Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

Mercredi 18 novembre (ReConfinement J20) : Dédicace de Saint-Pierre et Saint-Paul

La Punchline du Père Faber

L’œil prompt à saisir les fautes d’autrui, l’oreille qui aime à écouter les critiques, et la langue d’un grand parleur, seront les marques d’une âme fervente quand l’arc-en-ciel deviendra l’emblème du désespoir.

Des leçons des Matines de la Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs à Rome

Parmi les sanctuaires vénérés autrefois des Chrétiens, les plus célèbres et les plus fréquentés étaient ceux dans lesquels des corps de Saints avaient été ensevelis, ou bien dans lesquels se trouvait quelque vestige ou quelque souvenir des Martyrs. Au nombre de ces lieux saints et au premier rang, l’on distingua toujours cette partie du Vatican appelée Confession de saint Pierre. Les Chrétiens, en effet, y accouraient de tous les points de l’univers, comme à la pierre ferme de la foi et au fondement de l’Église, et vénéraient avec une religion et une piété souveraines, l’emplacement consacré par le sépulcre du prince des Apôtres.

L’empereur Constantin le Grand vint là huit jours après avoir reçu le baptême ; il déposa le diadème, et, prosterné à terre, versa des larmes abondantes. Après quelques instants, ayant pris une houe et un hoyau, il se mit à creuser le sol. Il en tira douze corbeilles de terre, en l’honneur des douze Apôtres, désigna l’emplacement destiné à la basilique du prince des Apôtres et y fit commencer la construction d’une église. Le Pape saint Sylvestre la dédia le quatorze des calendes de décembre (18 novembre), en y observant les mêmes rites que pour la consécration de l’église du Latran, qui avait eu lieu le cinq des ides de novembre (9 novembre). Il y érigea un autel de pierre, qu’il oignit du saint chrême, et ordonna que dès lors on ne construirait plus que des autels en pierre. Saint Sylvestre dédia encore la basilique de l’Apôtre saint Paul, élevée à grands frais sur la route d’Ostie, par le même empereur Constantin. Cet empereur donna de grandes richesses à ces basiliques et les orna de splendides présents.

La basilique vaticane menaçant ruine par l’effet du temps, elle a été, grâce à la dévotion de beaucoup de Pontifes, totalement reconstruite sur un plan plus vaste et plus magnifique. Urbain VIII l’a solennellement consacrée l’an mil six cent vingt-six, en la date même où elle l’avait été lors de sa première érection. Quant à la basilique de la voie d’Ostie, un terrible incendie la consuma presque entièrement, en 1823. Par les soins infatigables de quatre Papes, elle a été plus splendidement réédifiée, et comme vengée de son désastre. Pour la consacrer, une occasion très favorable s’offrit à Pie IX : la proclamation récente du dogme de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie avait attiré à Rome, des régions les plus éloignées de l’univers catholique, un grand nombre de Cardinaux et d’Évêques. Il la dédia donc solennellement, entouré de cette magnifique couronne de membres du Sacré Collège et de Pontifes, le 10 décembre 1854, et fixa à ce jour (18 novembre) la mémoire de cette solennelle Dédicace.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #4

Depuis l’année 1000 jusqu’à l’année 1100.

Durant ce siècle comme durant les autres, l’Ordre de saint Benoît a produit des Apôtres zélés, des Martyrs généreux, des Docteurs très savants, beaucoup de Princes avec un nombre infini de grands Saints et de très-grands hommes.

Parmi tout ces illustres Solitaires le fameux S. Wolfgang si connu par toute l’Allemagne peut tenir le premier rang, ses grands et heureux travaux lui ont mérité le nom d’Apôtre de la Hongrie. Saint Adalbert le suivit de bien près et exerça son zèle dans la Bohême et dans beaucoup d’autres provinces, qu’il enrichit par ses vertus, et qu’il arrosa de ses sueurs. Saint Lubentius parut encore en ce temps dans l’Allemagne avec beaucoup de gloire. Il ne faut pas oublier saint Abbon Abbé de saint Benoît-sur-Loire, qui convertit les Gascons à la foi de Jésus-Christ, pour laquelle il souffrit après un glorieux martyre. Il ne faut pas non plus omettre saint Boniface, qu’on peut nommer le père des Huns, des Slavons, et des Rutènes ; puisque par ses Sermons et ses peines il les a engendrés en Jésus-Christ. La Religion Chrétienne fit en ce temps d’admirables progrès dans la Pologne, et dans la Bohême par le zèle et par les travaux de nos pères. L’Égypte même fut éclairée de la pure lumière de Jésus-Christ par les soins et par le zèle du saint Abbé Benon. La foi tant de fois plantée et cultivée dans la Hongrie par nos Religieux fut encore renouvelée en ce temps par leur zèle. Saint Gérard convertit toute la Silésie avec des peines infinies et avec un courage apostolique. Saint Humbert enflammé du même feu éclaira encore la Sicile et acquit de nouveau cette île à la Religion Chrétienne.

Le grand saint Adalbert, cet Apôtre si célèbre de la Pologne, de la Prusse, de la Bohême et de la Hongrie, reçut en ce temps la couronne du Martyre pour le juste prix de ses glorieux travaux. Saint Bruno reçut la même récompense après avoir converti la Sarmatie et la Lituanie à la foi de Jésus-Christ. La Pologne et la Bohême furent aussi embellies du sang des saints Martyrs, Benoît, Matthieu, Jean, Isaac, et de plusieurs autres de nos Moines. L’Angleterre fut aussi arrosée et rendue féconde en ce temps par le sang que nos Pères y répandirent pour la foi. Saint Colman enrichit aussi la Hongrie, la Silésie, et la Moravie par son Apostolat et par son Martyre. Enfin saint Gérard planta la Religion Chrétienne dans la Hongrie où elle avait tant de fois été plantée par le zèle de nos Pères et arrosée de leurs sueurs et de leur sang. Il l’anoblit aussi par son Martyre.

À peine la détestable hérésie de Bérenger avait été conçue, que nos Solitaires  savants et zélés la découvrirent, et la combattirent généreusement. Fulbert le maître excellent de ce disciple impie, fut un de ceux qui le réfuta avec plus de force et de succès. Paschase Radbert Moine de Corvey en France, et plusieurs de ses Confrères écrivirent contre cette même hérésie, avant même qu’elle eut paru, la providence de Dieu préparant ainsi par nos Confrères un antidote souverain à un mal qui n’était pas encore, mais qui devait bientôt paraître. Ce fut avec le même zèle et avec les mêmes armes que nos Pères s’opposèrent aux erreurs anciennes des Manichéens, qui renaissaient en France. Ce fut encore durant ce siècle que Dithmar parut avec éclat et que ce grand homme défendit la Foi Catholique, attaqua et surmonta les hérésies, qui s’élevaient de toutes parts. Gui y parut encore avec beaucoup d’honneur, et mérita le titre glorieux d’ennemi irréconciliable de toutes les erreurs. Roger et Alger deux  savants Moines de Corvey en Saxe, et plusieurs Bénédictins zélés s’opposèrent aussi courageusement à l’hérésie de Bérenger, qui faisait de grands ravages et de grands maux dans l’Église, Adalman disciple de Fulbert et Gui d’Arezzo furent du nombre de ceux qui par leur zèle étouffèrent ce monstre.

Tout le monde sait les maux que la simonie attira sur l’Église; on sait qu’elle l’aurait enfin entièrement désolée si le Pape Léon IX ne s’y fut opposé, et s’il ne l’eut condamnée dans trois Conciles qu’il assembla pour cet effet ; et si le Cardinal Pierre Damien n’eut puissamment réfuté l’erreur de ceux qui soutenaient, qu’il fallait ordonner de nouveau les simoniaques. Quels efforts ne fit pas saint Humbert pour étouffer le schisme, qui divisait et qui divise encore l’Église d’Orient de l’Église Romaine ? Enfin on peut dire que l’Église a triomphé de l’hérésie de Bérenger et de celle des simoniaques par le zèle et par la vigueur des enfants de saint Benoît, puisque ce fut sous la conduite et par l’autorité d’Hildebrand qu’on obligea cet hérésiarque trois fois relaps d’abjurer enfin et d’abandonner ses erreurs. Alberic fit aussi des merveilles dans cette occasion, et y mérita le nom glorieux de défenseur du très-saint Sacrement de l’Autel. Les Milanais qui avaient reçu les erreurs et le schisme et qui les avaient conservés si longtemps, les abandonnèrent par les soins et par les travaux de Pierre Damien, qui ne cessa jamais de combattre les hérétiques et les Schismatiques, qui divisaient l’unité de l’Église, et voulaient corrompre sa foi. Saint Pierre le Solitaire chassa la simonie de la Toscane, et Pierre Damien surmonta l’hérésie des incestueux. On peut ajouter, que saint Wolfhelm arrêta l’hérésie de Bérenger qui renaissait encore après avoir été tant de fois condamnée, et que saint Guidmond la réfuta solidement par ses écrits. Enfin que saint Bruno convainquit cet hérésiarque dans le Concile Romain. La simonie avait infecté tout le Diocèse de Mayance, mais Siegfrid l’en chassa par sa doctrine et par son zèle. Enfin le Cardinal Pierre Damien réunit les habitants de Ravenne à l’Église Catholique, que le schisme en avait séparés.

À tant d’Apôtres des nations, à tant de généreux Martyrs, à tant d’illustres Prélats et de  savants Docteurs, que l’Ordre a produits durant ce siècle, il faut ajouter les Princes et les Princesses qui ont abandonné les douceurs et les grandeurs du monde pour embrasser notre Institut. Je commencerai par sainte Édith Reine et Religieuse, qui mourut en ce temps après une très sainte vie ; par saint Vilbelme fils d’Arduin Roi d’Italie et Abbé de Fruttuaria, qui garantit la France d’une funeste guerre par une admirable prudence. Le Cardinal Baronius parle aussi en ce temps de la bienheureuse Thérèse fille du Roi Veremond. Pandulphe quitta la principauté de Salerne, fit profession au Mont-Cassin, et y passa le reste de sa vie avec une patience et une humilité admirable. Son exemple attira Athenulphe fils du Prince de Bénévent. Mais ce qu’on voit de plus grand dans ce siècle, c’est le courage de l’Impératrice sainte Cunégonde, qui méprisa toute la majesté de l’Empire, pour embrasser notre Institut. Guillaume Roi d’Italie en fit autant ; et Gisèle Reine de Hongrie femme de S. Étienne abandonna aussi le monde, entra dans l’Ordre, et suivit de bien près la sainteté de son mari. Le célèbre Monastère de Cluny rendit à la Pologne le Prince Casimir, après l’avoir rendu digne de régner sur la terre et de triompher dans le Ciel. Il ne faut pas oublier sainte Agnès épouse de l’Empereur Henri troisième, qui préféra l’obscurité du voile Bénédictin à tout l’éclat de la couronne impériale. Sancha Reine de Castille en fit autant. Et pour ne pas trop grossir cet abrégé, en rapportant un très grand nombre de Princes et de Princesses qui se sont cachés dans nos Monastères pour éviter la corruption du monde ; je n’y ajouterai que les Princesses filles de l’Empereur Henri troisième, qui par une générosité qu’on doit admirer, firent moins d’état du luxe de la Cour et des délices de l’Empire, que de la pauvreté et de l’austérité de la Religion.

L’Université de Magdebourg, fondée et gouvernée par nos Religieux, avait déjà paru avec beaucoup d’éclat par ses maîtres excellents dans toutes les sciences et dans tous les arts. Mais au commencement de ce siècle elle parut avec un éclat bien plus grand par les soins et par la doctrine éminente du grand Adalbert Évêque de Prague et Apôtre des Wendes. Éthard Moine de Lunebourg en Saxe après avoir éclairé l’Église par la doctrine, après l’avoir édifiée par sa sainteté, l’éclaire et l’édifie encore par les beaux Commentaires qu’il nous a laissés sur plusieurs Livres de la Sainte Écriture. Alger dont nous avons déjà parlé, Solitaire de Corbie en Saxe, parut encore en ce temps par sa rare doctrine. Le Royaume de Bohême aura cette obligation éternelle à l’Ordre de saint Benoît que ce fut par les soins et par la libéralité de Mlada fille du Duc de Bohême et Religieuse, que ses premiers Collèges furent fondés. Trithème parle avec beaucoup d’honneur de Rosweide Religieuse très sainte et très savante, dont il rapporte les écrits. Mais un des plus beaux ornements de l’Ordre et de toute l’Église dans ce siècle, c’est Burchard Évêque de Worms, qui écrivit avec tant de peine et d’érudition le Livre des Décrets. Tous les  savants et surtout ceux qui aiment l’histoire n’ont pas moins d’obligation au Moine Dithmar. Saint Osmar a été le premier qui a établi des écoles publiques en Flandre, et Gui d’Arezzo a inventé la méthode d’apprendre le plein chant et la musique, dont on se sert encore à présent. Marianus Scotus se fit aussi connaître en ce siècle par son bel esprit. Et saint Lanfranc Moine du Bec et puis Archevêque de Cantorbéry a donné à la Théologie Scolastique sa naissance et ses premiers progrès.

Vittegonius Abbé d’Auge se distingua durant ce siècle, et mérita d’être appelé la bouche et la main de son Prince, et la forte colonne de l’Église et de l’État. S. Maieul Abbé de Cluny n’éclata pas moins en ce temps, on le nomma l’oracle des Rois et le miracle. Saint Odilon le suivit de bien près ; ce fut lui qui rétablir l’observance de la Règle de saint Benoît, partout où elle s’était affaiblie. Ce fut encore ce saint Abbé qui procura le premier aux âmes du Purgatoire un soulagement qui durera toujours, en instituant la mémoire que l’Église en fait tous les ans. Nous ne devons pas oublier le célèbre Abbé saint Léon, qui assembla un Concile à Reims, et qui y présida au nom du Pape Jean XV non plus que le Pape Grégoire V qui institua les Princes Électeurs de l’Empire. Enfin nous ne devons pas oublier le Pape Silvestre, qui après avoir fait profession de notre Règle, fut élevé au Souverain Pontificat pour son rare mérite. Ce fut lui qui donna à la Hongrie le titre de Royaume, ce fut lui qui publia la première croisade, qui inventa les horloges, et qui défendit les droits de l’Église avec une fermeté invincible. Saint Fulbert Évêque ne combattit pas avec moins de zèle pour la cause de Dieu, et ne surmonta pas avec moins d’honneur, les usurpateurs des biens ecclésiastiques. Saint Sergius IV remplit très-dignement le Siège Apostolique, et l’embellit par sa rare sainteté. Saint Elphège éclaira toute l’Angleterre, il fut Archevêque de Cantorbéry; et il aima si fort ses ennemis, que par des pains sanctifiés par sa prière et bénis de sa main il chassa la peste de leur armée et en guérit tous les soldats. Ajoutons à tant d’admirables Bénédictins l’illustre Tognon Évêque de Magdebourg Chancelier de l’Empereur Henri. Et saint Jean Abbé du Mont-Cassin, qui remplit la Hongrie et l’Illyrie des colonies de parfaits Solitaires. Saint Poppon Abbé reprit hardiment l’Empereur Henri, et ce Prince reçut avec respect ses justes remontrances, et se corrigea de ses défauts. Durant ce siècle la terre perdit deux grands ornements par une mort précieuse devant Dieu. Le premier fut S. Romuald ce prodige de sainteté. La Congrégation de Camaldule, qu’il avait instituée, fit en ce temps de si grands progrès, qu’il semblait que tous les hommes voulaient abandonner le monde pour habiter les déserts. Le second fut saint Fulbert Évêque de Chartres, duquel nous avons déjà parlé plusieurs fois, il était si savant, qu’après sa mort on disait que toute la science du monde était ensevelie dans son tombeau. Saint Gérard rendit le Royaume de Hongrie tributaire à la Mère de Dieu. Le grand Conrad après avoir refusé l’Épiscopat, rétablit l’observance régulière dans un très grand nombre de Monastères, et remplit plusieurs provinces de Solitaires très parfaits. Nos Religieux portèrent en ce temps leur zèle et leur sainteté dans l’Arabie, ils s’établirent sur la montagne de Sinaï, où la foi fut donnée, et nourrirent toute l’Égypte par un miracle continuel. La seule Congrégation de Cluny produisit dans ce siècle un nombre innombrable de grands hommes en toutes façons. On ne peut assez louer le saint Pontife Grégoire VI qui par un amour incomparable, qu’il avait pour l’Église, et par une humilité, qui n’avait point encore eu d’exemple, quitta volontairement le Souverain Pontificat, et se retira dans un de nos Monastère, afin de finir un schisme qui divisait le Corps Mystique de Jésus-Christ. Léon IX mérite bien autant d’honneur, puisqu’il abandonna sans contrainte la même dignité, qu’il avait reçue de l’Empereur, et qu’il en laissa l’élection libre au Clergé et au peuple de Rome ; il bannit par un zèle digne de lui le vice infâme d’impureté, qui corrompait les Ecclésiastiques et qui souillait toute l’Église. Herman Contrat doit avoir une place parmi tant d’illustres et de Saints de l’Ordre : ce grand homme se distingua par ses vertus et par la tendre dévotion qu’il avait pour la Mère de Dieu. Il est l’Auteur (?) de cette Antienne si dévote que l’Église chante partout Salve Regina. Il faut finir l’abrégé de ce siècle par deux grands Papes enfants de saint Benoît. Saint Estienne, qui défendit la liberté de l’Église avec tant de générosité. Et Grégoire II qui a si bien servi l’Église et l’Empire ; il avait érigé en Royaumes la Dalmatie et la Croatie.

Prières

Oratio

Deus, qui nobis per síngulos annos huius sancti templi tui consecratiónis réparas diem, et sacris semper mystériis repæséntas incólumes : exáudi preces pópuli tui, et præsta ; ut, quisquis hoc templum benefícia petitúrus ingréditur, cuncta se impetrásse lætétur. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Méditation du Père Frederick William Faber (1814-1863)

Ô douceur ineffable du mystère de la prière ! Laissez-moi le répéter : oui, l’une des fins pour lesquelles nous avons été mis sur la terre, c’est l’intercession. L’une des fins de notre adorable Sauveur, lorsqu’Il répandit jusqu’à la dernière goutte de son précieux sang, c’était de rendre notre intercession agréable à Dieu et efficace. L’un des tributs d’amour que Dieu attend de nous maintenant, c’est encore l’intercession. Cependant, combien de temps avons-nous coutume de consacrer au délicieux exercice de ce grand privilège ? Nous achetons à bon marché une réputation de piété, à force de parler de Dieu avec une aisance extraordinaire, et d’ennuyer les autres en leur présentant sans cesse de nouveaux plans pour réformer l’Église et faire prospérer les intérêts du Catholicisme. Parleurs intrépides, pour la plupart du temps nous nous arrêtons là ; et nous reculons quand il s’agit de se mettre à l’œuvre. Oh ! Oui, chacun de nous a son psaume, sa prophétie et sa doctrine : les Corinthiens étaient loin de posséder une sagesse égale à la nôtre, des dons aussi variés que nous ; que sont-ils en comparaison de nous ? Nous eussions étonné Saint Paul ; quels oracles ! Quels êtres utiles, nécessaires à Dieu ! Voilà, d’après nos discours, ce que nous sommes, ou plutôt ce que nous pensons être ! Maintenant, je voudrais bien savoir combien nous prions. J’aimerais voir quelle proportion existe entre l’intercession que nous formulons tout bas et les critiques que nous faisons tout haut. Je crains qu’elle ne soit bien faible ; car je ne puis m’empêcher de m’imaginer que si nous priions davantage, nous sentirions combien nous prions peu, et, par pudeur, nous n’oserions point parler. Je suis sûr que les gens qui prient se trouvent cachés parmi ceux qui ne nous disent point sans cesse tout l’intérêt qu’ils prennent dans les affaires Catholiques. L’œil prompt à saisir les fautes d’autrui, l’oreille qui aime à écouter les critiques, et la langue d’un grand parleur, seront les marques d’une âme fervente quand l’arc-en-ciel deviendra l’emblème du désespoir, jamais avant !

Antienne

Ã. Zachǽe, festínans descénde ; quia hódie in domo tua opórtet me manére. At ille festínans descéndit, et excépit illum gaudens in domum suam. Hódie huic dómui salus a Deo facta est, allelúia.

Ã. Zachée, descends vite, car aujourd’hui, il faut que je demeure dans ta maison. Et lui descendit bien vite, et le reçut avec joie dans sa maison. Aujourd’hui le salut a été accordé par Dieu à cette maison, alleluia.

Antienne grégorienne “Zachæe”

Antienne Zachaee

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

Mardi 17 novembre (ReConfinement J19) : Sainte Gertrude la Grande

La Punchline de Sainte Gertrude

Je ne demande à Jésus qu’une seule chose : que jamais ma volonté ne soit en désaccord avec la sienne.

Saints Bénédictins : Sainte Gertrude d’Helfta, Vierge

Nous sommes à Helfta, monastère fondé par les comtes de Mansfeld, non loin de Eisleben, qui doit être la patrie de Luther. L’abbaye compte parmi ses religieuses une jeune fille de vingt-cinq ans, qui est notre Gertrude. L’abbesse était Gertrude de Hackeborn, née en 1232, abbesse en 1251, morte en 1291. Notre sainte n’est donc pas et ne sera jamais l’abbesse de cette maison, comme une similitude de nom l’a fait croire à des critiques peu sagaces. Mais elle en est le charme et l’exemple, et, si nous osions prononcer ce mot en parlant de religieuses ferventes, elle en est l’orgueil : aucune ne sait comme elle saisir les enseignements de l’école du monastère, et elle a fait de rapides progrès dans l’étude des arts libéraux, telle qu’on la comprend à cette époque. N’oublions pas que la culture des lettres était en faveur dans les monastères allemands du moyen âge, et qu’elle était regardée comme une partie essentielle du patrimoine des deux Ordres bénédictins. Ajoutons aussi que Gertrude s’applique surtout à la lecture de la Sainte Écriture, qui n’était pas délaissée comme les protestants ont voulu le faire croire, et qu’elle ne néglige rien pour chanter l’office comme il convient. Il y a vingt ans qu’elle est au monastère; car elle y est entrée à l’âge de cinq ans (1261). Or, c’est en ce moment qu’elle est convertie (27 janvier 1281), d’une de ces conversions dont parlent les saints quand ils pleurent leur vie passée, et qu’ils chantent les miséricordes de Dieu. Souvenons-nous, pour nous en faire une idée, de la conversion de sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Parmi les désordres dont Gertrude s’accusait plus tard, il faut noter un goût exagéré pour l’étude des lettres et des sciences.

Mais Jésus-Christ voulait devenir son seul maître, et il donna tant de charme et de puissance à ses exhortations, que la sainte en fut complètement transformée. Comme Marie, sœur de Marthe, elle oublia tout pour se mettre à ses pieds, et elle s’appliqua toute à l’écouter dans le silence des puissances de son âme et dans une entière docilité. L’action de la grâce s’affirma de plus en plus efficace. Elle produisit d’abord dans le cœur de la religieuse une sorte de trouble, qui lui inspira le dégoût de tout ce qui est terrestre. Puis elle lui fit voir que ce cœur n’était pas assez purifié pour être une demeure digne du céleste Époux. Elle la remplissait en même temps de courage et de confiance. Jésus-Christ lui disait : « Ton salut viendra bientôt  : pourquoi t’attrister à ce point? N’as-tu pas un conseiller, un ami, qui peut apaiser tes douleurs toujours renaissantes? » Et il ajoutait : « Je te sauverai et te délivrerai : ne crains rien… Avec mes ennemis, tu as léché la terre, sucé le miel adhérent aux épines. Reviens enfin à moi, et je te ferai bon accueil, et je t’enivrerai du torrent des joies divines. »

Gertrude répondit à cet appel, et, pour récompenser sa bonne volonté, le Maître voulut lui témoigner d’une manière sensible qu’il prenait possession de son cœur. Écoutons la voyante, quand elle nous raconte ce qui lui arriva à cette occasion : « Un jour, — c’était entre la Résurrection et l’Ascension, avant prime —, je m’assis près de l’étang, et je me mis à considérer la beauté de ce lieu. Il me plaisait à cause de la limpidité de l’eau courante, de la verdeur des ombrages, des oiseaux, et particulièrement des colombes, qui s’y ébattaient en toute liberté, mais surtout pour la profonde quiétude que je goûtais dans ce lieu retiré. Je me demandai ce que je voudrais ajouter aux charmes de cet endroit pour que mon bonheur fût parfait, et je souhaitai qu’il y eût quelqu’un pour s’entretenir avec moi dans cette solitude. Et vous, mon Dieu, qui savez procurer des joies inestimables, et qui, j’en ai la confiance, aviez dès le principe dirigé le cours de mes pensées, vous avez fait aussi aboutir vers vous la fin de cette méditation, en m’inspirant la réflexion suivante: si, à la manière d’un cours d’eau, je faisais retourner à vous, par une gratitude continuelle et appropriée, les grâces qui me sont venues de vous; si, croissant en vertus de même que les arbres grandissent, je m’ornais de bonnes œuvres comme ils se parent de feuillage; si, enfin, méprisant les choses terrestres, je volais comme une colombe vers les biens célestes, et si, imposant à mes sens corporels une rupture avec le tumulte des choses extérieures, j’occupais mon âme de vous seul, alors mon cœur deviendrait pour vous la plus délicieuse des demeures. » La sainte continue : « Tout le jour, j’eus l’esprit occupé de ces pensées. Le soir, avant de prendre mon repos, au moment où je venais de fléchir les genoux et de m’incliner pour faire ma prière, je me rappelai tout à coup ce passage de l’Évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »( Jean 4, 23). Et, au-dedans de moi-même, mon cœur de boue sentit d’une manière très intime votre arrivée en moi. Je voudrais mille et mille fois que la mer fût changée en sang, pour la faire passer sur ma tête, afin d’inonder cette sentine d’extrême misère que vous avez daigné choisir pour demeure, ô vous, qui êtes ce qu’il y a de plus parfait dans l’ineffable majesté ! Si, du moins, je pouvais avoir pendant une heure mon cœur entre les mains, pour le mettre en pièces, le purifier et en brûler toutes les scories, afin qu’il devienne pour vous une demeure, non pas digne, mais moins indigne de vous! »

Admirables accents! où l’amour le plus éprouvé est toujours accompagné de l’humilité la plus profonde et la plus sincère ! Nous les retrouvons, variés sans doute dans leur expression, mais au fond toujours les mêmes, dans les pages où Gertrude nous raconte les autres faveurs qu’elle reçut du Maître: quand, par exemple, il daigna imprimer ses plaies dans le cœur de sa docile épouse, ou quand il le transverbéra d’une blessure d’amour. Mais comment pourrions-nous rendre comme il faut ces récits admirables, pour lesquels le latin de Gertrude est lui-même insuffisant?

Nous ne pouvons toutefois résister au désir de traduire le passage où elle nous raconte un autre trait de la condescendance de Jésus-Christ à son égard : « C’était, nous dit-elle, en cette nuit sacrée où, grâce à la douceur apportée par la rosée de votre divinité, les cieux versèrent le miel. Mon âme, comme une toison exposée dans l’aire de la charité, essaya de se pénétrer de cette rosée par la méditation, et, par l’exercice de sa dévotion, elle essaya de remplir un office dans cet enfantement plus que céleste, par lequel la Vierge mit au monde son Fils, vrai Dieu et vrai homme, de même que l’astre émet son rayon. Il me sembla tout à coup que l’on me présentait et que je recevais dans un coin de mon cœur un tendre enfant, né à l’heure même, dans lequel était caché le don de la suprême perfection., un don vraiment excellent ! Pendant que mon âme le possédait en elle, il lui sembla qu’elle était tout à coup changée dans la même couleur que lui, si l’on peut appeler « couleur» ce qui n’est comparable à aucune espèce visible. Mon âme perçut encore une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur: « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28), alors qu’elle se sentait posséder son Bien-Aimé descendu dans son cœur, et qu’elle se réjouissait de l’heureuse présence d’un Époux si plein d’une suave douceur. C’est pourquoi elle buvait avec une insatiable avidité les paroles suivantes, qu’une main divine lui versait ainsi qu’un doux breuvage: « Comme je suis, dans ma divinité, la figure de la substance de Dieu le Père, ainsi tu seras l’image de ma substance du côté de l’humanité, en recevant dans ton âme déifiée des effluves de ma divinité, de même que l’air reçoit les rayons du soleil: pénétrée de ce principe unitif, tu seras disposée à une union plus intime avec moi. »

Par une faveur plus grande encore, elle fut marquée du sceau de la Sainte Trinité. Mais au lieu de nous arrêter à discuter la nature de ce miracle, nous aimons mieux parler de sa dévotion au Sacré Cœur. Elle avait reçu de Jésus-Christ saint Jean l’Évangéliste pour patron particulier. Or, un jour qu’elle avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ, elle demanda à l’apôtre ; « N’avez-vous pas ressenti, vous aussi, le bien-aimé de Dieu, la douceur de ces très suaves pulsations, quand vous avez reposé pendant la Cène sur cette même poitrine, dont la douceur cause encore maintenant un tel bonheur à mon âme? » ll répondit : « Oui, je le confesse, j’ai senti et ressenti cette douceur: la suavité de ces pulsations pénétra jusqu’à l’intime de mon âme, de même que la liqueur la plus suave donne de la douceur à une miette de pain frais. De plus, elles ont enflammé mon cœur d’une manière puissante, de même qu’une chaudière bouillante est échauffée par l’ardeur excessive du feu. » Alors la sainte: « Et pourquoi, reprit-elle, avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu, que vous n’en avez pas dit un seul mot qui le donnât à entendre pour notre progrès spirituel? » L’apôtre répondit: « Ma mission était autre. À l’Église récemment fondée, j’avais à faire connaître, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une seule parole, propre à satisfaire jusqu’à la fin du monde l’intelligence du genre humain tout entier, mais telle que personne ne peut la comprendre parfaitement. Mais la suave éloquence que possèdent ces pulsations a été réservée à notre temps, afin qu’à les entendre, le monde déjà vieux et tiède dans l’amour de Dieu se sente réchauffé. »

Il faudrait citer tout le livre; mais nous nous arrêterons ici. Aussi bien, ce que nous avons le plus admiré, ce ne sont pas ces dons extraordinaires dont nous venons de donner une faible idée, ni les miracles et les prophéties qui ont marqué la vie de Gertrude et montré le caractère divin de sa mission. C’est la théologie sublime qui apparaît dans tous ses écrits, et dont une synthèse suffisamment étudiée serait utile à bien des âmes. On a dit que sainte Gertrude était la théologienne du Sacré Cœur. Nous l’admettrons bien volontiers, pourvu que ce mot ne soit pas pris dans un sens trop exclusif: elle a parlé très souvent et très explicitement de ce divin Cœur, mais elle a traité aussi d’autres points très importants. Nous préférons dire que sainte Gertrude a enseigné d’une manière admirable la théologie de l’Incarnation.

Essayons de résumer sa doctrine : par là même nous caractériserons sa sainteté et sa direction spirituelle. Jésus-Christ est tout pour l’homme. La conséquence de ce principe, c’est que nous devons recourir à lui dans tous nos besoins, toutes nos détresses et toutes nos peines. Il est l’ami auquel nous devons nous confier, le refuge où nous devons nous retirer, le trésor où nous pouvons toujours puiser. Pour être conforme aux desseins de Dieu, notre vie sera toujours unie à la sienne, animée et vivifiée par elle. La sainte recourait à lui avec une entière confiance. Se sentait-elle insuffisamment préparée pour la communion, elle priait Jésus de suppléer à son indigence, et elle s’approchait sans crainte de la Sainte Table. Rien de ce qu’elle put lire n’eut assez de pouvoir pour lui faire omettre une seule de ses communions. Et, pour le dire en passant, nous ne saurions trop recommander ses écrits à ceux qui gardent au fond de leur cœur des objections contre la communion fréquente. Cette confiance apparaissait dans une foule de circonstances. Un jour qu’elle marchait dans un chemin escarpé, elle fit une chute dangereuse. Sa première pensée fut de s’écrier : « Quel bonheur pour moi, Seigneur bien-aimé, si cette chute avait précipité ma réunion avec vous ! » Les religieuses présentes, tout étonnées, lui demandèrent si elle ne craignait pas de mourir sans sacrements. « Je désire de tout mon cœur, reprit-elle, recevoir les sacrements de l’Église, si utiles à l’âme; mais je place au-dessus de toutes les préparations la providence et la volonté de mon Maître. Je suis certaine, quel que soit le genre de mort qui m’enlève de ce monde, de n’être pas privée de la miséricorde du Seigneur : seule elle peut me sauver, aussi bien dans une mort subite que dans une mort à laquelle je me serais longuement préparée. »

Par une conséquence naturelle et nécessaire, Gertrude sentait que pour répondre à tant d’amour et à des bienfaits si multiples, l’homme doit être tout à Dieu et ne rien se réserver. De là une pureté de cœur qui eut pour résultat non pas seulement de garder dans toute sa Splendeur le beau lis de sa virginité, non pas seulement de la préserver de tout péché volontaire, mais encore de la détacher de toute amitié naturelle, de toute propriété, de toute sollicitude inutile. Notre-Seigneur daigna témoigner un jour à sainte Mechtilde, la maîtresse de sainte Gertrude, combien il aimait dans la jeune religieuse ce désir de lui plaire en toutes choses: « Elle marche devant moi, disait-il, sans me perdre de vue un seul instant. Elle n’a qu’un désir: connaître le bon plaisir de mon cœur; et, dès qu’elle l’a appris, elle l’exécute avec un incroyable empressement. À peine a-t-elle accompli une de mes volontés qu’elle m’interroge pour en savoir une autre, et elle s’y conforme avec la même promptitude. Ainsi, toute sa vie est pour ma gloire.»

Est-il besoin d’ajouter que l’humilité de la sainte était profonde, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en passant? L’âme qui a conscience de ce que Dieu est pour elle, échappe plus facilement aux tentations de l’orgueil. Elle voit les bienfaits dont elle est comblée, et elle se rend compte du mauvais usage qu’elle en fait : comment pourrait-elle être impressionnée par les séductions de l’amour-propre? L’admirable voyante disait avec une profonde conviction : « Le plus grand de vos miracles à mes yeux, Seigneur, c’est que la terre puisse porter une pécheresse aussi indigne que je le suis. » Longtemps elle balaya seule la maison, et elle aimait à rendre aux plus petits les services les plus répugnants. Mais, d’autre part, elle ne jugeait pas à propos de cacher les grâces dont elle était l’objet. Profondément convaincue que personne plus qu’elle n’en était indigne, elle estimait que c’étaient des semences qui passaient dans son âme pour aller fructifier sur de meilleures terres. C’était donc déshonorer les dons de Dieu que de les laisser enfouis dans la sentine de son cœur, et elle devait les tirer de ce cœur pour les déposer dans d’autres cœurs, plus dignes de les recevoir et plus propres à en user pour la gloire de Dieu. C’était par une pensée semblable qu’elle repoussait les tentations de vaine gloire. Elle se disait alors : « Si quelqu’un, en te voyant, cherche à imiter ce qui lui paraît bon, sans imiter ton orgueil, tout sera pour le mieux : ce sera autant de gagné pour Dieu. »

Mais ce que nous croyons devoir signaler comme un trait particulier de la piété de sainte Gertrude, c’est ce que le P. Faber appelle « la liberté d’esprit ». Voici ce que l’éminent Oratorien écrit à ce sujet : « Où règne la loi de Dieu, où souffle l’esprit du Christ, là est la liberté. Nul ne peut lire les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d’exemplaires et de traductions de leurs œuvres. Sainte Gertrude en est un bel exemple : elle respire partout l’esprit de saint Benoît. » Et plus loin : « Il est assez difficile de parler de liberté d’esprit sans avoir l’air de recommander la négligence, ou de soutenir l’inexactitude, la paresse et le caprice. Mais nous pouvons en toute sécurité développer ce sujet d’après sainte Gertrude elle-même. » Un trait nous montrera comment elle pratiquait cette liberté d’esprit. Une nuit, se sentant défaillir, elle mange une grappe de raisin dans l’intention de soulager dans sa personne le Seigneur lui-même. Celui-ci daigna accepter cette intention, et il lui dit : « Maintenant, je puise à ton cœur un délicieux breuvage. Il compense, par sa douceur, l’amertume du fiel et du vinaigre que, pour l’amour de toi, je laissai exprimer sur mes lèvres, quand j’étais attaché à la Croix. »

Nous voudrions continuer, et parler, par exemple, de cette charité de Gertrude qui se portait vers le soulagement de toutes les misères, aussi bien dans le purgatoire que sur la terre. La sainte est encore, tous le savent, une des âmes favorisées des révélations que l’on consulte avec le plus de fruit pour savoir comment soulager les âmes des défunts. Toutefois, nous ne voulons pas la quitter sans signaler sa tendre dévotion à Marie, et rappeler un trait qui nous montre comment cette dévotion était récompensée. Le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Gertrude récitait le Salve Regina. Quand elle arriva à ces mots : « Illos tuos misericordes oculos ad nos converte », elle vit Marie tenant dans ses bras le divin Enfant. La Vierge toucha délicatement le menton de son Fils, et, dirigeant vers Gertrude et ses compagnes le visage et les yeux de Jésus : « Les voici, dit-elle, mes yeux très miséricordieux: ce sont les yeux de mon Fils, et je puis en tourner les regards vers tous ceux qui m’invoquent, pour le salut éternel et la sanctification des âmes. »

Insondables desseins de la Providence, nous nous étonnerions si nous ignorions que vous êtes voulus et dictés par l’infinie Sagesse! Quarante ans environ après la mort de sainte Gertrude survenue en 1302 ou 1303, le monastère de Helfta fut incendié, et le souvenir de la sainte ne put le défendre des horreurs de la guerre. Aujourd’hui, il ne reste plus de ce monastère que la petite chapelle où elle pria si souvent, et où elle fut favorisée bien des fois des apparitions de Notre-Seigneur : encore cette chapelle est-elle profanée, puisqu’elle sert de grenier à foin. Du moins, la sainte nous a laissé de sa sagesse et de sa piété deux monuments incomparables, que personne, il faut l’espérer, ne parviendra désormais à faire disparaître : le Héraut de l’amour divin et les Exercices spirituels. C’est devant ces livres que nous irons nous recueillir, comme dans un sanctuaire, pour écouter ce que Gertrude nous enseigne au nom du Maître qu’elle a choisi de préférence aux docteurs du siècle. À l’école de sainte Gertrude, nous rencontrerons sainte Thérèse, qui avait tant de dévotion pour elle, et aussi saint François de Sales, qui citait avec tendresse et avec bonheur les aspirations de la pieuse Bénédictine . Ceux qui ne la connaissent pas encore seront étonnés qu’une si admirable voyante ait pu leur demeurer jusqu’alors étrangère. Ils s’efforceront comme nous, sans aucun doute, de la signaler à l’admiration de leurs frères.

A. Lépître dans La Revue Universitaire, T. XXV, Lyon, 1897, pp. 228-236

Prières

Oratio

Deus, qui in corde beátæ Gertrudis Vírginis iucúndam tibi mansionem præparásti : ipsíus méritis et intercessióne ; cordis nostri máculas cleménter abstérge, et eiúsdem tríbue gaudére consórtio. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Prière à Sainte Gertrude

​Grâces soient rendues au Seigneur Dieu, source de tous les vrais biens, par tout ce qui est renfermé dans l’étendue des cieux, les limites de la terre et les profondeurs de l’abîme. Que tous les êtres chantent en son honneur cette louange éternelle, immense, immuable, qui, procédant de l’Amour incréé, ne s’achève parfaitement qu’en Lui. Louanges pour la plénitude débordante de cette tendresse divine qui, dirigeant son cours impétueux vers la vallée de notre humaine fragilité, a jeté sur Gertrude, parmi toutes les autres, un regard de prédilection, à cause de ses propres dons par lesquels le Seigneur l’avait attirée à Lui.

Seigneur, je vous loue et vous rends grâces pour tous les bienfaits dont vous avez comblé votre servante Gertrude, je vous loue par cet amour qui vous a fait la choisir de toute éternité pour une grâce si spéciale, l’attirer à vous si suavement, l’unir à vous par une telle familiarité, trouver en elle vos complaisances et vos joies, enfin consommer si heureusement sa vie.

Je vous offre, Seigneur, cette prière de dévotion en union avec l’amour qui vous a fait descendre du ciel sur la terre et accomplir toute votre œuvre de la rédemption des hommes ; en union aussi avec l’amour qui vous fit endurer la mort, puis offrir celle-ci au Père avec tout le fruit de votre très sainte Humanité. Ainsi soit-il.

Prière de Sainte Gertrude pour offrir à Dieu nos actions

Père, je vous confie ceci en union avec les œuvres très parfaites du Seigneur votre Fils, afin que vous l’ordonniez au salut de l’univers, selon votre volonté toujours digne de louanges.

Prière de Sainte Gertrude à Marie pour réparer nos négligences

Je vous offre, ô Mère sans tache, en réparation pour toutes mes négligences, le Cœur très noble et très doux de Jésus-Christ. Seul, en effet, ô Marie, ce Cœur si glorieux et qui renferme en lui tous les biens, peut vous présenter la somme de tout ce qui existe de plus désirable, de tout ce que la dévotion de chaque homme et l’ardeur de ses prières peuvent témoigner d’honneur à votre divine maternité.

Prière de Sainte Gertrude avant de s’endormir

Par la suavité tranquille avec laquelle, de toute éternité, vous avez reposé dans le sein du Père ; par le séjour délicieux qui fut votre repos; durant neuf mois, dans le sein de la Vierge ; par la délectation très agréable que vous daignez savourer en certaines âmes que vous chérissez davantage, je vous supplie, ô Dieu de toute miséricorde, veuillez m’accorder, non pour ma commodité, mais à votre éternelle louange, ce repos de la nuit, afin que mes membres fatigués retrouvent le libre exercice de leurs forces.

Antienne

Ã. Rogemus omnes beatam Gertrudim et humiliter supplicemus ut fiat nobis in caelo coram excelso supplicatrix quae pro Christi amore suam castitatem reservavit in terris.

Ã. Prions tous la bienheureuse Gertrude, et supplions-la avec humilité : qu’elle devienne pour nous dans le Ciel une médiatrice auprès du Très-Haut, elle qui, pour l’amour du Christ, a gardé sa chasteté sur la terre.

Antienne grégorienne “Rogemus omnes"

Antienne Rogemus omnes

Lundi 16 novembre (ReConfinement J18)

Lundi 16 novembre (ReConfinement J18)

Les degrés de la douceur par Saint Jean Climaque

Le premier degré de la mansuétude consiste à souffrir les outrages et les humiliations, quelque amertume et quelque douleur que l’âme en ressente encore.

Le second degré consiste à les supporter avec calme et tranquillité.

Le troisième, qui est la perfection de la douceur, à recevoir les mépris et les injures avec plus de plaisir que les mondains ne reçoivent les louanges qu’on leur donne.

Saints Bénédictins : Saint Othmar de Saint-Gall (†759)

Walafrid Strabon, abbé de Reichenau (†849), s’intéressa à l’histoire de l’abbaye voisine de Saint-Gall; il écrivit la vie d’Othmar d’abord en appendice à celle de saint Gall, puis dans une biographie spéciale dont il reprit les éléments à celle qu’avait composée le diacre Gozbert vers 830. La valeur historique du récit de Walafrid Strabon est sujette à caution : il cherchait à dégager les moines de Saint-Gall de tous liens d’obéissance envers l’évêque de Constance, et il a sollicité l’histoire pour faire remonter l’immunité monastique à Othmar, sinon à saint Gall lui-même.

À vrai dire quand saint Gall, renonçant à suivre son maître saint Colomban dans sa vie errante, s’était fixé sur les bords de la Steinach, il ne désirait rien d’autre que de vivre la vie érémitique dans un cadre stable. Lors de sa mort survenue après 627, il fut enterré sur place. Sur son tombeau aussitôt vénéré comme celui d’un saint, on construisit une église autour de laquelle il y eut toujours quelques ermites qui suivaient peut-être la règle de saint Colomban.

Vers 720 Othmar devenu abbé imposa la Règle de saint Benoît, transformant ainsi la colonie d’ermites en une abbaye qui devait au siècle suivant prendre une importance considérable. D’après Walafrid Strabon, Othmar né en Thurgovie avait été élevé à la cour du comte de Coire Victor, et après son ordination sacerdotale, il avait été chargé du soin d’une église dédiée à saint Florinus. Le noble Waltram, qui revendiquait par droit héréditaire la propriété du domaine de Saint-Gall aurait prié le comte Victor d’autoriser Othmar à venir prendre la direction des ermites. Dans la Vie de saint Gall, Walafrid Strabon prétend que Charles Martel prit le monastère sous sa protection et lui fit d’amples donations; dans la Vie d’Othmar le même Walafrid Strabon attribue ces bienfaits au roi Pépin. Il ne faut voir dans ces épisodes qu’une invention destinée à faire croire que l’abbaye de Saint-Gall était de fondation royale. En réalité, bien que limités, les droits des évêques de Constance étaient réels au VIIIème siècle. Les moines n’obtinrent leur première charte d’immunité qu’en 818; celle de 854 consacra leur pleine indépendance. D’après les chroniqueurs de Saint-Gall, Pépin et Carloman auraient multiplié les donations généreuses; il faut en rabattre : au temps d’Othmar, les bâtiments étaient certainement modestes, puisque tous durent être reconstruits au début du siècle suivant, et les chartes conservées nous montrent que l’extension du domaine monastique est bien postérieure à Othmar. La pauvreté des débuts eut l’heureux résultat de donner aux moines une ardeur qui fit trop souvent défaut à leurs successeurs. Le moine Vinithar raconte qu’alors ses confrères n’hésitaient pas à mendier des feuilles de parchemin, ne serait-ce qu’une seule, pour constituer leur bibliothèque; quant à lui, il consentait à copier tout ce que l’on voulait en échange de quelques-unes de ces précieuses feuilles.

Walafrid Strabon se contente de vanter la charité et l’humilité d’Othmar en rapportant quelques anecdotes. Souvent Othmar rentrait nu au monastère, parce qu’il avait laissé tous ses vêtements aux pauvres. Un jour Pépin lui avait donné 70 marcs d’argent; il en fit part si largement aux pauvres rencontrés sur son chemin qu’il serait arrivé les mains vides si ses compagnons n’avaient modéré sa générosité. Il avait aménagé pour les lépreux un abri où il se rendait la nuit pour laver et panser leurs plaies.

Si Othmar dédaignait les richesses, il n’en était pas de même de ses voisins, les comtes Warin et Ruadhart, dont l’administration se transformait souvent en vols éhontés. Othmar alla porter plainte à Pépin qui ordonna aux comtes de restituer ce qu’ils avaient pris. Ils n’en firent rien et, quand Othmar voulut aller rendre compte de leur conduite, ils se saisirent de lui et subornèrent de mauvais moines qui l’accusèrent de crimes graves. D’abord emprisonné au palais, il fut relégué dans une île du Rhin en face de Stein (Argovie). Soumis à un régime très dur et en butte à des gardiens indiscrets et malveillants, il y mourut le 16 novembre 759.

Dès l’année 768 ou 769 le corps d’Othmar fut ramené à Saint-Gall et déposé dans l’église. Sa reconstruction ayant été entreprise en 830, le corps fut emmené dans l’église Saint-Pierre située dans le cimetière près du monastère. Le 25 octobre 864, on le rapporta dans la nouvelle église Saint-Gall. Enfin le 24 septembre 867, il fut transporté en présence des moines de Reichenau et de Kempten dans la nouvelle église Saint-Othmar. À partir de cette époque, on célébra à Saint-Gall, le 16 novembre, la fête principale de saint Othmar pourvue d’une vigile, et le 24 septembre la translation de ses reliques.

Vie des Saints par les Bénédictins de Paris

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #3

Depuis l’année 900 jusqu’à l’année 1000.

Presqu’au commencement de ce siècle deux excellents Apôtres de l’Ordre, saint Rimbert et saint Étienne, couronnèrent leur Apostolat par une mort glorieuse; le premier fut le véritable père des Danois, et le second avait aussi engendré en Jésus-Christ les peuples de la Suède, de la Gothie (Götaland) et Heltingie. Saint Otger et saint Adalvard eurent le même sort et la même gloire dans ces mêmes provinces. Les saints Adalgar et Viggar suivirent leurs beaux exemples, et eurent part à leurs couronnes. Saint Radboud Évêque d’Utrecht eut le même zèle, et travailla avec le même succès dans la Frise. Les Goths et les Danois, peuples farouches, ayant encore abandonné la Religion Chrétienne, saint Unni Évêque de Brême les ramena à Jésus-Christ par la force de ses prédications. Saint Guibert animé d’une ferveur toute divine alla au devant de l’armée des Hongrois, et par son admirable éloquence en convertit les principaux Chefs. La corruption s’était glissée dans la Flandre, et en avait dérèglé les mœurs et la discipline Ecclésiastique; mais saint Gérard la rétablit par l’efficacité de ses discours et par la sainteté de sa vie. Dans ce même siècle toute la Bohême reçut la foi du Fils de Dieu par le ministère de nos Religieux. Et pour finir ici ce court et glorieux Catalogue de nos Apôtres, en supprimant un nombre bien plus grand ; il faut ajouter que saint Adalbert a mérité par ses travaux et par son zèle le beau nom d’Apôtre des Wendes (Sorabes).

En France, en Espagne et dans les Pays-Bas, on vit au commencement de ce siècle un très grand nombre de Moines, qui méritèrent par une mort glorieuse la couronne du martyre. Le Mont-Cassin déjà si glorieux par le séjour de notre saint Patriarche et par la vie pure de nos Pères, fut encore embelli en ce temps du sang de plusieurs de ses enfants répandu pour la gloire de Dieu. Saint Berthaire donna aussi sa vie pour soutenir la foi de Jésus-Christ, et le fameux Jean Scot, après avoir éclairé son Collège par ses savantes leçons, le rendit illustre par son glorieux martyre. Quelle gloire pour le Monastère de Jumièges d’avoir enrichi le Paradis de neuf cent Martyrs, qui donnèrent leur vie pour la Foi Chrétienne dans un seul jour ? S. Foulques et saint Grimbald méritèrent en même temps la vie éternelle par une glorieuse mort. Le sang de nos Religieux répandu en Sicile pour la foi de Jésus-Christ rendit toute cette île glorieuse et féconde en sainteté. L’Allemagne fut aussi arrosée et embellie du même sang. Enfin saint Venceslas Duc de Bohême mérita par une belle mort une couronne plus brillante, que celle de tous les Rois de la terre.

Nous avons parlé du grand Hincmar Archevêque de Reims à la fin du siècle précèdent, et il embellit encore celui-ci par sa doctrine et par son zèle pour la Foi Catholique. Saint Sanson montra durant ce siècle la force de son esprit et de sa grâce en combattant les impiété des Sarrazins et les rêveries de Mahomet. La France se vit aussi avec plaisir délivrée de la tyrannie des Normands par le zèle et par le courage de saint Foulques. Le Pape Jean XI répara avec avantage toutes les pertes de l’Église par trois Conciles qu’il célébra. Notre admirable Rather eut un zèle ardent pour la vérité, qui lui mérita la gloire d’être nommé la terreur des Princes et le fléau des hérétiques. Ce fut ce grand homme qui s’opposa avec un courage invincible aux erreurs des Antropomorphites et des Sacramentaires. L’Italie troublée par les dissensions reçut la paix et la tranquillité par le zèle et par les négociations de saint Odon. Ce fut dans ce même siècle que nos Pères découvrirent plusieurs hérésies, et qu’ils les combattirent heureusement. Saint Adalric accorda les différends des Princes et arrêta la fureur des armées sur le point de donner combat. Adalbert, excellent Solitaire, après mille travaux, planta la foi de Jésus-Christ dans la Russie. Enfin ce furent en ce temps que tant de savants Moines, qui veillaient sans cesse sur la Maison de Dieu, découvrirent les erreurs qui se glissaient de toutes parts contre la vérité du Sacrement de l’Eucharistie ; ils s’y opposèrent quand ils les eurent découvertes, les combattirent glorieusement, et soutinrent la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans cet adorable mystère.

Je ne sais pas s’il y a eu aucun siècle depuis la naissance du monde, qui ait été plus riche en grands hommes et en grands Saints que celui-ci. Et je sais que presque tous ont été Solitaires et enfants de Saint Benoît ; de cette multitude infinie en voici un petit nombre. Saint Sunderold Archevêque de Mayence, qui mourut glorieusement pour la défense de sa patrie. Le grand Otton son successeur à qui l’Allemagne et tout l’Empire ont tant d’obligation. Frédéric ce fameux Patriarche d’Aquilée, qui institua le premier la Fête de la Conception immaculée de la Mère de Dieu. Tutelon duquel l’Église a reçu ce qu’elle chante de plus beau. Hildebert qui couronna l’Empereur Othon, et qui l’aida par de sages conseils à gouverner l’Empire. Le célèbre saint Odon, Abbé de Cluny, qui par ses sages négociations fit la paix entre les Princes Chrétiens, et qui rétablir l’observance de la Règle de saint Benoît dans l’Italie et dans la France, où elle était fort affaiblie. Ce grand homme porta son zèle et sa réputation si loin, que plus de deux mille Monastères furent soumis à sa conduite dans toutes les parties du monde. Il ne faut pas oublier S. Dunstan, la lumière et la gloire de l’Angleterre, il fit plier sous sa fermeté les Grands, les Prélats, les Princes et les Rois. Il ne faut pas non plus oublier S. Ælphegle un illustre Prélat d’Angleterre, Arnauld Archevêque de Reims, et saint Mayeul Abbé si fameux par ses miracles et par sa sainteté. Saint Oswald le fléau des hérétiques et des pécheurs. Æthelwold le véritable père des pauvres. Eckard Précepteur du jeune Othon. Enfin il ne faut pas passer sous silence saint Romuald l’honneur de l’Église et la lumière du monde.

Ajoutons à tant de grands hommes, qui sont sortis de nos Cloîtres, qui ont servi l’Église et éclairé le monde ; un grand nombre de grands Seigneurs, de Princes généreux qui y sont entrés, après avoir méprisé leur grandeur et toute la douceur de cette vie, pour embrasser l’austérité de notre Règle. Je n’en rapporterai qu’un fort petit nombre d’un beaucoup plus grand que je laisserai, Il faut commencer par un Roi de Moravie nommé Svatopluk, qui peu après sa conversion conçut tant d’estime de nos Religieux, qui l’avaient instruit et converti avec tous ses Sujets, il eut tant d’amour pour notre Institut, qu’il quitta la pourpre, et sa couronne, pour se couvrir de notre habit, et passa le reste de sa vie dans un Monastère avec beaucoup d’austérité et de soumission. Une illustre Reine nommée Ethelswide et la Princesse sa sœur, suivirent cet admirable exemple. Le Monastère de Quedlinburg fut un Séminaire de Princesses, qui par une vie pure et régulière méritèrent la couronne du Paradis. Mathilde, fille de l’Empereur Henri fut la Fondatrice et la première Abbesse de cette illustre et sainte Maison. Æthelflæd, fille d’Alfred Roi d’Angleterre et la Princesse sa sœur abandonnèrent aussi le monde, et ce qu’il a de grand, pour faire profession de notre Règle. Constantin troisième Roi d’Écosse, et Hugues Roi d’Italie, se refugièrent dans notre Ordre pour assurer leur salut. Pour vaincre le monde et pour mériter la félicité éternelle, Gloire, épouse de Légion Roi d’Espagne, et la Princesse Elvire sa fille, changèrent le faste de la Cour avec l’humilité du Cloître. Willa Reine d’Italie femme de Berenger second passa une partie de sa vie sous le joug de la Règle de S. Benoît. Burchard neveu de Henri premier, désira notre habit avec ardeur, et le porta toute sa vie avec une grande sainteté. Mais ce siècle ne vit rien de plus grand et de plus beau, que l’exemple de deux Impératrices, qui après avoir généreusement foulé aux pieds la couronne et la pourpre impériale, vécurent dans notre Ordre avec une sainteté et une humilité qui les a rendues plus illustres et plus glorieuses, que tous les Empires du monde; la première est sainte Mathilde épouse de l’Empereur Henri premier et mère d’Othon, elle est connue dans l’Église par ses prophéties et par son admirable sainteté. La seconde est sainte Adelaïde femme d’Othon premier.

Après tant de grands Princes et de saintes Princesses, qui ont embelli nos Monastères et édifié le monde durant ce siècle; il faut nommer une partie de ceux qui l’ont éclairé par leur doctrine. Je commence par saint Neotus qui rétablit dans son premier éclat l’Université d’Oxford la plus célèbre d’Angleterre, que nos Moines avaient fondée, et qui avait perdu une partie de son lustre à la fin du siècle passé. Foulques Archevêque de Reims rétablit aussi et éclaira l’Université de cette Ville. Et nos Confrères composèrent en ce temps et transcrivirent tant de Livres, que dans la seule Bibliothèque du Monastère de Novalle on en compta six mille et six cents Volumes. Il n’y en avait pas moins dans la plupart de nos grands Monastères. C’est une obligation que l’Église et tous les savants ont à tant de saints et doctes Solitaires, qui ont composé, qui ont transcrit et qui ont conservé ces riches trésors à la postérité. En ce même temps parut le grand Osfride si habile dans les Lettres saintes et profanes, à qui l’Allemagne a tant d’obligation. Reginon vivait aussi durant ce siècle, ce grand homme, qui ramassa avec une si grande érudition ce qu’il y a de plus beau dans les écrits des Saints Pères et dans les Décrets des Conciles touchant la discipline de l’Église. Rudgar composa aussi le Livre des Décrets avec un travail extrême pour lui; mais avec une utilité infinie pour l’Église. Ce grand homme avait gouverné l’Église de Trêves avec beaucoup de prudence et de sainteté. Nos plus célèbres Abbayes n’étaient pas seulement durant ce siècle, des écoles de toutes les vertus, elles étaient encore des Universités, où l’on enseignait toutes les sciences et tous les arts. En voici quelques-unes des plus connues les Monastères de Fulda, de Saint-Gall, d’Auge, de Mayence, de Corvey, de Prüm, de Milan et de Saint-Denis, de Trêves, de Reims, d’Auxerre, de Fleuri et de Visbourg. Je ne parle pas des autres Universités, qui ont produit en ce temps et dans les siècles suivants, un nombre sans nombre de Solitaires très savants et très saints. Nous n’eussions rien su de l’histoire des Saxons ni des belles actions du grand Othon si Widukind Moine de Corvey en Saxe ne les eut écrites et laissées à la postérité ; et si Flodoard ne nous eut laissé son excellente Chronique, nous eussions été privés de la connaissance de quantité de choses remarquables de l’antiquité ; et l’on peut voir par là que nos Moines n’ont pas été des fardeaux inutiles à la terre et à l’État; puisque leur Solitude a été si utile à toute la République Chrétienne, et que de leurs cellules ils ont veillé pour découvrir les ennemis de l’Église, et qu’ils ont soutenu la foi et la piété.

Prières

Neuvaine à l’Enfant-Jésus (du 16 au 24 de chaque mois)

Comme de coutume au Prieuré Notre-Dame de Bethléem, nous commençons aujourd’hui la Neuvaine à l’Enfant-Jésus. Confions tous nos besoins à l’Enfant-Jésus.

Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.
Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.
Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.

Prière de Sainte Jeanne de Chantal (1572-1641)

Ô Bonté souveraine de la souveraine Providence de mon Dieu, je me délaisse pour jamais entre vos bras ; soit que vous me soyez douce ou rigoureuse, menez-moi désormais par où il vous plaira. Je ne regarderai point les chemins par où vous me ferez passer, mais vous, ô mon Dieu, qui me conduisez ; mon cœur ne trouve point de repos hors des bras et du sein de cette céleste Providence, ma vraie mère, ma force et mon rempart ; c’est pourquoi je me résous, moyennant votre aide divine, ô mon Sauveur, de suivre vos désirs et ordonnances sans jamais regarder ou éplucher les causes de pourquoi vous faites ceci plutôt que cela, mais à yeux clos je vous suivrai selon vos volontés divines sans rechercher mon propre goût ; c’est à quoi je me détermine de laisser tout faire à Dieu, ne me mêlant que de me tenir en repos entre vos bras, sans désirer chose quelconque, que selon qu’Il m’incitera à désirer, à vouloir et à souhaiter. Je vous offre ce désir, ô mon Dieu, vous suppliant de le bénir, entreprenant le tout appuyé sur votre bonté, libéralité et miséricorde, en la totale confiance en vous et défiance de moi et de mon infinie misère et infirmité. Ainsi soit-il.

Antienne par Luca Ricossa

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

Dimanche 15 novembre (ReConfinement J17) : 24ème dim. après la Pentecôte

La Punchline du Père Garrigou-Lagrange

Dieu nous aime beaucoup plus que nous ne pensons, surtout à ces heures d’épreuve, où il semble nous abandonner, et où il nous accorde ses grâces les plus précieuses, les plus profondes et les plus vivifiantes.

Deux paraboles de Jésus (Mt 13, 31-35) : commentaire de Dom Paul Delatte

Le grain de sénevé

La comparaison de la semence est si heureuse et si riche d’harmonies secrètes que le Seigneur ne croit pas l’avoir épuisée encore ; et après avoir feint de chercher ailleurs un symbole nouveau du Royaume de Dieu, il revient à son idée première. « Comment figurerons-nous, se demande-t-il, le Royaume de Dieu ? En quelle parabole le transposerons-nous ? Comparons-le au grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son jardin ou dans son champ. » Cette parabole nouvelle a pour dessein de marquer le contraste qui existe entre les commencements de l’Église et les splendeurs de son entier développement ; et aussi, entre les débuts de la vie surnaturelle chez chaque chrétien et son entier épanouissement. De ce contraste, une leçon se dégage, celle-là même que l’Apôtre aura pour mission spéciale de formuler : à savoir que l’action de l’homme s’est révélée impuissante, que le salut, que la refonte de l’humanité entière sont l’œuvre et la création de Dieu : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ » (Eph 2, 10). Qu’est-ce, à l’origine, que la vie surnaturelle en nous ? Une parole, un exemple, une lumière rapide et soudaine, une direction dans laquelle nous avons été engagés à notre insu. L’événement était chétif et insignifiant en apparence. Et pourtant, voici que, peu à peu, tout dans notre vie vient ressortir à ce punctum saliens ; voici qu’une préparation silencieuse amène aux pieds de Dieu toutes nos activités, même les plus soudaines et les plus rebelles. Et le phénomène qui s’accomplit en notre existence individuelle se répète dans l’humanité. Qu’est-ce, à l’origine, que l’Église ? Une pauvre crèche, une maison de Nazareth, une prédication simple et contestée, douze pêcheurs, cent vingt personnes réunies dans le Cénacle et priant ensemble. C’est quelque chose de tout petit, un grain de sénevé, la plus menue des semences qu’un cultivateur puisse jeter en terre. Mais voici que le grain de sénevé monte, monte ; il dépasse, et de beaucoup, tout ce qui croît dans le jardin ; il devient un arbre et pousse de grands rameaux, en sorte que sous son ombre et sur ses branches les oiseaux du ciel viennent chercher leur repos et leur demeure.

Les doctrines des philosophes et des sages de ce monde se présentent sous d’autres dehors que le grain de sénevé évangélique. Elles sont de belle apparence, elles sont travaillées, soignées, elles sont le fruit de longues et ingénieuses réflexions. Regardons de près : elles sont tout en broussailles. Chacune d’elles bénéficie de sa nouveauté : mais aucune ne dépasse la hauteur de l’homme. On les compare, car elles sont toutes de même taille. Elles ne sauraient grandir ni étendre leurs rameaux : l’humanité n’y trouvera jamais un abri. Inintelligibles à la foule, qu’elles n’atteignent pas, elles ne sont que l’amusement de quelques rêveurs, le charme d’un dilettantisme prétentieux. Elles demeurent d’ailleurs totalement infructueuses pour le bien. Encore si elles n’étaient qu’infécondes ! Mais le plus souvent elles découragent l’intelligence, obscurcissent le réel et dissolvent la volonté. N’est-ce pas l’histoire de tous les âges ? — Après avoir appliqué la parabole du semeur à l’époque du Seigneur et aux temps apostoliques, celle de l’ivraie à l’époque des hérésies premières : Judaïsme, Gnosticisme, Manichéisme, peut-être pourrions-nous rapporter la parabole du grain de sénevé à l’époque de la paix de l’Église et de sa diffusion par le monde. Il va de soi que nous n’attachons à ces rapprochements qu’une valeur toute relative et de résultat, non d’intention formelle chez le Seigneur.

Le levain dans la pâte

« À quoi comparerai-je le Royaume de Dieu? disait encore Jésus. Il est semblable au levain que prend une femme pour le mêler à trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte entière soit levée. » Il semble qu’une parabole achève le dessin d’une autre parabole. Tous les phénomènes de germination que décrivaient les premières laissaient dans l’ombre deux éléments : la transformation, et la transformation de tout l’ensemble. Ils sont fournis maintenant par cette parabole du levain, empruntée d’ailleurs, elle aussi, à un phénomène vital. La foi n’est pas un système philosophique, une tentative d’explication des choses : on a dit, et quelquefois dans un sens très inexact et qui prétendait éliminer la doctrine : la foi, c’est une vie. Oui, c’est réellement une vie, mais transformée par le ferment de la doctrine, pénétrée par cet élément actif et assimilateur. La vie chrétienne ne saurait se constituer en dehors de la théologie ; son progrès est en proportion de l’œuvre de notre intelligence surnaturelle. Que signifient les trois mesures où la femme cache son levain ? Nombre de commentateurs répondent : le corps, l’esprit, l’âme, selon l’enseignement de l’Apôtre (1 Th 5, 23) ; mais on pourrait tout aussi bien supposer que les sata tria sont l’intelligence, la volonté, et toute l’activité, intérieure et extérieure, guidée par elles : c’est la triple région que doit pénétrer, élargir, vivifier le ferment divin. Si on entend la parabole au point de vue, non plus individuel, mais social, on peut, si l’on veut, y voir les trois races qui se partagent le monde. Mais toutes ces interprétations ont peu d’importance, puisque les trois mesures formaient simplement la quantité normale et ordinaire de pâte ou de farine préparée pour une cuisson (Gn 18, 6). Et l’intention première de la parabole du levain est de décrire le développement du christianisme, l’épanouissement du Royaume de Dieu : l’humble parole évangélique aboutissant à changer la face de la terre.

Les paraboles

C’est ainsi, concluent les évangélistes, que le Seigneur exposait aux foules la parole de Dieu. Pendant toute cette période, il ne s’adressait à elles que sous cette forme parabolique, la seule qui fût alors à leur portée. Il réalisait ainsi le programme qu’avait dessiné l’auteur inspiré du Psaume 77, Asaph, figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « J’ouvrirai la bouche pour parler en paraboles, je révélerai des choses cachées depuis la formation du monde, » des vérités que l’homme n’a jamais entendues. On peut se demander comment le Psalmiste se propose de formuler une doctrine mystérieuse et des vérités au sens profond, alors qu’en réalité il n’est question, dans tout son poème, que de l’histoire d’Israël « depuis l’origine », c’est-à-dire depuis la sortie d’Égypte jusqu’au règne de David. Mais il faut se souvenir que, selon la doctrine de saint Paul (1 Cor 10, 11), toute la vie du peuple juif est une parabole en action, dont la vie chrétienne doit recueillir le sens et le fruit.

Les évangélistes ont fait un choix parmi les paraboles du Seigneur, et saint Marc nous dit positivement que le Maître en a prononcé beaucoup d’autres analogues. Elles ont toutes un rapport commun au Royaume de Dieu. Mais il est assez vraisemblable que celles-là mêmes qui sont groupées ici, chez saint Marc et surtout chez saint Matthieu, ont été dites en divers temps, selon les circonstances et lorsque le thème de la parabole se présentait au Seigneur et aux foules. En effet, énoncer tout d’un trait cinq ou six paraboles eût-il été un procédé d’enseignement bien efficace ? Il est vrai que la foule comprenait peu ou point, à raison de ses dispositions fâcheuses, et qu’aux disciples eux-mêmes le Seigneur devait, en particulier, expliquer à fond toutes choses. — Il semble que les trois paraboles qui, dans saint Matthieu, suivent immédiatement l’explication de la parabole de l’ivraie, ont été prononcées devant les disciples seulement. Elles n’appartiennent qu’au premier évangéliste. Leur dessein est encore de substituer à l’essai de théocratie appliqué dans l’histoire juive un concept plus élevé du Règne de Dieu.

Saint Albert le Grand, évêque et docteur de l’Église 

« Il fut nommé à juste titre un pacificateur »

Saint Albert, le saint allemand, « la lumière de l’Allemagne », surnommé le Grand à cause de sa science éminente, naquit à Lauingen, sur le Danube, de la noble famille des Bollstädt. Il fit ses études à Padoue, où l’influence du Bienheureux Jourdain, second général de l’Ordre des Dominicains, le décida à entrer dans cet Ordre des Frères Prêcheurs, récemment fondé. Bientôt il fut envoyé en Allemagne, où il exerça le professorat dans différentes villes, spécialement à Cologne ; c’est là qu’il eut pour élève saint Thomas d’Aquin. Il reçut à Paris, en 1240, le grade de maître en théologie. Il y avait grande affluence à ses cours. En 1254, il fut élu provincial de son Ordre pour l’Allemagne. Il séjourna longtemps à la cour du pape Alexandre Il, qui le nomma, en 1259, évêque de Ratisbonne ; mais il revint, en 1263, à Cologne pour reprendre en main la direction de son Ordre, œuvre qui fut couronnée du plus grand succès. Son action comme conseiller, comme pacificateur et comme directeur spirituel reçut d’abondantes bénédictions de Dieu. Il mourut à Cologne le 15 novembre 1280. Le 16 décembre 1931, le pape Pie XI l’a mis au nombre des saints et élevé au rang de docteur de l’Église. Le grand œuvre de sa vie fut sa production littéraire qui remplit 21 volumes. Ce sont, pour une part importante, des commentaires d’Aristote, qui fut ainsi révélé à l’Occident, et de la Sainte Écriture. La légende raconte qu’Albert le Grand aurait jeté les plans de la cathédrale de Cologne ; ce n’est certainement pas exact. En réalité, il a jeté les plans d’une nouvelle et puissante cathédrale, « de la nouvelle cathédrale de la philosophie chrétienne, élevée sur les fondations et sur les piliers de la pensée et de la conception aristotélicienne, que le disciple de saint Albert, saint Thomas d’Aquin, a achevée » (Söhngen).

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Prières

Oratio

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus : ut, semper rationabília meditántes, quæ tibi sunt plácita, et dictis exsequámur et factis. Per Dóminum.

Oraison

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites que méditant toujours les vérités que vous avez proposées à notre intelligence, nous recherchions dans nos paroles et accomplissions dans nos actes ce qui vous est agréable. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Oratio

Deus, qui beátum Albértum Pontíficem tuum atque Doctórem in humána sapiéntia divínæ fídei subiiciénda magnum effecísti : da nobis, quæsumus ; ita eius magistérii inhærére vestígiis, ut luce perfécta fruámur in cælis. Per Dóminum.

Oraison

Ô Dieu, vous avez donné au bienheureux Albert, votre Pontife et Docteur, la grandeur de soumettre la sagesse humaine à la foi divine : donnez-nous, nous vous en prions, de suivre si bien les traces de ce maître que nous puissions jouir au ciel de la lumière parfaite. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prière de Saint Albert le Grand (1200-1280)

Seigneur Jésus-Christ, suprême Sagesse, après nous avoir favorisés de votre lumière, donnez-nous la force de bien agir, afin que nous méritions de goûter de nouveau la douceur de la contemplation. Puisque vous nous avez engendrés avec amour, portés avec peine, enfantés laborieusement avec douleur, voici que nous pleurons des larmes de contrition sur nos propres péchés et ceux des autres, de tendresse sur notre présent séjour de misère et de dévotion sur l’éloignement de la Patrie, où notre tristesse sera convertie en joie quand nous vous reverrons, vous, notre cœur, et que personne ne nous enlèvera notre joie. Ainsi soit-il.

Antiennes

Ã. Qui caelorum continues thronos et abyssos intueris, Domine, rex regum, montes ponderas, terram palmo concludis : exaudi nos, Deus, in gemitibus nostris​, alleluia.

Ã. Vous qui contenez les trônes des cieux et qui scrutez les abîmes, Seigneur, roi des rois, vous équilibrez les montagnes, vous enfermez la terre au creux de votre main ; exaucez-nous, ô Dieu, dans nos gémissements, alleluia.

Antienne grégorienne “Qui caelorum”

Antienne Qui caelorum

Ã. O doctor optime, Ecclesiæ sanctæ lumen, beate Alberte, divinæ legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

Ã. Ô Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Albert, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Samedi 14 novembre (ReConfinement J16) : Comm. des bénédictins défunts

Le mot de Saint Benoît

Craindre le jour du jugement.
Redouter l’enfer.
Désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de l’esprit.
Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.

Du livre de Saint Augustin : « Des devoirs à rendre aux morts »

Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.

Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décédés dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.

Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre le soin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.

Dom Mège : Des religieux et des religieuses les plus illustres de l’Ordre de Saint Benoît #2

Depuis l’an 680 jusqu’à l’an 780.

Outre les Apôtres des nations que notre Ordre a produits au siècle précédent, que nous avons rapportés ; outre un plus grand nombre que nous avons omis, il ne faut pas oublier saint Kilian, qui convertit toute la Franconie à la foi de Jésus-Christ, après en avoir instruit et baptisé le Prince. Il ne faut pas oublier non plus plusieurs de nos Solitaires, qui plantèrent la foi chrétienne dans la Saxe Orientale, et qui en convertirent le Roi. Les glorieux saints Egbert, Wigbert et Théodore portèrent l’Évangile en diverses provinces avec un succès merveilleux. Saint Lambert gagna à Jésus-Christ la Champagne et le Brabant. La Westphalie, la Frise et la Hollande converties au Sauveur du monde furent les fruits des travaux de saint Wigbert. Saint Willibrord combattit et surmonta l’idolâtrie dans plusieurs provinces. De Moine Bénédictin il fut fait Évêque d’Utrecht. Saint Turmie prêcha la vérité chrétienne aux Saxons dans des lieux où elle n’avait jamais été connue. Le même S. Willibrord soumit à Jésus-Christ une grande partie des peuples du Septentrion; il fut l’Apôtre des Danois. S. Suitbert n’acquit pas moins de gloire et n’eut pas moins de succès en portant la parole de Dieu dans les provinces les plus farouches de l’Allemagne et de la Thrace; et en obligeant par son admirable éloquence les peuples du Brenzen et leurs voisins à adorer Jésus-Christ qu’ils avaient toujours méprisé. S. Marcellin établit la véritable Religion dans toute la Transylvanie, après en avoir entièrement banni l’idolâtrie. Il faut ajouter à ces Apôtres de tant de nations saint Boniface, que le Pape Grégoire II envoya en Allemagne; car ce Saint éclaira toutes ces grandes provinces des lumières du Saint-Esprit dont il était rempli. Le Cardinal Baronius parlant de lui, l’a justement nommé le fils du tonnerre ; puisqu’il exerça son apostolat avec tant de ferveur, de zèle et de succès, qu’après avoir entièrement ruiné l’idolâtrie, et dissipé les hérésies, il soumit encore à Jésus-Christ les pays de Hesse et de Thuringe. Nos Solitaires savants et zélés après avoir dissipé avec tant de gloire l’idolâtrie de presque toute l’Europe, eurent d’autres ennemis à combattre et une autre nuit à dissiper par la clarté de Jésus-Christ. Car ce siècle fut infecté d’un très grand nombre d’hérésiarques, et obscurci par une infinité d’hérésies. Mais tout cela ne servit qu’à donner à nos Solitaires une moisson plus ample de travaux, de combats, de victoires et de nouveaux triomphes. Saint Agathon, qui avait été tiré du Monastère pour être élevé sur le trône apostolique, s’opposa généreusement aux Monothélites et aux Iconoclastes ; il les combattit et les surmonta, assurant à Jésus-Christ ses deux volontés comme ses deux natures, et aux saintes images l’honneur qui leur est dû, et qu’on leur refusait. Ce fût pour ce sujet qu’il assembla ce Concile célèbre de Constantinople, qui est le sixième général. Le Pape Sergius son successeur au Siège de saint Pierre, qui avait été Moine comme lui, imita son courage et sa conduite. Il s’opposa avec une constance digne du Chef de l’Église à l’Empereur et au faux Concile qu’il avait assemblé dans la même ville impériale, Grégoire II, qui avait aussi ajouté à la profession monastique la première dignité de l’Église, a laissé à la postérité un exemple admirable de courage et de force, lors que pour soutenir l’honneur des saintes images et la pureté de la foi, il excommunia l’Empereur Léon et le priva de l’Empire d’Italie.

Les autres Prélats, qui avaient été tirés de nos Cloitres pour gouverner les Églises, imitèrent ces saints Pontifes. Ils attaquèrent et confondirent les mêmes hérésies avec un semblable succès, Saint Jean de Damas vainquit les ennemis des images. La Bavière était toute infectée d’hérésie, et saint Boniface l’en purgea. La simonie fut aussi combattue et surmontée par Othon un de nos Religieux. Enfin S. Étienne Pape assembla un Concile à Rome, dans lequel il abolit entièrement l’hérésie des ennemis des images, qui renaissait et qui s’augmentait sans cesse.

Qui pourrait expliquer les grands et importants services que nos Solitaires ont rendus à l’Église Romaine durant ce siècle, et les avantages qu’ils lui ont procurés. Benoît II lui a rendu et assuré sa liberté, et a fait reconnaitre au monde son autorité souveraine. La plus grande partie de son domaine temporel est un des soins et du courage du Pape Zacharie; et si en ce temps elle triompha des Schismatiques, qui étaient si puissants, ce fut par les travaux et par la générosité du Pape Sergius, de saint Anselme et de plusieurs autres savants et généreux Bénédictins. Le Pape Grégoire II rebâtit et embellit la ville de Rome, ce fut lui qui défendit même avec les armes les droits de son Église. Enfin le Pape saint Étienne réforma les mœurs du Clergé, et mourut plein de gloire et de mérite, après avoir banni de l’Église les vices et les erreurs.

Si un Ordre Monastique peut encore recevoir quelque gloire et quelque éclat des personnes de grande qualité qui en ont fait profession, celui de saint Benoît en doit avoir beaucoup ; car durant ces trois siècles il en a reçu et en a sanctifié un très grand nombre. Ce siècle nous en fournit plusieurs, même des Princes et des Rois, qui méprisèrent la couronne et la pourpre, pour assurer leur salut dans nos Monastères sous l’habit de saint Benoît. D’un très grand nombre, que je trouve dans de très bons Auteurs, je n’en rapporterai que fort peu. Wamba Roi d’Espagne, Ethelred, Cenred, Asta, et Chinesuinde, Alfrede, Winoc, Atroc, Ceolwulf, Ine, Ratchis, Tassia, Tatrude, Etheldrède (Audrey), et Carloman Roi d’Austrasie. Tous ces Princes et ces Princesses désabusés de la vanité du monde, lassés du bruit et des embarras de la Cour, pénétrés de la crainte de Dieu, éclairés de sa lumière, et embrasés du feu saint de son amour, se réfugièrent dans nos Cloitres, y vécurent saintement, et y moururent pour vivre dans l’éternité.

Nous ne parlons pas d’un nombre presque infini de glorieux Martyrs qui ont arrosé et embelli durant ce siècle toute l’Église de leur sang, qu’ils ont généreusement répandu pour l’amplifier et pour la défendre.

Mais je ne veux pas oublier un très grand nombre de beaux esprits, qui ont été élevés dans notre Ordre, qui se sont rendus admirables dans tous les arts et dans toutes les sciences, et qui ont fait l’ornement de ce siècle. Le vénérable Bède a éclairé l’Angleterre, et tant de Solitaires très célèbres qui ont établi et rendu si célèbre l’Université de Fulda, autrefois la plus savante d’Allemagne. Il ne faut pas oublier aussi le grand Egbert qui a fondé la belle Académie et la riche Bibliothèque d’York.

Un nombre qu’on ne peut pas compter de parfaits Religieux se sont sanctifiés dans l’Ordre par la pratique exacte de la Règle durant ce siècle, et ont mérité le Paradis par leurs vertus et par leur austérité.

Depuis l’an 800 jusqu’à l’an 900.

Nous ouvrirons ce siècle par les Apôtres de beaucoup de nations, qui n’avaient pas encore entendu parler de Jésus-Christ, ou qui après leur première conversion étaient retombées dans l’idolâtrie. Le premier sera saint Sturme excellent Abbé de Fulda qui prêcha l’Évangile dans la Thuringe et dans la Saxe ; et qui au commencement de ce siècle couronna ses glorieux travaux par une mort encore plus glorieuse, puisqu’il la souffrit pour la querelle de Jésus-Christ. Saint Willehad détruisit heureusement les restes du Paganisme dans plusieurs provinces d’Allemagne. Nos Historiens disent des merveilles de saint Ludger, qui après avoir abandonné l’Évêché de Trèves, qu’il gouvernait fort saintement, et où il vivait en repos et avec beaucoup d’honneur, souffrit des peines infinies pour la conversion des Frisons. Saint Burchard a mérité le nom de Père et d’Apôtre de la Franconie par ses invincibles travaux. Saint Ludger éclaira le Septentrion comme un astre nouveau. Il porta la chaleur de sa charité et la lumière de la doctrine dans les climats les plus écartés et les plus froids, et acquit à Jésus-Christ toute la Scandinavie. Saint Anschaire convertit à la foi toute la Gothie avec son Roi, la Suède et les nations voisines avec leurs Souverains. La Saxe que nos Bénédictins avaient éclairé tant de fois de la lumière de l’Évangile, et qui s’était pervertie tant de fois, fut encore éclairée durant ce siècle de la même clarté par les prédications de saint Kortilla un très savant Abbé. Saint Anschaire prêcha encore aux Danois, qui avaient repris l’idolâtrie, et les reconquit à Jésus-Christ. Saint Rembert travailla encore dans ce même Royaume à convertir les peuples à la foi et à racheter les captifs. Je n’oublierai pas ici l’admirable conversion des Bulgares, à laquelle nos Pères ont travaillé avec tant de succès. Trebellius leur Roi conçut tant de ferveur par les prédications et par la conversion de ses saints Apôtres ; qu’il abandonna le monde et ses États, prit l’habit de l’Ordre et en fit profession, Saint Adalbert fermera cette glorieuse troupe d’Apôtres des nations, il mourut après avoir glorieusement semé la parole de Dieu dans le Danemark, dans la Suède et dans la Gothie avec des travaux infinis. On y peut ajouter nos généreux et savants Moines de Corbie, qui prêchèrent Jésus-Christ dans la Slavonie et dans les provinces voisines avec un succès merveilleux.

Rien n’approche davantage de la gloire de l’Apostolat que la couronne du martyre; on ne saurait compter les généreux Martyrs de l’Ordre de saint Benoît, qui ont empourpré de leur sang durant ce siècle presque toutes les nations du monde. Le seul Danemark fut arrosé du sang précieux d’un grand nombre de nos Solitaires, qui y furent massacrés pour la foi de Jésus-Christ. L’Espagne fut consacrée par le martyre de saint Parfait et de plusieurs de nos pères. C’est encore là que Saint Pierre un Solitaire très zélé reçut une semblable couronne, pour le juste et magnifique fruit de ses travaux. Saint Hiéron mourut dans la Frise pour le même sujet et saint Ménard en Allemagne. L’Angleterre et l’Écosse furent toutes teintes et embellies des vertus et du sang de nos Religieux, répandu pour la foi de Jésus-Christ et pour couronner ce grand nombre de nos Martyrs, nous y ajouterons saint Salomon Roi de l’Armorique ou petite Bretagne, Religieux et Martyr.

Les Apôtres des nations sèment le grain précieux de la parole divine, les Martyrs cultivent cette sainte semence et l’arrosent de leur sang : et on peut dire, que ceux qui combattent les hérésies par leurs controverses, et les vices par leurs Sermons, ou qui apaisent les schismes qui naissent dans le champ de l’Église, contribuent beaucoup à nourrir ce grain sacré et à le multiplier au centuple.

C’est principalement durant ce siècle, que le zèle de nos Pères parut en réfutant les hérétiques par leurs discours éloquents, et par leurs doctes écrits, et en réunissant les esprits et les cœurs des fidèles, que divers intérêts avaient aigris et séparés. Saint Béat et saint Éthérée combattirent. généreusement la pernicieuse hérésie d’Élipante et l’anéantirent presque en même temps. Amaury travailla avec beaucoup de soin à traiter la paix de l’Église avec l’Empereur, et la conclut heureusement pour le bien et pour le repos de toute la République Chrétienne. Le Pape Grégoire vint en France pour apaiser les différends qui étaient entre l’Empereur et les Princes ses enfants. Raban et Hincmar étouffèrent les erreurs de Godescalc presque dans leur naissance.

À peine trouverez-vous une Église considérable durant ce siècle, qui n’ait été gouvernée par nos Bénédictins. Car l’Ordre a donné au Saint-Siège le grand et généreux saint Léon, qui par la fermeté de la foi, par la sainteté de ses mœurs, par la grandeur de son courage et par ses belles actions a mérité une gloire éternelle. C’est à ce grand Pontife que l’Occident a obligation de l’Empire. Il faut ajouter à ce Saint le Pape Étienne V célèbre par son éminente Sainteté; et Pascal premier, qui mérite beaucoup de gloire pour avoir augmenté le patrimoine de saint Pierre, et pour avoir vigoureusement soutenu l’élection libre des Évêques et des Souverains Pontifes. Grégoire IV délivra l’Italie de la tyrannie des Sarrasins. Et saint Léon IV soutint encore la liberté des élections, délivra la ville de Rome de la peste et d’un funeste embrasement. Il rendit encore toute l’Angleterre tributaire au Saint-Siège par la seule réputation de sa sainteté. Je ne parle pas d’une infinité d’autres Prélats que l’Ordre a donnés à toutes les Églises ; puisqu’on peut dire, que durant tout ce siècle il y en avait fort peu d’autres.

Si ce siècle a passé pour un des plus savants, et des plus riches en hommes excellents dans tous les arts et dans toutes les sciences, il en a l’obligation à l’Ordre de S. Benoît qui les lui a presque tous donnés. Je n’en marquerai qu’un petit nombre. Paul Diacre abandonna les plus glorieux emplois pour se faire Bénédictin, et fut après tendrement aimé de l’Empereur Charlemagne. Il composa et mit en ordre tout l’Office divin, et enrichit l’Église de beaucoup d’autres écrits. L’Université de Paris la plus célèbre et la plus savante du monde, doit à nos Pères sa naissance et son premier éclat; le grand Alcuin l’institua et l’éclaira de la doctrine. C’est à ce grand homme que nous devons aussi l’institution de la Fête de la Très-sainte Trinité ; il en composa l’Office, et en prêcha le culte. Il laissa encore plusieurs écrits, qui font connaitre la force de son esprit et la profondeur de sa doctrine. L’Université de Pavie, la plus illustre de l’Italie, a la même obligation à Jean Scot. Enfin on peut dire sans crainte que nos savants Solitaires ont éclairé toute l’Europe, en établissant durant ce siècle dans toutes les provinces des Collèges, où ils enseignaient toutes les sciences et tous les arts. Et ce fut par leur moyen que la France égala en ce temps, et même surpassa toute la science de la Grèce. L’Allemagne fut aussi si bien cultivée par nos Solitaires, que durant ce siècle elle produisit un très-grand nombre d’hommes excellents pour la sainteté de leur vie et pour l’éminence de leur doctrine, Et ce n’est pas une petite gloire pour nos Pères, que par des exemples de leurs vertus et par leurs savantes leçons ces peuples grossiers et farouches se soient rendus en ce temps si doctes et si saints. Le premier qui enseigna la Théologie, et qui établit des écoles de toutes les sciences dans Lyon fut le savant Solitaire Laidrad. Saint Anschaire porta dans le Danemark les sciences et les arts libéraux, qui jusqu’à lui y avaient été inconnues. Raban Maur porta le premier la langue grecque en Allemagne. Le très éloquent Aimon d’Alberstat parut encore dans ce siècle. Strabon y parut aussi ; c’est à lui que nous devons la glose ordinaire. Nous avons encore assez de marques de l’esprit et de la rare doctrine d’Hincmar Archevêque de Reims, comme aussi de l’Abbé Hilduin, qui vivait dans ce siècle. Anségise Abbé de Luxeuil, s’y distingua aussi avec un éclat merveilleux. Il ne faut pas oublier tant de grands hommes qui sortirent d’Irlande et qui passèrent par troupes en France et en Allemagne, et qui remplirent avec tant de gloire et de sainteté les sièges Épiscopaux et les principales chaires des Universités. Il nous serait bien facile d’ajouter encore ici un très grand nombre de Prélats, d’Empereurs, de Rois, de Princes, de Princesses, et d’autres personnes de la première qualité, qui méprisèrent durant ce siècle tout le lustre et tout l’éclat du monde, pour se cacher dans l’obscurité de nos Cloitres. Mais je les veux passer, parce que je fais un abrégé, et que je n’ai promis qu’une légère idée et un tableau raccourci de la gloire de l’Ordre de saint Benoît. Je ne dirai rien non plus de cette troupe, qu’on ne peut pas compter de Saints et de Saintes, que notre Ordre a envoyés en Paradis durant ce siècle.

Prières

Oratio

Deus, véniæ largítor, et humánæ salútis amátor : quæsumus cleméntiam tuam ; ut nostræ Congregatiónis Fratres, propínquos et benefactóres, qui ex hoc sæculo transiérunt, beáta María semper Vírgine intercedénte cum ómnibus Sanctis tuis, ad perpétuæ beatitúdinis consórtium perveníre concédas.

Oraison

Ô Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez à tous les Frères, les proches et les bienfaiteurs de notre Ordre, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle.

Prière de Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

Père Éternel, j’offre le Très Précieux Sang de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes qui sont dites aujourd’hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs dans l’Église universelle, pour ceux de ma maison et de mes proches. Ainsi soit-il.

Prière de Dom Edmond Martène (1654-1739)

Prions pour les âmes de ceux que nous aimons, pour ces âmes que Dieu a retirées des tristes et mortels filets de cette terre. Que le Dieu dont la Toute-Puissance s’étend à toutes choses et qui possède un trésor infini de richesses spirituelles, que ce Dieu vienne du haut du Ciel, au secours de ces chères âmes. Qu’il les préserve des ardeurs du feu qui ne s’éteint jamais, qu’il leur donne le rafraichissement de l’éternel Royaume. Que là-Haut ces âmes soient enivrées de félicité et de joie en présence du Roi, au milieu de tous les justes et de tous les élus qui les ont précédées dans la splendeur des Saints, sur un trône d’une incomparable majesté et dans la Lumière de la région des vivants. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

Antienne

Ã. Ego sum resurrectio et vita : qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; et omnis qui credit in me, non morietur in æternum.

Ã. C’est moi qui suis la résurrection et la vie : qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et qui croit en moi ne mourra pas pour toujours.

Antienne grégorienne “Ego sum resurrectio et vita”

Antienne Ego sum resurrectio et vita