. Et Dieu étant avec nous, et Dieu étant heureux, la joie doit être au centre même de toute vie chrétienne. Elle est assurée si nous prenons notre foi au sérieux. La joie n’est pas une vertu, parce qu’elle n’est pas une disposition directement opérative ; mais elle est l’atmosphère de la vertu, l’indice, le fruit, la cause, la mesure, la condition de la charité. Elle en est aussi le rayonnement comme elle est le premier fruit de l’Esprit. Aucun précepte, plus que ce précepte de la joie qui vient de la charité, n’était de nature à effacer toutes les dissonances qui affligeaient la communauté de Philippes : mais le précepte de la joie va plus loin, et dessine une attitude de la vie chrétienne. La joie est la condition de tout bien. Nous l’avons dit déjà, nous ne sommes fidèles, nous ne sommes aimants, nous ne sommes délicats, nous ne sommes reconnaissants, nous ne sommes persévérants que dans la joie. Nous puisons la joie aux sources mêmes de la vie chrétienne. Une religion se traduit par le caractère de ses préceptes. Et en même temps qu’il révèle toute la religion, le précepte de la joie révèle Dieu, comme le précepte de l’abnégation, comme le précepte de la paix, comme le précepte de la prière, comme le précepte de la charité : en même temps qu’ils sont la norme de notre vie, tous ces éléments nous définissent la religion, et Dieu même. Dieu seul et le christianisme prescrivent la joie, parce que seuls ils la motivent.

Mais nous n’avons pas le droit de nous écarter du texte. Le Seigneur avait dit déjà : Nolite fieri sicut hypocritae, tristes. On ne sert pas Dieu avec un air maussade. L’Apôtre ajoute : Réjouissez-vous. C’est l’objet du précepte : la joie ; puis la qualité de cette joie, son motif : Réjouissez-vous dans le Seigneur. Quand faut-il se réjouir ? Toujours. Et après, que faut-il faire ? Il semble qu’après avoir prescrit la joie, il y avait place pour un autre devoir et une autre prescription; mais l’Apôtre a foi dans la suffisance de la joie seule : Je vous le dis de nouveau : réjouissez-vous. Cela suffit. Lorsque l’âme est joyeuse, elle est bienveillante aussi. La charité s’exerce spontanément et d’elle-même. Même elle est contagieuse, la joie. Ceux qui ont de la joie en donnent tout autour d’eux. Il n’y a plus alors de dissidences possibles. S’il en est autrement, le bruit des discussions s’entend à l’extérieur, et crée contre nous un préjugé ; les païens se disent alors : Ils nous ressemblent, ils ont leurs divisions et leurs rivalités, eux aussi. Qu’un sage esprit de mesure et de douceur, répandu sur toute notre vie, se laisse donc apercevoir de tous les hommes. L’effacement de l’égoïsme, la charité mutuelle sont un motif de crédibilité, les âmes vont si volontiers là où on s’aime. Mais le motif de cette douceur et de cette mesure est plus profond que l’édification elle-même : le Seigneur est proche. Il est tout près. Il est intime. Il vit en nous. Nous vivons dans un sanctuaire vivant et incréé, où les attitudes et les mouvements doivent être mesurés et définis par le respect.

N’ayez pas l’âme divisée par des soucis et des inquiétudes, par toutes les anxiétés ou préoccupations du lendemain (Mt 6, 25). En toute chose, nous dit l’Apôtre, en toute circonstance, que vos prières et vos demandes exposent à Dieu vos besoins : et que votre prière soit toujours mêlée de reconnaissance pour les bienfaits obtenus. Ainsi votre âme cessera d’être partagée et déchirée par des soucis que vous aurez confiés à Dieu. Ainsi au milieu même des épreuves et des anxiétés d’ici-bas, la paix de Dieu régnera sur toute votre vie, la paix qui surpasse tout sentiment.

Peut-être le commentaire, d’ailleurs très vrai et très aimable, habituellement donné à ce passage trahit-il quelque peu le sens littéral. La pensée de l’Apôtre nous semble celle-ci : en face des problèmes qui s’offrent à nous, notre premier mouvement, et il est très légitime, est de faire appel aux ressources de notre esprit pratique, d’étudier les voies, moyens et combinaisons qui pourront nous tirer d’affaire. Sans blâmer aucunement cette disposition naturelle, et de peur qu’elle ne devienne naturaliste, l’Apôtre nous avertit qu’il y a quelque chose qui l’emporte sur la sagesse de nos réflexions et sur nos combinaisons les plus profondes : c’est le repos en Dieu, l’attachement à Dieu, en un mot la paix de Dieu.

Ayons donc moins confiance en nous qu’en elle. C’est elle qui gardera nos cœurs et nos pensées à l’abri de l’anxiété, et formera autour de notre vie comme une sorte de clôture divine d’où nous ne sortirons jamais. Nous y sommes avec Dieu. C’est parce qu’il craint d’oublier un conseil utile à ses chers Philippiens que l’Apôtre résume rapidement (8 et 9) tout l’ensemble pratique des devoirs du christianisme toujours menacés dans les divisions, petites et grandes : Que tout ce qui est vrai et saint, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est aimable et digne d’éloges, tout ce qui est vertu et objet de louange, soit l’objet habituel de vos pensées. Et si ce programme abstrait vous semble trop peu précis, songez à tout ce que vous avez appris et reçu de moi, à tout ce que votre souvenir vous rappellera de mes paroles et de mes actes ; mettez-le en pratique, et le Dieu de la paix, de cette paix chrétienne un instant menacée, sera toujours avec vous.

Saint Lucie, Vierge et Martyre († ca 304) : leçons des Matines

Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »

Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » À ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Prières

Oratio

Aurem tuam, quǽsumus, Dómine, précibus nostris accómmoda : et mentis nostræ ténebras, grátia tuæ visitatiónis illústra : Qui vivis.

Oraison

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Oratio

Exáudi nos, Deus, salutáris noster : ut, sicut de beátæ Lúciæ Vírginis tuæ festivitáte gaudémus ; ita piæ devotiónis erudiámur affectu. Per Dóminum nostrum.

Oraison

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

Prière de Dom Prosper Guéranger (1805-1875)

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. Ô lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Iuste et pie vivamus exspectantes beatam spem et adventum Domini.
Ã. Vivons avec justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

Antienne grégorienne “Iuste et pie”

Antienne Iuste et pie
Ã. Tanto pondere eam fixit Spiritus Sanctus ut virgo Domini immobilis permaneret.
Ã. L’Esprit-Saint rendit Lucie si pesante, que la Vierge du Seigneur demeura sans pouvoir être déplacée.

Antienne grégorienne “Tanto pondere”

Antienne Tanto pondere